Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

*****

Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

******

Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

******

Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

******

Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

****

Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

***

Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?

Lecture d’ado : L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet

Théo, 13 ans, est un grand fan des romans d’Yves Grevet. Aussi s’est-il précipité quand il a vu que les éditions Syros publiaient un nouveau titre de cet auteur.
Il l’a aimé et a accepté d’en discuter pour (il l’espère) donner envie à d’autres lecteurs de s’y plonger !

L’archipel des animaux bannis, Yves Grevet, Syros, 2025.

*

Comment as-tu connu Yves Grevet et qu’aimes-tu dans ses romans ?

J’ai commencé par sa série Méto que j’avais empruntée à la bibliothèque. Comme elle m’avait beaucoup plu, j’ai ensuite lu Grupp et certains tomes de la série U4, dont celui qu’il a écrit évidemment. J’aime les romans d’anticipation, et dans ceux d’Yves Grevet il y a toujours de l’action et des personnages auxquels on peut s’identifier qui s’opposent aux règles des adultes et de la société qui leurs semblent injustes.

As-tu retrouvé ces éléments dans L’archipel des animaux bannis ?

Bien sûr, et cela m’a plu.

Comment résumerais-tu l’histoire ?

C’est l’histoire de Jarod, un jeune garçon qui vit dans un monde sans nature ni animaux car des crises sanitaires ont touché les humains à cause des animaux. Le gouvernement a donc interdit tout contact avec eux et les a isolés dans des enclos au milieu de nulle part. Avant les crises, Jarod avait un chien nommé Syrius auquel il était très attaché et il a été particulièrement affecté par leur séparation. Avec une amie, il décide donc de partir à sa recherche et de pénétrer dans l’un des enclos.

Peux-tu présenter Jarod, le personnage principal ?

C’est un adolescent auquel on s’attache facilement. Il doute beaucoup de lui-même et il m’a fait de la peine car ses parents sont peu présents et le trouvent fragile et faible. Pour moi ce ne sont pas de bons parents, ils ne lui font pas confiance et ne le soutiennent pas, notamment suite à la séparation avec son chien Syrius qui était son seul ami. Il gagne beaucoup en confiance au contact de Nora mais à vrai dire on se demande un peu ce qu’elle lui trouve au début !

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

J’ai aimé l’ambiance et les personnages. Surtout Joseph et sa famille. On sent qu’Yves Grevet aime beaucoup les animaux et la nature. J’ai trouvé très intéressant la manière dont l’auteur présente un monde sans animaux de compagnie ni animaux d’élevage. Cela signifie plus de viande, plus de lait (ni yaourt ni fromage), plus d’œufs, plus de miel… un monde vraiment vegan dans lequel les gens sont obligés de prendre des compléments alimentaires. Mais même s’il montre qu’envoyer des animaux à l’abattoir pose question, je n’ai pas eu l’impression qu’il voulait me convaincre de devenir vegan. Tant mieux parce que ça m’aurait agacé.

Jarod et Nora rencontrent différentes personnes dans l’enclos. Qu’as-tu pensé d’elles ?

J’ai bien aimé la diversité des gens qu’ils rencontrent là-bas. Il y a aussi bien des scientifiques que des amoureux de la nature, des gens qui veulent vivre coupés de la civilisation ou encore des personnes qui veulent juste revoir leur animal de compagnie. Différents âges se croisent, et aussi différentes motivations, avec des groupes hostiles voire violents, mais tout l’intérêt est qu’ils ont chacun leurs raisons et des valeurs qui se retrouvent parfois.

En tant qu’adulte, le point de départ avec les restrictions sanitaires m’ont fortement renvoyée à l’époque du covid. Est-ce que tu y as pensé aussi ?

Oui. On ne savait pas si ça allait s’arrêter, ni quand. On se demandait également si ce qu’on nous disait était réel ou exagéré pour que l’on reste chez soi. Ça aurait pu déboucher sur une situation similaire à celle du roman.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Aux amis des animaux, aux fans d’Yves Grevet et à ceux qui aiment les romans d’anticipation. Il est super, j’espère qu’il y aura une suite !

*

Merci à Théo d’avoir partagé son avis et aux éditions Syros de lui avoir permis de lire ce roman !

Lecture d’enfant #34 : Nous sommes l’étincelle

Antoine est un collégien qui adore se plonger dans de longues lectures. Comme beaucoup d’autres lecteurs de sa génération, il aime les romans d’anticipation, les dystopies et le suspense qui fait tourner les pages. Il a accepté de répondre à quelques questions sur son dernier coup de cœur : Nous sommes l’étincelle, de Vincent Villeminot.

Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot, paru en 2019 chez Pocket Jeunesse

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

Le résumé m’a intéressé, mais je trouve qu’il ne résume pas très bien l’histoire. Mais ce roman avait l’air captivant et la couverture m’intriguait. J’aime bien les histoires qui jouent dans le futur et les dystopies, donc j’ai pensé que ça pouvait me plaire.

De quoi ce roman parle-t-il d’après toi ?

De plusieurs époques futures et de plusieurs personnages qui en avaient marre du système et qui ont décidé de vivre dans la forêt. Enfin vivre, c’est parfois aussi juste survivre. Par exemple pour les trois enfants qu’on voit au début de l’histoire, qui se font enlever par des braconniers.

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

L’intrigue était très prenante et j’avais toujours envie de tourner les pages pour savoir ce qui arriverait aux enfants. Je l’ai lu d’un seul trait ! C’était très intéressant et bien écrit. Ce futur semble très crédible.

Qu’est-ce que tu penses de cette idée de quitter la société pour vivre dans la forêt ?

Elle n’est pas mauvaise, je pourrais me l’imaginer. Cela me ferait envie de revenir à l’état sauvage, pour ne plus être contraint par la société moderne et polluer moins.

Ça ne te ferait pas peur ?

Non, pas trop. Bon, les sauvages du livre n’ont pas l’air cool, ça me ferait quand même un peu peur de tomber sur eux.

Tu as eu l’impression de comprendre des choses sur le monde en lisant ce livre, ou tu l’as lu comme une histoire ?

Je l’ai lu comme une histoire.

Quel est ton personnage préféré ?

Pib, car son histoire est passionnante : il participe à des manifestations, rejoint le village dans la forêt où il va rester pendant longtemps.

Quel est ton passage préféré ?

La scène du début avec les trois enfants qui pêchent dans la forêt m’a fait rêver. Sinon, j’ai bien aimé le chapitre sur les grandes manifestations, j’avais envie de savoir ce que ça allait donner.

As-tu envie de recommander ce livre à quelqu’un ? Que lui dirais-tu ?

Oui, à ma grand-mère qui aime que je lui donne des conseils de lecture ! Je lui dirais que c’est un livre captivant.

Pour en savoir plus sur ce roman, n’hésitez pas à consulter les avis de Pépita, Linda et Isabelle !