Notre auteure essentielle : Jo Witek

Parmi les auteurices qui nous marquent durablement, il y a Jo Witek. Autrice protéiforme, elle écrit tant des albums que des romans noirs, ou des chroniques adolescentes décapantes. A l’ombre du grand arbre, on aime son engagement, sa capacité à dépeindre les émotions adolescentes. Petit florilège des ouvrages qui nous ont touchées.

Jo Witek, photo issue du site des Editions de la Martinière.

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Le choix d’Héloïse

De nombreux romans de Jo Witek ont marqué Héloïse. Elle aime ses romans pour ados, comme la série Mentine, ou Récit intégral (ou presque)… Elle adore ses romans policiers, Rêves en noir, Peur Express, ou encore Un hiver en enfer. Elle a été bouleversée par J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais puisqu’il faut choisir, elle a opté pour J’entends des pas derrière moi, et son format court et percutant.

J’entends des pas derrière moi, de Jo Witek. Nathan, coll. Court toujours, 2021

J’entends des pas derrière moi… C’est la nuit, je suis seule. J’ai peur, j’angoisse. Le moindre bruit me fait sursauter. A tort ? Ou à raison ? Sans pouvoir rien contrôler, ma tête se remplit d’images, toutes plus horribles et stressantes les unes que les autres. est-ce un bruit de pas que j’entends ? Homme, ou femme ? Ami, ou ennemi ?

J’ai peur. Il fait nuit, je suis seule. Vais-je réussir à rentrer chez moi ? Par où passer ? Quel trajet est « sûr » ? Y a-t-il quelqu’un qui guette, dans le noir ? Et si…, et si ?

D’où me viennent ces idées, pourquoi ne puis-je les contrôler ? Pourquoi le fait d’être une jeune femme, seule, la nuit, est-il si effrayant ?

« J’en ai marre de passer pour une dingue alors que c’est le monde dans lequel je vis, qui est malade. »

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Le choix de Lucie

Difficile de choisir, tant d’histoires de Jo Witek semblent essentielles ! Mais Lucie a une tendresse particulière pour les titres publiés chez Actes Sud junior aux couvertures illustrées par Olivier Tallec. Et ne pas parler de Momo, dont la situation est bien plus fréquente qu’on ne le croit, était inenvisageable. C’est donc sur Y a pas de héros dans ma famille ! que son choix s’est porté.

Y a pas de héros dans ma famille !, Jo Witek, Actes sud junior, 2017.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi un roman publié en 2021, J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Une réalité crue et tellement d’actualité, hélas … Pour cet exercice qu’est la découverte d’une autrice ou d’un auteur essentiel(le), Liraloin a choisi d’écrire sous forme de témoignage en reprenant des passages de cette histoire inoubliable.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes Sud Junior, 2021

Efi raconte ce qui lui est arrivé, il y a quelques années …

« Lorsque je reviens chez moi, je suis heureuse comme peut l’être une adolescente de mon âge à l’idée de revoir ma famille. Mais les miens ont la mine grave : « Mon retour ne se déroule pas vraiment comme je l’avais imaginé. Après la lecture du carnet, ma mère me félicite pour mon bon comportement général. Rien sur mes résultats. Je comprends que cela ne compte pas, que cela ne compte plus, et cette nouvelle indifférente m’effraie autant qu’elle me révolte. »

Ne plus se déplacer, s’amuser comme « avant » et qu’est-ce que c’était au juste « avant » ? Ma mère m’incite à me comporter comme une nubile devrait être : soumise, baissant le regard.

Et mon père qui décide de me marier dans moins de trois semaines. Je ne comprends plus rien, paralysée par cette nouvelle je décide d’écrire ce qui m’arrive :

« J’avais compris ; on allait me marier. A ce moment dans ma tête, la guerre a éclaté. Seule sur ma paillasse, j’ai vu des centaines d’images défiler. Le meilleur comme le pire de l’humanité. J’ai vu des bombes, des morts, des injustices, des pierres sur les corps des femmes et des enfants, des hommes enchaînés, des femmes immolées, j’ai vu le monde tel qu’il est, tel qu’il me déplaît et que grâce à internet je sais que je peux changer. J’ai vu le meilleur, le progrès, tout ce qui depuis que je vais au collège me fait rêver. J’ai vu des femmes dignes, fières et libres de choisir leur destin, leurs amours, leur chemin. J’ai vu des astronautes, des écrivaines, des cheffes de gouvernement, des avocates, des scientifiques, des agricultrices, des ingénieures et des marches pacifistes pour défendre l’injustice. Sur ma paillasse, alors que mes parents réglaient avec les étrangers les formalités de mon avenir emprisonné, j’ai ouvert la fenêtre qui donne sur la planète et je me suis fait la promesse de ne jamais laisser personne la refermer. Je suis une fille éclairée et jamais je ne pourrais vivre dans l’obscurité. Ma tête a dit non. Mon corps a dit non. Mes rêves ont dit non. »

Je m’accroche à ces quelques vers appris lors de mes études pour ne pas sombrer dans la folie : « C’est un poème de femme. Le cri d’une empêchée. Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Etes-vous – personne – aussi ? Alors faisons la paire ! Silence ! on nous chasserait – vous savez ! » (Poème d’Emily Dickinson).

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Le choix de Séverine

A l’occasion de ce billet, Séverine s’est replongée avec délice (et une pointe de nostalgie) dans la série d’albums à découpes illustrés par Christine Roussey, chez La Martinière Jeunesse, qu’elle lisait avec ses aînés, d’abord, puis sa plus jeune fille quand elle était toute petite. Dans mon petit cœur, Dans mon sourire, Le ventre de ma maman, Les bras de Papa, Mes petites peurs, et bien évidemment Sous mon arbre 😉! L’univers poétique et doux qu’elles acréé autour des émotions du jeune enfant, tendre, mais sans niaiserie, est un très bel exemple de ses collaborations avec des illustrateur.ices de grand talent, au service de l’enfance. C’est sous la forme d’un poème que Séverine voudrait lui rendre hommage.

Dans les bras de mon papa,

Je ne crains vraiment rien.

Je cache mes petites peurs,

Et quelques gros chagrins.

Il est plus géant que moi,

Pourtant bientôt grande sœur,

Puisque dans le ventre de maman,

Et déjà dans mon petit cœur,

Il y a toi, le bébé, minuscule enfant

Qui agrandira notre bonheur.

Sous mon arbre à histoires,

Je te raconterai, écrits par Jo,

De ses mots les plus beaux,

Illustrés par Christine,

Avec ses meilleures mines,

Les albums les plus tendres.

Lovées dans ma petite chambre,

Ce sera le paradis, nous deux réunies.

Nous formerons fratrie,

et mieux encore, famille.

Quand je pense à tout ça,

Dans mon sourire on voit

Mille étoiles qui scintillent.

Comptine

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Le choix de Blandine

Comme l’ont souligné les autres Arbronautes, Jo Witek a une bibliographie très conséquente, allant de la prime enfance à la grande adolescence. Parmi tous ses livres, le choix de Blandine a été une évidence : le premier qui lui a permis de découvrir Jo Witek, Un jour j’irai chercher mon prince en skate.

Un jour j’irai chercher mon prince en skate. Jo WITEK. Actes Sud Junior, 2013

Ça n’a l’air de rien peut-être aujourd’hui,
Mais pour elle ça voulait dire beaucoup, ceci :
Inversement des mots et des images
Pour un dialogue non genré, surtout moins sage

« Elle ira chercher son prince en skate »
Elle, c’est Fred, dans un titre au rythme sec.
A l’instar de Diane sa tante, elle veut être libre
Elle se revendique « célibre »

A Clémence, les perspectives changent,
Pour d’autres, son démon devient un ange,
Et elle se débat dans ses contraires émotions

On lui avait dit, « c’est comme ça la vie »
entre secrets de famille et contes en féérie
Elle comprend surtout que c’est à elle de se faire son propre avis !

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Le choix d’Hélène

Trop tôt, Jo Witek, Talents Hauts Editions, 2015

Hélène a lu ce titre il y a quelques temps pour la préparation de cet article. Il représente bien l’oeuvre de Jo Witek, qui traite de beaucoup de sujets de société, notamment concernant les femmes.

Ici, c’est l’interruption volontaire de grossesse qui est abordée, au travers de l’histoire de Pia, une jeune femme qui suit sa cousine en boîte de nuit pendant les vacances. A quinze ans, elle veut séduire et elle y parvient. Elle passe une partie de la nuit avec Nathan avec qui elle a sa première relation sexuelle.

Quelques semaines après le retour de vacances, le retour à la réalité est rude puisque la jeune fille s’aperçoit qu’elle est enceinte… Elle fera le choix de l’avortement, soutenue par sa mère. Les réactions des personnages sont très réalistes et le roman est clair sur ce qui se passe, tout en restant délicat sur ce sujet difficile et les sentiments qui traversent l’héroïne. Le ton n’est ni jugeant ni victimisant envers elle, et peut faire de ce titre un bon outil de prévention, par le biais de la fiction.

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Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?

Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

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Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

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Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

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Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

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Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

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Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?

Lecture d’ado : L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet

Théo, 13 ans, est un grand fan des romans d’Yves Grevet. Aussi s’est-il précipité quand il a vu que les éditions Syros publiaient un nouveau titre de cet auteur.
Il l’a aimé et a accepté d’en discuter pour (il l’espère) donner envie à d’autres lecteurs de s’y plonger !

L’archipel des animaux bannis, Yves Grevet, Syros, 2025.

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Comment as-tu connu Yves Grevet et qu’aimes-tu dans ses romans ?

J’ai commencé par sa série Méto que j’avais empruntée à la bibliothèque. Comme elle m’avait beaucoup plu, j’ai ensuite lu Grupp et certains tomes de la série U4, dont celui qu’il a écrit évidemment. J’aime les romans d’anticipation, et dans ceux d’Yves Grevet il y a toujours de l’action et des personnages auxquels on peut s’identifier qui s’opposent aux règles des adultes et de la société qui leurs semblent injustes.

As-tu retrouvé ces éléments dans L’archipel des animaux bannis ?

Bien sûr, et cela m’a plu.

Comment résumerais-tu l’histoire ?

C’est l’histoire de Jarod, un jeune garçon qui vit dans un monde sans nature ni animaux car des crises sanitaires ont touché les humains à cause des animaux. Le gouvernement a donc interdit tout contact avec eux et les a isolés dans des enclos au milieu de nulle part. Avant les crises, Jarod avait un chien nommé Syrius auquel il était très attaché et il a été particulièrement affecté par leur séparation. Avec une amie, il décide donc de partir à sa recherche et de pénétrer dans l’un des enclos.

Peux-tu présenter Jarod, le personnage principal ?

C’est un adolescent auquel on s’attache facilement. Il doute beaucoup de lui-même et il m’a fait de la peine car ses parents sont peu présents et le trouvent fragile et faible. Pour moi ce ne sont pas de bons parents, ils ne lui font pas confiance et ne le soutiennent pas, notamment suite à la séparation avec son chien Syrius qui était son seul ami. Il gagne beaucoup en confiance au contact de Nora mais à vrai dire on se demande un peu ce qu’elle lui trouve au début !

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?

J’ai aimé l’ambiance et les personnages. Surtout Joseph et sa famille. On sent qu’Yves Grevet aime beaucoup les animaux et la nature. J’ai trouvé très intéressant la manière dont l’auteur présente un monde sans animaux de compagnie ni animaux d’élevage. Cela signifie plus de viande, plus de lait (ni yaourt ni fromage), plus d’œufs, plus de miel… un monde vraiment vegan dans lequel les gens sont obligés de prendre des compléments alimentaires. Mais même s’il montre qu’envoyer des animaux à l’abattoir pose question, je n’ai pas eu l’impression qu’il voulait me convaincre de devenir vegan. Tant mieux parce que ça m’aurait agacé.

Jarod et Nora rencontrent différentes personnes dans l’enclos. Qu’as-tu pensé d’elles ?

J’ai bien aimé la diversité des gens qu’ils rencontrent là-bas. Il y a aussi bien des scientifiques que des amoureux de la nature, des gens qui veulent vivre coupés de la civilisation ou encore des personnes qui veulent juste revoir leur animal de compagnie. Différents âges se croisent, et aussi différentes motivations, avec des groupes hostiles voire violents, mais tout l’intérêt est qu’ils ont chacun leurs raisons et des valeurs qui se retrouvent parfois.

En tant qu’adulte, le point de départ avec les restrictions sanitaires m’ont fortement renvoyée à l’époque du covid. Est-ce que tu y as pensé aussi ?

Oui. On ne savait pas si ça allait s’arrêter, ni quand. On se demandait également si ce qu’on nous disait était réel ou exagéré pour que l’on reste chez soi. Ça aurait pu déboucher sur une situation similaire à celle du roman.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Aux amis des animaux, aux fans d’Yves Grevet et à ceux qui aiment les romans d’anticipation. Il est super, j’espère qu’il y aura une suite !

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Merci à Théo d’avoir partagé son avis et aux éditions Syros de lui avoir permis de lire ce roman !

Billet d’été : voyages : quête initiatique, quête de liberté ou d’une nouvelle vie…

Après les échappées lointaines de Liraloin et Héloïse, après les échappées graphiques de Lucie et enfin les échappées familiales de Séverine...

Cet été, Héloise – Ileautresor avait envie de parler du voyage qui devient une quête initiatique : comme dans celui du Passager de l’été (Jean-Philippe Blondel) vers le Nord de l’Europe ou dans celui du Don de Lorenzo enfant de Camargue (Michaël Morpurgo). Le voyage peut être aussi l’occasion de se retrouver en famille en traversant l’océan comme dans Rio et la baleine perdue (Hannah Gold).

Mais le voyage peut toutefois ne pas être un choix : dans Alma : le vent se lève, Timothée de Fombelle évoque la traversée des natifs d’Afrique, contraints d’embarquer à bords de navires en partance pour les îles… Désormais, les voyageurs seront en quête de liberté : ils rechercheront leurs proches et leur bonheur perdu.
Le voyage peut enfin être entrepris pour avoir de meilleures conditions de vie – comme dans Au bout des longues neiges (Jean-Côme Noguès) qui met en scène des pionniers partis d’Irlande vers le Nouveau Monde. Le départ était alors entrepris en chariot ou en caravane pour découvrir le sol canadien à la conquête de nouvelles terres vers un rêve de vie meilleure.

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Dans le Passager de l’été, Jean-Philippe Blondel nous présente le beau projet de Samuel : travailler dur dans la restauration pour s’offrir un voyage en train avec son ami.
Tout à coup, tout s’effondre… son meilleur ami, Adrien le « lâche » : il préfère des vacances au soleil…
Mais Samuel tient bon. Il décide de partir malgré tout. C’est une quête. Rien ne lui fera renoncer à son projet de voyage. Seul, avec son sac sur le dos, Samuel va apprendre à se débrouiller.

Amsterdam. Hambourg. Copenhague. Lund. A chaque étape, a lieu une nouvelle rencontre avec une personne qui lui confie son histoire. Désormais, chaque rencontre est comme une histoire au coeur de l’histoire : une mise en abyme… qui vous emporte encore ailleurs.
Mais ce voyage permet aussi de savoir que les personnes rencontrées ont parfois des secrets qui les ont transformés.
Petit à petit, il se découvre lui-même.
J’ai adoré ne pas savoir où ce voyage me conduirait ni quels récits je connaîtrai avec Samuel… qui se découvre lui-même.
Ce roman est une quête initiiatique, qui permet bien sûr à Samuel de partir à la recherche de soi-même.
A la fin de ce voyage, Samuel se sera aussi métamorphosé. Il a grandi intérieurement. Vers plus de maturité.

C’est une aventure passionnante, un roman rythmé, comme je les aime… Avec ce livre, j’ai découvert l’auteur : Jean-Philippe Blondel, et je ne le regrette pas… le temps d’une lecture, il m’a emporté de ville en ville – d’étape en étape – et j’ai beaucoup aimé ce tour d’Europe. Ce livre, c’est une vraie traversée. Un roman passionnant. Une découverte. Dans la relation à d’autres, c’est aussi une vraie découverte de soi-même, d’un soi en devenir… Dans une quête tout aussi passionnante qu’un tour en Europe…

Passager de l’été, Philippe Blondel, Actes Sud Jeunesse, 2023.

Rio et la baleine perdue de Hannah Gold raconte la très belle histoire sur un enfant parti rencontrer sa grand-mère inconnue. Là, le voyage en mer conduit à un retour vers ses origines à travers un merveilleux amour pour les baleines.

Rio et la baleine perdue, Hanna Gold, Seuil jeunesse, 2024.

Le don de Lorenzo de Michaël Morpurgo est un roman attachant, qui parle d’amitié et de rencontres, avec en toile de fonds la Camargue. Vincent, le narrateur, visite la Camargue, le pays des chevaux sauvages et des flamants roses. Il rencontre Kenza, qui le soigne, et Lorenzo, un jeune garçon qui tisse un lien particulier avec les chevaux sauvages et les flamants roses caractéristiques de cette région. L’histoire parle de la rencontre entre Kenza, une enfant du voyage, et Lorenzo, qui a un véritable don pour soigner les animaux sauvages. Le roman a aussi pour sujet l’amitié qui lie les différents personnages, une amitié indéfectible tissée au cours du temps, liée aussi à la liberté et à la vie sauvage, dans la nature camarguaise, au milieu des étangs et des marais. Un roman sur la rencontre de différences et d’amitiés dans ce voyage au pays des chevaux blancs et des flamants roses: les animaux blessés que Lorenzo aime et excelle à soigner.

Le don de Lorenzo, Michael Morpurgo, illustrations de François Place, Folio Junior, 2022.

Dans Alma : le vent se lève (premier tome d’un trilogie), Timothée de Fombelle invite le lecteur dans la vallée d’Afrique où vit paisiblement une famille, celle d’Alma, comme dans un petit paradis. Cependant, Lam, le petit frère d’Alma, a disparu. Qu’est-il devenu ? A-t-il trop écouté les histoires qu’ inventait Alma pour lui ? Leur père les avait pourtant bien mis en garde… Nul ne pouvait entrer ou sortir de la vallée !
Par ailleurs, un beau navire, la Douce Amélie, est prêt à prendre le large, toutes voiles dehors : à son bord, les matelots ont embarqués, prêts à partir à l’aventure. Un clandestin, Joseph Mars, et le redoutable capitaine Gardell sont à la recherche d’un trésor.

C’est aussi l’histoire de la famille d’Alma. Cette dernière vivait heureuse, cachée dans une vallée à l’abri des regards… avant que les marchands d’esclaves ne menacent leur bonheur. Tous les membres de leurs famille sont éparpillés dans le monde entier … Ils vont être embarqués dans de beaux navires, en partance pour les îles ou l’Amérique…

C’est un roman d’aventures avec des pirates et une belle demoiselle de la Rochelle : Amélie, une jeune fille de bonne naissance mais qui va se livrer au commerce triangulaire pour ne pas perdre ses précieuses ressources.
C’est une belle histoire à la fois poétique et romanesque qui permet de voyager à bord d’un navire, la Douce Amélie (un bien doux nom pour un navire de traite d’esclaves). Il s’agit d’un récit qui permet de faire connaissance avec des pirates à la recherche d’un trésor… ou peut-être juste avec des personnes qui sont en quête d’un bonheur perdu et voudraient juste retrouver leurs proches et leur liberté…

Alma, Le vent se lève, Timothée de Fombelle, illustrations de François Place, Gallimard jeunesse, 2020.

Au bout des longues neiges de Jean-Côme Noguès est un roman historique agréable à lire. L’histoire se déroule en Irlande, au milieu du XIXe siècle. Or une grande famine ravage tout le pays.

La famille O’ Connell décide de partir pour le Canada. Ce départ peut-être lui permettre de survivre… Après une longue marche, tous les membres de la famille embarquent à bord d’un voilier vétuste. Parviendront-ils à bon port ?
Après la traversée sur le bateau délabré, la famille irlandaise finit par se retrouver à terre au complet. Ils sont enfin arrivés au Nouveau Monde !
Il faut encore marcher jusqu’à la concession située après le confluent où la rivière Saguenay se jette dans le St Laurent.
Mais les difficultés ne sont pas terminées, loin de là…

Tous les soirs, Dennis Hopper, le responsable de la caravane, installe le campement en plaçant les chariots en cercle sous bonne garde. Petit à petit, les voyageurs se rapprochent de leur concession – qui font encore partie des « terres indiennes ».

Quand enfin le père O’Connell prend possession de ses terres, il faut encore défricher la terre du potager… C’est un travail considérable et de longue haleine pour parvenir à s’implanter.
Mais Finn parvient toutefois à courir dans les bois. Il retrouve enfin sa liberté de mouvement. Il rencontre alors un jeune amérindien sourd-muet, avec qui il va lier amitié : Plumes-Noires.

Ce dernier lui apprend à marcher sans bruit sur les sentiers de la forêt. Il l’emmène aussi dans un canoë sur la rivière jusqu’à un superbe lac canadien. Ainsi, petit à petit, Finn découvre le sol canadien.
C’est un roman historique bien écrit, accessible et agréable à lire. J’ai bien aimé ce récit d’aventures qui décrit la dure vie des pionniers, leur rencontre avec les premiers amérindiens et la solidarité dont font preuve les pionniers entre eux. Un roman d’aventures captivant, avec des passages sur la beauté de la forêt canadienne à la fin de l’été.

Au bout des longues neiges, Jean-Côme Noguès, Nathan, 2014.

Et vous, quels titres auriez-vous proposé ?

Prix ALODGA 2025 – catégories Belles branches et Grandes feuilles

Nous vous en parlons depuis des semaines, voici enfin la nouvelle édition du Prix ALOGDA ! Comme les années précédentes, nous avons sélectionné trois titres dans six catégories différentes :

  • Belles branches (romans ado)
  • Grandes Feuilles (romans jeunesse jusqu’à 11 ans)
  • Petites feuilles (albums pour « grands »)
  • Brindilles (albums premier âge)
  • Branches dessinées (BD)
  • Racines (documentaires)

Durant trois semaines, nous vous présenterons deux de ces catégories, ainsi que les titres concernés, et nous vous inviterons à élire votre préféré. Les votes se termineront le 6 juin 2025 à 20h30, et nous annoncerons les lauréats le 9 juin à 8h !

Ouvrons dès à présent le bal avec les romans ados et jeunesse !

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Catégorie Belles branches

Dans cette catégorie, 16 titres étaient en lice. Nous avons lu frénétiquement, avec délectation et naturellement certains romans se sont démarqués. Voici notre trio de tête avec comme vous pouvez le constater : des titres tous très différents des uns des autres et heureusement d’ailleurs !

Angélino est un jeune adolescent en décalage avec les autres doté d’une candeur qui le rend si attachant. Le jeune garçon ne veut pas se séparer de son ami Krok. Malheureusement, ce jeune gars se retrouve bousculé dans son bonheur par les décisions des adultes, par la sauvagerie du monde. Mais bien vite, il va changer, se rendre compte que ce n’est pas une vie pour lui. Une prise de conscience qui se fait tout en douceur…

Il y a beaucoup d’humour dans ce texte malgré les propos qui nous donnent à réfléchir sur la captivité des animaux. C’est un roman qui est donc à la fois drôle, parce parfois bien farfelu, mais aussi émouvant, et pédagogique. Une lecture fun et sérieuse.

Krok d’Hervé Giraud, Thierry Magnier, 2024

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Arsinoé Ouvrard est coupable d’avoir aimé « l’ennemi », d’avoir découvert l’Amour avec Hannes. « Jugée » coupable d’aimer, cette femme est humiliée, abandonnée à la violence masculine de ses compatriotes. Des hommes cherchant la gloire dans la détresse de ces femmes. Le destin de ces « poules à boches » rappelle que les dérives existent dans tout mouvements de foules.

Ce roman, également sélectionné pour le Prix Vendredi cette année, nous a bouleversées. Un roman court et puissant qui nous rappelle des faits historiques peu exploités en littérature et notamment dans celle destinée aux adolescents.

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Dans la tête et dans le corps de ce jeune garçon, rien ne va plus depuis des mois. Il suffit d’un mot, d’une phrase, d’une circonstance trop forte pour que tout bascule. Pas un signe avant-coureur, pas un cri, juste une respiration qu’il faut apprendre à régler pour se donner du courage. S’enfermer n’est pas un choix mais une survie qui s’organise. Dans ce roman, aussi sélectionné pour le Prix Vendredi de cette année, on s’interroge avec lui : que s’est-il passé ? Crise d’adolescence ou prise de conscience ?

La réponse ouvre la réflexion sur le rapport compliqué au monde d’une jeunesse qui a de plus en plus de mal à respirer… Pourtant, on continue à croire que l’espoir jamais ne s’essouffle et cela fait aussi la force du roman : rester optimiste. Un roman qui nous fait entrer en totale empathie avec le personnage principal et son entourage.

La cabane de Ludovic Lecomte, Ecole des Loisirs, collection : M+, 2024

À vous de voter pour départager ces titres !

Quel titre de la sélection "Belles branches" préférez-vous ?

  • KroK (56%, 232 Votes)
  • Vindicte (41%, 170 Votes)
  • La cabane (3%, 14 Votes)

Total Voters: 416

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Catégorie Grandes feuilles

Nous avons dévoré les 11 titres présélectionnés avec nos yeux d’enfants, c’est-à-dire curieuses de découvrir des univers éclectiques et extra-ordinaires, qui ont à nous dire quelque chose du monde. Histoires fortes ancrées dans l’imaginaire, fictions réalistes ou récits autobiographiques, d’hier, d’aujourd’hui, ou dans un passé dont il s’agit de tirer les leçons, nous avons plongé avec plaisir dans ces romans qui aident à grandir et à comprendre, sans perdre de vue le plaisir de lire.

Pour le trio de tête, la famille, même dysfonctionnelle, est presque le premier rôle de l’histoire. Les ambiances et les styles sont bien différents, sur des thématiques (très) fortes.

Coup de cœur presque unanime pour ce roman qui coche de nombreuses cases : originalité, humour, découverte, réflexion. C’est un ouvrage étonnant, qui change de ce que l’on peut lire aujourd’hui. Le génie sous la table, c’est lui, l’illustrateur Eugène Yelchin, Yevgeny, de son vrai prénom, un enfant qui grandit en URSS et qui a du mal à trouver sa place, coincé entre le talent de son frère aîné, la gouaille de sa mère, ou les rêveries de son père. Espionnage, antisémitisme et conditions de vie précaires…tel est le quotidien de cet enfant, dont nous avons adoré suivre les réflexions et sa vision des rouages et des dérives du communisme. Des sujets graves, mais son regard à la fois naïf et interrogatif sur ce qui l’entoure apporte beaucoup de fraîcheur.

Le génie sous la table, d’Eugène Yelchin, L’Ecole des loisirs, collection Neuf, 2024

A la poursuite des animaux arc-en-ciel est une lecture exigeante, parfois difficile, qui traite d’un sujet peu exploité en littérature « juniors » : la dépression. Il raconte quelques semaines de la vie de Nora, 10 ans, dont la maman solo souffre de cette maladie, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Seule, très mûre pour son âge, la petite fille vit en fait dans une sorte de déni, s’auto-persuadant que tout va bien, qu’il n’y a aucun problème, que sa vie est normale. Jusqu’au jour où commencent à lui apparaître des animaux qu’elle seule peut voir…Sur le fond, très belle trouvaille que ces animaux arc-en-ciel, qui vont se succéder pour aider Nora à aller vers les autres et accepter de se faire aider, jolie fin ouverte mais sans angélisme. Sur la forme, les arbronautes ont particulièrement apprécié l’objet-livre : couverture cartonnée, titre scintillant, dos graphique, illustrations soignées, police aérée, et plusieurs bonus en fin d’ouvrage.

A la poursuite des animaux arc-en-ciel, de Sarah-Ann Juckes, illustré par Sharon King-Chai, Little Urban, 2024

Harlem, le court roman d’Anne Cortey, illustré par Chales Berberian, est largement inspiré d’une histoire vraie, celle d’une amie de l’autrice ayant grandi dans ce quartier emblématique de New York, dans les années 60. A l’époque, la ségrégation raciale bat son plein, mais la lutte pour les droits civiques émerge et l’on découvre au fil des pages les espoirs nés des actions de Martin Luther King ou Rosa Parks. Nous avons admiré ses deux petites héroïnes au caractère bien trempé, qui refusent que leur couleur de peau les sépare. Un belle histoire pleine de sensibilité, joliment illustrée, dont le message général est porteur d’espoir, invitant à réfléchir, avec bienveillance, à la justice et à l’égalité.

Harlem, d’Anne Cortey, illlustré par Charles Berberian, L’Ecole des loisirs, collection Neuf, 2024

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  • A la poursuite des animaux arc-en-ciel (57%, 58 Votes)
  • Harlem (30%, 31 Votes)
  • Le génie sous la table (13%, 13 Votes)

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