Gabrielle, douze ans, dévore les romans et a souvent des coups de coeur littéraire. Elle a choisi de parlé de l’un des derniers : Amari et le Bureau des affaires surnaturelles de B.B. Alston.
Amari et le Bureau des affaire surnaturelles (tome 1) de B.B. Alston, Bayard jeunesse, 2021.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?
Sa couverture intrigante et la présentation de l’éditeur m’ont beaucoup plu.
Peux-tu nous dire de quoi parle ce roman ?
C’est l’histoire d’une jeune fille qui se fait persécutée dans son collège. Un jour en rentrant chez elle, elle découvre un colis sur lequel est écrit « TOP SECRET ». C’est ce qui va la mener dans un monde fantastique.
Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?
J’ai bien aimé le côté fantastique du livre, la lecture était prenante, je n’arrivai pas à m’arrêter !!! Il y a de l’humour et pas mal d’action, on ne s’ennuie jamais.
En le lisant, j’ai trouvé qu’il y avait des similitudes avec Harry Potter. As-tu eu la même impression ? Penses-tu que cela puisse avoir influencer positivement ta lecture ?
Ca ne m’a pas influencé car j’ai pris l’histoire comme elle venait, sans voir de similitudes avec autre chose.
Quel est ton personnage préféré ?
Balthazar Magnus est mon personnage préféré car c’est un formateur qui soutient Amari lors de tout les moments difficiles. Il est gentil et attentionné, un peu comme un grand frère.
Quel est ton passage préféré ?
Je n’ai pas vraiment de passage préféré. C’est un livre plein d’aventures, de fantaisie et d’humour. J’ai beaucoup aimé les épreuves que doivent subir les stagiaires.
Conseillerais-tu ce livre ? Que dirais-tu pour encourager la lecture ?
Je le conseillerais fortement. Il est génial et on se met facilement dans la peau de l’héroïne.
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Pour en savoir plus sur ce roman, n’hésitez pas à lire l’avis de Linda.
Pour la septième édition du Prix A l’Ombre du Grand Arbre, les délibérations ont abouti à une sélection de trois titres par catégorie :
Grandes feuilles (romans jeunesse)
Belles branches (romans ado)
Petites feuilles (albums)
Brindilles (petite enfance)
Racines (documentaires)
Branches dessinées (BD)
À vous de jouer pour désigner le lauréat dans chaque catégorie, en votant pour votre titre préféré ! Les votes seront ouverts jusqu’au 10 décembre et les gagnants annoncés dans la foulée, lundi 13 décembre.
Après vous avoir révélé la sélection des romans jeunesse et ado en septembre, il est aujourd’hui temps de vous présenter les titres qui ont retenu notre attention pour les catégories Racines et Branches dessinées. Vous pouvez voter en bas de chaque catégorie. Et rendez-vous dans un mois pour la suite de la sélection !
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~ Catégorie Racines : Documentaires ~
De la Démocratie de Equipo Plantel, illustré par Marta Pina & Dela Dictature de Equipo Plantel illustré par Mikel Casel, éditions Rue de l’échiquier jeunesse, 2020.
Nous en avions largement discuté lors de notre lecture commune, ce n’est pas une surprise de retrouver le diptyque politique d’Equipo Plantel parmi les titres de notre sélection. Ces deux albums de vulgarisation politique permettent d’aborder des sujets complexes avec les jeunes lecteurs en mettant les concepts à leur niveau. Il n’est jamais trop tôt pour encourager nos enfants à prendre conscience de leurs droits, à forger leur esprit critique et à débattre dans le respect de sujets encore trop peu abordés en littérature jeunesse.
Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité de Myriam Daguzan Bernier, illustré par Cécile Gariépy, éditions du ricochet, 2020.
La découverte de la sexualité est une étape importante qui cristallise de nombreuses questions. Tout nu ! se propose d’y répondre sans tabou, de façon précise et directe. Ce dictionnaire saura dédramatiser, rassurer et déculpabiliser tout en sensibilisant aux risques, aux discriminations et au consentement. Le tout avec la bienveillance promise par le sous-titre pour montrer que la sexualité est quelque chose de naturel et de positif. Un titre must have pour ouvrir et aider les adolescents (et leurs parents) à aborder sans jugement l’entrée dans la vie sexuelle.
Le musée des émotions – 40 chefs(d’oeuvre livrent leurs secrets d’Elsa Whyte, éditions La Martinière jeunesse, 2020.
La couverture saisissante et les illustrations sublimées par le format majestueux et le papier glacé font de cet album un bel objet-livre. Le classement par ordre chronologique permet de découvrir les principales périodes artistiques et leurs mouvements les plus importants. Un voyage dans le temps fascinant car il donne à voir comment les émotions et leur expression, que l’on pourrait croire universelles, changent au fil des siècles. Chaque œuvre d’art est mise à l’honneur sur une double page et associée à une émotion. Parmi les incontournables, comme La Joconde, le Cri de Munch ou Guernica de Picasso, se sont glissées des peintures, des sculptures et des photographies moins célèbres. Elles esquissent une palette d’émotions aux quarante nuances, montrant ce que tristesse, chagrin, colère, sérénité, déception, honte, souffrance, etc. font aux corps. Le texte interroge chaque scène et tend à éveiller la sensibilité artistique des jeunes lecteurs, en leur faisant prendre conscience que chaque œuvre renferme une histoire.
Quel est votre titre préféré dans la catégorie Racines ?
Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité, de Myriam Daguzan Bernier et Cécile Gariépy (Ricochet) (54%, 15 Votes)
Le musée des émotions : 40 chefs-d’œuvre se livrent, d’Elsa Whyte (La Martinière Jeunesse) (29%, 8 Votes)
De la démocratie / De la dictature, de Equipo Plante, Mikel Casal et Marta Pina (Rue de l’échiquier) (18%, 5 Votes)
Total Voters: 28
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~ Catégorie Branches dessinées : Bande dessinée ~
Olive, tome 1/4 : Une lune bleue dans la tête deVéro Cazot, illustré par Lucy Mazel, éditions Dupuis, 2020.
Une lune bleue dans la tête introduit une héroïne différente et un univers fantastique qui contraste avec la réalité tant dans la forme que dans le fond. Impression renforcée par les couleurs beaucoup plus vives dans l’imaginaire fantastique d’Olive que dans la réalité plus morne. La lecture est surprenante voir carrément déconcertante car on ne sait jamais vraiment si ce monde fictif est réellement imaginaire ou si, peut-être, il s’agit d’une réalité parallèle. La différence d’Olive est au cœur de l’histoire même si elle n’est pas vraiment expliquée. Est-ce une forme d’autisme comme le suggère les propos de ses camarades de classe? Y a-t-il un lien avec l’incident survenu durant la grossesse de sa mère? L’intrigue met en place différentes choses intéressantes, bien que souvent confuses, qui nous laissent avec beaucoup de questions. L’héroïne est attachante et agréable à suivre. Elle nous pousse à réfléchir au concept de différence, à nous demander s’il s’agit d’une norme établie selon des paramètres abstraits de « normalité » ou s’il s’agit plutôt d’une perception au monde différente, ici matérialisé par ce monde onirique et poétique dans lequel elle aime tant se réfugier.
Cachée ou pas J’arrive ! de Lolita Séchan, illustré par Camille Jourdy, éditions Actes Sud BD, 2020.
Une bande dessinée pour les plus petits, ou un album au format à l’italienne, Cachée ou pas j’arrive nous a séduites par de nombreux aspects : son format idéal pour les petites mains, la parfaite harmonie des deux univers des auteures/illustratrices, les multiples références, détails et les petits clins d’œil à leurs univers propres ainsi que la mise en page avec le comptage des points qui placent le lecteur en acteur de cette partie de cache-cache endiablée.
Soeurs d’Ys de M.T. Anderson, illustré par Jo Rioux, éditions Rue de Sèvres, 2020.
Avec sa magie et ses créatures fantastiques, Sœurs d’Ys s’inscrit dans le registre du conte fantastique tout autant qu’il est une légende dans la tradition populaire des peuples celtes. celle-ci inspire à Jo Rioux des graphismes sombres et envoûtants. Ses illustrations sont assez particulières, mais très expressives, faisant la part belle aux contrastes entre la lumière de la nature et l’obscurité des mondes marins – et des relations humaines. Cette imbrication entre éclat et noirceur est au cœur de l’histoire qui interroge les contreparties de la puissance. On peut y lire une métaphore sur l’orgueil des humains qui persistent à vouloir dompter les forces de la nature, mais aussi la soif d’accumulation qui met en péril le renouvellement des ressources naturelles. Un ouvrage étonnant qui offre une belle opportunité de découvrir la fascinante légende de la ville engloutie d’Ys.
Quel est votre titre préféré dans la catégorie Branches Dessinées ?
Cachée ou pas, j’arrive, de Lolita Séchan et Camille Jourdy (Actes Sud Junior) (46%, 13 Votes)
Sœurs d’Ys, de M.T. Anderson et Jo Rioux (Rue de Sèvres) (46%, 13 Votes)
Olive, tome 1 : Une lueur bleue dans la tête, de Véronique Cazot et Lucy Mazel (Dupuis) (7%, 2 Votes)
Jean-Claude Mourlevat est un auteur prolifique qui se renouvelle de façon étonnante : ses écrits revisitent les genres du conte, de la fable, du polar et de la dystopie. Il ravit ses lecteur.ice.s dans tous les registres grâce à sa plume vive, son art de conteur et son talent pour nous interroger sur les sujets les plus percutants. À tel point qu’il a reçu récemment le prix Astrid Lindgren, considéré comme le Prix Nobel de littérature jeunesse (nommé d’après une autrice dont nous avons d’ailleurs eu l’occasion de parler par ici). Un prix qui contribue à rendre visible à l’international la richesse inouïe de la littérature jeunesse francophone, mais qui nous invite surtout à (re-)découvrir les livres de cet auteur. Un billet s’imposait dans notre série sur les « classiques » de la littérature jeunesse !
Vous connaissez le principe : chacune de nous choisit un titre qu’elle a particulièrement aimé et vous dit pourquoi.
Lucie a envie de mettre en avant La Troisième Vengeance de Robert Poutifard. Voilà pourquoi !
La Troisième Vengeance de Robert Poutifard de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse, 2004.
– Parce que c’est le roman de Jean-Claude Mourlevat préféré par son fils (pour le moment !) – Que l’on soit élève ou enseignant, ce roman est un délicieux jeu de massacre. – Parce que Robert Poutifard ne déteste pas seulement ses élèves mais aussi ses collègues, et que ses commentaires in petto sont hilarants. – Parce que les enfants peuvent se montrer particulièrement cruels et que les effets de la méchanceté ne sont pas anodins. – Pour les trois machinations mises en place, qui sont tout simplement diaboliques. – Pour Bourru, le chien du cousin garagiste de Robert, à pleurer de rire. – Parce que Poutifard a beau être animé par la vengeance, il est humain et particulièrement attachant. – Parce que la vengeance qui compte réellement, comme le titre l’indique, c’est la troisième qui apporte compréhension et pardon.
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Comment ne pas braquer tous les projecteurs sur Cornebique et entonner en cœur sa ballade ? Pour Isabelle, les arguments sont multiples et convergents !
La ballade de Cornebique, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard, 2003.
– Pour l’irrésistible bouc Cornebique, gaillard tout en jambes, doté d’un solide appétit, d’une bonne dose d’auto-ironie et d’un cœur tendre à souhait. – Par ce que Jean-Claude Mourlevat est un conteur hors-pair qui place ce récit sous haute tension. – Pour les émotions fortes qui nous font passer du rire aux larmes… – … et pour le son entraînant et émouvant du banjo qui fait écho à nos états d’âme et nous donne envie de danser. – Pour les frasques de Cornebique dont l’esprit de compétition, la fantaisie et la liberté vont droit au cœur des enfants (même ceux qui sont adultes). – Pour les dialogues, trésors d’humour et de répartie. – Évidemment, pour le savoureux concours d’insultes. – Et pour la convivialité de ce roman où tout s’arrange toujours autour d’un repas chaud.
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Pour Linda, la fable animalière Jefferson est une invitation à voyager, à rêver, à penser mais aussi à rire. Voilà quelques raisons de le mettre en avant.
Jefferson de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2018.
– Parce que c’est le roman préféré de ma fille, celui qu’elle relit régulièrement, qu’elle chérit comme un doudou, – Pour cette couverture toute simple qui nous présente Jefferson, et son résumé qui dévoile juste ce qu’il faut de l’intrigue (avec humour) pour donner envie d’en savoir plus, – Pour son intrigue policière qui prend la forme d’un voyage parfois terrifiant, – Pour les valeurs d’amitié et de joie de vivre qui dominent, – Pour ses personnages animaliers qui, caricaturant les humains, dressent des portraits touchants et drôles, – Pour le questionnement sur notre rapport aux animaux et sur leurs droits, – Parce que derrière ce questionnement humaniste et écologique, l’histoire n’en reste pas moins bourrée d’humour, – Parce qu’un bon polar c’est aussi une enquête qui nous entraîne à l’aventure en laissant de la place au suspens, – Enfin, parce que Jean-Claude Mourlevat, tout simplement.
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Pour Liraloin, l’épopée contée du roman Le Chagrin du Roi Mort emporte très loin l’imagination du lecteur aventurier !
Le Chagrin du Roi Mort de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2009
– Pour cet incipit : « Je dédie ce roman, une fois n’est pas coutume, à mes camarades de littérature, celle qu’on dit «de jeunesse ». » – Pour ce titre, genèse de ce conte qui va se dérouler sous vos yeux. – Pour l’amour, ce sentiment humain dont l’essence enveloppe nos héros. – Pour la sorcellerie, ligne directrice parfaitement orchestrée. – Pour les deux parties de l’histoire : l’enfance si douce et mystérieuse / la guerre : combats fraternels et l’amour possible ou impossible ? – Pour le sort tragique d’une mère légitime ou non. – Pour le combat d’un père qu’il soit légitime ou non. – Pour le souffle court d’Aleks lorsqu’il évoque Lia (une série de chapitres dont les voix résonnent très longtemps) – Pour les quelques pages impossibles à terminer par peur de la chute, d’un réveil trop brutal. – Pour cette histoire qui restera longtemps à vibrer.
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Pour Colette, Mourlevat c’est la magie de La Rivière à l’envers avant tout !
La Rivière à l’envers, Jean-Claude Mourlevat,PKJ, 2009
– Parce que les quelques mots du prologue sont juste… parfaits ! « L’histoire que voici se passe en un temps où l’on n’avait pas encore inventé le confort moderne. Les jeux télévisésn’existaient pas, ni les voitures avec airbags, ni les magasins à grande surface. Or ne connaissait même pas les téléphonesportables ! Mais il y avait déjà les arcs-en-ciel après la pluie, la confiture d’abricot avec des amandes dedans, les bains deminuit improvisés, enfin toutes ces choses qu’on continue à apprécier de nos jours. Il y avait aussi, hélas, les chagrinsd’amour et le rhume des foins, contre lesquels on n’a toujours rien trouvé de vraiment efficace. Bref, c’était… autrefois. – Parce que tout commence dans une épicerie, une épicerie qui est un véritable petit royaume de poésie. – Pour l’incroyable foisonnement du merveilleux qui se niche entre ces pages : de la Forêt de l’oubli à la prairie des Parfumeurs, ce récit explore le moindre recoin du pays des merveilles ! – Parce qu’il y est question d’amour, d’amour naissant, un amour qui ne se dit jamais explicitement, mais un amour qui engage et qui emmène. – Parce que Tomek est le héros par définition : courageux, vaillant, droit, sincère. – Parce que son pendant féminin, Hannah, est l’héroïne par définition : courageuse, vaillante, droite, sincère. – Parce que le style de Mourlevat y est précis, limpide, d’une clareté aussi lumineuse que celle de l’eau de la rivière Qjar. – Parce que la chapitration du roman a permis à nombreux de mes élèves, même petits lecteurs, de se lancer dans une lecture longue, un défi qui n’est pas mince à relever ! – Pour ce processus ingénieux de la double narration, celle de Tomek, dans un livre, celle d’Hannah dans l’autre, un processus qui nous invite à changer de point de vue, à relire sans cesse, à ne jamais être trop sûr de soi. Une belle leçon d’humilité en somme. De poésie aussi. – Pour les moments précieux que sa lecture à voix haute m’a permis de vivre au côté de mon fils aîné qui en avait livré, jadis, ici même, sa lecture d’enfant.
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Et vous, avez-vous lu Jean-Claude Mourlevat et lequel de ses romans auriez-vous choisi de mettre en avant ?
Après vous avoir présenté nos tables de chevet débordant de piles de romans, albums et autres réjouissances, c’est le moment de partager nos coups de cœur au terme de ce joli mois à la charnière entre été et automne…
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Pour Liraloin, une BD remporte les suffrages ! Incroyable ! débute comme une pièce de théâtre. En poussant la porte, le décor se plante et les personnages sont présentés tout comme la peau de banane qui aura son importance. Après tout, Tchekhov n’a-t-il pas dit : « Quand dans une pièce de théâtre, il y a un pistolet, il faut qu’il tire avant la fin… ». En attendant Jean-Loup, notre héros fait son entrée et ce petit garçon : « est un gamin un peu bizarre, qui du haut de ses 11 ans, s’est égaré quelque part entre son arrêt de bus… et le cosmos. »
Jean-Loup passe son temps à la bibliothèque, il aime rédiger des fiches sur les sujets qui éveillent sa curiosité. Cependant il se dépêche de rentrer chez lui en se lançant des défis et gagner des points. Mais Jean-Loup est seul, deux parents absents laissant place vide à d’autres personnes un peu trop envahissantes ou réconfortantes selon si ces dernières viennent de son imagination ou sont bien réelles.
Ce qui est Incroyable ! dans ce récit c’est cette force narrative qui joue avec les émotions du lecteur. J’ai adoré le personnage du Parrain qui dédramatise la vie de Jean-Loup et lui permet de remettre les pieds sur terre. Johnny Gala et ses chansons à l’anglais approximatif : « Ah, j’ai mon contrat… Tous les mercredis Johnny Gala est chez Cora. Cette semaine c’est au rayon petits pois. Y a une promo, j’ai une compo. I wrote a song… Enfin euh song… a Hit ! J’aime les pois les concassés. J’aime les pois même les entiers (sur la mélodie de « J’aime les filles » de Dutronc). »
Cette vie de petit garçon timide aux tocs comme pour combler un trop grand vide affectif vous touchera très certainement.
Incroyable ! de Zabus & Hippolyte, Dargaud, 2021
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Sur les étagères de La Collectionneuse de papillons, un album délicat à partager entre parents et enfants : Entre Toi et Moi du Dr Catherine Gueguen et Reza Dalvand. Un album qui met des mots sur les besoins d’attention de l’enfant de manière très simple. Catherine Gueguen est une pédiatre qui a beaucoup écrit sur les neurosciences affectives et sociales, et l’importance de la communication non violente au sein des familles et de l’institution scolaire. C’est toujours un bonheur de la lire car elle vulgarise une parole scientifique qui m’a permis, personnellement, en tant que mère et qu’enseignante, d’asseoir mes intuitions. L’album donne la parole à l’enfant dans de nombreuses situations déroutantes pour les parents : l’accès de colère, les chutes, les bêtises, la socialisation, les erreurs, les apprentissages difficiles… Avec cet album, l’enfant est encouragé à mettre des mots sur ce dont il a besoin pour se construire et s’émanciper. Une compétence primordiale pour nourrir l’estime de soi et la confiance dans un monde pourtant incertain.
Entre Toi et Moi, Dr Catherine Gueguen, Reza Dalvand, Les Arènes, 2020.
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Le coup de cœur de Lucie fait durer encore un peu l’été : c’est le magnifique Esther Andersen né de la collaboration entre Timothée de Fombelle et Irène Bonacina. Avec le talent qu’on lui connaît, l’auteur met des mots sur ces sensations d’éternité et d’immensité propres aux vacances d’enfance. Un jeune garçon passe ses vacances chez son oncle et circule librement dans la campagne environnante. Jusqu’à ce qu’il fasse une rencontre qui va le chambouler… Les illustrations d’Irène Bonacina, qui ne sont pas sans évoquer Sempé, exploitent parfaitement ce grand format à l’italienne et élargissent toujours plus l’horizon qu’explore l’enfant sur son vélo rouge.
Esther Andersen de Timothée de Fombelle, illustrations d’Irène Bonacina, Gallimard Jeunesse, 2021.
Le coup de cœur de Linda tente, lui aussi, de retenir l’été et les vacances un peu plus longtemps. Un détour entraîne une famille à profiter un peu plus de la nature, de la quiétude des vacances et d’eux-mêmes avant d’affronter le retour si difficile à la maison. Le texte poétique et sensible de Stéphanie Demasse-Pottier et le trait flou de Clarisse Lochmann s’associent dans un album touchant qui laisse parler les émotions et prolonge les vacances pour notre plus grand plaisir.
Fin d’été de Stéphanie Demasse-Pottier, illustrations de Clarisse Lochmann, éditions l’Etagère du bas, 2021.
En revanche, c’est un album résolument automnal qui a conquis Isabelle et ses moussaillons ! En ces journées débordantes d’activité, ils ont savouré Un grand jour de rien. Des pages joliment détrempées de pluie qui raconte comment un enfant redécouvre le goût de la vie le jour où sa console termine au fond de la mare. Les illustrations de Béatrice Alemagna ont un charme singulier et mélancolique qui respire merveilleusement l’intensité de l’enfance. Elles nous font ressentir le désarroi de ce petit chaperon orange fluo, puis la manière dont il s’affirme au contact de la nature. De quoi nous donner envie de lever les yeux de nos écrans et de prendre un grand bol d’air. D’empoigner de la terre humide à pleines mains. D’explorer les environs, au gré des rencontres et de son imagination, à la recherche de petits trésors. Un album beau et profond à partager avec une tasse de chocolat chaud.
Un grand jour de rien, de Béatrice Alemagna, Albin Michel Jeunesse, 2016.
Et s’il ne fallait retenir qu’un roman, ce serait La vie en rose de Will, de Susin Nielsen. Un roman d’une grande tendresse – de ceux qu’on voudrait à la fois dévorer et lire plus lentement pour mieux le savourer ! Will n’a pas confiance en lui et les sarcasmes impitoyables du monde du collège n’aident pas à s’ouvrir aux autres. Un échange scolaire avec une classe française le place au pied du mur et fait débarquer Charlie dans sa vie. Heureusement, Will a pour lui une spontanéité désarmante, l’amour de ses deux mamans, l’enthousiasme de Templeton et l’amitié de Sal et Alex… On est dans la vraie vie, pas dans un de ces livres de développement personnel dans lesquels un peu de conviction et quelques recettes font des miracles. Mais c’est justement ce qui fait que chaque petit pas en avant est profondément émouvant. À la lecture, on se souvient combien l’adolescence peut être douloureuse. On traverse des états oxymoriques entre rire et larmes. On se love dans l’univers métissé et divers de l’autrice. On s’amuse du comique de situation, des répliques culte et des clins d’œil à la littérature et à la pop culture (l’occasion notamment de découvrir l’émission Queer Eye à côté de laquelle il aurait été dommage de passer !). On rigole du regard juste et décalé sur les Français. Et on se réjouit de célébrer l’amitié avec un grand A, avec des personnages qu’on voudrait ne jamais devoir quitter.
La vie en rose de Will, de Susin Nielsen, Hélium, 2021.
Ce sont les bulles de deux albums résolument différents qui ont conquis le cœur de Blandine en septembre.
D’abord le doux, poétique et sensible Emouvantail avec sa rencontre avec un « oiseau bohême ». Un album quasi muet, un dessin au trait suranné, un clin d’oeil littéraire pour interroger notre altérité, notre désir de possession et notre définition de la liberté. Magnifique! Son avis ICI.
L’Emouvantail. 4-L’oiseau bohème. Renaud DILLIES. Éditions de la Gouttière, 2021
Et son cœur a fait « boum » pour ce roman graphique documentaire d’Aimée de Jongh qui nous entraîne auprès des fermiers du Dust Bowl durant la Grande Dépression. Aux côtés du tout jeune photoreporter John Clark, nous découvrons les si impressionnantes et destructrices tempêtes de sable qui précarisent tant leur vie. Un roman graphique saisissant qui interroge le pouvoir de l’image. Son avis complet LA.
Jours de sable. Aimée DE JONGH. Éditions Dargaud, 2021
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Et vous, avez-vous fait de belles découvertes de rentrée ? Racontez-nous !
Après la lecture commune du roman Les Enfants sont rois de Delphine de Vigan, et parce que c’est un sujet qui nous intéresse depuis plusieurs mois, nous avons décidé de vous proposer aujourd’hui une sélection de titres qui mettent l’accent sur notre utilisation des réseaux sociaux, leurs dangers mais aussi leurs bénéfices. Parce que nous avons profité de l’espace virtuel que nous propose cette vaste toile pour faire pousser notre grand arbre, nous souhaitons nous engager pour une utilisation émancipatrice du net, une utilisation discutée, débattue, démocratique qui respecte l’intégrité de chacun.e. A notre manière à nous. Avec des livres !
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Pour aborder le sujet avec des (tout-)petits
Regarde papa ! d’Eva Montanari publié chez Thierry Magnier raconte – presque sans texte – comment un papa ours les yeux rivés à l’écran de son ordinateur puis de son téléphone loupe les aventures extraordinaires de son petit ourson embarqué par la magie d’un cirque. Il manque même de perdre son petit emporté par une énorme bulle de savon. C’est un petit album poétique qui a quelque chose d’intemporel dans le trait pour aborder cependant une réalité très moderne.
Regarde, papa d’Eva Montanari, Editions Thierry Magnier, 2020.
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C’est un livre ! de Lane Smith met en scène une discussion improbable entre un petit âne et son ami gorille. Face à face, chacun dans leur fauteuil, l’un accroc à son ordinateur, l’autre plongé dans son livre, ils se confrontent. Le petit âne ne comprend pas ce que fait son ami, il le harcèle de questions, toutes passées au filtre du seul mode de connexion au savoir et au monde qu’il connaisse : le numérique. Il lui demande par exemple : « On peut s’en servir pour chatter ? » , « On peut faire des combats entre les personnages ? » ou encore « Ça envoie des textos ? ». Et son ami lui répond inlassablement : « Non, c’est un livre ! ». Jusqu’à ce que l’âne tente l’expérience et se plonge dans cette autre réalité virtuelle qu’il ne connaît pas. Et qu’il va savourer. Un régal d’humour et de subtilité pour discuter des supers pouvoirs de la lecture !
C’est un livre, Lane Smith, Gallimard Jeunesse, 2011.
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Par un jour où tout l’ennui du monde s’est donné rendez-vous, un petit garçon panse son vague à l’âme en jouant à la console. Lorsque le jeu se retrouve malencontreusement au fond de la mare, c’est un monde insoupçonné qui se révèle dans toute son intensité glaçante, troublante, fascinante, éblouissante. Le décor que l’enfant croyait connaître par cœur apparaît soudain sous un jour nouveau qui recèle mille et une expériences… qu’il devient urgent de partager avec un être aimé. Les fabuleuses illustrations de Béatrice Alemagna nous font ressentir le désarroi de ce petit chaperon orange fluo, puis la manière dont il s’affirme au contact de la nature. De quoi nous donner envie de lever les yeux de nos écrans et de prendre un grand bol d’air. D’empoigner de la terre humide à pleines mains. D’explorer les environs, au gré des rencontres et de son imagination, à la recherche de petits trésors. Un album aussi beau que profond !
Un grand jour de rien, de Béatrice Alemagna, Albin Michel Jeunesse, 2016.
Documentaire sur le numérique accessible aux enfants dès 8 ans, Mission déconnection est arrivé à point nommé après la période d’école à la maison ! On y trouve un petit historique de la création d’Internet, des informations sur le coût énergétique de nos écrans, sur les données personnelles, sur les fake news et sur les effets des écrans sur notre santé. Il y a aussi quelques pages ludiques avec une BD, des tests et un jeu invitant les enfants à trouver des astuces pour se passer des écrans pour des tâches quotidiennes. Plus pratique, des règles de base sont suggérées pour permettre d’établir un contrat de confiance numérique en famille.
Mission déconnexion, Laurence Bril et Léo Louis-Honoré, Rue de l’échiquier Jeunesse, 2020.
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Pour aborder le sujet avec des adolescent.e.s
Comme des images commence comme un roman ado classique : « Il était une fois des enfants sages comme des images, dans un prestigieux lycée. » Sauf que suite à une rupture amoureuse, Tim envoie des images de Léopoldine à leurs camarades de classe pour se venger, et la machine s’emballe. Un roman montrant la violence du harcèlement sur les réseaux sociaux, et ses conséquences.
Comme des images, Clémentine Beauvais, Sarbacane, 2014.
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Sous haute dépendance est un best-seller primé dans l’espace germanophone (un million d’exemplaires vendus). On comprend pourquoi, à la lecture de ces pages intensément addictives ! On entre avec Nick dans un jeu vidéo fantastique. Disponible seulement sur invitation, il se joue dans le plus grand secret et en respectant à la lettre les instructions du Messager dont il s’agit de relever les quêtes pour progresser rapidement. De quoi devenir complètement accro et s’agacer, avec Nick, des interruptions liées aux contraintes du quotidien et aux intrusions parentales ! Mais le jour où le Messager s’adresse directement à Nick, et non à son avatar, pour lui confier une mission dans le monde réel en échange duquel il a la surprise de recevoir le T-shirt de son groupe préféré, il devient clair qu’Erebos n’est pas seulement un jeu particulièrement réussi. Comment peut-il le connaître aussi bien ? Jusqu’où mènera-t-il ses joueurs ? Qui tire les ficelles du jeu ? Le roman se dévore et donne à réfléchir aux mécanismes qui créent l’addition, aux conséquences pour l’équilibre psychologique et à l’intrusion effrayante dans la sphère privée que permettent les usages inconsidérés des jeux vidéo et des réseaux.
Sous haute dépendance, d’Ursula Poznanski, Bayard Jeunesse, 2013.
Pour les parents (et les professionnels de l’enfance)
Psychiatre, chercheur en psychologie et co-rédacteur du rapport de l’Académie des sciences intitulé L’enfant et les écrans, Serge Tisseron propose avec ce petit livre des repères simples pour initier les plus jeunes aux écrans. Pas question de culpabiliser les usagers, il s’agit plutôt de réfléchir à nos modes de vie et aux maux qui conduisent à laisser trop souvent les enfants seul devant la TV ou la tablette. Et d’encourager les pratiques créatrices et socialisantes mobilisant les technologies numériques ! Sur la base d’un état des savoirs relatifs aux conséquences des écrans sur les enfants à différents âges, ce petit livre dresse une feuille de route simple et lisible, permettant d’éduquer les plus jeunes à l’auto-régulation et à la distance critique.
3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir, de Serge Tisseron. Éditions Érès, 2013 (réédité en 2017)
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Bonus !
A mettre dans vos oreilles !
Sur France Inter, si le sujet de l’influence du numérique sur la jeune génération vous intéresse, n’hésitez pas à aller faire un tour du côté du Podcast Le Code a changé de Xavier de La Porte. Une des émissions au titre provocateur – Sommes-nous vraiment en train de fabriquer des crétins digitaux ? – offre des pistes de réflexion intéressantes en nous faisant découvrir le travail d’Anne Cordier. C’est par là !
Grandir connectés, les adolescents et la recherche d’informations, Anne Cordier,C&FEds, 2015.
On vous conseille également le podcast Arte Radio Vivons heureux avant la fin du monde de Delphine Satel notamment l’épisode intitulé GAFA tes gosses.