Notre auteure essentielle : Jo Witek

Parmi les auteurices qui nous marquent durablement, il y a Jo Witek. Autrice protéiforme, elle écrit tant des albums que des romans noirs, ou des chroniques adolescentes décapantes. A l’ombre du grand arbre, on aime son engagement, sa capacité à dépeindre les émotions adolescentes. Petit florilège des ouvrages qui nous ont touchées.

Jo Witek, photo issue du site des Editions de la Martinière.

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Le choix d’Héloïse

De nombreux romans de Jo Witek ont marqué Héloïse. Elle aime ses romans pour ados, comme la série Mentine, ou Récit intégral (ou presque)… Elle adore ses romans policiers, Rêves en noir, Peur Express, ou encore Un hiver en enfer. Elle a été bouleversée par J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais puisqu’il faut choisir, elle a opté pour J’entends des pas derrière moi, et son format court et percutant.

J’entends des pas derrière moi, de Jo Witek. Nathan, coll. Court toujours, 2021

J’entends des pas derrière moi… C’est la nuit, je suis seule. J’ai peur, j’angoisse. Le moindre bruit me fait sursauter. A tort ? Ou à raison ? Sans pouvoir rien contrôler, ma tête se remplit d’images, toutes plus horribles et stressantes les unes que les autres. est-ce un bruit de pas que j’entends ? Homme, ou femme ? Ami, ou ennemi ?

J’ai peur. Il fait nuit, je suis seule. Vais-je réussir à rentrer chez moi ? Par où passer ? Quel trajet est « sûr » ? Y a-t-il quelqu’un qui guette, dans le noir ? Et si…, et si ?

D’où me viennent ces idées, pourquoi ne puis-je les contrôler ? Pourquoi le fait d’être une jeune femme, seule, la nuit, est-il si effrayant ?

« J’en ai marre de passer pour une dingue alors que c’est le monde dans lequel je vis, qui est malade. »

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Le choix de Lucie

Difficile de choisir, tant d’histoires de Jo Witek semblent essentielles ! Mais Lucie a une tendresse particulière pour les titres publiés chez Actes Sud junior aux couvertures illustrées par Olivier Tallec. Et ne pas parler de Momo, dont la situation est bien plus fréquente qu’on ne le croit, était inenvisageable. C’est donc sur Y a pas de héros dans ma famille ! que son choix s’est porté.

Y a pas de héros dans ma famille !, Jo Witek, Actes sud junior, 2017.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi un roman publié en 2021, J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Une réalité crue et tellement d’actualité, hélas … Pour cet exercice qu’est la découverte d’une autrice ou d’un auteur essentiel(le), Liraloin a choisi d’écrire sous forme de témoignage en reprenant des passages de cette histoire inoubliable.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes Sud Junior, 2021

Efi raconte ce qui lui est arrivé, il y a quelques années …

« Lorsque je reviens chez moi, je suis heureuse comme peut l’être une adolescente de mon âge à l’idée de revoir ma famille. Mais les miens ont la mine grave : « Mon retour ne se déroule pas vraiment comme je l’avais imaginé. Après la lecture du carnet, ma mère me félicite pour mon bon comportement général. Rien sur mes résultats. Je comprends que cela ne compte pas, que cela ne compte plus, et cette nouvelle indifférente m’effraie autant qu’elle me révolte. »

Ne plus se déplacer, s’amuser comme « avant » et qu’est-ce que c’était au juste « avant » ? Ma mère m’incite à me comporter comme une nubile devrait être : soumise, baissant le regard.

Et mon père qui décide de me marier dans moins de trois semaines. Je ne comprends plus rien, paralysée par cette nouvelle je décide d’écrire ce qui m’arrive :

« J’avais compris ; on allait me marier. A ce moment dans ma tête, la guerre a éclaté. Seule sur ma paillasse, j’ai vu des centaines d’images défiler. Le meilleur comme le pire de l’humanité. J’ai vu des bombes, des morts, des injustices, des pierres sur les corps des femmes et des enfants, des hommes enchaînés, des femmes immolées, j’ai vu le monde tel qu’il est, tel qu’il me déplaît et que grâce à internet je sais que je peux changer. J’ai vu le meilleur, le progrès, tout ce qui depuis que je vais au collège me fait rêver. J’ai vu des femmes dignes, fières et libres de choisir leur destin, leurs amours, leur chemin. J’ai vu des astronautes, des écrivaines, des cheffes de gouvernement, des avocates, des scientifiques, des agricultrices, des ingénieures et des marches pacifistes pour défendre l’injustice. Sur ma paillasse, alors que mes parents réglaient avec les étrangers les formalités de mon avenir emprisonné, j’ai ouvert la fenêtre qui donne sur la planète et je me suis fait la promesse de ne jamais laisser personne la refermer. Je suis une fille éclairée et jamais je ne pourrais vivre dans l’obscurité. Ma tête a dit non. Mon corps a dit non. Mes rêves ont dit non. »

Je m’accroche à ces quelques vers appris lors de mes études pour ne pas sombrer dans la folie : « C’est un poème de femme. Le cri d’une empêchée. Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Etes-vous – personne – aussi ? Alors faisons la paire ! Silence ! on nous chasserait – vous savez ! » (Poème d’Emily Dickinson).

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Le choix de Séverine

A l’occasion de ce billet, Séverine s’est replongée avec délice (et une pointe de nostalgie) dans la série d’albums à découpes illustrés par Christine Roussey, chez La Martinière Jeunesse, qu’elle lisait avec ses aînés, d’abord, puis sa plus jeune fille quand elle était toute petite. Dans mon petit cœur, Dans mon sourire, Le ventre de ma maman, Les bras de Papa, Mes petites peurs, et bien évidemment Sous mon arbre 😉! L’univers poétique et doux qu’elles acréé autour des émotions du jeune enfant, tendre, mais sans niaiserie, est un très bel exemple de ses collaborations avec des illustrateur.ices de grand talent, au service de l’enfance. C’est sous la forme d’un poème que Séverine voudrait lui rendre hommage.

Dans les bras de mon papa,

Je ne crains vraiment rien.

Je cache mes petites peurs,

Et quelques gros chagrins.

Il est plus géant que moi,

Pourtant bientôt grande sœur,

Puisque dans le ventre de maman,

Et déjà dans mon petit cœur,

Il y a toi, le bébé, minuscule enfant

Qui agrandira notre bonheur.

Sous mon arbre à histoires,

Je te raconterai, écrits par Jo,

De ses mots les plus beaux,

Illustrés par Christine,

Avec ses meilleures mines,

Les albums les plus tendres.

Lovées dans ma petite chambre,

Ce sera le paradis, nous deux réunies.

Nous formerons fratrie,

et mieux encore, famille.

Quand je pense à tout ça,

Dans mon sourire on voit

Mille étoiles qui scintillent.

Comptine

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Le choix de Blandine

Comme l’ont souligné les autres Arbronautes, Jo Witek a une bibliographie très conséquente, allant de la prime enfance à la grande adolescence. Parmi tous ses livres, le choix de Blandine a été une évidence : le premier qui lui a permis de découvrir Jo Witek, Un jour j’irai chercher mon prince en skate.

Un jour j’irai chercher mon prince en skate. Jo WITEK. Actes Sud Junior, 2013

Ça n’a l’air de rien peut-être aujourd’hui,
Mais pour elle ça voulait dire beaucoup, ceci :
Inversement des mots et des images
Pour un dialogue non genré, surtout moins sage

« Elle ira chercher son prince en skate »
Elle, c’est Fred, dans un titre au rythme sec.
A l’instar de Diane sa tante, elle veut être libre
Elle se revendique « célibre »

A Clémence, les perspectives changent,
Pour d’autres, son démon devient un ange,
Et elle se débat dans ses contraires émotions

On lui avait dit, « c’est comme ça la vie »
entre secrets de famille et contes en féérie
Elle comprend surtout que c’est à elle de se faire son propre avis !

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Le choix d’Hélène

Trop tôt, Jo Witek, Talents Hauts Editions, 2015

Hélène a lu ce titre il y a quelques temps pour la préparation de cet article. Il représente bien l’oeuvre de Jo Witek, qui traite de beaucoup de sujets de société, notamment concernant les femmes.

Ici, c’est l’interruption volontaire de grossesse qui est abordée, au travers de l’histoire de Pia, une jeune femme qui suit sa cousine en boîte de nuit pendant les vacances. A quinze ans, elle veut séduire et elle y parvient. Elle passe une partie de la nuit avec Nathan avec qui elle a sa première relation sexuelle.

Quelques semaines après le retour de vacances, le retour à la réalité est rude puisque la jeune fille s’aperçoit qu’elle est enceinte… Elle fera le choix de l’avortement, soutenue par sa mère. Les réactions des personnages sont très réalistes et le roman est clair sur ce qui se passe, tout en restant délicat sur ce sujet difficile et les sentiments qui traversent l’héroïne. Le ton n’est ni jugeant ni victimisant envers elle, et peut faire de ce titre un bon outil de prévention, par le biais de la fiction.

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Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?

Le Rouergue : la fin des albums ?

C’est au moment du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil que nous l’avons appris : Le Rouergue met fin à sa collection d’albums lancée il y a trente ans. Nous vous conseillons d’ailleurs la lecture du texte poignant d’Henri Meunier paru dans Libération à cette occasion.

Sous le Grand Arbre, attristées par cette nouvelle, nous avons choisi de célébrer ce qu’est cette collection à travers la présentation de nos titres préférés et ils sont nombreux. En espérant très fort qu’ils seront toujours disponibles en bibliothèque et ailleurs !

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Les choix de Lucie

Autant l’avouer d’entrée, Lucie n’est pas une spécialiste du catalogue des éditions du Rouergue. Mais la fermeture d’une maison d’édition, qui plus est de manière aussi brusque, n’est pas sans l’inquiéter quant à l’avenir de la littérature jeunesse de qualité. Car si de plus en plus d’albums sont édités, ceux aux partis-pris aussi forts que ceux qui ont fait les beaux jours du Rouergue sont peu nombreux. Elle a pu s’en rendre compte suite à une razzia à la bibliothèque en vue de cet article : il s’agit d’albums à la démarche artistique aboutie et qui font tellement confiance à l’intelligence des enfants qu’ils séduisent aussi les adultes.

Monsieur 2 D est un personnage en papier découpé très curieux. Il explore les pages de son album et tombe sur un univers en 3D qui le renvoie aux limites imposées par son état par des situations cocasses. Cet album de Bruno Heitz est composé de photos noir et blanc de figures découpées, un régal pour les yeux d’autant que tous les éléments sont pensés dans leurs moindres détails. Il est aussi plein de fantaisie grâce à des situations inattendues et des jeux de mots amusants. De la vraie belle littérature jeunesse !

Monsieur 2 D, Bruno Heitz, Le Rouergue, 2012.

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Dès le titre l’annonce est faite : Jean Gourounas va proposer sa version du mille-pattes, mais chacun pourra le réaliser comme il le souhaite. Quelle belle invitation à la création pour les enfants ! D’autant qu’il prend ensuite un malin plaisir à multiplier les suggestions, de plus en plus improbables. Coloré, ludique et ambitieux, cet album « à compter » (car les 1000 pattes seront bien dessinées) est bien plus que cela. À mettre entre toutes les mains !

Le mille-pattes on le dessine comme on veut, Jean Gourounas, Le Rouergue, 2012

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Le principe de La princesse rebelle se dévoile est extra. Une double page présente la vie parfaite de la princesse dans son château de conte de fée. Mais dès que le lecteur tourne la page, voilà le même texte et la même illustration caviardés avec talent pour en modifier totalement le sens. Et le procédé de se répéter tout au long de l’album sans perdre de son efficacité. Véritable pied-de-nez aux contes de fées traditionnels et aux clichés de princesses, cet album est aussi frais que drôle !

La princesse rebelle se dévoile, Guillaume Guéraud, Henri Meunier, Le Rouergue, 2021.

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Lucie aime les albums qui s’attaquent aux concepts difficiles à saisir. Et quoi de plus compliqué pour un enfant que de réaliser le temps qui passe, celui qui le sépare des retrouvailles avec sa maman ? C’est le défi que se sont lancé Victoria Kaario et Juliette Binet avec Le temps est rond. Le texte, très poétique, alterne entre éléments concrets et symbolisme pendant que les illustrations jouent avec toutes les variations et nuances du rond bleu. De quoi discuter et patienter jusqu’au retour de ses parents !

Le temps est rond, Victoria Kaario, Juliette Binet, Le Rouergue, 2023.

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Les choix de Séverine

Grande fan des albums de cette maison d’édition (mais pas que, elle adore aussi ses romans), Séverine se devait de parler du tout premier album publié dans la collection jeunesse des éditions du Rouergue, le fameux Jojo la Mache, premier livre écrit et illustré par Olivier Douzou en1993. Cet album fondateur a en effet ouvert la voie à un catalogue dont la qualité et la diversité (formats, univers graphiques, auteurs et autrices) n’ont d’égales que l’audace ou l’originalité.

L’album Jojo la mache est innovant, car ses illustrations utilisent des formes simples, des couleurs franches et un style minimaliste, très différent des albums jeunesse de l’époque, tandis que son texte, rythmé, à la troisième personne du pluriel, incluant le/la lecteur.ice dans l’histoire, ne suit pas une narration classique: il laisse la part belle au jeu (de mots), à l’imaginaire et à l’interprétation personnelle. Sans simplifier à l’excès. C’est l’histoire d’une vache nommée Jojo perdant jour après jour ses attributs (cornes, queue, mamelles…), qui se transforment en éléments célestes (étoiles, lune, soleil), comme une métaphore sur la disparition et le souvenir. C’est une façon drôle, poétique et délicate d’évoquer l’absence, la disparition d’un être cher ou simplement le cycle de la vie. Le petit format carré et les illustrations épurées, avec seuls trois tons dominants (orange, bleu, noir), attirent l’œil et donnent une vraie personnalité graphique à l’album. La première grande réussite d’une longue série pour le Rouergue. A noter que 20 ans plus tard, l’album Lola, du même Olivier Douzou, est une suite, un clin d’œil dans l’air du temps, un rappel à son illustre prédécesseur.

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« Pour un art du récit toujours renouvelé« , peut-on lire sur le site internet de la maison d’édition. S’il y en a bien un à qui ce leitmotiv va comme un gant, c’est Henri Meunier. Tantôt illustrateur, tantôt auteur, souvent les deux, il y a plus de 25 ans qu’il a intégré le catalogue, on le trouve aussi bien du côté du conte revisité, que de la fable philosophique, ou encore de l’album pour tout-petit (mais toujours à message).

L’album Mirabelle Prunier est l’une de ses nombreuses collaborations avec Nathalie Choux (chez d’autres maisons d’édition), sa première chez le Rouergue jeunesse. Il raconte une histoire de harcèlement, de violence scolaire et sociale, sous la forme d’une fable, encourageant la réflexion plutôt que le didactisme. L’album aborde poétiquement, avec sensibilité et émotion, mais aussi exigence, le rejet auquel les enfants peuvent être confrontés. Ici, grâce à la métaphore de l’arbre en lequel se transforme la jeune fille, l’épreuve n’est pas simplement surmontée, elle devient une source de force et de vie. Le texte, au vocabulaire soutenu et au style inimitable, plus littéraire que narratif, impose une lecture plus profonde et nuancée que de nombreux albums jeunesse, et peut être lu à différents niveaux selon l’âge et la sensibilité du lecteur. Les illustrations de Nathalie Choux, rondes, douces et délicates, accompagnent avec onirisme ce récit intense.

Mirabelle Prunier, Henri Meunier, illustré par Nathalie Choux, Edition du Rouergue, 2020

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Autre tandem du catalogue ayant marqué Séverine : Guillaume Guéraud et Marc Daniau, avec leur album Raspoutine, album atypique pour son époque (2008), qui traite de la marginalité en racontant l’histoire de Ferdinand, un sans-abri surnommé «Raspoutine » par les gens du quartier. Ferdinand vit dans la rue, fait la manche, boit, interpelle les enfants. Un jour, pourtant, malgré la peur qu’il inspire, un lien se crée avec eux. Le livre aborde la vie des SDF sans édulcorer la réalité puisque Ferdinand n’a « ni maison ni identité » autre que la rue, mais sans misérabilisme. C’est un excellent parti-pris narratif que le récit adopte le point de vue d’un enfant, hors jugement moral ni pitié excessive, l’approche est comme plus sincère, presque naïve, et donc touchante. Le livre questionne les préjugés, il invite à réfléchir à la place des exclus. Guillaume Guéraud, habitué des sujets difficiles en littérature jeunesse,- ici, c’est même un sujet rare,- le traite avec une justesse extraordinaire, jusqu’à la toute fin de l’histoire… Les illustrations de Marc Daniau montrant des scènes de rue très vivantes, dans un quartier animé, créent une atmosphère urbaine réaliste et parviennent à rendre Raspoutine à la fois inquiétant et attachant, humain avant tout. Une très belle réussite !

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Les choix de Liraloin

Bienvenue dans l’univers de Jacques Tati, grand réalisateur de films, génial interprète du personnage Monsieur Hulot, un héros solitaire en parfaite désharmonie avec le monde moderne qui l’entoure.

Dans cet album sans texte, David Merveille rend un bel hommage à ce personnage tendre et burlesque. Si la première page s’ouvre sur sa silhouette à califourchon sur un cyclomoteur c’est pour mieux le retrouver en pleine lecture prenant à peine conscience du monde qui l’entoure. Page après page, l’auteur s’amuse et devient à son tour metteur en scène du fameux Monsieur Hulot. Il semble bien que Jacques Tati aurait adoré se découvrir joueur de crêpière lui qui appréciait tellement jouer avec la fameuse petite balle jaune !

Hulot domino de David Merveille d’après Jacques Tati – Le Rouergue, 2019

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M. Hulot sur un toit perché ouvre le bal sur des futures scénettes, prêt pour un voyage dans un ciel parisien où quelques aventures burlesques vont se dérouler. Retenez donc ce parapluie qui menace de s’envoler !

Ainsi M. Hulot affublé de son éternel imper’, sa pipe et ses chaussettes rayées nous amène à changer notre regard sur le quotidien qui en devient magique et propice à la rêverie.

Chaque scénette, au titre évocateur, est composée de cases, ce qui apporte un micro temps suspendu avant la chute se situant au verso de la page. A la fois comique et poétique M. Hulot sait comment redonner le sourire lorsqu’il s’essaye à la plomberie ou lorsqu’il s’amuse à la pêche aux canards (cela dit avec une maladresse qu’on lui connaît bien !). Que dire du clin d’œil à Don Quichotte et au personnage du facteur héros au vélo du film Jour de Fête, futur M. Hulot avant Hulot !

La chute de cet album sans texte est un régal et invite à relire Monsieur Hulot à la plage . La mise en page soignée de cet album va jusqu’au code barre du livre se substituant à la chaussette rayée de notre personnage préféré.

Hello monsieur Hulot de David Merveille d’après Jacques Tati – Rouergue, 2010

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Les choix d’Helolitla

Héloïse est plus habituée aux romans ado du Rouergue – elle adore la collection Epik et les romans de Marine Carteron -, mais elle ne pouvait pas ne pas mentionner les albums de Christian Voltz. Elle les a récemment découvert avec ses enfants, et a beaucoup aimé tant le style graphique que les thématiques abordées.

Celui qui a le plus marqué sa famille, c’est Loupé !, avec ses deux personnages qui attendent le bus. Le ton satirique et le décalage entre les deux personnages en font un album percutant et mordant qui dénonce avec brio notre rapport aux écrans. Un texte brillant qui nous invite, a contrario, à profiter de chaque petit instant…

Loupé !, de Christian Voltz. Le Rouergue, 2017

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Un autre album du Rouergue a eu beaucoup de succès avec les enfants d’Helolitla : Moi, en pyjamarama, de Michael Leblond et Frédérique Bertrand.

Cet album original et ludique est en effet fourni avec une sorte de loupe rayée. Loupe qui permet d’animer la lecture des images, et en fait de magnifiques expériences visuelles. Au fil de la lecture, on se rend compte qu’on voyage dans le corps humain, et tout prend sens à la fin. C’est un titre surprenant et joyeux, amusant et très original !

Moi en pyjamarama, de Michael Leblond et Frédérique Bertand. Le Rouergue, 2012

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Grâce à ce billet, nous espérons vous avoir convaincu.e.s que la collection « Albums » du Rouergue s’est imposée par son exigence artistique et la richesse de ses univers, en mêlant liberté graphique, textes sensibles et thèmes contemporains. Elle laisse l’empreinte durable d’une littérature jeunesse audacieuse et profondément créative, « participant plus que sa part à l’image d’excellence dont bénéficie la création littéraire jeunesse française dans le monde.« , ainsi que l’écrit Henri Meunier dans sa tribune. D’autres maisons d’édition tirent tout de même encore leur épingle du jeu. Alors, dans un monde éditorial de plus en plus formaté, espérons avec lui que « les ambitieux résilients, auteur·es et maisons d’édition, sauront se retrousser les manches, sauront se retrouver des maches.« 

Et vous, quels albums des Editions du Rouergue jeunesse vous ont-ils fait vibrer ?

Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

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Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

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Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

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Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

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Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

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Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?

Entretien avec Yves Grevet

Gilberte Bourget des éditions Syros nous a proposé de lire L’archipel des animaux bannis, ce qui a donné lieu à une lecture d’ado de Théo, grand fan d’Yves Grevet. Ce nouveau roman nous a donné envie de (re)lire ses histoires en vue d’un article présentant nos œuvres préférées et, forcément, cela a attisé notre curiosité. Car si Yves Grevet est surtout connu pour ses romans dystopiques à destination des ados, il écrit pour tous les publics avec l’envie de divertir et de questionner notre société en même temps.

Yves Grevet a gentiment accepté d’échanger avec nous, voici ses réponses à nos questions !

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

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Vous avez été professeur des écoles, est-ce que vos deux métiers se sont nourris l’un l’autre, et si oui comment ?

Je pense que s’il fallait chercher comment le fait d’être instituteur a pu nourrir mon travail d’écrivain, c’est la durée des vacances des enseignants, et principalement les deux mois de vacances d’été, que je mettrais en avant. Pour se lancer sereinement dans l’écriture d’un roman, il faut avoir du temps devant soi.

Bien entendu, le fait d’avoir beaucoup lu de littérature jeunesse dans ma pratique d’enseignant m’a permis de découvrir la richesse de cet univers et m’a donné l’envie d’en écrire. Ensuite, il est évident que ma fréquentation quotidienne d’enfants m’a aidé à mieux connaitre mon lectorat. Ma principale source d’inspiration c’est mon enfance et mon adolescence et pas celles que j’aurais pu observer chez d’autres.

J’ai toujours séparé mes deux activités. Mes élèves savaient que j’étais écrivain mais ils ne m’en parlaient jamais, tout simplement parce que cet aspect de ma vie ne les intéressait pas. De mon côté, je n’abordais jamais avec eux le sujet de cette deuxième activité. Et j’e n’ai bien entendu jamais fait lire mes propres œuvres à mes élèves.

La série U4 sort de l’ordinaire de par sa conception : quatre auteurs ont chacun écrit un tome consacré à un personnage dans le même univers. Comment en avez-vous eu l’idée et comment vous êtes-vous organisés ?

U4, au départ, c’est l’histoire de quatre écrivains qui se rencontrent dans un salon et qui ont envie de monter un projet ensemble parce qu’ils veulent garder des liens et qu’une création commune semble leur être la meilleure idée pour y arriver. D’emblée, l’idée d’écrire un livre à quatre nous a semblé trop contraignante. Et c’est celle d’écrire chacun un livre dans le même contexte et la même temporalité et de se prêter nos personnages qui nous a paru la meilleure. Chacun restant maitre de son roman mais étant obligé de collaborer, voire de négocier avec les autres.

Nous avons alors défini ensemble le contexte d’U4 (le virus, ses conséquences…) et commencé à imaginer vers quelle fin pourrait aller la série. Puis, nous avons écrit chacun quelques pages du journal intime de notre personnage avant la pandémie pour le présenter aux autres et vérifier que certains ne se ressemblaient pas trop. Ensuite, nous avons été proposer notre projet à des éditeurs qui se sont engagés à nous publier. Après, chacun a écrit dans son coin le premier tiers de son roman afin de définir les enjeux propres à son narrateur ou sa narratrice. Enfin nous nous sommes retrouvés physiquement pendant une semaine pour nous lire et définir plus précisément la suite, et très concrètement commencer à envisager comment nos personnages allaient entrer dans les livres des autres. Le travail s’est fait d’abord deux par deux : Koridwen et Jules d’un côté et Stéphane et Yannis de l’autre. Pour finir nous nous sommes retrouvés deux mois plus tard pour envisager la réunion des quatre narrateurs et la fin de nos romans. Nous avions un droit de regard sur le travail de l’autre mais uniquement sur des points du scénario qui devaient être discutés mais aucunement sur ses choix d’écriture.

Enfin et il ne faudrait pas l’oublier, les éditrices de Syros et Nathan ont beaucoup travaillé sur ce projet et leurs retours nous ont été très précieux. Au final, ce fut une très belle aventure, longue mais passionnante. Et cerise sur le gâteau, très bien accueillie à sa sortie.

Outre U4, beaucoup de vos romans ados sont des dystopies, pour quelles raisons ce genre vous attire-t’il ?

La dystopie permet d’aborder des sujets de société sans tomber dans des romans à thèses et en étant un peu décalé de la réalité que nous vivons. Il faut que ce soit rythmé, que ça puisse intéresser mon lectorat, que les « méchants » le soient vraiment et que les héros soient au moins un peu héroïques. J’aime aussi la dystopie parce qu’elle permet d’imaginer des possibles, d’inventer des futurs. Par contre, pour que les lecteurs y croient, on doit faire preuve d’un certain réalisme. C’est pour cela que je ne suis pas du tout attiré par l’écriture d’œuvres fantastiques ou de fantasy.

Vous écrivez pour les ados, mais parfois aussi pour les lecteurs plus jeunes. À quel moment décidez vous pour quel public vous écrirez ?

Pour moi, à la naissance de chaque roman, il y a une idée ou une scène, ou une image qui, je le pressens, peut être l’amorce d’une histoire. Je comprends assez vite si ce que je vais raconter s’adresse à un public plus ou moins jeune. Le récit sera-t-il plus ou moins long ? Le type de narration sera-t-il plus ou moins complexe ? Les sujets abordés toucheront-ils une classe d’âge plutôt qu’une autre ?

Comment déterminez-vous l’âge des lecteurs auxquels vous vous adressez ?

J’ai longtemps voulu écrire des albums mais j’ai mis vingt ans à trouver une idée qui fonctionnait. J’y reviendrai si j’en trouve une autre. Pour les formats « premières lectures » ou pour le lectorat de l’école primaire, j’ai parfois répondu à des sollicitations d’éditeurs. J’ai vu cela, à chaque fois, comme un exercice qui me permettait de sortir de mes habitudes. On s’enrichit de toutes les expériences. Tout à l’heure, j’évoquais l’idée de départ, mais il faudrait ajouter le narrateur qui doit avoir sensiblement le même âge que le lecteur. Quand j’ai écrit H.E.N.R.I., l’histoire d’un extraterrestre dans une classe de CP, je me suis replongé dans mon enfance et je me suis demandé : « Si j’avais eu les pouvoirs d’H.E.N.R.I., qu’est-ce que j’aurais rêvé de savoir faire ? » Faire durer les récrés, écrire comme la maîtresse, me faire pousser des doigts pour compter, respirer sous l’eau…

A ce propos, nous nous demandions si, quand vous écrivez, vous aviez un « lecteur idéal » en tête ?

Je n’écris pas pour un lecteur idéal. J’écris d’abord pour moi en espérant que ce qui m’intéresse et me touche parviendra à toucher des lecteurs.

Vous vous êtes récemment essayé (avec succès !) à la littérature adulte avec La répétition, Berlin 1963 écrit à quatre mains avec Jean-Michel Payet. Qu’est-ce qui a motivé ce changement ? Comment ce projet est-il né ? Est-ce qu’écrire pour les adultes est différent d’écrire pour les ados ?

Comme pour U4, c’est d’abord l’envie de travailler ensemble qui nous a motivés. Je connais Jean-Michel depuis très longtemps et je savais qu’il avait déjà participé à une aventure collective, Blues cerises chez Milan (avant U4 et avec un concept assez similaire). Nous nous sommes retrouvés sur un salon et en discutant de nos lectures, nous nous sommes découvert un goût commun pour l’espionnage. Nous avons décidé tout de suite d’écrire « en adulte » parce que les vrais livres d’espionnage sont trop compliqués pour un lectorat adolescent. J’avais aussi le souvenir d’une incursion dans ce genre (en ado) avec Comment mon père est mort deux fois qui était complètement passé inaperçu. Dans ce récit, nous avons pu adopter le point de vue de cinq narrateurs (deux et demi chacun) et composer un récit assez compliqué et très référencé historiquement sans avoir besoin d’être trop « pédagogique ». Pour le reste, écrire pour adulte ou pour ados, ça ne me change pas tellement. J’ai le même souci de ne pas perdre mon lecteur, d’être clair et précis dans mon écriture, sans chercher à faire des effets de style. De même, qu’en écrivant pour adolescents, je n’ai jamais eu la sensation de me censurer pour décrire certaines scènes ou aborder certains thèmes.

En quoi ce projet était-il différent de la série collective U4 ? Que vous apporte le fait de collaborer avec d’autres auteurs sur un projet ?

Un projet à deux est deux ou trois fois plus facile à mener qu’un projet à quatre. Mais, à part ça, on doit toujours défendre son point de vue, négocier avec l’autre et parfois abandonner une idée qui nous paraissait prometteuse. Si on finit par céder, c’est que l’autre vous a convaincu. On sait qu’à plusieurs, on a plus d’idées et que la discussion permet de garder le meilleur. Mais il faut être ouvert et ne pas avoir un égo démesuré, sinon on doit se sentir tout le temps frustré.

J’apprécie l’écriture en solitaire et j’y reviens toujours. Mais les aventures à deux (j’ai aussi écrit récemment trois livres pour des 8/12 ans avec Carole Trébor pour Little Urban), ce sont des moments partagés souvent très joyeux et très intenses dont on sort plein d’énergie et avec l’envie de surprendre l’autre dès la prochaine rencontre.

Y-a-t’il des auteurs ou illustrateurs avec lesquels vous aimeriez collaborer ?

La grande majorité des illustrateurs et illustratrices que j’aime écrivent elles-mêmes ou eux-mêmes leurs textes, donc de ce côté, je n’imagine pas grand-chose. Pour les auteurs ou autrices, il faut une vraie rencontre, une vraie envie et une vraie confiance et ça, ce n’est pas si facile. Dans l’immédiat, je travaille sur un nouveau projet avec Jean-Michel. Pour le reste, on verra si l’occasion se présente. Et j’ai commencé en parallèle un nouveau projet en solo.

Avez-vous un livre de chevet, et si oui lequel ?

Si en parlant de livre de chevet, vous pensez à un livre référence, un qui m’accompagnerait depuis toujours et que j’aurais plaisir à relire, je n’en ai pas. Par contre, j’ai toujours au moins un livre sur ma table de chevet. En ce moment, ce sont plutôt des romans policiers parce que j’ai participé dernièrement au festival des Gueules noires de Saint-Etienne et que j’ai acheté quelques livres à mes camarades de dédicaces. J’ai commencé hier La pension de la via Saffi de Valério Varesi. Et juste avant, j’ai lu Retour de Lombarde (ed. La belle étoile) de mon ami Pascal Ruter.

Est-il difficile de promouvoir un roman alors que vous êtes en train d’en écrire un autre ?

Non. On y arrive. Mais il est vrai que les livres sortent parfois plus d’un an après la fin de mon travail alors que je suis depuis longtemps plongé dans un autre univers. J’avoue que j’aime bien parler de mes ouvrages et même des plus anciens. Cela fait partie de mon métier.

Sur votre blog vous communiquez les dates des rencontres et des salons auxquels vous participez, elles sont extrêmement nombreuses (et nous sommes d’ailleurs quelques-unes à avoir eu la chance de vous y croiser). Que vous apportent ces moments ?

Les salons sont des moments où on retrouve ou découvre plein de personnes et c’est agréable quand on est enfermé chez soi depuis trop longtemps. C’est aussi des moments partagés avec mes lecteurs qui peuvent vous faire des retours sur mes romans. C’est parfois touchant et on en sort avec le sentiment d’être utile à certains. Être invité vous rassure aussi sur le fait que vous existez encore. Je ne fais plus autant de salons qu’à une époque et je m’en porte très bien. Les rencontres scolaires demandent beaucoup d’énergie et de disponibilité. Il faut donc faire attention à ne pas trop en enchainer. Personnellement, je n’accepte pas plus de deux jours de rencontres de suite. Lorsque je suis sur place, je veux que l’échange soit intéressant et pas trop scolaire, qu’on en garde chacun un bon souvenir.

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Merci infiniment à Yves Grevet d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

Nous espérons vous avoir donné envie de poursuivre la découverte de son univers. Et pour le rencontrer à votre tour, toutes les dates de ses dédicaces sont indiquées sur son blog.

Retour sur le salon du livre et la presse jeunesse de Montreuil

C’est LE rendez-vous annuel des amateurs de littérature jeunesse. Des arbronautes y ont leurs habitudes (de VIP), pour d’autres cette édition 2025 était une première et certaines rêvent de s’y rendre. Voilà pile une semaine que la salon est terminé, et nous avons eu envie de partager nos meilleurs souvenirs et impressions au fil des années !

Photo issue du site du SLPJ.

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Héloïse (Helolitla) n’était pas venue au SLPJ depuis plusieurs années, elle a retrouvé avec joie cette ambiance un peu folle (et très bruyante !) qui caractérise ce grand rendez-vous. Elle n’avait pas prévu de programme précis, ne voulant pas risquer d’être déçue, mais ce n’en fut pas moins intense. Enfin si, elle avait hâte de rencontrer « pour de vrai » Lucie et Séverine, et quelle joie d’échanger autour d’un thé et quelques biscuits sur des prochains sujets du blog.

Elle ressort très contente de cette plongée dans le monde de la littérature jeunesse et ado, ravie d’avoir pu échanger avec des auteurices qu’elle adore : Esmé Planchon, Stéphane Servant, Manon Fargetton, Maëlle Desard, ou encore Lizzie Felton et Johanna Marines. De beaux souvenirs, malgré les courbatures et la fatigue (!), qui n’invitent qu’à une chose : y retourner en 2026 !

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Séverine rêvait du SLPJ 93 depuis des années, mais elle ne s’y est rendue pour la première fois qu’en 2023, invitée à assister à une lecture dessinée de l’album Les neuf vies extraordinaires de la Princesse Gaya, écrit par 9 auteur.ice.s de la littérature jeunesse, illustré par Régis Lejonc. La soirée off qui s’en est suivie, où elle a côtoyé ses idoles autour de quelques verres, a été un des grands moments de sa vie de passionnée de littérature jeunesse, tout comme les deux jours qu’elle a passés ensuite au salon, parmi les artistes et maisons d’édition chèr.e.s à son cœur. Forte de beaux souvenirs, elle y est évidemment retournée l’an dernier. En revanche, complètement désorganisée, sans programme (et sans réseau mobile), elle a manqué plusieurs séances de dédicaces et évènements qu’elle avait pourtant bien repérés en amont. Aussi, a-t-elle retenu la leçon. En 2025 son programme a été millimétré (ou presque), ce qui lui a permis de profiter pleinement de cette ambiance unique, entre rencontres inopinées, échanges passionnants, et séances de dédicaces émouvantes.

Ses meilleurs souvenirs et anecdotes de l’édition 2025 ? Avoir acheté en avant-première le prochain album de Thomas Scotto, illustré par une trentaine d’illustrateur.ice.s, expliqué ses tatouages à Thierry Magnier, rencontré pour la première fois Lucie et Héloïse, ainsi que certaines instagrammeuses, plaisanté avec Blandine au détour d’une allée, discuté le dimanche avec un Prix Goncourt (Hervé le Tellier), deux Prix Astrid Lindgren (Marion Brunet et Jean-Claude Mourlevat), et une Grande Ourse (Susie Morgenstern), fait jouer les photographes à Vincent Villeminot, avoué son coup de foudre littéraire à Sandrine Caillis, reçu les conseils d’écriture de Cécile Alix, vu de magnifiques expos, notamment celle consacrée à Csil, assisté à une conférence très intéressante, ri avec Henri Meunier, croisé Isabelle Pandazopoulos, Barbara Brun, Claude Clément, Marc Daniau, Natali Fortier, Philippe Lechermeier, Cécile Roumiguière, et tant d’autres… Comblée, elle l’a même été jusqu’à la fin du monde, euh, du salon, passée en compagnie de son auteur chouchou, Herve Giraud, sur le stand des bien-aimées éditions Thierry Magnier. Elle a rapporté de son périple montreuillois une pleine valise de lingots d’or, ainsi que la Pépite des Pépites. Ah non, pardon, ce sont des livres ! Mais en fait, c’est pareil ! 😉

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C’était la troisième fois que Blandine se rendait au SLPJ, accompagnée d’ami.e.s, dont deux novices en littérature jeunesse. Quelle joie pour elle de les accompagner dans leurs découvertes de cette littérature si riche, vivante, vibrante, foisonnante, subtile, colorée, variée, si éclectique… Que du bonheur ! Pas de programme précis, mais tout de même quatre impératifs : voir Nancy Guilbert, se procurer le dernier livre de Clémentine Beauvais (et se le faire dédicacer), idem avec Alexis Dormal pour Ana Ana et Pico Bogue ; et aller récupérer son exemplaire du 2e tome d’En Quête d’Un grand Peut-être, écrit et édité par Tom et Nathan Lévêque, suite à une campagne de financement participatif.

Il y avait du monde cette année, plus que l’an passé au même jour (le dimanche) et donc davantage d’effervescence. Elle a eu la chance de remplir ses objectifs, de discuter, rire, partager avec Philippe Jalbert, Davide Cali, Emmanuelle Houdart, Laurent Corvaisier, Bruno Doucey, Bernard Villiot, Stéphane Servant et Gaya Wisniewski ; avec les éditions Gallmeister, Bruno Doucey, Didier Jeunesse, Thierry Magnier (ah leur collection Petite Poche !!), etc.

Dans les allées, Blandine et Séverine se sont croisées, ont papoté, échangé et ri. Et c’était bien chouette aussi ! A renouveler l’année prochaine, avec toutes les branches de l’Arbre !

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Lucie fait partie de la deuxième équipe. Elle travaille habituellement le week-end du SLPJ et était enchantée de pouvoir découvrir ce salon pour la première fois. En suivant tous les conseils gentiment donnés par Séverine, elle a réussi à rencontrer tous les auteurs et illustrateurs qu’elle avait repérés dans le programme. Parmi les rencontres les plus touchantes, les auteur(e)s que nous avons eu la chance d’interviewer sur ce blog : Annelise Heurtier, François Place, Thomas Scotto, Isabelle Simler… Mais aussi Jo Witek, Jean-Claude Mourlevat, Yves Grevet, Rebecca Dautremer, Timothée de Fombelle, Chris Haughton ou Pascale Quiviger. Quel plaisir d’échanger avec les artistes qui nous permettent de nous évader toute l’année !

Le salon est aussi l’occasion de faire de belles rencontres dès le train (!), dans les files d’attente, à l’hôtel, mais aussi avec les autres acteurs du livre : éditeurs, attachés de presse, blogueurs et influenceurs. Voir autant de personnes passionnées est incroyablement stimulant.
Et bien sûr, c’est avec un immense bonheur que Lucie a retrouvé Héloïse et Séverine au détour des allées (mais elle a malheureusement manqué Blandine) pour discuter de leurs lectures, des projets d’articles mais aussi de sujets plus personnels. Nul doute que cela aura encore resserré leurs liens.

Cependant, dans toute cette émulation extrêmement positive, une ombre ne peut être passée sous silence : la question financière. Quand une auteure dont les romans sont traduits dans plusieurs pays annonce qu’elle cherche un travail car elle ne peut plus vivre de sa plume, notamment à cause de la réduction drastique du Pass Culture qui limite les interventions scolaires ; qu’une éditrice doute de pouvoir être présente lors de la prochaine édition faute de subventions de sa région… Cela créé un gouffre entre l’impression de bonne santé de la littérature jeunesse portée par l’événement et la réalité du terrain qui ne manque pas de nous préoccuper.

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Si vous ne connaissez pas (encore ?) l’événement, toutes les informations et actions sont disponibles au fil de l’année sur le site officiel.