La poésie vient en lisant !

A l’occasion du 19e Printemps des poètes qui commence aujourd’hui, nous voulions partager avec vous nos coups de coeur en poésie jeunesse. En effet à l’ombre du grand arbre, nous pensons que faire lire de la poésie à des enfants (voire à des tout petits) est vraiment essentiel pour construire un rapport libre et ludique à la langue. Mais beaucoup d’adultes, et même de lecteurs avertis, sont réticents face à la poésie, qu’ils trouvent hermétiques. Alors pourquoi ne pas essayer de glisser un poème par ci par là, au moins le temps du printemps des poètes, sur la table du petit déjeuner, sous l’oreiller, entre les pages du livre qui trône sur la table de chevet, entre la madeleine et le jus de pomme dans le cartable car « la poésie est un engagement à aller vers l’autre » comme le dit si bien Jean-Pierre Siméon, poète et directeur artistique du Printemps des poètes.

« Quand la poésie se cultive au quotidien, … ça fait du bien ! » nous dit Alice après avoir dévoré Une tranche de poésie  de Gaëlle Perret et Gérald Guerlais publié par Les P’tit bérets en 2015.

Mais la poésie se cache aussi sous le pelage des animaux  comme dans Un ours, des ours de François David publié par Sarbacane en 2016 : de drôles d’aventures poétiques sous la plume de François David et au travers des coups de crayons de 32 illustrateurs ( et pas des moindre ! ). Du beau travail pour un superbe album !

Bouma, quant à elle, aime tout particulièrement la collection de Rue du monde : Petits géants. Ce sont des petits formats carrés illustrés pour initier les tout-petits au monde de la poésie. Quel joli pari !

Alors n’hésitez pas à découvrir :


Sous la lune poussent les haïkus

Ryökan

Zaü

Rue du monde


Le Secret

René de Obaldia

Julia Chausson

Rue du monde

Il faudra aussi, sur ses traces, aller faire un petit tour chez Thierry Magnier pour découvrir les albums d’Agnès Domergue et Cécile Hudrisier autour des haïkus qui enthousiasment les enfants les plus grands !

Il était une fois : contes en haikus

Agnès Domergue

Cécile Hudrisier

Thierry Magnier

2013


Autrefois l’Olympe : mythes en haikus

Agnès Domergue,

Cécile Hudrisier,

Thierry Magnier

2015

Solectrice nous invite sur le chemin de la poésie, à partir au Japon avec un maître du haïku.

Bashô, le fou de poésie,

 Françoise Kerisel

Frédéric Clément

éditions Albin Michel.

Et que nous dit Pépita de la poésie pour la jeunesse ? Sur ses étagères, on trouve :

  • un album magnifique sur la transmission :


Je serai cet humain qui aime et qui navigue
Franck Prévot
Stéphane Girel
HongFei

  • des maisons pleines de mots pour s’abriter :

Valérie Linder
Grandir
  • des baisers, « moustaches frémissantes »

Deux qui s’aiment
Jürg Schubiger
Wolf Erlbruch
La joie de lire

et même un livre numérique interactif qui célèbre les mots inventés d’une grand-mère à la mémoire fragile et qui sublime sa relation avec sa petite-fille.

De la poésie à PoéVie…

Ma Mamie en poévie

François David

Elis Wilk

CotCotCotéditions

2016

« … la poésie serait plutôt le contraire de ce que vous pensez, tout le contraire… »

Jean-Marie Gleize

Lire en famille !

Cette année, ma petite famille s’est lancée dans un défi lecture passionnant : Les Incorruptibles en famille. Et on a même embarqué deux copines dans cette aventure littéraire, deux copines qui travaillent avec Maman-Bulle-de-Savon au collège et qui échangent chaque semaine un sac rempli de livres jeunesse que l’on cache dans les casiers de la salle des profs dans de jolis tote-bags « casier surprise ».

Comment se passe notre RDV Incos familial hebdomadaire vous demandez-vous ? Tous les dimanches, on se donne RDV sur notre siiiii confortable canapé bleu après la sieste de notre Petit-Pilote-de-Berceau et on savoure le livre des Incos glissé dans le casier surprise. Je me lance dans la lecture de l’album du jour, puis nous donnons chacun notre tour notre avis sur le livre lu que je note sur un carnet dédié à ce petit défi littéraire. Aujourd’hui je vous livre la page de notre carnet consacré à l’ingénieux album intitulé Deux drôles de bêtes dans la forêt de Fiona Roberton publié aux éditions Circonflexe.

Dans cet album, une petite fille espiègle recueille une drôle de petite bête qu’elle a rencontrée dans la forêt. Elle croit la rendre heureuse en lui préparant un petit nid douillet. Mais la drôle de petite bête va donner à son tour sa version des faits et le lecteur va vite comprendre que pour elle toute cette attention humaine n’est que monstruosité.

L’avis de mon Petit-Pilote (3 ans)

Je n’ai pas aimé quand la fille pose le croc croc dans la boîte et j’ai bien aimé quand elle prend le croc croc dans ses bras.

L’avis de mon Grand-Pilote (8 ans)

J’ai bien aimé cette histoire parce qu’il y avait deux parties : j’ai bien aimé quand la fille parle et quand le croc croc parle parce que c’est 2 avis différents sur le monstre. Et j’ai bien aimé les dessins.

L’avis de Papa-Poil-de-Pinceau (36 ans)

Cet album aborde la thématique des problèmes de communication. Quand la petite fille pense sauver l’écureuil, il se dit kidnappé et quand l’écureuil pense être libre, c’est le moment où la petite fille croit l’avoir perdu. Même s’ils ne se comprennent pas, à la fin ils se trouvent des points communs qui leur permettent de devenir amis.

L’avis de Maman-Bulle-de-Savon (35 ans)

D’un point de vue pédagogique, cet album est une pépite pour l’enseignant qui veut expliquer la notion de point de vue et comment des faits identiques peuvent être perçus de manières complètement opposées jusqu’à trouver un compromis. Il me semble que c’est une manière très intelligente d’aborder les questions de la divergence de points de vue en amitié, voire en politique, et d’aborder ainsi la notion primordiale de compromis, essentielle pour vivre ensemble sereinement.C’est un album qui titille l’intelligence de l’enfant, qui l’invite à se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre son point de vue. Une belle lecture à partager sans modération !

 

 

Et vous, que savez-vous de l’amour ?

A l’ombre du grand arbre, on s’intéresse à toute la palette des émotions, des sentiments, à ce qui fait vibrer les cœurs, le nôtre, celui des enfants, celui des adolescents. Et comme les petits philosophes, on s’interroge, devant le monde, et souvent devant les livres. Et on se pose des questions essentielles comme celle posait par Mikaël Ollivier dans son dernier roman paru chez Thierry Magnier : c’est quoi l’amour ?

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Tu ne sais rien de l’amour : en voilà un titre riche de promesses… qu’avez-vous entendu bruisser entre ces lettres ?

Pépita : et bien je ne me suis même pas posée la question ! C’est l’auteur d’abord que j’ai eu envie de relire… Alors ce titre ou un autre….J’ai plongé et me suis laissée porter par l’histoire. Mais quand j’ai découvert le sens de cette phrase, elle m’a toqué au cœur comme une phrase finalement pleine de sagesse.

Solectrice : J’ai aussi été d’abord attirée par l’auteur, mais j’avoue que ce titre m’a taquinée. Même si cette parole s’adresse au personnage adolescent, je me suis sentie jaugée par ces mots blancs sur fond rouge et je me suis interrogée sur ce que ce roman pourrait m’apprendre.

Comme Solectrice ce titre m’a bousculée dans mes certitudes, ce tutoiement qui interpelle et nous interroge sur cette question essentielle :  « qu’est-ce que l’amour ? » ne peut être ignoré, que l’on soit adolescent ou adulte ! D’ailleurs c’est le premier sujet de ce livre : l’amour. J’ai eu l’impression en le lisant que quelque chose dans ma définition de ce sentiment changeait. Et vous ? Quel nouveau regard sur ce sentiment primordial dans nos vies ce roman vous a-t-il apporté ?

Solectrice : Les vies que décrit ce roman m’ont semblé bien singulières : l’amour improbable entre les enfants, tant encouragé par la mère de Nicolas, et cet adultère bousculant la vie d’une femme, si longtemps. J’adoptais sans peine le point de vue du jeune homme, ébahi par ses découvertes, et refusant cette vie toute tracée pour lui. Bien entendu, je sais que l’amour peut-être imprévisible, envahisseur, voire bouleversant, mais ce roman m’a paru donner une image sincère et simple de sentiments amoureux pourtant tortueux. Comme si ces choix s’imposaient aux personnages. Mais le ton du roman n’est pas péremptoire, on adopte seulement un autre regard sur l’amour en le lisant.

Pépita : Cet aspect du roman ne m’a pas si surprise : dans mon entourage immédiat, je vois bien que l’amour peut surgir quand on ne s’y attend pas, ou bien se flétrir ou mourir même pour naître plus loin. Souvent dans la souffrance d’ailleurs. La perte d’un amour n’est jamais facile à vivre. En accueillir un autre pas toujours non plus. Ce que j’ai trouvé plutôt bien vu dans ce roman, c’est la découverte par ce jeune homme que l’amour peut avoir différentes formes, qu’il est vivant. Toujours. Et que du coup cette découverte-là va lui permettre d’accueillir l’amour dans sa propre vie. Oui, il faut être prêt pour cela je pense. L’autre facette de ce roman est l’invitation à la tolérance face à la vision de l’amour de l’autre. L’amour ne doit pas se juger. Chacun a ses raisons d’aimer.

Ce que nous dit ce roman sur l’amour, si je vous comprends bien, c’est qu’il peut surgir à n’importe quel moment dans une vie à partir de l’instant où notre « savoir » de l’amour – acquis à travers le regard des autres la plupart du temps- s’efface et laisse la place à la seule émotion. Et que cet amour peut prendre des formes très diverses qu’il faut savoir accueillir sans juger. Mais il y a un autre thème passionnant dans ce livre c’est la quête de soi au delà des secrets de famille. Les secrets jouent dans ce livre un rôle clé, ce sont eux qui dirigent aussi bien la vie du personnage que le rythme du récit. ça vous parle ?

Pépita : ah oui totalement que ça me parle ! Le secret de famille…quelle famille n’en connait pas un ou plusieurs au final ? Ce qui m’a plutôt surprise dans ce roman, c’est le fait que Nicolas, le jeune homme, encaisse sans broncher, sans révolte. Il a un moment l’intention de révéler un secret à son père…mais vu les circonstances, il abandonne. Il cherche à comprendre. Même si quand même ! Le secret final est comme une bombe ! Je ne l’ai vraiment pas vu venir… Surprise totale ! Et franchement quelle force de la mère je me suis dit après coup -même si ma première réaction a été de penser qu’elle était bien manipulatrice-de révéler cela à ce moment-là de sa vie et de celles de ses enfants ! Elle aurait pu continuer comme ça longtemps. Pourquoi risquer alors une rupture avec Nicolas et Malina ? C’est une forme de courage je trouve. Les secrets ont ceci de terrible qu’ils finissent souvent, mais pas toujours, à se frayer un chemin vers la vérité. Et dans le cas présent à se regarder en face et à abandonner la lâcheté qu’ils induisent. Ce roman ce sont en effet des secrets-gigogne, ils s’empilent, certains personnages ne savent pas que les autres savent. C’est ça finalement le plus complexe

Solectrice : J’aime ton image des secrets-gigognes, Pépita. L’effet de ce secret final est saisissant (j’en ai aussi été secouée). On accompagne de nouveau un personnage plus âgé mais tout aussi perdu face à cette claque du passé. Je trouve que la manière de réagir de Nicolas face à ces secrets est violente mais réaliste. Il brûle d’en parler, au risque de blesser, et on lui en veut, anticipant la réaction du père, qui nous surprend lui aussi, en gardien muet du secret. Digérer ces révélations fera grandir le jeune homme. Accepter de partager l’intimité cachée ou oser dire l’indicible est un soulagement pour les parents… Et pour le lecteur qui admet que par amour on peut à la fois cacher et dévoiler.

Les secrets de famille, notion psychanalytique par excellence, qui offre un trésor de rebondissement pour l’écriture romanesque… Et que diriez-vous du « rêve du chien noir » qui hante notre narrateur depuis l’enfance et qui rythme le roman du début à la fin ?

Pépita : ah oui ! pour moi c’est une réminiscence de l’enfance, un message de l’inconscient…Mais je ne suis pas certaine que cela apporte grand chose à la narration. Disons une part de mystère pour le lecteur, une façon de vouloir l’égarer, de le mener sur une autre piste pour ne pas qu’il puisse flairer (!) de suite le dénouement. Mais j’ai apprécié que l’explication arrive et ma foi pourquoi pas ?

Solectrice : J’ai bien aimé ce lit-motiv du récit car il nous rappelle qu’à l’adolescence on accorde beaucoup d’importance aux rêves et aux signes qu’ils peuvent nous adresser. La réminiscence inconsciente, si elle est peu réaliste, m’a semblé assez mystérieuse aussi pour nous tenir en haleine. On partage mieux ainsi l’incompréhension et le malaise de Nicolas.

La maladie est aussi au cœur de ce récit. Il y a le passé et les secrets de famille qui nous construisent et puis il y a le présent et cette terrible épreuve : la maladie d’un proche. Qu’avez-vous ressenti en accompagnant le père du narrateur dans sa maladie si longue, si lente… ?

Pépita : J’ai été bouleversée par la dignité de cet accompagnement et par son abnégation malgré les secrets flottants tout autour. Je me suis dit que ces mots-là, l’auteur les avait éprouvés lui-même tant la vie y est respectée. J’ai été frappée par la force émanant de ce jeune homme présent, d’une présence entière, au chevet de son père mourant. Et sa capacité à laisser la place à sa mère, et donc à la femme de son père. Je me suis dit qu’ils n’ont jamais été autant une famille que dans ce moment-là. Ils ont été là les uns pour les autres. Et cette forme d’amour est sans doute la plus difficile à atteindre. J’ai trouvé que l’auteur a su y mettre ce qu’il faut : pas de pitié mais la vie comme elle est. Ces pages sont sans doute pour moi les plus réussies de ce roman. Même tristes, elles sont magnifiques.

Solectrice : J’ai trouvé aussi beaucoup de sincérité, de tendresse et de sérénité dans ces pages. Les liens tissés entre le père et le fils dans ces moments m’ont semblé justes. Le pathos n’est pas accentué en effet, c’est plutôt un passage initiatique. On y lit l’amour d’un père qui était peu présent pour son fils mais qui parvient à dire l’essentiel quand son temps est compté. Ces scènes sont la clé d’un apaisement pour Nicolas qui admettra ensuite qu’on puisse aimer sans retour ou être aimé sans le lui montrer.

Dans nos échanges plus personnels sur ce roman, nous nous sommes rendus compte qu’il faisait très fortement écho à notre expérience intime, alors je me permets de vous demander si pour vous c’est un des critères de qualité d’un bon roman : qu’il en appelle en nous à nos souvenirs, à notre expérience, à notre propre vécu.

Pépita : oui et non je dirais. J’aime aussi découvrir d’autres univers mais selon sa sensibilité, on est d’autant plus touchés par des personnages qui vivent des histoires dans lesquelles on s’identifie. J’aime aussi les histoires qui permettent de s’en affranchir. Mais d’une manière générale, la littérature au sens large est une caisse de résonance, non ?

Solectrice : J’aime cette idée d’entrer en résonance par la lecture. Pourtant, si c’est plaisant de vibrer à l’unisson avec le personnage de l’histoire, cela ne détermine pas forcément la qualité d’un livre pour moi. J’aime aussi beaucoup découvrir des histoires qui ne m’appartiennent pas, jeter un œil sur des univers auxquels je n’ai pas accès dans la vie, plutôt que d’y retrouver mes propres expériences. Cette évasion est plus souvent la clé d’un bonheur de lecture.

Tu ne sais rien de l’amour annonçait la couverture, mais une fois ce roman refermé, on peut se dire qu’on en sait tout de même un peu plus…

***

Si vous avez envie d’en savoir plus sur ce roman, vous pouvez lire ici ce que l’auteur en dit lui-même : interview de Mikaël Ollivier.

Et vous vous pouvez retrouver l’avis de Pépita par là.

Celui de Solectrice c’est par ici. 

Et celui de la collectionneuse de papillons c’est là-bas.

Depuis notre lecture commune, Alice aussi a dit ce qu’elle en pensait et c’est ici.

Les lectures florentines d’un Petit-Pilote globe trotteur !

Cet été, road-trip familial en direction de Florence : 2500 km à parcourir et de belles soirées à nourrir de lectures joyeuses et enthousiasmantes. Alors bien sûr j’ai glissé dans notre valise un sac rempli de livres, des albums souples bien entendu, parce qu’il en fallait beaucoup (4 histoires chaque soir, ce n’est pas rien) et en même temps le coffre n’était pas extensible. Mais sur ma super sélection, un  titre a remporté tous les suffrages de mon Petit-Pilote qui est allé le chercher inlassablement dans le coffre à histoires : Qui a vu le loup ? d’Alex Sanders.

qui a vu le loup

Le voilà qui s’installait sur son grand lit et qui ouvrait le livre, car celui-là ce n’est ni papa, ni maman qui le lisait mais bien mon Petit-Pilote lui même. Dès la première page, il se souvenait : « le loup marche » Et le voilà qui fait avancer le livre entre ses deux petites mains. « Le loup marche encore » : mon tout-petit lecteur continue de faire bouger le livre d’un côté de l’autre.

Puis dans son langage bien à lui, il s’exclame  » tout à coup, s’arrête !!! » en immobilisant le livre (il me semble que c’est sa page préférée ! Cette suspension du mouvement un vrai régal !)

« Il a entendu queque chose ? » demande alors mon Petit-Pilote élevant la voix et mangeant quelques syllabes.

 » a vu quequn? » demande-t-il en rapprochant le livre de son visage.

« c’est toi qui a vu, toi ! » reprend-il la voix gonflée de points d’exclamation et le corps tout agité.

« va te croquer ? » dit-il alors, sourire aux lèvres. « non ! il court » , « secours maman ! » « lit »-il en raccourcissant le texte.

« pas méchant un enfant » reprend-il avec une intonation toute particulière pour nous (se ?) rassurer !

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Avec cet album mon petit homme s’amuse, il devient véritablement acteur du livre puisqu’il joue – au sens théâtral du terme- avec le personnage principal. Et il joue avec son être tout entier :  aussi bien avec sa voix qu’il module avec ravissement qu’avec son corps qui s’anime au rythme du petit loup. Ce livre est pour lui comme une marionnette. Quelle trouvaille !

C’est un livre au graphisme très épuré, comme souvent les albums d’Alex Sanders – puisque le loup au pelage gris est seul sur la page blanche jusqu’au dénouement où il retrouve sa maman dans un paradoxal (c’est quand même un loup qui a peur de mon Petit-Pilote) et simplissime happy end. Ce graphisme minimaliste permet de décomposer à la fois le mouvent du personnage mais il permet aussi par le jeu du cadrage de déchiffrer les expressions du visage du loup. Ainsi quand le loup se rapproche du lecteur et que la tension monte, l’enfant peut jouer à avoir peur mais le dénouement qu’il connaît – ayant lu tant et tant de fois ce récit- lui permet de relâcher la pression dans un beau rire joyeux qui montre à quel point la littérature est essentielle dès le plus jeune âge pour faire des liens entre l’imaginaire et le réel et toutes ces émotions qui nous animent et nous interrogent et que nous apprenons aussi (surtout) par les livres à connaître pour mieux les maîtriser et les partager !

 

 

Les livres qui bousculent

Depuis le début de l’été, sous le grand arbre, une question nous hante : qu’est-ce qu’un bon livre ? Comme l’auteure dont j’ai la chance de porter le prénom, je suis une grande amoureuse et pour moi le bon livre c’est celui que je caresse, que je regarde, que je hume, que je serre contre moi passionnément. C’est celui qui m’habite. Le bon livre, je sais exactement où il est. Je vais le chercher quand ça ne va pas. Je ne saurai trop dire pourquoi je l’aime comme avec les personnes qui me sont chères. Pourtant, comme Chlop, Pépita et SophieLJ, j’ai regardé de plus près les livres que je chroniquais et je me suis demandée pourquoi ceux là et pas les autres et il s’est avéré que j’aimais particulièrement les… O.L.N.I (les Objets Littéraires Non Identifiés) : ces livres qui bousculent tout sur leur passage…

Des livres qui bousculent les formats et les matières

La plupart du temps, les livres qui m’interpellent, ce sont d’entrée de jeu des albums hors normes, des grands, des volumineux, des minuscules, des livres à tirer, à déballer, à ouvrir comme des pêches ou des abricots. Des livres qui font jouer ma sensibilité esthétique, des livres où « les parfums, les couleurs et les sons se répondent».  Le bon livre a laissé son empreinte sous ma paume. Là, voyez mes mains « repensent »  au très beau format à l’italienne de Moi j’attends, de Serge Bloch et Davide Cali. Mes bras tout entier se souviennent encore du très grand format d’Abris d’Emmanuelle Houdart ; quant à la pulpe de mes doigts elle a gardé à jamais la marque laissée par le coffret de Muséum de Frédéric Clément et mes ongles frétillent encore du souvenir des petites enveloppes à décacheter de la correspondance de Sabine et Griffon imaginée par Nick Bantock.

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Une maison d’édition en particulier ravit mes sens depuis quelques années c’est la maison d’édition Les Grandes Personnes. Les livres d’Annette Tamarkin tout particulièrement avec leur architecture de papier à déplier, replier ravissent mes dix doigts.

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Idem pour ceux de  Lucie Felix qui jouent aussi de la matérialité de l’objet livre comme dans le génialissime Prendre et donner où le livre se fait tour à tour imagier, puzzle, encastrement, ravissant non plus mes dix doigts mais tous les doigts de la maisonnée !

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Finalement, il n’y a qu’en littérature jeunesse où l’on peut autant se jouer de la matérialité du livre tout en le rendant accessible au plus grand nombre. Pour moi le « bon » livre est un livre proche du livre d’artiste, un livre qui imprime son sceau dans la chair de son lecteur.

Des livres qui bousculent les codes littéraires

Mais non seulement le « bon » livre bouscule les formes établies, mais il bouscule aussi les codes littéraires. Le bon livre est celui qui nous invite à une autre forme de lecture en se jouant des codes littéraire, il mêle les genres pour réinventer des formes nouvelles, originales et belles.  Dans Il était une fois : contes en haïkus, Agnés Domergue et  Cécile Hudrisier ont travaillé à faire émerger la quintessence des textes fondateurs que sont les contes classiques. En 3 vers et une goutte d’eau, les artistes ont créé un genre nouveau, surprenant, qui invite à la création.

contes en haïkus

Dans La Gigantesque petite chose, Béatrice Allemagna manie le texte bref, le portrait en quelques lignes pour renouveler le genre de l’énigme et nous interroger avec beaucoup de poésie sur l’essence du bonheur.

gigantesque

Le « bon » livre se prive même d’ailleurs parfois du littéraire comme dans les albums sans texte. Nous raconter une histoire ? Et pourquoi pas en silence ? C’est le cas des albums sans texte dont nous avons déjà débattu ici qui nous déroutent, bousculent nos habitudes de lecture, qui nous invitent à nous plonger dans l’image, dans cette poésie qui naît à la frontière de ce qui se dit et ce qui ne se dit pas, à la frontière de ce qui se ressent et de ce qui se pense. Car oui la plupart du temps dans un album ce qui me touche c’est sa dimension poétique, sa capacité à instiller dans le déroulement des pages, ce je-ne-sais-quoi qui nous fait tellement aimer la vie et que le « bon » livre réussit parfaitement à mettre en lumière.

Des livres qui nous bousculent !

Bousculer les formes, bousculer les genres, oui, mais c’est pour mieux bousculer notre humanité. Car au final ces livres qui me séduisent tant, ce sont des livres qui tentent de fixer aussi bien à travers le fond que la forme une certaine forme de beauté.

Je ne prendrai qu’un exemple qui me fait frissonner à chaque lecture : Moi j’attends de Serge Bloch et Davide Cali.

moi j'attends

Ce livre qui se présente comme une enveloppe adressée à l’être cher, s’ouvre sur un fil de laine rouge qui guidera le lecteur de page en page, à la suite d’un petit d’homme qui grandit, qui se construit, comme chacun de nous se construit. C’est immensément complexe et profondément simple à la fois, c’est singulier et universel tout en même temps, et finalement essentiel et dérisoire.

Et surtout, surtout : c’est beau.

Voilà ce que je me dis à chaque fois que je ferme un « bon » livre : c’est beau. Et cette beauté n’est pas vraiment définissable, elle existe, elle est évidente. Pour moi le bon livre est celui qui réussit ce sacré paradoxe : faire jaillir l’ineffable en plein cœur du langage.

Pour conclure,

je voudrais reprendre une citation d’un pédagogue que nous sommes plusieurs à affectionner à l’ombre du grand arbre, une citation qui définit pour moi parfaitement ce qu’est un enfant, et à travers cette définition, ce que serait un livre qui serait vraiment à sa hauteur :

 « Le poète est un être qui connaît aussi bien l’enchantement que les plus grandes souffrances ; il s’emporte et se passionne facilement, il ressent très fortement les émotions et les malheurs d’autrui.

Les enfants sont comme lui.

Le philosophe, lui, est un être qui aime réfléchir et qui veut absolument connaître la vérité sur toutes choses.

Et là encore, les enfants sont comme lui.

Il est difficile aux enfants de dire ce qu’ils ressentent et ce qu’ils pensent car il leur faut s’exprimer avec des mots ; et écrire est encore plus difficile.

Mais les enfants sont des poètes et des philosophes. »

Janus Korczak, Les règles de la vie, 1929

Pour moi, le « bon » livre est celui qui réveille en nous, dans un même élan, l’enfant poète et l’enfant philosophe.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les livres d’Yves Grevet !

Suite à notre discussion autour de Celle qui sentait venir l’orage, nous avons feuilleté nos carnets de lecture et nous nous sommes rendus compte que notre collection de titres d’Yves Grevet commençait à être vraiment signifiante !

Nous vous livrons donc une sélection de titres de cet auteur que nous avons beaucoup aimés.

1) The most famous : La trilogie Méto

méto

C’est LA série qui a révélé le talent d’Yves Grevet au grand public. Entre huit-clos angoissant et dystopie flamboyante, plongez dans un univers pas comme les autres. L’avis de Bouma c’est par là pour le T.1 ,le T.2 et le T.3 et l‘avis de Kik c’est ici

2) The most obscure : Nox

nox 1Vous pourrez lire l’avis de Kik par ici et celui de Bouma ici bas et  ailleurs !

3) The most polemic : L’école est finie.

Faut-il se battre pour l’école d’aujourd’hui ? Voilà une question à laquelle Yves Grevet nous invite à réfléchir à travers ce court mais percutant roman d’anticipation ! Un petit livre à glisser entre toutes les belles mains d’adolescents !

école finie

Kik nous donne son avis ici, Pépita c’est et Colette tout là bas .

4) The most mysterious : Seuls dans la ville

Seuls_dans_la_ville

Un autre titre où l’école a toute son importance : quand un exercice de français permet de résoudre une enquête criminelle, pas de doute ce roman est un bijou d’inventivité !

L’avis de Bouma c’est par et l’avis de Kik c’est ici !

5) The most strange : Des ados parfaits

Continuons de suivre notre jeunesse avec ce nouveau titre :

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 L’avis de Bouma c’est par

Celui de Kik par

Quant à celui de Pépita vous le trouverez par

6) The most fun : Le Voyage dans le temps de la famille Boyau

Yves Grevet parfois aime à faire jouer ses lecteurs :  c’est le cas pour ce titre-là :

le voyage dans le temps

Si vous voulez savoir ce qu’en pense Pépita allez faire un tour là ! Kik vous livre son petit avis ici et celui de Bouma c’est de ce côté là.

Bonus !

Et Kik, notre fan number one d’Yves Grevet a lu pour vous d’autres titres, son petit avis c’est par ici et par là :

henri

par là-bas :

jacquot

et aussi par ici : 

mon oncle

et même du côté de Je Bouquine :

la-fille-du-995.36-505678

Et vous alors, vous commencez quand votre collection ?

 

Celle qui sentait venir l’orage

A l’ombre du grand arbre, les récits d’Yves Grevet ne nous ont jamais laissé indifférents. Cet auteur sait inventer avec habileté et finesse des mondes qui nous surprennent, nous bousculent et nous questionnent. Dans son roman paru en mai 2015 si poétiquement intitulé Celle qui sentait venir l’orage, l’auteur quitte la dystopie où il a excellé avec Méto ou encore Nox pour se consacrer à un récit réaliste qui plonge dans le passé : il y met en scène une adolescente, tout juste orpheline, qui se soumet, sans le savoir, aux expériences d’un scientifique féru de morphopsychologie censée servir la criminologie. Mais Frida, notre jeune héroïne, comme tous les personnages d’adolescent d’Yves Grevet, est une battante et résistera à ses oppresseurs afin de découvrir la vérité.

Pépita, Bouma, Kik et moi-même, Colette, nous nous sommes arrêtées quelques instants sur ce roman déroutant et tellement… vivant !

celle orageCelle qui sentait venir l’orage : voilà un titre bien mystérieux. Qu’ont évoqué pour vous ces mots, au seuil du roman, avant même de vous plonger dans le récit ?

Pépita : Oui beaucoup de mystère et un bien joli titre ! Il a évoqué pour moi d’emblée une angoisse sourde, difficile à cerner comme une sorte de nébuleuse néfaste qui vous tourne autour mais également des sens en alerte face à ce danger diffus.

Bouma : Connaissant déjà l’écriture d’Yves Grevet, le titre m’a tout de suite fait penser à un récit fantastique… Celle qui sentait venir l’orage… on peut le prendre au sens figuré (l’angoisse comme le souligne Pépita) ou le sens propre (le climat) et c’est vers ce sens que je penche plus naturellement.

Kik : Connaissant Yves Grevet pour ses écrits de dystopie je pensais me retrouver face à un être amélioré, prédicateur de la météo … Je n’avais pas vu juste …!

Celle qui sentait venir l’orage c’est Frida : comment la décririez vous cette jeune fille pas comme les autres ?

Pépita : Frida m’a semblé un peu froide au départ mais il faut dire que vu les circonstances vécues, elle n’avait pas trop le choix que de faire profil bas. Puis au fur et à mesure de l’histoire je l’ai trouvée d’une force extraordinaire et d’une volonté à toute épreuve pour faire éclater la vérité. Elle s’est transformée dans cet objectif, elle est plus réfléchie et déterminée, sait convaincre les autres, bref, une vraie étoffe d’héroïne ! Je l’ai trouvée très attachante et elle s’est révélée être un vrai modèle de détermination malgré l’adversité.

Bouma : Je l’ai trouvé unique, avec en elle ce mélange d’immense solitude, d’incertitude chronique et malgré tout d’espoir en l’avenir. Pour le côté physique, j’ai eu beaucoup de mal à me l’imaginer car l’image qu’elle renvoyait dépendait beaucoup d’un personnage à l’autre.

Nous avons tenté de décrire Frida, maintenant que diriez-vous de l’aventure qu’elle va vivre au fil des pages ?

Pépita : Je ne m’attendais pas à ce type d’aventure où se mêle évènement historique, enquête et de nombreux rebondissements à travers ses rencontres. Beaucoup de suspense et une découverte de l’Italie à une certaine époque.

Kik : Connaissant l’auteur Yves Grevet pour ses écrits dystopiques je ne m’attendais pas à ce roman sur fond historique. Après un moment de surprise, je me suis laissée embarquer vers le passé avec plaisir.

Bouma : Frida va vivre une véritable aventure entre quête identitaire et quête de vérité le tout étant très étroitement lié à sa famille et à leur mode de vie.

Que diriez vous justement de la famille mystérieuse de Frida? Quel personnage vous a le plus intrigué ?

Pépita : Le père sans aucune hésitation. j’ai bien failli croire à un moment ce qu’on racontait sur lui ! Et puis, non, je me suis dit que ce serait trop facile. Il est assez énigmatique ce père : un mélange de crainte et de fascination pour ma part.

Bouma : J’ai particulièrement aimé Gianluca, le libraire ancien journaliste en mal d’aventure. Sa détermination et ses connaissances sur le monde politique apporte un nouveau souffle à l’histoire

Moi aussi j’ai particulièrement aimé cet homme engagé qui va avoir tant d’importance dans la quête de Frida. La nouveauté dans ce roman par rapport aux derniers récits d’Yves Grevet, vous l’avez souligné, c’est le choix de l’arrière-plan historique et surtout scientifique : que pensez-vous de cette théorie de la morphopsychologie au service de la criminologie ?

Pépita : Telle qu’elle est présentée dans le roman, c’est plutôt une science détournée à mauvais escient. On pourrait la rapprocher du délit de faciès d’aujourd’hui. Surtout si cette science est instrumentalisée par des hommes peu scrupuleux, plus soucieux de leur carrière que de l’humain. J’ai trouvé que c’est un point très intéressant du roman que de faire connaitre cette science, et surtout les prolongements historiques désastreux qu’elle a eu. Un sujet philosophique en somme : science et conscience…

Bouma : Le fait est que les sciences, les découvertes qui y sont liées ne sont pas toujours sans conséquence. Les recherches scientifiques sont un moyen pour l’homme d’arriver à ses fins, elles sont un instrument de l’humanité et peuvent par la même produire le meilleur comme le pire. Dans ce sens, la morphopsychologie (qui en plus n’est pas une réelle science) ne fait qu’exacerber la pensée commune comme quoi certaines personnes seraient plus criminelles que d’autres par leur ascendance génétique. Et cela fait froid dans le dos quand on pense que certains y ont cru.

Yves Grevet ne s’inscrit-il pas ainsi, dans un étonnant renversement de la chronologie, dans la lignée de ces auteurs ou réalisateurs qui ont pensé la prévention des crimes par des moyens scientifiques comme Philippe K. Dick dans Minority Report (adapté au cinéma par Steven Spielberg) ou encore Andrew Niccol dans Bienvenue à Gattaca, même si là il s’agit de manipulation génétique pour obtenir le meilleur de l’humanité ? Est-ce que ce texte a fait résonner d’autres oeuvres en vous ?

Bouma : Il y a de nombreux ouvrages qui traitent des progrès de la science et de son éthique. La science-fiction en a même fait son domaine de prédilection. Je citerais plusieurs titres : Rana et le dauphin de Jeanne A. Debats chez Syros (pour les 8-10 ans) et BZRK de Michael Grant chez Gallimard (à partir de 13 ans), traient tous les deux de l’utilisation des nano-technologies et de leurs dérives ; Roby ne pleure jamais d’Eric Simard chez Syros (8-10 ans) et Partials de Dan Wells abordent le sujet de la robotique et de la frontière avec l’humanité ; enfin Yves Grevet lui-même avait déjà abordé les soucis des débordements de la science dans un texte plus court Des ados parfaits.

Au final, même s’il s’inscrit dans le passé, ce roman offre une réflexion valable à travers toutes les époques -et la nôtre en particulier – sur le rôle de la science dans la définition de ce qui est humain : quelle humanité représente donc Frida pour vous ?

Pépita : Celle du non-renoncement, celle de la non-manipulation, celle du droit des plus petits face aux puissants, donc celle de la Vérité, voire de la Démocratie

Bouma : Celle qui est libre et qui fait tout pour le rester malgré l’image d’elle-même qu’on veut lui imposer.

Et si vous souhaitez connaître plus précisément l’avis de Pépita c’est par

et celui de Bouma est ici !

Bonne lecture !