Entretien avec Séverine Vidal

Il y a des autrices dont on aime lire les écrits et dont on suit les parutions avec impatience. Séverine Vidal est de celle-là. J’ai eu la chance de la rencontrer, elle réside en plus dans la même région que moi, et en plus, c’est une fidèle du blog ! Ayant gentiment commenté notre article consacré aux plaisirs minuscules qui comportait deux de ses ouvrages, nous avons saisi l’occasion de lui proposer un entretien. Voici le résultat !

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De quelle manière choisissez-vous le sujet de vos histoires ? Vous partez d’un mot, d’une situation ? Est-ce qu’il s’impose ? Est-ce que vous écrivez avec un lecteur en tête ?

Je ne choisis jamais un sujet, ni un message à faire passer. Je choisis un personnage. Je l’invente (c’est une étape, cette rencontre, qui ne se passe que dans ma tête ; je ne prends aucune note à ce stade), nous faisons connaissance. Puis je le suis, je la suis, je les suis. Ils m’embarquent, ces personnages, vraiment. L’idée de ce personnage peut surgir, de façon presque brutale, sans préavis, d’un mot entendu, d’une silhouette, d’une histoire qu’on me raconte, d’une chanson. Ou elle peut naître d’une construction lente, comme si je tournais autour des semaines avant de l’atteindre. Je ne suis pas sûre d’être très claire, là ! Il y a des personnages qui s’imposent, oui, parce que je les rencontre dans la « vraie vie » et que j’ai envie d’inventer l’histoire qui « va » avec. Récemment, le personnage d’Yvonne dans notre BD Le Plongeon (avec Victor Pinel, Grand Angle), ou Pierrot dans mon roman Soleil Glacé  (coll R) : je me suis inspirée de résidents d’EHPAD (pour l’une) ou de foyers pour adultes en situation de handicap (pour l’autre). De nos échanges lors d’ateliers d’écriture que j’y ai menés. Ces personnages sont le fruit d’une matière brute : l’émotion.

Je n’écris pas avec un lecteur en tête. Jamais. Je n’y pense pas. C’est plus tard, ça. Au moment de la parution, quand je lâche mon livre, quand il n’est plus tout à fait à moi, que je dois le partager. Là, j’attends les premiers retours fébrilement. Il y a un vrai vertige, là. D’ailleurs, j’ai l’impression que si on n’aime pas mon livre, c’est moi qu’on rejette. Ça ne s’arrange ni avec les années, ni avec les succès, les prix… Si j’ai un article négatif et deux cents coups de cœur, ce qui tourne le soir dans ma tête, hélas, c’est l’article négatif.

Vous sentez-vous reconnue comme une autrice à part entière ?

Heureusement, oui. C’est mon métier depuis 2011. Et même si j’ai commencé tard (à 40 ans), même si je ne viens pas de ce milieu (j’étais enseignante), même si j’ai pu me laisser grignoter, parfois, par le fameux syndrome de l’imposteur (il faudra que je cherche le féminin de ce mot), je sais que je suis à ma place. Ça n’empêche ni les doutes (j’aime douter), ni la peur.

Vous touchez à tout : albums, premières lectures, bandes dessinées, romans.  Est-ce un travail différent ? Avez-vous une préférence ? Ou avez-vous besoin de toucher à tout ?

C’est un travail différent, on n’aborde pas de la même façon un album pour les tout-petits et un roman pour ados ou encore un scénario de BD adulte. C’est ça qui me plaît  ! La richesse, la variété, le fait de mener, toujours, plusieurs projets de front, de ne rien me refuser, et qu’une journée ne ressemble pas à la précédente, ce sont des choses que je recherche. Je travaille en général sur six ou sept projets en même temps, un roman qui occupe mes après-midis, plusieurs projets BD à différents stades d’avancement (prise de note pour l’un, étape du séquencier pour un autre, écriture du scénario et travail sur le découpage pour un autre encore…), la rédaction de synopsis pour mes prochains romans (de façon à les proposer à mes éditeurs ou éditrices), l’écriture d’albums. J’aime écrire. C’est mon moteur. Et j’aime varier les plaisirs 🙂

Parlons de vos romans dans lesquels il y a beaucoup d’humour. Est-ce pour dédramatiser certaines situations ?

Souvent, oui. J’aborde parfois des thèmes qu’on pourrait considérer comme lourds, difficiles. L’humour permet d’en alléger la charge, permet la respiration. C’est le cas dans la vie  : l’humour nous sauve. Rire de soi, rire avec les autres, tordre le quotidien pour le rendre drôle, même dans les pires moments. On expérimente ça tous les jours, surtout en ce moment. Heureusement qu’il reste ça, l’humour, qui est contagieux lui aussi.
Mon envie, quand j’écris, c’est de suivre mes personnages, de créer des situations « justes ». Je vis la scène, de l’intérieur, je mets les dialogues en voix, et l’humour, un certain décalage, viennent spontanément.

Le thème du road trip revient souvent dans vos textes : avez-vous, vous-même, entrepris ce genre de voyage et si oui, est-ce votre propre expérience qui vous a inspirée ? Est-ce un ressort narratif particulièrement « pratique » pour s’extraire de la réalité et du quotidien afin de permettre à des liens familiaux (intergénérationnels ou générationnels) de se construire ?

Oui, vous avez raison, mes personnages sont presque toujours en mouvement ! Je ne m’en étais pas spécialement rendu compte, quand un élève en classe me l’a fait remarquer il y a quelques années. Il avait lu Quelqu’un qu’on aime et Lâcher sa main. Il m’arrive quand même d’avoir des personnages statiques, ha ha, dans Pëppo ou dans La Maison de la Plage, par exemple. Mais, naturellement, j’ai envie de les faire voyager, bouger, comme si leur évolution passait par là. Pour Quelqu’un qu’on aime, oui, je me suis inspirée d’un voyage que j’ai eu la chance de faire en 2013, aux États-Unis. Le livre est né en route, là-bas. Mais, dans d’autres cas, au contraire, je fais voyager mes personnages alors que je suis plutôt casanière et que j’adore, tout simplement, être chez moi ! Je fais parfois faire à mes personnages les voyages dont je rêve, ou les voyages que je n’ai pas faits.

Dans   votre dernier roman L’été des Perséides, vous rédigez un joli paragraphe sur votre mari Jérôme dans les remerciements. Vous indiquez que c’est lui qui a cru en votre écriture et n’a cessé de vous « remettre au travail lorsque vous pensiez que tout était foutu ». Est-ce que la famille vous donne cette force pour écrire ? Sont-elles des personnes ressources ?

La famille au sens large, oui. Je fais lire mes manuscrits à pas mal de monde avant de les envoyer à mes éditeurs ou éditrices. Des collègues auteurs.trices, des bookstagrameurs.euses… et à mes enfants ou mon mari. A quelques ami.es. Jérôme lit tout ce que j’écris, chaque jour. Il lit ou il m’écoute lui lire à haute voix, à l’apéro (il est brasseur, on teste ses bières en même temps), le chapitre du jour ! C’est essentiel pour moi. Le « cas » de L’été des Perséides est un peu particulier dans ma bibliographie. C’est le seul de mes romans que j’ai écrit en deux fois, avec un intermède d’un an et demi entre la première partie du roman et la dernière. Le seul que j’ai pensé abandonner parce que j’avais l’impression de ne pas y arriver. Je faisais un vrai pas de côté avec ce roman, en touchant à la science fiction, et je sortais clairement de ma zone de confort (je n’aime pas beaucoup cette expression mais là, je n’en trouve pas d’autre). Jérôme m’a aidée, nous avons décortiqué encore et encore la trame narrative, qui s’étend sur plusieurs siècles, les enjeux, la cohérence. Puis mon éditrice, Alice Aschéro, a pris le relais et m’a redonné confiance, elle-même convaincue par ce qu’elle avait lu. J’avais arrêté en octobre 2016, en pleine phrase. J’ai repris au début de l’année 2018, exactement où je m’étais interrompue. Alors oui, les gens qui m’entourent, les amis, la famille, sont très importants. Je compte sur leurs retours honnêtes mais bienveillants.

Est-ce que les rencontres dans les classes ont quelque chose de particulier pour vous ? Qu’est-ce que cela vous apporte ? Cela vous inspire-t-il ?

J’ai beaucoup aimé cela, beaucoup. J’en ai fait. Beaucoup… trop peut-être ? Il m’est arrivé d’être un peu lassée, de répondre aux mêmes questions, parfois trois fois sur le même livre dans la même journée. Il m’est arrivé d’en avoir assez de parler de moi. J’ai pas mal cherché d’autres façons d’aborder les rencontres, de proposer des lectures, des lectures musicales, une expo reprenant, justement, les questions qui reviennent le plus en rencontre, et, bien sûr, des ateliers. C’est ce que je préfère, en fait, lors des rencontres, faire écrire les autres, créer un espace chaleureux où ils pourront s’exprimer et partager. Ces rencontres-là, oui, sont de vraies sources d’inspiration.

La pandémie a -t-elle bousculé profondément votre travail ? Apparemment, la visio est pour vous un bon moyen de rester en contact : y trouvez-vous votre compte ?

On a tous essayé de réinventer quelque chose. Sinon, quoi ? On arrête tout et on change de métier ? Lors du premier confinement, librairies fermées et monde artistique à l’arrêt, salons annulés, rencontres scolaires impossibles, j’ai eu l’impression que je n’avais plus de métier. Tout simplement. Et avec la sidération, j’ai passé deux mois sans écrire une ligne. C’est là que j’ai compris qu’une des solutions pouvait être à chercher du côté des animations virtuelles. J’avais commencé à en mettre en place en 2019 (surtout parce que les trajets à l’autre bout de la France, répétés, me fatiguaient vraiment et que j’avais envie de rester un peu chez moi !) et ce sont les seules qui ont pu aboutir au printemps 2020. Cette année, j’ai la chance d’avoir à nouveau été sollicitée, pour des ateliers en ligne, pour des rencontres via Zoom ou Skype, pour des ateliers d’écriture avec le réseau Canopé, la Bataille des Livres, en Suisse. C’est riche, chaleureux, on construit malgré tout quelque chose de beau, on rigole bien, on touche à des sujets intimes aussi. Le virtuel n’étouffe pas toujours l’humain : en ce moment, si on ne développe pas ça, on ne voit personne. J’y trouve donc mon compte, comme vous dites. Même si les deux uniques ateliers que j’ai menés cet automne en présentiel (à l’Université de Bordeaux et dans le cadre du salon Lire en poche) m’ont fait du bien. J’étais heureuse de me déplacer et de rencontrer des élèves « pour de vrai ».

EN BONUS

Que lisez-vous aujourd’hui ?

La quinzaine de BD que j’ai reçues ces jours-ci pour le Prix BD Lecteurs.com / CNL dont j’ai la chance inouïe d’être Présidente du jury cette année. Une très belle sélection, je suis ravie.

Avez-vous des projets en cours ou à-venir ?

Oui ! J’écris en ce moment la biographie d’Isabella Bird, une aventurière du XIXè siècle au parcours très enthousiasmant. C’est pour Albin Michel. Je travaille aussi sur trois projets de BD, une historique qui se passe au XVIIè siècle dans une colonie britannique (je vous préviens, ça ne sera pas très feel good, ha ha), une qui raconte le parcours d’un migrant et parle pas mal de cuisine, et une autre, imaginée à partir des dessins d’un artiste que j’aime beaucoup. Les parutions sont nombreuses en 2021 (il y a les reports de 2020 et les titres prévus initialement !)  : est-ce que je peux vous les récapituler  ?

A venir
En BD
Une biographie de George Sand (dessinée par Kim Consigny)  : George Sand, la fille du siècle, et qui va paraître en avril chez Delcourt. Un énorme boulot que cette BD de 310 planches : on a tellement hâte de la partager enfin  !

Et une autre BD, chez Glénat, dessinée par Vincent Sorel, Naduah, cœur enterré deux fois (la vie de Cynthia Anne Parker, mère du dernier chef Comanche, Quanah Parker).

En roman : dans la collection Court Toujours, en mai, Tu reverras ton frère.
Un roman pour ado (toujours chez Nathan) à la rentrée de septembre, Sous ta peau, le feu.

Des albums : Ma timidité (chez Milan, avec Marie Leghima), On a fait un vœu (chez Mango, avec Clémence Monnet) et un superbe pop-up avec Adolie Day chez Marcel et Joachim.

Je travaille aussi beaucoup sur des BD jeunesse, autour de personnages féminins forts. Il y aura en 2022 plusieurs adaptations en BD de mes romans chez Bayard, Nos cœurs tordus, co-écrit avec Manu Causse et Pëppo (la BD sera dessinée par Elodie Durand).

Et il y aura une surprise en janvier 2022  !

Merci, Séverine Vidal, pour ces réponses pleines de générosité !
Toute l’équipe va suivre ces sorties avec un grand intérêt !

Lecture commune : Rosa Bonheur, l’audacieuse

Quelle incroyable figure on découvre avec ce roman sur Rosa Bonheur qui ne se laisse décidément enfermer dans aucun des rôles auxquelles elle semblait destinée en ce début de 19ème siècle : non seulement elle ne souhaite pas se marier mais préfère embrasser la carrière de peintre à une époque où les femmes n’ont pas le droit d’étudier aux Beaux arts, mais elle privilégie la peinture animalière, complètement à contre-courant des canons de son époque. Et rêve de porter des pantalons ! Il fallait un livre qui raconte cette histoire, Natacha Henry l’a fait – et nous sommes évidemment au rendez-vous pour en parler.

Rosa Bonheur, l’audacieuse, de Natacha Henry, Albin Michel, 2020.

Solectrice : Connaissiez-vous cette peintre avant de découvrir ce roman ?

Isabelle : J’avais vaguement entendu parler de Rosa Bonheur mais non, je ne la connaissais pas vraiment. Je me suis rendu compte après que je connaissais certains de ses tableaux, notamment ceux que j’ai pu voir au musée d’Orsay, mais je ne les avais pas associés à cette peintre dont je ne savais presque rien. Je ne voyais même pas précisément à quelle époque elle avait vécu. Qu’il aurait été dommage de ne pas découvrir son histoire !

Pépita : Pour ma part, c’est plus à travers son nom donné à une multitude d’écoles que je la « connaissais » ! Je savais qu’elle était peintre, j’avais déjà vu quelques-uns de ses tableaux (j’ai eu envie d’aller les voir après cette lecture, et j’en ai reconnu et découvert bien d’autres !) mais son parcours, je l’ignorais et quel destin ! Quelle femme avant-gardiste !

Solectrice : Pour ma part, je ne connaissais pas cette peintre – quel personnage ! – et j’ai également été surprise de plonger avec ce roman autobiographique dans le XIXe siècle. Qu’est-ce qui vous a interpellées ou amusées sur cette époque et sur la peinture à ce moment-là ?

Isabelle : J’ai aimé que l’histoire se situe dans la première moitié du 19ème siècle, c’est une période qui n’est pas abordée souvent en littérature, et particulièrement en littérature jeunesse. Et j’ai trouvé que Natacha Henry parvenait bien à brosser le bouillonnement social, politique et artistique de cette époque, même si c’est en toile de fond. Par exemple, c’est l’époque des prémisses du socialisme utopique et le père de Rosa est un saint-simoniste, ce qui donne l’occasion de parler brièvement de leurs idées. Le cheminement de Rosa nous donne aussi l’occasion d’assister aux obsèques de Napoléon, de découvrir la passion pour l’anatomie au Jardin des Plantes, ou encore le monde des abattoirs parisiens… Et bien sûr, le statut des femmes à une époque où le féminisme n’existait pas !

Pépita : Sur la peinture, j’ai trouvé cela étonnant cet attachement à la peinture animalière ! Mais réjouissant. Aller à contre courant des classiques, c’était osé ! La façon d’appréhender le monde aussi : aller au musée pour trouver l’inspiration plutôt que de plonger dans le réel. Même si Rosa Bonheur a eu l’intuition d’aller à la campagne pour se frotter à ses modèles grandeur nature. J’ai beaucoup aimé l’émulation intellectuelle rendue dans ce roman, propre à cette époque. On sent un mélange de curiosité avide mais aussi de freins, surtout pour les femmes.

Solectrice : J’ai aussi été sensible aux clivages entre les hommes et les femmes à cette période. Mais grâce à la détermination de Rosa, nous découvrons des univers alors réservés aux hommes, comme les abattoirs ou la section anatomie du musée d’Histoire Naturelle. Rosa se passionne toute jeune pour la peinture. Comment avez-vous réagi au choix du père d’écarter sa fille d’une carrière artistique ?

Pépita : J’ai trouvé que la réaction du père de Rosa part d’un bon sentiment : qui voudrait que son enfant rencontre les mêmes difficultés que soi ? Mais il a aussi l’intelligence de permettre à sa fille de se lancer dans sa passion, une fois qu’il a bien mesuré la force de sa détermination ! Ensuite, il reconnait son talent et l’encourage. Puis, il la regarde cheminer avec attendrissement. Cette famille d’artistes est impressionnante !

Isabelle : Tout à fait d’accord avec toi. On comprend dès les premières pages que l’enjeu de cette opposition est la conscience qu’a Raimond Bonheur de l’importance de l’indépendance matérielle pour conserver des marges de manœuvre en tant que femme et échapper aux contraintes qui vont de pair avec le mariage. Or, le peintre a fait l’expérience des obstacles à une telle carrière, même en tant qu’homme. En tant que femme, c’est une autre paire de manches, il semble qu’elles n’avaient même pas le droit d’étudier aux Beaux-Arts à cette époque ! Comme le dit Pépita, Raimond a pourtant l’intelligence d’accompagner Rosa dans son cheminement opiniâtre, cette évolution est très inspirante et émouvante.

Pépita : Mais en même temps, on sent chez ce père la certitude qu’il ne pourra pas aller contre le désir de Rosa. Au fond de lui, il le sait. Sa protestation n’est que pure forme. Il veut la protéger comme un parent le fait. C’est une forme d’amour aussi. Il est fier de sa fille, déjà. Rosa est d’une étonnante modernité : dans ses choix de vie, de rencontres, de projets mis à exécution malgré les obstacles mais elle a une façon bien à elle de pousser les portes et d’affranchir les distances entre les sexes. J’ai trouvé cet aspect particulièrement bien rendu dans ce roman. Je me suis même dit que son nom de famille Bonheur y était pour quelque chose ! Elle est très inspirante pour les femmes. Êtes vous du même avis ?

Solectrice : Oh, oui, quel nom ! Être gratifié·e d’un tel patronyme doit en effet donner envie d’adopter une certaine posture. J’ai bien pensé aussi que la jeune femme n’allait pas rester à se morfondre ainsi dans l’atelier de couture.

Isabelle : Je vous rejoins, quel personnage impressionnant ! De sa volonté sans faille, elle trace sa route à tous les niveaux, choisissant la peinture qui semblait réservée aux hommes, se spécialisant dans la peinture animalière qui n’avait pas le vent en poupe, mais faisant aussi le choix de ne pas se marier et de garder son indépendance, partageant pendant la vie de Nathalie Micas jusqu’à la mort de cette-dernière. Sa vie est pleine d’anecdotes réjouissantes, même si on imagine aisément les obstacles et le courage qu’il a fallu pour s’imposer. Par exemple, elle obtint une dérogation lui permettant de porter des pantalons !

Pépita : Pensez-vous que sa vie puisse être un exemple pour aujourd’hui ?

Isabelle : Absolument ! Et à plusieurs égards ! Elle est inspirante car elle suggère qu’il est possible d’inventer sa voie hors des carcans et des sentiers battus, même s’ils ne sont plus exactement les mêmes qu’à l’époque (en creux, on mesure l’ampleur de certaines conquêtes des deux derniers siècles). De façon plus concrète, j’ai été sensible à l’importance accordée par Rosa et ses proches à l’autonomie matérielle pour l’émancipation féminine, cela reste clé encore aujourd’hui. Je ne sais pas ce qui relève des faits, et ce qui est suggéré par l’autrice, mais le roman dit aussi quelqu’un chose d’important sur l’importance de l’amour et du soutien des proches pour trouver le courage de conquérir de nouveaux droits. Cela donne de l’espoir, je trouve, même si on n’a pas l’impression d’être si fort. C’est vraiment à l’opposé de la vision des « grands hommes », Rosa est exceptionnelle, mais elle est aussi très bien entourée et soutenue – et elle a l’intelligence de savoir s’entourer.

Solectrice : Je suis tout à fait d’accord avec toi sur l’espoir qui naît d’une telle ambition. Je pense aussi que lire ses aventures donne à réfléchir sur les freins de la société et sur les barrières qui se sont levées depuis grâce à l’audace de femmes comme elle et du soutien qu’elles ont pu recevoir. L’entourage de Rosa occupe d’ailleurs une place importante dans le roman. L’autrice insiste sur la position de faire-valoir attribuée à Nathalie. Pensez-vous que cette relation ternit l’image de la peintre ou nous montre au contraire sa fragilité face aux remords qu’elle exprime ?

Pépita : On voit bien dans ce roman que les relations jouent une place importante à l’époque : on se fait recommander, on a telle connaissance qu’il faut aller visiter… Je ne pense pas que cette relation ternit l’image de Rosa, je ne pense pas que son a-priori de départ vis-à-vis de Nathalie et son remords qui a suivi fait qu’elle l’a faite entrer dans sa vie. Je pense au contraire qu’elles ont été très complémentaires, chacune étant la bouffée d’oxygène de l’autre : à deux, elles se sont soutenues face aux hommes. Et naturellement les sentiments sont arrivés et elles l’ont assumé avec un naturel qui force l’admiration pour l’époque ! Du coup, je ne peux pas envisager que cette relation soit purement opportuniste.

Isabelle : Peut-être faisais-tu allusion, Solectrice, au fait que Rosa signe seule des toiles auxquelles plusieurs personnes peuvent avoir directement ou indirectement contribué ? Notamment Nathalie qui travaille sur les décors, puis organise par exemple les relations avec les acquéreurs des peintures. Moi non plus, je n’ai pas trouvé que cet aspect ternissait l’image de la peintre. Comme je le disais plus haut, je suis convaincue que c’est presque toujours le cas, les œuvres ne se créent pas en solitaire et c’est quelque chose que le roman souligne de façon pertinente. J’aimerais bien savoir comment l’autrice a travaillé, dans quelle mesure cette division des tâches est documentée ou interprétée. En tout cas, dans le roman, Rosa finit par prendre conscience du rôle que son amie joue dans l’ombre. Et comme le dit Pépita, leur soutien est mutuel : Rosa aide, à plusieurs égards, aussi Nathalie à vivre hors des carcans qui l’entravaient. Leur relation qui triomphe malgré les obstacles immenses de l’époque est magnifique. Pépita évoquait rapidement plus tôt la peinture de Rosa Bonheur : est-ce que cette lecture a modifié la façon dont vous voyez ces toiles, et la peinture animalière plus largement ?

Solectrice : Cette lecture m’a incitée à observer de plus près ces toiles figuratives. La grande précision des couleurs dans le roman m’a fait réfléchir aux multiples teintes dans la robe des animaux minutieusement représentés. J’ai aussi regardé d’un autre œil les détails anatomiques des chevaux peints, en pensant aux audacieuses explorations de Rosa dans les abattoirs. La peinture animalière m’a alors semblé beaucoup plus aventureuse…

Pépita : J’ai beaucoup aimé aller voir ses tableaux, celui pour lequel Rosa a gagné le concours, je le connaissais mais du coup, j’ai pris plaisir comme Solectrice à le voir différemment grâce à la lecture du roman. E j’ai aimé en découvrir d’autres et connaitre leur genèse. J’ai trouvé ça incroyable d’ailleurs cette émulation à l’époque pour la peinture, ces cercles dynamiques autour des genres et des styles, cette recherche des modèles et le choix de Rosa pour la peinture animalière, à contre-courant, donne vie à la campagne, la sublime, et porte sa beauté à la ville. C’est vraiment très moderne comme vision et si valorisant pour ces métiers agricoles mal connus. Une avant-gardiste dont il faut s’inspirer !

La peinture du « Labourage Nivernais », l’un des tableaux les plus célèbres de Rosa Bonheur

Et vous ? Aviez-vous entendu parler de Rosa Bonheur et de ce roman, l’avez-vous lu ? Si ce n’est pas le cas, nous espérons vous avoir donné envie de les découvrir. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire la chronique d’Isabelle.

Femmes combattantes, inspirantes, innovantes

Le 8 mars est la Journée Internationale pour les Droits des Femmes.

Officialisée en 1977, cette journée trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Pour les arbronautes que nous sommes, ce sera aujourd’hui l’occasion de vous proposer une sélection de livres de tous genres qui mettent en avant des femmes combattantes, inspirantes, innovantes ! Des femmes de science, des femmes engagées, des femmes artistes !

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Dès le XIXe siècle, certaines femmes pionnières du féminismes eurent l’audace de trouver leur voie et de s’affirmer hors des carcans. S’il reste encore beaucoup à faire, les obstacles qu’elles rencontrèrent permettent à la fois de mesurer le chemin parcouru depuis et le courage nécessaire pour conquérir de nouveaux droits à l’encontre de normes qui semblent aller de soi… Rosa Bonheur qui parvint à devenir peintre, vécut avec une femme et obtint même l’autorisation de porter des pantalons est l’un des exemples les plus frappants. Quelle belle idée a eue Natacha Henry de lui consacrer un roman – roman dont on reparlera d’ailleurs très bientôt sous le grand arbre…

Rosa Bonheur, l’audacieuse, de Natacha Henry, Albin Michel.

Pour Linda, c’est également dans le passé, entre 19ème et 20ème siècle qu’a vécu l’une des femmes les plus inspirantes. Beatrix Potter est connue à travers le monde pour ses histoires mettant en avant de petits animaux dont Peter Rabbit est le plus célèbre. Mais son parcours est particulièrement inspirant pour le combat qu’elle a mené pour faire connaître son talent et être indépendante à une époque où les femmes dépendaient de leur père avant de dépendre d’un mari. Par ailleurs, son amour de la nature l’a conduite à acheter des terres et les fermes qui y étaient installées permettant la préservation d’un patrimoine. Sans son action, le Lake District n’aurait probablement pas l’aspect qu’on lui connait encore aujourd’hui.

Pour les jeunes lecteurs, l’album de Linda Elovitz Marshall et d’Ilaria Urbinati se veut une merveilleuse introduction à la découverte de cette femme peu ordinaire.

Amoureuse de la nature, l’incroyable destin de Beatrix Potter de Linda Elovitz Marshall et Ilaria Urbinati, Gallimard jeunesse, 2020.

Son avis est ICI.

Pour les plus grands, la biographie de Beatrix Potter écrite par Richard Maltby Jr, scénariste du film éponyme, est à découvrir pour en savoir plus sur l’éducation reçue par la jeune fille et ses difficultés avec l’amour.

Miss Potter, de Richard Maltby Jr, Mango, 2007.

Son avis à découvrir ICI.

Et n’hésitez pas non plus à découvrir Miss Charity, un merveilleux roman librement inspiré par la vie de Béatrix Potter. Un voyage inoubliable en pleine Angleterre victorienne, des personnages adorables et une existence placée sous le signe de l’indépendance !

Miss Charity, de Marie Aude-Murail, L’école des loisirs.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie

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Coups de cœur pour Marie Curie et Frida Khalo, deux titres parus dans La collection Les Grandes vies chez Gallimard jeunesse. Des vies exceptionnelles pour deux femmes inspirantes !

Les avis de Liraloin

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Pour Liraloin c’est le destin de Katherine Johnson relaté par Carole Trébor qui remporte les suffrages pour cette journée de la Femme.

Née petite dernière d’une fratrie de quatre enfants, Katherine montre très vite des aptitudes hors normes en mathématique. Protégée, aimée et encouragée par sa famille, cette jeune femme modeste ira jusqu’au bout pour y arriver. Elle deviendra cette femme, celle de l’ombre qui jouera un rôle essentiel dans l’avancée des recherches de la conquête spatiale américaine. 

« Je ne suis pas meilleure que les autres, mais les autres ne sont pas meilleurs que moi » telle est la phrase que Katherine Coleman (avant de devenir Johnson) se répètera sans cesse pour lutter contre la ségrégation et enfin accéder à un métier où les femmes restent minoritaires surtout lorsqu‘elles sont de couleur.

Carole Trébor nous livre un récit très bien documenté avec beaucoup de références sur la vie des Afro-Américains en 1930. La ségrégation, hélas, trop présente dans le système éducatif nord-américain. Les notes en bas de page apportent de l’éclaircissement. D’ailleurs l’histoire est ponctuée de références : « Elle gagnerait 50 dollars par mois. Une telle rémunération lui paraissait énorme ! Et lorsqu’une de ses amies de l’AKA lui avait proposé que l’Etat attribuait 65 dollars mensuels aux enseignantes blanches du comté, Katherine avait balayé cette réticence d’un revers de la main : elle avait pris la résolution de ne pas s’appesantir sur les aspects négatifs. »

Au-delà des faits historiques, l’écriture de Carole Trébor ne transmet aucune empathie ni aucune colère. Les faits sont relatés tels quels, simplement. Le lecteur accompagne Katherine, l’œil bienveillant figé sur ce destin de femme exceptionnelle !

Combien de pas jusqu’à la lune de Carole Trébor, édition Albin Michel – collection Litt’, 2020

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Pour Colette, les femmes les plus inspirantes sont celles en devenir, celles qu’elle côtoie tous les jours dans son métier d’enseignante. Avec elles, elle aime parler de Malala Yousafzai, de Wangari Maathai, de Marie Curie, de Greta Thunberg ou encore de Frida Kalho. On a déjà parlé des albums de la collection « Grands portraits » de chez Rue du monde qui dressent les biographies enthousiasmantes de Malala ou de Wangari.

Malala, pour le droit des filles à l’éducation, Rue du monde, 2015.
Wangari Maathai, la femme qui plante des millions d’arbres, Franck Prévot, Aurélia Fronty, Rue du monde, 2011.

D’ailleurs, pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur Malala, ne pas hésiter pour les plus grandes lectrices et les plus grands lecteurs à lire son autobiographie.

Moi, Malala,
Patricia McCormick, Malala Yousafzai, Hachette Jeunesse, 2014.

Et pour les plus jeunes, le très bel album Le crayon magique de Malala nous raconte à travers les douces illustrations de Kerascoët la vision de l’éducation que porte cette jeune femme si audacieuse qui a d’ailleurs créé sa propre fondation pour lutter pour que chaque fille dans le monde ait droit à l’éducation. C’est par !

Le Crayon magique de Malala,
Malala Yousafzai, Gautier Languereau, 2017.

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Les jeunes femmes du XXIe siècle n’ont d’ailleurs de cesse de nous inspirer dans tous les domaines. Du côté de l’écologie, ne pas hésiter à lire le discours de Greta Thunberg intitulé Rejoignez-nous #grevepourleclimat !

Rejoignez-nous, Greta Thunerg, Kero, 2019.

L’avis d’Isabelle

Pour les plus jeunes, l’album Greta change le monde ! permet d’évoquer les actions menées par cette jeune suédoise très engagée.

Greta change le monde,
Gabriella Cinque, Vamille, Sarbacane, 2020.

N’hésitez pas non plus à découvrir Jamie Margolin, activiste américaine qui a publié en 2020 un manuel pour s’engager à ses côtés intitulé Le Pouvoir aux jeunes.

Le Pouvoir aux jeunes, Jamie Margolin,
Massot éditions, 2020.

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Pour Pépita, deux romans viennent immédiatement à l’esprit : des destins de jeunes filles incroyables, la première dans le domaine sportif et la seconde dans le domaine scientifique. Et il en fallait de l’audace !

La fille d’Avril, Annelise Heurtier, Casterman

Les avis de Pépita et de Lucie

Les avis de Pépita LA et LA.

Un régal que ces sept contes de femmes « vives et vaillantes » ! : « Contrairement aux idées reçues, les jeunes filles dans les contes n’attendent pas qu’un prince vienne les sauver en les épousant, elles prennent leur destin en main pour devenir femmes… » Praline Gay-Prara

Vives et vaillantes, 7 héroïnes de contes, Praline Gay-Prara, Didier jeunesse

L’avis de Pépita

Pour rester dans le conte, je ne peux pas passer à côté du dernier roman de Flore Vesco « D’or et d’oreillers », que je suis en train de lire avec un plaisir immense : je sens que Sadima va beaucoup me surprendre ! Un roman étonnant qui mêle statut de la femme au XIXème siècle en Angleterre, conte détourné, sexualité et magie !

D’or et d’oreillers, Flore Vesco, Ecole des loisirs, Médium

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Cerise sur le gâteau – enfin sur la sélection, les deux tomes de la BD Les Culottées qui mettent en lumière les trajectoires de femmes qui, chacune à sa manière, résistent obstinément aux attentes et aux injonctions pour suivre leur voie. Chacune de ces histoires est saisissante, bouleversante, mais inspirante : il y a quelque chose de jubilatoire à voir ainsi ces femmes repousser de toutes leurs forces les limites de leur horizon – et du nôtre par la même occasion. Elles incarnent un spectre immense et grisant de vies de femmes. Et invitent à oser être soi-même et imaginer de nouveaux possibles.

Les Culottées, tomes 1 et 2, Pénélope Bagieu, Gallimard.

Les avis de Lucie et d’Isabelle

Existe aussi en DVD !

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Et si vous voulez découvrir de manière ludique d’autres femmes combattantes, inspirantes, innovantes, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil du côté de la maison d’édition de jeux Toplatoys et notamment de sa collection de jeux sur l’égalité intitulée The Moon Project. Le jeu des 7 familles inspirantes est un très joli support pour découvrir des femmes pionnières dans le sport, l’art, la littérature, la politique, l’entreprenariat et les sciences.

Et pourquoi pas se laisser tenter par le magnifique jeu « Who’s she ? » de chez Playress pour découvrir d’autres figures emblématiques de l’Histoire des femmes ?

Avec elles, après elles, comme Clara Zetkin grâce à qui la Journée Internationale des droits des femmes a été crée, nous continuons de dire, au moins au fil de nos lectures :

« Je veux me battre partout où il y a de la vie. »

Nos coups de coeur de février

Le printemps s’installe doucement et les rayons du soleil nous invitent à sortir nos fauteuils de lecture pour en profiter. Installez-vous tranquillement avec comme idées de lectures : nos coups de cœur !

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Pour Liraloin c’est un beau coup de cœur avec le roman : Filles de la Walïlü de Cécile Roumiguière.

Albaan et Lilijann sont amies, deux petites filles inséparables. Elles habitent la presqu’île de lurföll à Ann-Ville, un village loin de tout où les femmes régissent la vie tandis que les hommes embarquent de longs mois sur des chalutiers de pêche. Les femmes sont libres d’aimer qui elles souhaitent comme elles veulent. Pendant ce temps, pas très loin d’Ann-Ville, Nanna et Soriane évoquent le souvenir d’un père absent pour toujours, celui de Soriane. Un père qui a abandonné sa fille, la laissant aigrie de douleur, la vengeance dans le ventre.

Albaan et Lilijann grandissent protégées dans une forêt bercée par les arbres, témoins attentifs des drames et légendes se déroulant sur la presqu’île : « A cette époque-là, une fois par mois, la nuit où la lune est la plus ronde, la Walïlü sillonnait les forêts et les champs et gobait tout sur son passage. C’était sa façon de se nourrir, tout le monde le savait. Alors, ces nuits-là, qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, personne ne sortait. »

Cette histoire m’a bercée tel un chant maternel qui n’a pas de fin, ritournelle incessante aux creux de mes oreilles. Une douce nostalgie m’a envahie, le calme aussi. J’ai beaucoup apprécié le personnage d’Albaan, fille de la nature et de la terre, passionnée et à la fois torturée par le secret familial. Les titres de chapitre accompagnés d’une illustration apportent un rythme à la lecture et posent des éléments essentiels dans la fluidité de l’histoire. Les filles de la Walïlü possèdent la force que procure la lecture d’un poème tout en emmenant le lecteur au cœur d’un conte intemporel.

Filles de la Walïlü de Cécile Roumiguière, illustration de couverture de Joanna Concejo, l’Ecole des Loisirs, 2020

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Pour Ada, à l’occasion d’une plongée dans l’œuvre de Séverine Vidal, c’est Des Astres qui remporte la palme du coup de cœur du mois de Février. Dans ce roman polyphonique, on entend tour à tour Pénélope nous parler de sa mère puis Romane nous parler de la sienne. De son père aussi. Puis de Pénélope qu’elle découvre à la lisière de ses 18 ans. Son autre mère. La biologique. Celle des premiers chapitres. Du premier chapitre de sa vie. Mais Des Astres, ce n’est pas seulement une histoire de filiation, c’est aussi une histoire d’amour, de désamour, de violence, d’apprentissages. Nombreux. Et extrêmement douloureux. Tant de douleur, je ne croyais pas que c’était possible. Des Astres est vraiment un roman puissant, intense. Un coup de cœur dans le sens premier du terme : à plusieurs reprises, j’ai bien cru que mon cœur prenait des coups.

Des Astres, Séverine Vidal, Sarbacane, 2019.

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Grâce à La fleur perdue du chaman de K, Isabelle et son plus jeune moussaillon ont exploré le Pérou, des Andes à la jungle amazonienne – et cette fameuse année 1986 où les walkmans étaient à la pointe du progrès… Tout était parfait dans ce troisième et dernier « roman-fleuve » de Davide Morosinotto : des personnages irrésistibles, une intrigue captivante, des rebondissements réjouissants et un travail graphique original et sublime. Ode à l’amitié et à l’espoir, un de ces livres qui font naître la passion de lire !

La fleur perdue du chaman de K, de Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle et de Pépita

L’autre coup de cœur de L’île aux trésors est une découverte du plus grand moussaillon qui s’est empressé de la faire découverte au reste de la famille: L’année de grâce, de Kim Liggett. Une dystopie féministe, féroce et galvanisante qui porte haut des valeurs de courage, de solidarité et d’émancipation !

L’année de grâce, de Kim Liggett, Casterman, 2020.

L’avis d’Isabelle

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Dans son MéLi-MéLo de livres, Pépita a vibré intensément lors de cette balade dans DES MOTS EN FLEURS : un livre-herbier pas comme les autres, dans lequel poésie, langage et nature se mêlent. En filigrane, un très beau message d’humanité pour la biodiversité. Un travail éditorial de très grande qualité.

Des mots en fleurs, Marie Colot et Karolien Vanderstappen,
Cotcotcot éditions

L’avis de Pépita

Autre coup de cœur qui nous emmène au pays des contes à l’envers : dans cette Forêt de travers, tout est bancal et ce que c’est chouette ! Plein de surprises vous y attendent. Vous ne verrez plus les contes de la même façon !

La forêt de travers, Marie Colot et Françoise Rogier, A pas de loups

L’avis de Pépita

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Chez Lucie, février a marqué les retrouvailles avec J. K. Rowling : les vacances ont été l’occasion de dévorer L’Ickabog !

Nous n’avons pas boudé notre plaisir de retrouver l’imagination débordante de l’auteure et les thèmes qui lui sont chers comme l’amitié, le courage, le deuil mais aussi les jeux avec les noms et le vocabulaire.

S’il n’atteint ni la profondeur ni l’intensité de la saga Harry Potter, la trame de fond de ce conte autour de la manipulation, du mensonge et des « fake news » incite à une lecture sur deux niveaux à la fois réjouissante et glaçante.

L’Ickabog de J. K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2020.

Les avis d’Isabelle et de Lucie.

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Pour Solectrice, le coup de cœur de février… c’est un album offert par Isabelle (au swap de la nouvelle année) et partagé avec les lutines, passionnément.

Amoureux est un superbe grand format offrant à chaque page tournée un poème tendre et une superbe illustration aux notes d’aquarelle. Odes au sentiment pluriel, ces textes nous donnent des visions multiples d’unions, de désirs et de relations, à tout âge. Un moment de bonheur qui se prolonge en choisissant nos instants préférés et en partageant nos histoires ou autres expériences amoureuses.

Amoureux, Hélène Delforge et Quentin Gréban, Mijade, 2020.
L'avis d'Isabelle, de Linda.

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Pour Linda, le coup de coeur de février va à Le printemps des oiseaux rares de Dominique Demers. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux adolescents que tout oppose, un jeune surdoué solitaire et passionné d’oiseaux, et une jeune fille blessée par une histoire d’amour violente dont elle a du mal à se relever. L’écriture est magnifique et les émotions très justes. Un roman touchant à découvrir dès 14-15 ans.

Le printemps des oiseaux rares de Dominique Demers, Gallimard Scripto, 2021.

Son avis complet est à lire ICI.

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Et vous, quels ont été vos coups de cœurs ce mois-ci ?

Câlins, bisous, tendresse… et sexe !

On ne l’avait jamais fait ! Une sélection ÉROTISME et SEXUALITÉ en littérature jeunesse !

L’idée de cette sélection nous est venue suite à la lecture commune de lundi sur Le Goût du baiser, mais aussi d’une discussion autour des Liaisons dangereuses au moment de préparer notre sélection sur les récits épistolaires. Nous nous étions posé la question (récurrente) de l’âge auquel proposer la lecture de ce type de roman et avions cherché des romans et documentaires jeunesse abordant la sexualité de manière explicite.

Attention, chaud là-dessous !

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Voilà un album tout en poésie, découvert lors de mon premier salon de livre de Montreuil en… 2003 ! Un album osé dont seules les éditions du Rouergue avaient alors le secret, un album qui inaugurait une collection qui ne semble plus exister mais qui était un pari innovant, une collection dédiée aux albums pour adolescent.e.s : doAdo image . Tout d’abord, il y a ce titre merveilleux, une injonction si lumineuse : Amourons-nous ! Et puis ensuite il y a ce format : un grand format carré. Rare, précieux. Ensuite bien entendu il y a le graphisme si particulier de Sabien Clement, ses amoureux aux corps tracés au stylo, en noir et blanc la plupart du temps. Et puis il y a le texte tout en poésie de Geert De Kockere. Un texte qui dit la relation amoureuse dans toute sa sensualité et surtout dans toute sa générosité. On est bien loin du guide pratico-pratique, de l’encylopédie de la sexualité épanouie. C’est juste une histoire d’amour qui s’écrit au fil des caresses, des baisers, des murmures, de ce temps passé à découvrir chaque grain de peau, chaque cil, chaque creux, chaque pli. Une histoire de partage. De confiance.

« Tu portes une chemise
une chemise de nuit,
et tu l’ôtes elle aussi.
Te voilà nuit,
une nuit sans chemise.

Tout au creux de la nuit,
qu’il fait bon ne pas dormir. »

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Un texte fort sur la force du premier amour entravé par des adultes qui font eux-mêmes les réponses sans comprendre. Un texte aussi qui aborde la sexualité, quand elle se découvre et s’expérimente, avec infiniment de réalisme et de beauté mêlés. 

Rien que ta peau, Cathy Ytak,
Actes sud junior, D’une seule voix

L’avis de Pépita

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16 auteur(e)s, 16 nouvelles sur la première fois d’adolescent(e)s.
16 histoires qui abordent tout sans tabou, certaines glauques, d’autres érotiques, jamais pornographiques, toutes sortes de situations voulues, pas voulues, provoquées : l’attente, le coup de foudre, faire comme les autres, dire non et n’être pas entendue ni respectée, la déception ou l’éblouissement, la perte de contrôle, l’abolissement du temps et des corps.

16 nuances de première fois, Collectif, Eyrolles

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A l’occasion de notre lecture commune du Goût du baiser, nous avons présenté la nouvelle collection « L’Ardeur » de Thierry Magnier dont l’ambition est de proposer des romans jeunesse pour « lire, oser, fantasmer ».

Le goût du baiser de Camille Emmanuelle, Thierry Magnier

Retrouvez les avis de PépitaLiraloin et Lucie.

Ce roman nous ayant vraiment plu, nous avons lu deux autres titres qui ne nous ont malheureusement pas autant convaincues que celui de Camille Emmanuelle, mais dont nous souhaitions vous parler dans cette sélection.

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Pépita et Lucie ont ainsi découvert Touche-moi, de Susie Morgenstern.

Touche-moi de Susie Morgenstern, Thierry Magnier

Mais elles n’ont pas retrouvé l’énergie et la liberté de ton qui les avait emballées dans leur première lecture. Si l’auteure aborde avec naturel les rêves érotiques de son héroïne, elles ont été dérangées par les nombreux clichés tant dans la galerie des personnages que dans les situations, et ne voient pas en quoi ce roman pourrait répondre aux questionnements des ados.

Retrouvez l’avis de Lucie.

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De son côté, Colette a lu Toute à vous de Maïa Brami.

Toute à vous de Maïa Brami, Thierry Magnier

Dans ce roman, la narratrice se livre à un jeu littéraire particulier : elle écrit des lettres érotiques à son voisin d’en face, dont les gestes et le corps la font fantasmer alors qu’elle vient de rompre avec son colocataire. Si les choix narratifs me semblaient tout à fait percutants pour évoquer ce qui relève du fantasme et du rôle de la vie psychique dans la sexualité, j’ai été très vite déçue par les clichés que la narratrice alignait dans ses missives. Pas de coup de cœur au rendez-vous, donc. Mais cela ne nous empêche pas de guetter avec curiosité les prochains titres de cette collection audacieuse.

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Pour compléter cette ST, nous vous avons concocté une liste de nos documentaires préférés sur le sujet, dont plusieurs à destination des ados, certains aussi pour leurs parents ! Tous savent trouver les mots justes pour répondre aux interrogations relatives au genre et la sexualité, accompagner, rassurer, sensibiliser aux risques, aux discriminations genrées et au consentement, mais aussi montrer que la sexualité n’est pas un tabou mais quelque chose de naturel et de positif ! Sur un ton naturel et factuel, à la fois simple et précis, qui instaure immédiatement la confiance, ils informent sans détour et déconstruisent les idées reçues avec bienveillance. Des must-have !

Peut-être le plus complet, ce dictionnaire bienveillant de la sexualité qui porte bien son nom est attrayant, instructif et bien construit autour d’entrées alphabétiques.

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité, par Myriam Daguzan Bernier, illustrations de Cécile Gariépy (Éditions du Ricochet, 2020)

L’avis d’Isabelle

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Le suivant aborde de façon plus ciblée les questionnements liés au genre et à l’orientation sexuelle en faisant la part belle aux témoignages et à une iconographie très variée… tout en permettant de faire le plein de bonnes ondes grâce à ses petits mots optimistes !

Je suis qui ? Je suis quoi ? de Jean-Michel Billioud, Sophie Nanteuil, Terkel Risbjerg et Zelda Zonk (Casterman, 2019)

L’avis d’Isabelle

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La première fois que j’ai eu ce livre entre les mains, je me suis dit : waouh !!!! Enfin, un livre qui aborde tout sans complexes, en toute simplicité, avec des questionnements, des réponses, sans tabous, pour découvrir et vivre sa sexualité dans le respect de l’autre. Un must !

Ceci n’est pas un livre de sexe, Chusita, Nathan

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On ne présente plus Isabelle Filliozat ! Sortir en août dernier, ce livre-version poche de Sexpérience sorti en 2019- aborde avec clarté et simplicité les questions des ados sur ce sujet souvent sensible.

Amour, sexe, les réponses aux questions des ados,
Isabelle Filliozat et Margot Fried Filliozat,
Pocket

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Et un livre pour aider les parents ? Quand il s’agit de parler de sexualité, ce n’est pas toujours aussi évident que de leur apprendre à nager ou à marcher ! Comment aborder ce sujet souvent tabou avec eux ? Un livre qui aide à dédramatiser le sujet.

La sexualité de vos ados : en parler, ce n’est pas si compliqué ? Samuel Comblez, Solar

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Voici d’autres références incontournables sur le sujet que nous classons à part car pour la plupart, elles ne sont plus disponibles. Cela dit, elles restent sûrement empruntables dans votre bibliothèque préférée !

Un documentaire épatant qui pose 70 questions de filles et de garçons sur l’amour, le baiser, la sexualité, les sentiments, sans aucun tabou, puisque ces questions, on se les pose tous sans oser forcément les formuler. Les réponses sont très claires et décomplexées. Il en émane également beaucoup de respect et de dédramatisation. Les photographies qui mettent en scène les trente jeunes sont bourrées d’humour et apportent une note de fraicheur que nos ados ne bouderont pas ! Un documentaire au poil !

Est-ce que ça arrive à tout le monde ? Syros

L’avis de Pépita

Entre album et documentaire, voici un ouvrage qui aborde une multiplicité de thèmes : de la procréation aux relations amoureuses avec des illustrations riches. Dommage qu’elle ne soit plus éditée car vraiment elle est top ! Parue en 2013, cette encyclopédie « qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants » a obtenu le Prix Sorcières Documentaires en 2014.

C’est ta vie ! Thierry Lenain et Benoît Morel, Oskar

Un documentaire déjanté qui plait dès dix ans pour son approche décalée, ce qui ne l’empêche pas d’être complet.

Zizi, lolos, smack !! Delphine Godard et Nathalie Weil, Nathan

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Et vous, votre référence sur le sujet ?