Billet d’été – D’Arbres en Arbres

Dernière arrivée à l’Ombre du Grand Arbre, jeune bourgeon qui souhaite devenir vieille branche, vous parler d’arbres, de feuilles et de racines, m’a semblé évident. Voici donc une sélection pour vous emmener en balade, pour découvrir des arbres d’ici et d’ailleurs, des arbres fascinants ou métaphoriques, des arbres qui suscitent de multiples émotions ou favorisent les imaginations.

Se promener en forêt, en humer les odeurs, observer les différentes ramées… et ne pas toujours les reconnaître ! Avec ces deux albums, il devient aisé d’apprendre à les différencier et nommer.

Je découvre LES ARBRES. Claire LECOEUVRE et Laurianne CHEVALIER. Circonflexe/Millepages, 2016

Après nous avoir présenté ce qu’est un arbre, ce qui le compose, comment reconnaître feuilles et fruits, les autrices nous détaillent en mots et en dessins 24 espèces que nous pouvons facilement retrouver dans nos forêts et balades : érable, if, sapin, bouleau, pommier, robinier…

Chaque arbre se voit mis à l’honneur avec informations descriptives et géographiques, sur son bois, sur son “talent caché” et son “petit secret”. Un petit pas-à-pas nous apprend à dessiner sa feuille ou son fruit.

Regarde ce que j’ai trouvé dans les bois. Moira BUTTERFIELD et Jesús VERONA. Editions Père Castor, – 2020

Cet album nous invite à suivre trois amis qui s’en vont se promener en forêt. Chemin faisant, ils observent, ramassent, comparent ce qu’ils trouvent pour nous permettre de connaître les arbres, leurs particularités et bienfaits, comme la vie qui y fourmille, au fil d’illustrations minutieusement détaillées.

L’histoire se double d’un cherche-et-trouve et s’alterne avec des pages documentaires riches d’informations dessinées sur des feuilles à petits carreaux.

Un album pour apprendre, aimer et donner envie de préserver la forêt.

Mon avis ICI.

Il y a les arbres qui nous sont familiers, et tous ces autres qui parent d’autres contrées, qui forment d’autres légendes ou traditions. Etonnants, passionnants, l’album de Nancy Guilbert et Anna Griot nous emmènent à leur rencontre.

L’Arboretum. Voyage au pays des arbres. Nancy GUILBERT et Anna GRIOT. Courtes et Longues, 2018

Par une nuit étoilée, un enfant est guidé par un oiseau à la découverte des arbres, de leurs formes, de leurs couleurs et de leurs particularités.
Servie par des mots-poèmes et des illustrations chatoyantes, cette histoire onirique se double d’un herbier que remplit l’enfant au fil de son merveilleux voyage.

Un album sensible pour découvrir, partager, respecter et être en lien avec la Nature qui nous entoure.

Mon avis ICI.

Dans le vaste et foisonnant monde des livres, les Arbres occupent toujours une place de choix, bienveillante, salvatrice et gardienne. Ils sont le symbole de l’équilibre et de la verticalité, de la vie, dans son évolution comme dans sa régénération, ce qui leur confère tant de sagesse.

Les livres dont je vous parle ci-après mettent à l’honneur cette vie, ce lien et cette transmission.

Petit-Arbre veut grandir. Nancy GUILBERT et Coralie SAUDO. Éditions Circonflexe, 2015

Dans cet album aux illustrations délicatement travaillées, nous accompagnons un arbrisseau impatient de grandir. Au fil du temps qui passe et de sa croissance, sa confiance en lui s’accroît grâce à l’enseignement du Grand-Chêne comme des animaux qui viennent le solliciter.

Un album aux mots rimés pour aborder l’estime de soi, l’appartenance au monde et le sentiment d’utilité, comme le cycle de la vie et la ronde des saisons.

Mon avis ICI.

Sous les Arbres – Un chouette Été. Dav. Les Editions de la Gouttière, 2021

C’est l’été, il fait beau, il fait chaud, et dans la forêt, résonnent des cris joyeux.
Trois enfants jouent dans un plan d’eau, mais leurs bruits exaspèrent M. Hibou et M. Crapaud qui le font savoir chacun à leur manière.
Pourtant, peu à peu, chacun va s’adoucir et se souvenir.

Une petite BD au format à l’italienne, quasi muette, qui fleure bon l’enfance et sa nostalgie, comme les petits bonheurs estivaux.

Mon avis ICI.

Tobie Lolness. Timothée de FOMBELLE. Gallimard Jeunesse, 2016

Le père de Tobie Lolness a fait une découverte scientifique qu’il refuse de révéler, ayant compris combien son invention pourrait être détournée de manière néfaste pour l’Arbre, ses habitants et leur Monde.
A cause de cela, Tobie est contraint de fuir et nous le suivons dans son périple et ses découvertes.

Timothée de Fombelle nous entraîne dans un passionnant roman d’apprentissage qui entremêle aventure et écologie.
Il a créé toute une société autour de l’Arbre dont ses habitants ne mesurent que quelques millimètres de haut.
Ainsi découvre-t-on sa géographie, sa hiérarchie sociale, ses valeurs, ses croyances, ses craintes, les différents dangers, les ambitions dévorantes de certains, les comportements (humains) dans toute leur diversité, les théories quant à la nature de ces “Hommes” et à celle de l’Arbre.
L’écriture de Timothée de Fombelle s’attache au sens des mots, est immergeante et très visuelle, empreinte de poésie et de clins d’œil.

L’arbre-lit. Silène EDGAR et Gilles FRELUCHE. Éditions La Cabane Bleue, 2020

Valentine a grandi et son père décide de lui fabriquer un nouveau lit. Pour ce faire, il utilise le bois du vieux poirier malade qui se trouve dans le jardin. Lorsqu’il est fini, Valentine est heureuse de s’endormir dedans quand une voix profonde et chaleureuse la réveille doucement.

Chaque nuit, cette voix lui raconte des histoires des temps passés devenues contes et légendes, lui permettant de rencontrer différents êtres et personnages.
Mais voilà qu’un soir, l’arbre se tait. Son absence désempare le rossignol. Son silence soudain attriste l’enfant. Une larme coule de sa joue au bois de son lit. Et durant son sommeil, une branche feuillue grandit jusqu’à surplomber sa tête.
Aussitôt, Valentine la plante dans le jardin.

Depuis, chaque soir, avant d’aller dormir, Valentine conte une histoire à l’arbrisseau pour l’aider à grandir.

Voici une délicate histoire de cycle, de transmission et d’écologie, très joliment illustrée.

Pour conclure ce billet au pays des Arbres, je vous emmène là où leurs symboles prennent sens, forces et formes. Où les feuilles deviennent feuillets et pages, où grâce à eux les histoires commencent et où nous remontons le temps pour découvrir nos racines. Ainsi l’Arbre devient libre, ainsi devient-il généalogique.

archives DÉTECTIVE. Nancy GUILBERT et Anna GRIOT. Editions Courtes et Longues, 2021

Un enfant se rend avec ses parents dans le bâtiment des Archives.
Ses doigts compulsent des documents anciens, sauvegardés, enluminés, restaurés. Ses yeux découvrent des lieux, des noms, des histoires, des identités. Lui n’en recherche qu’une seule.
Au fil des pages du livre que nous tenons, lui remonte les branches du temps et d’un Arbre.

Nancy Guilbert et Anna Griot nous convient à vivre un voyage merveilleux, auréolé de mystères et de découvertes, vibrant de couleurs et de détails.
Avec délicatesse et poésie, elles nous apprennent, ou nous rappellent, toutes les professions qui entourent et font vivre les Archives.
Et nous encouragent, nous aussi, à y mener notre propre (en)quête.

Mon avis ICI.

Je vous souhaite une belle balade auprès des Arbres et des pages.
N’hésitez pas à me/nous dire quels sont vos livres adorés en rapport avec eux.
Bel été,
Blandine

Lecture commune : A quoi rêvent les étoiles

Après la lecture commune sur l’album Nuit étoilée, voici un roman A quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton publié par Gallimard jeunesse, qui nous permet d’étoffer notre périple étoilé.

Sélectionné dans le Prix UNICEF 2021 de littérature jeunesse, catégorie 13-15 ans, notre rencontre avec ce roman s’est faite par ce biais.

Ce roman choral a illuminé notre début d’année et donc une lecture commune s’imposait, que voici !

⭐⭐⭐⭐⭐

Colette : A quoi rêvent les étoiles ? Quelle belle question ! Que s’est-il passé dans votre tête en découvrant ce titre ?

Liraloin : je n’ai pensé à rien en découvrant le titre, l’étoile représente tellement la rêverie chez moi que je me suis dit : “voici une lecture qui devrait me plaire”. Cette proposition de lecture m’a tout de suite bottée car je n’ai rien lu de Manon Fargetton.

Pépita : Justement, il n’y a pas de point d’interrogation dans ce titre ! C’est ce qui en fait tout le mystère je trouve. ça part du principe qu’il n’ y a pas de réponse à donner mais je l’ai pris comme une invitation à mener ses rêves jusqu’au firmament. Et ces étoiles, qui sont-elles ? Un petit tour de ciel ?


Liraloin : Elles sont multiples, différentes et puis elles peuvent s’assembler pour dessiner une voie lactée.


Colette : Ces étoiles ce sont Alix, comédienne en herbe qui rêve de fouler les planches après ses études, Titouan, jeune lycéen en rupture avec les autres, avec le monde extérieur (mon chouchou ;), Luce, une femme au destin incroyable qui vit très douloureusement son récent veuvage. Et puis il y a Armand, le père d’Alix, un père incroyable d’amour, de dévouement, et son amie Gabrielle, professeure de théâtre passionnée. Et rien qu’en faisant cette liste, je sens que je suis prête à dévoiler ce qui les unit, car les liens qui se tissent entre tous ces personnages sont multiples, divers, parfois tendus, parfois rompus, sans cesse renouvelés. Et c’est de ça dont il s’agit dans ce livre : des constellations invisibles qui relient les humain.e.s les un.e.s aux autres. C’est tellement beau comme projet d’écriture ! Et surtout c’est réussi !.


Pépita : Et justement, elle rêvent à quoi ces étoiles ? Leur projet, leur angoisse, leur révolte, ….qu’est-ce qui les motivent ….ou pas du tout ?


Colette : Je dirai qu’Alix rêve d’endosser de multiples rôles, de relever des défis, et surtout d’être indépendante. Elle rêve aussi de sa mère retrouvée et d’amour avec un grand A. Titouan rêve de quelque chose de très simple et de très doux : il rêve d’être accepté comme il est. Il rêve d’amitié sincère. Luce rêve de mourir. Non, en fait Luce rêve de retrouver l’homme qu’elle aime. C’est aussi un rêve très simple. Mais inaccessible pour les êtres incarnés. Armand rêve de rendre heureuse sa fille. Et Gabrielle… Gabrielle, je ne sais pas trop. Elle est tellement sur la défensive. Je pense qu’elle rêve d’amour aussi mais…


Liraloin : Ces étoiles, elles sont différentes chez les adultes et les ados. Tandis que les adultes veulent simplement être heureux. Les ados, eux, veulent accomplir quelque chose. Ils sont le reflet de notre société : le rêve où tout est possible sans limite et puis la voie sur laquelle on s’engage peu importe du moment que l’on est heureux.


Pépita : Je dirais juste qu’ils veulent simplement être heureux, être en accord avec leurs envies même si elles sont encore floues. Pour Alix et Titouan, c’est plus clair. Pour Armand aussi , même s’il se cache. Pour Luce, j’ai trouvé ça terrible. Gabrielle, elle, elle est écartelée mais elle le veut bien. Dans ce roman pour ados, ce sont les adultes les plus perdus ! Alors que les ados, eux, savent ce qu’ils veulent, en toute intransigeance. J’ai trouvé cet aspect du roman drôlement bien. Ce qui prouve que la vie est une quête permanente.
Sans trop en dévoiler, par quel heureux hasard vont-ils se rencontrer ? Car ça aussi, c’est fort !


Colette : C’est le hasard justement qui les réunit, un hasard permis par les nouvelles technologies, par les réseaux de communication si envahissants du XXIe siècle. Un hasard qui m’a amené à les voir autrement ces réseaux d’ailleurs. A les voir comme une chance.


Liraloin : Finalement ils vont se connecter grâce aux “nouvelles technologies” (comme ça nous restons dans le flou). C’est le démarrage de beaucoup de rencontres qu’elles soient “provoquées “ou non après tout !


Pépita : Cet heureux hasard va donc faire en sorte qu’il s’entraident mais avant d’en arriver là, l’autrice prend vraiment le temps de revenir à plusieurs reprises sur chacun pour faire avancer leur propre trajectoire. Avec aussi des temps de recul. Du coup, le lecteur les voit évoluer, s’empêtrer, se figer, avancer à nouveau. Cette construction vous a-t-elle séduite ? Qu’est-ce qu’elle révèle de chacun d’eux ?


Colette : J’ai trouvé ce rythme très juste, il nous permet d’aller de surprise en surprise, c’est une petite machinerie narrative très ingénieuse. Titouan, par exemple, mon chouchou, on le découvre complètement addict aux jeux vidéos au départ, et puis au fur et à mesure on comprend ce qui se joue pour lui dans ses longues parties avec Lix, on comprend que quelque chose cloche, mais sans vraiment savoir pourquoi, on a l’impression que c’est une passade, et puis la crise qu’il va vivre quand son père l’oblige à aller au lycée est vraiment effroyable, on comprend alors qu’il vaut mieux prendre au sérieux l’angoisse qu’il ressent et qui le maintient dans sa chambre. Et puis il va y avoir ce message un soir sur son téléphone. Et sa réaction est tellement belle, d’autant plus belle quand on mesure à quel point les autres le font souffrir. La narration de ce roman prend toujours des portes dérobées, des chemins de traverse et c’est très agréables de se laisser guider.


Pépita : Oui c’est exactement cela Colette, des chapitres qui alternent sur chaque personnage mais en même temps des liens invisibles se tissent entre eux et c’est fort beau. Le lecteur s’en émerveille et il se demande bien comment cela va s’épanouir mais sans inquiétude car il a confiance en eux.
A propos des personnages-Colette nous l’a déjà avoué !-quel est le personnage qui vous a le plus touché et pourquoi ?


Liraloin : Le personnage qui me touche le plus c’est Gabrielle, cet enfermement assez cynique. Elle fait en sorte que rien ne la touche et c’est assez paradoxal avec son métier : professeure de théâtre. Au théâtre il faut montrer ses sentiments mais on y joue aussi. Je la trouve dure parfois mais tellement encourageante avec Alix.


Colette : Bon, j’avoue que j’ai un faible pour les laissés pour compte, les mal dans leurs peaux, ceux qui doutent et qui questionnent – déformation professionnelle sans doute – alors j’ai vraiment adoré suivre Titouan. Et puis au début je ne comprenais vraiment pas ce qui le retenait dans sa chambre et en fait … il n’y a rien d’autre à comprendre que son désir de ne plus sortir. Peut-être que cela a fait écho en moi à la période de confinement que nous venions de vivre parce que vraiment j’avais envie de le sortir de là. Et puis après la tentative de ses parents, j’ai compris que non, seul un miracle pouvait changer la donne. Et le miracle a lieu. Et nous assistons à la résurrection de Titouan. Et c’est tellement émouvant !


Pépita : je te rejoins pour Titouan ! Tous ces personnages sont touchants mais j’ai eu un faible pour Luce (plus proche de mon âge !) : son désarroi, son manque, sa solitude immense, sa vie d’avant, …. Au début aussi, je me suis dit : mais elle n’a plus les pieds sur terre ! Je ne connaissais pas encore sa passion. Peu à peu, elle change, elle renaît à la vie, à une sorte de vie puisque…Alix, Titouan et Luce ont ceci en commun que ce sont des êtres entiers. Et cela me touche car j’aime ces êtres-là. On les considère souvent comme intransigeants. C’est juste qu’ils sont incompris dans leur élan de vie et que souvent, on leur coupe les ailes. Leur étoile brille fort et ils veulent l’atteindre à tout prix. C’est ce que ces trois personnages nous disent. Luce le dit un peu différemment. Elle n’a pas la même expérience de vie. Elle a déjà fait du chemin. J’ai eu plusieurs fois eu envie de la prendre dans mes bras.


Colette : On pourrait évoquer la construction du livre en actes : 5 actes, c’est la division classique de la tragédie : est-ce que vous avez trouvé cette structure pertinente ? Qu’est-ce que cela apporte au récit ? Peut-on comparer, selon vous, ce roman à une tragédie ?


Liraloin : Je n’ai pas vu cette construction comme toi Colette, je n’y ai vu que l’entrée, le lever de rideau et puis j’ai laissé évoluer les personnages devant moi tout simplement.


Pépita : J’y ai plus vu une allusion au théâtre que pratiquent deux des personnages. Et je l’avais oubliée ! Une tragédie, non, je ne pense pas, je ne l’ai pas perçu comme ça. Plutôt comme un découpage qui accompagne l’évolution des personnages.


Colette : J’aurais bien aimé parlé des relations familiales qui sont au cœur des différentes trajectoires, quel que soit l’âge des enfants – adolescent.e.s ou adultes. Je trouve que ce roman nous offre une sacrée vision de la parentalité entre la mère absente, qui abandonne et revient sans crier gare, le père omniprésent, les parents qui s’éloignent, les parents qui comprennent… Pour vous, sont-ce seulement des personnages secondaires ou ont-ils des rôles plus importants ?


Liraloin : Ils sont très important ces personnages. J’ai été bouleversée par la scène du papa et de Titouan au collège (je n’en dis pas trop). Il y a aussi la fille qui s’éloigne aussi, enfin les filles. Celle qui l’a fait depuis des années Gabrielle et celle qui veut voler de ses propres ailes : Alix. Oui les parents sont présents à leur façon et apportent à nos personnages principaux une belle force pour continuer.


Pépita : Tu as raison de le souligner perspicace Colette comme toujours ! Pour reprendre la métaphore des étoiles du titre, on est dans une constellation d’humains qui gravitent les uns autour des autres et entre lesquelles des liens invisibles se sont tissés. Ils le savent sans le savoir qu’ils ont réellement besoin des uns et des autres, même si le besoin de s’affranchir de ces liens est vital pour certains. Savez-vous que nous avons tous autour de notre corps une sorte de petite bulle invisible qui nous protège et dont nous avons besoin de frotter aux autres de temps en temps ou au contraire de préserver en s’éloignant ? Ce roman le montre très bien. Du coup, tous les personnages sont importants dans cette histoire, il n’y en a pas de secondaires pour moi.
Si vous en êtes d’accord, j’aimerais qu’on arrête là sur l’intrigue au risque de trop en dévoiler et ce serait dommage pour des personnes qui n’ont pas encore lu ce magnifique roman. Cependant, quel effet a-t-il produit sur vous ? Je pense qu’il dépasse largement le public adolescents. Qu’en pensez-vous ?


Colette : Comme souvent en littérature dite jeunesse, A quoi rêvent les étoiles peut toucher n’importe quel public, ado ou adulte. L’éventail des personnages d’âges très divers permet d’aborder chaque âge de la vie (sauf l’enfance peut-être qui n’y est pas explicitement présente) à travers des questionnements qui sont autant d’étapes dans la construction de soi : quel avenir me construire ? Quels liens avec ma famille ? Avec les autres ? Avec la société dans son ensemble ? Comment être encore moi-même quand les êtres que j’aime ont disparu ?


Liraloin : Tout d’abord, j’ai été très heureuse de cette lecture commune car j’avais envie de lire, depuis un grand moment, Manon Fargetton. Pour l’avoir vu et lu des interviews essentiellement les thématiques abordées dans ses livres me correspondent (dystopie – aventure – roman social…). Il dépasse complètement le public ado car le sentiment d’attachement entre les personnages est intergénérationnel !


Pépita : Personnellement, ce roman a illuminé ma fin d’année dernière ! Si vous deviez le définir en un mot, quel serait-il ?


Colette : Solidarité ! Ce que j’ai trouvé beau ce sont ces liens qui se tissent là où on ne les attendait pas.


Pépita : Mon mot serait lumière !


Liraloin : Pour moi ça serait l’amour car ce mot englobe cette relation si spéciale qui se tisse entre les personnages.


Le mot de la fin pour Colette : C’est un roman foisonnant et très organisé à la fois qui laisse comme une empreinte lumineuse en plein cœur même plusieurs mois après sa lecture ! J’espère que c’est ce que nous transmettrons à travers notre lecture commune !

⭐⭐⭐⭐⭐

Nos chroniques du roman :

MéLi-MéLo de livres

-Liraloin

Nos coups de cœur du mois d’octobre.

Ca y est, l’automne est là. La déprime hivernale nous guette, le coronavirus avance toujours masqué, l’actualité est chaque jour plus violente… Mais dehors, les arbres se sont parés d’une lumière très particulière, les enfants ont hâte d’enfiler leurs bottes de pluies pour glaner ici ou là les seuls vrais trésors qui vaillent la peine qu’on lutte contre la morosité ambiante : bogues de châtaignes, petit caillou irisé, feuilles mortes écarlates et complicité retrouvée avec les gens qu’on aime.

Et si, cerise sur le gâteau, on partageait aussi des lectures réconfortantes, réjouissantes, enthousiasmantes ? Calé.e.s sous un plaid généreux, tête contre tête, place à nos coups de cœur du mois d’octobre !

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Pour Colette, la collectionneuse de papillons, enfin de retour sur son blog, le livre du mois sera un petit récit original qui renoue avec les textes de la mythologie grecque mais d’un point de vue très particulier : le point de vue de ses monstres. Il s’agit de Moi, Minotaure de Sylvie Baussier publié chez Srineo.

Son petit avis est par ici.

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Pour Liraloin, il est question d’un album où la promenade entre sœurs devient un jeu qui parfois peut faire peur. Une histoire pour s’aérer et s’évader dans les bois aux couleurs changeantes et pleine de douceur.

Au fond des bois de Anne Cortey et Julia Wauters, Editions Sarbacane, 2017

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Pour Pépita et son MéLI-MéLO de livres, c’est un doudou canard dans une nouvelle aventure qui est le coup de cœur du mois ! Si vous ne connaissez pas ses aventures, il est encore temps d’y remédier ! Julien Béziat excelle à raconter ces trucs TERRRRRIIIBLES ! qui lui arrivent. Publié par Pastel chez l’Ecole des loisirs.

L’oeil de Berk de Julien Béziat, Pastel-Ecole des Loisirs

Son avis ICI.

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Le roman que vous propose Lucie n’est pas gai.
A l’approche du 11 novembre son choix s’est porté sur le Soldat Peaceful de Michael Morpurgo. Avec l’humanité qu’on lui connaît, l’auteur anglais nous entraîne aux côtés de Tommo à la veille d’un évènement qui va bouleverser sa vie. Un roman essentiel.

Soldat Peaceful de Michael Morpurgo, Gallimard Jeunesse

Son avis ICI.

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Pour Linda et ses ladies, l’humour très second degré de ce recueil de nouvelles horrifiques a mis du rire dans la maison. Parmi ces vingt histoires, il n’y pas de place pour les cœurs sensibles qui ne peuvent supporter les pleures des petits pois, le bruit de la peau de la pomme qui craquèle sous la chaleur du four ou le cri de la carotte râpée dont les plaies béantes seront saupoudrées de sel. Âmes sensibles, vous êtes prévenues!

Le supplice de la banane et autres histoires horribles de Madlena Szeliga, Albin Michel Jeunesse

Son avis est ICI.

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L’île aux trésors croule sous les pépites en ce mois d’octobre ! Mais s’il ne fallait en retenir qu’une, ce serait le dernier album des talentueux Fan Brothers. Un superbe objet livre qui donne à réfléchir sur les dérives de la quête de perfection, captive, enchante et réconforte.

Le projet Barnabus, des Fans Brothers, Little Urban.

Son avis est ICI.

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Sur les étagères de son Petit Bout de Bib(liothèque), Bouma a choisi d’installer un album qui déploie son texte et ses couleurs comme autant de perles scintillantes. Un livre entre le conte initiatique et la critique sociétale à partager sans modération entre petits et grands.

Le Géant Chagrin de Carole Martinez et David Sala, Casterman, 2019

Son avis est ICI.

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Et vous ? Quel serait votre coup de cœur à partager parmi vos lectures du mois d’octobre ?

Lecture commune : La Passe-miroir, Les Fiancés de l’hiver

Certaines d’entre nous s’étaient déjà plongées dans l’univers de Christelle Dabos. Mais la sortie du quatrième et dernier tome de la série de La Passe-miroir en novembre a créé une nouvelle envie : celle de découvrir ou de relire le premier opus, Les Fiancés de l’hiver et de nous retrouver autour d’une lecture commune. Les avis divergent, mais c’est ce qui est intéressant alors allons-y !

La Passe-miroir, Les Fiancés de l’hiver, de Christelle Dabos. Gallimard Jeunesse, 2013.

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Lucie : On a beaucoup parlé de La Passe-miroir depuis la sortie du premier tome en 2013, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous y plonger maintenant ?

Pépita : Le confinement ! Je ne suis pas forcément une adepte des séries, je déteste attendre deux ans entre chaque sortie… Pas d’accès à la médiathèque où je travaille alors j’ai plongé dans les bibliothèques de la maison et ô surprise ! La Passe-miroir en quatre tomes que j’ai consciencieusement offerts à ma fille quand elle était ado… Une bénédiction pour se changer les idées, voyager ailleurs et ne pas rester en rade de lectures trop longtemps.

Ladythat : La curiosité ! Il m’arrive souvent de laisser passer un livre quand on en entend parler partout, tout le temps. Car cela me fait peur d’être déçue par un roman dans lequel j’aurais placé trop d’espoir. Le fait de le lire bien plus tard permet de prendre plus de recul.

Isabelle : Cela fait des années que j’entends parler de cette série, mais mes enfants étaient trop jeunes et comme Pépita, les séries ne sont pas mon format de prédilection. Contrairement à mon fils aîné qui en lit des quantités ahurissantes et me conseille celles qui lui plaisent le plus. Et sans aucun doute, celle-ci en fait partie !

Lucie : Le fait de savoir que c’est le premier d’une série de quatre tomes, c’est plutôt un point positif ou négatif pour vous ?

Pépita : Je n’aime pas trop la lenteur d’un univers, je comprends qu’il faille du temps pour qu’il s’installe mais si c’est trop, ça me rebute. Dans le cas présent, non, car j’ai le temps.

Ladythat : A partir du moment où l’écriture est bonne et l’histoire de qualité, je ne m’arrête pas au nombre de volume. Quoi que s’il y en a vraiment beaucoup, j’ai tendance à m’essouffler avant la fin.

Isabelle : Aucun problème, sur le principe, si on n’a pas l’impression que l’auteur délaye le propos. J’ai pu prendre énormément de plaisir à lire des séries qui mettaient ce format à profit pour proposer un univers complexe, des personnages qui évoluent, une intrigue qui se renouvelle. C’est un peu la même chose que regarder une série télévisée plutôt qu’un film, cela peut être très immersif ! Les séries sont super aussi pour les boulimiques de lecture comme mon fils qui adore avoir plusieurs tomes à se mettre sous la dent. Je dis tout cela généralement, mais concernant cette série, je n’ai encore lu que le premier tome !

Ladythat : Ophélie semble plutôt banale au premier abord. Comment la décrieriez-vous ?

Lucie : Ophélie est décrite comme maladroite, manquant de confiance en elle, mais elle fait preuve d’une grande force de caractère. On retrouve cette dualité dans sa description physique : elle est petite, fluette, a un visage “placide” mais le fait qu’elle exprime peu ses sentiments ne veut pas dire qu’elle ne ressent rien.
J’apprécie chez elle qu’elle ne fasse pas d’esclandre mais qu’elle ne se résigne pas pour autant quand la situation ne lui convient pas. Berenilde lui en fait d’ailleurs la remarque : “Vous êtes très forte pour dissimuler votre insolence sous de petits airs soumis.”
Une héroïne décrite comme “seulement bonne à lire”, même si ce sont des objets, ne peut que me plaire !

Pépita : Ophélie cache bien son jeu… mais sans le vouloir ! J’ai de suite apprécié ce personnage pour sa rigueur morale, sa loyauté, son intelligence, sa capacité d’observation. Ce que j’aime aussi, c’est sa faculté à toujours poser des questions pertinentes sous son air placide et calme. Ceci est compensé par une maladresse légendaire mais elle s’en sort finalement fort bien. Son apparence la déjoue mais elle en fait une force. J’ai aimé aussi cette opposition. Elle sait se faire apprécier avec humilité aussi. Il y a aurait tant à en dire et j’en suis au début du tome 3 et je m’attends à ce qu’elle nous surprenne toujours plus.

Isabelle : Je vous rejoins sur tout ! Ophélie, c’est un peu la force tranquille. Une très belle héroïne, j’ai trouvé, qui bat en brèche beaucoup de stéréotypes. D’autant plus intéressante qu’elle apprend et se révèle au fil du texte. Et comme vous, j’ai la forte impression qu’elle en a encore pas mal sous le pied !

Ladythat : Thorn et Archibald sont très différents l’un de l’autre. Alors que le premier apparaît austère et sinistre, le second semble plutôt ouvert et jovial. Que pensez-vous de ces personnages ?

Lucie : Je trouve qu’ils se complètent bien. Ils sont totalement opposés, et d’ailleurs, ils se détestent cordialement. Ce qui est amusant c’est que, comme tu le dis, chacun d’eux est assez caricatural dans son genre. Mais ils gagnent tous deux en complexité et en crédibilité au fil des livres et c’est ce qui m’a plu dans ces personnages.
Tous deux se révèlent aussi très loyaux (le tout est de savoir à qui et à quoi) et mettent en œuvre tous les moyens à leur disposition pour atteindre leurs objectifs. Des moyens très différents, mais je trouve qu’ils se ressemblent sur ce point.

Pépita : Alors ça c’est le jour et la nuit. Mais en même temps je me dis au fur et à mesure qu’ils ont les mêmes qualités mais l’expriment fort différemment. Ils ont aussi une faille chacun et la cachent aux autres. C’est ce qui fait leur force et leur faiblesse. J’ai apprécié d’emblée Archibald, Thorn beaucoup moins. Je trouve que l’auteure se répète le concernant… ça m’a un peu agacée dans le deuxième tome. Mais ils ont tous les deux une force de caractère hors du commun et une loyauté aussi. Et je gage qu’ils vont tous les deux aider Ophélie dans sa quête !

Isabelle : N’ayant lu qu’un tome, je suis encore dans les ténèbres sur ces deux personnages, mais les deux m’inspirent plutôt de la sympathie. On voit bien dans vos réponses que les personnages de cette série sont tous complexes et se révèlent petit à petit, au fil des pages. C’est quelque chose que j’ai apprécié et qui rend cette lecture addictive. Cela dit, je suis d’accord avec toi, Pépita, sur le côté agaçant des répétitions sur certains personnages : la taille immense et la froideur de Thorn, les batifolages d’Archibald, la beauté de Berenilde, les dents chevalines de la tante Roseline… 

Lucie : Anima et le Pôle sont des univers très différents, encore une fois en opposition sur de nombreux points (après Archibald et Thorn, il me semble que cette dualité est vraiment à la source de beaucoup d’éléments dans ce roman). A quoi vous ont-ils fait penser? Quelle arche préférez-vous ?

Pépita : Je préfère Anima c’est certain. On dirait Alice au pays des merveilles sous certains aspects. Le Pôle me fait penser à la cour du Roi Soleil et aussi à Alice au pays des merveilles sous d’autres aspects. Deux mondes opposés par leurs valeurs. Et aussi par leur atmosphère. C’est curieux mais en ce qui me concerne, les mondes m’intéressent moins, une description me suffit (beaucoup de répétitions là aussi). Ce qui m’intéresse, ce sont les personnages et leurs motivations, même si je le reconnais, celles-ci sont très liées aux mondes dans lequel ils évoluent.

Ladythat : Je rejoins Pépita sur la comparaison du Pôle à la Cour du Roi Soleil, c’est tout à fait ça, le faste, le grandiose, tout cela n’est que paillette pour en mettre plein les yeux. Pourtant on peut supposer que ça ne concerne que la Citacielle puisque l’arrivée au Pôle fait plutôt allusion au froid glacial des contrées du nord. On se croirait dans un roman de Jack London avec toute cette neige, le voyage en traîneau, le vent qui te glace la peau… Mais la Citacielle m’a aussi fait penser à “Inception” le film de Christopher Nolan dans lequel des architectes créent des mondes illusoires qui semblent pourtant réels à ceux qui y vivent.
Anima semble beaucoup plus pacifique et agréable à vivre même si les Doyennes semblent laisser peu de libre arbitre aux habitants. Et oui, bien entendu, on ne peut que penser au Pays des Merveilles d’Alice avec ses objets animés. Malgré toutes leurs différences, je pense que j’aurais du mal, au bout d’un seul volume, à donner ma préférence à l’une ou l’autre des arches. J’ai envie de croire que le Pôle regorge de surprises (je n’ai pas assez avancé dans le tome 2 pour en être certaine encore) et pourrait me plaire une fois sortie de la Citacielle. De même, si les valeurs d’Anima proposent une ambiance plus “respirable”, j’aurais besoin d’en savoir plus pour me convaincre que c’est un endroit vraiment agréable.

Lucie : Le Pôle m’a aussi fait penser au Versailles de Louis XIV avec ces fêtes ininterrompues, ces intrigues de courtisans… Je n’avais pas pensé au côté “Inception” mais c’est tout à fait juste !
C’est vrai, il est difficile de faire un choix, heureusement nous n’avons pas à le faire. Mais je trouve que l’opposition entre les deux arches, si elle peut sembler un peu systématique (car cela va de la météo à l’organisation sociale – matriarcale et relativement égalitaire sur Anima, patriarcale et très hiérarchisée au Pôle – en passant par le rôle de la mémoire), apporte une tension dramatique intéressante. D’autant que cela concerne aussi bien des détails que des éléments essentiels.

Ladythat : Ça donne à réfléchir… ce qui me parait dramatique, c’est plutôt le système de castes et toutes les inégalités que cela engendre. Le quotidien d’Ophélie est également terrible ; elle subit des violences et personne ne semble s’en inquiéter. Même sa tante se contente de constater sans pour autant sembler alarmer et je ne parle même pas d’Ophélie qui tempère tout ça avec beaucoup trop de facilité. (J’ai été particulièrement émue après l’épisode du panier d’oranges) Finalement l’auteure en dévoile très peu sur Anima et si, au premier abord j’avais envie de croire que la vie y était bien agréable, je me rends compte en avançant dans l’histoire que l’auteure s’amuse vraiment à jouer sur les apparences et maîtrise parfaitement l’art des dissimulations et faux-semblants.

Isabelle : Une autre question qui m’intrigue beaucoup, c’est la nature et l’origine de ces arches. Comment en est-on venu à cet univers éclaté en mondes si radicalement différents les uns des autres comme vous l’avez souligné ? Le premier tome pourrait suggérer qu’il s’agit d’une uchronie dans laquelle le monde que nous connaissons aurait (littéralement) volé en éclats. C’est vraiment quelque chose que j’espère voir élucidé dans les tomes suivants ! Sinon, je trouve les arches permettent d’éclairer de façon assez maligne toutes sortes de problématiques plus modernes qu’il n’y paraît au premier regard, notamment comme vous l’avez dit la société de cour (et si l’on va plus loin la dictature du paraître), mais aussi par exemple les relations entre centre et périphérie, avec des provinciaux marginalisés, voire méprisés.

Lucie : J’aimerais aussi aborder le sujet des pouvoirs. Souvent ce sont des excuses que les auteurs utilisent pour sortir leurs personnages de situations inextricables de manière rapide et facile. J’avoue que certains livres m’ont rapidement agacée à cause de cela. J’ai apprécié que ce ne soit pas le cas ici. Christelle Dabos explore bien les deux facettes : ce qu’apportent les pouvoirs mais aussi le revers de la médaille, la difficulté de vivre avec, la nécessité d’apprendre à les utiliser, la confusion qui peut se créer entre pouvoir et personnalité (notamment quand Ophélie a l’impression de n’être qu’une paire de mains pour son entourage). J’ai trouvé intéressant que l’auteure creuse cet aspect.
Par ailleurs, ce qui m’a plu c’est la cohérence de l’ensemble de l’œuvre. L’univers qu’a créé Christelle Dabos est magique, et il faut être solide pour mener à bout quatre tomes sans perdre le fil. Ma première lecture m’avait laissé une impression globale de logique, mais j’ai tout de même été surprise de m’apercevoir lors de cette relecture qu’il y avait un écho dès la page 16, alors que ces phénomènes ne prennent une réelle importance que dans les tomes 3 et 4 (je ne divulgâche pas, le quatrième tome étant intitulé La tempête des échos). On ne peut que saluer la maîtrise de l’auteure.

Isabelle : Comme toi, je trouve que le merveilleux et la magie sont très bien dosés. Effectivement, la magie n’offre pas de solution de facilité, il y a des revers à la médaille et Ophélie n’a pas envie d’être réduite à ses pouvoirs. J’ajouterais qu’elle est soucieuse de s’en tenir à un recours éthique, se refusant par exemple à “lire” des objets contre la volonté de leurs propriétaires. Plus généralement, je trouve qu’il y a quelque chose de vraiment réjouissant dans les pouvoirs des différents clans, qui témoignent de l’imaginaire impressionnant de Christelle Dabos. Ils peuvent faire rêver, nous inviter à imaginer leurs répercussions potentielles, voire à réfléchir aux dérives possibles… Et en même temps, elle sait trouver le bon dosage et je n’ai pas eu l’impression d’un feu d’artifice de magie qui parte dans tous les sens.

Lucie : Quel(s) aspect(s) de ce monde imaginaire vous a (ont) le plus plu ?

Pépita : Le côté fantastique des arches, les pouvoirs familiaux, le mystère autour du Livre, les personnages (j’adore la tante Roseline et Archibald), le côté volontaire d’Ophélie (elle me rappelle Bouma !, en tous cas, c’est elle que je vois !), Thorn m’énerve un peu (un peu moins depuis que j’ai attaqué le 3) et puis tous les clins d’œil fait à la société actuelle ainsi que les enjeux écologiques. C’est très riche ! Par contre, il y a quand même des longueurs, et des tics de langage un peu agaçants. Mais je sens que je ne suis pas au bout de mes surprises.

Ladythat : L’auteure a énormément d’idées intéressantes. J’aime beaucoup l’univers qu’elle a créé, les pouvoirs, l’organisation en familles, et une fois au Pôle, en castes, les personnages – comme Pépita j’aime beaucoup la tante Roseline et Archibald – et les mystères autour du Livre, des esprits de famille mais aussi de certains personnages. L’auteure joue vraiment le jeu des dissimulations, c’est très excitant ! Et cela pousse le lecteur à se remettre en question au fil des pages. Qui est bon ? Qui est mauvais ? Le parallèle avec notre société moderne est intéressant également ; entre enjeux écologiques et sociétales, elle soulève tout un tas de réflexions vraiment pertinentes.

Isabelle : Je vous rejoins tout à fait sur la richesse de cet univers et sur la façon dont il éclaire notre société. Si je réfléchis précisément à ce qui m’a particulièrement plu, je pense tout de suite aux pouvoirs d’Ophélie qui font vraiment rêver. J’ai bien aimé aussi le personnage de la mère Hildegarde qui règne sur les espaces qu’elle enchante et module à l’envi !

Lucie : Je me souvenais d’un cliffhanger à la fin de ce premier tome, mais je trouve que Christelle Dabos joue vraiment avec nos nerfs. Qu’avez-vous pensé en terminant ce tome ?

Pépita : Oui elle arrive juste à la fin à donner une sorte de dénouement qui incite à lire la suite, c’est sûr.

Ladythat : Elle arrive à terminer ce premier volume avec l’envie de tourner la page pour commencer un nouveau chapitre. Il faut donc forcément lire le deuxième tome.

Isabelle : J’ai trouvé cela un peu trop frustrant. On peut en débattre, bien sûr, mais je trouve que dans une série, chaque tome devrait trouver une forme de dénouement, même provisoire. Là, le récit s’interrompt en plein milieu, la césure pourrait tout aussi bien intervenir 20 pages plus tôt (ou plus tard ?). Évidemment, cela donne irrésistiblement envie de se jeter sur le tome 2, mais cela m’a laissée sur ma faim.

Lucie : Maintenant que vous avez terminé le premier tome, comptez-vous lire les autres et pourquoi ?

Pépita : Pour connaitre la vérité de cette histoire ! Ici, ils l’ont tous lu avant moi et sans spoiler, il faut vraiment aller jusque la fin pour le dénouement.

Ladythat : Absolument, j’ai d’ailleurs commencé le deuxième volume. Pour savoir comment Ophélie va s’en sortir, évoluer. Savoir si les idées que j’ai sur certains personnages ou certaines situations sont justes ou fausses. J’espère être surprise au fur et à mesure des réponses que l’auteure va apporter !

Isabelle : Comme vous, je lirai absolument la suite ! Le dénouement du tome 1 donne à penser que l’intrigue ne fait que commencer et que presque tout reste à découvrir. Je suis très curieuse de voir comment Christelle Dabos va continuer à déployer son histoire, son univers et ses personnages.

Lucie : Qu’attendez-vous de la suite ?

Pépita : D’être surprise, de réfléchir aux diverses hypothèses, de me tromper, de refaire des plans sur la comète… et surtout de connaitre la vérité !

Ladythat : Comme je le disais précédemment, j’attends surtout d’être surprise. Et bien entendu, j’ai hâte de connaître le fin mot de l’histoire.

Isabelle : Je serai particulièrement curieuse de suivre Ophélie au plus près de l’intrigant esprit de famille, Farouk, et de voir comment son personnage et son rôle à la Citacielle vont évoluer. Mais ce qui m’interroge le plus, c’est l’avenir de sa relation avec le ténébreux Thorn !

Isabelle : Pas évident de tirer une leçon d’une histoire si complexe et trouble. Qu’avez-vous retenu pour votre part de ce tome 1 ?

Lucie : Je n’aime pas trop l’idée d’une leçon. Ça m’évoque les contes moralisateurs comme ceux de Perrault. Mais je vois ce que tu veux dire, un livre n’a un réel intérêt que s’il t’interroge. Ici c’est d’autant plus compliqué que, comme tu l’as dit, l’intrigue s’arrête brutalement. Je dirais (j’y reviens !) que ce qui m’a interpellée c’est cette prise de confiance d’Ophélie dans sa capacité à sortir du rôle dans lequel on l’a mise et dans lequel elle s’est coulée par facilité. Lorsqu’il ne lui convient plus, elle trouve les ressources en elle pour rebondir et je trouve cette idée inspirante.

Ladythat : Je retiens surtout qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Isabelle : Auriez-vous envie de recommander cette série et à qui ?

Lucie : C’est fait, j’ai beaucoup recommandé et prêté cette série autour de moi. À des collègues, des copines, dans ma famille… En revanche je pense qu’elle n’est pas vraiment adaptée à des enfants trop jeunes. C’est peut-être une idée que je me fais mais je dirais milieu de collège. Qu’en pensez-vous ? Vos enfants l’ont lu ? À quel âge ?

Ladythat : Après le tome 1, oui probablement. Plutôt à des jeunes adultes et des adolescents. Ma fille de dix ans a lu le premier tome et a eu du mal à entrer dans le récit. Je pense qu’elle n’a pas saisi toutes les subtilités, les complexités de l’histoire. Mais ayant abandonné en plein milieu du tome 2 (par ennui), je ne suis probablement pas la mieux placée pour la recommander.

Pépita : Du coup comme j’ai lu les 4… et que mon avis est plutôt en demi-teinte… je le conseillerais à de bons lecteurs jeunes ados fans d’univers fantastiques. Bons lecteurs car la construction est finalement complexe.

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les avis d’Isabelle, Ladythat, Lucie et Pépita (sur la série complète). N’hésitez pas non plus à nous donner votre ressenti sur ce roman : vous fait-il envie ? Peut-être l’avez-vous déjà lu et qu’en avez-vous pensé ?

Il était une fois… des contes détournés !

Chacun connaît les contes traditionnels, leurs personnages, leur magie et leur densité émotionnelle et philosophique. Ces histoires puisent leurs racines dans les temps anciens où elles se racontaient au coin du feu et se sont transmises jusqu’à aujourd’hui. Elles offrent un réservoir de références quasiment universelles dans lesquels les auteurs contemporains continuent de puiser. Certains n’hésitent pas à les revisiter, voire à les dépoussiérer ou les détourner, faisant voler en éclats certains stéréotypes associés aux figures incontournables des contes ! Nous ne pourrions pas faire ici le tour des innombrables contes détournés qui fleurissent chaque année, nous avons préféré vous trier sur le volet ce que nous adorons le plus !

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Quand Flore Vesco s’empare des contes traditionnels, elle laisse son humour, son imagination et sa plume si malicieuse opérer et la magie est toujours au rendez-vous ! Son dernier roman multiplie les clins d’œil joyeusement décalés aux contes de Grimm. On rit à gorge déployée en prenant conscience de l’absurdité de récits pourtant culte !

226 bébés, de Flore Vesco, Didier Jeunesse (2019)

Les avis de Hashtagcéline, Pépita et Isabelle

Et comment ne pas parler ici de L’Estrange Malaventure de Mirella qui a été récompensé l’année dernière par le prestigieux prix Vendredi ? Flore Vesco choisit ici de revisiter l’un des contes les plus célèbres du canon des bibliothèques enfantines – nous avons nommé : le joueur de flûte de Hamelin ! L’autrice brode, étoffe le propos pour nous plonger dans la noirceur la plus profonde du Moyen-Âge. Un roman émancipateur, pétillant d’intelligence et débordant de vérité, à découvrir sans hésiter.

L’Estrange Malaventure de Mirella, de Flore Vesco, L’école des loisirs (2019)

Notre lecture commune et les avis d’Isabelle, Pépita, Hashtagcéline et Bouma

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Roald Dahl a lui aussi été inspiré par les contes traditionnels. Le recueil Un conte peut en cacher un autre propose des versions en rimes pour le moins étonnantes et modernes.

Un conte peut en cacher un autre, de Roald Dahl, illustrations Quentin Blake, Folio cadet (2017)

L’avis de Lucie

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Jean-Claude Grumberg a choisi de transposer Le Petit Chaperon rouge en pièce de théâtre et de situer l’action pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le Petit chaperon Uf se voit alors affublé d’un vilain fichu jaune et rencontre un loup caporal SS. Glaçant !

Le petit chaperon Uf, Jean-Claude Grumberg, Heyoka Jeunesse (2005)

L’avis de Lucie

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Dans le genre décalé et rigolo, il ne faut surtout pas passer à côté des revisites aux éditions Marcel & Joachim. Ainsi on découvre une version de Barbe bleue aux accents québecois et une du Petit Chaperon rouge aux accents belges. Les textes sont transposés dans notre monde contemporain en plus d’apporter le petit grain de folie propre aux langages de ces pays (en tout cas de notre point de vue). Accompagnés d’un cd (à écouter à tout prix), on a donc tout le temps de regarder les splendides illustrations signées Camille de Cussac.

Barbe Blue et le maudit québecois, Camille de Dussac, Marcel & Joachim (2017)
Le Petit Chaperon belge, Camille de Cussac, Marcel & Joachim (2016)

L’avis de Bouma sur ces deux titres

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S’il y a bien une version du loup et des trois petits cochons à ne pas louper, c’est celle-ci ! Car pourquoi donc les petits cochons finiraient toujours dévorés par le loup ? Et si on inversait pour une fois ? Rires à tous les étages dans cet album au rythme effréné et au second degré à toutes les pages !

Mort au loup de Philippe Jalbert, Seuil jeunesse

L’avis de Pépita

S’il est une version étonnamment décalée du Conte du Petit Chaperon rouge, c’est celle-ci qui me vient à l’esprit : j’ai adoré le chemin pris par l’auteur pour s’éloigner de l’histoire originale, mais aussi sa façon d’y revenir.

Le petit chaperon rouge n’en peut plus, Sébastien Meschenmoser, Minedition

L’avis de Pépita

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Et vous ? Vous connaissez forcément des contes détournés, quels seraient vos préférés ?