Lecture Commune : Dans les yeux

Quel merveilleux titre pour une lecture commune, non ?

Il y a des albums qui vous remuent dès leur première lecture et cet album-là « Dans les yeux » de Philippe Jalbert chez Gautier-Languereau est de ceux-là.

Une lecture commune s’imposait de toute évidence…

Difficile néanmoins en quelques échanges virtuels de circonscrire toute sa richesse.

Si vous l’avez lu, vous êtes chaleureusement invité.es à nous faire part de votre ressenti !

 

Pépita : Dans les yeux…que vous a d’emblée inspiré la couverture de l’album ? Aviez-vous une idée ou pas de son contenu ? Pouvez-vous décrire en quelques mots ce qu’elle a évoqué pour vous en résonance avec les trois mots du titre ?

Sophie : J’avais pas vraiment d’a priori sur ce que j’allais lire. J’aime bien ouvrir un album sans réfléchir. D’ailleurs je ne crois pas que je savais qu’il s’agissait du Petit Chaperon Rouge, juste que c’était un album fort !

Colette : Un œil de bête, un œil de femme. Une confrontation, un affrontement des regards. Mais d’égal à égal comme semble le suggérer la symétrie qui structure la couverture. Des récits de combat entre des humains et des animaux, la littérature en est riche, ne restait plus qu’à suivre les pages pour savoir où mènerait ce combat.

Bouma : De manière globale, j’aime le travail de Philippe Jalbert et suis donc toujours curieuse de découvrir son dernier album. Pour celui-ci, en voyant la couverture, je me suis dit que deux points de vue allaient être proposés. Après à savoir s’il s’agissait d’une confrontation… ne me restait plus qu’à l’ouvrir !

Alice : Quels regards !!! On ne peut être que happé par ses yeux qui semblent vous interpeller et vous suivre quel que soit le sens dans lequel vous tenez le livre. Ils vous invitent à en tourner les premiers pages pour plonger au plus profond de leur âme. Une couverture sauvage et mystérieuse…

Pépita : Personnellement, j’y ai vu un œil d’enfant et un œil de bête, avec des couleurs inversées : du blanc et du noir. Du rouge intense comme un feu ardent. D’un côté l’innocence et de l’autre la sauvagerie. Comme toi Bouma, j’apprécie beaucoup le travail de cet auteur-illustrateur mais là, quelque chose me disait qu’il changeait de registre.
Alors oui, ouvrons ce livre ! Votre toute première impression sur cette construction pas banale à la fois dans le fond et la forme ?

Colette : Je me souviens très bien de ma bibliothécaire préférée complètement enthousiasmée par cet album qu’elle venait de découvrir et qu’elle tenait à me faire partager ! Ma première impression a été guidée par son regard, car comme à son habitude quand elle aime très fort un livre, elle l’a feuilleté pour moi en direct, en me lisant les premières pages de sa voix inimitable 🙂 L’alternance des pages noires et des pages rouges est particulièrement judicieuse et riche d’un point de vue analytique, le lecteur est plongé dans une double lecture dès le départ quant à l’image, même si la narration, elle, est linéaire – si mes souvenirs sont bons… Nous sommes obligés d’adopter un point de vue dédoublé ce qui crée le trouble.

Alice : La construction s’impose au lecteur assez facilement sans que des codes soient donnés. Finalement, cette alternance de point de vue et de prise de parole sans que les personnages ne soient identifiés, les rend tout de même identifiables. C’est assez finement joué par l’auteur. Je me suis d’ailleurs amusée la deuxième, troisième lecture de ne lire que les pages de droite ou que les pages de gauche … cela modifie toute l’ambiance !

Sophie : La couverture trouve son sens dans ces premières pages. On comprend alors les deux points de vue qui nous sont proposés progressivement : d’abord juste la page de droite puis les deux pages en vis-à-vis.

Pépita : Oui j’ai aussi été happée de suite par cette construction qui crée beaucoup d’implicite et une simultanéité dans l’instant vécu par chaque protagoniste.
Et comme toi Alice, j’ai fait la même chose : ne lire qu’une seule voix et c’est très troublant. Parce que quand même, outre la force de la mise en page, cet album ,c’est d’abord des voix et du bruitage. Des interpellations aussi qui créent encore plus de suspense dans ce qui va advenir.
Parce que disons-le : c’est du conte du petit Chaperon rouge qu’il s’agit ! Pensez-vous que cette version le renouvelle ou au contraire le prolonge ?

©Philippe Jalbert- Site : Gautier-Languereau

Bouma : Clairement, pour moi, Philippe Jalbert a réussi à détourner ce conte mythique de manière impeccable et dépoussiérée. Aborder le point de vie des deux personnages antagonistes, faire s’affronter leurs visions des choses, ça demande forcément au lecteur de trouver l’entre-deux. Et ça m’a rappelé une citation de Mark Twain « Il y a deux facettes à toute histoire et puis il y a la vérité.

Sophie : Pour moi c’est un prolongement du conte, dans le sens où on entre dans toute la subtilité des personnages. Si la personnalité du Petit Chaperon Rouge n’est pas une énorme surprise, pour le loup c’est différent. Je trouve que là où le conte traditionnel pose simplement un personnage de méchant, dans cette version on va plus loin. On voit le besoin de survie de l’animal, la nécessité de manger, cela nuance la méchanceté attitré du loup parce qu’on se met à sa place aussi.

Colette : Ce qui est toujours jouissif avec les albums qui revisitent les contes c’est d’abord le plaisir de la reconnaissance de la référence intertextuelle, le plaisir de la connivence avec les artistes à l’origine du livre ; c’est d’entrée de jeu comme si on se murmurait « oui, je vois très bien de quoi tu parles » et cette connivence pour le lecteur adulte ou enfant appelle aussitôt une interrogation sur ce qui sera nouveau cette fois. Ici c’est une réécriture très proche du conte de Perrault mais le jeu des points de vue auquel s’ajoute celui des paroles rapportées nous plongent dans une lecture très cinématographique et beaucoup plus agressive de l’histoire du petit chaperon rouge. En effet le jeu des cadrages est incisif, le rythme haché, une structure qui semble déjà contenir la violence finale.

Pépita : Moi aussi clairement, cette version là (mais s’agit-il d’une version ?) va bien au-delà. J’ai été bluffée par cette construction. par ses différents niveaux de positionnement, par son côté à la fois suggestif et cru.
Avez-vous remarqué un renversement au cours de l’histoire ou est-ce que je me trompe ?

Alice : SI je me souviens bien, le petit Chaperon rouge n’apparaît pas de suite mais est clairement identifiable grâce à son capuchon qui se détache dans une illustration très sombre. Ce n’est qu’à partir de ce moment là que le lecteur fait le rapprochement… Les points de vue sont en effet très pertinents et s’affrontent comme pour nous rendre l’histoire/ le conte encore plus concret. C’est à la fois surprenant et presque si évident …Un renversement ? Il Va falloir nous en dire plus…. Je ne vois pas …

Bouma : Après relecture je n’ai toujours pas vu ni lu cette inversion. Pour moi, on voit les scènes de gauche à travers les yeux du loup et celles de droite avec ceux du petit chaperon rouge. Normal donc que les images finales soient des gros plans sur la peur dans les yeux de la petite fille pour le loup et la gueule béante de l’animal pour elle. C’est un habile jeu de focale et de gros plans qui m’a franchement séduite.

Pépita : En fait, j’ai remarqué que du moment que le petit chaperon rouge entre dans la maison de sa grand-mère, elle se retrouve cette fois page de gauche et le loup page de droite, ce qui est l’inverse des pages précédentes. Comme un point de non retour. J’ai trouvé ce basculement très signifiant. Comme si elle était déjà avalée, qu’elle ne peut plus déjà sortir de l’illustration. Et tu le dis très bien Céline, elle apparaît d’abord comme un petit point rouge puis elle n’est suggérée que par une image avec une voix off, tout comme le loup, puis ils se retrouvent face-à-face, presque timidement et innocemment je dirais. Les personnages sont d’ailleurs au fur et à mesure de plus en plus imposants. Ce qui me permet d’aborder ce qui me semble être un autre élément essentiel de cet album : la PEUR.
Elle est partout, non ? C’est le « personnage » principal non ? Comment l’avez-vous ressentie ?

©Philippe Jalbert-Site : Gautier-Languereau

Sophie : C’est vrai que la peur est omniprésente tout du moins pour le lecteur. En fait au début, c’est surtout le loup qui a peur : peur des hommes, peur de perdre sa proie… Celle du Petit Chaperon Rouge n’arrive que tardivement car au début, elle est plutôt sereine. Elle prend les conseils de prudence de chacun mais ne montre pas vraiment d’inquiétude. C’est sûrement cette naïveté qui conduit à l’aboutissement.

Bouma : Je n’irai pas jusqu’à en faire le point central. Il y a une tension qui se développe et qui monte crescendo pour le lecteur. Pour moi, elle vient du décalage entre la lenteur de la petite fille qui parcourt la forêt et la rapidité du loup à arriver chez la grand-mère. Et comme en plus, on connait la fin de l’histoire… Mais c’est mon point de vue d’adulte et je comprends que les enfants y voient une peur inébranlable

Colette : Moi personnellement, j’ai surtout apprécié les cadrages plus ou moins resserrés, les premières pages, d’abord du noir, puis un flou, puis un paysage qui s’élargit de plus en plus, comme si le loup naissait à ce moment de l’histoire, comme s’il n’existait pas avant que le petit chaperon rouge ne sorte de chez lui, j’ai été particulièrement sensible à l’esthétique – les illustrations de Jalbert me rappellent les gravures du XIXe siècle dans leur souci du détail (j’aime tout particulièrement la page représentant l’oiseau sur une branche, quelle poésie)- j’ai été également sensible à la structure circulaire de l’histoire – on ouvre sur une page noire, on ferme sur une page noire avec cette inversion qu’a soulignée Pépita, comme si tout était voué depuis le début au néant, à l’obscur mais la peur je ne l’ai pas ressentie. Par contre, je peux témoigner que mon Petit-Pilote de 4 ans a complètement été terrorisé par cette histoire ! Il n’a plus voulu qu’on la relise et il a clairement identifié ce livre comme étant de ceux qui font VRAIMENT peur, pas la peur pour « de rire », la peur telle qu’elle pourrait bien surgir s’il se promenait dans les bois et se retrouvait en tête à tête avec cette bête au regard rouge. Il y a un côté extrêmement réaliste dans cet album, dans ses illustrations, qu’on ne retrouve pas dans le conte traditionnel et qui visiblement amplifie le sentiment de peur de l’enfant.

Pépita : Et justement, tu me tends la perche Colette à propos des illustrations : il y a effectivement un mélange de modernité (les carrés) et de « désuétude » (les gravures) dans cet album. Est-ce que cela vous a à toutes élargit le regard ou au contraire avez-vous trouvé que c’était trop conceptuel ?

©Philippe Jalbert-Site : Gautier-Languereau

Colette : Cette alliance modernité / gravure c’est ce que j’ai préféré en tant qu’amatrice d’albums, je trouve que c’est l’originalité essentielle de ce livre qui pour moi est une ode aux regards pluriels que l’on porte sur le monde, la nature, l’autre et sur… l’art.

Sophie : J’ai beaucoup aimé les gravures. Je trouve que ça ramène un peu aux origines du contes avec les illustrations de Gustave Doré.

Bouma : J’ai trouvé que cela allait avec la veine des albums un peu « vintage » qui sortent en ce moment. Et je rejoins Sophie sur la référence à Gustave Doré. En fait, je trouve que ces gravures obligent le lecteur à une certaine attention du regard. On est obligé de faire attention à l’ensemble de la scène et à ses petits détails pour en comprendre toute la signification. Et s’il fallait rajouter quelque chose, je dirai que Jalbert a réussi à laisser transparaître malgré tout son trait si reconnaissable, ce qui n’est pas si évident quand on change de manière d’illustrer.

Pépita : Il y aurait beaucoup à analyser dans cet album si riche dans sa relecture prolongée de ce conte si célèbre, et vos réponses très précises en témoignent. Pour terminer, j’aimerais vous demander : qu’est-ce qui vous a le plus touchée à cette lecture ? Comment définiriez-vous cette émotion ?

Alice : Ce qui m’a plu c’est l’inattendu. L’inattendu pas dans le dénouement, certes… mais dans l’angle d’approche. Moi j’aime quand les albums me surprennent, m’amènent sur un chemin inhabituel, voire mieux que je ne peux pas imaginer l’histoire à la simple vue de la couverture, à la lecture du titre ou de la 4ème de couverture. Et c’est exactement ça ici ! J’aime aussi quand les albums sont intelligents. J’entends par là, que tout est suggéré mais que cela n’entrave en rien la compréhension, tout en laissant à chacun une porte ouverte vers l’imagination. J’apprécie ces albums ingénieux !

Colette : J’ai été impressionnée, comme lorsqu’on est au pied d’une oeuvre d’art beaucoup plus grande que nous, comme aux pieds d’un géant,chaque page était un peu comme un vertige. C’est difficile à expliquer mais c’est comme si cet album étirait notre champ de vision.

Bouma : En ce qui me concerne, c’est la curiosité qui a guidé ma lecture du début à la fin. Attendre avec impatience la page suivante, faire attention aux détails, prendre plaisir à lire et à redécouvrir plusieurs fois l’histoire… tout cela renforce mon appréciation de l’album. Et puis j’ai l’impression que Dans les yeux a capté mon propre regard pour me questionner sur ma compréhension et ma vision de ce conte classique.

Sophie : Pour moi, ce serait plus le point de vue du loup qui donne une autre perspective à ce personnage.

Pépita : Pour ma part, cet album a totalement changé mon regard sur ce conte le plus lu. Sa vision cinématographique offre un élargissement du regard tel qu’à la fin j’ai presque cru que le Petit chaperon rouge s’en est sorti, c’est vous dire ! Et puis non, le conte finit bien comme dans la tradition. Mais j’ai trouvé cela incroyable qu’il puisse changer votre perspective à ce point.

 

En prolongement à cet échange, nos chroniques respectives sur chacun de nos blogs :

Sophie pour La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Alice pour A lire aux pays des merveilles

Pépita pour Méli-Mélo de livres

 

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Lecture commune : Barracuda for ever

Un de ces livres qui résonne dans nos cœurs et qu’on ne veut pas lâcher, conscients des instants fragiles qu’ils nous fait vivre auprès d’un étonnant grand-père.

Un de ces livres qui nous fait rire aussi car la vie est ainsi : des chocs aux instants de poésie, le rire nous vient.

 

Un de ces livres qui nous réunit. Alors pour cette lecture commune, on s’est transmis le fil des questions pour échanger nos impressions.

 

C’est Chlop qui commence :

Dans les premières pages, nous faisons la connaissance de Napoléon, qui divorce de sa femme parce qu’il souhaite « se renouveler ».
Drôle de personnage, il suscite immédiatement la curiosité. Quelles ont été vos premières impressions sur cet étonnant personnage?

Pépita : A vrai dire, j’ai été assez ml à l’aise au début face à ce personnage que j’ai trouvé désagréable au possible, « brut de décoffrage » ! Mais connaissant la plume de Pascal Ruter, j’ai vite compris qu’il y avait autre chose derrière et que je ne serais pas au bout de mes surprises dans ce roman et c’est pas peu dire !

Bouma : Moi je l’ai adoré. En me disant, put*** j’aurais aimé un grand-père comme ça capable de faire les 400 coups sans se préoccuper de son âge ni de son entourage ! Après j’ai bien compris que pour le reste de la famille ce type de caractère n’est pas facile à gérer et il est peut-être plus facile à imaginer, à fantasmer qu’à vivre vraiment.

Solectrice : Décontenancée par une telle décision, j’essayais plutôt d’imaginer ce qui pouvait motiver ce vieux bonhomme à agir ainsi… Une telle figure ne m’a pas tellement surprise non plus car je sentais, comme Pépita, que j’allais découvrir un personnage rocambolesque dans ce roman à la couverture colorée !

Chlopon se demande un peu au départ sur quoi on va tomber mais on sent une histoire dynamique, ça semble plutôt joyeux, un peu rock’n’roll et le gant de boxe intrigue.


Le roman est sorti en même temps dans une collection adulte, et les indices sur la couverture sont assez différents : une montgolfière qui s’élève dans les airs, ce n’est pas du tout la même symbolique et ça met en avant un aspect de l’histoire qui passe au second plan dans la version de Didier jeunesse.

Pépita : Tout de suite, quelque chose qui va décoiffer mais avec sensibilité (connaissant l’auteur) et une allusion à une chanson de Claude François ! Quant à la couverture, elle est en jeunesse pétillante ! Et j’aime beaucoup le fait que ce roman ait été publié aussi en adulte.

Bouma : La référence à Claude François et les références de l’illustration donnent un côté très vintage à cette première de couverture pour moi. Mais quand on commence la lecture du roman on y voit presque une définition du personnage de Napoléon, ce grand-père marginal qui tient une place toute particulière dans la vie du héros. Non ?

Chlop : Oui, absolument, cette couverture, c’est lui, d’ailleurs à mes yeux, le véritable héros du livre c’est Napoléon.

Solectrice : La couverture ? Ce n’est pas ce qui m’a séduite. Des couleurs acidulées et un assemblage hétéroclite dont les objets m’attiraient guère. Mais, le titre, un peu kitsch, m’a fait penser à un tatouage et cela m’a bien intriguée.

Pépita : Elle est très stylisée cette couverture, pleine des symboles de ce qu’est ce personnage. Elle fait davantage référence à un adolescent je trouve à première vue !

Chlop : Justement, Napoléon, n’est-ce pas un peu un éternel adolescent ? C’est une des grandes réussites de ce roman d’ailleurs, de décloisonner les générations.

Bouma : Exactement ! J’aime bien ce terme « décloisonner les générations ». On le voit dès les premières pages. Napoléon c’est un sacré personnage (le prénom donne aussi un indice).

Pépita : Moi il m’a agacée au départ, je me suis dit, mais c’est quoi cet hurluberlu qui fait de la peine à tout le monde ? Il ne ménage que son petit-fils. Belle relation ceci dit entre eux. Et puis, peu à peu, la carapace se fendille et on découvre un être hyper-sensible, qui a une trouille bleue de la mort. Il devient très touchant. Les secrets révélés en ajoutent un peu plus à son aura d’homme de grand cœur. Du coup, on en pleurerait presque. Un grand-père qui refuse la fatalité, qui veut lutter, vivre jusqu’au bout pour ne rien regretter.

Bouma : En quoi diffère-t-il de la figure habituelle du grand-père ?

Chlop : En tout ou presque. On trouve des grands-pères acariâtres dans la littérature, mais celui ci est plus complexe, comme Pépita je l’ai trouvé profondément agaçant (il apparait d’abord comme égocentrique au possible) et rapidement touchant, fragile, assez marrant aussi. On se demande si il est excentrique par nature ou si c’est qu’il perd un peu la boule.
Avec son fils, il est au delà de la maladresse, on comprend que ça a du être très difficile de grandir en cherchant en vain l’approbation de ce père, mais avec son petit fils il arrive à nouer une relation vraiment émouvante.

Solectrice : Il peut tout aussi bien nous paraître odieux et tendre, en cela il peut sembler un grand-père ordinaire. Mais c’est un drôle d’oiseau, une figure mi-héroïque, mi-bouleversante de maladresse, comme on les aime dans l’enfance mais qu’on devine dure à vivre…

Pépita : ah ben il décoiffe ! il fait les 400 coups, parle à son fils comme à un moins que rien, jette son épouse comme une vieille éponge, fait des travaux dans sa maison à son âge ! et j’en passe ! Bref, oui, il détonne largement par rapport à l’image qu’on se fait d’un papi respectueux, rangé dans ses pantoufles et caché derrière son journal, pérorant sur l’ancien temps, « ah ma bonne dame, tout se perd de nos jours ! », radotant, enfermé dans ses habitudes, tolérant les petits-enfants juste le temps prévu… je plombe le portait à l’inverse à outrance il est vrai, mais bon, cette réalité existe aussi.
Moi j’ai souffert pour l’entourage proche mais aussi pour le petit-fils en fait, pas vous ?

Bouma : effectivement, ses proches en prennent pour leur grade comme le dit l’expression consacrée. Enfin je me dis qu’avec un prénom comme Napoléon, il fallait un personnage dont la personnalité soit à la hauteur de l’original.

Pépita : Mais justement, n’est-ce pas habile de la part de l’auteur ce procédé ? Il brosse un personnage agaçant puis on découvre peu à peu la fissure dans la carapace. La maladie.
C’est bouleversant non, de devenir témoin impuissant de ce qui le ronge ce Napoléon ?

Bouma : Très habile procédé effectivement. On s’attache beaucoup plus au personnage quand on découvre ses fêlures. Il fait le fier le Napoléon mais c’est un sentiment très humain de ne pas vouloir montrer son déclin.

Chlop : Oui, l’auteur joue un peu avec nos sentiments, et on en redemande! C’est toujours agréable de faire connaissance avec des personnages subtils, nuancés.
J’ai d’ailleurs beaucoup d’attachement pour le personnage de la mère.

Solectrice : bien sûr, c’est émouvant et c’est culotté de nous attraper ainsi. On se questionne sur nos préjugés. Nos avis bien tranchés s’effondrent devant cette humanité inattendue. Après ce revirement on a comme l’envie d’enlacer ce grand-père, les yeux mouillés de tendresse.

Le mot de la fin ?

Solectrice : Ce livre, c’est un bon moment passé avec une famille attachante, à rire, à pleurer, à réfléchir aussi sur la vieillesse et les relations avec ceux qui nous entourent.

Bouma : Au final, c’est un roman inter-générationnel je trouve. Chacun pourra y trouver son compte : adulte comme enfant, ce qui explique sûrement qu’il y ait une double publication chez Didier Jeunesse et JC Lattès.

Pépita : J’en garde un bon souvenir de lecture et la fin m’a beaucoup émue. C’est un roman sur la vie tout simplement.

 

Découvrez les chroniques : de Bouma sur Un p’tit bout de bib’, de Solectrice sur Les Lectures Lutines, de Pépita sur Méli Mélo de livres.

Loupé ! une Lecture Commune à ne pas louper

Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne j’aime beaucoup le travail de Christian Voltz. Les décors et personnages qu’il crée avec du matériel de récupération (notamment en ferraille) servent toujours un propos instructif.

Aussi, dans la continuité de la sélection thématique de la semaine dernière sur les écrans, avais-je envie de discuter avec les arbronautes autour de son album Loupé édité au Rouergue.

Voici le résultat de nos échanges.

Bouma : A quoi vous attendiez-vous face à cette couverture (titre, illustration, auteur…) ?

Alice : Clairement au vu de l’illustration de couverture : un petit bonhomme assis sur un banc attendant le bus (comme nous pouvons l’imaginer par le panneau signalétique), et avec un titre pareil, je me suis dis que c’était une histoire autour du fait d’avoir « loupé ! » le bus. Et puis, il est un peu âgé ce bonhomme, (sa cane en témoigne !) on peut douter de son pas leste et imaginer avec évidence son manque de réactivité à l’arrivée du transport en commun !

SophieJe n’avais pas vraiment d’attente sinon celle d’une bonne lecture avec le nom de Christian Voltz et la garantie de belles illustrations.

Pépita : Le souci, quand on est acquéreur de livres en bibliothèque, est qu’on sait ce qu’on achète et je savais de quoi cet album parlait. Mais c’est encore mieux en vrai. Effectivement, Christian Voltz, on ne peut pas le louper ! Et puis une couverture, elle se lit aussi derrière (la fameuse 4ème) et là on comprend que deux protagonistes vont faire le jeu de cette histoire. Et de jeu, il en est question sur toute la ligne.

Bouma  : Des visions différentes de ces premières informations, donc. Et après lecture, ne peut-on pas dire qu’il s’agit presque d’un album sans texte mais avec un fort contexte ?

Sophie : Oui on peut parler de sans texte car tout se joue dans le décor et dans les petits détails qu’il faut savoir observer.

Pépita : Pas besoin de mots en effet pour comprendre ce qui se joue là sur un même espace-temps très réduit (23 minutes) : deux attentes bien différentes. Une qui zappe et une qui contemple.

Alice : Tout est hyper compréhensible sans que rien ne soit écrit ! On est comme observateur d’un huis clos ; toutes les scènes se passent dans le même contexte, l’espace temps est très limité, il y a peu de personnages, c’est juste la situation qui évolue.
Christian Voltz s’amuse beaucoup aussi avec l’objet essentiel de ce livre : un téléphone portable. Tel une bulle de bande dessinée, il prend une taille disproportionnée pour montrer tout la place qui lui est donnée.

Bouma : Avez-vous tout lu, tout vu, du premier coup ? Ou comme moi (et un des héros), avez-vous eu besoin de plusieurs lectures pour tout comprendre ?

Alice : Une mouche, une chenille, des fourmis, une plante… Non bien sûr que non, je ne les ai pas vu de suite. A la première lecture on focalise sur les deux personnages qui on déjà des « mimiques » et des postures très parlantes. Et puis on cherche à imaginer la chute, sans que ces petits détails y soient pour quelque chose ! Et rien n’est fini, la dernière page tournée, il ne faut pas « louper » la 4ème de couverture » !

Sophie : J’ai vu le fameux spectacle à la première lecture mais pas dès les premières pages. En fait au bout d’un moment, j’ai cherché parce que je sentais qu’il manquait quelque chose, et c’est là que j’ai découvert ce qui se jouait innocemment sous mes yeux !

Pépita : Presque. Très rapidement, j’ai vu le croisement des deux vécus. Dans l’histoire, chaque personnage occupe chacun un côté de la page (sauf celle où le petit vieux parle au plus jeune et ça, c’est drôlement bien vu) et du coup, le cerveau a tendance à les dissocier. De plus, le portable a une place prépondérante dans l’image. Il n’ y a que lui qui compte alors que les petits détails à première vue insignifiants du côté du vieux monsieur ne sautent pas forcément aux yeux de suite, alors que eux racontent une histoire. Et ce que j’adore, c’est le côté bienheureux du bonhomme qui s’épanouit d’un côté alors que de l’autre côté c’est l’exaspération qui prime. Je ne sais pas pour vous, mais du coup le rire se déplace : on se moque intérieurement du jeune alors que le vieux, il nous attendrit.

Bouma : Finalement, n’est-ce pas l’illustration de deux générations qui se confrontent ? Sans aller jusqu’au « c’était mieux avant » n’est-ce pas une vision où les extrêmes se confrontent ?

Alice : Oh oui ! « Le confit de génération » : la jeunesse numérique, assoiffée d’informations, qui a du mal à lever les yeux de son écran et la personne âgée sage, patiente et observatrice. Une mise en scène un peu moqueuse, des personnages accentués dans leur caricature, pas de jugement entre les deux, juste un constat et une cohabitation amusante.

Sophie : Je pense que c’est plus complexe que la confrontation de deux générations. D’ailleurs le numérique prend de la place dans beaucoup de générations. Ici, je vois plus une invitation à REprendre le temps. Le temps de se poser, de regarder autour de soi…

Pépita : Oui et non, je ne pense pas qu’on est dans la confrontation là, ça ne sert à rien. C’est une description d’une réalité actuelle (car même dans le bus un autre personnage est rivé à son portable). Oui, une invitation à vivre le moment présent dans un album où la dérision est à son maximum. Et puis aussi une invitation à se scruter soi-même dans ses comportements. La chute (double chute) est absolument irrésistible ! Virtuel versus réel : 0-1.

Bouma : Avez-vous des retours d’enfants sur ce livre ? L’avez-vous déjà conseiller et pourquoi ?

Sophie : Morgan (6 ans) n’a pas vu tout de suite les petits détails, enfin sauf la partie de Candy Cruch qui lui a sauté aux yeux au point qu’il dise quel était le prochain mouvement… En revanche, il en est vite venu au petit spectacle qui se joue. Il n’a pas tout vu à la première lecture mais il a repris le livre seul après pour le revoir et j’ai eu le droit à des « Tu as vu là… et ça ! ».

Alice : Non, pas tester auprès des enfants mais je pourrais très bien le conseiller à des adultes. D’abord pour faire connaitre le travail de Christian Voltz et aussi car tout le monde peut s’amuser de cette farce et s’y retrouver quand même un peu !!!

Pépita : Non pas pour l’instant. C’est le retour des ados qui m’intéresserait beaucoup ! Car il est un formidable support pour démonter tous nos travers numériques ! Avec un beau message intergénérationnel.

Bouma : Si je devais résumer nos propos à toutes, je dirais donc que Loupé est un album à lire ensemble, à partager et à faire passer de main en main quelque soit l’âge, histoire de s’interroger sur nos pratiques face aux écrans. 

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Un grand merci à Pépita, Sophie et Alice pour cette discussion fort enrichissante et aussi ma chronique et celle de Chlop.

N’hésitez pas à nous donner vos impressions sur cette lecture.

Lecture commune de l’album « Caché »

Il y a quelques mois, un OLNI est arrivé dans les livres pour les tout-petits : le premier roman des bébés « Caché ». Écrit par Corinne Dreyfuss et publié chez Thierry Magnier, c’est un album sans image qui nous a fortement intrigué À l’ombre du grand arbre !

Nous en avons donc discuté ensemble et voilà ce qu’on en dit…

Corinne Dreyfuss - Caché !.

 

Sophie : Les albums pour les tout-petits, on connait bien sous notre arbre, mais celui-ci avait une petite particularité ! Sur sa couverture, un bandeau annonce « Le 1er roman des bébés », vous vous attendiez à quoi avant de l’ouvrir ?

Pépita : À un roman ! Donc des chapitres, une histoire et des mots. L’idée de ce bandeau est d’ailleurs géniale. Ça intrigue ce mélange de livre pour adultes notifié par ce bandeau et un cartonné épais à la couleur pêchue. Et franchement, on n’est pas déçu !

Alice : Ah ben moi, je n’avais pas le bandeau… Donc, au visuel, j’ai été un peu décontenancée. Je savais que c’était « Le 1er roman des bébés » et pourtant je voyais là, un album cartonné petite enfance.

Bouma : J’ai été dans la même position qu’Alice. Sans le bandeau, pas d’indication autre part de cette spécificité, je l’ai donc ouvert comme n’importe quel album cartonné à destination des tout-petits.

Colette : Au départ je n’ai pas craqué pour la première de couverture essentiellement basée sur le graphisme des lettres du titre qui apparaissent et disparaissent au milieu des zzzz en ribambelles, mais je connaissais, grâce à vous mes copinautes, l’auteure et je savais à quel point ses livres permettent d’heureux moments de lecture avec des tout-petits. J’avais eu l’occasion de partager notamment un joyeux moment de lecture de Pomme pomme pomme lors d’une session de l’excellente lectrice des Petites Pousses ! Ce qui m’a le plus intrigué comme vous ce fut le bandeau qui accompagnait le livre en indiquant « premier roman pour bébés ».

Sophie : Alors qu’elle a été votre réaction en ouvrant le livre et en ne découvrant pas le début de l’histoire comme d’habitude, mais une préface ? Chose que personnellement je n’avais jamais vu dans un album cartonné pour les tout-petits.

Bouma : Étonnée, forcément. Et puis… je le dis ou pas… J’ai sauté la préface. Je ne lis jamais les préfaces. Je n’ai pas envie qu’on m’explique quelque chose avant d’avoir essayé moi-même de la comprendre.

Pépita : Je l’ai lue de suite… Patrick Ben Soussan ! Je ne peux pas dire que j’ai appris quelque chose au sens où je suis déjà profondément convaincue de ce qu’il y dit mais j’ai bien aimé sa façon de le dire : c’est juste, poétique et frais ! Et puis je savais que ce livre allait me plaire, beaucoup, beaucoup, beaucoup, alors cette préface c’est une mise en bouche qui m’a permis à la fois de me mettre dans le bain de ma lecture et d’en retarder le moment. Oui, tu as raison de le souligner Sophie que ce n’est pas commun une préface dans un cartonné pour tout-petits ! Mais tout n’est pas commun dans ce livre. Il a des allures de grand : bandeau, préface, typographies diverses, chapitres, pas d’images. une bien belle cohérence avec le concept affiché !

Alice : Une préface intéressante, mais qui me pose question. Elle ne nous apprend rien, à nous professionnelles convaincues, du rôle du livre dans le développement de l’enfant.
Mais justement, sera-t-elle lue et comprise ? Ne fera-t-elle pas peur à des parents « éloignés  » de cette approche ?
Je me pose alors la question : ce livre ne devient -il pas élitiste ?

Pépita : Oui je vois l’idée et tu as raison de la poser. En même temps je trouve que cette préface est adaptée justement aux parents : elle pose les bienfaits de la lecture au tout tout petit tout en esquissant ce qu’ils vont trouver dans ce livre. Car sinon je me dis qu’en le feuilletant, ils ne le liraient même pas ! Pas d’images, un I, II et III, des onomatopées, une typographie en zigzags, mais c’est quoi ce truc ? Au contraire, il s’adresse d’abord aux parents pour leur donner envie de lire ce livre. Je l’ai vu comme ça pour ma part. Et puis osons espérer qu’un roman ne leur soit pas inconnu ! Je trouve ça fort comme concept.

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Sophie : Je comprends ce que tu veux dire Alice. Mais comme Pépita, je l’ai trouvé bien écrite et j’ai aimé que ça aborde des choses simples de la lecture. En fait si je devais lui faire un reproche, c’est peut-être qu’elle est un peu longue ce qui peut rebuter un peu.

Bouma : La longueur de cette préface dans un livre pour les tout-petits peut en effet avoir quelque chose de repoussant pour certains parents. C’est une forme de médiation écrite, qui peut peut-être être complétée par une orale de la part des professionnels du livre puisque comme vous le dites nous sommes déjà convaincue des bienfaits de la lecture dès le plus jeune âge.

Colette : Je trouve la préface de Patrick Ben Soussan importante pour comprendre le concept du livre de Corinne Dreyfus, parce qu’il faut bien le dire, on est du côté de l’expérimental avec ce livre là ! Comme vous, je ne pense pas qu’un parent non averti aille vers Caché sans savoir ce qui s’y joue. Ce qu’il dit du regard du tout petit, de son attention porté aux signes sur la page, au visage et à la voix de ses parents quand ils lisent, est vraiment clair sans être jargonnant. Grâce à cette préface le parent est invité à lire, encore et encore, et de TOUT à son petit (même Le petit livre Rouge et le Dalloz !) et cette parole on ne l’entend pas souvent en tant que parent. C’est une belle invitation que cette préface, une invitation à lire Caché mais surtout à lire tout court avec son bébé.

Sophie : Il est maintenant temps de passer à la lecture du livre à proprement parler. Quelles ont été vos réactions en découvrant l’histoire, le fond comme la forme ?

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Pépita : Une bien belle narration découpée en 3 chapitres avec la porte qu’on ouvre et ferme pour marquer le passage entre le dedans et le dehors, une typographie qui suit ce qui est dit dans le texte, c’est un régal à lire à haute voix, un album qui induit du jeu dans le jeu. Perso, je suis totalement fan. Une façon de renouveler ce jeu du coucou-caché si apprécié des petits, qui symbolise à merveille la séparation et les retrouvailles.

Colette : Si on ne fait que survoler le livre on passe complètement à côté de son inventivité – ce qui a failli être mon cas si vous n’aviez pas lancé une lecture commune sur ce livre hors du commun – des mots qui partent dans tous les sens, du noir et blanc, aucune image, voilà bien un livre pour tout-petit très étrange. Comment vont-ils s’y retrouver nos bébés lecteurs ? Et bien ils vont s’y retrouver parce qu’ils vont y être accompagnés. Ce livre recèle des pouvoirs magiques, il nous invite à proclamer à haute voix de drôles de formulettes. Car une chose est sûre ce livre là est fait pour être joué, comme une pièce de théâtre en quelque sorte, plus qu’un roman d’ailleurs.

Bouma : J’ai été happée par la forme, peut-être un peu au détriment du fond puisqu’il m’a fallu une seconde lecture pour apprivoiser le sens de ce « coucou-caché-je suis là ». On est sur une situation très commune chez le tout-petit qui adore cette forme de jeu, le contexte de ce roman est donc partie prenante de son intérêt. Du côté forme, la typographie permet à tout adulte, même non initié, de mettre facilement les intonations. C’est très intuitif.
Et petit plus, il y a vraiment toute la forme du roman : en plus du découpage en chapitre, on retrouve dans l’en-tête de chaque page la pagination et un rappel du titre du chapitre.

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Alice : La première page surprend et ce n’est qu’à partir de l’interrogation de la deuxième page que l’on comprend le mécanisme de ce roman. De suite, notre cerveau entre en action et on a envie de le lire à voix haute. La typographie y est pour beaucoup et les intonations sont faciles à mettre en place. Arrive le deuxième chapitre et l’on comprend alors le jeu de l’auteur et tout est si complémentaire que les images viennent à nous sans qu’il y ai besoin d’illustrations. le livre pend vie sous nos yeux et dans notre tête : ce procédé est très fort !
Si la forme est indiscutable, le fonds l’est tout autant. On sait bien que ce jeu de coucou-caché fonctionnera parfaitement bien auprès des tout-petits. Bref, rien à redire sur cet album-roman innovant et tellement bien maitrisé !

Sophie : Vous êtes toutes assez conquises par ce livre mais l’avez-vous testé avec des enfants ? Pour quel âge le conseilleriez-vous ?

Bouma : Testé deux fois cette semaine avec des petites sections et leurs accompagnants et je dois dire que j’ai été assez bluffée par son impact.
Les enfants avaient du mal à se centrer autour des livres et des histoires lues jusqu’à ce que je leur sorte. Dès les premiers mots, ils se sont tus et on regardé le livre avec curiosité. J’ai senti que les adultes étaient également intrigués par le principe du livre. Et quand je leur ai demandé qu’elle était la différence avec les autres livres (c’était une animation autour des livres extraordinaires que l’on trouve à la bibliothèque), ils m’ont répondu qu’il n’y en avait pas. De même, ils pensaient tous qu’il y avait des images… La typographie leur apparait donc telle qu’elle est : une représentation graphique du texte.

Sophie : Oui l’effet est chouette ! Je l’ai lu hier et aujourd’hui avec des maternelles, ça les captive. Et on dirait qu’il voit le personnage jouer à cache-cache, c’est marrant, le fait que ce ne soit pas représenter ne les perturbe pas du tout.

Colette : Je pense que ce livre se savoure dès la naissance grâce à ses beaux contrastes en noir et blanc, ses lettres de toutes les tailles, ses signes qui captent le regard. Et je pense qu’il sera pleinement apprécié par les enfants de 3-4 ans qui en saisiront toute la dimension ludique qui fait écho à ce jeu adoré du cache-cache, avec son inquiétant compte à rebours, sa mystérieuse attente, ses étranges déambulations. Et même plus grand, l’enfant pourra apprécier l’ingéniosité de l’auteure qui se joue de nous dans cette mise en abyme finale qui referme la quête sur son lecteur.

 

Si vous voulez en lire encore plus sur cet album, voilà nos avis : Pépita, Bouma et Sophie.

Et vous l’aurez compris, on vous invite très fortement à lire cet album et à le partager avec les enfants… et les adultes !

Lecture commune : Je m’appelle livre et je vais vous raconter mon histoire

Qui mieux que le Livre lui-même pourrait nous raconter son histoire ? C’est à ce jeu que s’est amusé John Agard dans ce documentaire où le Livre est le narrateur. Des premières écritures au numérique, Alice et moi avons aimé plonger dans cette lecture. On vous en dit plus aujourd’hui…

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« Je m’appelle livre et je vais vous raconter mon histoire » John Agard Éditions Nathan, 2015

Sophie : Que t’attendais-tu à trouver dans ce livre au titre énigmatique ?

Alice : Et bien pas si énigmatique que ça le titre !
Au contraire je le trouve suffisamment clair et précis pour ne laisser aucun doute sur le contenu du roman : en tournant les pages on va tout savoir sur la naissance et la vie d’un livre. La couverture, avec ces arbres, complète cette déduction : le papier fabriquant les livres venant des fibres de bois.
Enfin, tout ça c’est mon point de vue, peut-être que tu n’as pas accueilli ce livre de la même façon ?
Par contre, ce qui est surprenant, c’est le point de vue et la forme choisis par l’auteur qui offre une perspective très dynamique…. Tu ne penses pas ?

Sophie : En effet, j’étais plus intriguée que ça à l’ouverture de ce livre que je range finalement plutôt du côté des documentaires (alors que tu parles de roman). Je pense que c’est un savant mélange entre les deux en fait et cela vient en effet du point de vue qu’a choisi l’auteur. Et oui ici, c’est le livre qui nous raconte sa propre histoire de son origine qu’est la Voix jusqu’à aujourd’hui avec son frère le e-book.
Et toi, ça t’a plu de découvrir l’histoire du livre racontée par lui-même ?

Alice : Oh oui, je parle de roman, car il est au format roman avec des chapitres et tout et tout…
Mais c’est vrai que c’est à la fois une fiction (on n’a jamais vu un livre écrire son autobiographie, hein !) mais aussi un véritable documentaire puisqu’il apporte une grande richesse d’informations authentiques.
Un point de vue intéressant et pas du tout plombant !
Le style est rythmé, enjoué et on ne s’ennuie pas du tout ! Ce livre qui nous parle en toute sincérité nous fait comprendre son Histoire en toute simplicité en commençant de l’origine du papier jusqu’à l’e-book, comme tu le dis !
Un moment de lecture très plaisant pour toi aussi ?

Sophie : Oui c’était très agréable de découvrir l’histoire du livre de cette façon. Et ça apporte même une certaine émotion par moment.

Alice : En tant que bibliothécaire, j’aimerai bien savoir comment tu a trouvé les dernières pages du livres sur notre rôle, l’arrivée du livre numérique ?

Sophie : C’est une partie sur laquelle j’ai un avis partagé. D’un côté, j’ai trouvé ça très bien qu’on parle des nouvelles technologies, des DVD et des ordinateurs qui côtoient les livres dans les bibliothèques, de l’évolution des bibliothèques et des bibliothécaires donc. Par contre, j’ai trouvé un peu dommage qu’on sente le Livre de cette histoire encore très en opposition avec tout ça même s’il leur reconnaît quelques avantages. Il aurait très bien pu les voir comme des amis, des alliés qui comme lui étaient passeurs d’imaginaire et de culture. En même temps, c’est lui qui raconte sa propre histoire, alors peut-être est-il simplement inquiet de voir d’autres objets marcher sur ses plates-bandes.
Et toi, qu’as-tu pensé de tout ça ?

Alice : Oohhh, j’ai vraiment vu ça d’un regard très optimiste ! D’une cohabitation possible et complémentaire, donc j’ai trouvé que c’était un bel hommage aux bibliothèques et… aux bibliothécaires ! À l’évolution, du métier, des attentes, des pratiques, des publics… sans qu’il y ait de résignation.

Sophie : Le livre est parsemé de citations autour du livre et de la lecture. Y en a t-il une qui t’a particulièrement plu ?

Alice : Devine ? Une Reine rouge qui parle du décodage de l’alphabet à une certaine Alice par exemple… ?
Non je ne sais pas. Aucune particulièrement je pense. Mais dans tous les cas ces citations arrivent toutes au bon moment et illustrent parfaitement l’information qui vient de nous être donnée. C’est vraiment enrichissant, tout comme ces illustrations, dessins, schémas… qui ponctuent aussi le livre, sans jamais entrecouper la lecture, et qui complètent cette OVNI littéraire à la fois fiction et documentaire.
Je te retourne la question : peut-être que tu as une citation à partager ?

Sophie : Il est difficile d’en choisir une alors je laisse la phrase de la fin au hasard :
« Il y a [à Paris] des librairies exquises, plus aromatiques que des échoppes d’épices… ». Tout est dit là !