Lectures d’enfants

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Vous connaissez nos rendez-vous réguliers : les lectures communes, les best-of du mois avec nos coups de cœur, nos sélections thématiques, nos débats, nos interviews,…

A l’Ombre du Grand Arbre, c’est déjà tout ça : un large panorama de ce que nous offre la littérature de jeunesse.

Ce sont des adultes qui écrivent pour les enfants…

Et si nous donnions l’occasion aux enfants de s’exprimer sur ce qu’ils lisent ?

Nouveau rendez-vous donc, le dernier vendredi du mois : Lectures d’enfants.

Sous forme de vidéos, de billets, de dessins, les enfants vous parlent de ce qu’ils ont aimé lire… ou pas.

Inauguré aujourd’hui par de nouvelles recrues, Les lectures lutines !

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Les lectures lutines c’est…

« La maison où on présente les livres » Adèle

« Pour donner envie aux autres de lire les livres que j’ai bien aimés » Lucie

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Pour venir à petits pas sous le grand arbre et vous faire partager de plaisantes lectures, Adèle et Lucie ont apporté des livres sur les jardins et la forêt.

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Tout près de chez nous, au bout de la rue du Chêne, c’est la grande forêt.
Lucie passe devant (du haut de ses dix ans) et nous guide vers… La Forêt évanouie (de Nicolas et Amandine Labarre), en compagnie d’un enfant musicien.

Elle nous emmène ensuite dans l’imagination farfelue d’un ourson qui a adopté un drôle d’œuf : Le p’tit z’œuf de Freddy (de Julia Rawlinson).

La forêt prochaine

http://www.youtube.com/watch?v=1HQPVinGgwk&feature=player_embedded#t=2

Adèle la suit et ouvre à son tour deux albums…

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Le Grand Cirque Dugazon (de Marie Sabine Roger), où l’on s’amuse à retrouver les acrobates et d’autres artistes du cirque dans l’univers familier du jardin. Une aventure à partager avec des petits qui seront contents d’identifier les petites images pour compléter l’histoire.

Et Le Jardin Voyageur (de Peter Brown). Un album poétique, aux illustrations naïves et ravissantes, qui donne envie d’arroser tout ce qui pousse autour de nous !

Des jardins extraordinaires

http://www.youtube.com/watch?v=TCsH6w8dt-w&feature=player_embedded#t=0

Ce superbe livre avait d’ailleurs déjà inspiré Sophie Hérisson-Délivrer des livres, qui lui avait consacré un article sur son blog, ainsi que Bouma-Un petit bout de (Bib).

Un vrai coup de cœur !

Bonnes lectures sous le grand arbre, avant que les feuilles ne tombent et qu’on se retrouve au coin de la cheminée.

 

Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier

@Nathan


C’est l’été. Il fait beau. Il fait chaud. Pour lire, on est mieux à l’ombre du grand arbre. Pour les vacances, des transats ont été dépliés. Quelques piles de livres servent de table basse. Chacun bouquine en silence. Parfois une larme est essuyée au coin de l’œil, un rire fuse, très rarement on entend un soupir de déception. Je m’installe avec un mug rempli de thé. Il me reste une grosse dizaine de pages à lire, de Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier.

Kik : Le thé a refroidi, sans être bu. Le livre est posé sur mes genoux. Je m’interroge. Je relis la quatrième de couverture :

-Quand est-ce que tu avais prévu de nous en parler ? As-tu pensé aux conséquences de ta décision ? As-tu seulement compris que tu vas nous mettre en danger ?
Molly était d’abord restée sans voix, la bouche ouverte, hébétée.
– Un paquet de Noirs se sont fait lyncher, et pour moins que ça, ma petite fille ! avait hurlé sa mère.
Rentrée 1957.
Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs. Ils sont neufs à tenter l’aventure. Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher.

Ce livre m’a plu car je ne connaissais pas l’histoire de ces étudiants. Ce livre me perturbe, car tout cela se passait il y a moins de 60 ans, dans le pays de la Statue de la Liberté. Je pose le livre sur le transat, je le laisse là, en espérant que quelqu’un d’autre aura envie de le lire. D’ailleurs, pourquoi cette histoire pourrait intéresser les autres ? Qui ? C’est si proche dans le temps, et pourtant si loin de l’actualité. Les USA ont un président noir, quand même.
Qui ? Pourquoi ?

Je laisse mes question en suspens, en espérant que l’ombre du grand arbre les transmette aux autres lecteurs du collectif…

Pépita : Quel coin tranquille Kik ! Merci pour l’invitation ! Pas de thé pour moi, merci… Parlons donc de ce livre …

Ce n’est sans doute pas un livre que j’aurai lu comme ça…Je commence à en lire des critiques (des bonnes) et je suis contente de l’avoir lu avant, pour me faire ma propre idée. Comme tu le soulignes, c’est un livre qui interpelle : la couverture, déjà, dans l’opposition qu’elle met en scène, on comprend déjà un peu mais un tout petit peu de quoi il s’agit. Et on se dit : ah oui, je vois, sur le racisme… Et puis le titre. Là, ma curiosité a été titillée. Et puis, j’ai lu la quatrième de couverture (je ne peux pas m’en empêcher, réflexe professionnel, alors que toi, je sais que tu ne la lis presque jamais ou à la fin) et là, je suis entrée dedans direct. Comme toi, je ne connaissais absolument pas ce pan de l’histoire des États-Unis, cela m’a semblé très loin tout d’abord puis je me suis posée beaucoup de questions…

Bouma nous a rejointes, s’installe avec sa tasse de thé et nous livre ses impressions…

C’est un livre que j’avais repéré sur un blog à sa sortie et en plus Annelise Heurtier est une auteure que j’ai plaisir à retrouver, donc je ne me suis pas trop posée de questions sur le pourquoi de cette lecture.
Par contre, même si le sujet est explicité dès les premières pages avec un avant-propos, j’ai eu du mal à comprendre où voulait nous emmener l’auteure. Le récit défile assez lentement et nous fait découvrir le quotidien d’une de ces neufs adolescents précurseurs ainsi que celui d’une jeune fille blanche allant au même lycée. Quel est le but final de ce roman ? Démontrer les avancements de la société (notamment américaine) ? Faire réfléchir les lecteurs sur la ségrégation et plus généralement sur le racisme ? Ou bien encore montrer qu’il faut bien un premier homme dans chaque évolution, quitte à ce qu’il se fasse lyncher ?

Pépita : Contrairement à toi, Bouma, je ne me suis pas du tout posée la question de la finalité de ce roman : l’auteure met en lumière un pan de l’histoire américaine très méconnu. A part Rosa Parks ou Martin Luther King, quelle autre lecture avons-nous de ces faits ? Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est le vécu de jeunes en devenir, c’est l’alternance des points de vue entre les deux jeunes filles, l’une noire et l’autre blanche et cela suffit à les opposer, alors qu’elles auraient pu être de très bonnes amies. Elles sont victimes cependant toutes deux d’un système. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis d’emblée attachée à Molly et aux deux figures féminines que sont sa mère et sa grand-mère. En tant que maman de deux lycéens, je me suis demandée quelles auraient été mes réactions, je dis mes, car je me place des deux côtés. Si j’avais été la maman de Molly et celle de Grace. Car ce roman pose avec justesse la question du formatage de l’individu à un système de pensée unique et combien il est difficile de s’en affranchir. Ce qui fait réfléchir aussi, c’est que les années 1960, ce n’est pas si loin : je me dis qu’il y a eu du chemin de parcouru depuis, certes, mais qu’il en reste encore à faire…

A l’ombre du grand arbre, on remplit de nouveau les tasses de thé….

Céline (Le Tiroir à histoires) parle de sa lecture qu’elle vient de finir. Une impression partagée…

Alors c’est paradoxal, parce que j’avais hâte d’en finir, non pas que le roman soit mauvais, mais l’histoire est pénible, ce harcèlement continuel et cette atmosphère malsaine et étouffante qui s’épaissit… La cruauté et la bêtise crasse de ce petit monde factice qu’est le lycée est aussi oppressante que la tension du contexte historique. Et en même temps, je trouve que Sweet Sixteen est trop court. Trop court dans le sens où les personnages ne sont pas assez creusés, on n’a pas vraiment le temps de s’y attacher. Par exemple, Grace qui est un personnage caricatural pendant les trois quart du roman devient presque trop subitement un être pensant. Du coup, le lecteur (enfin, moi en l’occurrence) reste sceptique.
Quant aux personnages secondaires, ils n’apparaissent que furtivement, et c’est très frustrant, car j’aurais voulu mieux connaitre la mère et la grand mère de Molly (il y a ici matière à faire de beaux personnages), Vince, les parents de Grace, Minnie. Personnellement, ça m’a manqué, et du coup je trouve que ça donne au roman quelque chose de trop abrupt et de presque un peu froid. C’est bien documenté et contextualisé, mais du coup ça vire presque à la petite leçon d’Histoire (très claire et très bien illustrée), alors qu’il pourrait y avoir une dimension plus romanesque, avec une galerie de personnages mieux construits et plus humains.
Bon, il ressort de ce que je viens d’écrire surtout du négatif, alors que mon impression est plutôt positive. C’était juste des premières remarques à chaud.

Kik : Dans la deuxième moitié j’ai également ressenti cette tension dérangeante. Je l’ai ressentie chez les deux jeunes filles. Il est impressionnant de sentir la pression familiale. Comment sortir de la pensée commune des Blancs, quand son entourage répète à longueur de journée que les Noirs ne sont que des animaux.
Selon moi l’auteure a voulu exposer, transmettre, mettre en avant, parler de cette épisode de l’Histoire de la ségrégation raciale aux USA.

Pépita : Effectivement, la tension monte crescendo au fil du roman, il faut aussi essayer de se mettre dans le contexte de l’époque, dans une mentalité ancrée dans les gènes presque…Comme Kik, je pense que l’auteure a voulu faire connaître cet épisode mais au travers des yeux de deux adolescentes, la nouvelle génération. Sans doute est-ce pour cela qu’elle n’a pas appuyé sur les autres personnages, comme tu le remarques Céline. Et finalement, si c’était Grace le personnage principal, et non pas Molly ? Si c’était justement ce changement que l’auteure a voulu réellement démontrer ?

Céline : Je suis d’accord avec Pépita, je pense que c’est effectivement Grace le personnage principal, ou en tout cas le personnage clé, puisqu’il s’agit de sa prise de conscience à elle. Oui, après coup, je vous rejoins et je pense que l’auteure a volontairement fait le choix de « gommer » son histoire personnelle, familiale, et d’en faire une adolescente américaine archétypale pour mieux faire comprendre au lecteur ce contexte et ce conditionnement social dont on a du mal à réaliser qu’il soit si récent, comme le disait Kik.
Sinon, je ne sais pas si vous aviez lu La Couleur des Sentiments, de Katherine Stockett, mais il me semble qu’Annelise Heurtier y fait plusieurs clins d’œil dans les quelques scènes où interviennent les bonnes Martha et Minnie (homonyme d’un des personnages les plus attachants du roman de Stockett).

Bouma : Effectivement, j’ai trouvé le personnage de Grace d’une importance centrale. Elle permet de comprendre que sans une évolution des mentalités du côté des « blancs » rien n’aurait été possible, encore moins un Président noir.
Sinon pour en revenir au roman, et à son style, j’ai vraiment beaucoup aimé l’intensité des derniers chapitres, le stress qui monte autour de la remise des diplômes, et la violence de certains évènements. Avec cette montée crescendo, j’ai presque été un peu déçue de la fin, abrupte. J’aurais bien suivi le destin de ses deux jeunes filles pour quelques années supplémentaires.
Puis-je ravoir un peu de thé ?

Le groupe s’étoffe petit à petit au pied de l’arbre…

Alice : Tiens un transat de libre au pied du Grand Arbre !!! Coucou les copinautes ! HUUUUM, ça sent bon le thé, je me sers une tasse et attrape Sweet Sixteen dans mon sac pour ce RDV lecture.

Carole : tiens, tiens me revoilà sous l’arbre auprès de mes copinautes !

Sweet sixteen, lu dans le train du retour de vacances, me rappelle que cette semaine aux USA on fête l’anniversaire du discours de Martin Luther King et sa célèbre phrase  » I have a dream.. » 50 ans après, où en est-on ? Certes Barack Obama est un président noir, mais dans la société moderne où en sont les mentalités ? Je m’interroge… En attendant, je trouve la couverture du roman d’Annelise Heurtier sublime, et que j’aime ce titre !

Kik : D’ailleurs c’est vrai cette histoire d’anniversaire des 16 ans? « Sweet Sixteen ». C’est un événement important aux USA d’avoir 16 ans ?

Céline : Oui, mais au Royaume-Uni aussi d’ailleurs. Il y a aussi un film de Ken Loach (que je vous conseille absolument si vous ne l’avez pas vu !) intitulé Sweet Sixteen, avec une ironie un peu amère, car le héros de 16 ans est loin de la jeunesse insouciante où tout parait possible.

Carole : oui ça l’est, et au Canada aussi. Cela se traduit généralement par une fête où l’on célèbre le passage à l’âge adulte. C’est assez exubérant, en fonction du niveau social, et il y a des rituels. Enfin, comme dans pas mal de mariages on retrouve souvent lors de la fête une diffusion de vidéo photo montage retraçant la vie de la jeune femme dont on fête l’anniversaire avec des photos allant de sa naissance à ses 16 printemps !

Kik : Au fait, vous avez lu d’autres livres en lien avec la ségrégation raciale aux USA post-seconde guerre mondiale ? Comme le souligne Carole, cela fait aujourd’hui 50 ans que Martin Luther King a prononcé son discours I have a dream.

Céline : Oui, plein ! Je suis angliciste et je me suis intéressée aux représentations raciales dans la littérature et au cinéma aux USA pendant mes études (mais ça commence à remonter à loin…). Chaque moi de juin, je fais avec mes 3 ème une séquence sur la ségrégation aux Etats Unis, Rosa Parks, et le tableau de Norman Rockwell.rockwell-biggov-20110901Sinon, je lis toujours beaucoup de littérature Américaine, pas forcément jeunesse, (mais après tout, y-a-t-il vraiment une frontière ?)
Quelques titres de romans marquants me viennent à l’esprit : Black Boy, de Richard Wright, L’Homme Invisible de Ralph Ellison, et bien sûr le dernier roman de Toni Morrison : Home.

Carole : Il y a l’arbre aux fruits amers d’Isabelle Wlodarczyk, chez Oskar éditeur, un coup de cœur de juillet pour moi.

Alice : Je pense aussi a un livre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee. Ça se passe avant la Seconde Guerre Mondiale mais je sais que c’est un titre aussi étudié par les lycéens. De quoi sensibiliser les jeunes esprits à la ségrégation raciale.

Vous avez remarqué comme ce livre multiplie les beaux personnages de femmes : Molly, sa mère, sa grand-mère, Grâce… Des femmes fortes, décidées, qui se battent et maintiennent leurs convictions envers et contre tous. Personnages principaux ou secondaires, elles se soutiennent et sont unies. C’est pas la première fois que je remarque ça en littérature jeunesse : l’investissement et la lutte des femmes pour l’égalité et la reconnaissance de tous. (Alodga Power, Woman Power !)

Pépita : Oui, je rebondis sur ces visages de femmes : comme vous, elles m’ont insufflée une force d’âme ces trois générations de femmes noires dans leur combat quotidien. Tout comme d’ailleurs le collectif de femmes blanches qui défend ses idéaux coûte que coûte ! On dirait une armée de coqs ! Et je suis d’accord avec toi, Bouma, j’aurai aimé un roman un peu plus long…
Avez-vous remarqué combien le combat politique était passionné ? Les femmes sur le terrain, les hommes du côté de la sphère juridique ?

Carole : les personnages féminins me font penser à cette citation de Sören Kierkegaard : « La nature féminine est un abandon sous forme de résistance ». Plusieurs générations de femmes qui se battent, qui luttent, pour leurs droits et ceux des générations futures. Personnellement, j’y suis sensible. Quant au combat politique comme le souligne Pépita, « A cœur vaillant, rien d’impossible  » !

Ça papote toujours à l’ombre du grand arbre. On s’éloigne peu à peu du sujet, mais le roman est toujours posé là entre nous. Un groupe de femmes qui parlent des femmes du roman. Et puis arrive Nathan… Le teint foncé par toutes les journées passées à la plage cet été. Il semble sortir d’un songe. « Ah mais, vous l’avez déjà toutes lu Sweet Sixteen ? »
Il l’avait emmené dans son sac à dos. Il s’est assis là. Il sentait bien qu’il arrivait à la fumée des cierges, mais peu importe, il avait envie de partager ses sentiments sur ce roman …

Nathan : Coucou tout le monde ! Je m’incruste dans le groupe, sors de ma rêverie, regagne le sol, l’herbe et les feuilles qui bruissent dans le vent. Retour à la réalité, c’est bientôt la rentrée, finie la rêverie !
Et pour une rêverie, c’en était une ! Gagné par le soleil j’ai oublié Sweet Sixteen au fond de ma bibliothèque, il n’a pas vu le soleil…
Et pour une rentrée, c’en est une ! Là entre vous toutes, je saisis le livre et me laisse gagner par les mots. Les mots qui traitent d’une rentrée bien particulière…
Après tout, un avis masculin sur tous ces personnages féminins, ça pourrait être intéressant ?

Je suis sous le charme de l’art de la narration dont semble naturellement dotée l’auteure, je suis sous le charme de cette enfant touchante, Molly, qui aimerait bien que les choses changent. Et si je rejoins Pépita sur le fait que cette période de l’histoire me semble peu connue, je n’ai pas pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’actualité. Peut-être que je rapporte trop ce que je lis parfois à ces événements qui me marquent en tant qu’adolescent, mais voir ces Noirs discriminés souvent avec une violence inouïe (qui heureusement n’existe plus aussi facilement aujourd’hui, du moins en France …) m’a forcément rappelé tous ces homosexuels qui ne demandent que le droit d’aimer comme ils l’entendent.
La longueur du roman ne m’a pas particulièrement gêné. J’ai même trouvé le début un peu long. On suit l’avancée du programme qui va avoir lieu, puis est annulé, puis reprend … Annelise Heurtier semble avoir voulu respecter une certaine rigueur historique, mais ça n’était peut-être pas la peine.
A part cela, j’ai facilement accroché à l’histoire et bien que le personnage de Grace m’ait particulièrement agacé, j’ai trouvé son évolution intéressante. Je suis assez d’accord pour dire que c’est peut-être elle le personnage principal et non Molly qui va se mettre tout le monde, jusqu’aux siens, à dos et qui par son courage et sa grandeur d’âme va (peut-être) faire évoluer les choses.
Je n’ai pas lu d’autres romans sur la ségrégation raciale, en revanche j’ai vu le très beau film La couleur des sentiments et ai à mon tour retrouvé les allusions dont parlait Céline du Tiroir. Ces femmes fortes qui se battent pour leurs causes que ça soit du côté raciste ou de l’autre. Ce sexisme encore apparent en fond.
Pour conclure, Sweet sixteen est pour moi un roman court et facile d’accès pour en apprendre plus sur cette période historique importante pour rappeler qu’avoir un président des Etat-Unis noir, ça n’a pas été facile. Et si les choses ne sont pas encore parfaites, les choses et les mentalités ont déjà beaucoup évolué. Une belle leçon d’histoire pour les évènements actuels ?

Sweet sixteen : La fête tourne ainsi autour du chiffre 16 que l’on retrouve dans des jeux, dans la musique ou encore les boissons. Une autre tradition importante est la composition du gâteau d’anniversaire dont les 16 bougies ont une signification bien particulière :

La première bougie représente les parents
La seconde est en l’honneur des grands parents
La troisième évoque généralement les frères et sœurs
Les bougies 4, 5, 6, et 7 sont pour le reste de la famille
Tandis que les bougies 8, 9, 10, 11, 12, 13, et 14 mettent à l’honneur les amis !
La bougie numéro 15 est réservé à la meilleure amie.
Et la 16è pour le ou la petite amie.

 

Le temps a filé, la théière s’est vidée, un moment riche de partage comme on en vit sous notre grand arbre, d’autres livres se sont échangés entre nous pour d’autres lectures communes…

Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier, publié par Casterman en 2013.

Pour aller plus loin, nos billets sur nos blogs :

Les lectures de kik
3 étoiles
 Un petit bout de (bib)
– 
Maman Baobab et son interview de l’auteure
– A lire aux pays des merveilles
– Méli-Mélo de livres
– Le tiroir à histoires

Us et coutumes de la blogosphère

Blog_(1)La blogosphère a fêté sa journée mondiale le samedi 31 août dernier.

Selon son parcours, ses motivations, le temps dont il dispose, tout blogueur ou blogueuse qui se lance dans l’aventure de la blogosphère découvre très rapidement un monde un peu « à part », avec ses codes, son langage, ses habitudes, mais finalement pas plus ni moins que n’importe quel microcosme.

A l’Ombre du Grand Arbre étant un blog collectif réunissant des blogs aux identités différentes mais complémentaires, nous avons donc eu envie de décrypter les us et coutumes de cette blogosphère que nous côtoyons quotidiennement, à travers ce débat.

Illustration : Guillaume Nédellec

PAL, BAL,SWAP, TAG, SP, …et j’en passe ! Un jargon propre aux blogueurs…

Alors, c’est parti, décryptons !

Pépita : Le monde des blogueurs s’invente lui aussi son jargon. Comme si, pour appartenir à un groupe, il fallait absolument se créer une identité langagière. Nous sommes tous sur A l’ombre du grand arbre de plus ou moins jeunes blogueurs. Avant de répertorier et décrypter les sigles les plus utilisés, amusons-nous à revenir en arrière. Quand vous avez commencé à vous intéresser à la blogosphère, quelles ont été vos premières réactions face à ces termes ? Rejet, amusement, appropriation ?

Drawoua : SP. Service de presse est un terme que je connaissais étant auparavant journaliste. La PAL, Pile à Lire, aussi, mon conjoint étant un lecteur de polars, membre actif d’un forum spécifique, j’avais assimilé et digéré ce terme avant de me lancer dans la création de Maman Baobab. Mon blog a un an et demi, et j’ai appris d’autres termes au fur et à mesure, en demandant leur signification aux autres blogueurs le plus souvent. Ce sont effectivement des codes liés à une communauté à laquelle il est bon d’appartenir pour comprendre le fonctionnement, entretenir le réseau, le développer et faire de nouvelles rencontres. Vous remarquerez que j’ai directement expliqué les termes que j’ai utilisés car autant le côté ludique de l’utilisation de ce vocabulaire ne me dérange pas, pour être ce qu’il est, la codification qui donne appartenance à une communauté, autant je ne supporte pas ne pas les expliquer aux néophytes. ALODGA, A l’Ombre du Grand Arbre : nous sommes les premiers à utiliser et à créer du jargon, nous aussi ! Et en même temps les utilise-t-on réellement sur nos blogs sans les expliquer ? Je ne crois pas.

Carole : J’ai déboulé dans la blogosphère il y a deux ans, et avec mon blog j’ai appris le jargon et WordPress simultanément. J’ai demandé parfois quand je ne comprenais pas, j’ai réfléchi aussi ! En ce qui concerne les termes, je ne les utilise pas dans mes chroniques, je les réserve aux réseaux sociaux et à notre forum pour aller plus vite ( c’est avec vous que j’ai découvert le SWAP par exemple ). Mais je suis encore débutante, il y en a plein que je ne maîtrise pas encore. En revanche, je suis assez fière de mon ALOGDA POWER :ghee:

Drawoua : Chère Carole, ta réponse est typique de ce qui n’appartient qu’à nous blogueurs alors que ce débat est destiné à être publié sur notre blog collaboratif à destination de personnes qui ne le sont pas forcément. ALODGA POWER, SWAP… Mais de quoi parles-tu ?

Carole : Je suis si déformée que ça ?! ALOGDA c’est l’abréviation d’ A l’Ombre Du Grand Arbre, POWER c’est le pouvoir en anglais, c’est une sorte de cri de ralliement pour nous ! Quant au SWAP, c’est l’échange de colis auquel nous avons participé il y a quelques mois. Pardon, je vais faire attention…

Drawoua : Excellent exercice, ou la preuve par l’exemple que nous vivons peut-être parfois dans un autre monde, hors IRL ! In Real Life !

Sophie : Quand j’ai commencé à véritablement me plonger dans la blogosphère, je ne connaissais aucun de ces termes. En revanche ils étaient proches de pratiques que j’avais déjà. Je pense par exemple à ces listes multiples de livres que nous aimons tant faire. Ma PAL et ma bibliothèque existaient , je les ai virtualisées grâce à la base de données Bibliomania du forum Livraddict. J’y ai ajouté la LAL ou wish-list, (livres à lire) et j’ai continué à noter chaque livre que je lisais sur mon fidèle tableur. Pour ce qui est des SP (exemplaire offert pour donner connaissance d’un livre en vue de sa promotion), j’en avais déjà entendu parlé pour les librairies et j’ai donc rapidement cerné ce terme dans la blogosphère.Tout cet apprentissage s’est fait en grande partie dans ma phase « la blogo c’est nouveau, la blogo c’est tout beau ! » que j’ai débuté sur Livraddict et pendant laquelle je me suis inscrite à de multiples challenges de lecture. Je ne les ai bien sûr pas tenu mais en revanche, ça m’a permis de connaître d’autres blogueurs et de voir toutes les relations complexes qui existaient dans cet univers virtuel.

Pépita : Justement, l’expression est lâchée : hors IRL ! La blogosphère me donne parfois cette impression…Quand j’ai commencé à bloguer il y a deux ans, j’étais à des années lumière de soupçonner tout cela ! Encore aujourd’hui, j’ai bien du mal à me familiariser avec tous ces codes langagiers et us et coutumes : PAL (pile à lire), LAL (Livres à lire) , TAG (sorte de questionnaire à thèmes le plus souvent, où le blogueur se cache un peu moins que derrière ses chroniques…ne pas confondre avec le tag comme mot-clé, (ça aussi les blogueurs s’en servent), SWAP (j’ai découvert avec les blogueurs d’A l’ombre du grand arbre), les challenges, les In My Mailbox (vous comprenez ?),etc… et j’en passe ! Le seul sigle que je connaissais, c’est SP pour Service de presse. C’est vous dire tout ce que j’ai dû ingurgiter :) Au début, je n’y ai pas prêté attention, trop occupée à me dépatouiller avec ma plateforme, ma page facebook, les images et leurs droits,…et puis mes billets ou chroniques ! Parce que le nerf de la guerre , c’est quand même ça et c’est très chronophage…Déjà, il faut lire les livres, (ah bon ! y en a qui chronique sans les lire ???) et on ne les chronique pas tous…Puis peu à peu, on se laisse rattraper par tout ce jargon, on participe un peu parce que être blogueur, ça crée des liens, certes virtuels, mais quand même, c’est source d’échanges. Pour ma part, je ne rejette donc pas mais j’utilise avec circonspection. Et puis, il faut vivre avec son temps, non ?

Sophie : C’est difficile de partager cet univers avec des gens qui en ignorent tout et je parle du virtuel en général, pas que de la blogosphère. Combien d’entre nous ont eu le droit aux remarques qui sous entendaient (ou non) qu’on ne faisait rien en étant sur l’ordinateur. Personnellement, j’ai du mal à faire comprendre à mes proches que j’aime ce que je fais avec mon blog, que je produis quelque chose, que je réfléchis, que j’analyse et même, si si, que j’ai des relations humaines. Ce que l’on fait avec A l’ombre du grand arbre le prouve. Quand on a connu les coulisses du blog, on comprend à quel point nous sommes venus avec nos expériences, notre caractère, nos envies avec toutes les conséquences que cela entrainent. Comme dans la vraie vie, quand un groupe se réunit dans une pièce, il faut des meneurs, des suiveurs, des gens plus calmes pour apaiser les plus animés…
Pépita l’a dit, il faut vivre avec son temps et le net en fait maintenant totalement partie. Ceux qui pensent que le net ce n’est que virtuel donc inexistant et inutile se trompent pour moi.

Bouma : Alors pour répondre à la question de Pépita, cela fait trois ans que mon blog existe, mais au moins le double que je vogue sur la blogosphère. J’en maîtrisais donc déjà le vocabulaire avant de lancer mon petit bout de bib. J’aime l’hypertexte, cliquer sur un lien, découvrir de nouveaux univers, de nouvelles écritures. On croit avoir fait le tour et finalement on se trompe. Car quand j’ai rejoint le collectif d’ALODGA (si en tant que lecteur de cet article vous n’avez pas encore compris ce sigle, recommencez depuis le début), je me suis rendue compte que je ne connaissais que deux ou trois de ses chroniqueurs… Parce que pour moi, bloguer, ce n’est pas réaliser une critique d’un livre mais en donner un avis… Parce que pour moi faire des challenges (un défi lecture sur une thématique en règle générale), participer à des échanges de commentaires, tisser des liens sur la toile (même virtuels) sont fondamentaux. Il n’y a pas de bons ou de mauvais blogueurs : ceux qui utilisent ou non le jargon, ceux qui font ou pas des swaps… mais il est vrai que nous appartenons à une communauté avec ses clans, ses rivalités, ses habitudes, ses joies et coups de gueule et aussi son jargon… Donc In My Mail Box (ou IMM pour Pépita), ce sont souvent des articles d’introduction qui présentent ce que le blogueur a reçu dans sa boîte aux lettres (ou BAL pour les intimes) tout simplement.

Alice : Je crois que mon premier MP ( message privé) quand je suis arrivée sur le forum était adressé a Draouwa pour lui demander ce que voulait dire SP. Rhoooo la lose !
En naviguant sur d’autres blogs, j’avais déduit BAL et PAL mais je suis assez d’accord pour dire que ce n’est pas clair pour tous les internautes et que cela rend le contenu souvent hermétique. C’est comme quand on cause de Dewey, Rameau, désherbage …. en bibliothèque à des néophytes. Forcément, c’est du charabia. Chaque « domaine » de connaissance, chaque profession a son vocabulaire qui crée ses propres frontières et sa spécificité. Il en est de même pour la blogosphère, c’est la pratique qui permet la compréhension.

Céline : Que pourrais-je ajouter ? Par chance, mon entrée dans la blogosphère a coïncidé avec mon adhésion à notre blog collectif. Parrainée par les anciens, j’ai eu droit à un cours accéléré de ses us et coutumes, jargon compris. Non, « SP » n’évoquait pas le parti socialiste flamand, « PAL » encore moins une célèbre marque de nourriture pour chiens ! A tous ces termes un peu barbares (je découvre à l’instant le fameux « IRL »), s’ajoutent parfois les quiproquos liés aux différences entre le français de France et le français de Belgique ! De quoi compliquer parfois les choses… Mais toute cette terminologie n’est finalement qu’un vernis ! Le plus important, c’est de ne pas oublier pourquoi on est là : pour partager une passion commune, la lecture !

Kik : Je souris, en vous écoutant expliquer tous les signes, abréviations de ce microcosme qu’est la blogosphère littéraire. Il a ses influences, ses habitudes. Je vous écoute, et je me dis que nous pourrions avoir ce genre de discussion autour d’un café, et que les voisins à la table d’à côté pourraient ne rien y comprendre.
Pour moi, tout a commencé sur internet, avec un RPG, dans lequel on fait du RP avec ses persos, à partir d’un BG commun. Comme quoi, chaque domaine a ses propres abréviations ! Lorsque j’ai arrêté de jouer, puis que je suis revenue plus tard avec un blog littéraire, il a fallu apprendre d’autres expressions. Mais je savais qu’il ne fallait pas avoir peur de ce monde qui pouvait paraître d’apparence hostile. Le vocabulaire appris, tout devient plus limpide.

Pépita : Ce début de débat a permis déjà de pas mal débroussailler…D’autres expressions ou sigles ou habitudes de blogueurs vous viennent-elles à l’esprit ? Lesquel(le)s vous plaisent ou vous agacent ? Selon vous, l’identité d’un blog peut-elle se construire indépendamment de ce jargon ou est-il difficile d’y échapper ? Comment le vivez-vous au quotidien en tant que blogueur ?

Sophie : Je suis une addict des listes donc PAL et LAL me comblent de joie… et un peu de désespoir aussi vu le nombre. Les SWAP, c’est très sympa, on se fait plaisir en faisant le colis et après en en recevant : que du bonheur ! Les SP, je serais mal placée pour ne pas les apprécier. Là encore de longs débats peuvent être menés (un blogueur est-il légitime pour demander des SP à un éditeur ?). Je ne suis pas fan des IMM, je ne vois pas trop l’intérêt. Les tags, j’aime bien mais je n’ai jamais rien d’intéressant à y mettre donc je participe très rarement. En tant que blogueuse, ce jargon ne me gêne pas. En revanche, je n’adhère pas à tout. Si chacun est libre de faire ce qu’il veut de son blog, je tiens à ce que le mien reste un blog d’avis.

Bouma : Sans que ce soit une obligation, j’ai trouvé ma place dans la blogosphère grâce à ce jargon. Le maîtriser et l’utiliser permet une communication plus aisée. Personnellement, je trouve que cela nous diffère des « critiques littéraires » à proprement parlé puisque comme le souligne Sophie, nous ne faisons que donner notre avis, même en recevant des services de presse.

Kik : Je ne vois pas d’autres sigles que tout ceux déjà cités. Aucun ne me plait, aucun ne me déplait. Ils doivent seulement être utilisés avec modération !
Un blog peut se construire sans sigle, ils peuvent être évités, « Pile à lire » à la place de PAL, ce n’est pas si long à écrire sur le clavier. Par contre, je pense que les concepts sont difficilement évitables, sauf en restant isolé du reste des autres blogueurs littéraires. On peut ne pas utiliser PAL, mais avoir envie de partager sa pile de livres à lire, ceux qui attendent au pied de la table de chevet. On peut résister aux initiales SWAP, mais après avoir sympathisé avec d’autres blogueurs sur des forums ou des réseaux sociaux, est-il possible de résister à l’envie de s’échanger des cadeaux ?

Céline : Ai vu récemment PAC (Pile à chroniquer)… L’emploi de ces termes ne me gêne pas a priori. Ce qui est gênant parfois, c’est l’excès et son corollaire : le fait qu’il enferme un peu cette communauté de blogueurs et l’empêche peut-être de s’ouvrir davantage vers l’extérieur ! Or, notre objectif n’est-il pas de partager avec le plus grand nombre plutôt que de vivre en vase clos ?

Pépita : Je ne dirai pas que ça m’agace les sigles et tout le reste, cela m’a surprise au début, et puis on s’habitue. Par contre, ce qui me gêne, c’est quand certains blogs ne sont construits que sur ça. Et oui, on peut très bien s’en passer. Par contre, comme dans tout groupe, en utilisant cette forme de communication, on est davantage reconnu.

Continuons : Recensement des sigles et tour d’horizon des habitudes bloguistiques étant terminés, abordons maintenant le fait de bloguer : quelles sont vos motivations affichées pour bloguer ? Et les autres ? Qu’est-ce que bloguer vous apporte ? 

Kik : Partager des lectures, dans tous les sens. De moi vers les autres. Des autres pour moi. Me forcer à écrire mon avis sur les livres que je lis m’incite à me renseigner plus amplement sur l’auteur, à lire ce que les autres en disent. Et de fil en aiguille je fais en sorte d’être au courant des nouvelles sorties, des actualités des auteurs.

Sophie : Mon « objectif » rejoint celui de Kik. Tout d’abord, l’idée est de partager mes lectures avec d’autres. Ensuite, de m’aider à les retenir en écrivant et donc en poussant un peu ma réflexion sur les livres. Moi qui n’est pas une très bonne mémoire, ça m’aide bien.

Bouma : Tout comme mes camarades précédentes, mon blog est un mélange entre mon petit carnet de lectures (parce que j’ai une tête de passoire) et l’occasion d’échanger avec d’autres lecteurs, de mettre des mots sur un ressenti, de partager une passion.

Pépita : Pour moi, au début, c’était juste d’aller plus loin que mon carnet que j’avais fini par abandonner et du coup, je n’avais pas une mémoire écrite de mes lectures. Et puis, évidemment, le plaisir de partager avec d’autres, ce que je ressens encore plus depuis que je partage des lectures communes ou des sélections avec d’autres blogueurs comme vous. Je trouve ça génial ! Et quand je lis mes premières chroniques, j’ai maintenant envie de toutes les reprendre ! Un blog vous fait évoluer aussi dans les recherches sur les auteurs, les illustrateurs, les sorties, etc,…comme le dit Kik. ça entretient la curiosité. Et en ce qui me concerne, c’est mon évasion sur la littérature jeunesse qui me passionne. Mais…je pense aussi, et il faut être honnête, il y a aussi une part de narcissisme là-dedans, le besoin d’être lu…et c’est plus facile derrière un ordinateur !

Céline : Finalement, mon blog est un retour aux sources, aux marottes de l’enfance où j’attribuais à chacun de mes livres un code d’identification et rédigeais une petite fiche de lecture… Bien évidemment, avec l’âge et les nouvelles technologies, tout cela prend une autre dimension mais l’idée reste la même : laisser une trace de mes lectures. Et si ces petites bafouilles plaisent à d’autres, c’est encore mieux ! Au plaisir de la lecture du livre et de l’écriture du billet s’ajoute le bonheur du partage ! Et c’est plutôt addictif !

Alice : Totalement addict ! D’un œil surveiller les stats et le cumul des livres pas encore chroniqués et de l’autre alimenter la page FB ….. Le partage est chronophage mais tellement gratifiant !

Drawoua : J’ai commencé à faire ce blog quand j’ai radicalement changé de profession pour des raisons familiales. Je n’ai plus dans mon travail actuel ni le rapport à la lecture ni celui à l’écriture comme je l’avais auparavant quand j’étais journaliste. Il y avait donc à la base ce besoin d’écrire mais je me rends compte aussi qu’il y a ce besoin d’être lue. Certaines maisons d’édition m’ont suivie dans l’aventure avant publication du blog en me transmettant leurs nouveautés comme quand je parlais de leurs ouvrages dans les magazines pour lesquels je bossais, je pense à Gallimard Jeunesse, à Larousse, à Thierry Magnier. Mais mon blog n’est pas uniquement basé sur des chroniques de livres Jeunesse. Et mes chroniques ne ressemblent pas à celles que j’écrivais en presse écrite. Je retrouve aujourd’hui dans mon blog l’essentiel de ce que j’ai perdu en changeant d’orientation professionnelle.

Carole : J’ai commencé mon blog il y a 2 ans, le but étant de créer une communauté de gens qui s’intéressent à la littérature jeunesse. Et là j’ai découvert à quel point il y a des vrais passionnés ! Le plaisir de partager, de donner mon avis, de conseiller, de faire des thématiques et de relayer les actualités via les réseaux sociaux. En gros promouvoir cette littérature vivante et riche à mon humble niveau.

Pépita : Intéressantes ces réponses avec un point commun : le partage. Je rebondis néanmoins sur l’expression d’Alice : « totalement addict ». Pensez-vous qu’un blogueur puisse en quelque sorte devenir « esclave » de son blog ?

Sophie : Soyons honnête, je pense que oui et par extension d’internet et du petit réseau que l’on se créer. Tant que ça reste raisonnable, ça ne me gêne pas. Par exemple, j’ai pris l’habitude de publier une chronique par jour mais il peut m’arriver d’être en retard et de tomber sur un soir où j’ai la flemme et donc je laisse tomber pour une journée. Je ne vais pas me coucher à 3h du mat’ parce que j’ai pas fini une chronique ! Il faut aussi « s’autoriser » à déconnecter. Quelques jours sans écran de temps en temps, ça fait du bien et on revient plus motivé que jamais… Et puis ça permet de se souvenir que ça nous fait plaisir et que l’on a envie de continuer parce qu’on a encore beaucoup à partager.

Kik : En lisant les propos de Sophie, je ne peux rien dire de mieux. Je fonctionne selon le même principe. Quand j’ai envie je blogue, quand je n’ai pas le temps ou lorsque la flemme l’emporte, je déconnecte et je fais autre chose.

Bouma : Il a été un temps où je voulais absolument poster une chronique par jour. Et puis la vie en dehors de la blogosphère nous rattrape souvent, je me suis rendue compte que je ne lisais pas forcément les articles de blogs qui publiaient quotidiennement… alors j’ai levé le pied. Il ne faut pas que cela devienne une contrainte, au contraire il faudrait toujours rester dans le domaine du plaisir… sinon ça revient à avoir un autre travail, non rémunéré en plus !

Céline : Me sens assez proche du ressenti de Bouma. Je ne cours pas après les records, ne me retourne plus lorsque je perds un « fan » ou que les stats sont un peu moins favorables. Bloguer doit rester un plaisir, tout comme la lecture d’ailleurs ! Qui trop embrasse mal étreint comme on dit !

Carole : Je vous rejoins les filles, le mot d’ordre c’est plaisir !! Tout ceci demande du temps, entre lecture, digestion et recul, analyse, recherche parfois, et rédaction. Sans compter, le temps passé sur notre forum, et les lectures de vos billets aussi !

Pépita : Exactement ! Je ne me suis jamais posée la question du nombre de billets par semaine, c’est venu tout seul …et puis, c’est vrai que parfois certaines lectures, on n’arrive pas tout de suite à trouver les mots, que d’autres on ne les trouve pas du tout..Le but n’étant pas de chroniquer tout ce que je lis, pas le temps ! Mais de partager ce que j’ai envie quand j’en ai envie. Et de me nourrir des blogs des autres, ceux que j’aime suivre. C’est important de ne pas rester dans sa bulle.

Drawoua : Non clairement, je ne peux plus m’en passer. J’aime écrire, j’aime être lue, recevoir des mails, des commentaires, échanger, partager avec une petite part d’ego que je ne nie pas. Je ne suis pas esclave de mon blog, mais je ne peux pas m’en éloigner trop longtemps, sinon il pleure, je lui manque, il perd ses lecteurs… Je me rends compte en écrivant cette réponse : oh non ! Mon blog est esclave de moi !

Pépita : le mot de la fin ?

Sophie : Evidemment, je suis d’accord avec ce qui a été dit précédemment donc le mot de la fin c’est PLAISIR. On fait des listes, des IMM, swap et autres, on blogue quotidiennement ou non, tant que ça nous plait, c’est ce qui compte. Et si ça plaît à d’autres en plus, c’est le bonus qui fait plaisir.

Carole : Allez pour rester dans les sigles, pour moi ce sera PPP : passion, partage, plaisir ! Et aussi un ptit ALOGDA POWER :ghee:

Alice : Bloguer ? C’est plus que j’en espérais. Je pensais juste faire un petit truc dans mon coin, pour mes proches, et cela prend une ampleur inespérée : complètement grisant !

Céline : Comme l’habit ne fait pas le moine, le jargon ne fait pas le blogueur ! Tous ces sigles et ces us et coutumes de la blogosphère ne sont que la partie visible de l’iceberg. Si en profondeur il n’y a pas un lecteur/une lectrice animé(e) du feu sacré, tout cela n’est alors que poudre aux yeux !

Drawoua : Mon blog ? C’est beaucoup de travail et d’endurance, beaucoup de plaisir et de reconnaissance…

Pépita : Pour moi, Méli-Mélo de livres, c’est mon évasion quotidienne, mon truc à moi. Je ne pensais pas du tout il y a deux ans vivre tout cela car même derrière son ordinateur, on en vit des rencontres, des partages ! Ce qui me plait aussi, c’est de mettre en valeur cette belle littérature jeunesse. Et je pense que tout blogueur a toujours en toutes circonstances son blog en tête, c’est un peu comme un « bébé » virtuel qu’il faut nourrir, faire grandir, faire évoluer pour se surprendre soi-même d’abord et partager avec d’autres ce plaisir d’écrire et d’être lu.

Drawoua : Absolument ! Et recevoir les mails des lecteurs, les messages laissés, ceux des auteurs et des illustrateurs avec lesquels on échange, les propositions et les discussions que l’on peut avoir avec les attachés, c’est un vrai plaisir également !

Bouma : Moi ce que j’aime par dessus tout, c’est pouvoir mettre un visage sur un blogueur. Quand on passe du virtuel au réel, quand on se dit « ah tient c’est toi ça ! »… parce qu’au final, la lecture reste aussi un moyen de rencontre pour passionnés, du moins pour moi c’est ce que représente la blogosphère littéraire.

Et vous, vous bloguez ?

Voici les liens des blogs qui ont participé à ce débat :

Alice-A lire aux pays des merveilles

Bouma-Un petit Bout de bib(liothèque)

Carole-3 étoiles

Céline-Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait Livresse

Drawoua-Maman Baobab

Kik-Les lectures de Kik

Pépita-Méli-Melo de livres

Sophie-La littérature jeunesse de Judith et Sophie

Carte postale de Dordogne en compagnie de…

La Dordogne ©Méli-Mélo de livres

La Dordogne
©Méli-Mélo de livres

Aujourd’hui, continuons notre petit voyage estival avec :

une carte postale envoyée de Dordogne par…

CHRISTOPHE LEON

J’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur son parcours, son actualité et ses projets (Pépita-Méli-Mélo de livres).

Pour avoir lu plusieurs de ses romans (liens en bas de cet article), je peux vous dire qu’ils ne laissent pas indifférents. Ils font réfléchir à des sujets de société et creusent les relations humaines. Son écriture, très ciselée, va pourtant toujours à l’essentiel et laisse au lecteur une large liberté d’interprétation.

« Je ne crois pas à « l’inspiration » au sens où on l’entend généralement, comme une illumination qui viendrait d’on ne sait où. Je remplace volontiers ce mot par celui de «curiosité». Être curieux, s’intéresser aux autres, me semble une bonne source à laquelle puiser. »

Chritophe_Leon_Christophe Léon est né en 1959. Il se consacre à l’écriture et vit actuellement en Dordogne. Il a pourtant exercé une multitude de métiers avant. Son premier roman, « Tu t’appelles Amandine Keddha », est publié aux Éditions du Rouergue en 2002.

Voici donc ses réponses à mes questions et je le remercie très sincèrement pour sa disponibilité.

-Quel est votre parcours ? Et comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Mon premier livre est paru en 2002 et s’intitule « Tu t’appelles Amandine Keddha », dans la collection La brune des éditions du Rouergue, en littérature générale. J’avais 43 ans. Auparavant, je suis passé du tennis à l’appareillage orthopédique puis à la peinture, sans oublier une longue période de père au foyer. Bref un parcours plutôt éclectique dû surtout aux hasards de la vie. Je suis venu à l’écriture en lisant — très précisément par l’intermédiaire d’André Gide et de ses Journaux —, presque naturellement, comme si cela allait de soi et sans me poser trop de questions.

-Comment écrivez-vous (dans le calme, le bruit, à quel moment de la journée, sur ordinateur,…) ?

Il fut un temps où j’avais besoin de silence pour écrire et où je m’étais inventé un rituel : travailler le matin, à l’ordinateur, à mon bureau et à heures fixes. Puis il y a eu les déplacements pour les rencontres et les salons, le temps de plus en plus long passé dans les transports (surtout le train), ce qui m’a obligé à travailler un peu partout, — dans le train donc, à l’hôtel, dans les salles d’attente, les médiathèques… J’écris maintenant davantage hors de chez moi, et me suis rendu compte que je n’avais besoin ni d’un environnement calme ni d’être « à l’aise » pour écrire.

-A la lecture de vos romans, j’ai toujours été frappée par une certaine forme d’engagement et de dénonciation de dérives de notre société. Les thématiques de vos romans sont en effet en prise direct avec la réalité. D’où vous vient votre inspiration ? De faits divers, de vos lectures du moment, de votre indignation personnelle ?

Je ne crois pas à « l’inspiration » au sens où on l’entend généralement, comme une illumination qui viendrait d’on ne sait où. Je remplace volontiers ce mot par celui de «curiosité». Être curieux, s’intéresser aux autres, me semble une bonne source à laquelle puiser. Les sujets que j’aborde dans mes livres sont ceux qui m’occupent au quotidien, comme par exemple l’écologie, le nucléaire, l’injustice sociale ou encore la désobéissance civile. Le thème de la résistance (aux médias, à la surconsommation, au système économique…) mérite aussi sa place dans la littérature jeunesse actuelle. Bref, vous ne trouverez pas dans mes livres de Voldemort ou de dragons péteurs, tout simplement parce que je suis incapable d’écrire ce genre de textes.

 – Votre roman « Délit de fuite » a été adapté au cinéma et vous avez fait la démarche inverse en adaptant en roman « Le petit criminel » de Doillon. Quel est votre lien à l’image ? Comment avez-vous vécu ces expériences ?

En fait, Délit de fuite vient d’être adapté et tourné pour France 2. Le téléfilm sera diffusé dans le courant du second semestre 2013 par la chaîne. Il a pour principaux acteurs Éric Cantona, Mathilda May, Jérémie Duvall, Tom Hudson et Isabelle Candelier. Une expérience plutôt schizophrène pour quelqu’un qui a écrit des livres « contre » la télévision et qui se méfie de l’usage que nous en faisons… Mais j’ai eu la chance que Julie Jézéquel — en qui j’avais toute confiance quant à la qualité de son travail et sa rigueur professionnelle — accepte d’adapter mon livre.

9782889080595FS

Pour Le petit criminel, c’est mon éditeur du Seuil qui m’a proposé de m’attaquer au film de Jacques Doillon pour en faire un roman à part entière, qui s’intéresse aux personnages (leur vie off, leur psychologie, etc.) tout en suivant le scénario original. Une aventure nouvelle pour moi, à la fois excitante et compliquée.

9782021093742FS

Mon rapport à l’image est complexe. Comme je vous le disais, je m’en méfie mais ne peux pas y échapper. Il faudrait revenir, je crois, à des notions aussi simples que celles de l’usage et du besoin. Godard a dit : « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse.», ce qui me paraît être juste et de l’ordre du symbole. A-t-on besoin d’une télé allumée du matin au soir ? Sommes-nous capables de choisir les images que nous regardons, qu’on nous impose ? Quel impact ont les images sur nos enfants ? Je conseille à ce sujet la lecture du livre de Michel Desmurget : TV Lobotomie, qui a apporté de nombreuses réponses à beaucoup de mes interrogations.

-Quelles ont été vos lectures enfant et adolescent ? Et aujourd’hui ?

Mes lectures d’adolescent étaient surtout consacrées à des journaux tels que Hara-Kiri ou bien Pilote. En fait, je lisais peu. Je n’ai commencé réellement à lire que vers l’âge de 40 ans. Aujourd’hui je lis surtout des Sciences humaines, des documents et des essais, mais je fus un temps un grand lecteur de littérature japonaise, avec des auteurs comme Osamu Dazaï, Jun’ichirō Tanizaki, Yasushi Inoue ou encore Yasunari Kawabata.

 -Que pensez-vous de la littérature jeunesse actuelle ?

La littérature jeunesse actuelle, du moins la française que je connais le mieux, me semble très diverse et riche — un grand nombre d’excellents auteurs participe à cette diversité (Mikaël Ollivier, Fred Paronnuzzi, Pascale Maret, Agnès Aziza, Guillaume Guéraud, Cécile Chartre, Florence Hinckel, Gilles Abier… pour ne citer que les quelques-uns qui me viennent à l’esprit). En ce qui me concerne, ce sont les auteurs qui écrivent sur la jeunesse et non pas pour elle, qui attirent particulièrement mon attention.

Tant par les thèmes abordés que par les formes adoptées, la littérature jeunesse permet d’offrir aux lecteurs un large échantillon du monde. Lire est essentiel pour grandir et s’opposer. Un livre jeunesse devrait permettre à la fois d’allier le plaisir de la lecture et l’ouverture à la vie. D’ailleurs, lire est, j’en suis convaincu le dernier acte révolutionnaire, en cela qu’il fait peur à tous les pouvoirs. Les mots sont comme des graines, ils ne demandent qu’à pousser en nous ; et une certaine littérature jeunesse, celle qui m’intéresse du moins, est un terreau fertile à de belles plantes.

  -Est-ce difficile d’écrire pour les adolescents ? Qu’y trouvez-vous ?

Pas plus ni moins que d’écrire des textes de littérature générale. Ce que j’y trouve ? Impossible de répondre précisément à cette question. Je n’ai pas l’impression d’écrire en direction de la jeunesse. J’écris des textes et certains sont publiés en littérature jeunesse. Écrire pour la jeunesse serait, me semble-t-il, une contrainte qui limiterait le champ de mon travail. Ni le lexique ni les formes de narration que j’emploie dans mes textes ne sont définis par une quelconque destination.

-D’après votre agenda (mis en ligne sur votre site), vous êtes très souvent en déplacement. Aimez-vous ces rencontres avec votre public ?

Depuis deux ans, effectivement je réponds plus favorablement aux invitations qui me sont faites. Il est évident que j’aime rencontrer les lecteurs et discuter avec eux des livres, de la société et de diverses « petites choses » qui me tiennent à cœur. Ces échanges me sont même devenus en quelque sorte indispensables et font partie de ma pratique d’écrivain. Et puis, assez souvent, ces rencontres sont aussi l’objet d’autres rencontres avec des collègues auteurs à l’occasion desquelles nous refaisons le monde de l’édition et le monde tout court…

  -Quels sont vos projets en cours ?

 À la rentrée, fin août début septembre, deux livres vont paraître. L’un, aux éditions La joie de lire, s’intitule La vie est belle, dans la collection Encrage, et l’autre Mon père n’est pas un héros, dans la collection Court métrage des éditions Oskar. Pour 2014, plusieurs textes sont sur les rails et devraient paraître dans le courant cette année-là.

LA VIE EST BELLE_RVB

Parution le 23 août 2013-La Joie de lire-Encrage

Fukushima

Parution le 30 août 2013-Oskar jeunesse-Court-métrage

 

N’hésitez pas à lire les romans de cet auteur engagé…

Ses deux prochains romans « La vie est belle » et « Mon père n’est pas un héros » seront chroniqués dès leur parution sur mon blog.

 

Pour en savoir plus : 

Le site de l’auteur

Mes billets sur ses romans :

-Désobéis ! Délit de fuiteLa randonnéeDernier métro

Et de mes collègues d’A l’Ombre Du Grand Arbre :

Chez Bouma-Un petit bout de (Bib) Délit de fuiteLe goût de la tomate

Chez Alice-A lire aux pays des merveilles (Une grande fan !) : La randonnéeEngrenagesDésobéisJordan et LucieArgentina, ArgentinaQui va loin revient près

Bel été à vous et belles lectures !

Martin Page nous répond…

martin page avril 2013Martin Page a étudié successivement l’anthropologie, le droit, la psychologie, la linguistique, la philosophie, la sociologie et l’histoire de l’art, avant de se lancer dans l’écriture. Auteur reconnu, Martin Page a su s’imposer dans le monde de la littérature contemporaine avec des romans pour adultes et aussi pour la jeunesse.

Il a accepté de nous parler de son roman « Plus tard je serai moi » (Le Rouergue, Doado, 2013)  et de son travail d’écrivain en particulier, pour éclairer notre lecture commune, publiée hier.

9782812604911FS

-D’où vous est venue cette idée de roman, en particulier le titre ?

Comme beaucoup, enfant, adolescent, j’ai vécu ces situations où il me semblait que j’étais plus adulte que mes parents. Je voulais parler de ce renversement des rôles qui est très courant. Je pense aussi qu’il m’importait de mettre en scène une jeune fille qui vivrait la période adolescente, en dehors des clichés habituels.  Je ne crois pas à la fameuse crise d’adolescence. Je crois en revanche à une crise des parents et de la société plus généralement, qui pèse sur les épaules des enfants qui grandissent, et qui donc par contrecoup peuvent manifester des angoisses et des douleurs, et y réagir.

Le titre n’est pas de moi. C’est mon amie qui l’a trouvé (j’en profite : elle sort son premier livre jeunesse à l’École des Loisirs cet automne, dans la collection Mouche : Apprendre à ronronner).

-Comment s’inscrit ce roman dans votre travail ?  

C’est un nouveau roman. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis en scène une héroïne et j’aime beaucoup ça. Je suis irrité et fatigué par les personnages féminins souvent proposés. Tout comme je suis navré par les femmes, et les hommes, de la vie réelle qui sont trop pleinement dans leurs assignations habituelles. J’aime les femmes indépendantes et féministes, je créé donc des personnages féminins qui ont ce type de personnalité. Il ne s’agit pas d’être démonstratif, mais par petites touches de composer des personnages dont l’éthique et le caractère vont à l’encontre d’un état d’esprit dominant coercitif à l’égard des femmes et des hommes.

-Quel est pour vous le lecteur idéal de ce livre ? Réellement des ados ?

Ce livre, comme mes autres livres, s’adresse à tout le monde (même un livre pour les petits comme Conversation avec un gâteau au chocolat, est lu par les adultes -et certains de mes livres adultes sont lus par des adolescents). J’ai des retours d’adolescents qui l’ont beaucoup aimé. Des adultes aussi. Evidemment, j’ai des retours d’adultes qui trouvent que ce livre s’adresse aux adultes. Je pense que ceux-ci ont oublié ce que c’est que d’être un adolescent. Les questions que l’on se pose.

-Pourquoi cet intérêt pour la relation parent / enfant ? Et cette rupture forte de la communication, surtout ?

Cela me paraît naturel  : je suis l’enfant de mes parents, et puis je veux des enfants, et donc être parent. Par ailleurs, je viens d’une famille qui a vécu des choses difficiles. Ces questions sont importantes pour moi. Parler, s’entendre, créer un espace relationnel où la communication est possible, ce n’est pas l’évidence. C’est un travail, une construction, qui nécessite une remise en cause, ou tout du moins une capacité d’évolution. Et je trouve que beaucoup de parents ne cherchent pas à parler à leurs enfants adolescents, ni à les écouter. Parce qu’ils ont peur pour eux, parce qu’ils projettent leurs désirs non réalisés, parce qu’ils ont vécu leur jeunesse à une autre époque et qu’ils ont tendance à réfléchir par rapport à leurs références. Je crois aussi que beaucoup de parents ont du mal avec la fonction même de parents, et on peut les comprendre. On y est mal préparé. Ça devrait faire l’objet de cours. On devrait en parler au collège, au lycée.

Mais ce que je dis du difficile dialogue parent-enfant est aussi valable pour le difficile dialogue dans le couple ou entre amis. Tout ça se construit et se pense. Ce n’est pas évident. Nous avons une familiarité trompeuse : enfants, parents, amis, amoureux, nous parlons la même langue. Et pourtant nous ne nous comprenons pas, nous ne nous écoutons pas. Prendre conscience que notre langue maternelle est une langue unique, individuelle, et étrangère aux autres (comme celle des autres nous est étrangère) est un pas décisif vers une entente possible. Une belle communication.

-Ce livre à destination de jeunes lecteurs est-il une façon de leur faire passer un message ?

Un message ? Je ne sais pas. J’espère surtout que les lecteurs vont éprouver du plaisir. C’est mon premier objectif. La littérature, l’art en général, est pour moi une des grandes sources de plaisir de l’existence. Et je suis très mécontent quand certains arrivent à transformer la littérature en punition et à la rendre douloureuse (j’ai des souvenirs peu agréables de profs de français qui opéraient ainsi). Certains plaisirs ont le pouvoir de nous donner à penser. Ensuite j’ai une histoire personnelle, et on n’échappe pas à soi-même, donc mes livres sont pleins de ce que je suis, de mes expériences, de mes réactions et pensées concernant ces expériences. Mon exemple, mis en scène, transformé, repensé, constitue sans doute en lui-même une sorte de message, en tout cas d’éthique.

De façon plus directe, je pense que le roman est un genre merveilleux qu’on peut nourrir de philosophie, d’éléments intimes, d’éthique, d’imagination, aussi oui il y a des choses auxquelles je crois et que je veux faire passer. Par exemple, mes personnages sont souvent obstinés et savent éviter les conflits, ils sont rusés et savent transformer leurs douleurs en énergie. Un roman est, pour moi, un allié, un objet de résistance intime, un outil pour apprendre et continuer à grandir.

-La pression parentale est-il un sujet d’actualité selon vous ?

Non, c’est commun à toutes les époques. Dans ce livre, je voulais parler aussi de la pression sociale sur les parents, qui sont très démunis pour y résister.

-Vous utilisez souvent l’humour, le second degré, … dans vos livres. Pourquoi ?

Parce que j’ai un rapport tragique à l’existence, que je lutte tout le temps contre le désespoir et la dépression. L’humour, pour reprendre Deleuze, est l’arme des minoritaires, c’est une manière de survivre à ce qui nous arrive. L’humour pour moi est indissociable de la création. Les grands artistes se servent de l’humour (Shakespeare, Cervantes).

-Dans vos romans jeunesse, les «héros» sont souvent des enfants «à part», pourquoi ?

Dans mes livres pour les adultes, les héros sont aussi des personnages « à part ».  Sans doute parce que ce sont les seuls êtres qui m’intéressent vraiment. Mais vous savez, il suffit de s’intéresser un peu à n’importe qui, et très vite on voit des failles même chez ceux qui semblent les plus intégrés.

-Vous écrivez aussi pour les adultes. Est-il plus facile ou plus difficile d’écrire en littérature jeunesse ? Avez-vous une préférence ?

Si on a l’ambition de bien faire les choses, alors, dans tous les cas, on est confronté au travail et aux difficultés. Mais c’est une bonne nouvelle que ce soit difficile, car elle est fertile. De belles choses naissent. Mes romans jeunesse sont plus courts, et leur construction plus simple, donc ils me demandent moins de temps. Mais j’y mets la même passion et la même rigueur que pour mes livres adultes.

-Quelles sont vos références littéraires en jeunesse ?

Roald Dahl. Italo Calvino : deux écrivains qui ont écrit pour la jeunesse et les adultes. Qui ont mêlé gravité et légèreté, imagination et intimité. Il faut ajouter Maurice Sendak, Ruth Krauss et Crockett Johnson, Tomi Ungerer, Edward Gorey, Christophe Honoré, Marie-Aude Murail. Il y a tellement de bons auteurs et dessinateurs.

-Avez-vous des projets en cours ?

Oui. J’ai terminé un essai sur l’écriture (pour adultes). Il devrait sortir en janvier prochain aux éditions de l’Olivier. Et j’ai commencé un nouveau livre sous pseudonyme. J’ai aussi amorcé le début d’un roman ado. Mais je m’y mettrai plus tard. Je n’arrive pas à écrire deux livres en même temps. A côté de ça je dessine et j’écris de petits livres « faits maison » inclassables et impubliables ailleurs pour adultes (je vais bientôt ouvrir un site internet pour les présenter, pour l’instant ça passe par mon site personnel). Et puis, la NRF m’a commandé une nouvelle pour son prochain numéro et je dois écrire un texte pour un festival littéraire en Finlande. Je suis bien occupé, et c’est très agréable.

Nous espérons que vous en savez davantage maintenant sur cet auteur et
nous  remercions très sincèrement Martin Page pour sa disponibilité et toutes ces réponses très éclairantes .

Pour en savoir plus :

-Le blog de l’auteur

-Sa bibliographie : en jeunesse et ses romans pour adultes