Nos classiques préféré.e.s : Un regard sur l’enfance avec Helen Oxenbury

Helen Oxenbury est une autrice et une illustratrice incontournable de la littérature jeunesse. Créatrice de la série emblématique Léo et Popi, elle s’illustre dans les albums pour les bébés et les jeunes enfants qui sont les héros aux joues rebondies des histoires qu’elle invente ou illustre pour d’autres auteur.e.s. Nous avons aussi grandi avec ses albums, c’est pourquoi il nous semblait impossible de ne pas l’inviter parmi nos classiques.

Voici une sélection de nos albums préférés.

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Pour Linda, partir à La chasse à l’ours est une histoire de famille à partager sans limite. Un album qui mérite bien sa place ici pour au moins ces dix raisons…

La chasse à l’ours de Michael Rosen, illustré par Helen Oxenbury, Kaléidoscope, 2001.
  1. Pour la nostalgie que sa lecture procure, nous rappelant l’enfant que l’on a été ou celui/ceux que l’on a/a eu,
  2. Pour l’esprit de famille qui règne au fil des pages, et le partage de ce jeu de chasse à l’ours qui réunit toute la famille,
  3. Pour l’intemporalité de son récit, confirmé par le succès de cet album depuis sa première publication,
  4. Pour la musicalité de son texte qui se répète comme le ferait une comptine ou une ritournelle,
  5. Pour les onomatopées qui viennent plonger le lecteur dans la promenade en pleine nature,
  6. Pour le plaisir que procure l’écoute de la version anglaise interprétée et chantée par son auteur, Michael Rosen,
  7. Pour la tension qui monte crescendo face aux obstacles de plus en plus difficiles à franchir, plus effrayants aussi,
  8. Pour les émotions qui viennent animer la bouille des petits lecteurs, pas si éloigné de celles des personnages,
  9. Pour les illustrations tout en douceur qui alternent la couleur et le noir et blanc,
  10. Pour la chute surprenante qui laisse les plus petits stupéfaits.

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Pour Isabelle, Helen Oxenbury, c’est notamment les illustrations de 2 petites mains et 2 petits pieds. Il y aurait au moins 10 raisons de penser à cet album qu’elle aime régulièrement offrir aux bébés de son entourage !

  1. Pour les bouilles réjouissantes des bébés célébrés, leurs adorables petites mains, leurs petits pieds. Leur venue au monde n’est-elle pas l’un des plus grands bonheurs qui soit ?
  2. Parce que les bébés aiment voir d’autres bébés dans les livres, les reconnaître au fil des lectures, s’amuser de leurs jeux et de leurs frasques.
  3. Pour la douceur des illustrations, si caractéristiques du style de Helen Oxenbury.
  4. Pour la joie de voyager autour du monde, dans des pays divers et variés, urbains, ruraux, nordiques ou orientaux…
  5. … et de découvrir à quel point les bébés du monde grandissent dans des conditions différentes
  6. Pour la manière dont cet album célèbre ce que tous ces bébés ont malgré tout en commun : « tous ces bébés, tout le monde le sait, ont deux petites mains et deux petits pieds » !
  7. Parce que malgré ce dépaysement, tous nos repères sont là. Grâce à la récurrence des adorables petites mains et petits pieds et de la petite phrase répétitive de l’album qui résonne comme une entraînante petite comptine que toute la famille entonne bientôt avec enthousiasme.
  8. Parce qu’au rythme de cette petite comptine, c’est joli de voir ces bébés grandir et être aimés.
  9. Pour la chute pleine de tendresse.
  10. Pour l’hymne réjouissant à la diversité, à la fraternité et aux câlins !

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Pour Colette, Helen Oxenbury, c’est l’album créé en partenariat avec Phyllis Root, judicieusement intitulé Quand Big Mama a créé le monde. Un album qui résonne au moins pour 10 raisons !

Quand Big Mama a créé le monde…, Phyllis Root, Helen Oxenbury, Père Castor, 2002.
  1. Tout d’abord, voilà un album dont le titre résonne à la fois comme un pied de nez et un hommage aux forces démiurgiques, car oui, ce livre là n’est rien moins qu’une réécriture d’un des textes fondateurs de notre culture judéo-chrétienne puisque qu’il s’agit pour les deux artistes de revisiter le premier texte de la Bible : le livre de la Genèse.
  2. Mais voilà que dès les premières pages, on découvre un vibrant hommage au pouvoir incommensurable des mères qui sont des divinités à part entière car elles parviennent à créer des mondes tout en s’occupant de leur progéniture.
  3. Et cet hommage prend les traits d’une femme aux formes généreuses, comme sait si bien les dessiner Helen Oxenbury, aussi bien quand elle croque les bouilles des bébés que les belles hanches et la poitrine gourmande de notre Big Mama.
  4. Cet album est aussi un ravissement d’oralité, on y retrouve le rythme du texte d’origine, mais comme enrichi de l’expressivité de notre généreuse divinité : onomatopées, points d’exclamations et ce refrain qui sans cesse vient ponctuer la parole de Big Mama : « Beau travail, Beau travail, ma foi ! » Un album tout en optimisme, quoi !
  5. Et comme un écrin précieux à ce texte qui raconte tout de même comment notre monde fut créé, les illustrations d’Helen Oxenbury font la part belle aux couleurs : du bleu, puis du blanc, puis du noir, du jaune, du vert et peu à peu les couleurs se complexifient au fur et à mesure que de nouvelles créatures viennent habiter auprès de Big Mama.
  6. Cet album c’est aussi un hymne lumineux à la nature, aux animaux, et aux humains, un appel à regarder le monde avec tendresse et émerveillement.
  7. C’est aussi un bel hommage à ce qui fonde notre humanité – et qui nous est si cher à l’ombre du grand arbre : notre capacité à raconter des histoires pour nous tenir compagnie. Car oui quand Big Mama a été bien fatiguée au matin du sixième jour, elle a choisi de modeler des « gens ». « Et chacun avait une histoire à raconter à Big Mama. »
  8. Parce que vraiment quelle idée malicieuse de mêler les corvées de lessive et les ateliers pâtisseries à ce grand récit fondateur, une manière de redonner avec humour leur place aux femmes, aux mères en particulier, à toutes celles qui ont été effacées des récits de création.Une manière de répondre à cette question que je me suis souvent posée : pourquoi Dieu ne serait-il pas une figure féminine ?
  9. Parce qu’au final cet album invite à penser certaines questions philosophiques que les enfants ne manqueront pas de se poser : d’où venons-nous ? où allons-nous ? Quelle est l’origine du monde ?
  10. Un album tout en joie, qui invite à voir autrement les questions spirituelles, c’était un pari osé, ici parfaitement réussi !

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Pour Liraloin, quel joie de relire cet album haut en couleur et en bonheur. Voici les dix raisons d’aimer cette histoire !

Très très fort ! de Trish Cooke & Helen Oxenbury, Père Castor, 1995
  1. Pour cette histoire en randonnée où le héros qui est au centre de toute l’attention est un tout-petit.
  2. Pour cet amour que les adultes et les jeunes enfants donnent à ce p’tit bonhomme !
  3. Pour le mouvement qui est donné par les illustrations d’Helen Oxenbury, les personnages ont une joie de vivre communicative, ils dansent presque…
  4. Pour ce défilé où tous les personnages ont un look particulier que la plupart de vos arbonautes ont connu : les couleurs vives des années 90’
  5. Pour la construction du texte : comme cette impression de lire une chanson, une ritournelle du bonheur qui donne envie de bouger et de s’émerveiller !
  6. Pour ces moments de respiration lorsque les personnages « ne font rien de spécial » à part attendre tranquillement. Chacun reprend son souffle.
  7. Pour ce véritable Vaudeville, cette porte qui ne cesse de s’ouvrir sur une tante, un cousin fou d’amour pour ce bébé.
  8. Pour cette couverture :  en 1994 (date de la première publication en Grande-Bretagne), c’est assez rare de voir un papa et son enfant.
  9. … comme il n’est pas banal de voir une famille à la peau noire héroïne d’un album jeunesse.
  10. Car lire cette histoire et faire défiler les superbes illustrations d’Helen Oxenbury nous donne une énergie folle !

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Et vous, quel est votre album préféré d’Helen Oxenbury ?

Et si on lisait un western ?

Si le western est un genre cinématographique incontournable sur la conquête de l’Ouest américain, il est moins fréquent en littérature. Pourtant, certaines de nos lectures (plus ou moins) récentes nous ont donné envie de remettre à jour la sélection Indiens et cow-boys publiée il y a presque dix ans. En selle !

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Tout a commencé avec notre lecture commune de La longue marche des dindes. Nous y avons trouvé des marqueurs du western avec le grand trajet à effectuer, les rencontres, les dangers. Et, surtout, cette adaptation en BD du roman de Kathleen Karr par Léonie Bischoff faisait la part belle aux paysages grandioses !
Nous avons adoré suivre le périple de Simon qui mène à bien une idée à priori folle et prend confiance en lui au fil du chemin et des rencontres, mais aussi le contexte historique fort dans lequel l’histoire prend place.

La longue marche des dindes, adapté par Léonie Bischoff à partir du roman de Kathleen Karr, Rue de Sèvres, 2022.

Les avis d’Isabelle, Linda, Blandine et Lucie.

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Roman que nous vous recommandons d’ailleurs pour aller plus loin dans la découverte mais aussi parce que le format se prête idéalement à la lecture à voix haute.
La longue marche des dindes est un récit initiatique original au cours du quel on fait des rencontres parfois surprenantes, parfois problématiques mais qui, toujours, viennent pimenter un récit d’aventure intelligent et bourré d’humour. L’auteur nous entraîne dans une longue marche à travers l’Amérique, à la découverte des turkeyboys, moins connu que les cowboys, et de la difficulté d’un voyage de mille kilomètres avec des volatiles.
Le récit rappelle par certains aspects l’Amérique de Tom Sawyer avec ses chercheurs d’or, ses brigands, l’esclavagisme ou encore les chasseurs de bisons.

La longue marche des dindes de Kathleen Kaar, L’école des loisirs, 2018.

Les avis d’Isabelle et Linda.

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Lucie a aussi eu l’occasion de découvrir Et le ciel se voila de fureur dans le cadre du Prix Vendredi 2022. La vengeance est au cœur de cette histoire, comme de nombreux westerns cinématographiques, et Taï-Marc Le Thanh y a malicieusement glissé un certain nombre de personnages iconiques. Si cette lecture n’a pas tout à fait été le coup de cœur escompté, l’ambiance du western y est bien présente et apporte une réelle épaisseur au récit. D’autant qu’il est agrémenté de magnifiques croquis.

Et le ciel se voila de fureur, Taï-Marc Le Thanh, L’école des loisirs, 2022.

Les avis Lucie et d’Isabelle

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Plus récemment encore, c’est avec une grande curiosité que certaines branches du Grand Arbre se sont penchées sur Pony. Après avoir aimé Wonder, elles avaient très envie de découvrir ce que leur réservait le nouveau roman de R. J. Palacio. Et cela a été un nouveau coup de cœur ! La quête de Silas, parti à la recherche de son père enlevé sous ses yeux par des bandits, l’entraîne à travers les grand espaces américains. Lui aussi fera un certain nombre de rencontres qui l’amèneront à grandir et à en apprendre plus sur ses origines. L’auteure a su mêler paysages, découvertes techniques (notamment en photographie), suspens et une ambiance très particulière qui flotte sur un roman qui ne ressemble à nul autre.

Pony, R. J. Palacio, Gallimard Jeunesse, 2023.

Les avis de Lucie et d’Isabelle.

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Calamity Jane n’a pas toujours été l’héroïne du Wild West Show de Buffalo Bill, alternant performance équestre impressionnant un public peut habitué à voir une femme armée de colts! Calamity Jane veut être maîtresse de son destin : « Très vite, elle adopte l’habit de daim et le pantalon, le colt à la hanche et la cigarette à la bouche. Sous son chapeau de feutre brillent un regard crâne, un esprit farouche, une âme rebelle. » Voilà, il n’y a pas d’autre choix pour gagner cette liberté des grands espaces ancrés en elle. Mais Calamity aime trop et bouscule les codes, veut aider les plus faibles : justicière et généreuse! Cet album relate une histoire, une légende, une ode à la liberté. Cette liberté et la souffrance de cette femme que l’on retrouve dans les mots d’Anne Loyer. Le courage, l’indomptable Calamity-rouge comme l’amour qu’elle porte à sa fille. Cette touche de couleur si vive qui illumine les illustrations de Claire Gaudriot.

Calamity Jane, Anne Loyer & Claire Gaudriot, A pas de loup, 2019

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Ab Stenson est libre, libre d’avoir choisi son destin, du moins celui qu’on lui a imposé dès son plus jeune âge. Sauvage? Dur et solitaire? Ab Stenson s’habille comme un homme, s’agite comme eux. Elle vit, vol les banques… jusqu’au jour où elle croise la route du jeune Garett qu’elle prend en otage un matin comme un autre pour celle dont la tête est mise à prix. Bien vite Garett est fasciné par cette femme « sans foi ni loi » et découvrira des sentiments qu’il n’a jamais connu : l’amour et la liberté : « Je n’ai jamais été amoureux d’Abigaïl Stenson. La fascination qu’elle exerçait sur moi était d’un autre ordre. Peut-être que j’aurais aimé lui ressembler, peut-être qu’elle incarnait tout ce qu’on m’avait appris à détester. Je ne sais toujours pas exactement. »

Marion Brunet revient sur une période où l’homme connaît toute domination. A travers son personnage d’Abigaïl Stenson, elle donne la parole à toutes les femmes libres et conquérantes. Etre sans foi, ni loi pour tenir, pour survivre, pour ne pas trop aimer et se protéger. Le personnage de Garett la rend plus forte et indomptable. Le lecteur ne s’émeut jamais pour elle, elle n’en a pas besoin. En revanche, un peu comme Ab, le lecteur prend Garett sous son aile pour lui faire oublier son passé et faire de lui un homme loyal et aimant.

Sans foi ni loi, Marion Brunet, Pocket jeunesse, 2019

L’avis d’Isabelle

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Celle qui venait des plaines, c’est Winona. Si Charlotte Bousquet nous invite à suivre Virgil Wyatt dans sa quête de vérité, elle est la figure centrale de cette histoire. Et quelle figure ! Fille d’une soldat et de la sœur de Crazy Horse, elle a été à la fois l’amante et l’ennemie jurée du père de Wyatt, a survécu aux sévices du pensionnat, côtoyé hors-la-loi et U.S. marshals, appris à leurs côtés à soigner et à tuer… Tout comme Virgil, le lecteur se retrouve envoûté par la fameuse Vipère de l’Oklahoma. Mais raconte-t-elle la vérité ?
« On est dans l’Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ! »
Charlotte Bousquet propose une réflexion sur la vérité et le mythe (un peu à la manière de « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford, d’où est tirée cette citation), mais s’appuie aussi sur des faits historiques pour évoquer la place des femmes au Far West et les atrocités commises dans les pensionnats où étaient retenus de force les enfants indiens jusque dans les années 80.

Celle qui venait des plaines, Charlotte Bousquet, Gulf Stream éditeur, 2017.

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L’époustouflante couverture des contrées salées annonce la couleur : celle de la rencontre du western et de la magie. Ce roman graphique semble d’abord s’inscrire dans un registre historique ancré dans l’Oklahoma de 1919. Depuis qu’Elber est rentré des tranchées, sa petite sœur Vonceil ne le reconnaît plus. Moins insouciant, plus adulte, voilà qu’il se met en ménage avec l’insipide Amelia. Mais un jour débarque une envoutante dame blanche qui exige qu’Elber la suive. Furieuse de son refus, elle empoisonne la seule source d’eau potable des environs. Pour lever le sort, Vonceil n’hésite pas à se lancer tête baissée vers les contrées salées. Ses aventures nous font brusquement basculer dans une autre dimension… Entre enquête, épopée et fantasy carrollienne, cet album ne cesse de nous prendre de court. L’intrigue merveilleuse et le contexte historique se nourrissent réciproquement dans une symbiose étonnante. L’épopée s’appuie par exemple sur des éléments historiques comme les difficultés des fermiers américains, les traumatismes des survivants de la guerre ou la prohibition. Étonnant !

Les contrées salées, de Hope Larson et Rebecca Mock (Rue de Sèvres, 2022)

L’avis complet d’Isabelle

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Conquête de l’ouest, vengeance, voyage initiatique et quête d’identité sont les thèmes centraux de ce western qui nous entraîne dans un Far West digne des meilleurs films du genre. Porté par des personnages attachants, le récit alterne les scènes violentes et d’autres plus contemplatives. Ces dernières permettent de découvrir les personnages, leur histoire et de vraiment saisir la complexité d’appartenir à deux cultures différentes, à deux mondes qui s’opposent, surtout quand l’une est persuadée d’être dans son bon droit en faisant disparaître l’autre. Natifs américains et irlandais puisent leur force dans le désir de garder leur identité et de sauver ce qu’il leur reste d’humanité.
Avec des thématiques très actuelles, ce roman graphique s’inscrit dans l’actualité en interrogeant notre rapport aux autres et à la nature. Par ces personnages attachants, il interroge nos actions et notre Histoire, car s’identifier à un personnage et vibrer avec lui, c’est aussi apprendre à se mettre à la place de l’autre.

Hoka Hey ! de NEYEF, Label 619, 2022.

L’avis complet de Linda.

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C’est aussi le point de vue des natifs qu’adopte Nathalie Bernard dans Le dernier sur la plaine. S’inspirant de personnes et de faits réels, l’auteure nous emporte dans la seconde moitié du 19ème siècle, ce moment de bascule où les rangers traquent les dernières tribus refusant de se faire enfermer dans des réserves.
A travers le point de vue de Quanah Parker, dernier chef Comanche, elle montre le combat qu’il mena toute sa vie pour tenter de sauver la culture, les croyances et les terres de son peuple. Ce personnage est magnifique, sensible et solide, d’une humanité désarmante et bouleversante. Et le contexte historique n’est pas en reste : on voit sous nos yeux le paysage transformé par le développement des lignes de chemin de fer et de l’agriculture ; le quotidien des amérindiens qui vivent, survivent, tentent de s’adapter ; la condition des femmes, dans les deux camps ; la nature façonnée par le rythme des saisons et la guerre.

Le dernier sur la plaine, Nathalie Bernard, Editions Thierry Magnier, 2019.

Les avis d’Isabelle et de Lucie.

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Cela fait déjà dix ans que Blandine a lu Western Girl d’Anne Percin et son souvenir de lecture demeure intact et toujours aussi bon! Présentation :
Ce roman nous transporte dans le Middle West américain, au cœur d’un groupe de 12 « frenchies », cinq garçons et sept filles, partis trois semaines en stage dans un ranch au milieu d’un élevage de races [de chevaux] américaines, et principalement auprès d’Elise Bonnel, rousse flamboyante de 16 ans qui adore western et country depuis ses 6 ans, allant même jusqu’à prendre des cours d’équitation.
Le roman est très bien écrit et propose, en alternance avec les déboires relationnels (plutôt classiques) de la jeune fille, une description géographique, une analyse historique et sociologique des Etats-Unis. On découvre une Réserve, de hauts lieux de batailles, nous roulons sur les immenses Interstate, ces routes linéaires presque sans fin du centre des Etats-Unis, on écoute de la musique dans un snack diffusé par un juke-box, etc. Il est aussi question du préjugé, de la différence, du racisme, notamment avec Derek B. Johnson, un jeune Noir venu de Philadelphie.

Un roman exaltant qui donne envie d’écouter de la country, de faire du rodéo et de boire des ginger beers!

Western girl. Anne PERCIN. Editions du Rouergue,

L’avis de Blandine.

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États-Unis, 1884. Les bisons sont en voie d’extinction. Un grand musée d’histoire naturelle dépêche un jeune taxidermiste pour ramener des cornes, des sabots et des peaux avant que l’espèce ne disparaisse. Ce dernier ne se doute pas qu’il va vivre un moment de grâce, l’une de ces expériences qui marquent à jamais et donnent un sens à notre existence… Rascal et Louis Joos abordent le drame du massacre de millions de bisons par les colons venus d’Europe sous l’angle lumineux de l’initiation d’un homme qui trouve bonheur et sens au contact de la nature. Le texte lyrique et les illustrations à l’encre et à l’aquarelle subliment la beauté des grandes plaines, du soleil couchant et de la nuit qui s’empare de la forêt, où les humains et leurs machines industrielles semblent des intrus. Et pourtant, on assiste dans cet album à une communion bouleversante entre l’homme et la nature. On aime retrouver des saveurs qui nous avaient transportées dans Le voyage d’Oregon : celle du voyage (ici de New-York vers le Kansas puis le Canada) et surtout celle de la liberté. Un immense bol d’air, cet album !

Buffalo Kid, de Rascal, illustré par Louis Joos (Pastel, 2023)

L’avis complet d’Isabelle

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Et si on allait toujours plus à l’Ouest? Alors à l’Ouest, que se passe-t-il ? Eh bien, comme nous le dit le titre, rien de bien nouveau à l’ombre des cactus ! Au Far West, on rencontre toujours les mêmes personnages : shérif, danseuse de cancan, Indiens comme cowboys qui se font toujours la guerre à base d’or convoité, de passage au saloon, de poursuite dans le désert… Mais à l’Ouest, il y a quand même du nouveau ! Car Anne-Sophie Tilly a glissé dans son texte autant de rebondissements et de situations cocasses que de nombreuses références et multiples clins d’œil qui raviront les petits comme les grands lecteurs!

A l’Ouest, rien de nouveau. Anne-Sophie TILLY et Fabienne BRUNNER. Frimousse, 2016

L’avis de Blandine

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Et pour terminer, un indémodable: Billy, un hamster!

Un papa hamster, bandit de métier, aimerait bien que son fils le soit aussi. Mais il se rend bien compte que Billy est bien trop gentil pour le devenir. Il décide néanmoins de lui offrir sa première, et plus importante, leçon ! A savoir, brandir son arme devant un animal et tonner d’une voix forte : « Haut les pattes ! » Billy s’en va…Et bien sûr, rien ne se passe comme son père l’avait prévu. Mais c’est peut-être mieux ainsi?!
Derrière son décor de Far West (où tout y est!), cet album aborde les désirs paternels pour le fils, l’amitié, l’entraide et la fierté ! Une réussite!

Hauts les pattes de Catharina Valckx. Ecole des Loisirs, 2010

L’avis de Blandine

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Et vous, aimez-vous les westerns ? En avez-vous déjà lu ? Lesquels nous recommanderiez-vous ?

Lecture commune : A(ni)mal de Cécile Alix

Cela faisait un moment que Liraloin et Lucie avaient envie de lire A(ni)mal sans trouver l’occasion de sauter le pas. Elles ont donc décidé d’en faire une lecture commune. Cette lecture les a bouleversées, en voici la discussion pleine d’émotions.

A(ni)mal, Cécile Alix, Slalom, 2022.

Liraloin : Lucie, c’est toi qui m’a conseillé ce titre (qui est plus que d’actualité, vu les évènements !). Je t’en remercie. Pourquoi ce roman plutôt qu’un autre titre de cette autrice? 

Lucie : Cela faisait un moment que je tournais autour, sans vraiment savoir quel était le sujet. Il revient souvent sur Babelio, la couverture est colorée, bref, je te l’ai proposé sans vraiment savoir dans quoi on allait s’embarquer. Merci de m’avoir suivie d’ailleurs !
Je me demandais si de ton côté tu savais à quoi t’attendre ?

Liraloin : Ce livre faisait partie de mes envies depuis un petit moment et comme d’habitude j’étais happée vers d’autres lectures ; lorsque tu m’as expliqué que Cécile Alix était d’accord pour une interview j’ai accéléré le rythme ! 
Il me semble que tout comme Annelise Heurtier, Cécile Alix s’inspire des maux de notre société. Est-ce que finalement après coup, le sujet t’as donné envie de le lire? 

Lucie : Vraiment, je n’ai pas su de quoi parlait ce roman jusqu’aux premières pages, où le sujet devient rapidement évident. Je ne savais pas trop quoi penser de cette couverture, je n’avais pas lu le résumé… Je ne savais pas trop où je mettais les pieds. Enfin, je venais de lire Guerrière de Cécile Alix, et j’ai vite compris que je me trouvais dans une thématique au long cours (les violences de la société qui se répercutent sur les enfants). Il me semble que ces deux romans se répondent sur de nombreux points !

Guerrière, Cécile Alix, Slalom, 2023.

Lucie : Quand j’ai finalement réalisé quel était le sujet, je t’avoue que j’ai un peu craint d’être bouleversée par le désespoir du personnage. Mais il me semble que les rencontres lumineuses et la fin pleine d’espoir sont un peu des « attendus » en littérature jeunesse. On peut faire subir le pire à son personnage, mais par convention le lecteur s’attend à ce qu’il survive et que son horizon s’ouvre au moins un peu à la fin.
Est-ce que cela te gêne ou tu apprécies cette lumière ?

Liraloin : Je comprends parfaitement ce que tu dis. En effet, j’avais lu il y a des années de cela Refuges et les souvenirs de cette lecture me hantent encore, un peu traumatisée aussi par la bande dessinée Droit du Sol ! Je n’avais franchement pas hâte de lire ce roman. En ce qui concerne le dénouement, je m’attendais pas du tout à cette chute. Après je remercie l’autrice d’avoir insufflé une fin positive et pleine d’espoir.

Refuges de AnneLise Heurtier, Casterman, 2015 – Droit du sol de Charles Masson, Casterman, 2009 pour la première édition.


Liraloin : J’avais une question sur la couverture justement, que tu évoques au début. As-tu fais attention aux détails? 

Lucie : Je t’avoue que non, pas au premier abord. Ces yeux m’avaient intriguée, mais j’étais trop pressée de le découvrir. Cela dit, en effet, quand on connait le sujet la couverture fait vraiment sens, non ?

Liraloin : Exactement, on y voit tout le parcours que doit mener un migrant, affronter les éléments de la nature et la cruauté des autres …
D’ailleurs pour en terminer avec la couverture, comment as-tu interprété le titre ? 

Lucie : Lui aussi m’a intriguée (décidément !). Rapidement, j’ai pensé à ce côté animal qui ressort dans les situations de danger, où l’on est prêt à tout pour survivre, mais aussi à la violence animale des passeurs, et puis ce ni entre parenthèse, je l’ai pris comme justement le refus de céder à la peur et à la douleur, pour tenir jusqu’à l’arrivée. Mais je n’ai compris la vraie signification qu’à la fin lors de la révélation (on ne va pas trop en dire mais quand même 🙂 j’avais des doutes depuis quelques chapitres, mais je n’avais pas fait le lien avec le titre. Et toi, as-tu été plus fine et trouvé le sens de ce titre ?

Liraloin : Tout comme toi, j’ai trouvé en ce titre une signification plus sur le fait de résister aux appels incessants de cette lente transformation vers le côté animal. Cette lutte perpétuelle pour rester humain et ne pas sombrer. Mais pas du tout, alors je n’ai rien vu venir, j’ai été surprise ! 
Qu’as-tu pensé des 2 citations qui ouvrent le roman?

L’instinct, c’est l’âme à quatre pattes ; la pensée, c’est l’esprit debout.

– Victor Hugo, Tas de pierres

La foule est la bête élémentaire, dont l’instinct est partout, la pensée nulle part.

– André Suarès, Voici l’Homme

Lucie : Elles sont hyper bien choisies, évidemment ! J’aime beaucoup celle de Victor Hugo, qui rejoint justement ce que l’on disait sur l’animalité. Je vois moins le rapport avec la foule de la seconde citation, mais c’est vrai que le groupe formé par les migrants perd toute humanité pendant le trajet à force de privation, de peur et de violence et on a l’impression qu’on leur a enlevé totalement leur faculté à penser, se rebeller.
Et toi, qu’en penses-tu ?

Liraloin : Tu es trop forte ! Je n’ai pas mieux et c’est vraiment ce que je pense ! Elles sont très importantes et elles cognent bien comme ça en prologue !
Si on en vient à l’histoire, je dirais que dès le départ, tout va très vite, il y a une certaine urgence. Le corps d’un enfant tient la scène principale. Qu’en as-tu pensé? 

Lucie : Aïe, je me suis dit que l’auteure n’allait pas nous épargner. Et elle a raison, cela ne sert à rien d’aborder un tel sujet si c’est pour édulcorer. Mais la dureté de cette mère envers son enfant… On comprend bien sûr qu’elle veut l’endurcir, l’armer pour réussir cette traversée infernale. Mais la séparation est rude, c’est la première épreuve imposée à Miran et pas la dernière ! Tu as parfaitement raison sur la place du corps, et ce mantra tu es un homme qui s’oppose à la volonté de l’enfant de profiter une dernière fois de la tendresse de sa mère. C’est fort en émotion, immédiatement, non ?!

Liraloin : Oui en effet, j’ai été un peu bouleversée par cette scène où la mère est distante, pour protéger son enfant, le détourner de tout bonheur, de le forcer à oublier, de le forcer à grandir trop vite, cette accélération de tout détruit tout amour et c’est puissant !
Puis tout va très vite dans ce long et dangereux périple que vont effectuer ces personnes. Qu’as-tu pensé de cette relation qui s’installe entre le vieux et Miran malgré les recommandations de la mère du jeune homme de ne faire confiance à personne? 

Lucie : Oh, j’ai adoré ce vieux. Quelle humanité dans l’enfer ! On aimerait être capable de réagir comme lui face à l’adversité. Heureusement qu’il est là, tant pour Miran que pour le lecteur qui souffle un petit peu lors de leurs courts échanges.
Je sens que ce vieux t’a plu à toi aussi, je me trompe ? Y’a-t-il d’autres personnages qui t’ont particulièrement touchée et dont tu souhaites parler ? 

Liraloin : Oui tout comme toi, j’ai apprécié l’oxygène que le vieux apporte dans ce monde où le mal est la note principale ! Ce qui m’a aidé à trouver du positif c’est les autres rencontres que Miran peut faire et celle du fermier perdu dans sa campagne m’a vraiment émue. Sans trop en dire… les autres personnages de la fin du récit sont d’une intelligence et d’une générosité sans précédent. Malheureusement la violence des passeurs prend le dessus continuellement. Comment as-tu réagi lors des interactions entre eux et les migrants ? 

Lucie : Je suis consciente de vivre dans un monde de bisounours, et nous avons la chance d’être très protégés. On a beau voir/lire les infos, on ne ressent pas ces violences, on reste à l’extérieur. C’est là où je trouve que ce roman est très fort pour nous faire ressentir cette brutalité gratuite, et surtout la nécessité de ces gens de partir. S’ils sont prêts à vivre ces horreurs, de quel droit nous leur en imposons d’autres à leur arrivée ? 
Cela m’a fait penser à ces débats autour de l’appropriation culturelle. Bien qu’elle ne soit pas elle-même migrante, Cécile Alix parvient à nous faire ressentir au plus profond de notre être la déchéance à laquelle sont poussés les migrants. Ils ne se sentent même plus humains et ont l’impression de ne plus rien valoir. Ces passeurs… Il n’y a pas de mots pour qualifier ces gens qui profitent de la détresse des autres pour s’enrichir et passer leurs pulsions. C’est extrêmement choquant.

Liraloin : D’ailleurs il y a ce paragraphe qui m’a beaucoup touché :

“Eux, ils ont un nom, un pays, un business. Une arme et le pouvoir de donner la mort. Ils sont quelqu’un. Nous ? Nous nous renions. Plus de nom, plus de papiers, plus de patrie. Sans identité, nous ne sommes personne. Nous nous oublions.”

Aujourd’hui j’écoutais un podcast et l’invitée était Marguerite Abouet, la scénariste de Aya de Yopougon et elle racontait qu’à l’époque elle a pu venir de Côte d’Ivoire sans soucis puis avec la loi Pasqua tout c’est durcit, elle est devenue une étrangère et que ça été compliqué psychologiquement. Je te rejoins sur le fait qu’une fois en terre “ sécurisée” ces personnes doivent encore subir moultes directives qui déshumanisent toujours et encore. Les interactions que ces migrants subissent avec les passeurs sont affreuses et le passage cité veut tout dire.
Est-ce que comme moi tu as ressenti cette lutte incessante de Miran pour rester humain, comme tu le dis plus haut “Tu es un homme” ce que lui dicte sa mère avant de le préparer à partir ? 

Lucie : Oui, bien sûr. C’est un tiraillement permanent que l’on sent très bien entre la nécessité de se protéger en faisant mine de ne pas remarquer les événements traumatisants qui surgissent (comme la disparition de la fille au sac bleu) et le combat pour rester digne. Mais rester digne quand on assiste à des exécutions sommaires ou que l’on est forcé de laper de l’eau dans une chaussure pour survivre, c’est compliqué.

Liraloin : Il y a une citation qui montre cette souffrance et résume bien ce que tu as dit :

“Je me brise en deux, en trois, en quatre, en cent, en mille. Je ne veux plus rien ressentir et ne plus être en vie.”


Lucie : On a bien compris que Cécile Alix ne cache rien de l’inhumanité des passeurs, si ça te vas, laissons les lecteurs découvrir la suite l’ampleur de leur perversité. Une fois arrivé en Europe, Miran fait quelques belles rencontres.
As-tu un/une préféré(e) ?

Liraloin : Heureusement qu’il existe des personnes “humaines” pour apporter cette lumière. J’ai aimé le jeune homme que Miran rencontre à Lyon, qui lui donne des conseils, l’accueille si gentiment dans son humble habitat. Une belle preuve de solidarité !
Et toi tu as préféré quel personnage? 

Lucie : L’italienne m’a beaucoup touchée parce que c’est la première qui tend vraiment la main à Miran. Elle donne, sans rien attendre en retour, c’est très beau. Encore une fois, on aimerait être sûr de réagir comme elle dans la même situation ! Et évidemment la famille de la fin, dont tu parlais plus tôt, est géniale.

Liraloin : Mais oui, quelle générosité de la part de cette italienne !

Lucie : Malgré ces beaux personnages, cette lecture reste très dure. Je me demandais si elle ne t’avait pas trop miné le moral. Comment en es-tu ressortie ?

Liraloin : C’était un peu particulier. J’ai commencé ma lecture durant mon trajet pour le salon du livre et puis j’ai stoppé car je n’étais pas capable d’absorber la suite (le passage de la mère préparant son fils m’a trop fait cogité). Par contre j’ai terminé le roman sur le trajet du retour, d’une traite sans m’arrêter comme ci il fallait que je puisse délivrer ce personnage en lisant sa détresse. Ensuite, j’ai repensé à toutes ces autres lectures comme la lecture commune que nous avions fait sur cet album sans texte si terrible, Migrants. Je me suis dit que j’étais totalement privilégiée et qu’il fallait, à mon niveau, continuer à promouvoir ces romans, travailler avec les personnes primo-arrivantes… 

Lucie : La plume de l’auteure a quelque chose de très particulier. Je n’ai pas vraiment réussi à mettre le doigt dessus, mais comme toi, elle a su me transmettre ce sentiment d’urgence et j’ai lu ce roman très très vite. Pratiquement dans la journée.
As-tu réussi à comprendre comme elle faisait cela ?

Liraloin : Dans ma chronique j’ai écris cela : A la fois empathique et factuelle, l’autrice nous livre une histoire où la cruauté est une sombre réalité mais au fur et à mesure des lueurs viennent atténuer la noirceur des propos.
Je trouve que son écriture se rapproche de celle d’Annelise Heurtier, peut-être parce que ces deux autrices traitent de sujets sociétaux.

Lucie : Pour finir, à qui conseillerais-tu ce roman ?

Liraloin : Je le conseillerais à des ados à partir de 13 ans, j’aimerais en lire des passages pour les inciter à regarder un peu moins leur nombril (je suis titilleuse) mais aussi je pense le conseiller à des adultes car c’est un sujet trop d’actualité et ce récit nous livre énormément de détails sur la vie des migrants.
Et toi ? 

Lucie : Oui, je dirais à partir de 13 ans aussi. Pas trop tôt et surtout de bons lecteurs, qu’ils soient un peu habitués à des lectures exigeantes. Je suis d’accord avec toi, cette lecture décentre et cela fait beaucoup de bien. Cela ne me gêne pas du tout de conseiller ce type de livres à des adultes. On en parlait tout à l’heure, je trouve que parfois un bon roman fait plus d’effet qu’un reportage. Il y a un effet d’empathie avec les personnages qui est très fort quand c’est réussi. Et je crois qu’on est d’accord pour dire que c’est le cas ici !?

Liraloin : Tu as tout dit Lucie, oui un bon roman transmet plus de sentiments et on garde ce souvenir de lecture bien ancrée quelque part dans sa tête, une lecture qui ressurgira à un moment donné ! 

Lucie : C’est vrai, je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est un roman qui infuse longtemps, qui laisse une trace de manière durable. Ce n’est pas si fréquent.

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Avons-nous réussi à vous donner envie de découvrir A(ni)mal ? Et si vous l’avez déjà lu, qu’en avez-vous pensé ?

Si vous avez envie de découvrir d’autres titres sur le thème des migrants, vous pouvez retrouver notre sélection ICI.

Retrouvez les avis complets sur ce roman de Lucie et Liraloin.

Des livres qui se lisent dans tous les sens !

Un livre, c’est une couverture qui ouvre sur tout un monde à découvrir.
Mais certains auteurs décident de jouer avec ce support et d’en changer le sens de lecture. Dans cet article, nous vous proposons de partir à le découverte de ces drôles de livres, qui – à la manière d’un palindrome – peuvent se lire dans un sens ou dans l’autre, voire comme une boucle infinie.

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D’un côté il y a Léo. Il vit dans une ville près d’un port où les bateaux vont et viennent.
De l’autre il y a Phara, elle vit sur une île où nagent des poissons aux mille couleurs.
De l’autre coté de la mer, c’est la vision de l’un qui, en traversant l’étendue qui les sépare pousse le lecteur à se rendre compte que les choix des uns influent sur le quotidien des autres. Tout est étroitement lié, par la mer et les océans. Il est urgent d’en prendre conscience et d’adpater notre manière de consommer !

Les avis d’Isabelle, Lucie et Liraloin

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Ah la sacro-sainte histoire du soir ! Le rituel immuable tant attendu ! Voici un classique du Père Castor qui renverra petits et grands à la répétition de ce moment privilégié avec beaucoup d’humour. Car si Martin Lapin raconte à ses enfants l’histoire de Florent Eléphant, que celui-ci raconte celle de Paolo Manchot, pendant que Louis Perroquet raconte celle de d’Eloi Dauphin, que va raconter ce dernier à ses bébés ?

L’histoire du soir, Laurence Gillot et Philippe Thomine, Flammarion, Père Castor, 2008.

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Les Editions du pourquoi pas ? proposent les collections « Faire Société » et « Faire humanité » composées de textes narratifs ​et d’illustrations contemporaines, pour amener le lecteur à réfléchir sur le vivre ensemble. La plupart des titres sont composés de deux textes en recto-verso, deux regards croisés sur une même thématique.
Les livres peuvent se lire indépendamment dans un sens ou dans l’autre. Les deux parties se complètent ou se répondent. Elles invitent à multiplier les points de vues et aiguisent l’esprit critique.

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Peu importe si nous prenons l’album par le début ou la fin, il y a LA question que vont se poser les ours de cette aventure : « Qu’est-ce qu’il y a derrière ce mur ? ». Le jeu de la première et quatrième de couverture peut éventuellement donner un petit indice. Cette histoire tient sur le suspens : d’un côté un ours solitaire aperçoit un trou dissimulé dans le mur puis un ballon bleu flottant au-dessus de ce dernier. D’observation en exploration l’ours va faire une jolie découverte. A vous de deviner laquelle ? De l’autre côté, deux ours peureux vont tomber sur un œil les observant par un trou dissimuler dans le mur. A partir de là, ils vont imaginer le pire… « Au secours ! Il arrive ! C’est un très très grand monstre ! »

Un album pour les petits qui se régaleront, eux aussi, à se faire peur !

D’un côté…et de l’autre de Gwendoline Raisson et Ella Charbon – Ecole des Loisirs, collection : Loulou et Cie, 20

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Les livres de « couleurs » d’Hervé Tullet utilisent cette particularité! Leur auteur aime le jeu, le contact et l’espièglerie, ce qu’il glisse dans ses albums que les enfants sont invités à manipuler, tourner, secouer, à souffler ou appuyer dessus… et quand la dernière page est tournée, on renverse le livre et on recommence! Des albums colorés et joyeux pour des moments d’échanges, de rires et de partages garantis!

Présentation de Blandine ici.

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Les éditions « Le port a jauni » proposent des albums de poésie illustrée pour la jeunesse tous bilingues, en français et en arabe. Les textes écris en français sont traduits vers l’arabe mais aucun sens de lecture n’a plus de valeur que l’autre ni même de sens. Les illustrations sont d’ailleurs très bien agencées, de façons à convenir à la lecture dans les deux sens.

Tisser un projet éditorial en deux langues, sans se soucier des cartes d’identités, en cherchant une résonance dans les thèmes poétiques. Donner à voir et à entendre les deux langues ensemble dans un contexte artistique, loin des poncifs idéologiques attendus. C’est proposer un autre accès au monde, c’est entrer en poésie…

lE PORT A JAUNI

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S’il y a bien une artiste dont nous adorons le travail destiné à la petite enfance, c’est Lucie Felix ! Que de malice, d’ingéniosité, d’espièglerie dans ses albums à manipuler dans tous les sens ! Avec Prendre & donner, l’artiste réinvente l’imagier pour égrener des verbes qui prennent corps grâce à la matérialité du livre. L’enfant est invité à saisir des formes dans la chair même de la page et à les déplacer au fil de mots qui s’opposent. Et à la fin, surprise : on peut faire le chemin en sens inverse !

Prendre & donner, Lucie Felix, Les Grandes personnes, 2014.

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En 1980, paraît aux Etats-Unis The turn about, think about, look about book. Il faudra attendre 2022 et l’audace des éditions Les Grandes personnes, pour que cet album cartonné de Beau Gardner soit enfin publié en Français.

Tourne, pense, regarde, Beau Gardner, Editions Les Grandes personnes, 2022.

Et quel plaisir de découvrir le travail de cet artiste qui nous invite à travers un éventail de formes épurées à changer de point de vue au fil des quatre côté de la page. Rien de mieux pour comprendre le fonctionnement de ce petit bijou que les mots du préambule :

« Tu peux lire ce livre de plusieurs façons. Comme son titre l’indique, plus tu le tournes, plus il y a de choses à voir. Tiens-le à l’endroit, et tu verras une image… tourne le livre sur le côté, à l’envers, à gauche, à droite et la même image sera complètement différente ! Tu peux donc regarder chaque illustration de quatre points de vue… ou faire appel à ton imagination et voir encore autre chose. »

Voilà un album qui agit sur le regard à la manière d’une baguette magique !

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Aimez-vous ce genre de livres ? Avez-vous des titres préférés ?

Coups de Cœur de l’Année 2023

Alors que l’année 2023 s’achève, il est venu le temps de faire le bilan de nos lectures dont nous vous proposons une sélection de nos coups de cœur de l’année, des titres qui nous ont touché et ont marqué cette année. Toute l’équipe d’A l’Ombre du Grand Arbre vous souhaite une très bonne année livresque 2024 !

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Pour Liraloin, Tu es là de Laëtitia Bourget et Joanna Concejo publié en 2022 par les éditions Les Grandes Personnes illustre parfaitement la lecture qu’un album remplit de poésie peut apporter : de l’émotion à l’état brut !
Cet album s’ouvre sur une forêt de sapins, des souliers flottent pour venir, au fil de l’égrainage des pages usant de transparence, se retrouver aux pieds d’une petite fille. Elle est seule et se souvient de cette « bulle de silence entre deux mots », de cette relation si précieuse entre deux êtres. Puis le paysage change et c’est au milieu des fleurs que les souvenirs explosent : « Je t’ai saisi, tu m’accompagnes toujours, je te transmets, je te multiplie, je te mange, je te digère. »
Un album où la poésie n’est pas seulement dans le texte mais également dans sa forme. La superposition des feuilles transparentes qui vont se poser les unes sur les autres au fur et à mesure du récit ne font qu’augmenter l’émotion transmise par l’écriture. Un effet de transparence où l’on devine la suite du souvenir où l’on voit la page se tourner sur un mot, une phrase terminée comme on essaye de clore une histoire. Un sentiment qui donne l’impression d’aller très loin en soi à la recherche de ce souvenir.

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Linda aurait pu choisir le même album que LiraLoin, mais il aurait été dommage de ne pas mettre en avant l’album d’Olga Tokarczuk illustré par Joanna Concejo tant le message lui a paru essentiel. Invitation à ralentir, Une âme égarée dresse le constat de vies humaines passées à courir pour remplir ses journées au point d’oublier de s’arrêter juste un moment pour penser à soi, faire quelque chose pour soi, voir ne rien faire du tout et juste profiter du moment qui s’offre à nous. Et l’objet-livre nous offre d’ailleurs l’opportunité de vivre l’un de ces moments où l’on prend plaisir à se poser avec un beau livre entre les mains.

Si quelqu’un pouvait nous regarder d’en haut, il verrait que le monde est rempli de gens pressés, qui courent dans tous les sens, fatigués, en sueur, mais il verrait aussi leurs âmes égarées, à la traîne…

Texte et illustrations s’entremêlent pour conter l’histoire de cet homme qui un jour décide de se poser, d’arrêté de courir. Là où l’auteure nous raconte la douleur de la perte puis la prise de conscience, l’illustratrice nous raconte le temps passé à courir, puis le temps passé à attendre le retour de cette âme égarée qui, une fois revenue, amène la couleur dans les pages en même temps que de la lumière dans la vie de cet homme.

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Mais il y a aussi le touchant roman d’Anne Cortey, Les désaccordés qui narre l’histoire de quatre adolescents, quatre tempos qui tendent à s’accorder sur un même rythme pour avancer côte à côte, car c’est bien connu, à plusieurs on est plus fort. On prend plaisir à suivre la balade de ces quatre jeunes qui se cherchent et se trouvent dans l’art. L’art qui prend différentes formes mais tient une place essentielle pour chacun d’eux, entraînant le lecteur sur son passage.
Outre la beauté du texte, Linda a aimé la justesse des émotions dépeintes dans ces figures de l’adolescence, de ces jeunes comme on aimerait en croiser plus dans la littérature jeunesse, des adolescents qui avancent malgré les coups durs, qui savent se prendre en main et s’entourer d’amis dont les notes résonnent en accords avec les leurs. L’univers artistique la touche tout particulièrement ainsi que la forme du texte qui se déroule aussi naturellement que l’attachement se fait entre les héros.
Par ailleurs, on peut aussi saluer le travail éditorial pour le choix de mettre des pages colorées, vertes en l’occurrence, pour marquer le changement de narration quand chacun des personnages se livre sur son histoire personnelle. Ca peut paraître simple mais ça fait un effet incroyable. Sans oublier les deux illustrations de Cyril Pedrosa, également artiste de la couverture, qui viennent apporter une forme de lumière artistique sur l’ensemble. L’effet est saisissant et fait de cet objet-livre une petite beauté.

Les désaccordés d’Anne Cortey, l’école des loisirs, 2023.

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Pour Colette, fidèle à celle qui l’a fait entrer en littérature jeunesse il y a maintenant un sacré bout de temps, le coup de coeur de l’année ira à l’album Une Chose formidable de Rebecca Dautremer. Dans cette nouvelle aventure de Jacominus Gainsborough, la poésie se fait petite bête, café Joliette, blagounette et vieille recette. A la manière d’un conte en randonnée, le récit de Jacominus se cogne aux petits défauts de la mémoire et aux mains tendues de l’amitié. On voyage dans le temps et son épaisseur feuilletée. Pour un juste retour à l’enfance où tant de choses se jouent. C’est un délice presque aussi gourmand que le fameux gâteau aux pommes de Beatrix, la grand-mère de Jacominus. Et pour accompagner ce voyage temporel, l’autrice nous propose une mise en voix rehaussée par la musique de Nils Le Thanh, Martin Saëz, Philipe Morino, Arnaud Guillou et Camille Tirard. Un délice, vous dis-je, un délice…

Une Chose formidable, Rebecca Dautremer, Sarbacane, 2023.

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Lucie ne s’est pas remise de sa lecture de Guerrière, déjà présenté en coup de cœur au mois de novembre. Ce roman poignant et extrêmement bien écrit sur les enfants-soldats marque ses lecteurs au fer rouge. Il avait toute sa place dans la sélection de l’année.

Son avis complet ICI.

Guerrière, de Cécile Alix, Slalom, 2023.

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Et l’album qui l’a le plus marquée est peut-être Le destin de Fausto. Fausto, c’est l’être humain. Il arrive, sur de lui, et s’approprie tout ce qui l’entoure par la seule force de son (mauvais) caractère. Il ne connaît ni ne respecte pas les éléments qu’il rencontre ? Qu’importe, ils sont à lui.
Jusqu’à ce que l’océan lui résiste et que Fausto retrouve sa place légitime. Pour savoir où elle se situe, il faudra lire cette fable maligne qui invite à la réflexion. Lucie a aimé les illustrations minimalistes qui prennent peu à peu en ampleur et le jeu de la mise en page.
Encore une incontestable réussite d’Olivier Jeffers !

Le Destin de Fausto, Olivier Jeffers, Editions Kaléidoscope, 2020.

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La désignation des lectures de l’année est revenue à un membre de l’équipage de L’île aux trésors, moussaillon de son état. En album, son choix s’est porté sur une BD dont deux tomes (sur trois) sont parus à ce jour : Magda, cuisinière intergalactique. Ça commence comme un concours top-chef retransmis en direct dans toute la galaxie mais qui révèle très vite des enjeux géostratégiques graves quand on s’intéresse à ce qui se trame en coulisse. Nicolas Wouters et Mathilde Van Gheluwe ont su reconnaître et exploiter tout le potentiel humoristique du monde de la cuisine. Mais pas que : leur album tourne en dérision la société du spectacle, dénonce les frénésies de conquête et d’exploitation des ressources qui détraquent le monde vivant et exacerbent les tensions. Une lecture stimulante mais néanmoins 100% plaisir, pour les voyages en tracteur spatial ou à dos de coléoptère, la merveilleuse faune et flore des différentes planètes et surtout les ingrédients et ustensiles qu’on rêverait d’avoir dans sa cuisine. Tout ça illustré avec une fantaisie qui rappelle à la fois le restaurant Tom-Tom et Nana et les curiosités des Sardines de l’espace !

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Et en roman, le moussaillon de 12 ans a désigné Pony, un roman singulier qui l’a entraîné dans l’Ohio des années 1860. Pourquoi des truands sont-ils venus enlever le père de Silas ? Que lui veulent-ils, est-il en danger ? Et que fait ce poney sur le seuil du logis ? Silas n’écoute que son courage et se lance sur les traces de son père, dans un vrai décor de western. Après le magnifique Wonder, R.J. Palacio signe un texte aussi beau que singulier. La quête de Silas met l’intrigue sous tension mais, pourtant, le roman semble flotter dans une sorte de quatrième dimension qui n’appartient qu’à lui. Son étrangeté, à commencer par la présence de l’énigmatique Mittenwool aux côtés du garçon, pique la curiosité, crée une tension qui n’a rien à voir avec les cliffhangers pourtant redoutables qui ponctuent le récit. L’autre question qui nous taraude, à la lecture de ces pages, concerne ce père disparu : qui est-il vraiment ? R.J. Palacio brosse un portrait tout en facettes et nuances, celui d’un homme curieux et inventif, aimant et déterminé. L’arrière-plan historique donne de la densité, de la profondeur. Le contexte est celui des États-Unis au bord de la guerre de Sécession et à l’aube de la révolution industrielle. Chemin faisant, le garçon grandit, le mystère se dissipe et l’émotion nous étreint. Il y a des peurs terrifiantes, du rêve (imaginez avoir quelqu’un comme Mittenwool ou un animal comme Pony à ses côtés !), des tonnes de tendresse et de mélancolie, de vrais coups au cœur. Puissant !

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S’il y a vraiment un livre jeunesse qui reste au cœur de Blandine, c’est celui-ci:

L’étrange voyage de Clover Elkin. Eli BROWN. Bayard Jeunesse, 2023

XIXe siècle – États Unifiés – 20 ans après la Guerre de Louisiane (cela vous rappelle vaguement quelque chose, c’est normal!)
Clover Elkin se retrouve brutalement sur les routes après l’assassinat de son père qui lui a révélé avoir gardé une seule curiosité « neobkhodimyy » et intimé d’aller à New Manchester, pour sa protection. Toutes ses certitudes volent soudainement en éclats.
Dans le monde de Clover, il existe des Curiosités, des objets ordinaires aux propriétés extraordinaires, des particularités qui peuvent être utiles, nécessaires ou discutables, selon qui les manipulent… Clover va croiser plusieurs d’entre Elles, et notamment le Colonel Hannibal Furlong, un coq parlant, à la tête de l’Armée du Sénateur Auburn, qui a combattu Napoléon et son « Accablante »
Cette première rencontre se révélera précieuse tout du long, même s’ils seront séparés.
Lors de cette quête, éminemment initiatique, Clover, bien que déjà mûre, va apprendre à s’affirmer, va connaître la trahison, devoir faire des choix, donner le pardon. Les personnages secondaires ont aussi une vraie densité et offrent un panel intéressant des émotions et comportements humains.
Ce voyage se fait aussi dystopie avec une réflexion sur le pouvoir et le politique.
Le contexte historique remanié est un régal à (re)découvrir.
Nous évoluons dans un monde aussi familier qu’inconnu, de par les insertions fantastiques apportés par l’auteur. Elles sont formidables, nous déstabilisent et sont fortement évocatrices.
Les descriptions sont minutieuses et fascinantes, tant celles des objets que des paysages traversés par Clover. C’est très immersif et visuel.

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Et pour nous, « adultes », grands enfants que nous sommes restés, ce roman, aux chapitres courts. Un coup de cœur comme un coup au cœur, qui fait écho à Dickens, Andersen et Lindgren!

D’autres étoiles. Un conte de Noël. Ingvild H. RISHOI. Mercure de France, 2022

Ronya, 10 ans
Mélissa, 16 ans
Deux sœurs fusionnelles
Pas de mère, un père alcoolique
Veille de Noël
Une offre d’emploi pour être vendeur de sapins
Un rêve qui prend bientôt beaucoup de place
Et qui ouvre les yeux candides sur une réalité déchirante faite de précarité, d’espoirs déçus, de prises de conscience douloureuses, d’honteuses culpabilités et pourtant d’une certitude du meilleur à venir, de petits moments de joies qui illuminent un quotidien trop souvent terne
Ce conte de Noël contemporain et norvégien n’est certes pas toujours joyeux, mais il est beau, il en devient même tragique, et pourtant il est simplement magnifique !

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Et vous, quels sont les livres qui ont marqué votre année 2023 ?