Lecture commune : 72 saisons au Japon

Lucie, Héloïse et Liraloin ont décidé de partir très loin, dans un pays fantastique et accueillant. Une île où 72 micros saisons rythment la vie des japonaises et des japonais. Curieuses et charmées par ce documentaire, elles vont voulu échanger leurs impressions. Préparez-vous un bon thé matcha, et en route pour le Pays du Soleil Levant…

72 saisons au Japon, Kyùreki un calendrier de la Nature d’Emmanuelle Grundmann & Gilberte Niamh Bourget, 2025

Liraloin : Avant la lecture de ce documentaire, saviez-vous que les japonais étaient très attachés au cycle des saisons ? 

Héloïse : Je ne suis jamais allée au Japon, j’avoue connaître surtout ce pays grâce à ma lecture de mangas (j’en lis énormément), et j’avais remarqué que le printemps, et notamment la saison des cerisiers en fleurs, jouait un rôle important chez eux, tout comme certaines fêtes. Mais je n’imaginais pas qu’il y avait autant de mini-saisons ! 

Lucie : Moi non plus. Je savais qu’ils avaient un lien particulièrement fort avec la nature (les cerisiers en fleur comme Héloïse, les forêts et c’est aussi souvent le sujet des haïkus…) mais je n’avais jamais entendu parler de ces multiples saisons ! Et toi Liraloin, qui a eu la chance de visiter ce pays récemment ?

Liraloin : J’ai découvert cette subtilité sur les saisons avec le youtubeur Ichiban Japan (cela dit en passant, fait de magnifiques vidéos explicatives et dépaysantes sur les régions pas très touristiques au Japon). Je connaissais le lien très fort en particulier avec la floraison des sakuras mais pas plus. C’est en lisant beaucoup de littérature japonaise que je me suis aperçu que les saisons étaient très importantes dans le rythme de vie des japonais. Et qui plus est : qu’il y a même des micros-saisons.

72 saisons au Japon d’Ichiban Japan – Ichiban Japan, 2022

Lucie : Que pensez-vous de ces micro-saisons justement ? Elles vous paraissent “justifiées” ?

Héloïse : Je trouve ça super intéressant, cette connexion à la nature, au monde qui nous entoure, au vivant.

Liraloin : exactement Héloïse, j’adore penser que les japonais sont hyper connectés à cette Nature et à la lecture de ce livre il y a cette impression d’observation qui s’en dégage. Le fait de prendre le temps de regarder, se délecter ce qui nous entoure jour après jour presque… et toi Lucie? 

Lucie : Honnêtement en découvrant le titre j’ai trouvé que 72 saisons c’était peut-être un peu exagéré. Mais à la lecture, j’ai vraiment adoré cette attention aux détails, aux minuscules changements de la nature. Et j’ai trouvé cette approche très poétique. Une véritable invitation à ralentir et à observer nous aussi ce qu’il se passe autour de nous.

Liraloin : Je te rejoins complètement Lucie, cette poésie fait du bien car elle nous permet de s’arrêter un peu et on en a bien besoin.

Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette idée d’observer la nature et ses infimes changements, comme marqueur de temps qui passe, mais aussi et surtout l’émerveillement de voir cette Nature si vivante…

Liraloin : D’où cette question : qu’avez-vous pensé de la construction de ce documentaire? 

Lucie : Logiquement, il est chronologique donc pas de surprise de ce côté-là. J’ai trouvé le texte concis, juste comme il le fallait pour attirer l’attention sur les infimes changements mais laisser aussi une place à l’imagination.

Héloïse : Je l’ai lu par petites touches, et j’ai aimé cet aspect chronologique, justement. C’est le genre d’ouvrage qu’on rouvre régulièrement, pour y piocher des anecdotes, des petites informations…

Lucie : En l’ouvrant je pensais comme toi le « picorer », et en fait je me suis laissée prendre au jeu de « mais quel élément va marquer le prochain changement de saison ? », un peu comme un petit suspense et je l’ai lu pratiquement d’une traite. Je trouve que l’écriture se prête bien aux deux types de lecture : ce n’est pas indigeste en continu, mais ça se lit aussi par petites touches très facilement.

Liraloin : Mais oui tu as raison Lucie ! J’ai eu cette même impression à la lecture ! Ce qui est très intéressant ici c’est que les explications données sont faites de manière ludiques et instructives, c’est fort appréciable.

Héloïse : J’ai apprécié le lien entre nature et légendes ! J’y ai retrouvé certaines dates et événements rencontrées lors d’autres lectures, et c’était très chouette de les voir illustrées et expliquées ici. 

Liraloin : C’était d’autant plus amusant que ces anecdotes m’ont bien replongé dans mon voyage donc Lucie, tu peux être fière car grâce à ce livre, je prolonge ce plaisir ! 

Liraloin : Dans la construction nous avons évoqué le contenu texte mais qu’avez-vous pensez de l’objet livre en lui-même? 

Héloïse : J’ai apprécié le format allongé avec sa couverture rigide, et la mise en page à la fois aérée et colorée. Les illustrations ont un aspect enfantin assez amusant, délicat presque, je trouve qu’elles vont bien avec l’aspect poétique de l’ensemble. 

Liraloin : Je trouve ce livre très attirant il a un format entre guide de voyage et roman graphique. Justement cela permet au jeune lecteur-lectrice de l’emporter partout. La couverture est visuellement bien réussie avec ce dégradé de saisons allant de l’hiver au printemps. J’apprécie également lorsqu’il y a une attention particulière aux couvertures intérieures. Il est soigné !

Lucie : J’ai aimé la couverture rigide, la mise en page très aérée et, évidemment, les saisons écrites en japonais qui sont quand même indispensables ! Les tonalités de couleurs de ces signes et des sous-titres sont très harmonieuses. On sent que tout a été pensé et c’est très agréable à lire.

Liraloin : Comme l’évoque Héloïse, les illustrations peuvent sembler assez enfantines. Est-ce que cela vous a plu ? 

Héloïse : J’ai été surprise au début, et puis j’ai apprécié cet aspect un peu rétro, cette impression de retomber en enfance, tout comme les enfants peuvent s’émerveiller de tout, on nous invite à nous émerveiller nous aussi. D’ailleurs, je trouve que cet ouvrage est à mi-chemin entre l’album et le documentaire. 

Lucie : Oui, j’ai aimé. Elles ont un côté « sur le vif » et en même temps, encore une fois, les couleurs sont très harmonieuses. C’est enfantin mais maîtrisé, juste une manière de signaler aux enfants que OUI, ce documentaire avec son grand nombre (72 !) et ces mots compliqués à lire (car il y a des transcriptions de mots japonais) leur est destiné. Je te rejoins Héloïse, on est vraiment entre l’album et le documentaire et j’aime beaucoup ton interprétation de l’invitation à retrouver notre émerveillement d’enfant.

Liraloin : Je vous rejoins complètement, j’ai été surprise de ce choix d’illustrations car on s’attend toujours à un trait un peu plus “japonisant” mais en réalité cela colle complètement à ce documentaire, comme vous le dites, à mi chemin avec l’album. J’ai apprécié ce trait naïf aux couleurs harmonieuses. Les illustrations d’oiseaux sont superbes !

Lucie : J’évoquais les mots compliqués ; ce n’est pas tant qu’ils sont compliqués mais plutôt que l’on trouve un savant mélange entre mots japonais transcrits et termes scientifiques précis. Dans un texte très accessible par ailleurs, j’ai trouvé qu’ils contribuaient au côté poétique de l’écriture. J’avoue que j’aime bien quand les auteurs font confiance aux enfants pour comprendre et se saisir de “mots savants”, d’expérience ils adorent ça ! Est-ce que vous aussi vous avez été séduites par ce choix ?

Liraloin : J’ai parcouru le livre suite à ton interrogation Lucie, pour ma part je ne trouve pas qu’il y ait trop de mots compliqués, c’est des mots japonais que l’on retrouve ici et là mais ils ne gênent pas la lecture. Au contraire cette attention incite l’enfant sans doute à vouloir en avoir plus ou simplement à se délecter d’un mot étranger et qui sonne bien.

Héloïse : Le vocabulaire est assez précis, il y a quelques termes scientifiques effectivement (chrysalide, par exemple), et je trouve ça chouette, mais ce n’est pas non plus trop complexe. 

Lucie : Pour conclure, à qui conseilleriez-vous ce livre ?

Liraloin : Bien évidemment à tout fan du Japon mais aussi aux personnes qui cherchent des livres pour se déconnecter en poésie ! Sa mise en page incite à le lire par petites bribes et à y revenir… 

Héloïse : Son format généreux et aéré, ce vocabulaire riche et poétique me fait penser qu’il plaira à petits et grands. D’ailleurs, à la maison, chacun y a trouvé son compte ! Qu’on soit fan du Japon, de nature ou de poésie, il y a de quoi être conquis.e !

Lucie : Je sais que beaucoup de parents râlent lorsque leurs enfants ne lisent que des mangas. Je me dis que cet album-documentaire peut être une ouverture vers un autre aspect du Japon, culturellement et poétiquement car ce pays a aussi une culture très riche dans ce domaine. Cela ne remplacera pas mais pourra peut-être compléter. Je vous rejoins : les “petits lecteurs” peuvent y trouver leur compte grâce à la possibilité dont on a déjà parlé de “picorer”. Et je le conseillerais aussi à tous les amoureux de la nature qui ont envie d’un regard neuf sur les petites transformations du quotidien.

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Nous espérons que ce documentaire vous aura apporté autant de petits bonheurs qu’il nous en a procuré !

Billet d’été : et si on partait au Japon ?

Le Japon fascine et oscille entre tradition et modernité. Humble voyageuse que tu sois obnubilée par ce pays comme moi ou simple curieuse, suis le chemin qui s’offre à toi. La découverte risque d’être infinie… Prête à suivre Liraloin pour un premier voyage dépaysant.

Explorer une partie du pays …

« Dans le train de Monsieur Shô-Shô, il y a des bonsaïs, des cerisiers en fleurs, des buveurs de thé et des buveurs de saké… ». Ici, les wagons sont colorés et accueillent les voyageurs aux moultes envies. Après avoir déposé son bagage, éventuellement mis son fidèle compagnon en gardiennage, vous pourrez filez « à la japonaise ». Bienvenue à bord pour un voyage où les escales sont tantôt des izakaya (petites échoppes pour boire et manger) où des magasins pour y faire des petites emplettes et tout cela sur les rails bien évidemment. Avez-vous remarqué cet arbre ou vous pourrez vous installer le temps d’une lecture à la douce lumière d’une lanterne traditionnelle ? …

Dans ce grand album à l’talienne sans texte, la voyageuse-lectrice peut observer toute la diversité de la culture nipponne. Les intempéries n’empêcheront pas d’arriver à la gare de Shitamachi sous une pluie de fleurs de cerisier. Qu’il est bon d’observer les dessins crayonnés hachurés et colorés. Yoki kokai wo !

Un ticket pour Shitamachi de Tadayoshi Kajino – Lirabelle, 2014

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Sac à dos, chaussures de rando, vêtements de pluie car quand elle tombe cette pluie, elle n’est pas en reste. Carnet à dessin à la main, surtout ne pas laisser passer un paysage, un visage, une rencontre entre deux arrêts de bus ou de train. Quel périple d’efforts si bien récompensés par l’instant présent capté à la pointe du crayon. Au fil de son parcours, Nicolas Jolivot nous invite à filer avec lui sous les volcans de l’île du Soleil levant. Suivre avec lui cette balade entre zone rurale et urbaine nous transporte un peu dans cette vie japonaise qui s’organise, en témoignent les somptueux dessins de ce carnet.

Japon, à pied sous les volcans de Nicolas Jolivot – HongFei, 2018

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Etre une femme au pays du Soleil levant

Sur l’archipel japonaise, du nord au sud et d’est en ouest, 8 femmes vont nous relater leur quotidien. Tsugu la paysanne raconte sa vie au rythme des saisons. Elle est meunière de soba, ces délicieuses pâtes à la farine de sarrasin. Nous croiserons Higasa l’ensableuse qui recouvre, grâce à de grandes pelletées, les corps de sable chaud aux vertus soulageantes.  Intéressons-nous également au destin de Wan Wan, peintre cervoliste, fille et petite-fille de samouraï, un destin oscillant entre tradition et vie d’artiste.

Ce documentaire très attractif est intéressant ludique et éducatif. La lectrice a le plaisir d’apprendre, à travers des métiers traditionnels et originaux, les us et coutumes des japonais. Chaque couleur caractérise une personne : ici le vert pour parler de Ichimizu, bryologue (spécialiste des espèces de mousses poussant sur l’île).  Les illustrations sont composées de petites scénettes et chaque femme est annoncée avec son portrait, son lieu de vie tout comme les deux planches avec traduction en japonais concluent notre rencontre. De plus, le texte apporte des renseignements invitant le lecteur à s’immerger dans chaque portrait. Que c’est bon de voyager !

Yahho Japon ! de Eva Offredo – maison Georges, 2021

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« … des habitations flottaient sinistrement. On sentait la présence de la mort. Yurie prit Moeka dans ses bras et toutes les deux se recroquevillèrent comme si la grande faucheuse les aurait laissées vivre à condition qu’elles se fissent petites. » Lorsqu’un tsunami ravage la gare d’une petite bourgade côtière au Japon, Yurie n’a pas d’autre choix que de protéger Moeka. Toutes deux sont en proie à des démons intérieurs et cet incident va les unir très fortement. Tandis que Yurie s’échappe d’un mari violent, Moeka qui a perdu ses parents et la parole cherche du réconfort. Bientôt dans un gymnase de la ville, elles vont rencontrer une vieille dame qui leur permettra de recommencer leur vie. La maison des égarées deviendra alors leur lieu de vie. Cependant cette habitation va être le témoin de bien étranges évènements et le tsunami n’était que le début des problèmes …

Ponctués de contes liés au folklore nippon, la lectrice va suivre le destin de trois femmes unies dans l’adversité. Je n’ai pas été emballée par la platitude de l’écriture de S. Kashiwaba qui reste vague sur certains détails malgré la richesse de l’histoire. Cependant l’adaptation animée est une bonne surprise et malgré une certaine liberté le scénario reste fidèle au côté fantastique et troublant du roman.

La maison des égarées de Sachiko Kashiwaba – Ynnis éditions, 2023

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Koume adore sa mamie Ume, étant proche de part l’étymologie de leur prénom, elles le sont encore plus dans leur complicité. Laissons Junko Monma présenter ses personnages à travers leurs objets préférés et il y a vraiment des choses surprenantes. Vous les retrouverez tout le long de ces petites saynètes de la vie. Si parfois Koume se fait du souci pour la santé de sa mamie il en va de même pour Ume qui transmet de belles valeurs à sa petite fille. Toutes les deux sont attentives au fait et geste de l’autre. Quoi que de plus adorable que d’être le témoin d’autant d’amour à travers les saisons qui se déploient au Nord de l’île de Honshû.

Ce manga se déguste comme une part d’un bon gâteau moelleux réconfortant. Koume est si fusionnelle avec sa mamie qu’on ne peut s’empêcher d’envisager une immense tristesse si elle venait à la perdre un jour. Les illustrations et le découpage des chapitres apportent une atmosphère de bien-être et de nostalgie à la lectrice. La petite cerise c’est les explications données en fin de volume sur les coutumes ou autre de la vie japonaise.

Ma mamie adorée de Junko Honma – Rue de Sèvres, collection : le renard doré, 2024

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En 1949, Simone de Beauvoir nous alertait sur le fait que les droits des femmes peuvent vaciller à cause des crises. En un battement d’aile, ce qui a été gagné par de longues luttes acharnées s’envolent en poussière. Parfois le destin semble tragique et à d’autres moments, il peut se jouer à la manière d’un combat sans répit. A travers sept contes, sept femmes guerrières vont s’illustrer afin d’affronter l’ennemi qui est souvent un samurai avide de sang. Stratèges et malignes, ces femmes sont ancrées dans le folklore japonais malgré le peu de place qu’on leur accorde dans l’Histoire.

Qu’elle soit inscrite ou non dans la culture populaire, Sébastien Pérez leur rend un hommage émouvant mêlant tristesse et résilience. La combativité s’installe dès le plus jeune âge lorsqu’il faut affronter une vie qui peut s’effondrer du jour au lendemain. Les illustrations de Benjamin Lacombe reflètent la détermination et la sensibilité de chaque guerrière.

Cet album est un vrai plaisir pour le touché et la vue de par sa belle reliure et le soin apporté à la mise en page ou chaque conte est introduit par une magnifique pleine page inspirée du folklore japonais.

Histoires de Femmes samurai de Sébastien Perez & illustré par Benjamin Lacombe – Oxymore, collection : Métamorphose, 2023

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Ne pas oublier ses origines …

Suzu se souvient de son oncle et de sa tante qui l’ont si généreusement accueillie. Elle, maman et femme perdue, malheureuse dans son mariage. Mais depuis le décès de son oncle Yasuo, la vie au sein de cette famille a changé ou du moins des choses inévitables éclatent au grand jour. Lorsque l’une prétexte être trop occupée pour se rendre dans la maison de son enfance, l’autre se mure dans un silence inquiétant. Témoin muet de cette valse d’évènements, Shiro le chat de la famille rassure comme il peut tout ce petit monde qui gravite dans la boutique de confiserie familiale…

A la manière d’un roman choral, genre très prisé dans la littérature japonaise, nous allons assister un à un huis clos particulièrement émouvant. La complexité des relations humaines y est magnifiquement bien traitée. La connexion entre les personnages est limpide et profonde. Au fil des saisons, des années et des flashbacks, on aime s’attarder sur les détails qui rythment la vie de ces femmes. Les illustrations marquent cette temporalité si particulière au pays du Soleil Levant. Malgré la tristesse qui émane de cette histoire, on garde une sorte de quiétude contagieuse en soi et pour un bon moment.

Le secret des bonbons pamplemousse de Camille Monceaux et illustré par Virginie Blancher – Robert Laffont, collection : Inari, 2023

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« En vérité, ce n’était pas une question, c’était LA question, LA question qui était partout autour de moi depuis que maman n’était plus. » Elise sait quelque chose et ce sentiment la blesse au plus profond. Elise sait qu’elle est triste, seule et pourtant elle n’a pas le droit de pleurer car dans sa maison il y a des règles à ne pas enfreindre. De sa mère, Elise ne conserve qu’un puzzle qu’elle fait et défait frénétiquement, un refuge en cas d’intempérie. Elise grandit sans trop de connexions avec le monde extérieur et passe son temps libre à faire des puzzles que son père lui offre.

Elise sait aussi que son père s’est crée une carapace digne du plus noir des personnages de Naruto : Orochimaru. Elle l’a enfin compris en passant ses lundis après-midi à regarder l’animé en compagnie de son amie Stella, une jeune demoiselle de sa classe légèrement « zinzin ». Peu à peu Elise s’ouvre et lorsqu’elle apprend que sa grand-mère du Japon débarque chez elle pour 15 jours, elle entre dans une immense joie mais redoute la réaction de son père…

Pourquoi ne dit-on pas sayonara ? car la signification de cet au revoir n’est pas vraiment compatible avec ce que va ressentir la lectrice. Elise et son étoile Stella :  celle qui va l’accompagner, la faire réfléchir sans brusquer, tout en étant respectueuse.  Elise et sa grand-mère Sonoka celle qui va enfin prononcer le prénom d’une maman disparue, celle qui va honorer sa mémoire.  Des rencontres qui font changer, évoluer et enfin peut-être accepter l’inacceptable. Tout ce petit monde va graviter, se connecter autour d’Elise et c’est un bonheur dans faille qui en restera.

On ne dit pas sayonara d’Antonio Carmona, Gallimard jeunesse, 2023

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Osamu est un petit garçon dont l’imagination débordante lui inspire des échanges quotidiens avec des Yôkaï, ces êtres magiques et étranges nés du folklore japonais. Il vit avec sa grande sœur Akiko, une influenceuse à ses heures perdues et sa grand-mère. Mais lorsque cette dernière décède, Osamu se promet d’aller porter les cendres de la défunte auprès du grand-père dans une région dévastée par la catastrophe naturelle de Fukushima. Osamu devra faire preuve de courage pour faite comprendre son attention aux adultes de son entourage…

La détermination d’Osamu s’accompagne de la protection qu’Akiko met en œuvre afin d’aider au mieux son petit frère. Le lien familial est au cœur de ce récit et nous éloigne du danger permanent qui plane sur le jeune garçon. Cette BD est une belle réussite entre quête initiatique et récit fantastique. Rien n’est exagéré, l’empathie est réellement mesurée et on se prend vite d’affection pour les personnages d’Osamu, Akiko et Natsuo.

Retour à Tomioka de Laurent Galandon, scénario & Michaël Crozat, illustrations – Jungle, 2024

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« Ces évènements ont pu se dérouler il y a fort longtemps, ou bien allaient-ils se produire dans un lointain futur ? Plus personne ne le sait vraiment. » Sur une terre aride la force humaine est mise à rude épreuve, les récoltes ne sont que désolation. Ici vit Shuna, jeune prince héritier de la couronne qui, au détour d’un chemin, recueille un étranger : un vieillard à l’article de la mort. Usant ses dernières forces, ce dernier lui narre son épuisant périple à la recherche d’un trésor inestimable. Une richesse qui pourrait sauver les habitants de toutes les contrées. Intrigué et téméraire, Shuna décide de partir à la poursuite de ce trésor…

Publié en 1983, le voyage de Shuna est le seul emonogatori (ce que les japonais appellent un récit illustré – voir la postface) écrit et dessiné par l’immense réalisateur Miyazaki. Nul besoin de connaître les animés et si vous êtes fan, il y a un tas de références qui vous feront écho. Ce récit est un conte fantastique qui nous emmène loin dans les paysages souvent hostiles où fourmillent une vie extraordinaire. Véritable quête initiatique, Shuna se retrouvera plus d’une fois à prendre des décisions qui bouleverseront ses convictions en son for intérieur. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver une résonnance avec le fabuleux roman de Damasio : La Horde du Contrevent. Les éléments de la nature, le vent, le sable ne sont que douleurs pour les personnages, les poussant au bout de leurs forces physiques et psychologiques.  Le chemin est infini…

Le voyage de Shuna de Hayao Miyazaki – Sarbacane, 2023

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En espérant que ce premier billet de l’été vous a transporté ailleurs… La semaine prochaine un tout autre voyage vous attend et c’est Lucie qui sera votre guide.

Lecture d’enfant # 33 : Le Mystère des pingouins

Je m’appelle Théo, j’ai 8 ans, je suis en CM1 et j’ai envie de vous parler d’un livre que j’ai lu cet été : Le Mystère des pingouins.

Le héros de ce roman est un écolier japonais qui veut toujours tout connaître. Un jour, en allant à l’école, il voit qu’il y a plein de pingouins, alors il décide de faire des recherches pour comprendre d’où ils viennent.

Le Mystère des pingouins de Tomihiko Morimi, Ynnis Editions

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

La couverture, que je trouve très drôle.
Au dessus, il est écrit « L’apocalypse, d’accord, mais avec des pingouins… ».
En fait, il n’y a pas vraiment d’apocalypse, et je préfère ça.

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

J’ai aimé que l’histoire se passe au Japon, ça change. Il y a beaucoup d’aventures et on peut faire l’enquête en même temps que Aoyama, le héros.
Même si c’est un peu bizarre, avec des pingouins qui apparaissent et disparaissent alors que le Japon est loin de la banquise, et d’autres phénomènes étranges, c’est un livre vraiment bien.

Connaissais-tu le Japon avant de lire ce livre ?

Je n’y suis jamais allé, mais je connais un peu : j’ai déjà mangé du yaki soba, du curry, j’ai un yukata, alors je sais ce que c’est. Mais comme il n’y a pas de notes de bas de pages, si on ne connait pas du tout ça peut être compliqué.

Quel est ton personnage préféré ?

J’aime bien Aoyama, le héros, parce qu’il reste tout le temps calme et qu’il n’abandonne jamais, même quand la situation est compliquée. Pourtant il a des problèmes avec des élèves de sa classe parce qu’ils sont jaloux de son intelligence.
Il est un peu prétentieux parce qu’il est très doué et qu’il le sait. Mais ça ne m’a pas agacé parce qu’il est gentil, et qu’il veut tout le temps s’améliorer en faisant des recherches à la bibliothèque.

Quel est ton passage préféré ?

J’ai aimé quand Aoyama se rend compte qu’il y a un lien entre les événements en relisant ce qu’il a noté dans son cahier.
Mais le passage qui m’a le plus fait rire, c’est quand il se venge de Suzuki (un des enfants qui l’embêtent à l’école) en lui racontant des horreurs, chez le dentiste. C’est drôle parce que Suzuki est un costaud et qu’il se met à pleurer.

Lectures d’enfants #18

Aujourd’hui, c’est Axel, presque 7 ans qui prend la parole pour vous parler d’un livre.
Et moi, sa maman, je vous retranscris ses dires.
Vous trouverez donc ses propos en bleu et mes remarques à moi en vert.

Détective Popotin mène l’enquête
(dans son titre entier de Troll chez nobi nobi !).

 C’est l’histoire d’un détective qui s’appelle Popotin parce qu’il pète avec sa tête pour arrêter les voleurs
(et donc qu’il a une tête de fesses).
Il mène une enquête sur un vol de bonbons. Alors il essaye de trouver le voleur pour le donner à la police.

Ce livre est bien parce qu’il y a plein de choses à trouver comme :
(il s’agit donc d’un livre jeu basé sur l’observation et la déduction)

– qui ment parce qu’il y a un voleur dans l’immeuble
– son ami le chien Biscotte qui a mangé le biscuit à la patate douce du détective
– les canetons de la maman parce qu’elle les a perdu dans une image
– il faut trouver quelles traces sont celles du voleur…

Les images sont intéressantes. Les personnages de l’histoire ressemblent à des animaux comme le chien, le cochon, une pieuvre, un crocodile, un guépard…

Ce qui est bien c’est qu’on aide Détective Popotin. C’est comme si on était un détective aussi.

Vous aurez compris que ce personnage nippon à fait son entrée avec brio à la maison. Et qu’Axel vous en recommande vivement la lecture « pour apprendre pour après à trouver des choses plus rapidement sur le livre de Charly ».

Mon avis plus complet sur Un Petit Bout de Bib