Lecture commune: Never sky

Rossi Veronica - Never sky

Il était une fois un Grand Arbre. Un Grand et beau Arbre, qui n’avait qu’un an, mais au pied duquel quelques lecteurs, plus ou moins âgés lisaient, partageaient, échangeaient, débattaient, écrivaient … Un beau jour ils organisèrent un échange de colis, de cadeaux entre eux. Et dans celui que Nathan envoya à Pépita, puisque le thème était « Sans toi, je n’aurais pas lu… », il y eut une dystopie. Une dystopie parce que Pépita n’en est pas fan, une dystopie parce que pourtant, c’est un genre en vogue ! Cette dystopie parce que Nathan l’avait adorée, parce qu’elle l’avait touché. Après plusieurs semaines d’organisation, de discussion, après le départ de notre chère Dorota, après toutes ces feuilles qui sont tombées de l’Arbre, nous vous livrons notre débat sur ce roman pour adolescents qui a conquis Nathan et a laissé quelques-uns de ses acolytes mitigés.

Nathan : Comment résumeriez-vous l’univers de Never sky et son incipit en quelques mots ?

Pépita : En quelques mots ? J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans cet univers au début… et puis, j’ai persévéré et j’ai finalement trouvé un intérêt certain à cette lecture…mis à part l’écriture que je trouve assez limitée.

Never sky, c’est un univers futuriste pas très glamour à vrai dire : une Unification a tout bouleversé et le monde se divise entre les Sédentaires qui vivent dans des capsules où tout est programmé et les Etrangers, ceux restés à l’extérieur et dont le quotidien se résume à la survie la plus élémentaire sous un ciel tempétueux et criminel.

Kik : Le monde a subi de grands changements. Il y a ceux qui vivent à l’intérieur de bulles de verre aseptisées, et les autres du dehors. Normalement il n’est pas sensé y avoir de contact entre le dedans et le dehors. Qui est sûr d’ailleurs que des humains puissent survivre à l’extérieur ? L’air n’est pas respirable, le ciel est menaçant. Enfin c’est ce qu’Aria croit. Elle voit le monde à travers un SmartEye qui déforme la réalité, mais ça elle ne le sait pas encore. Chapitre après chapitre, les points de vue d’Aria et de Pérégrine s’alternent, on découvre peu à peu, le dedans mais aussi le dehors.

Dorot’ : Moi, j’aime beaucoup la dystopie, donc déjà le résumé m’a attirée immédiatement. Kik et Pépita ont très bien raconté l’essentiel. J’ajouterais juste, qu’Aria voit le monde complètement irréel, vu que grâce à son SmartEye c’est dans des décors virtuels qu’elle évolue la plupart du temps. La confrontation avec le monde extérieur sera bien mouvementée…

Kik : il y a un point que j’ai beaucoup aimé dans ce roman: l’exploitation des cinq sens. Le roman se démarque d’autres dystopies sur ce point. Tout un pan de l’histoire est axé sur les capacités sensorielles des personnages. Les « descriptions sonores et olfactives » m’ont particulièrement plu.

Pépita : Oui moi aussi, j’ai trouvé que ça donnait une autre dimension à l’histoire.

Nathan : Du coup, vous parlez de ces descriptions, qu’avez vous pensé du style de l’auteur (qui semble donc être celui du traducteur …) ?

Petit commentaire du traducteur sur le blog de Dorota Merci de reconnaître et d’apprécier le travail des écrivains de l’ombre que sont les traductrices et les traducteurs.
La difficulté chez Veronica Rossi, c’est la « sécheresse » du style narratif parfois carrément elliptique ; il faut donc mettre du liant, étoffer un peu parfois, sinon c’est indigeste en français. Les éditrices et moi-même nous l’avons constaté et avons tâché d’y remédier. Par ailleurs, on m’a reproché ici et là sur les blogs l’absence de négations dans les dialogues, j’en ai donc tenu compte. Quant à Tahereh Mafi, on a affaire à un style original, souvent métaphorique, délirant, qu’il faut pouvoir rendre en VF et la tâche n’est pas toujours aisée, je dois l’admettre. Cela dit, dans le 2e tome de la trilogie Insaisissable (Ne m’échappe pas / Unravel Me), que j’ai quasiment fini de traduire, il y a davantage d’action, moins de métaphores abracadabrantes, même si le monologue intérieur de Juliette demeure omniprésent.
Merci de faire vivre les bouquins au fil de vos passions et de vos chroniques.

Kik : Personnellement, je trouve que ce roman est bien traduit. Le style de l’écriture m’a plu. L’alternance des différents narrateurs est une construction de roman qui attire toujours mon attention. On ressent bien les différents points de vue.

 Comme je l’ai dit précédemment, les descriptions olfactives, visuelles, auditives tiennent une place importante dans l’histoire , surtout dans la deuxième partie. Les sensations sont très bien retranscrites.

Pépita : J’ai eu du mal au début avec ce style d’écriture. Puis, rapidement, l’histoire prend le pas. Et j’ai passé outre le style qui n’est pas franchement littéraire. Comme Kik, j’ai beaucoup aimé les aspects sensoriels. Ils apportent une autre dimension, plus humaine je dirai. Mais dans le fond, les ressorts de cette histoire restent assez classiques.

Kik : Je suis d’accord avec Pépita. Ce roman n’est pas le meilleur du genre, il n’a rien inventé d’exceptionnel, mais il a ce petit quelque chose en plus qui m’a plu.

Nathan : J’ai pourtant trouvé ce style d’écriture très poétique, et il m’a totalement séduit … toujours est-il que nous sommes d’accord : il y a ce « petit quelque chose en plus » qui est apporté par les sens … mais ceux-ci se mêlent directement, en plus de la dystopie, à une pointe fantastique assez inédite avec des pouvoirs que les personnages développent ! Vous avez aimé ?

Pépita : Oui, c’est ce qui m’a permis de trouver un intérêt supplémentaire à ce livre et me donne envie de découvrir la suite.

Kik : Comme Pépita, j’ai aimé au point de souhaiter lire le tome 2. On verra ce qu’il nous réserve et si je continue de suivre l’aventure Never Sky !

Nathan : Et les personnages ? Vous en dites quoi ? Charmées par Aria, la jeune-fille qui veut croire en la société dans laquelle elle vit ? Séduites par Perry, le ténébreux et jeune homme ?

Pépita : Perso, j’ai été charmée par les deux ! Quoiqu’Aria soit assez froide au début du roman…Avec Perry, elle s’épanouit, accepte de lâcher prise et elle devient en quelque sorte plus humaine. Quant à Perry, il m’a plu de suite … il est intègre, intelligent, courageux, sûrement beau, bref, l’exemple même du type qui ne peut que séduire !

Kik : personnellement ce ne sont pas les personnages, en eux-mêmes qui m’ont le plus plus dans ce roman, mais leur mise en scène, leurs interactions avec les sociétés créées. D’ailleurs l’histoire d’amour qui se met en place risque de prendre trop de place à mon goût. Affaire à suivre dans le deuxième tome.

Sortie le 26 Septembre 2013 Merci Tiboux pour la couverture !

Nathan : Et finalement … vous comptez lire la suite ? Qu’en attendez-vous ?

Kik : Même si celivre ne fut pas un coup de coeur, j’ai l’intention de lire la suite. L’univers créé m’a intrigué et plu. J’attends des révélations, une bonne construction de l’intrigue.J’espère revoir mon avis positivement. Le tome 2 sera pour moi une révélation ou une déception.

Pépita : Pourquoi pas ? Le deuxième tome dévoilera sans doute davantage sur l’histoire d’amour entre Aria et Perry, mais j’espère que l’auteur saura doser avec de l’aventure aussi.

Il faudra donc attendra la rentrée, pour voir si le tome 2 convaincra, ou non, les lecteurs de l’Ombre du Grand Arbre par de l’émotion, un peu plus d’action … et d’inventivité. De mon côté, je suis déjà séduit !

En attendant, retrouvez nos avis détaillés sur le premier tome chez Délivrer des livres, Dorota, Pépita, Kik, Nathan.

Nox d’Yves Grevet, La genèse d’un roman

Tout a commencé en novembre 2010 dans le magazine Je Bouquine avec La fille du 995.6
Puis il y a eu la parution du roman Nox, Ici-bas (Qui est le tome 1, d’une série de 2) …
Cela se termine en juin 2013, à l’ombre du grand arbre, avec Kik, Bouma, Dorot, Nathan et Drawoua ….

Programme du jour: Discussion autour du roman Nox d’Yves Grevet et de sa genèse
Chaque lecteur a entre les mains, un exemplaire du Je Bouquine en question et un Nox.
Chaque lecteur a lu l’un et l’autre.
Chaque lecteur aimerait comprendre le pourquoi du comment du lien entre les deux.
Alors on commence par discuter avec l’auteur Yves Grevet …

Bonsoir,
Merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.
Tout d’abord j’aimerai en savoir un peu plus sur la genèse du roman Nox.
J’ai lu le récit que vous avez écrit dans Je Bouquine, où on retrouve les mêmes personnages. Etait-ce prévu de faire deux romans au moment de la publication de ce Je Bouquine ? Ou l’idée est venue ensuite ?
Pour la publication dans Je Bouquine, est-ce vous qui avez proposé votre texte, ou Je Bouquine qui vous a demandé d’écrire une histoire qui entrait dans le format de ce magazine ? ou aviez vous déjà une idée toute prête lorsque Je Bouquine vous a demandé ?
A très bientot
Cécile

Bonjour Cécile,
A la remise du Prix Tamtam Je Bouquine en 2008 obtenu pour le premier tome de Méto, la rédactrice du journal m’a commandé un roman. J’ai d’abord fini les trois tomes de Méto avant de lui répondre en lui envoyant le récit de 60 000 signes que vous avez lu. C’est le format obligatoire. L’idée de Nox est venu au cours de la rédaction du tome 2 de Méto où mon héros (dans le premier chapitre) était rendu aveugle et contraint de vivre dans le noir. Il utilisait son odorat, son ouïe mais aussi analysait les déplacements d’air. C’est cette obscurité que j’ai voulu retrouver dans le projet pour Je bouquine. A partir du noir, j’ai conçu un univers : un nuage de pollution qui bloque les rayons du soleil, une hiérarchie sociale déterminée par la quantité de lumière dont on dispose, une recherche permanente de lumière par divers procédés intégrés à la vie quotidienne etc….
Au final, j’étais content du résultat mais je m’étais trouvé « à l’étroit » dans ce format. Inventer un univers et y faire vivre une intrigue, plusieurs personnages en 60 000 signes, cela laisse quelques frustrations. Sur le blog du journal, les lecteurs réclamaient une suite ce qui pouvait signifier qu’ils trouvaient que ça manquait de développement.
Alors petit à petit, le projet a germé de pouvoir développer l’histoire et j’en ai parlé à mon éditeur qui était intéressé. C’est ainsi que Nox est né. Aussi, même si on retrouve les mêmes personnages principaux et la scène de la rencontre entre Lucen et Ludmilla, le projet en deux volumes avait d’autres ambitions. Très vite, j’ai senti qu’il s’adresserait plutôt à des ados un peu plus grands que ceux qui composent le lectorat de Je bouquine en y travaillant le thème de l’héritage et de la paternité (comment se situer par rapport à ses parents, comment devenir parent à son tour en reproduisant ou en s’écartant du schéma qu’on a vécu…) J’avais aussi envie de donner la possibilité à plusieurs protagonistes de s’exprimer, allant même jusqu’à raconter quelques scènes selon plusieurs points de vue.
Pour résumer, dans le court roman de Je bouquine, tout était en germe et demandait à s’épanouir.
Depuis, j’ai retravaillé pour Je bouquine (Des ados parfaits, janvier 2012) mais cette fois-ci, j’ai conçu mon histoire comme une nouvelle classique avec une révélation (une chute) à la fin et pour cette dernière, c’est le bon format.
J’espère vous avoir éclairée.
Cordialement.
Yves

La discussion entre les lecteurs d’À l’ombre du grand arbre peut maintenant commencer…

Que pensez vous de la genèse de ce roman ? Le fait de lire l’histoire originale dans Je Bouquine et aussi le roman final, vous a-t-il dérangé ?

Bouma: En ce qui me concerne, je n’étais pas au courant que le roman Nox prenait sa genèse dans une nouvelle réalisée pour Je Bouquine avant que tu nous en fasses part. J’ai donc découvert un univers totalement nouveau, fort passionnant et très intéressant. Maintenant que j’ai lu aussi cette nouvelle, les propos d’Yves Grevet viennent éclairer mes points d’interrogation et je suis d’accord avec lui pour dire qu’elle méritait d’être approfondie. Trop de zones d’ombres (dues à la Nox ;-)… ) restaient en suspens. Avec ce tome 1, certaines se sont déjà considérablement illuminées !
Dorot: Heureusement, j’ai lu d’abord le roman final. J’ai adoré. Ensuite j’ai lu la nouvelle . Franchement, si l’ordre de ma lecture était inversé, je ne pense pas que j’aurais envie de le lire. La nouvelle ne m’a pas touché du tout, et si je comprenais quelque chose, c’est justement grâce à la lecture du roman…

Pouvez vous résumer l’intrigue du roman Nox en quelques phrases?

Bouma: La Nox est un brouillard épais. Elle sépare le monde d’en bas de celui d’en haut. Bien sûr, en dessous l’air est parfois irrespirable, l’énergie est mécanique et les corps devenus disgracieux par les efforts. En dessous, pas de choix pour les enfants, dès 16 ans il faut reprendre le travail de ses parents pour lequel on a été formé, faire des enfants pour en avoir quelques uns qui survivent, et surtout ne pas faire de vagues. Entre la milice et les rebelles, il vaut mieux ne pas croiser leurs routes. En haut, c’est autre chose. Les gens sont aisés, la lumière et la nourriture sont disponibles sans soucis, les enfants ne là-haut n’ont pas conscience de la ville du bas.
Nathan: A cette description de l’univers, j’ajouterai que l’on suit l’histoire, principalement, de 3 personnages: Lucen, jeune-homme amoureux qui commence à ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure, de même pour la jeune et attachante Ludmilla, une qui vit dans les hauteurs. Le troisième point de vue est celui d’un des amis de Lucien: Gerges, un personnage fort, loyal, le mieux construit à mon sens, qui va devoir choisir entre famille et révolte.
Drawoua: J’ai commencé par lire le premier tome de Nox – après avoir lu Métoque j’ai adoré – puis j’ai lu la nouvelle. Je trouve l’effet genèse très intéressant et cela peut montrer le travail de romancier. Mais entre les deux je n’hésite pas une seconde. Le roman, le roman, le roman. Le tome 2 de Nox est arrivé dans ma boîte aux lettres, et j’ai hâte de connaître la suite. Le roman, c’est une construction complexe, la densité, les détails, un univers extrêmement particulier, un ton, un style d’écriture et de narration. Le jeu narratif est d’ailleurs très intéressant, plus que dans la nouvelle, me semble t-il. C’est comme si, bien que beaucoup d’éléments y soient, il s’agissait d’un premier jet. Aurais-je aimé lire le texte du Je bouquine en premier, cela aurait-il changé mon regard sur le roman ? Je ne sais pas.

Pour compléter les propos de Nathan, selon vous quels sont les personnages les plus importants de ce roman ? Quels personnages aimeriez-vous retrouver dans le deuxième et dernier tome de ce cycle ?

Nathan: Les personnages les plus importants sont donc, comme je l’ai déjà dit, Lucen et Ludmilla, dont la rencontre est une véritable étincelle, et Gerges, qui incarne la révolte qui commence à poindre, qui s’oppose à la loyauté et l’amour. Ce sont ces trois là que j’aimerais retrouver, et qu’on retrouvera à coup sûr … en particulier Lucen et Ludmilla, héros dont j’ai hâte de découvrir la suite des aventures !
Bouma: Comme l’a indiqué Nathan, il est évident que les trois voix choisies par Yves Grevet, précisons que chacune raconte son histoire à la première personne, sont les plus importantes. J’aurai pourtant une préférence pour le personnage de Lucen. Il est touchant dans son amour pour une fille rejetée par sa famille et dans sa confiance en l’amitié quelque soit l’origine de chacun. Il est le premier à parler dans ce roman (peut-être est-ce important ?) et nous permet de découvrir en même temps que lui les marasmes de son monde et la cruelle vérité sur l’humanité (incapable de penser à autre chose qu’à son bonheur personnel). Lucen est un personnage plein d’espoir et d’envies qui doit choisir sa place et sa voie dans ce monde qui est le sien.
Kik: En plus des trois personnages que vous avez cités, je serai contente de retrouver et de mieux connaître le personnage de Firmie, la fiancée de Lucen. Le père de Ludmilla m’intrigue également. J’aimerai savoir ce qui se trame avec cet homme. Je sens comme un noeud qui va se délier dans le deuxième tome.
Une remarque sur les personnages, plus précisément leurs prénoms, j’ai trouvé cela étrange au début puis astucieux: Les personnages vivant en-bas, on un prénom avec une lettre en moins pour les dissocier des gens d’en-haut: Luc(i)en, Ge(o)rges, Kat(r)ine. Une manière de marquer la dégradation. Perdre une lettre comme perdre un peu d’honneur ou de reconnaissance.
Drawoua: Le jeu sur les choix des prénoms de ceux d’en bas est génial. Essayez de les prononcer à voix haute. Ce n’est pas évident pour certains. Imprononçables, même, comme si on ne pouvait les appeler. Pour revenir à ta question Kik, effectivement, j’ai une plus grande sensibilité pour Lucen. Mais la narration est construite pour que le lecteur tisse des affinités avec lui. Il est sensible, il semble honnête, il essaie de s’en sortir sans corruption. La fin du premier tome appelle vivement une suite. On veut savoir ce que deviennent les personnages que l’on a suivis. Comment vont se tisser ou dénouer les liens de la petite bande des quatre amis. On sait qu’ils en sont à un âge où ils doivent effectuer des choix de vie, notamment épouser une fille avec laquelle ils devront impérativement donner naissance à leur descendance pour pouvoir rester avec, on sait aussi qu’ils ont des choix de vie et des choix politiques à effectuer. A la fn du premier tome ils sont sur le pont de le faire, ou c’est engagé.

Pensez-vous que ce roman, peut être considéré comme une dystopie ? Et d’après pour quels aspects du roman ? Sur Wikipédia, on lit au sujet de la dystopie: 

Une dystopie, également appelée contre-utopie, est un récit de fiction peignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. L’auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque. La dystopie s’oppose à l’utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie en propose un des pires qui puissent être envisagé. La différence entre dystopie et utopie tient plus à la forme littéraire et à l’intention de son auteur qu’au contenu. En effet, après examen, nombre d’utopies positives peuvent également se révéler effrayantes.

Bouma: Tiens, je n’aurais pas du tout défini la dystopie comme ça mais plutôt comme un monde utopique qui aurait dégénéré. Mais si Monsieur Wiki le dit…
Quel qu’en soit la définition, je ne rangerais pas Nox dans les dystopies mais dans les romans d’anticipation, ou plus généralement de science-fiction. Tout simplement parce que l’on suppose qu’il s’agit du futur de notre société et que plus qu’une idéologie, j’ai eu la sensation que la Nox et les différentes strates de la société étaient liées aux machines, à leurs évolutions dans le mauvais sens. Je ne sais pas si vous êtes sur la même longueur d’onde que moi, mais beaucoup des détails qui m’ont interpellée étaient des inventions. D’ailleurs, Lucen et son père sont des rafistoleurs de métier !
Drawoua: Nox s’inscrit entre les deux définitions, le monde idéal est celui d’en haut. Mais pour qu’il fonctionne, il fallait celui d’en bas. Le hic, c’est les deux univers ne sont pas imperméables, les gens se rencontrent plus ou moins, la communication et les informations passent, notamment par la voix des gens de maison qui ont une certaine conscience des choses, comme l’incarne le personnage de Martha.
Nathan: Je suis plutôt d’avis pour la dystopie moi … il a certes l’air d’être un futur de notre propre société mais celle-ci m’a semblé « à part »… et carrément un obstacle à l’obtention du bonheur par ses habitants. Je l’associerais presque à l’uchronie, pour son ambiance, qui m’a beaucoup évoqué la période industrielle, les machines. Le roman a un côté steampunk.

Que pensez-vous de l’aspect « énergétique » de ce roman ? Les habitants du bas, doivent produire leur propre électricité pour chaque activité de la journée. Le roman commence, par une allusion au fait qu’il faut s’habituer à lire avec peu de lumière, car chaque dose d’électricité demande un effort physique de la part d’un des membres de la famille.
Bouma: Honnêtement j’ai trouvé ça réaliste et surréaliste en même temps. Les diverses inventions imaginées par Yves Grevet pour créer de l’énergie (en se basant sur la force mécanique) sont tout-à-fait plausibles… et amènent aussi un quelque chose de complètement loufoque et drôle. Le coup du cinéma par exemple où ils sont tous en sueur à la fin du film car ils ont dû pédaler pour alimenter l’appareil électrique… l’image est franchement comique !
Drawoua:Une idée géniale qui pourrait être encore plus développée. Mais elle est exposée d’emblée et fait partie des éléments essentiels qui créent et façonnent cet univers qu’est celui du BAS.
« Je pédale en écrivant pour alimenter la plaque chauffante et la petite ampoule qui éclaire les casseroles. Ici, dans la ville basse, la seule énergie dépensée est celle que nous produisons nous-mêmes à la force de nos muscles. Là-haut, chez les riches, les lampes s’allument quand on appuie sur un bouton et brillent sans qu’on s’en occupe. (…) Il y en a qui ont de la chance ».
Pour que cela fonctionne, les habitants de la ville basse sont « tous équipés de chenillettes sous les chaussures ». On peut y voir une symbolique autour du coté enferré des esclaves, travailleurs des galériens.
Nathan: Je suis d’accord avec Bouma mais surtout avec Drawoua pour le symbole qu’elle voit et car moi-même, c’est ce qui m’a déçu dans ce roman, j’ai trouvé cette idée très originale mais trop peu développée. J’ai trouvé ça dommage.

Maintenant pour finir cette lecture commune, j’aimerai savoir quelles sont vos hypothèses pour la suite de l’histoire ?
Kik: Personnellement j’ai déjà le tome 2 sur ma table de nuit. Il attend sagement que l’on finisse cette discussion, pour être dévoré. Et vous ?
Drawoua: Je ne me fais pas vraiment d’idée sur la suite de l’histoire mais je souhaite trouver dans Nox la petite note d’espoir que l’on pouvait retrouver à la fin de Méto. Malgré les deux univers complexes qu’Yves Grevet a élaboré dans ces deux séries et une certaine critique de notre société par effet de miroir que l’on sent sous-jacente tout au long des deux histoires.
Bouma: J’avais moi aussi hâte de finir cette discussion afin de me plonger dans le tome 2 (surtout que j’ai prêté le 1 à Monsieur Bouma et que vu la vitesse à laquelle il le dévore il va falloir se battre pour ce second opus…). En ce qui concerne mes hypothèses sur cette suite, je vois bien le personnage de Firmie prendre de l’importance… tout comme le père de Ludmilla. Je pense à un conflit dans le Bas qui se répercuterait dans le Haut. Deux mondes qui vont se confronter encore plus violemment et nos personnages secoués, obligés de faire des choix qui ne changeront pas seulement leur vie… Vite, vite, la suite !
Nathan: Ah là là je l’ai toujours pas lu ! Pourtant, l’histoire a déjà sacrément bien avancé, et je sens un tome 2 plein de rebondissements, d’amûûûûûûr, d’amitié, de famille … bref, tous ces thèmes qu’Yves Grevet manie avec justesse ! Et surtout ce souffle prenant et cet univers original. Je veux être surpris ! Je confirme cependant l’hypothèse d’un conflit qui se prépare … ça va être intéressant ça !

Le mot de la fin sera pour
Drawoua: Je garde la lecture du tome 2 pour mes vacances, il fera partie de mes incontournables à mettre dans la valise !

Merci à Yves Grevet d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Nox (1), Ici-bas publié chez Syros en 2012.
Nox (2), Ailleurs publié chez Syros en 2013.

Pour aller plus loin…
La chronique de Nathan et de son jumeau 
La chronique de Kik 
La chronique de Drawoua
La chronique de Dorot
La chronique de Bouma

Martin Page nous répond…

martin page avril 2013Martin Page a étudié successivement l’anthropologie, le droit, la psychologie, la linguistique, la philosophie, la sociologie et l’histoire de l’art, avant de se lancer dans l’écriture. Auteur reconnu, Martin Page a su s’imposer dans le monde de la littérature contemporaine avec des romans pour adultes et aussi pour la jeunesse.

Il a accepté de nous parler de son roman « Plus tard je serai moi » (Le Rouergue, Doado, 2013)  et de son travail d’écrivain en particulier, pour éclairer notre lecture commune, publiée hier.

9782812604911FS

-D’où vous est venue cette idée de roman, en particulier le titre ?

Comme beaucoup, enfant, adolescent, j’ai vécu ces situations où il me semblait que j’étais plus adulte que mes parents. Je voulais parler de ce renversement des rôles qui est très courant. Je pense aussi qu’il m’importait de mettre en scène une jeune fille qui vivrait la période adolescente, en dehors des clichés habituels.  Je ne crois pas à la fameuse crise d’adolescence. Je crois en revanche à une crise des parents et de la société plus généralement, qui pèse sur les épaules des enfants qui grandissent, et qui donc par contrecoup peuvent manifester des angoisses et des douleurs, et y réagir.

Le titre n’est pas de moi. C’est mon amie qui l’a trouvé (j’en profite : elle sort son premier livre jeunesse à l’École des Loisirs cet automne, dans la collection Mouche : Apprendre à ronronner).

-Comment s’inscrit ce roman dans votre travail ?  

C’est un nouveau roman. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis en scène une héroïne et j’aime beaucoup ça. Je suis irrité et fatigué par les personnages féminins souvent proposés. Tout comme je suis navré par les femmes, et les hommes, de la vie réelle qui sont trop pleinement dans leurs assignations habituelles. J’aime les femmes indépendantes et féministes, je créé donc des personnages féminins qui ont ce type de personnalité. Il ne s’agit pas d’être démonstratif, mais par petites touches de composer des personnages dont l’éthique et le caractère vont à l’encontre d’un état d’esprit dominant coercitif à l’égard des femmes et des hommes.

-Quel est pour vous le lecteur idéal de ce livre ? Réellement des ados ?

Ce livre, comme mes autres livres, s’adresse à tout le monde (même un livre pour les petits comme Conversation avec un gâteau au chocolat, est lu par les adultes -et certains de mes livres adultes sont lus par des adolescents). J’ai des retours d’adolescents qui l’ont beaucoup aimé. Des adultes aussi. Evidemment, j’ai des retours d’adultes qui trouvent que ce livre s’adresse aux adultes. Je pense que ceux-ci ont oublié ce que c’est que d’être un adolescent. Les questions que l’on se pose.

-Pourquoi cet intérêt pour la relation parent / enfant ? Et cette rupture forte de la communication, surtout ?

Cela me paraît naturel  : je suis l’enfant de mes parents, et puis je veux des enfants, et donc être parent. Par ailleurs, je viens d’une famille qui a vécu des choses difficiles. Ces questions sont importantes pour moi. Parler, s’entendre, créer un espace relationnel où la communication est possible, ce n’est pas l’évidence. C’est un travail, une construction, qui nécessite une remise en cause, ou tout du moins une capacité d’évolution. Et je trouve que beaucoup de parents ne cherchent pas à parler à leurs enfants adolescents, ni à les écouter. Parce qu’ils ont peur pour eux, parce qu’ils projettent leurs désirs non réalisés, parce qu’ils ont vécu leur jeunesse à une autre époque et qu’ils ont tendance à réfléchir par rapport à leurs références. Je crois aussi que beaucoup de parents ont du mal avec la fonction même de parents, et on peut les comprendre. On y est mal préparé. Ça devrait faire l’objet de cours. On devrait en parler au collège, au lycée.

Mais ce que je dis du difficile dialogue parent-enfant est aussi valable pour le difficile dialogue dans le couple ou entre amis. Tout ça se construit et se pense. Ce n’est pas évident. Nous avons une familiarité trompeuse : enfants, parents, amis, amoureux, nous parlons la même langue. Et pourtant nous ne nous comprenons pas, nous ne nous écoutons pas. Prendre conscience que notre langue maternelle est une langue unique, individuelle, et étrangère aux autres (comme celle des autres nous est étrangère) est un pas décisif vers une entente possible. Une belle communication.

-Ce livre à destination de jeunes lecteurs est-il une façon de leur faire passer un message ?

Un message ? Je ne sais pas. J’espère surtout que les lecteurs vont éprouver du plaisir. C’est mon premier objectif. La littérature, l’art en général, est pour moi une des grandes sources de plaisir de l’existence. Et je suis très mécontent quand certains arrivent à transformer la littérature en punition et à la rendre douloureuse (j’ai des souvenirs peu agréables de profs de français qui opéraient ainsi). Certains plaisirs ont le pouvoir de nous donner à penser. Ensuite j’ai une histoire personnelle, et on n’échappe pas à soi-même, donc mes livres sont pleins de ce que je suis, de mes expériences, de mes réactions et pensées concernant ces expériences. Mon exemple, mis en scène, transformé, repensé, constitue sans doute en lui-même une sorte de message, en tout cas d’éthique.

De façon plus directe, je pense que le roman est un genre merveilleux qu’on peut nourrir de philosophie, d’éléments intimes, d’éthique, d’imagination, aussi oui il y a des choses auxquelles je crois et que je veux faire passer. Par exemple, mes personnages sont souvent obstinés et savent éviter les conflits, ils sont rusés et savent transformer leurs douleurs en énergie. Un roman est, pour moi, un allié, un objet de résistance intime, un outil pour apprendre et continuer à grandir.

-La pression parentale est-il un sujet d’actualité selon vous ?

Non, c’est commun à toutes les époques. Dans ce livre, je voulais parler aussi de la pression sociale sur les parents, qui sont très démunis pour y résister.

-Vous utilisez souvent l’humour, le second degré, … dans vos livres. Pourquoi ?

Parce que j’ai un rapport tragique à l’existence, que je lutte tout le temps contre le désespoir et la dépression. L’humour, pour reprendre Deleuze, est l’arme des minoritaires, c’est une manière de survivre à ce qui nous arrive. L’humour pour moi est indissociable de la création. Les grands artistes se servent de l’humour (Shakespeare, Cervantes).

-Dans vos romans jeunesse, les «héros» sont souvent des enfants «à part», pourquoi ?

Dans mes livres pour les adultes, les héros sont aussi des personnages « à part ».  Sans doute parce que ce sont les seuls êtres qui m’intéressent vraiment. Mais vous savez, il suffit de s’intéresser un peu à n’importe qui, et très vite on voit des failles même chez ceux qui semblent les plus intégrés.

-Vous écrivez aussi pour les adultes. Est-il plus facile ou plus difficile d’écrire en littérature jeunesse ? Avez-vous une préférence ?

Si on a l’ambition de bien faire les choses, alors, dans tous les cas, on est confronté au travail et aux difficultés. Mais c’est une bonne nouvelle que ce soit difficile, car elle est fertile. De belles choses naissent. Mes romans jeunesse sont plus courts, et leur construction plus simple, donc ils me demandent moins de temps. Mais j’y mets la même passion et la même rigueur que pour mes livres adultes.

-Quelles sont vos références littéraires en jeunesse ?

Roald Dahl. Italo Calvino : deux écrivains qui ont écrit pour la jeunesse et les adultes. Qui ont mêlé gravité et légèreté, imagination et intimité. Il faut ajouter Maurice Sendak, Ruth Krauss et Crockett Johnson, Tomi Ungerer, Edward Gorey, Christophe Honoré, Marie-Aude Murail. Il y a tellement de bons auteurs et dessinateurs.

-Avez-vous des projets en cours ?

Oui. J’ai terminé un essai sur l’écriture (pour adultes). Il devrait sortir en janvier prochain aux éditions de l’Olivier. Et j’ai commencé un nouveau livre sous pseudonyme. J’ai aussi amorcé le début d’un roman ado. Mais je m’y mettrai plus tard. Je n’arrive pas à écrire deux livres en même temps. A côté de ça je dessine et j’écris de petits livres « faits maison » inclassables et impubliables ailleurs pour adultes (je vais bientôt ouvrir un site internet pour les présenter, pour l’instant ça passe par mon site personnel). Et puis, la NRF m’a commandé une nouvelle pour son prochain numéro et je dois écrire un texte pour un festival littéraire en Finlande. Je suis bien occupé, et c’est très agréable.

Nous espérons que vous en savez davantage maintenant sur cet auteur et
nous  remercions très sincèrement Martin Page pour sa disponibilité et toutes ces réponses très éclairantes .

Pour en savoir plus :

-Le blog de l’auteur

-Sa bibliographie : en jeunesse et ses romans pour adultes

Plus tard je serai moi

En cette période d’examens, ce titre de roman « Plus tard je serai moi » écrit par Martin Page aux éditions Le Rouergue (collection Doado) ressemble à un défi lancé à bien des parents inquiets pour leur progéniture. Et si finalement, les plus stressés et les plus stressants, c’était eux ? Et si finalement, il suffisait de leur faire confiance à nos jeunes pour prendre en main leur avenir ?

Alice-A lire aux pays des merveilles, Carole-3étoiles et Drawoua-Maman Baobab ont accepté de partager cette lecture pleine de fantaisie et d’humour avec Pépita-Méli-Mélo de livres.

Image

 

Pépita : Quelle est la raison principale qui vous a poussée chacune à avoir envie de lire ce livre ?

Carole : C’est très subjectif mais j’assume : l’auteur et l’éditeur sont pour moi deux incontournables ! J’adore cette collection, j’adore Martin Page ! Donc ce n’était pas négociable qu’il ne passe pas entre mes mains ! Et puis le titre et la photo de Théo Gosselin en couverture, forcément !

Alice : La proposition sur cette lecture commune a coïncidé  avec mon arrivée sur A l’ombre du grand arbre et je me suis lancée dans le grand bain sans trop réfléchir. Entre temps, j’ai participé à la lecture sur «Encore heureux qu’il ait fait beau» qui a démarré plus tôt. J’en conviens le titre est accrocheur et il interpelle forcément. Une bonne formule, tellement convaincante ! Martin Page ne m’était pas inconnu mais sans que ce soit un auteur dont je sois totalement fan.

Drawoua : Comme Carole, le titre du roman très incitatif et en même temps poétique, l’auteur dont j’ai la curiosité sans l’avoir auparavant lu et la maison d’édition qui fait partie de mes favorites. Dit comme ça, cela ne vous inciterait pas à la lecture, vous ?

Pépita : Cela rejoint totalement mon envie, à la différence que j’ai déjà lu des livres de cet auteur. C’est carrément le titre qui m’a accrochée : je trouve cette formule épatante. Martin Page a toujours le don de trouver des titres percutants ! Et je trouve que cette formule peut s’appliquer non seulement à des jeunes en devenir mais aussi à tout un chacun lorsqu’il se retrouve à un carrefour de sa vie. C’est une formule pleine de liberté et d’ouverture sur les possibles.

Carole : Le titre est beau oui. Et effectivement comme tu le soulignes Pépita, Martin Page est doué pour la formule !

Pépita : Chacune votre tour, un petit topo sur l’histoire ? Juste pour donner un aperçu à nos lecteurs…

Alice : Séléna est une jeune ado discrète et solitaire qui ne sait pas réellement ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle y a déjà réfléchi, c’est sûr, mais de là à avoir une idée précise ! Jusqu’au jour où ses parents lui avouent que cela ne les dérange pas si elle devient artiste musicienne, poète, peintre …. ! Pour elle, ils achètent un appareil photo, des pots de gouaches, de beaux stylos et du papier et font livrer un piano ….sans que Séléna ne soit sensible à aucun de ces cadeaux. Mais les parents de Séléna sont prêts à tout, sous prétexte que les artistes ont eu une enfance difficile. Comment peut- elle alors résister face à la pression exercée, alors qu’elle souhaite juste savoir qui elle est ?

Carole : Sélena a 16 ans, l’âge des possibles, l’âge des passions, l’âge de la quête. Et on assiste à un basculement : par leur comportement, ses parents lui donnent un rôle de parent symbolique je trouve. Elle qui n’est pas encore adulte les observe avec une certaine maturité, voire gravité.

Pépita : Parlons justement du thème de ce livre. Alice a lâché le mot : pression parentale. Avez-vous été surprise de la manière dont l’auteur aborde cette problématique ? Adhésion, rejet, perplexité ?

Alice : Martin Page choisit de traiter son thème de la pression parentale en renversant totalement la maturité de ses personnages et en insistant fortement sur le cocasse de la situation. Il pratique un humour à la fois léger et piquant qui donne à réfléchir sans être moralisateur. C’est un exercice périlleux, mais que l’on sent poindre dès la quatrième de couverture et donc dans lequel je suis rentrée sans difficulté.

Drawoua : J’ai effectivement été surprise par la manière dont l’auteur traite le sujet. La pression est si forte qu’elle est omniprésente, devient excessive, bascule dans la folie. Je n’y ai pas perçu l’humour. La tension, le récit, la mise en scène font tendre la narration vers le dramatique plutôt.

Pépita : Je vous rejoins totalement quand vous dites que de cocasse, la situation devient dramatique. Les parents de Séléna vont effectivement très loin et on se demande si cela va s’arrêter. On rit un peu jaune par moments. On est mal à l’aise.

Carole : Je rebondis sur vos réponses : l’auteur pousse le comportement des parents à l’extrême, ce qui touche parfois au cynisme, et moi ça me fait rire ! En revanche, Séléna reste droite je trouve : elle s’amuse de la situation au début, est ensuite agacée, mais finalement elle n’est jamais complètement déstabilisée. En ça je la trouve certes mature et réfléchie mais surtout complètement convaincante. Ce qui est original dans ce roman, c’est l’inversement des codes : les parents qui basculent, voire régressent, qui testent leur ado, et elle, stoïque, qui observe, analyse, réfléchit. J’adore !

Pépita : Je te rejoins Carole : les rôles sont inversés à l’extrême et je pense que c’est justement le parti pris de l’auteur : dénoncer cette pression parentale souvent insidieuse, inconsciente mais en la caricaturant pour nous la balancer en pleine figure, nous les parents ! Quant à Séléna, je ne l’ai pas du tout perçue comme mature mais plutôt comme indifférente à toute cette escalade. Comme une ado quoi. Elle connait trop bien ses parents pour ne pas les croire. Elle continue à vivre sa vie. Par contre, cela m’a gênée que les deux adolescentes, Séléna et son amie Vérane, ne soient que collégiennes. Je les aurais senties plus crédibles dans leur comportement si elles étaient lycéennes. C’est une faiblesse du roman là je trouve.

Drawoua : C’est peut-être parce qu’elles sont collégiennes que l’on peut les qualifier de matures comme le fait Carole. Je ne vois pas le positionnement de Séléna comme de l’indifférence. Plutôt comme un retrait conscient ou non qui lui permet de se protéger du danger certain que représentent ses parents. D’ailleurs, finalement, et sans en dire vraiment la fin, c’est ainsi que ce roman se termine et Séléna fera d’ailleurs ses choix consciemment.

Alice : Le personnage de Séléna me parait un peu trop « parfaite », un peu trop sage, même. Une fois la surprise et l’inquiétude passée vis à vis de l’attitude de ses parents, jamais elle ne s’accorde une idée un peu ludique, jamais elle n’évoque l’intention d’en profiter. Pas de dérapage, beaucoup de prudence et de modération. Tout cela accentue le renversement des rôles : elle a tous les traits de caractère d’une adulte raisonnable.

Pépita : Vos réponses me permettent de revenir sur l’image renvoyée des adultes dans cette histoire. Je pense en particulier au principal du collège, M. Blimp. Séléna et Vérane sont apparemment assez proches de lui dans leurs centres d’intérêts. Qu’avez-vous pensé de ce message de l’auteur ?

Alice : Pas très causant ce M. Blimp, jamais il ne prend la parole. Assez surprenant son dada pour le cerf-volant et le club qu’il en a créé au collège et dont il est le seul et unique membre. Quant à sa passion pour le rock, elle laisse Séléna assez perplexe. Un personnage toujours présent en filigrane tout au long du récit, et qui s’installe à pas de loup pour finir par être un élément essentiel du dénouement. Un adulte qui a gardé une âme d’enfant et chez qui Séléna a trouvé un allié. Le seul qui puisse comprendre que sous un costume austère et sérieux sommeille la part artistique de chacun.

Pépita : Effectivement, on en sait plus sur ce Monsieur par son comportement que par sa voix. En-dehors des parents de Séléna, c’est le seul adulte dans cette histoire dont l’auteur a forcé le portrait, mais dans l’autre sens. En dehors de sa fonction de principal de collège, il a gardé des centres d’intérêts à la fois enfantin (le cerf-volant) et adolescent (joueur de guitare rock). Un message pour nous dire que même adulte, il est important d’être soi, de cultiver ses rêves comme en écho au titre, sans peur du jugement des autres.

Carole : Je suis d’accord avec toi Pépita sur le portrait de Mr Blimp, un corps d’adulte assez froid et peu causant avec une âme d’enfant/ado qui se laisse porter par ses passions. Une espèce de force tranquille qui contraste avec les parents au bord de l’hystérie. Son statut institutionnel lui confère du pouvoir, mais il n’en abuse pas et reste accessible. Je trouve que sa présence questionne sur les notions de pouvoir (institutionnel) et d’autorité ( parentale ou d’adulte). Pour peu il me rappellerait quelqu’un…Il incarne très bien le titre du roman d’ailleurs. J’aime la sensibilité et la liberté qui s’en dégagent.

Pépita : Pensez-vous que l’auteur aborde là une question de société ?

Alice : Une  » inquiétude » de société, voulais tu dire …… Carrément.

Drawoua : Pas directement une question de société, ni une inquiétude. Par contre une question et une inquiétude de parents, de parents d’adolescents et d’adulescents, oui complètement. Prises à contre-pied, bien sûr.

Pépita : Maman de quatre enfants, dont trois ados, je suis directement confrontée à ces choix d’avenir que nos enfants doivent faire trop jeunes…C’est difficile à 13-15 ans ! Il y a de quoi être déboussolé…Le collège et le lycée d’aujourd’hui n’ont plus grand chose à voir avec ce que j’ai vécu…Et ces institutions mettent la pression sur les parents quant à l’avenir de leurs enfants et c’est parfois angoissant. En tant que bibliothécaire cette fois, je suis assez effarée de l’angoisse de certains parents face à l’appropriation de la lecture en particulier et de la réussite scolaire en général de leur progéniture, le plus souvent sans se remettre en question dans leur éducation. J’ai aimé dans ce roman la prise de distance nécessaire de l’héroïne, la caricature des parents et leur obstination (pas si loin de la réalité parfois !) et l’injonction de ce titre qui rappelle une évidence de choix de vie.

Carole : En tant que prof au lycée, je te rejoins complètement Pépita sur la pression institutionnelle et parentale… Quant au titre, il résonne en moi comme une évidence rapport à l’intrigue mais surtout à l’éducation à la liberté de choix, au libre-arbitre et à la responsabilité des renoncements. Aujourd’hui, la société façonne et cloisonne les gens, les jeunes en particulier. Etre soi, c’est le plus grand luxe qu’on puisse s’octroyer. Et c’est pour moi le seul moyen efficace de ne pas finir comme des tartes : dans des moules !

Pour terminer cette lecture, je laisse le mot de la fin à Séléna : « Il faut être patient avec les parents. Ils ont peur de ne pas être parfaits. Il subissent une pression sociale très forte pour faire de leur enfant l’être le plus doué et le plus charmant qui soit. Ils tentent de ne pas commettre les erreurs de leurs propres parents, et pour cette raison, en font d’autres. Dans ces conditions, ils ne peuvent que mal se débrouiller».

Martin Page a accepté de répondre à nos questions : ses réponses dans la chronique de demain !

Et pour aller plus loin, voici nos avis sur cette lecture sur nos blogs respectifs :

Alice-A lire aux pays des merveilles

Drawoua-Maman Baobab

Pépita-Méli-Mélo de livres

Lecture commune: « Wonder »de R.J.Palacio

wonder pocket« Je m’appelle August. Je ne me décrirai pas. Quoi que vous imaginiez, c’est sans doute pire. »
Il y a des livres qui nous interpellent dès la couverture. Après vient la lecture, la magie opère ou pas. « Wonder » nous a plu, il a même été un coup de cœur pour certaines d’entre nous.

Sophie-La Littérature jeunesse de Judith et Sophie, Kik-Les lectures de Kik et Pépita-Méli-Mélo de livres ont accepté d’en discuter avec moi

Dorot’: Qu’est-ce qui vous a donné envie de lire ce livre?

Sophie: Ce qui m’a donné envie de lire c’est bien sûr l’avis unanime des blogueuses ici présentes. Leur enthousiasme était tel que j’ai été curieuse de savoir ce que ce livre avait de si bien. J’avais quand même une petite réserve parce que la quatrième de couverture annonçait un récit sur un enfant avec des malformations et j’avais peur qu’il soit trop dur par rapport à mes envies du moment.

Pépita: En faisant des recherches sur les nouveautés à paraître, je suis tombée sur ce livre et j’ai eu tout de suite envie de le lire : ma fibre maternelle sans doute…mais je suis aussi très sensible à tout ce qui touche à la différence.

Kik: J’ai vu cette couverture ça et là sur internet. Puis après quelques temps, j’ai lu la quatrième de couverture, et puis je me suis dit: « Je dois le lire. » En dehors du monde de la littérature pour la jeunesse, je vois des enfants toute la journée pour les soigner, notamment leur bouche. Alors pour moi, c’était comme une évidence. je devais lire ce livre, pour en discuter avec des enfants qui pourraient aborder le sujet avec moi. Je devais lire ce livre, car la personne principale pourrait être un de mes patients. Je devais lire ce livre, car il semblait être un livre incontournable en version originale. Je devais lire ce livre… Je l’ai lu. Il y a des dizaines d’autres raisons de lire ce livre, mais celles-ci étaient largement suffisantes pour l’apporter en vacances.

Dorot’: Un sujet difficile, malformation… en fait, il parle de quoi ce roman?

Pépita: Ce roman nous parle d’un jeune garçon, August, dit Auggie, qui effectivement souffre d’une malformation faciale depuis sa naissance. Il a subi de très nombreuses interventions chirurgicales et le fait qu’il soit en vie tient du miracle. Il n’a jamais été scolarisé. Cette année, il va entrer en sixième dans le collège de son quartier…Se confronter au regard des autres, c’est déjà très difficile mais là, c’est l’année du grand saut pour lui et sa famille, car il est très entouré.
Au-delà de cette malformation, c’est avant tout un livre qui nous dit à tous, car on est tous concernés, de ne pas juger sur les apparences. De voir au-delà. D’aimer les gens pour ce qu’ils sont. A l’intérieur. D’aimer avec son cœur et non pas avec ses yeux.

Sophie:  Pépita l’a très bien résumé. Je rajouterais juste que c’est un livre qui montre le pire comme le meilleur de l’être humain.

Kik: Le résumé de l’histoire a été fait. Sur ce point je n’ai rien à ajouter. Au delà des faits, il y a l’idée de gentillesse et d’altruisme (kindness en version originale). La fin du roman très poignante, mais dont je ne révélerai rien, fait ressortir ce lien entre les personnages. Ce roman fait réfléchir sur ses propres actes, et sur le regard que l’on peut porter sur les autres.

Dorot’: L’entrée au collège d’August ne se fait pas sans les préparations…Les trois collégiens choisis par le proviseur sont censés l’encadrer et  l’aider. Ça vous a plu cette façon de procéder?

Pépita: Dans l’esprit, j’ai trouvé cela plutôt louable de sa part, disons que ça part d’un bon sentiment. Mais on se rend bien compte que ça ne colle pas bien entre eux et pour Auggie, c’est assez terrible…Au lieu de les choisir lui-même, le volontariat aurait peut-être été préférable. C’est ce que m’a affirmé ma fille collégienne qui a lu le livre aussi… Je pense que pour certains, c’était plus qu’ils ne pouvaient assumer. Pas assez préparés ou alors aussi une question d’éducation (on le voit pour Julian). Pour d’autres,au contraire, cela leur a permis de s’affirmer par rapport aux autres et à eux-mêmes, je pense en particulier à celui qui va devenir le meilleur ami d’August. On peut difficilement juger ceci dit. Car soi-même, comment aurions-nous réagi ou nos propres enfants ? C’est une question que je n’ai pas cessé de me poser durant cette lecture.

Sophie: Comme Pépita, j’ai trouvé cette idée plutôt bonne. Ça aurait pu être une entrée en matière plus douce si ça s’était bien passée. Malheureusement, les élèves n’étaient vraisemblablement pas les bons.

Kik: Je n’y avais pas spécialement pensé en réalité. Ça ne m’a pas surprise. Je trouve bien de faire découvrir les lieux à un nouvel élève, comme les CM2 qui peuvent se rendre aux journées portes ouvertes du collège. Les relations entre enfants ne sont pas souvent ce que prévoient les adultes. Cela ne se passe pas si bien, mais d’un autre côté, comment cela aurait pu se passer parfaitement ? Il était évident que le sujet de son physique serait abordé, enfin pour moi, cela était évident.

Dorot’:  Kik l’a dit, l’inscription d’August au collège ne pouvait pas passer inaperçue, même si pas mal d’élèves le connaissaient déjà de vue…En même temps on l’a jamais préparé à ça…on ne lui a pas dit bien avant qu’il va falloir y aller…c’est un peu une surprise…bonne ou mauvaise pour Auggie?

Pépita: C’est vrai : tu as raison de soulever ce point Dorot. En même temps, je me dis que si ses parents n’avaient pas provoqué cette inscription au collège, Auggie n’y serait sans doute jamais allé. Sa première réaction, et on le comprend, est de refuser, surtout que ses parents lui ont caché leur démarche. C’est donc une mauvaise nouvelle pour lui. Mais très vite, il finit par accepter de rencontrer le directeur. C’est dur pour lui. Il sait qu’en faisant ce pas-là, il enclenche un changement dans sa vie, un changement important. Il veut encore reculer après cette entrevue si je me souviens bien. Mais ses parents insistent avec tact. Et il accepte. A contre cœur, mais il accepte. Comme si tous pressentaient que ce choix-là, très difficile, sera bénéfique pour lui. Lui y compris: il sait bien au fond de lui-même que ses parents ont « raison » même s’il préfère la sécurité de son cocon familial. N’est-ce pas le rôle des parents parfois que de savoir ce qui est bon pour leurs enfants par devers-eux, même s’ils savent les mettre en difficulté ?

Sophie: Je pense qu’au fond de lui, Auggie savait que c’était bon pour lui. Et puis c’est un pas de plus vers la normalité qu’il souhaite tant qu’on lui reconnaisse. Ne pas être scolarisé, c’était mettre l’accent sur la différence.
Mais Auggie avait aussi conscience des difficultés. C’est un garçon très intelligent, il connaissait le regard des gens dans la rue et il savait qu’à l’école, ce serait pareil et même pire, c’est pour cela que sa première réaction fût négative.
En fait, aller au collège, pour Auggie, c’était à la fois être un peu plus comme les autres enfants et en même temps se confronter aux regards sur sa différence.

Dorot’: La première année d’école d’August est racontée par des personnes différentes. Plus au moins proches de lui. Cette narration vous a plu?

Pépita: Oui, beaucoup car en alternant les points de vue, le lecteur peut faire des recoupements, et cela donne un rythme intéressant à l’histoire. On n’est pas focalisé aussi toujours directement sur August mais la voix des autres donne un éclairage particulier. Par exemple, j’ai beaucoup aimé les passages sur la souffrance culpabilisante de sa grande sœur. Et on s’aperçoit du coup que chacun, à sa façon, souffre dans son entourage.

Sophie: J’ai beaucoup aimé ce mode de narration aussi. Déjà j’ai trouvé intéressant que les passages se croisent. Ainsi on n’a pas x fois la même scène vu par des personnes différentes. Par contre, l’auteur a su doser, certains passages sont vus par plusieurs personnages avant de continuer l’histoire. En plus d’un point de vue autre que celui d’August, j’ai trouvé que ça permettait aussi d’alléger un peu ! Il faut l’avouer, la vie d’August n’est pas simple et peut-être que le roman entier vu par lui aurait été trop chargé d’émotions (qui ne manquent déjà pas).
En tout cas, cette narration est très bien menée et vraiment pertinente.

Kik: Comme Sophie, je pense qu’une narration avec le seul point de vue d’August, aurait été moins forte. Dans ce roman, l’alternance des points de vue, qui sont complémentaires et pas redondants, donne de la dynamique et un intérêt supplémentaire. Tous les lecteurs peuvent se retrouver dans au moins un personnage. J’ai bien aimé lire les narrations des amis, qui donnent un regard encore différent de celui de la famille.
Cette particularité du roman est quelque chose qui m’a beaucoup plu, lors de la lecture.

Dorot’: Les chapitres racontés par Olivia, la sœur d’August, m’ont beaucoup émue. J’ai trouvé qu’elle était un peu abandonnée à elle-même dans cette histoire…Le handicap d’August justifie tout ça selon vous?

Pépita: Tout comme toi, ces chapitres m’ont beaucoup émue aussi. Je les ai trouvés très juste. Ce n’est déjà pas simple une fratrie ! Olivia espérait une nouvelle vie pour elle au lycée, ne plus être la sœur de …Elle culpabilise énormément de prendre ce virage-là. Mais en même temps, c’est vital pour elle. Il me semble que sa mère ne l’a pas très bien compris (passage où elle s’aperçoit qu’Olivia ne leur a pas parlé du théâtre). Spontanément, on se dit que non, ce n’est pas justifié, pas à ce stade-là : August est plus grand, son état de santé s’est stabilisé semble-t-il, il serait normal que la grande sœur puisse aussi avoir sa place. Dans toutes les familles confrontées à la maladie ou au handicap d’un des enfants, les autres enfants en souffrent toujours. Dans mon entourage, j’en connais et c’est toujours le cas.

Kik: C’est difficile à dire. Je préfère ne pas me prononcer sur ce point car je n’ai pas dans mon entourage familial proche, de personnes atteintes d’une malformation corporelle aussi importante que celle d’August.
Personnellement même s’il est court et un peu inattendu, j’ai aimé le chapitre donnant le point de vue du petit copain de la sœur. Il n’est pas vraiment de la famille, mais il ressent le mal-être de la sœur et un besoin de protection né.

Dorot’ Un petit bilan de cette année de sixième d’August? Une bonne initiative de la part de ses parents? Un échec complet? Une année mitigée?

Sophie:  Les choses ne se sont pas faites sans mal mais cette année de sixième est un premier pas finalement assez positif dans son intégration sociale. Je concluerais en disant que les choses les meilleures pour nous ne sont pas toujours les plus faciles à réaliser.

Pépita: Je dirai que malgré les obstacles, oui, c’est une bonne année pour August. Il a non seulement réussi à faire changer le regard des autres sur lui mais il s’accepte aussi mieux lui-même.Cette année l’a fait grandir ainsi que son entourage.

Kik: Son visage n’a pas changé. Il a toujours les mêmes déformations. Il est toujours le même. Et pourtant les autres élèves de son école ne le regarde plus de la même manière. Il n’est plus la bête curieuse. Il est lui. Il a des amis. Il a mis le nez à l’extérieur de sa maison, et de sa famille.
La confrontation a été rude, mais il a franchi le pas. Malgré les difficultés je pense que cela valait le coup.
Une année forte en émotion pour toute la famille. Il ne doit pas être évident pour les parents de « lâcher ainsi dans la nature », un enfant protégé pendant plusieurs années.
Pendant les semaines et même mois passés à l’hôpital, ils devaient se dire: « On fait tout ça, pour qu’il puisse un jour aller à l’école et avoir une vie sociale ».
Ce jour était arrivé. Il fallait se lancer. Il l’a fait.
Et ça donne une histoire, très forte.

Dorot’: Une belle conclusion, Kik. Pour finir, en quelques mots, quelle serait une bonne raison pour lire ce livre?

Kik: La découverte de l’autre, de la différence .

Pépita: Une leçon de tolérance.

Sophie: C’est une belle expérience humaine.

Merci les filles !
A lire également: la chronique de Pépita, Sophie, Dorot’