Prix Vendredi 2025

C’est reparti pour le Prix Vendredi ! Comme tous les ans, les arbronautes ont lu la sélection des romans pour se faire un avis. Et nouveauté cette année, en plus de vous présenter chaque titre elles vous dévoilent leur chouchou. Correspondra-t-il au lauréat annoncé demain ?

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Sous le Grand Arbre, nous aimons la collection L’Ardeur de Thierry Magnier qui propose aux adolescents des textes leur permettant de questionner leurs rapports aux autres et leur sexualité. À Croquer suit cette ligne en présentant Marie-Maud le jour de sa rentrée. Celle-ci en a assez d’être invisible et pour y remédier elle a décidé de changer de look. Et c’est une réussite, tous les regards sont braqués sur elle. Mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Plongée dans la jungle des rapports adolescents où le titre prend tout son sens : Marie-Maud est « à croquer », mais dans l’univers encore très machiste du lycée, elle va en subir les conséquences.

Beaucoup de belles trouvailles dans ce texte en vers libres d’Anne-Fleur Multon, et des réflexions particulièrement pertinentes. On regrette juste l’absence de personnages masculins positifs qui auraient certainement permis un coup de cœur !

À croquer, Anne-Fleur Multon, Editions Thierry Magnier, 2025.

L’avis de Lucie.

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Et si votre visage était soudain affiché sur les écrans de toustes ? C’est le point de départ de Célèbre à en mourir. Pendant 44 secondes, le visage de Laura est affiché à la place de tous les autres. La jeune femme devient aussitôt célèbre. Pour le meilleur, ou pour le pire ? Qui a bien pu réaliser pareille prouesse technologique ?

Voilà un thriller ado intense et prenant, qui interpelle ses lecteurices sur l’usage de l’intelligence artificielle, le poids des images. Il nous questionne sur la célébrité, l’absence de vie privée qui en découle, cette hyper-exposition qui devient prison. Un roman intelligent, glaçant par moments – car il résonne avec nos pratiques ! -, très immersif également.

Célèbre à en mourir, Alain Gagnol, Syros, 2025.

La chronique d’Héloïse.

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Voyagez dans l’Irlande du Nord des années 1990 aux côtés d’Abigeál ! Mais attention, il faut avoir le cœur bien accroché. Car Fanny Chartres installe sa famille dans une maison qui semble encore hantée par l’un des aspects les plus sombres de l’histoire irlandaise : les couvents de Magdalenes. La personnalité de l’héroïne, coincée entre traditions étouffantes et velléités d’émancipation est particulièrement attachante. Au fil des rencontres à la maison de retraite voisine et des balades nocturnes avec son petit frère, elle va faire des découvertes qui vont changer sa vie et celle de sa famille.

Dans le ventre de Fianna Sinn est un roman qui brasse beaucoup de sujets, de la famille à la religion en passant par la vieillesse, avec une grande maîtrise et un souffle de fantastique. Les personnages, nombreux et variés, permettent de prendre véritablement conscience de la complexité de faire face à une histoire dramatique.

Dans le ventre de Fianna Sinn, Fanny Chartres, L’école des loisirs, 2025.

L’avis de Liraloin et celui de Lucie.

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Francoeur, c’est Anna Dupin, une romancière, soeur d’artistes tout aussi célèbres qu’elle. Dans des lettres quelle envoie à une mystérieuse admiratrice, elle nous narre son passé, enchaînant les descriptions de scènes champêtres et autres menues bêtises

Francoeur, c’est la vie d’une famille atypique, un recit inspiré de la vie de George Sand, de Rosa Bonheur ou encore Sarah Bernhardt. Une famille d’artistes qui mène la vie de bohème, dans une joyeuse pagaille. La richesse de ce roman épistolaire, c’est le contexte historique, particulièrement bien dépeint, entre la révolution de 1848, les descriptions de la vie à Paris, et les très nombreuses références culturelles et artistiques. Un texte original.

Francœur, à nous la vie d’artiste, Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail, L’école des loisirs, 2025.

La chronique d’Héloïse.

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L’avis d’Hélène

Les frontières écarlates séparent l’Empire de Thyr et le royaume de Bakara qui sont en guerre depuis de nombreuses années sans que l’on sache vraiment pourquoi au début du roman. Raïa, la fille de l’empereur de Thyr aimerait combattre et savoir davantage de choses sur la guerre, mais malgré l’autorisation pour les femmes de combattre, son père ne lui laisse qu’un rôle subalterne, les mentalités évoluant moins vite que les lois.

Cependant dès les premiers chapitres, Nyx, une membre de l’armée se révèle être une espionne bakaréenne et assassine le père de Raïa sous ses yeux avant d’enlever cette dernière pour l’emprisonner dans son royaume. De nombreuses péripéties les entraîneront à la recherche de la vérité, que chaque camp croit détenir, jusqu’à ce qu’un événement contredise ses certitudes…

Malgré l’épaisseur du livre, on est assez rapidement emporté par l’intrigue qui ne comporte pas de longueurs grâce aux nombreux rebondissements et aux personnages auxquels on s’attache rapidement. Nyx notamment, malgré sa cruauté au début du roman, semble pleine de ressources et a de multiples facettes, tout comme Raïa.

Un roman tout en nuances, qui montre que le monde est plus complexe que l’on croit et qu’il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants, que j’ai beaucoup aimé, une agréable surprise ! Une suite est certainement à prévoir mais en attendant, le Prix Vendredi est l’occasion de découvrir ce titre et cette jeune autrice

Les frontières écarlates, Les empereurs, Solène Ayangma, Talents Hauts, 2025.

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Nina perd le nord, c’est le titre chouchou d’Heloïse. Un road-trip émouvant, celui d’une famille un peu dysfonctionnelle, terriblement attachante.

Nina est en troisième, et s’ennuie dans son quotidien. Elle vit seule avec son père, et c’est souvent elle qui joue le rôle de l’adulte depuis le décès de sa mère. Mais un jour, un notaire leur écrit pour leur dire que tata Suzanne leur lègue tous ses biens. Seule condition : aller déposer ses cendres en Suède, dans les mines de Falun.

De belles surprises, de jolies rencontres, un humour cassant, de beaux paysages… Ce road-trip est l’occasion pour père et fille d’affronter les démons du passé, de se retrouver, de se comprendre. Il est aussi l’occasion de découvrir un pan de la vie de cette tante, pan triste et émouvant.

Avec Nina perd le Nord, Céline Courjault aborde la thématique du deuil avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Elle nous parle aussi de l’adolescence et de ses difficultés, de famille, d’amitié, de confiance en soi. C’est beau, c’est doux, c’est drôle, c’est fou, c’est frais, bref, on en redemande !

Nina perd le nord, Céline Gourjault, Seuil Jeunesse, 2025.

L’avis de Lucie, celui de Liraloin, et celui d’Héloïse.

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Nathalie Bernard est une habituée des récompenses littéraires (Pépite fiction ados du salon jeunesse de Montreuil, Prix 12/14 de la Foire du livre de Brive, Prix des Incos…) pour ses romans amples, aux thématiques engagées, au style efficace. 2025 sera-t-elle l’année du Prix Vendredi ? Cela se pourrait en effet, pense Séverine, car La part du vent est une histoire forte, aux paysages époustouflants, personnages à part entière d’un récit à mi-chemin entre « nature writing », roman initiatique, ou encore roman d’aventures, ne laissant aucun répit au lectorat. Les rebondissements s’enchaînent sans temps mort, les relations entre ses différents personnages sont subtiles. Tout en déclinant des thèmes forts comme la surexploitation des terres générant une désertification progressive, le racisme anti-natifs et le Klu Klux Klan, la solidarité, au gré du passage à l’âge adulte de son héroïne June Flanagan, jeune femme courageuse, battante, passionnée, déterminée à conserver sa liberté, son indépendance, malgré les coups durs, ce récit nous emporte dans une tourbillon d’émotions. Le lire, c’est une immersion puissante, émouvante et quasi sensorielle dans l’Oklahoma des années 30, entre dust bowl (première catastrophe écologique de l’Histoire des Etats-Unis ?) et crise économique suite au Krach de 1929. C’est plonger dans un monde où la nature veut reprendre ses droits. C’est ressentir avec June des sentiments aussi fort que la peur, la solitude, mais aussi l’amitié, le respect, l’amour inconditionnel. Le talent de l’autrice y fait encore une fois merveille pour susciter réflexions et questionnements, sans jamais faire l’économie de l’intensité stylistique et narrative propre aux grands romans. Bravo.

La part du vent, Nathalie Bernard, Editions Thierry Magnier, 2025.

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L’avis d’Hélène sur Saint-Marie-des-Haines-Infinies :

Ce court roman de Louise Mey se lit assez rapidement. Il aborde dans un format court et facile d’accès beaucoup des sujets qui touchent les adolescents actuellement et que l’on retrouve très souvent dans les romans parus ces dernières années : harcèlement, homosexualité (féminine en l’occurence), regard des hommes sur le corps des (jeunes) femmes et enfin la questions incontournable à cet âge : comment trouver sa place dans un milieu parfois hostile. 

L’héroïne termine ses études au collège Sainte-Marie, établissement catholique imaginaire fréquenté par des gens très comme il faut (Sixtine, Cyprien…). Cependant sous le vernis de la morale et l’apparat de l’établissement, tout n’est pas si rose et les élèves n’ont parfois de saint que l’apparence. 

Arrivée dans ce collège après le décès de sa mère à la suite d’un cancer, l’héroïne est très mal accueillie par ses pairs et notamment par Salomé qui ne mâche pas ses mots à son égard, ne manifestant aucune compassion, se moquant d’elle et du deuil qu’elle est en train de vivre… Bref, rien de très chrétien.

L’héroïne parvient à supporter l’ambiance du collège grâce à Marwa, amie/amante qui lui fait découvrir l’amour et la raisonne parfois quand la colère la submerge en lui enjoignant de ne pas « brûler les ponts » et Matthieu, son ami de son ancien collège (nommé Aimé Césaire, comme un antonyme à Sainte-Marie), et qui fourni les élèves de Sainte-Marie en drogues…

L’écriture et les thème de ce roman sont un peu crus : vocabulaire, sexualité, l’héroïne ne mâche pas ses mots, prenant d’ailleurs un malin plaisir à renommer son établissement en « Sainte-Marie-de-mon-Cul », « Sainte-Marie-des-Filles-Sages », « Sainte-Marie-des-Faux-Semblants ». On retrouve cette colère et cette hâte que l’année se termine enfin dans le style : la ponctuation est rare, les phrases très longues, comme si la narratrice n’avait pas le temps de reprendre son souffle tant elle a à dire. Cette écriture est déroutante mais cohérente avec le propos, tout comme la couverture qui reprend la figure du blason, qui rappelle la noblesse en y incrustant la figure de deux femmes qui s’embrasent, le thème récurrent du feu symbolisant la colère…

Même si les personnages peuvent être un peu caricaturaux et la lecture dérangeante, ce roman a le mérite de mettre en lumière le fait que le harcèlement existe dans tous les milieux, et que dans tous les milieux chacun se cherche… Car les élèves populaires ne sont pas tous si heureux que cela, l’héroïne en a la preuve dans son « Dossier dernier jour »… Le compte à rebours avant la fin du collègue est lancé 3,2,1… Chaque chapitre rapproche l’héroïne d’un ailleurs où elle sera à sa place, sans doute.

Sainte-Marie-des-Haines-Infinies, Louise Mey, Editions la ville brûle, 2025.

Lire aussi l’avis de Lucie.

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L’avis d’Hélène sur Le silence est à nous :

Ce livre de Coline Pierré a fait grand bruit depuis sa sortie en mars 2025. Très actuel, sur le thème du féminisme et de la place de la parole des victimes d’agression sexuelles et de leur traitement par la communauté éducative et la société en général.

Au départ, l’héroïne, « Léo » pense s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment lorsqu’elle assiste « auditivement » à une agression sexuelle… Elle se sent ensuite une responsabilité et prends contact avec la victime. Une solidarité se met en place et l’enjeu sera alors de se faire entendre… En silence. Un parti pris très intéressant, à rebours des manifestations bruyantes, qui aura des conséquences sur chacun des personnages.

Un roman écrit en vers libres qui parle de l’accueil de la parole des victimes d’agression, de la parole des jeunes en général, des filles en particulier… Au coeur du sujet, la notion de consentement, les changements de mentalité, le rôle des adultes et les revendications des plus jeunes… L’équipe du blog a aimé ce titre très actuel et vous invite à rester connecté pour lire, très bientôt, notre lecture commune !

Le silence est à nous, Coline Pierré, Flammarion Jeunesse, 2025.

L’avis de Liraloin et celui de Lucie dont c’est le titre préféré de cette sélection.

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Seul titre que nous n’avons pas réussi à nous procurer, Véda s’en va est ainsi présenté par les éditons Albin Michel : Dunkerque, Véda, 17 ans, a une bande de copains, un petit ami champion de kite-surf, une famille, modeste mais qui l’aime, et un dragon d’eau de compagnie à qui elle se confie. Mais la jeune fille rêve d’une autre vie et met de l’argent de côté afin d’intégrer une université privée à Lille. Sa rencontre avec Frankie, lesbienne extravertie fraichement arrivée de Berlin, bouleverse son existence.

Si vous avez pu le lire, votre avis nous intéresse !

Véda s’en va, Sarah Maeght, Albin Michel, 2025.

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Et vous quel titre de cette sélection avez-vous préféré ?

Billet d’été : rappeler les enfants !

Pour nos billets d’été, avec les copinautes on a échangé autour de plusieurs formules : faire découvrir le contenu de notre écolo-swap comme l’ont déjà proposé Bouma, Liraloin ou les Merveillesdalice, évoquer des lectures qui nous font voyager comme l’a fait Isabelle de l’île aux trésors ou pourquoi pas partager autour de lectures qui nous aident à penser / panser « le monde d’après » comme les médias se sont empressés de le qualifier – avec tout ce qu’il peut y avoir de caricatural dans une telle étiquette.

C’est cette dernière proposition que je voudrais saisir aujourd’hui. Après trois mois d’anesthésie totale de mon désir de lire, je me suis réconciliée avec la lecture avec un roman de littérature générale. Rappeler les enfants d’Alexis Potschke. Si je me permets de l’évoquer sur notre blog collectif dédié à la littérature jeunesse, c’est que ce roman est une incursion dans le monde des collégiens et que la myriade de portraits d’adolescents qui y est évoquée est un joli miroir tendu à la jeunesse que l’on côtoie de près dans la littérature jeune public. Et puis quelle est la véritable limite entre littérature « adulte » et littérature « jeunesse » ? Vaste débat que nous menons justement en ce moment dans les coulisses du blog 😉

Il était donc un roman qui racontait les premières années d’un jeune professeur de lettres exerçant en région parisienne. Et ce jeune professeur est tout particulièrement sensible à la beauté des moments partagés avec ses élèves. De chaque petite scène racontée dans ce roman qui se construit au fil des trimestres, émerge des portraits d’une grande douceur, d’une incroyable tendresse, d’une infinie poésie. Et d’une humanité sincère. D’une humanité qui cette année, pendant trois mois, m’a terriblement manqué : l’humanité de la salle de classe.

Si ce livre m’a permis de penser/panser mon « monde d’après », c’est qu’il m’a permis l’espace de quelques pages de renouer avec ce qui fait l’essence même de mon métier et dont cette année j’ai du me passer tout un trimestre sans l’avoir choisi. Si ce livre m’a permis de penser/panser mon « monde d’après » c’est qu’il m’a rappelé combien j’aimais moi aussi capter l’infinie poésie des regards d’adolescents, la lumière de leur visage entre deux âges, leur parole vive et belle comme un ruisseau, le flot d’émotions dont leurs journées semblent tissées. Il m’a rappelé combien il était primordial d’être présent.e.s les un.es pour les autres. En vrai, en chair et en os. Sans écran entre nous…

A quelques pages de la fin, il y a ce discours improvisé par le narrateur un jour que ses élèves du club théâtre lui ont souhaité son anniversaire.

« Vous savez, j’ai eu plusieurs vies avant d’être professeur […] Je ne fêtais plus mon anniversaire parce que je m’étais rendu compte que j’avais arrêté de grandir. C’était autre chose.

Vieillir, a dit Elsa.

Oui, Elsa, vieillir. Vieillir. Je ne grandissais plus, je vieillissais. Les anniversaires ont commencé à me faire un peu peur, je voyais le compteur tourner ; je n’étais pas très vieux pourtant, mais je n’aimais plus ça. Je voyais le temps qui passait, qui passait. Et puis, finalement, je suis devenu professeur.

-Heureusement, a flatté Céleste.

-Oui, heureusement. Parce que, vous savez, j’aime mon métier. Oui, vous devez le savoir. J’aime vraiment mon métier.

Bien sûr, au club théâtre, c’est facile d’aimer son métier. Mais même quand mes élèves sont pénibles, même quand ils me fâchent, je suis toujours content de les retrouver. Ce qu’il y a de bien avec mon métier -, c’est qu’il change tous les jours. Je n’ai pas la routine des champs, des bureaux, de l’usine. C’est vrai que c’est un peu fatigant, parfois, mais j’aime ça, ne jamais savoir comment va être ma journée.

Quand je suis avec vous, que l’on discute, que l’on répète, et que j’essaie de vous apprendre des choses, que j’ai le bonheur de vous voir les apprendre, que je vous vois grandir aussi, j’ai l’impression, moi d’apprendre aussi, d’apprendre de vous. Vous, vous qui êtes là et qui m’écoutez, vous êtes mon antidote au temps qui passe, parce que le temps a du sens, maintenant, et je crois que c’est ce qu’il lui manquait. C’est pour ça qu’il me faisait peur.

Alors je n’attends plus les cadeaux, et ça ne reviendra pas, je n’attends plus rien, mais je n’en ai plus peur, de mon anniversaire, parce que je n’ai plus peur de vieillir.

Vous savez, depuis que je suis professeur, depuis que je côtoie mes élèves – et mes élèves, ce ne sont pas que mes cent vingt élèves, ce n’est pas que ceux que j’ai ou que j’ai eus, ce sont tous les élèves de ce collège-, depuis que je côtoie mes élèves, que je vous côtoie, vous, eh bien, voilà : j’ai arrêté de vieillir. Je ne vieillis plus, et c’est grâce à vous.

Et vous savez quoi ? Il faut que je vous le dise… depuis que je vous connais, vous, mes élèves, je crois même… je crois même que j’ai recommencé à grandir.

-Monsieur, a dit Charlotte, monsieur, je crois qu’Elsa pleure. »

Voilà.

J’ai hâte.

J’ai hâte de retrouver mes élèves.

Pour continuer à grandir.

Et entendre quel « monde d’après » ils désirent ardemment.

Et m’y atteler, de toutes mes forces, à ma petite mesure.

Billet d’été : Dans la valise de la sœur de Yokolulu

Ma sœur, Adèle, a 14 ans et aime lire. Mais on part bientôt en voyage et elle ne sait pas quel livre emmener ! En tant qu’aînée, je lui promets de résoudre son problème en lui proposant cinq livres qu’elle pourrait aimer.

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Pour commencer, je te conseille un album, parce que les ados peuvent aussi les apprécier. Tohu Bohu m’a été offert par Céline Alice, pour le swap de Noël, et je l’en remercie vivement. Musique, jeux de mots et dessins amusants s’y mêlent harmonieusement. Tout ce qu’on aime !

Tohu Bohu, Rémi Courgeon, album Nathan

L’avis d’Alice ici, de Pépita là.

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Comme premier roman, je t’en propose un d’Annelise Heurtier, parce que j’adore cette auteure et que j’ai tout autant aimé ce livre. Il est émouvant à souhait et il donne envie de voyager et de s’engager dans une association humanitaire.

Là où naissent les nuages, Annelise Heurtier, Casterman

L’avis de Pépita ici,

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Le roman suivant, je l’ai lu ce roman lorsque j’avais à peu près ton âge (treize ans) et il me faisait passer du rire aux larmes en quelques minutes. L’innocence du petit Babar et l’humour de Ben m’ont beaucoup plu ! On se demande par exemple, avec le petit frère de Camille, si on continue à fêter son anniversaire au paradis lorsqu’on est mort.

Qui décide, tous les soirs, d’allumer les étoiles ?, Carine Bausière, Ravet-Anceau

Mon avis sur notre blog ici.

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Une fois n’est pas coutume, je te conseille un livre de science-fiction ! Je sais que ses cinq cent dix-sept pages te font peur mais je t’assure qu’elles se lisent très vite ! J’avais dévoré avec passion ce (petit) pavé et j’avais rêvé dans « le monde d’après », au milieu d’animaux inventés.

Les Eveilleurs, Livre 1, Pauline Alphen, Hachette

L’avis de Céline du Flacon ici et mon avis sur notre blog là.

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Tu vas entrer en troisième et donc étudier la shoah, c’est pour cela (notamment) que je te conseille ce roman qui aborde ce sujet avec une touche romantique. Le début peut être long mais la suite est bien plus intéressante et émouvante.

Les valises, Sève Laurent-Fajal, Gallimard Scripto

L’avis d’Alice ici.

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J’espère que cette sélection de livres va aussi vous inspirer pour cet été !

Bonnes vacances à tous ceux qui en ont ! Belles évasions littéraires aux autres !

Billet d’été : dans le baluchon des élèves d’Ada.

Quand vient l’été, viennent les valises, les sacs de plage, les coffres de voiture bien remplis, bien remplis de… livres ! De ces livres qui s’annoncent comme des horizons à parcourir, découvrir, savourer, de ces livres qui vont sublimer notre été, ces instants fragiles et fugaces de petits bonheurs retrouvés. Mais que conseiller en ce moment crucial du grand départ en vacances ? C’est à cette tâche que nos chères  arbronautes vont s’atteler chaque semaine de l’été.

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Voilà l’été est arrivé, et quand il arrive c’est le moment où je dis au revoir à mes grand.e.s adolescent.e.s de 3e. Et au moment de se dire au revoir je leur laisse une petite liste de conseils de lecture. Très, très classique ma liste avec des tas d’œuvres du XVIe au XXe siècle, de Rabelais à Robbe-Grillet. Mais cette année, il s’est passé un truc étrange, cette année on a énormément débattu et une question est revenue sans cesse dans nos analyses de texte, dans nos séances d’oral ou de soutien : la question de la place des filles et des femmes dans notre société contemporaine. Pas la place des filles dans la société du moyen-âge, pas la place des filles dans la société du XXe siècle, non, la place des filles aujourd’hui en 2019, notamment dans la cour et les couloirs du collège où l’on travaille ensemble ! Et je peux vous dire que nos débats furent passionnants, enthousiasmants, parfois même délirants. On a parlé de la bise non consentie, du harcèlement de rue (et de cour de récré), des « nudes » envoyées via insta, des insultes sexistes dans les groupes classes sur Snapchat, de la charge mentale, des jouets genrés, du plaisir féminin, etc… Et oui, quand la parole se libère, on peut explorer tous les sujets !  En tout cas, ces débats m’ont nourrie bien plus que je n’aurais voulu l’admettre au premier abord. Et je pense qu’ils ont bien bousculé la petite fée-ministe en moi. Par conséquent la liste des livres que je mettrai dans leur baluchon cette année serait bien différente de celles que je propose d’habitude : cette année mes conseils de lecture seraient 100 % « livres et égaux » pour reprendre le nom d’une collection d’une maison d’édition qui aborde avec justesse et engagement cette thématique si enivrante de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Alors dans votre baluchon, mes cher.e.s élèves en transition entre la 3e et le lycée-le CFA -la MFR, je vous glisserais bien :

  • No et moi, de Delphine de Vigan, pubié aux éditions Le Livre de Poche. C’est l’histoire de Lou, adolescente de 13 ans surdouée, et de No, jeune SDF de 18 ans. Lou va tenter de sauver No, en lui offrant tout ce qu’elle semble avoir perdu, un toit, une famille, un travail et des ami.e.s. Mais leur amitié, si forte soit-elle, ne peut venir à bout des blessures qui hantent No. No continue de sombrer. Quant à Lou, elle explore à travers cette amitié les questions qui la tourmentent et peu à peu y trouvent des réponses. Ce livre est traversé de figures féminines complexes, dont le corps est bousculé, mais pas que, dont l’histoire originelle a été placée sous le signe du traumatisme et dont les combats s’éloignent et se rejoignent sans cesse pour une humanité plus juste.

  • Le journal d’Anne Frank, un roman graphique d’Ari Folman et David Polonsky publié chez Calmann Levy. C’est une élève de 3e justement qui me l’a prêté cette année, et quel bonheur complètement inattendu cela a été de redécouvrir l’histoire de cette ado qui m’avait bouleversée quand moi-même j’avais 14 ans. Au fil des pages, où les auteurs se jouent des limites de la case, de la bande, de la planche, nous voilà replongés dans les tourments, les questionnements, les compromis que la jeune allemande va vivre pendant plus de 2 ans, enfermée avec toute sa famille dans l’annexe de l’immeuble du 263, Prinsengracht, à Amsterdam. Les auteurs ont su retracer avec justesse un monument de la littérature du moi. Intense, cruel, parfois farfelu, fantaisiste. Toute la complexité d’un esprit adolescent privé de liberté.

  • Je me défends du sexisme d’Emmanuelle Piquet, illustré par Lisa Mandel, publié chez Albin Michel Jeunesse. Un livre incroyable pour la lectrice, le lecteur qui souhaite faire face au sexisme quotidien. Parce qu’il livre les témoignages de jeunes qui ont entre 11 et 15 ans qui ont vécu un sexisme ordinaire injustifiable et inacceptable – mais que toute une culture les pousse à taire, à éviter. Parce qu’il propose une stratégie de défense que je trouve formidable, active et enthousiasmante : la stratégie du 180 degrés, une stratégie de combat si peu transmise aux filles, traditionnellement, dans leur éducation. Parce que l’auteure Emmanuelle Piquet, psychopraticienne, fait un travail extraordinaire avec les jeunes qu’elle reçoit en consultation. Parce que les illustrations de Lisa Mandel sont drôles et efficaces. Parce qu’il faut que les choses changent !

  • Les Règles… quelle aventure ! d’Elise Thiebaut et Mirion Malle publié aux éditions La Ville Brûle. Encore un livre un peu O.L.N.I, ni documentaire scientifique, ni essai philosophico-féministe, voilà un petit bouquin (70 pages) qui aborde un sujet qu’aucune femme, aucun homme ne devrait ignorer et pourtant ! On apprend vraiment énormément de choses, sur les croyances, les mythes, les tabous, les périphrases qui entourent les règles. Et les illustrations sont percutantes ! Un vrai bol d’air !

  • Mon super cahier d’activités anti-sexistes de Claire Cantais, publié également aux éditions La Ville brûle. Pour s’amuser un peu cet été, tout en réfléchissant à la place que l’on donne à chacun depuis l’enfance selon son sexe. On réfléchit aux rôles des princes et des princesses dans les contes, aux rôles des garçons et des filles à la maison au quotidien. On y découvre aussi quelque chose d’essentiel : le combat pour l’égalité des sexes n’est pas réservé aux femmes, les hommes aussi sont concernés comme le prouve la page où l’on découvre 6 féministes célèbres : Louise Michel, Simone de Beauvoir, Nicolas de Condorcet, Pierre Bourdieu, Olympes de Gouges et Michel de Montaigne. On se détend et on apprend en s’amusant !

  • Et puis pour mettre un peu de poésie dans ce baluchon, je vous inviterais bien à lire le recueil Femmes : Poèmes d’amour et de combat de Taslima Nasreen, femme engagée, née au Bengladesh, en exil encore aujourd’hui, qui lutte contre l’injustice à travers ses mots. D’ailleurs, je vous laisse avec un de ses textes les plus célèbres.

La femme casse les briques assise sur un trottoir,

La femme au sari rouge casse les briques,

Sous le soleil brûlant,

La femme couleur de bronze casse les briques.

A vingt et un ans, elle en paraît plus de quarante,

Et sept enfants l’attendent là-bas, à la maison.

La femme casse les briques toute la journée,

En échange de quoi elle recevra dix takas, pas un de plus.

Dix takas ne suffisent pas à la nourrir, ni elle ni les sept autres.

Pourtant, jour après jour, la femme casse les briques.

L’homme assis près d’elle casse aussi les briques,

Abrité sous une ombrelle.

Il touche vingt takas par jour,

Vingt par jour parce que c’est un homme.

La femme a un rêve, elle rêve d’avoir une ombrelle.

Un autre de ses rêves serait, par un beau matin,

De devenir un homme.

Vingt pour les hommes, le double pour les hommes.

Elle attend que son rêve se réalise, mais rien ne la fait

Devenir un homme,

Rien ne lui fait avoir une ombrelle,

Pas même une ombrelle déglinguée.

On construit de nouvelles routes et d’immenses tours avec les briques qu’elle a cassées, mais le toit de sa maison s’est envolé avec la tempête l’an dernier, depuis l’eau goutte à travers une tenture, elle meurt d’envie d’acheter un toit en tôle.

Alors elle hurle dans tout le voisinage,

Les gens s’esclaffent, oh la la, disent qu’il lui faudrait

De l’huile pour les cheveux, de la poudre pour le visage.

Les sept enfants doivent être nourris,

La peau de la femme s’assombrit de jour en jour,

Ses doigts deviennent durs comme des briques,

La femme elle-même devient une brique.

Plus dur que les briques, le marteau peut casser une brique mais ne peut pas casser la femme.

Rien, ni la chaleur, ni le ventre vide, ni le regret de ne pas voir un toit en tôle,

 

Rien ne peut la briser.

 

 

Troubles

La vie est faite de bonheurs mais aussi d’épreuves. Enfant ou adulte, de près ou de loin, à un moment ou un autre, l’existence peut perdre son sens et devenir une véritable souffrance. Le mal-être peut se traduire de bien des façons : déprime, dépression, boulimie ou anorexie… Cette difficulté à vivre peut aussi découler d’un désordre psychiatrique.

Quand l’esprit s’égare, quand le malaise prend le pas sur le reste ou quand le corps devient un ennemi, il est toujours compliqué de faire face et de comprendre. Pourtant, il est essentiel d’en parler. Pour preuve de l’importance de ce sujet, il en fréquemment question en littérature jeunesse. Que cet état de souffrance soit au coeur du récit ou juste en toile de fond, voici une sélection sur ce thème difficile mais malheureusement universel.

  • Quand l’esprit s’égare et que la raison s’échappe (maladies mentales)

Le goût amer de l’abîme de Neal Shusterman chez Nathan

Un roman entre réalité et délires qui nous montre la schizophrénie de l’intérieur.

L’avis de HashtagCéline 

L’avis de Méli-Mélo de livres

J’ai suivi un nuage de Maëlle Fierpied illustré par Julie Guillem à l’école des loisirs

La bipolarité d’une maman vue à travers le regard innocent et aimant de son petit garçon.

L’avis de HashtagCéline

L’avis de MéliMélodelivres

Simple de Marie-Aude Murail chez Ecole des loisirs

L’histoire bouleversante de deux frères d’une vingtaine d’années, dont un des deux est déficient mental.

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– La Fosse au loup d’Alexandre Chardin chez Thierry Magnier

Comment empêcher son père de sombrer encore plus et le ramener dans le monde des vivants ? Un roman sur l’amour filial.

L’avis de MéliMélodelivres

  • Quand le mal-être empêche de vivre (dépression, TOC,…)

Tu es mon soleil de Marie Pavlenko chez Flammarion

Comment entrer en contact avec sa mère qui s’enfonce dans la dépression chaque jour de plus en plus ?  Sous le silence, il y a tant de peine ! Ce n’est qu’au prix de grandes souffrances, de découpages obsessionnels mystérieux que la mère de Déborah arrive à s’exprimer et se confier.

L’avis d’Alice

L’avis de Méli-Mélo de livres

L’avis de Un Petit Bout de bibliothèque

La folle rencontre de Flora et Max de Coline Pierré et Martin Page Ecole des loisirs Collection Médium

Quand l’écriture vient au secours de deux jeunes enfermés pour différentes raisons : l’une en prison, l’autre chez lui par phobie de l’extérieur. Cela donne un roman qui explique les gestes, les peurs dont la suite est parue le 7 novembre : Les nouvelles vies de Flora et Max.

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L’avis d’Alice

Nightwork de Vincent Mondiot Actes Sud

Quand on cherche l’amour de ceux qui nous entourent mais quand les adultes sont défaillants et que l’addiction fait place à la haine, le quotidien prend un ton macabre. Une chronique sociale presque effrayante.

L’avis d’Alice

L’avis de MéliMélodelivres

Mitsu un jour parfait de Mélanie Rutten chez MeMo

Un album qui aborde en douceur ce mal être qui vous frappe et qu’il est si difficile de nommer.

L’avis de Un Petit Bout de Bib(liothèque)

Les optimistes meurent en premier de Susin Nielsen chez Hélium

Susin Nielsen nous raconte l’histoire terrible et touchante de Pétula qui, suite à un drame familial dont elle se sent responsable, a développé des troubles compulsifs l’empêchant de vivre comme toutes les autres filles de son âge. Drôle et poignant.

L’avis de HashtagCéline

L’avis de Méli-Mélo de livres

L’avis de Un Petit Bout de Bib(liothèque)

  • Quand la vie devient insupportable (suicide)

Coeur battant d’Axl Cendres chez Sarbacane

Le suicide vu par Axl Cendres : décalé, amusant et émouvant, forcément.

L’avis de HashtagCéline

Tout plutôt qu’être moi de Ned Vizzini aux éditions La Belle Colère

Un roman d’une justesse incroyable par un auteur qui n’a pas réussi à vaincre ses démons. Incontournable !

L’avis de HashtagCéline

Les ailes de la sylphide de Pascale Maret Thierry Magnier

Quand Lucie, sur son lit d’hôpital, doit revenir sur cette chute du balcon…Une histoire menée de main de maître par l’auteure qui nous emmène dans le sordide.

L’avis de Méli-Mélo de livres

L’avis d’Alice

L’avis de Un Petit Bout de bibliothèque

Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire de Gilles Abier La Joie de lire

Un roman en résonance avec le précédent sur le mal être d’un gamin de 13 ans qui se prend pour un oiseau jusqu’à mettre sa vie en péril.

L’avis de Méli-Mélo de livres

L’avis d’Alice

A ma folie, passionnément de Gladwys Constant. Rouergue

Dans les bras d’un manipulateur, l’amour devient nocif et la prise de contrôle psychologique mène tout droit à la destruction. D’une telle histoire, on ne sort jamais indemne.

L’avis d’Alice

L’avis de MéliMélodelivres

  • Quand le corps devient un ennemi (boulimie, anorexie…)

Ronde comme la lune de Mireille Disdero Seuil

Quand on est ronde et qu’on se fait harceler par les autres à cause de son apparence.

L’avis de Méli-Mélo de livres

L’avis d’Alice

Les petites reines de Clémentine Beauvais Sarbacane

Quand un roman aborde avec humour ce sujet délicat de la boulimie…

L’avis de Méli-Mélo de livres

L’avis d’Alice

L’avis de Yoko Lulu

Le complexe du papillon d’Anne Lise Heurtier. Casterman

Mathilde tombe … avant de se relever. Aveuglée par les apparences, portée par le mal être, il n’y a qu’Annelise Heurtier qui pouvait aborder l’anorexie mentale avec tant de légèreté et de délicatesse.

L’avis d’Alice

Sobibor de Jean Molla

Quand anorexie rime avec vieilles histoires et secrets bien gardés… Une photo et un nom -Sobibor- sont le début d’une angoisse à vous rendre malade, voir anorexique.

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Solaire de Fanny Chartres illustré par Camille Jourdy à l’école des loisirs

Ce roman aborde deux thématiques de cette sélection. Il y est question de dépression avec celle qui touche la maman d’Ernest et Sara, les deux frère et soeur fusionnels de cette belle histoire. Mais aussi l’anorexie de la grande soeur d’Ernest que l’on surnomme Ossette… Une double entrée pour un roman touchant mais malgré tout très positif.

L’avis de HashtagCéline 

L’avis de Méli-Mélo de livres

 

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