Nos classiques préférés : le bric à brac de Christian Voltz

Il se passe des choses incroyables sous notre bel arbre ! Figurez-vous que nous n’avions jamais parlé de Christian Voltz, de son travail original et de son humour surtout. A travers ses albums, c’est tout un univers qui s’offre aux petits comme aux plus grands. Alors voici les 10 raisons d’aimer à la folie cet auteur exceptionnel !

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Pour Liraloin, Christian Voltz a bercé les jeunes années de ses deux grands enfants maintenant. Jamais lasse de raconter ses albums, c’est un réel plaisir de partager des histoires pour rire car on ne rit jamais trop !

C’est pas ma faute ! Christian Voltz – Le Rouergue, 2001
  1. Pour ce réveil bien matinal à la campagne, quel plaisir !
  2. Pour cette charmante fermière… comment ça les araignées peuvent faire peur …
  3. Pour cette histoire en randonnée dont on raffole
  4. Pour ce carambolage d’animaux qui n’ont vraiment pas vu les choses arriver
  5. Pour la page de titre qui nous invite à presque entrer dans cette charmante ferme
  6. Pour la trombine des personnages et leurs expressions ébahies
  7. Pour cette pauvre araignée qui est un dommage collatéral
  8. Pour cette chute qui mérite réflexion
  9. Pour cette lecture à voix haute qui me ravie à chaque fois !
  10. Pour lire et relire encore cette histoire
Patates de Christian Voltz – Le Rouergue, 2000
  1. Pour les frites, la purée et les patates
  2. Pour la faim qui tiraille l’estomac, attention cela peut jouer sur l’humeur
  3. Pour cette mise en bouche que va être la rencontre entre Mr Albert et Mr Marcel
  4. Pour cette pousse verte tant convoitée
  5. Pour ce dialogue digne d’une scène que l’on pourrait retrouver chez Molière
  6. Pour cette joie intense si vite effacée … affaire à suivre…
  7. Pour cette bagarre haute en coups et en onomatopées
  8. Pour lire avec l’accent belge s’il vous plait (surtout dans l’interprétation de Mr Albert)
  9. Pour cette chute si croustillante !
  10. Pour cette quatrième de couverture (attention spoiler)
Comme chaque matin de Christian Voltz – Rouergue, 1998
  1. Pour ce maudit réveil qu’on ne préfère pas entendre, courage Mr Léon
  2. Pour cette couverture intérieure qui invite la/le jeune lectrice/lecteur à entrer dans cette maison, véritable décor de théâtre  
  3. Pour ce robinet qui goutte : plic plic plic (est-ce que quelqu’un ici connaît un bon plombier ?)
  4. Pour cette journée qui ne sera faite que de gris visiblement (vêtements, pollution…)
  5. Pour cet empressement qui caractérise Mr Léon (ceci est purement ironique)
  6. Pour ce soupir que nous poussons à l’unissons avec notre personnage préféré (je vous rassure, c’est pas le directeur, non non non)
  7. Pour cette découverte qui peut changer une vie (et parole d’arbonaute, il ne suffit de pas grand-chose)
  8. Pour cette dernière couverture intérieure qui va vous transporter sur un petit nuage de joie
  9.  et 10 Pour cet album qui n’a pas pris une ride

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Pour Lucie, Christian Voltz c’est avant tout l’auteur du premier album utilisé dans un projet transdisciplinaire : le fameux Toujours rien ? qui outre la qualité intrinsèque de l’histoire est idéal à lire en parallèle de plantations. Premier coup de cœur d’une longue série pour le travail de cet auteur-illustrateur au style unique. Et parmi eux, un titre qui se détache : Le livre le plus génial que j’ai jamais lu… voici pourquoi.

Le livre le plus génial que j’ai jamais lu… Christian Voltz, L’école des loisirs, 2008.
  • Pour ce titre terriblement racoleur.
  • Et les commentaires acerbes du bien nommé Petit Bonhomme Grognon qui commencent dès le titre (et ironise sur la célébrité de l’auteur).
  • Pour cette jeune fille pirate qui boit du rhum et se bat, héroïne badass s’il en est, mais aussi capable de gambader dans les herbes folles.
  • Pour la double narration : l’histoire principale et les commentaires du Petit Bonhomme Grognon…
  • Associée à un mélange de styles des illustrations : bricolages et dessin au trait.
  • Pour les illustrations de bric et de broc photographiée par Jean-Louis Hess dont on ne se lasse pas… et qui prennent ici une profondeur inédite.
  • Pour le jeu sur l’objet livre avec le Petit Bonhomme qui tente de tourner une page.
  • Pour les adresses à Christian Voltz, sommet de mise en abyme.
  • Pour l’humour, évidemment.
  • Et parce que le Petit Bonhomme Grognon revient dans Happy End ! et qu’on se régale une nouvelle fois.

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Hélène a eu la chance de rencontrer Christian Voltz en 2024 et de lui faire dédicacer ce livre si amusant sur la confection d’un gâteau par une équipe de pâtissier amateurs.

Un gâteau au goûter… Christian Voltz, L’école des loisirs, 2021.
  1. Pour cette équipe de cuisiniers amateurs qui se donne du mal, de manière bien originale
  2. Pour ce thème du goûter, universel et indémodable
  3. Pour le style d’illustrations caractéristique de Christian Voltz avec collages, fil de fer, boutons…
  4. Pour tous ces ingrédients auxquels on pense trop rarement quand on fait un gâteau (patates, navet, mouches…)
  5. Pour la rencontre touchante entre Monsieur Anatole et Mademoiselle Blanche
  6. Pour la solidarité des animaux voisins qui aident notre prince charmant à cuisiner pour sa dulcinée
  7. Pour la créativité, tant dans le fond de l’album que dans sa forme
  8. Pour les moments simples partagés
  9. Pour la bonne volonté des cuisiniers et la positivité de Mademoiselle Blanche
  10. Pour l’humour qui mène n’importe quelle situation vers un happy end !

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Aussi étrange que cela puisse paraître, dans la mesure où elle apprécie souvent les univers drôles, originaux et décalés, Séverine ne connaissait pas bien les albums de Christian Voltz. Elle en avait lu quelques-uns avec ses deux grands enfants, mais jamais avec la petite dernière. Voilà qui est corrigé, (corrigé, oui, car c’était une grossière erreur) et elle a même eu du mal à choisir, tant les albums qu’elle a découvert l’ont emportée. En voici deux:

Heu-reux ! de Christian Voltz, Editions du Rourgue jeunesse, mars 2016
  1. Pour le titre de l’album qui donne immédiatement le sourire parce qu’il promet le bonheur.
  2. Pour le conte détourné dans lequel le héros à marier n’est pas une princesse.
  3. Pour la fin de l’histoire, même sans le classique « ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’… »!
  4. Pour le souvenir de la publicité du fameux fromage, quand des vaches toutes plus originales les unes que les autres passaient le casting pour incarner la star (qui rit) mais qu’aucune n’avait les qualités requises.
  5. Pour le message d’estime et d’affirmation de soi qu’il délivre.
  6. Pour la fin des préjugés, côté père (finalement, toutes les animales ont leur chance de rendre le prince heureux, pas seulement les vaches)
  7. Pour la fin des préjugés côté prétendantes (finalement, toutes les animales ont leur chance de rendre le prince heureux, même celles qui n’y croyaient pas)
  8. Pour la tolérance et l’ouverture d’esprit autour de l’homosexualité.
  9. Pour le traitement humoristique, à hauteur d’enfant, du droit à aimer qui on veut.
  10. Pour le mariage, et le bonheur, pour tous.
  1. Pour le clin d’œil à une Coupe du monde de football mythique (et 1 et 2, et 3 à zéro !)
  2. Pour le jeu de mots Hommelettes, qui vaut à lui seul, son pesant de cacahouètes.
  3. Pour les affiches publicitaires typiques que l’on voit encore trop souvent (une femme mise en scène pour vendre des produits aux hommes).
  4. Pour la dénonciation des stéréotypes de genre.
  5. Pour le plaidoyer d’une répartition égalitaire des tâches quotidiennes au sein du couple.
  6. Pour le droit des femmes à se vêtir comme elles le souhaitent.
  7. Pour le droit des femmes à sortir et s’amuser entre copines, hors du foyer.
  8. Pour la bouille trop mignonne de l’enfant.
  9. Pour les moments de tendresse du père avec son fils, contrairement à son discours viriliste.
  10. Pour la toute dernière image, qui fait fondre.

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Et vous quels sont vos classiques préférés de cet auteur ?

Loupé ! une Lecture Commune à ne pas louper

Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne j’aime beaucoup le travail de Christian Voltz. Les décors et personnages qu’il crée avec du matériel de récupération (notamment en ferraille) servent toujours un propos instructif.

Aussi, dans la continuité de la sélection thématique de la semaine dernière sur les écrans, avais-je envie de discuter avec les arbronautes autour de son album Loupé édité au Rouergue.

Voici le résultat de nos échanges.

Bouma : A quoi vous attendiez-vous face à cette couverture (titre, illustration, auteur…) ?

Alice : Clairement au vu de l’illustration de couverture : un petit bonhomme assis sur un banc attendant le bus (comme nous pouvons l’imaginer par le panneau signalétique), et avec un titre pareil, je me suis dis que c’était une histoire autour du fait d’avoir « loupé ! » le bus. Et puis, il est un peu âgé ce bonhomme, (sa cane en témoigne !) on peut douter de son pas leste et imaginer avec évidence son manque de réactivité à l’arrivée du transport en commun !

SophieJe n’avais pas vraiment d’attente sinon celle d’une bonne lecture avec le nom de Christian Voltz et la garantie de belles illustrations.

Pépita : Le souci, quand on est acquéreur de livres en bibliothèque, est qu’on sait ce qu’on achète et je savais de quoi cet album parlait. Mais c’est encore mieux en vrai. Effectivement, Christian Voltz, on ne peut pas le louper ! Et puis une couverture, elle se lit aussi derrière (la fameuse 4ème) et là on comprend que deux protagonistes vont faire le jeu de cette histoire. Et de jeu, il en est question sur toute la ligne.

Bouma  : Des visions différentes de ces premières informations, donc. Et après lecture, ne peut-on pas dire qu’il s’agit presque d’un album sans texte mais avec un fort contexte ?

Sophie : Oui on peut parler de sans texte car tout se joue dans le décor et dans les petits détails qu’il faut savoir observer.

Pépita : Pas besoin de mots en effet pour comprendre ce qui se joue là sur un même espace-temps très réduit (23 minutes) : deux attentes bien différentes. Une qui zappe et une qui contemple.

Alice : Tout est hyper compréhensible sans que rien ne soit écrit ! On est comme observateur d’un huis clos ; toutes les scènes se passent dans le même contexte, l’espace temps est très limité, il y a peu de personnages, c’est juste la situation qui évolue.
Christian Voltz s’amuse beaucoup aussi avec l’objet essentiel de ce livre : un téléphone portable. Tel une bulle de bande dessinée, il prend une taille disproportionnée pour montrer tout la place qui lui est donnée.

Bouma : Avez-vous tout lu, tout vu, du premier coup ? Ou comme moi (et un des héros), avez-vous eu besoin de plusieurs lectures pour tout comprendre ?

Alice : Une mouche, une chenille, des fourmis, une plante… Non bien sûr que non, je ne les ai pas vu de suite. A la première lecture on focalise sur les deux personnages qui on déjà des « mimiques » et des postures très parlantes. Et puis on cherche à imaginer la chute, sans que ces petits détails y soient pour quelque chose ! Et rien n’est fini, la dernière page tournée, il ne faut pas « louper » la 4ème de couverture » !

Sophie : J’ai vu le fameux spectacle à la première lecture mais pas dès les premières pages. En fait au bout d’un moment, j’ai cherché parce que je sentais qu’il manquait quelque chose, et c’est là que j’ai découvert ce qui se jouait innocemment sous mes yeux !

Pépita : Presque. Très rapidement, j’ai vu le croisement des deux vécus. Dans l’histoire, chaque personnage occupe chacun un côté de la page (sauf celle où le petit vieux parle au plus jeune et ça, c’est drôlement bien vu) et du coup, le cerveau a tendance à les dissocier. De plus, le portable a une place prépondérante dans l’image. Il n’ y a que lui qui compte alors que les petits détails à première vue insignifiants du côté du vieux monsieur ne sautent pas forcément aux yeux de suite, alors que eux racontent une histoire. Et ce que j’adore, c’est le côté bienheureux du bonhomme qui s’épanouit d’un côté alors que de l’autre côté c’est l’exaspération qui prime. Je ne sais pas pour vous, mais du coup le rire se déplace : on se moque intérieurement du jeune alors que le vieux, il nous attendrit.

Bouma : Finalement, n’est-ce pas l’illustration de deux générations qui se confrontent ? Sans aller jusqu’au « c’était mieux avant » n’est-ce pas une vision où les extrêmes se confrontent ?

Alice : Oh oui ! « Le confit de génération » : la jeunesse numérique, assoiffée d’informations, qui a du mal à lever les yeux de son écran et la personne âgée sage, patiente et observatrice. Une mise en scène un peu moqueuse, des personnages accentués dans leur caricature, pas de jugement entre les deux, juste un constat et une cohabitation amusante.

Sophie : Je pense que c’est plus complexe que la confrontation de deux générations. D’ailleurs le numérique prend de la place dans beaucoup de générations. Ici, je vois plus une invitation à REprendre le temps. Le temps de se poser, de regarder autour de soi…

Pépita : Oui et non, je ne pense pas qu’on est dans la confrontation là, ça ne sert à rien. C’est une description d’une réalité actuelle (car même dans le bus un autre personnage est rivé à son portable). Oui, une invitation à vivre le moment présent dans un album où la dérision est à son maximum. Et puis aussi une invitation à se scruter soi-même dans ses comportements. La chute (double chute) est absolument irrésistible ! Virtuel versus réel : 0-1.

Bouma : Avez-vous des retours d’enfants sur ce livre ? L’avez-vous déjà conseiller et pourquoi ?

Sophie : Morgan (6 ans) n’a pas vu tout de suite les petits détails, enfin sauf la partie de Candy Cruch qui lui a sauté aux yeux au point qu’il dise quel était le prochain mouvement… En revanche, il en est vite venu au petit spectacle qui se joue. Il n’a pas tout vu à la première lecture mais il a repris le livre seul après pour le revoir et j’ai eu le droit à des « Tu as vu là… et ça ! ».

Alice : Non, pas tester auprès des enfants mais je pourrais très bien le conseiller à des adultes. D’abord pour faire connaitre le travail de Christian Voltz et aussi car tout le monde peut s’amuser de cette farce et s’y retrouver quand même un peu !!!

Pépita : Non pas pour l’instant. C’est le retour des ados qui m’intéresserait beaucoup ! Car il est un formidable support pour démonter tous nos travers numériques ! Avec un beau message intergénérationnel.

Bouma : Si je devais résumer nos propos à toutes, je dirais donc que Loupé est un album à lire ensemble, à partager et à faire passer de main en main quelque soit l’âge, histoire de s’interroger sur nos pratiques face aux écrans. 

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Un grand merci à Pépita, Sophie et Alice pour cette discussion fort enrichissante et aussi ma chronique et celle de Chlop.

N’hésitez pas à nous donner vos impressions sur cette lecture.