Lecture commune : Le silence est à nous

Aujourd’hui sur le blog, Lucie, Héloïse et Hélène vous proposent une lecture commune d’un des grands succès de l’année en roman ado, il s’agit du titre « Le silence est à nous » de Coline Pierré. Lauréat du Prix Vendredi des lecteurs du Pass culture, il a déjà rencontré son public et nous étions curieuses de le découvrir et ravies de pouvoir enfin vous en parler.

Paru en mai dernier aux éditions Flammarion, ce titre très actuel nous transporte dans un lycée où Léo est témoin involontaire d’une agression sexuelle.

Suite à cela elle cherche comment se positionner, quoi faire, et grâce à ses amis, ensemble, ils trouvent un moyen de résister, de dénoncer la situation de manière originale et finalement de faire avancer les mentalités.

Plongez avec nous dans ce roman très actuel qui donne la parole (si l’on peut dire cela ainsi…) à la génération post me-too.

Le silence est à nous, Coline Pierré, Flammarion Jeunesse, 2025.

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Lucie : Connaissiez-vous le travail de Coline Pierré avant de lire ce roman ?

Héloïse : Pas beaucoup en fait ! J’ai lu et beaucoup aimé Ma fugue chez moi, mais c’est tout… Mais j’aime beaucoup les textes en vers libres, et le résumé de celui-ci m’intriguait !

Hélène : J’avais lu moi aussi il y a plusieurs années Ma fugue chez moi. Et toi Lucie ?

Lucie : Je n’avais pas fait le lien avant de regarder sa bibliographie mais j’en avais lu deux : La révolte des animaux moches et Nos mains en l’air qui n’ont pas grand chose à voir avec ce titre d’après mes souvenirs.

Lucie : L’illustration de couverture vous a-t-elle inspirées ?

Hélène : Pour ma part j’ai découvert ce livre lors du festival “un chapitre à Rouen” consacré à la littérature young adult. Dans ce cadre j’ai eu la chance de rencontrer Coline Pierré qui nous en a parlé. Le livre était là et la couverture m’a beaucoup plu : ces deux mains de couleurs différentes et qui se tiennent traduit bien une idée qui est développée dans le roman, celle de la solidarité.

Héloïse : Le rose n’est pas ma couleur préférée, mais ces deux mains qui se joignent, ça, j’aime ! Ça matérialise bien la solidarité oui !

Hélène : Oui, et puis la forme dans laquelle elles sont fait penser à une petite porte, l’idée qu’on va voir ce qui est caché. Enfin !

Héloïse : Et toi Lucie ?

Lucie : A vrai dire je ne l’aime pas trop. Et sans la suggestion de Séverine j’aurais bien pu passer à côté de ce roman juste à cause du graphisme et des couleurs. Ça aurait quand même été dommage !

Héloïse : Comme quoi… Il ne faut pas se fier aux apparences 🙂

Lucie : En effet ! Ça m’apprendra ! Poursuivons si vous le voulez bien avec la forme du roman. Les romans en vers libres sont de plus en plus fréquents en littérature ado, en aviez-vous déjà lu et que pensez-vous de ce choix ?

Héloïse :  C’est un style que j’aime beaucoup. C’est à la fois poétique, à vif, intense. J’avais découvert le style avec Inséparables, de Sarah Crossan, puis lu l’excellent Un garçon, c’est presque rien, de Lisa Balavoine, qui m’avait énormément marquée. Je trouve que ça “casse un peu les codes”, le rythme, la diction. 

Un garçon c’est presque rien, Lisa Balavoine, Rageot, 2022.

Lucie : Je suis d’accord avec toi, je trouve que ce choix va très bien au roman adolescent, quand il est bien réalisé. Le premier que j’ai lu était La Dragonne et le Drôle de Damien Galisson, mais le plus marquant dans ce genre est sans aucun doute 17 millimètres de Florence Medina que j’ai lu comme en apnée.

Héloïse : Oh oui, 17 millimètres, quelle lecture ! il est court, mais intense effectivement, et très émouvant aussi. 

17 millimètres, Florence Medina, Scrinéo, 2024.

Hélène : Pour ma part je n’avais jamais lu un livre écrit sous cette forme. C’était particulier mais je me suis habituée au fur et à mesure de la lecture. Coline Pierré a indiqué qu’elle a choisi cette forme car elle laisse “physiquement” de la place au silence. Les pages sont aussi plus “aérées”, ce qui facilite l’entrée dans ce “gros” livre. 

Lucie : C’est intéressant Hélène cette idée de laisser une place au silence. Et ça fait totalement sens vu le sujet ! Ici Coline Pierré utilise les vers libres mais joue aussi sur le rythme, les sonorités et les répétitions… Loin d’être un effet de mode, le parti pris est ici pleinement assumé et investi.

Héloïse : Ce silence justement, on en parle ? A quoi vous attendiez-vous avec ce titre ?

Hélène : Pour ma part, j’ai assisté à la rencontre avant de lire le livre donc je connaissais le sujet. J’étais curieuse de découvrir ce livre qui avait beaucoup plu à de nombreux lecteurs, et de voir la manière dont il était traité, sous l’angle du silence.

Héloïse : Moi non, j’essaie de ne pas lire les résumés en quatrième de couverture pour ne plus risquer de divulgâcher l’histoire. Je savais juste qu’on y parlait féminisme et sororité, et que des amies avaient adoré. Mais je ne savais pas du tout à quoi correspondait ce silence.

Lucie : Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre mais j’avais un a priori positif car les coups de cœur de Séverine sont souvent de bons indices. J’imaginais une histoire de filles avec la couverture, probablement un drame que l’on tairait, mais pas grand chose de plus. C’est sur que choisir le silence comme thématique d’un roman, c’est plutôt gonflé ! On a vu qu’il tenait une place dans les choix stylistiques de l’auteure mais qu’avez-vous pensé de l’histoire ? Est-ce que l’une d’entre vous souhaite la résumer pour commencer ?

Héloïse : Pas facile, mais j’essaie. Une jeune fille, Leo, assiste à une agression dans son lycée. Maryam, une jeune camarade solaire, est plaquée contre un mur par Ethan, et clairement pas consentante.  Sous le choc, Leo ne dit ni ne fait rien. Mais ensuite, elle contacte la victime. Sauf que quand celle-ci rapporte l’agression, personne ne l’écoute… Ce que j’ai trouvé horrible. On se rend compte aussi avec cette lecture que la société n’écoute pas forcément les victimes, à plus forte raison si elles sont en couple …

Lucie : Oui, la notion de consentement est vraiment au cœur de ce récit. Et effectivement Coline Pierré interroge la réception de la parole des victimes de manière très intéressante.

Héloïse : C’est l’une des revendications d’ailleurs des “manifestants silencieux” (je ne sais pas comment les appeler) c’est parlant comme ça je trouve.

Hélène : Oui la question de dire et d’entendre est au cœur du livre. D’après ce que l’auteure expliquait, les scènes avec le proviseur ont été parmi les plus difficiles à écrire car il fallait complexifier ce personnage qui n’entend pas, même s’il reçoit la victime et ses amies et les écoute, en apparence du moins… 

Héloïse : C’est un personnage clairement détestable…Contrairement à d’autres heureusement. D’ailleurs, j’ai apprécié l’idée que tous les adultes ne soient pas montrés du doigt. 

Lucie : OUI ! Comme la génialissime documentaliste, Madame Lindgren !!! J’ai aimé que certains adultes, dont des hommes, soient positifs. Ce n’est pas si fréquent dans ce type de romans.

Héloïse : Oui, le CPE, M. Diaz, est top aussi ! Mais c’est révoltant de voir que la première réponse de la direction, c’est d’interdire des tenues jugées “osées”, pointant du doigt la victime et la transformant en coupable… C’est d’ailleurs la raison de la fameuse grève lancée dans le roman (attention spoilers pour celleux qui ne l’ont pas lu ! )? J’ai trouvé cette idée de grève de la parole géniale et originale, pas vous ?

Lucie : Mais si, totalement ! C’est une idée intéressante car on ne peut pas forcer quelqu’un à parler, que la parole libérée est au cœur de l’élément perturbateur et que l’on pousse les ados à s’exprimer tout en rechignant à les écouter, j’ai trouvé ce passage très juste. Et j’irais jusqu’à dire qu’il m’a questionnée en tant que maman. Malgré toute notre bonne volonté, est-ce qu’on écoute nos enfants aussi attentivement qu’on le devrait ? 

Héloïse : C’est une réflexion intéressante, je n’en suis pas sûre malheureusement…

Lucie : Léo est donc l’héroïne de ce roman et elle serait la première surprise de se voir qualifiée ainsi. Qu’avez-vous pensé de ce personnage ?

Héloïse : C’est un personnage extrêmement touchant. Elle est très mal dans sa peau, dans son corps, s’excuse presque de respirer parfois… Elle a peur de mal faire, et pourtant, c’est elle qui instille la révolte, le combat. 

Hélène : Oui c’est un personnage attachant, un peu au mauvais endroit au mauvais moment et qui se trouve confrontée à une situation qui la force à se positionner, à être fidèle à ses valeurs à un âge auquel on se construit. Elle fait cela avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, et un peu de maladresse parfois, ce qui la rend réaliste aussi.

Lucie : Oui, ce personnage est très en retrait dans sa vie mais elle a de multiples facettes. Ses doutes et son mal être en font un personnage très nuancé et ont fortement résonné. Elle n’a pas du tout une personnalité de leader mais elle parvient à rassembler grâce à sa bonne volonté. J’ai juste regretté une annonce dans la dernière partie qui m’a semblé assez artificielle. Elle n’avait pas besoin de cela pour être intéressante !

Hélène : Je te rejoins !

Héloïse : La question traditionnelle pour terminer : à qui conseilleriez-vous ce roman ?

Héloïse : Aux ados, bien sûr, à partir de 13-14 ans, et aux adultes. La thématique principale est malheureusement toujours d’actualité, et c’est important de montrer que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas à minimiser. 

Lucie : Bien sûr, aux ados, je te rejoins sur les âges : pas trop tôt à cause des thématiques. Et à leurs parents aussi, car il est susceptible d’amener des discussions. C’est un roman très riche qui parle de consentement, de santé mentale, d’engagement aussi… mais sans que ces sujets ne soient trop lourds ou appuyés, ils sont très bien intégrés à l’intrigue et invitent à la réflexion de manière assez subtile. Ce n’est clairement pas le cas de tous les titres de la sélection du Prix Vendredi pour ne citer qu’eux.

Hélène : Je le conseillerai effectivement à des lycéens, pour tout public même s’il plaira  sans doute plus aux jeunes femmes de par son aspect féministe, mais cela peut être une lecture très instructive pour de jeunes garçons aussi !

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce roman qui figurait dans la sélection du Prix Vendredi et a été élu par les lecteurs du Pass Culture !

Prix Vendredi 2025

C’est reparti pour le Prix Vendredi ! Comme tous les ans, les arbronautes ont lu la sélection des romans pour se faire un avis. Et nouveauté cette année, en plus de vous présenter chaque titre elles vous dévoilent leur chouchou. Correspondra-t-il au lauréat annoncé demain ?

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Sous le Grand Arbre, nous aimons la collection L’Ardeur de Thierry Magnier qui propose aux adolescents des textes leur permettant de questionner leurs rapports aux autres et leur sexualité. À Croquer suit cette ligne en présentant Marie-Maud le jour de sa rentrée. Celle-ci en a assez d’être invisible et pour y remédier elle a décidé de changer de look. Et c’est une réussite, tous les regards sont braqués sur elle. Mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Plongée dans la jungle des rapports adolescents où le titre prend tout son sens : Marie-Maud est « à croquer », mais dans l’univers encore très machiste du lycée, elle va en subir les conséquences.

Beaucoup de belles trouvailles dans ce texte en vers libres d’Anne-Fleur Multon, et des réflexions particulièrement pertinentes. On regrette juste l’absence de personnages masculins positifs qui auraient certainement permis un coup de cœur !

À croquer, Anne-Fleur Multon, Editions Thierry Magnier, 2025.

L’avis de Lucie.

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Et si votre visage était soudain affiché sur les écrans de toustes ? C’est le point de départ de Célèbre à en mourir. Pendant 44 secondes, le visage de Laura est affiché à la place de tous les autres. La jeune femme devient aussitôt célèbre. Pour le meilleur, ou pour le pire ? Qui a bien pu réaliser pareille prouesse technologique ?

Voilà un thriller ado intense et prenant, qui interpelle ses lecteurices sur l’usage de l’intelligence artificielle, le poids des images. Il nous questionne sur la célébrité, l’absence de vie privée qui en découle, cette hyper-exposition qui devient prison. Un roman intelligent, glaçant par moments – car il résonne avec nos pratiques ! -, très immersif également.

Célèbre à en mourir, Alain Gagnol, Syros, 2025.

La chronique d’Héloïse.

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Voyagez dans l’Irlande du Nord des années 1990 aux côtés d’Abigeál ! Mais attention, il faut avoir le cœur bien accroché. Car Fanny Chartres installe sa famille dans une maison qui semble encore hantée par l’un des aspects les plus sombres de l’histoire irlandaise : les couvents de Magdalenes. La personnalité de l’héroïne, coincée entre traditions étouffantes et velléités d’émancipation est particulièrement attachante. Au fil des rencontres à la maison de retraite voisine et des balades nocturnes avec son petit frère, elle va faire des découvertes qui vont changer sa vie et celle de sa famille.

Dans le ventre de Fianna Sinn est un roman qui brasse beaucoup de sujets, de la famille à la religion en passant par la vieillesse, avec une grande maîtrise et un souffle de fantastique. Les personnages, nombreux et variés, permettent de prendre véritablement conscience de la complexité de faire face à une histoire dramatique.

Dans le ventre de Fianna Sinn, Fanny Chartres, L’école des loisirs, 2025.

L’avis de Liraloin et celui de Lucie.

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Francoeur, c’est Anna Dupin, une romancière, soeur d’artistes tout aussi célèbres qu’elle. Dans des lettres quelle envoie à une mystérieuse admiratrice, elle nous narre son passé, enchaînant les descriptions de scènes champêtres et autres menues bêtises

Francoeur, c’est la vie d’une famille atypique, un recit inspiré de la vie de George Sand, de Rosa Bonheur ou encore Sarah Bernhardt. Une famille d’artistes qui mène la vie de bohème, dans une joyeuse pagaille. La richesse de ce roman épistolaire, c’est le contexte historique, particulièrement bien dépeint, entre la révolution de 1848, les descriptions de la vie à Paris, et les très nombreuses références culturelles et artistiques. Un texte original.

Francœur, à nous la vie d’artiste, Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail, L’école des loisirs, 2025.

La chronique d’Héloïse.

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L’avis d’Hélène

Les frontières écarlates séparent l’Empire de Thyr et le royaume de Bakara qui sont en guerre depuis de nombreuses années sans que l’on sache vraiment pourquoi au début du roman. Raïa, la fille de l’empereur de Thyr aimerait combattre et savoir davantage de choses sur la guerre, mais malgré l’autorisation pour les femmes de combattre, son père ne lui laisse qu’un rôle subalterne, les mentalités évoluant moins vite que les lois.

Cependant dès les premiers chapitres, Nyx, une membre de l’armée se révèle être une espionne bakaréenne et assassine le père de Raïa sous ses yeux avant d’enlever cette dernière pour l’emprisonner dans son royaume. De nombreuses péripéties les entraîneront à la recherche de la vérité, que chaque camp croit détenir, jusqu’à ce qu’un événement contredise ses certitudes…

Malgré l’épaisseur du livre, on est assez rapidement emporté par l’intrigue qui ne comporte pas de longueurs grâce aux nombreux rebondissements et aux personnages auxquels on s’attache rapidement. Nyx notamment, malgré sa cruauté au début du roman, semble pleine de ressources et a de multiples facettes, tout comme Raïa.

Un roman tout en nuances, qui montre que le monde est plus complexe que l’on croit et qu’il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants, que j’ai beaucoup aimé, une agréable surprise ! Une suite est certainement à prévoir mais en attendant, le Prix Vendredi est l’occasion de découvrir ce titre et cette jeune autrice

Les frontières écarlates, Les empereurs, Solène Ayangma, Talents Hauts, 2025.

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Nina perd le nord, c’est le titre chouchou d’Heloïse. Un road-trip émouvant, celui d’une famille un peu dysfonctionnelle, terriblement attachante.

Nina est en troisième, et s’ennuie dans son quotidien. Elle vit seule avec son père, et c’est souvent elle qui joue le rôle de l’adulte depuis le décès de sa mère. Mais un jour, un notaire leur écrit pour leur dire que tata Suzanne leur lègue tous ses biens. Seule condition : aller déposer ses cendres en Suède, dans les mines de Falun.

De belles surprises, de jolies rencontres, un humour cassant, de beaux paysages… Ce road-trip est l’occasion pour père et fille d’affronter les démons du passé, de se retrouver, de se comprendre. Il est aussi l’occasion de découvrir un pan de la vie de cette tante, pan triste et émouvant.

Avec Nina perd le Nord, Céline Courjault aborde la thématique du deuil avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Elle nous parle aussi de l’adolescence et de ses difficultés, de famille, d’amitié, de confiance en soi. C’est beau, c’est doux, c’est drôle, c’est fou, c’est frais, bref, on en redemande !

Nina perd le nord, Céline Gourjault, Seuil Jeunesse, 2025.

L’avis de Lucie, celui de Liraloin, et celui d’Héloïse.

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Nathalie Bernard est une habituée des récompenses littéraires (Pépite fiction ados du salon jeunesse de Montreuil, Prix 12/14 de la Foire du livre de Brive, Prix des Incos…) pour ses romans amples, aux thématiques engagées, au style efficace. 2025 sera-t-elle l’année du Prix Vendredi ? Cela se pourrait en effet, pense Séverine, car La part du vent est une histoire forte, aux paysages époustouflants, personnages à part entière d’un récit à mi-chemin entre « nature writing », roman initiatique, ou encore roman d’aventures, ne laissant aucun répit au lectorat. Les rebondissements s’enchaînent sans temps mort, les relations entre ses différents personnages sont subtiles. Tout en déclinant des thèmes forts comme la surexploitation des terres générant une désertification progressive, le racisme anti-natifs et le Klu Klux Klan, la solidarité, au gré du passage à l’âge adulte de son héroïne June Flanagan, jeune femme courageuse, battante, passionnée, déterminée à conserver sa liberté, son indépendance, malgré les coups durs, ce récit nous emporte dans une tourbillon d’émotions. Le lire, c’est une immersion puissante, émouvante et quasi sensorielle dans l’Oklahoma des années 30, entre dust bowl (première catastrophe écologique de l’Histoire des Etats-Unis ?) et crise économique suite au Krach de 1929. C’est plonger dans un monde où la nature veut reprendre ses droits. C’est ressentir avec June des sentiments aussi fort que la peur, la solitude, mais aussi l’amitié, le respect, l’amour inconditionnel. Le talent de l’autrice y fait encore une fois merveille pour susciter réflexions et questionnements, sans jamais faire l’économie de l’intensité stylistique et narrative propre aux grands romans. Bravo.

La part du vent, Nathalie Bernard, Editions Thierry Magnier, 2025.

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L’avis d’Hélène sur Saint-Marie-des-Haines-Infinies :

Ce court roman de Louise Mey se lit assez rapidement. Il aborde dans un format court et facile d’accès beaucoup des sujets qui touchent les adolescents actuellement et que l’on retrouve très souvent dans les romans parus ces dernières années : harcèlement, homosexualité (féminine en l’occurence), regard des hommes sur le corps des (jeunes) femmes et enfin la questions incontournable à cet âge : comment trouver sa place dans un milieu parfois hostile. 

L’héroïne termine ses études au collège Sainte-Marie, établissement catholique imaginaire fréquenté par des gens très comme il faut (Sixtine, Cyprien…). Cependant sous le vernis de la morale et l’apparat de l’établissement, tout n’est pas si rose et les élèves n’ont parfois de saint que l’apparence. 

Arrivée dans ce collège après le décès de sa mère à la suite d’un cancer, l’héroïne est très mal accueillie par ses pairs et notamment par Salomé qui ne mâche pas ses mots à son égard, ne manifestant aucune compassion, se moquant d’elle et du deuil qu’elle est en train de vivre… Bref, rien de très chrétien.

L’héroïne parvient à supporter l’ambiance du collège grâce à Marwa, amie/amante qui lui fait découvrir l’amour et la raisonne parfois quand la colère la submerge en lui enjoignant de ne pas « brûler les ponts » et Matthieu, son ami de son ancien collège (nommé Aimé Césaire, comme un antonyme à Sainte-Marie), et qui fourni les élèves de Sainte-Marie en drogues…

L’écriture et les thème de ce roman sont un peu crus : vocabulaire, sexualité, l’héroïne ne mâche pas ses mots, prenant d’ailleurs un malin plaisir à renommer son établissement en « Sainte-Marie-de-mon-Cul », « Sainte-Marie-des-Filles-Sages », « Sainte-Marie-des-Faux-Semblants ». On retrouve cette colère et cette hâte que l’année se termine enfin dans le style : la ponctuation est rare, les phrases très longues, comme si la narratrice n’avait pas le temps de reprendre son souffle tant elle a à dire. Cette écriture est déroutante mais cohérente avec le propos, tout comme la couverture qui reprend la figure du blason, qui rappelle la noblesse en y incrustant la figure de deux femmes qui s’embrasent, le thème récurrent du feu symbolisant la colère…

Même si les personnages peuvent être un peu caricaturaux et la lecture dérangeante, ce roman a le mérite de mettre en lumière le fait que le harcèlement existe dans tous les milieux, et que dans tous les milieux chacun se cherche… Car les élèves populaires ne sont pas tous si heureux que cela, l’héroïne en a la preuve dans son « Dossier dernier jour »… Le compte à rebours avant la fin du collègue est lancé 3,2,1… Chaque chapitre rapproche l’héroïne d’un ailleurs où elle sera à sa place, sans doute.

Sainte-Marie-des-Haines-Infinies, Louise Mey, Editions la ville brûle, 2025.

Lire aussi l’avis de Lucie.

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L’avis d’Hélène sur Le silence est à nous :

Ce livre de Coline Pierré a fait grand bruit depuis sa sortie en mars 2025. Très actuel, sur le thème du féminisme et de la place de la parole des victimes d’agression sexuelles et de leur traitement par la communauté éducative et la société en général.

Au départ, l’héroïne, « Léo » pense s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment lorsqu’elle assiste « auditivement » à une agression sexuelle… Elle se sent ensuite une responsabilité et prends contact avec la victime. Une solidarité se met en place et l’enjeu sera alors de se faire entendre… En silence. Un parti pris très intéressant, à rebours des manifestations bruyantes, qui aura des conséquences sur chacun des personnages.

Un roman écrit en vers libres qui parle de l’accueil de la parole des victimes d’agression, de la parole des jeunes en général, des filles en particulier… Au coeur du sujet, la notion de consentement, les changements de mentalité, le rôle des adultes et les revendications des plus jeunes… L’équipe du blog a aimé ce titre très actuel et vous invite à rester connecté pour lire, très bientôt, notre lecture commune !

Le silence est à nous, Coline Pierré, Flammarion Jeunesse, 2025.

L’avis de Liraloin et celui de Lucie dont c’est le titre préféré de cette sélection.

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Seul titre que nous n’avons pas réussi à nous procurer, Véda s’en va est ainsi présenté par les éditons Albin Michel : Dunkerque, Véda, 17 ans, a une bande de copains, un petit ami champion de kite-surf, une famille, modeste mais qui l’aime, et un dragon d’eau de compagnie à qui elle se confie. Mais la jeune fille rêve d’une autre vie et met de l’argent de côté afin d’intégrer une université privée à Lille. Sa rencontre avec Frankie, lesbienne extravertie fraichement arrivée de Berlin, bouleverse son existence.

Si vous avez pu le lire, votre avis nous intéresse !

Véda s’en va, Sarah Maeght, Albin Michel, 2025.

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Et vous quel titre de cette sélection avez-vous préféré ?

Notre sélection de séries pour ados

Parce que les thématiques sont plus difficiles ou que leur lecture est un peu plus ardue, mais aussi parce que nous avions tellement de séries dont nous souhaitions parler que nous avons décidé d’en faire deux articles, voici la sélection des séries destinée aux ados. Il vous reste deux mois pour faire votre choix et gâter vos grands lecteurs !

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À la croisée des mondes aurait pu figurer dans la sélection précédente. Mais les concepts et les enjeux assez élaborés de détonnent pas dans celle-ci. Dans un monde où chaque humain est lié à un daemon, sorte de prolongement de soi sous forme animale mais à sa personnalité propre ; le lecteur rencontre Lyra, jeune anglaise qui étudie dans une prestigieuse université. Lorsque son meilleur ami disparaît, elle se lance dans une aventure qui va mettre sa vie en danger mais aussi lui permettre de découvrir ses origines. Philip Pullman publie actuellement une trilogie qui n’est pas indispensable à la compréhension mais apporte des éléments complémentaires au lecteur curieux. Elle est composée d’un prequel intitulé La Belle sauvage, de La communauté des esprits, qui se déroule après la trilogie originale et d’un troisième ouvrage à paraître.

Les royaumes du Nord, série en 3 tomes de Philip Pullmann, Gallimard jeunesse.

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Bienvenue à Nevermoor, monde merveilleux et magique, dans lequel Morrigane Crow se retrouve soudain propulsée ! Enfant maudite, condamnée à mourir le jour de ses onze ans, elle a été sauvée de justesse par Jupiter Nord, qui la recueille dans son monde. Un monde qui recèle de surprises, bonnes … ou mauvaises !

Facéties, rebondissements, mystères et magie pour une série envoutante et addictive, qui cache une belle dose de noirceur. C’est drôle, c’est fufou, c’est sombre, et entraînant !

Nevermoor, série en cours de Jessica Townsend. 3 tomes traduits chez Pocket jeunesse

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Les chroniques de l’Érable et du Cerisier plongent le lecteur dans le Japon médiéval. Ces romans d’apprentissage sont donc dépaysants à plus d’un titre ! Car s’il s’agit pour Ichirô de découvrir d’où il vient et de comprendre les motifs de l’assassinat de son maître samouraï, Camille Monceaux prend le temps d’installer les ambiances et de mettre en place des contextes très documentés. Elle y mêle intrigues politiques, théâtre et conditions des femmes dans des aventures passionnantes.

Les chroniques de l’Erable et du Cerisier, série en 4 tomes de Camille Monceaux, Gallimard jeunesse.

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Avec L’ordre du cygne, vous plongerez dans une envoûtante trilogie de fantasy médiévale. Dans ces trois tomes, vous trouverez un ordre de chevalerie mixte qui combat pour défendre la justice, un enchanteur puissant, un ennemi terriblement malfaisant, des personnages aux caractères bien marquées, de grandes batailles, de l’aventure, des scènes pleines d’émotions et des dialogues piquants.

Le tout servi avec un beau message de fraternité, et une plume poétique et riche !

L’ordre du Cygne, série en 3 tomes de Virginie Salobir, parue chez Gulf Stream ed.

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Divergente est une dystopie qui se déroule dans une société très intéressante. Suite à un conflit mondial, la population a été divisée en cinq factions représentant les talents nécessaires à une civilisation harmonieuse : Altruistes (dirigeants), Fraternels (nourriciers), Audacieux (défenseurs), Erudits (innovations) et Sincères (justice). À l’adolescence, chacun passe un test censé déterminer la faction correspondant le mieux à sa personnalité. Mais Béatrice, l’héroïne, correspond à plusieurs catégories ce qui fait d’elle une Divergente, menace pour le système. Cette série invite à se questionner sur le poids des individus face aux règles, à la complexité des personnages et à l’engagement nécessaire pour faire changer les choses. Passionnant !

Divergente, série en 4 tomes de Veronica Roth, Nathan.

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Le postulat de Malorie Blackman dans sa série Entre chiens et loups est d’une efficacité redoutable : les Noirs dominent la société et les Blancs subissent les relents de siècles de ségrégation. Une situation inversée donc, qui invite à se questionner sur les inégalités qui perdurent et la violence qui en découle. Notamment au travers d’une histoire d’amour mixte entre Sephy et Callum digne d’une tragédie. La première trilogie se suffisait à elle-même, mais la seconde n’est pas dépourvue d’intérêt.

Entre chiens et loups, série en 6 tomes, Milan.

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Le second préquel de la saga Hunger Games est paru assez récemment, cela n’a pas dû vous échapper ! En effet, après avoir bouclé une trilogie dystopique aussi énergique que réflexive, Suzanne Collins a développé l’adolescence de deux de ses personnages phares. Mais la vraie héroïne des Hunger Games est Katniss. Courageuse, empathique, rebelle et intelligente, c’est un personnage fort auquel le lecteur ne peut que s’attacher. D’autant que la société dans laquelle elle vit est aussi injuste que crédible. L’idée même des Hunger Games, punition visant des ados pour un soulèvement ayant eu lieu 49 ans plus tôt, montre toute sa cruauté. Une série trépidante qui pose de vraies questions sur la politique sociale.

Hunger Games, série en 5 tomes de Suzanne Collins, Pocket Jeunesse.

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Hypallage est une série qui brasse des sujets contemporains. Sexualité, rascisme, sport, drogue, amitié mais aussi influence des mauvaises fréquentations sont au coeur du parcours des personnages. Sylvain Pattieu met en lumière certains d’entre eux selon les tomes, mais tous se croisent et se connaissent. Les ados trouveront forcément au moins un personnage auquel s’identifier, et les autres leur permettront de s’interroger sur les choix et le poids de la société.

Hypallage, série en 4 tomes de Sylvain Pattieu, L’école des loisirs.

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Dystopie ou anticipation ? Marion Brunet laisse cette inquiétante question en suspens. Car on reconnaît bien la France d’aujourd’hui dans l’univers d’Ilos. Sauf que le dérèglement climatique est à son paroxysme, tout comme les inégalités sociales. Ce qui crée des tensions effroyables dans le quotidien la population. Montée des eaux à Marseille, pluies diluviennes à Paris, corruption et violence… L’auteur crée une intrigue prenante autour d’un groupe de personnages adolescents qui refuse de baisser les bras. Amitié, amour, entraide, engagement, écologie et justice sociale sont au coeur de cette série riche en aventures et en personnages attachants.

Ilos, série en 3 tomes de Marion Brunet, Pocket Jeunesse.

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Difficile de présenter Méto sans trop en dévoiler. Car Yves Grevet a créé un univers complexe qu’il ne dévoile qu’au fil des tomes. Ce n’est pas un hasard si les titres des tomes successifs annoncent des zones de plus en plus étendues (La maison, L’île, Le monde). Ainsi, c’est aux côtés de Méto, cloitré avec 63 autres enfants dans une Maison dirigée d’une main de fer par les César que le lecteur va se questionner, chercher des indices et se lier d’amitié. Roman d’anticipation a forte connotation politique, Méto est une série stimulante qui pousse à s’interroger sur les limites du pouvoir et la nécessité de prendre des risques pour bousculer l’ordre établi. En 2022, l’auteur a publié Zone noire, un quatrième tome pouvant être lu indépendamment des précédents.

Méto, série en 3 tomes d’Yves Grevet, Syros

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Si vous aimez l’histoire et les univers steampunk, Les mystères de Larispem sont faits pour vous ! Lucie Pierrat-Pajot fait dévier le destin de la France à partir de la Commune : les communards ont gagné et fait sécession avec le reste du territoire français. La société se veut plus égale, Jules Verne a inspiré nombre d’inventions facilitant le quotidien… mais tout n’est pas si rose. Les aristocrates déchus préparent leur retour, et les bouchers sont devenus la classe dirigeante. L’auteure s’est d’ailleurs inspirée de l’étonnante construction des mots propre à ce métier pour asseoir leur autorité. Là encore, les héros adolescents sont particulièrement attachants et les enjeux prenants.

Les mystères de Larispem série en 3 tomes de Lucie Pierrat-Pajot, Gallimard jeunesse.

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Pallas est une série qui s’adresse aux amoureux de la mythologie. Marine Carteron propose une fresque sur 30 ans brassant personnages mythiques, guerre de Troie et féminisme. Car les femmes sont bien les premières victimes des folies de grandeur des hommes et de leur violence. Mais l’histoire est suffisamment prenante pour que le lecteur oublie le travail (pourtant conséquent) de recherche, les messages et le fait qu’il connaît l’issue du combat. Ici les intrigues sont politiques, elles impliquent des dieux, des héros et de simples mortels et chacun lutte pour sa survie. Grandiose.

Pallas, série en 3 tomes de Marine Carteron, Le Rouergue.

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Avec La Passe-miroir, Christelle Dabos propose un univers aussi foisonnant qu’ambitieux. Ophélie, son héroïne est maladroite, courageuse et très attachante. A son grand désarroi, elle fait l’objet d’un mariage arrangé qui l’oblige à quitter sa famille pour la très complexe Citacielle. Le lecteur suit ses aventures en écarquillant de grands yeux devant les trouvailles et les références de l’auteure. Difficile de réaliser que c’est un premier roman tant la société est bien construite. D’autant qu’il y a aussi un vrai travail sur le rythme, la langue et une réflexion poussée sur l’identité. Très fort et très prenant !

La Passe-miroir, série en 4 tomes de Christelle Dabos, Gallimard jeunesse.

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Le royaume de Pierre d’Angle est peuplé de personnages aux nombreuses facettes. Pascale Quiviger prend un malin plaisir à laisser le lecteur s’interroger sur les motivations et l’honnêteté de chacun d’entre eux aux côtés son héroïne Ema. Passagère clandestine sur le bateau du prince Thibault, elle fuit l’esclavage et va rencontrer l’amour. Loin du conte de fée, elle va découvrir les enjeux, les jalousies et les croyances du royaume de Pierre d’Angle. L’intrigue gagne en ampleur et en tention au fil des tomes et si le fantastique n’est jamais loin il ne prend pas le dessus sur les décisions humaines. Deux romans reprennent certains personnages mais peuvent être lus indépendamment : La dernière saison de Selim et H, mort ou vif.

Le Royaume de Pierre d’Angle, série en 4 tomes de Pascale Quiviger, Le Rouergue.

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Dans cette série qui a presque 20 ans, Patrick Ness invite ses lecteurs dans un monde post-apocalyptique. La voix du couteau c’est un monde d’où les femmes sont absentes et où chacun entend les pensées des autres. L’enfer ! Alors qu’il s’apprête à devenir un homme, Todd va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie. La langue utilisée par l’auteur est très étonnante. Il faut un moment pour s’y faire : les phrases sont hachées, il y a des fautes de grammaire… les personnages étant dans la survie, l’éducation n’est pas une priorité et cela se lit. Rien que pour cela cette saga est intéressante. Mais elle brasse aussi des sujets comme l’altérité, l’amour, le respect de la différence et le courage. Passionnant.

Le chaos en marche, série en 3 tomes de Patrick Ness, Gallimard jeunesse.

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La saga des mystères de Jeff Wheeler, aux sublimes couverture colorées, mélange avec brio intrigues politiques, fantasy et steampunk. Deux héroïnes d’origine diverse, Cettie et Séra, y luttent pour défendre les opprimés, dans une société dans laquelle les privilèges sont bien ancrés. C’est riche, dense, passionnant, et on s’attache très vite aux personnages !

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Eragon, célèbre série de Chrisopher Paolini, a tout à fait sa place dans cette sélection ado.

Qui n’a jamais entendu parler de l’épopée d’Eragon, jeune humain qui découvre un jour un dragon, et vous son destin basculer du jour au lendemain ? Une quête initiatique, de l’aventure, des elfes, des nains, des orques, des dragons, des alliances à construire et un ennemi presque invincible, on retrouve les ingrédients classiques de la fantasy, et c’est très plaisant à lire !

Eragon, série de C. Paolini, éditée par Bayard Jeunesse

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Non, les licornes ne sont pas toujours associées aux paillettes. En tout cas, pas dans Skandar, la série en cours d’AF Steadman. Ici, elles sont au contraire carnivores et destructrices, et seuls quelques élus apprennent à les chevaucher. Skandar en rêve mais n’est pas choisi. Qu’importe, il force le destin…

Combats, quêtes héroïques, épreuves dangereuses et amitié au menu de cette série particulièrement addictive et dynamique (qui n’est pas sans rappeler parfois Harry Potter ou encore Gardiens des cités perdues), qui nous parle aussi de confiance en soi et de différence.

Skandar, série en cours d’AF. Steadman, 4 tomes traduits, Hachette jeunesse

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Et pour les plus jeunes, notre sélection pour les pré-ados de la semaine dernière !

Lecture d’ado : L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet

Théo, 13 ans, est un grand fan des romans d’Yves Grevet. Aussi s’est-il précipité quand il a vu que les éditions Syros publiaient un nouveau titre de cet auteur.
Il l’a aimé et a accepté d’en discuter pour (il l’espère) donner envie à d’autres lecteurs de s’y plonger !

L’archipel des animaux bannis, Yves Grevet, Syros, 2025.

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Comment as-tu connu Yves Grevet et qu’aimes-tu dans ses romans ?

J’ai commencé par sa série Méto que j’avais empruntée à la bibliothèque. Comme elle m’avait beaucoup plu, j’ai ensuite lu Grupp et certains tomes de la série U4, dont celui qu’il a écrit évidemment. J’aime les romans d’anticipation, et dans ceux d’Yves Grevet il y a toujours de l’action et des personnages auxquels on peut s’identifier qui s’opposent aux règles des adultes et de la société qui leurs semblent injustes.

As-tu retrouvé ces éléments dans L’archipel des animaux bannis ?

Bien sûr, et cela m’a plu.

Comment résumerais-tu l’histoire ?

C’est l’histoire de Jarod, un jeune garçon qui vit dans un monde sans nature ni animaux car des crises sanitaires ont touché les humains à cause des animaux. Le gouvernement a donc interdit tout contact avec eux et les a isolés dans des enclos au milieu de nulle part. Avant les crises, Jarod avait un chien nommé Syrius auquel il était très attaché et il a été particulièrement affecté par leur séparation. Avec une amie, il décide donc de partir à sa recherche et de pénétrer dans l’un des enclos.

Peux-tu présenter Jarod, le personnage principal ?

C’est un adolescent auquel on s’attache facilement. Il doute beaucoup de lui-même et il m’a fait de la peine car ses parents sont peu présents et le trouvent fragile et faible. Pour moi ce ne sont pas de bons parents, ils ne lui font pas confiance et ne le soutiennent pas, notamment suite à la séparation avec son chien Syrius qui était son seul ami. Il gagne beaucoup en confiance au contact de Nora mais à vrai dire on se demande un peu ce qu’elle lui trouve au début !

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

J’ai aimé l’ambiance et les personnages. Surtout Joseph et sa famille. On sent qu’Yves Grevet aime beaucoup les animaux et la nature. J’ai trouvé très intéressant la manière dont l’auteur présente un monde sans animaux de compagnie ni animaux d’élevage. Cela signifie plus de viande, plus de lait (ni yaourt ni fromage), plus d’œufs, plus de miel… un monde vraiment vegan dans lequel les gens sont obligés de prendre des compléments alimentaires. Mais même s’il montre qu’envoyer des animaux à l’abattoir pose question, je n’ai pas eu l’impression qu’il voulait me convaincre de devenir vegan. Tant mieux parce que ça m’aurait agacé.

Jarod et Nora rencontrent différentes personnes dans l’enclos. Qu’as-tu pensé d’elles ?

J’ai bien aimé la diversité des gens qu’ils rencontrent là-bas. Il y a aussi bien des scientifiques que des amoureux de la nature, des gens qui veulent vivre coupés de la civilisation ou encore des personnes qui veulent juste revoir leur animal de compagnie. Différents âges se croisent, et aussi différentes motivations, avec des groupes hostiles voire violents, mais tout l’intérêt est qu’ils ont chacun leurs raisons et des valeurs qui se retrouvent parfois.

En tant qu’adulte, le point de départ avec les restrictions sanitaires m’ont fortement renvoyée à l’époque du covid. Est-ce que tu y as pensé aussi ?

Oui. On ne savait pas si ça allait s’arrêter, ni quand. On se demandait également si ce qu’on nous disait était réel ou exagéré pour que l’on reste chez soi. Ça aurait pu déboucher sur une situation similaire à celle du roman.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Aux amis des animaux, aux fans d’Yves Grevet et à ceux qui aiment les romans d’anticipation. Il est super, j’espère qu’il y aura une suite !

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Merci à Théo d’avoir partagé son avis et aux éditions Syros de lui avoir permis de lire ce roman !

Notre sélection de séries pour pré-ados

Les fêtes de fin d’année vont rapidement pointer le bout de leur nez. Pour vous aider à gâter vos pré-ados, nous vous avons concocté une sélection de nos séries chouchoutes à leur faire (re)découvrir. Rien de tel qu’une saga pour plonger dans l’univers d’un auteur !

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Alma est la première trilogie de Timothée de Fombelle, jusque là plutôt adepte des dilogies (les merveilleux Tobie Lolness et Vango). C’est un projet que l’auteur a longtemps porté et son ampleur est impressionnante : le nombre de personnages, leurs rencontres, leurs déplacements… mais il s’agit surtout d’une fresque sur l’esclavage avec un fond historique solide et beaucoup d’aventures portée par des héros très attachants. La plume poétique de l’auteur et son sens du rythme font de cette trilogie une pépite, agrémentée par les illustrations tout en finesse de François Place.

Alma, série en trois tomes de Timothée de Fombelle, illustrations de François Place, Gallimard jeunesse.

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Crookhaven fait partie des héritiers d’Harry Potter. Un orphelin qui intègre une école secrète réservée à une certaine catégorie de la population, la filiation est évidente. Mais J. J. Arcanjo a su se détacher de son modèle et créer un univers bien à lui avec ses codes et ses personnages hauts en couleur. Car il ne s’agit pas d’une école de sorcellerie mais de voleurs ! Les aventures sont trépidantes et plusieurs arcs narratifs s’entrecroisent pour le plus grand plaisir des lecteurs.

L’école des voleurs, série en 5 tomes de J. J. Arcanes, Pocket Jeunesse.

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Les héros des Gardiens de Ga’Hoole ne sont pas des humains mais des chouettes et des hiboux. Ce choix original fait le sel de cette série qui fait elle aussi la part belle à l’amitié, à la magie et au mystère. Car le groupe de héros fait face à de multiples rebondissements tout au long des 15 tomes qui composent cette ambitieuse saga.

Les gardiens de Ga’Hoole, série en 15 tomes de Kathryn Lasky, Pocket Jeunesse.

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Est-il encore nécessaire de présenter Harry Potter ? Et pourtant, le jeune sorcier ne pouvait pas ne pas figurer dans cette sélection. Près de 30 ans après sa première parution en francais, il représente pour tellement de lecteurs le passage de la lecture un peu forcée à la lecture plaisir ! Il faut dire que J. K. Rowling a su comme rarement avant elle en littérature jeunesse construire une intrigue complexe et prenante à même de rendre accro les plus réticents à la lecture. Un must-have dont le succès ne se dément pas avec le temps.

Harry Potter, série en 7 tomes de J. K. Rowling, Gallimard jeunesse.

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Les mystères de Mika se déroulent sur une année, à raison d’un tome par saison. Mika est une jeune orpheline suédoise du 19ème siècle. Johan Rundberg croquer avec une effrayante justesse les conditions de vie de l’époque. Froid, dangers et parasites, rien n’est épargné au lecteur. D’autant que la jeune fille va faire équipe avec un inspecteur de police bluffé par son sens de l’observation. Elle sera donc témoin et enquêtrice de la noirceur de certains contemporains. Son duo avec l’inspecteur Hoff apporte cependant humour et bienveillance à cette série très originale.

Les mystères de Mika, série en 4 tomes de Johan Rundberg, Thierry Magnier.

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Les héros des Royaumes de feu sont des dragons. La construction de chaque épisode est plutôt classique mais permet d’enrichir l’univers créé par Tui T. Sutherland. En effet, chaque dragon est le héros d’un tome et entraîne ses amis dans la recherche de sa famille. L’amitié est la valeur centrale de cette série, mais elle fait aussi la part belle à l’entraide, la tolérance et quantité de jolies valeurs ce qui rend les personnages très attachants. Une entrée dans la fantasy pour les plus jeunes.

Les royaumes de feu, série en 16 tomes de Tui T. Sutherland, Gallimard jeunesse.

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Steam Sailors est une saga d’aventures qui, comme son nom l’indique, tient du roman de piraterie et de l’univers steampunk. Enjeux politiques, personnages hauts en couleurs, magie et destinée, on ne peut pas dire que le lecteur s’ennuie tout au long des trois tomes qui composent cette série. D’autant qu’E.S. Green met aussi en scène des femmes au fort caractère et aux talents certains. Une vraie échappée sur l’Héliotrope !

Steam Sailors, série en 3 tomes d’E. S. Green, Pocket Jeunesse.

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Vous cherchez une série assez courte, qui mêle quotidien et magie, pour lecteurs à partir de 8 ans ? Les tisseurs de rêves, de Manon Fargetton, est parfait. On y découvre quatre enfants, nés le même jour, et qui ont chacun un pouvoir particulier.

Un mystère, des situations rocambolesques, de l’entraide, de l’humour, et beaucoup de tendresse pour ces quatre tomes qui sont en outre très joliment illustrés. L’identification est facile, car chaque enfant a son caractère et ses goûts. En arrière plan, plusieurs thématiques sont abordées dans la série : l’amitié, bien sûr, mais aussi le poids des attentes familiales, la peur de décevoir ses proches, la manque de confiance en soi, la séparation, le deuil – toujours avec une grande sensibilité et délicatesse !

Les Tisseurs de rêves de Manon Fargetton, série en 4 tomes, Rageot.

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Quelques années auparavant, Manon Fargetton avait écrit une série à destination des 10-12 ans, Les plieurs de temps. Cette fois, les quatre héros, plus âgés, ont un super-pouvoir en rapport avec le temps, et une vieille horloge. Ils jouent donc avec le temps, tout en s’apercevant que ce n’est pas sans conséquences…

L’aspect fantastique permet ici de parler de harcèlement, de famille, d’amitié, de confiance en soi ou encore de maladie et de deuil. Action et rebondissements sont au rendez-vous !

Les Plieurs de temps de Manon Fargetton, série en 4 tomes, Rageot.

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Difficile de parler de séries pour pré-ados sans aborder la très célèbre série à succès de Shannon Messenger, Gardiens des cités perdues ! 9 tomes parus à ce jour – sans compter les 4 intermédiaires – et le dizième ne devrait pas tarder.

Au programme : une héroïne qui découvre qu’elle appartient au monde des elfes, des créatures fantastiques plus ou moins mignonnes, des luttes de pouvoir, des complots, et même des licornes ! L’humour, les rebondissements et les sentiments se mêlent à l’histoire, pour une lecture très addictive.

Gardiens des cités perdues, série en cours de Shannon Messenger – édition Lumen, dès 2014, version poche chez Pocket jeunesse 2017

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En parlant de loooongue série, on trouve aussi La guerre des clans. Cette fois, nos héros sont des chats, non pas domestiques mais sauvages. Ils sont scindés en plusieurs clans, et vivent dans la forêt.

L’intrigue tourne principalement autour de conflits entre les clans, d’amitiés et d’amours interdits, mais cette série aborde aussi la lutte pour la survie face à des menaces humaines (avec la destruction de la forêt) ou encore l’arrivée de clans extérieurs hostiles. Au fil des cycles, de nouvelles générations apparaissent et les clans doivent s’unir pour surmonter des crises majeures.

La guerre des clans, d’Erin Hunter, série débutée en mars 2005. Editée par Pocket Jeunesse. 7 cycles traduits en français.

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À 16 ans, les ados de Scott Westerfeld subissent une opération chirurgicale qui les fait passer d’Uglies à Pretties. Alors que l’échéance arrive pour Tally, une rencontre va la faire douter des raisons d’une telle transformation. Dans un univers futuriste plutôt crédible, l’auteur américain propose à ses lecteurs de s’interroger sur le paraître et la société de divertissement à laquelle ils appartiennent. Le tout dans des romans riches en tension et rebondissements.

Uglies, série en 5 tomes de Scott Westerfeld, Pocket Jeunesse.

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Un père détective qui mène des enquêtes trépidantes dans le monde du show-biz des années 80, une jeune héroïne qui n’a pas froid aux yeux, une bande d’ami.e.s fidèles, des illustrations pétillantes, de l’action, du courage, de l’humour, des chansons… Ce sont les ingrédients de cette série d’Yves GREvet et Carole TréBOR (le nom de famille des deux personnages principaux, vous l’avez ?), illustrée par Banjamin Chaud, idéales pour les enfants dès 9 ans, où suspens, références aux eighties à gogo, sens de la famille, amitié et star-system se côtoient pour notre plus grand plaisir ! En plus, l’objet-livre, couverture cartonnée et scintillante, dos rayé et mise en page aérée, est vraiment très beau, ce qui ne gâche rien !

Détectives Grébor, série en 3 tomes, écrite par Carole Trébor et Yves Grevet, illustrée par Benjamin Chaud, Little Urban

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Jefferson est un jeune hérisson du Pays des animaux, étudiant en géographie, qui, en compagnie de Gilbert, son meilleur copain comme cochon se pique (ah ah) au jeu des enquêtes à résoudre, quitte à prendre tous les risques et à se frotter de très près aux humains du pays d’à côté, pas toujours bienveillants, c’est le moins qu’on puisse dire !
Bien sûr…qui s’y frotte…Bref ! Dans cette série en 3 volumes (pour l’instant !) suspens, rebondissements et surprises sont au rendez-vous. Le grand conteur Jean-Claude Mourlevat a l’art et la manière de donner vie à des personnages très attachants. Hérisson, cochon, écureuillE, chat ou ragondin, muets ou trop bavards, deviennent si familiers qu’on en oublie qu’ils ne sont pas de notre espèce ! Des valeurs comme l’amitié, la tolérance, la solidarité, l’empathie, le pardon, sont universelles et l’auteur nous le rappelle de la meilleure façon. Et, l’humour présent, tant dans les dialogues que dans les situations, dédramatise des sujets qui pourraient prêter au tragique : les abattoirs dans le premier tome, l’embrigadement sectaire dans le deuxième, les aberrations écologiques en matière de recyclage et le sort des pays pauvres dans le troisième. On rit même parfois de bon cœur !
Le message passe. Les aventures de Jefferson sont fidèles à ce qui constitue l’essence même de son écriture : une plume fluide, enlevée, tout en étant drôle et tendre, une faculté extraordinaire à susciter la passion chez le jeune lectorat, tout en le questionnant habilement et intelligemment sur le monde qui l’entoure.
A noter qu’une adaptation BD très réussie du premier tome est également sortie il y a peu et qu’elle pourrait elle aussi générer une série. Affaire à suivre…

Jefferson, série en 3 tomes, de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse

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Et la semaine prochaine retrouvez notre sélection de séries à destination des ados !