Entretien avec Chrysostome Gourio

Le 10 juillet nous avons publié une lecture commune du roman ultra sanglant intitulé des Zombies dans la prairie : la comédie horrifique qui vous fera voir les marmottes d’un autre oeil ! . C’est en toute simplicité que son auteur nous a accordé une interview sous le signe de musique métal et de conseils pour affronter ces satanés bestioles débarquant de l’Enfer ! Tout un programme…

Est-ce que vous avez toujours aimé écrire ou est-ce que ce besoin est venu avec le temps ?

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui adoraient les livres (une mère documentaliste et un père bédéphile) et qui nous lisaient, à mes frères et moi, au moins une histoire chaque soir (ce que je fais encore avec mes propres enfants alors que ce sont presque des adolescents). Je me souviens de toutes les émotions, images, tensions, émerveillement que cela générait en moi et, très vite, j’ai eu envie de partager ça, de produire ça chez les autres. Il y a eu les dessins animés aussi, les bandes dessinées également (des heures de lectures allongé sur la moquette de la chambre de mes parents…). Je trouvais ça tellement extraordinaire : ces mondes que je découvrais, ces personnages que je rencontrais… Très tôt donc, j’ai voulu raconter des histoires. Comme je ne savais pas dessiner et que j’étais assez timide, comme j’étais fasciné par les phrases, leurs constructions, leur sonorité, dès que j’ai su écrire, j’ai écrit. Sans doute vers l’âge de 8 ans. D’abord des histoires de quelques lignes dans lesquelles je faisais appel à des personnages issus des univers qui étaient à ma portée, puis je les ai étoffés, améliorés, jusqu’à inventer les miens. Aujourd’hui l’écriture est devenue un véritable besoin : il ne se passe pas une journée sans que j’écrive.

Quels sont les auteurs qui vous inspirent ?

Elles et ils sont très nombreux, dans des domaines assez différents, à commencer par Edgar Allan Poe, H.P. Lovecraft, Alfred, Stephen King, Mary Shelley, Philippe Druillet, Jean-Bernard Pouy, Emilie Chazerand, Franck Miller, Jean-Claude Mourlevat, Leiji Matsumoto, Marine Carteron, Franck Herbert, Go Nagai, Sabrina Calvo, Joann Sfar, Alain Damasio, Chuck Palahniuk, Tim Burton, Marion Brunet, Osamu Tezuka, Cyril Pedrosa, Neil Gaiman, Ben Templesmith, China Mieville, Roald Dahl, Terry Pratchett, René Goscinny, J.R.R. Tolkien, Ursula K. Le Guin… Je suis un admirateur compulsif et je me nourris de tout ce qui passe entre mes mains. Ce que j’aime avant tout c’est qu’on me raconte des histoires, qu’on m’emporte et que ce soit fait de belle manière.

Vous avez commencé à écrire des romans policiers en direction du public adulte, pourquoi avez-vous eu soudainement envie d’écrire pour la jeunesse ?

C’est une envie qui me taraudait depuis très longtemps, j’avais plein d’idées mais je n’osais pas passer le cap. Je craignais de ne pas savoir faire, de ne pas avoir une forme d’écriture adaptée. J’ai alors eu la chance incroyable de rencontrer Marion Brunet sur un salon. C’est elle qui m’a poussé, encouragé à écrire un texte, au moins pour voir. A l’époque, elle travaillait comme lectrice chez Sarbacane et m’a proposé de le lui envoyer. Elle l’a trouvé suffisamment chouette pour le transmettre à son éditeur qui à son tour lui a trouvé suffisamment de qualités pour envisager de le publier. C’est comme ça qu’est né Rufus le fantôme ou la grève de la mort. Et je me suis tellement amusé que je n’ai pas eu envie de m’arrêter : j’ai eu l’impression de me raconter une histoire que j’aurais eu envie qu’on me raconte quand j’étais môme. Je me dis aussi que, peut-être, quelque part, il y a des enfants à qui mes romans donnent envie de lire, comme on m’a donné envie. Et ça c’est merveilleux.

Justement, comment vous est venue l’inspiration pour votre roman Rufus le fantôme ou la grève de la mort, paru en 2017 ?

Rufus le fantôme – Sarbacane, collection Pépix, 2017

C’est très compliqué d’expliquer comment les idées me viennent parce qu’elles arrivent au fur et à mesure de l’écriture. Quand j’attaque un roman, je n’ai pas de plan, pas de programme. J’ai un personnage, un titre, une vague idée, début de chemin, éventuellement je sais à peu près où ce chemin peut mener. Je mets donc mes personnages dessus et je l’arpente avec eux. Pour Rufus, au départ, je voulais raconter une histoire fantôme, un fantôme qui ne soit pas celui qu’on veut chasser d’une maison hantée et qui soit un héros. C’est pour ça qu’il devait habiter dans un cimetière plein de revenants différents. Je me suis dit que, comme tous les enfants, il allait à l’école et qu’il y avait forcément un meilleur copain, Octave (j’adore les zombies, ça permet de faire des trucs un peu dégueu qui font rire les enfants – et moi). Et puis, ainsi que tous les enfants, il avait un rêve pour plus tard : devenir la mort (qui, par chance, a un bureau dans le cimetière)… Au bout du compte, à force d’enchaîner les idées comme ça, je finis par écrire un roman.

En 2019, vous écrivez un autre roman qui reprend les mêmes personnages : Wilma la Vampire. Est-ce que c’était une volonté de votre part que le lecteur puisse retrouver les mêmes personnages ? D’ailleurs vous vous êtes lancé dans l’écriture d’une série : le Village sauve qui peut. Pourquoi et quelle est la différence dans l’écriture ?

J’avoue que c’était avant tout une envie très égoïste : après m’être autant amusé avec Rufus et Octave, j’avais envie de les retrouver et qu’on reparte à l’aventure en dehors de leur cimetière. Mais j’avais aussi envie de raconter une histoire dont le personnage principal soit une héroïne, parce que les garçons sont sympas, mais les filles encore plus . Et puis je voulais faire en sorte qu’on puisse entrer dans cette histoire sans avoir lu la précédente. C’est donc ainsi qu’est née Wilma, jeune vampire un peu timide et introvertie, qui va descendre aux Enfers chercher Lemmy, le chanteur de Mordörhead, le plus grand groupe de rock du moooonde.

Dans Le Village Sauve-qui-peut, je renoue en quelque sorte avec mes premières amours : le roman noir. Même si on reste dans le domaine fantastique (suite à une demande de mon éditeur), il s’agit avant tout d’enquêtes, menées à hauteur d’enfant (ce dont j’avais envie depuis très longtemps), dans un village où il se passe toujours des trucs bizarres. Là encore, on retrouve les mêmes personnages d’un roman à l’autre, mais je voulais qu’ils puissent se lire indépendamment et sans ordre particulier (avec une touche supplémentaire puisque chaque histoire est racontée par un personnage différent). Il n’y a pas de différences fondamentales dans le processus d’écriture entre ces livres et les précédents. Ce qui change surtout, c’est le rythme : avec une parution tous les 6 mois, il faut que je sois plus assidu et régulier. C’est pourquoi, pour la première fois, j’ai dû préparer en amont des sortes de synopsis afin de m’organiser. Pour quelqu’un qui écrit au fil de la plume, ça a été une sacrée révolution.

Cette même année vous sortez un titre pour les ados dans la collection Hanté chez Casterman. Est-ce qu’il y avait une contrainte d’écriture ?

La seule contrainte, c’est de faire peur… mais pas trop ! Cette collection se veut la grande sœur de Chair de Poule, celle qu’on lit avant d’attaquer Stephen King, pour tester ses limites. C’était très intéressant d’arriver à trouver le bon dosage, filer la pétoche sans effrayer au point que son/sa lecteurice ferme le livre. Comme j’aime bien le gore et que j’ai une imagination très cinématographique, j’ai tendance à beaucoup décrire, à mettre en scène, ce qui n’est pas évident quand on raconte une histoire d’horreur à des enfants entre 10 et 12 ans. On ne peut pas, par exemple, éviscérer des adolescents, faire tomber leurs boyaux à leurs pieds et planter leur tête sur la grille d’un cimetière… 

Est-ce que vous allez écrire une suite à La brigade des chasseurs d’ombres ?

La brigade des chasseurs d’ombre : Wendigo – Sarbacane, collection : Exprim’, 2019

J’aimerais beaucoup, j’ai d’ailleurs plusieurs idées pour des aventures différentes. Pourquoi pas créer une sorte de cycle avec des personnages différents qu’on pourrait recroiser de loin dans les différents romans… mais ça ne dépend pas que de moi. Le roman n’a pas aussi bien marché qu’on l’espérait mon éditeur et moi, il faut donc qu’on en discute pour voir ce qu’on peut mettre en place pour conserver cet univers et raconter quelque chose d’autre, lisible par des lecteurices qui n’auraient pas lu Wendigo. En tout cas, ça fait partie de mes projets.

L’humour est très présent dans vos romans notamment dans Des Zombies dans la prairie et nous avons relevé pas mal de scènes très cinématographiques. En quoi le cinéma peut-il être inspirant pour votre écriture?

Le cinéma est une forme d’écriture passionnante. Une écriture visuelle, en mouvement, avec un rythme narratif propre que j’essaye de transposer en littérature. J’ai une imagination très visuelle : dès qu’on me raconte une histoire, je vois ce qui se passe, dans ma tête. J’ai tout de suite des images mentales qui me viennent, vraiment comme dans un film. La lecture a toujours provoqué ça chez moi et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles j’aime autant lire. Donc, quand j’imagine une scène, je la vois et je tente de la décrire avec suffisamment de détails à mes lecteurices pour qu’on puisse en avoir à peu près la même perception. De plus, comme je dévore films et séries, et que je suis une véritable éponge, dès qu’une référence fait sens, dès qu’un passage me fait rire, je ne peux m’empêcher de la partager dans un texte. L’écriture est pour moi, avant tout, affaire de partage, de connivence, de rencontre. Tout comme j’ai rencontré des auteurices au travers de leurs histoires (sans jamais les avoir rencontrés en vrai), je rêve de pouvoir rencontrer des lecteurices au travers des miens et de partager avec elleux. Pour ça, il n’y rien de mieux qu’un socle commun de références bien dosé et une bonne pincée de rire. Parce que le rire rapproche, fait du bien, apaise. Et on en a bien besoin.

Dans vos romans, on retrouve souvent des références à la musique métal. Est-ce que les jeunes lectrices et lecteurs en écoutent plus après lecture de vos romans ? Avez-vous eu des confidences là-dessus ?

Ce sont souvent les parents qui sont ravis de découvrir ces références dans les lectures de leurs enfants et qui en profitent pour les partager avec eux . Wilma, par exemple, a permis à des enseignant-es de travailler sur ce genre musical, notamment grâce à la discographie qui se trouve à la fin du roman. Ça a permis de chouettes discussions lors de rencontres dans des classes ou en salon, avec des enfants qui me donnaient leur avis, m’expliquaient leurs préférences… Donc je ne sais pas si certain-es en écoutent plus, mais ça a été un facteur de découverte, c’est sûr.

Vous changez de « cap » avec la publication du Cercle des mousquetaires. Comme pour la musique métal, avez-vous besoin de vous inspirer de vos passions pour écrire ?

Le cercle des Mousquetaires : en garde ! – Baribal, 2022

J’ai pratiqué beaucoup de sports différents : plongée, tennis, handball, pelote basque, parachutisme, badminton… mais je pratique l’escrime depuis que j’ai l’âge de 6 ans et même s’il y a eu plusieurs périodes de pause, c’est celui qui m’a toujours suivi. Alors quand les éditions Baribal m’ont proposé d’écrire une série sur un sport, je n’ai pas hésité une seconde. C’était effectivement l’occasion de faire découvrir ce sport qui n’est que peu médiatisé (sauf au moment des JO). De plus, nous avons monté ce projet en partenariat avec la Fédération française d’Escrime, ce qui permet une diffusion plus large : les jeunes lecteurices découvrent l’escrime en librairie et les jeunes tireur.ses ouvrent une porte sur la littérature. Cette histoire m’a permis aussi de retrouver un univers plus quotidien, plus réaliste, ce qui est assez agréable entre deux zombies et une marmotte décomposée.

Avez vous un petit scoop à nous partager sur l’écriture d’un nouveau roman peut-être?

Pour celles et ceux qui ont apprécié les aventures de Rufus et ses amis, vous pourrez normalement les retrouver en octobre 2024 pour un troisième et dernier roman : Octave le zombie ou un Halloween de la Mort !

Merci de nous avoir accordé du temps et on espère vous retrouvez bientôt pour de nouvelles aventures !

Les jardins dans la littérature jeunesse

Voilà une thématique qui inspire grandement vos arbonautes ! Le jardin, ce lieu d’évasion et si propice à l’observation. Suivez le guide de nos lectures qui risque de vous emporter dans des lectures aventuresques surprenantes peu importe la taille de son jardin !

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Pour nos petits

Si Turbo l’escargot est un champion de la vitesse il n’en n’est rien de Bavou l’Escargot, un gastéropode un peu pépère tranquille, qui se promène dans un immense jardin (vraiment immense ???). Ce périple lui procurera plus d’une peur à surmonter. Les illustrations en gros plan apportent cette dimension vertigineuse à hauteur d’escargot bien évidemment. Un album pour nos tout-petits qui ne cesse, année après année, de les émerveiller.

Le voyage de l’escargot de Ruth Brown, Gallimard jeunesse, 2000

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Dans cet album, une grande et belle double page s’ouvre sur quatre plants de fraisiers un peu fatigués d’avoir donné tout l’été. Insectes, oiseaux viennent trouver refuge dans ce jardin que Melvill affectionne particulièrement : « Tu veux nous aider ? On est en train de replanter quelques fraisiers. Ça nous fera plus de fraises cet été. Ils vont pouvoir s’enraciner avant l’arrivée des grands froids. » Accompagné de sa mère et de sa meilleure copine Lisa, Melvill s’en donne à cœur joie. Dans ce jardin, tour à tour terrain de jeu et lieu de vie animal et végétal, suivons l’évolution de ces fraisiers à travers les saisons.
De ma fenêtre de lecteur, j’ai observé ce doux balai saisonnier. La tentation est grande et la convoitise très forte : que de beaux fraisiers aux futurs fruits gouteux… Et quoi de mieux que d’en apprendre encore plus sur la nature et tous ces précieux insectes et animaux. Une belle réussite pour ce bel album immersif aux tendres illustrations.
Un grand et bel album qui a obtenu le Prix Sorcière en 2021 dans la catégorie « Carrément beau mini

Juste un fraisier d’Amandine Laprun, Actes Sud Junior, 2020

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Dans cet album, le jardin est un lieu de mystère…
C’est dimanche et Clémentine passe la journée chez sa mamie en compagnie de ses parents. « Mamie a toujours plein de brindilles accrochées à ses cheveux. Et ça agace Clémentine. ». Le repas dominical terminé, mamie semble fatiguée et clémentine s’ennuie « quand soudain, elle découvre un trou dans la haie. ». Que va-t-elle découvrir de l’autre coté de cette végétation « dans ce jardin bien rangé » ? Et si les brindilles étalées dans la chevelure de sa Mamie avaient un lien avec ce qui se cache sans le trou-tunnel?
Tendresse et calme retentissent dans les illustrations de Fleur Oury. Le partage d’un moment passé ensemble, en famille. Le partage d’un secret que seule Clémentine découvrira. L’innocence, le jeu se mêlent aux couleurs vives et douces de cet album à lire pour s’évader.

Dimanche de Fleur Oury, Les Fourmis Rouges, 2019

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Pour nos plus grands

Dans Plantes Intrépides, Fleur Daugey prend parti de faire des plantes les héroïnes de ses contes. Une gageure étant donné qu’elles ne peuvent ni bouger seules ni vraiment communiquer ! Heureusement, ces contes mettent aussi en scène des hommes ou d’animaux.
Ces histoires aux origines variées (Japon, Madagascar, Iran, Bulgarie et Amérique du Nord) sont un véritable dépaysement, d’autant que les illustrations de Chloé du Colombier sont charmantes et très colorées.

Plantes intrépides, Fleur Daugey, illustrations de Chloé du Colombier, Editions du Ricochet, 2023.

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Suivre les nervures et les étincelles de pistil de la pensée, de l’immortelle, de l’éphémère, de l’amour-en-cage, de la rose de porcelaine… Voilà à quoi nous invite le magnifique album L’herbier philosophe. Au gré des fleurs, Agnès Domergue et Cécile Hudrisier captent la poésie de nos jardins.

L’herbier philosophe, Agnès Domergue et Cécile Hudrisier, Grasset Jeunesse, 2020.

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Il est un jardin pas comme les autres, un jardin merveilleux, un jardin de lumières, de couleurs, d’odeurs et de bruits incroyables, un jardin nommé Eden. En ce jardin vivent le seigneur du lieu, un jardinier et sa femme. Et une bestiole. Celle qui donne son titre à l’album. Une bestiole qui va changer le cours de choses. De leur existence. Et de la nôtre aussi !

La Bestiole, Sylvie Delom et Judith Gueyfier, Didier Jeunesse, 2010.

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Un jardin où se rassemble toute la famille : les grands-parents, leurs enfants adultes et leurs conjoints, les petits-enfants, le chien. On réalise bientôt qu’en réalité, il y avait un autre début avant celui-ci. Et un autre, encore avant. En tournant les pages, on remonte le temps, les dates défilent et on voit comment les choses ont débuté : l’histoire de ce couple d’oiseau qui niche dans le néflier, celle de cette famille qui voit ses enfants grandir, rencontrer l’amour et devenir parents à leur tour. Et celle de l’arbre qui évolue selon sa temporalité propre… On se prend au jeu de suivre la chronologie à rebours, voyant les personnages rajeunir à vue d’oeil et les époques défiler. C’est beau de voir que dans ce jardin, les mésanges ont toujours gazouillé, les mouflets ont toujours joué et se sont régalés de fruits sucrés. Et le mieux, c’est que quand vous aurez terminé la lecture, vous pourrez la refaire dans l’autre sens !

Au début, de Ramona Badescu et Julia Spiers. Les Grandes Personnes, 2022.

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Monsieur Monet. Peintre-jardinier. Giancarlo ASCARI et Pia VALENTINIS. 5 Continents Editions, 2015

Dans ce bel album à la couverture toilée, l’Art, l’histoire et l’époque de Claude Monet s’entremêlent avec son amour pour son jardin, à Giverny et dont il prenait tant soin. L’objet-livre est aussi beau que ce qu’il nous montre, alliant plusieurs styles graphiques pour nous le présenter. Un album qui se laisse découvrir et redécouvrir et à prolonger en se rendant à Giverny, où l’on peut visiter les jardins comme la maison du peintre.

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Il est certains jardins dont le mystère qui les entourent sont autant source de secrets que d’attractivité. Guidée par un rouge-gorge, la petite Mary découvre une porte cachée, dissimulée par des plantes qui ouvrent sur un jardin emmuré, laissé ainsi au décès de sa propriétaire car trop chargé de souvenirs, et qui revit grâce à la fillette, ce qui lui permet à elle de s’ouvrir et de s’épanouir, au fur et à mesure que le jardin se laisse apprivoisé et entretenir.

Maud Begon a parfaitement illustré le roman éponyme de Frances Hodgson Burnett qui célèbre la nature, l’amitié et les bienfaits physiques et émotionnels du jardin.

Le jardin secret. Maud BEGON. Editions Dargaud, mars 2021 pour le premier tome.

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Pour nos très grands….

Le goût sucré de la peur démarre par une situation plutôt banale : des enfants se font des frayeurs en s’introduisant dans le jardin potager d’une supposée sorcière. Évidemment, la sorcière n’en est pas une, bien au contraire. La manière dont Jeanne se prête au jeu en incarnant le rôle de l’Ortie, avec lucidité et bienveillance est d’ailleurs très plaisante. Alexandre Chardin convie ses lecteurs à une belle amitié intergénérationnelle autour d’un jardin luxuriant, de celles qui s’installent l’air de rien mais changent profondément ceux qui la vivent. Les deux personnages principaux sont très attachants, et la famille de Louise (la petite brunette de la couverture) n’est pas en reste. Mention spéciale au grand frère croisé mouton.

Le goût sucré de la peur, Alexandre Chardin, Magnard Jeunesse, 2016.

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L’oncle adoré d’Agathe souffre d’une maladie pratiquement incurable. Pratiquement ? Voici la petite fille partie explorer le jardin familial en quête de trèfles à quatre feuilles dont elle espère qu’ils lui permettront de forcer la chance… Le regard enfantin enchante chaque parcelle du jardin, révélant la mare sans fond, les trésors dissimulés dans la vase et entre les mousses, les tunnels et les cachettes, les arbres-mondes qui se penchent par dessus votre épaule pour se désaltérer dans votre verre, les tulipes imposantes comme des baobabs, les nuages et les nains de jardin qui n’attendent que vous tourniez les talons pour s’animer… Un milieu propice aux rencontres qui guident Agathe dans sa quête. Poisson-volant, canard, renard et tulipes, chacun y va de sa petite tactique personnelle pour trouver la chance : voir le verre un millionième plein, demander de l’aide, laisser du temps au temps, réaliser des actes de bonté, décrypter les signes, lâcher prise, ne rien laisser au hasard. Ainsi, on en revient toujours, d’une certaine manière, à la nécessité de faire des choix… Une lecture unique entre tous, à la frontière du conte, d’Alice au pays des Merveilles et des films de David Lynch !

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Dans Violette Hurlevent et le Jardin Sauvage, Paul Martin affirme ici, dans la droite ligne de Max et les Maximonstres ou d’Alice au pays des merveilles, le pouvoir infini de l’imagination contre les épreuves de la vie. Il suffit d’un jeu avec le chien Pavel pour que le jardin à l’abandon de la nouvelle maison de Violette laisse place au Jardin Sauvage : un lieu où Violette grandit, comprend comment construire des alliance et trouver des compromis, vit une aventure extraordinaire au cœur de la nature – des racines les plus profondes aux cimes les plus vertigineuses, de lacs habités par des êtres insolites à des entrelacs de tiges indociles… L’univers du Jardin Sauvage est merveilleux et inquiétant, dense et foisonnant, délicieusement absurde et parfaitement cohérent. Comme il est réjouissant de l’explorer et d’y trouver peu à peu ses repères ! Au fil des épreuves, Violette apprend à surmonter ses peurs et à s’affirmer, devenant sous nos yeux une héroïne exceptionnelle. Un roman fascinant comme une montre sans aiguille, féérique comme une pierre qui brille dans les ténèbres, qui fait intensément résonner notre imaginaire : l’un de ces trésors de l’enfance tout simplement indispensables !

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Dans ce magnifique album longiligne, Chiara Mezzalama nous raconte un souvenir d’enfance qui s’est imprimé dans son cœur. Fille d’ambassadeur, elle part vivre avec ses parents à Téhéran. La propriété dans laquelle ils habitent est dotée d’un magnifique jardin qu’elle aime découvrir et parcourir avec son petit frère et où ils inventent mille histoires. Au-delà des murs, c’est la guerre, le chaos, la destruction. Mais un jour, ce dehors s’introduit dans ce dedans, ce huis-clos plein de verdure, d’innocence et de paix. Un garçon a passé le mur. Chiara plus curieuse qu’effrayée joue avec lui sans qu’ils ne parlent la même langue. Un jour elle lui fait un cadeau mais il disparaît pour ne revenir que bien plus tard…

Une grande poésie se dégage de cet album dans lequel le jeu et l’imagination sont indispensables pour se protéger et préserver la part d’enfance et d’innocence. Les illustrations surannées de Régis Lejonc sont splendides et nous font remonter le temps, partir dans un ailleurs. L’objet-livre est également magnifique avec son format atypique, ses pages épaisses et grainées, ce qui leur confère une couleur particulière.

Le jardin du dedans-dehors. Chiara MEZZALAMA et Régis LEJONC. Les Éditions des Eléphants, 2017

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Et vous, dans quels jardins la littérature jeunesse vous a-t-elle emmenés? Qu’y avez-vous découvert?

Nos classiques préféré.e.s : les facéties de Tomi Ungerer

« Si j’ai conçu des livres d’enfants, c’était d’une part pour amuser l’enfant que je suis, et d’autres part pour choquer, pour faire sauter à la dynamique (sic) les tabous, mettre les normes à l’envers : brigands et ogres convertis, animaux de réputation contestable réhabilités… ce sont des livres subversifs, néanmoins positifs » (extrait du livret publié par l’école des loisirs – Tout sur votre auteur préféré).

Pas étonnant qu’un musée ait ouvert ses portes à Strasbourg il y a quelques années, lui qui a légué une multitudes de dessins à sa ville natale. Très prolifique, Tomi Ungerer a publié soixante-dix ouvrages, dont il a pour moitié écrit les textes également.

Nous n’avions que l’embarras du choix pour vous présenter les dix raisons qui nous poussent à préférer tel ou tel album.

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Pour cet album paru aux éditions l’école des loisirs pour la première fois en 1968, Liraloin a eu un très grand coup de cœur, il s’agit du titre Les trois brigands. Voici les dix raisons de lire et relire ce livre :

1– Pour cette première de couverture qui fait blêmir de peur plus d’un enfant et cela depuis des générations : focus sur les yeux menaçants et cette immense hache rouge.
2 – Pour le choix des couleurs primaires et surtout ce bleu qui domine faisant ressortir l’aspect lugubre de l’histoire. La seule pointe de lumière émane de la présence de Tiffany, petite fille blonde aussi précieuse que la lune et l’or…
3 – De mémoire de médiathécaire, les illustrations pleine page d’une telle noirceur n’était pas chose commune à l’époque.
4 – Pour ces attaques orchestrées, organisées et d’une rare violence. La double page montrant un des brigand casser la roue d’une carrosse est très angoissante !
5 – Pour ce trésor amassé depuis des années et des années, mais au juste à quoi sert-il exactement?
6 – Pour ce texte, ce conte qui se prête tellement à la lecture à voix haute, un régal !
7 – Pour cet étrange revirement de situation … les trois brigands auraient-ils un cœur finalement?
8 – Pour l’adaptation cinématographique qui reste, entre autre, fidèle aux jeux d’ombres de l’album.
9 – Pour son adaptation théâtrale vu un jour sur scène, d’une grande finesse dans la recherche des détails.
10 – Pour qu’à jamais cette histoire soit transmise aux générations futures de lectrices et lecteurs.

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Otto, autobiographie d’un ours en peluche est peut-être le premier album qui a permis à Lucie de réaliser que l’on pouvait aborder des sujets extrêmement graves en littérature jeunesse : rien de moins que la Shoah, à hauteur d’enfant.

1– Car Tomi Ungerer détourne volontairement la figure de l’ours en peluche, symbole de la douceur de l’enfance pour la confronter aux horreurs dont sont capables les êtres humains.
2 – Pour cette phrase d’ouverture qui incarne immédiatement Otto dans ce qu’il a de commun avec les Hommes (ne pas se voir vieillir) mais aussi ce qui l’en éloigne (il peut être vendu) : « J’ai compris que j’étais vieux le jour où je me suis retrouvé dans la vitrine d’un antiquaire ».
3 – Parce que donner le rôle du narrateur à un ours en peluche offre un regard naïf et précieux sur l’enfance…
4 – … Mais fait aussi de lui une victime passive, tributaire des adultes comme le sont les enfants.
5 – Pour la période heureuse qui précède le drame, les jeux entre David et Oskar, les souvenirs, les aventures, l’encrier reçu sur la tête, le tatouant d’une tâche violette pour le restant de ses jours.
6 – Pour la beauté du geste de David qui confie Otto à son ami Oskar alors qu’il s’apprête à être déporté.
7 – Et pour le périple qui s’en suit, des Etats-Unis à une poubelle, et enfin l’espoir qu’il faut malgré tout conserver jusqu’au bout.
8 – Parce qu’Otto est, à sa manière, un héros de guerre lui aussi.
9 – Pour les indices délicatement distillés que perçoivent les grands enfants et les adultes et permettent un double niveau de lecture.
10 – Parce qu’Otto existe vraiment et que l’on peut le retrouver au musée Tomi Ungerer.

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Pour Colette qui aime à faire découvrir à ses plus jeunes élèves les figures d’Ogres, d’Ogresses ou d’Ogrelets, il est un album incontournable d’Ungerer : Le Géant de Zéralada. Et voilà pourquoi !

Le Géant de Zeralda, Tomi Ungerer, L’école des loisirs, 1971.
  1. Pour cette première de couverture particulièrement ambigüe : quel duo étrange que cette petite fille blonde aux joues roses et cet homme à la barbe grisonnante aux sourcils sévères et aux dents acérés. Elle ne semble pas en danger et pourtant que dire de ce couteau à la lame tranchante qui occupe le premier plan ?…
  2. Parce que cette histoire possède tous les atours du conte traditionnel, de la calligraphie gothique du titre au célèbre « il était une fois » qui introduit le texte, en passant par les personnages traditionnels de l’ogre et de la fillette aimable à souhait !
  3. Parce que très vite, on comprend que l’auteur va jouer avec ces codes du conte traditionnel de manière subtile et originale ! Ici point de réécriture à la sauce contemporaine, mais plutôt un bel esprit de subversion : Zeralda aime faire la cuisine, oui, oui, et c’est là tout son pouvoir ! Et c’est grâce à ses talents de cheffe qu’elle va mettre KO notre géant car grâce à elle il va découvrir qu’il y a d’autres goûts dans la nature que celui de la chair fraîche !
  4. Parce que j’ai toujours adoré les listes, leur poésie si particulière, et dans cet album là, l’amatrice de listes est servie sur un plateau d’argent :  » Un potage de cresson à la crème, Des truites fumées aux câpres, Des escargots au beurre et à l’ail, Des poulets rôtis, Un cochon de lait »
  5. Des listes gourmandes vous l’aurez compris ! Car cet album est une véritable ode à la gourmandise, à la profusion, aux banquets, à la générosité ! Aussi bien au niveau du texte qu’au niveau des images, notamment avec cette double page au cœur de l’album qui présente le menu du « souper tout à fait moyen » préparé par Zeralda une fois rentrée au service du géant.

6. Parce que la véritable héroïne du conte, ce n’est pas le géant dont l’horrible figure trône sur la couverture mais cette petite fille de six ans, ingénieuse, créative et courageuse.
7. Parce que vraiment « Zeralda » c’est un joli prénom ! Et qui commence par un « Z » en plus !
8. Parce qu’on pressent que derrière cette histoire, il y a du lourd du côté de la psychanalyse, parce que, bon, quand même, Zeralda, 6 ans, va rester au service du géant rencontré par hasard un jour de marché et qu’elle va finir par l’épouser des années plus tard. Certes, elle est devenue adulte mais tout de même, Ungerer ici encore va bien au delà des codes établis. Sa princesse et son prince charmant sont d’un tout autre acabit que celles et ceux qu’on rencontre habituellement dans les histoires pour enfant.
9. Et puis parce qu’ici l’enfant guérit l’adulte et délivre d’une manière bien surprenante toute la ville de la menace que ce géant représentait tant qu’il se livrait à sa passion de la chair d’enfant.
10. Enfin parlons des couleurs et du trait de l’artiste : c’est un voyage dans le temps à chaque page ! Un temps où la littérature jeunesse osait la parabole, l’allégorie, le second degré, tout en gardant une apparence de naïveté.

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Le maître des brumes fait partie des albums culte des moussaillons de L’île aux trésors qui en connaissent chaque détail. Un livre qui se relit avec un plaisir intact, pour au moins dix raisons !

Maître des Brumes, de Tomi Ungerer. L’école des loisirs, 2013.


1 – Pour l’Irlande un peu magique qui lui offre son décor de falaises et de prairies, de pubs et de marées.
2 – Pour les animaux qui peuplent ces pages : chien, chat, oies, cochons, moutons, mais peut-être aussi des bestioles plus inattendues ?
3 – Pour la jolie complicité frère-sœur qui traverse ces pages.
4 – Parce que s’imaginer pouvoir explorer les côtes irlandaises dans son propre curragh, what else ?
5 – Pour l’attrait magnétique et inquiétant exercé par l’île aux Brumes qui émerge des flots à l’horizon, « comme une vieille dent de sorcière ».
6 – Parce que les illustrations de Tomi Ungerer font VRAIMENT frissonner : cette brume dans laquelle la barque des enfants dérivent et dans laquelle on ne distingue plus rien, ces rochers qui semblent nous observer gravement, ces plantes grimpantes qui ressemblent à des griffes…


7 – Pour l’idée géniale et vertigineuse imaginée par l’auteur pour expliquer l’origine des brouillards, entre magie et rouages steampunk.
8 – Pour les doutes délicieux qui subsistent : tout cela s’est-il vraiment passé ?
9 – Parce que cette histoire, c’est finalement un peu l’anti-chèvre de M. Seguin. Explorer le monde, c’est certes dangereux, mais aussi captivant…
10 – Pour le bonheur immense de retrouver Papa et Maman après une aventure pareille.

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Le choix de Blandine s’est porté sans hésitation sur Le Nuage Bleu.

Le Nuage Bleu. TomI UNGERER. Ecole des Loisirs, 2000
  1. Pour cette couverture, faussement candide, un brin facétieuse, et surtout libre
  2. Pour l’indépendance et l’optimisme de ce petit nuage qui va son chemin
  3. Parce qu’il ne se laisse pas influencer, quitte à être seul
  4. Pour la poésie utopiste qui s’en dégage
  5. Pour ses couleurs éloquentes
  6. Pour les nombreuses références, historiques, populaires, culturelles, littéraires
  7. Pour son message universel de paix, de tolérance et d’ouverture à l’Autre
  8. Pour le petit détail qui dit tout
  9. Pour la Différence nécessaire
  10. Un album pour donner envie de découvrir les autres de l’auteur

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Et vous ? Avez-vous lu Tomi Ungerer et quel titre auriez-vous choisi ?

Nos coups de cœur de l’été !

Ah l’été… les vacances et ces moments tant attendus, des montagnes de romans, d’albums, de BD accumulées. Précieuses lectures misent de côté en se disant que repos rime avec découvertes livresques ! Vos arbronautes sont toujours partantes pour vous partager leurs coups de cœur adorés !

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Pour Liraloin, fortement attirée par le travail de Claire Gaudriot, c’est un roman sur les liens intergénérationnels qui a retenu toute son attention de lectrice compulsive ! Il fallait compter sur Claire Gaudriot qui aime les « trucs de vieilles » pour nous livrer cette magnifique galerie de portraits de mamies, si belles ! Le texte de Leïla Brient nous fait voyager à travers le vécu de ces femmes ordinaires tant elles sont extraordinaires. Des vies à aimer, à s’indigner, à être heureuse tout simplement. 

Ma collec de mamies de Leïla Brient & Claire Gaudriot – Les Monédières, 2021 

Retrouvez son avis complet ici

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Du côté d’une autre collectionneuse, c’est le bel album Valise de Chris Naylor-Ballesteros choisi un peu par hasard par son Petit-Pilote-de-Trottinette sur les rayonnages de la jolie librairie Le Passeur, qui a remporté tous les suffrages. Un album qui se lit à plusieurs voix, à mi chemin entre la pièce de théâtre et la planche de BD, et qui raconte l’arrivée d’un « drôle d’animal » qui avait « l’air fatigué, triste et effrayé. » Derrière lui, il traîne une grosse valise. Les animaux qu’il croise sur son chemin, n’ont de cesse de l’interroger sur ce qu’il transporte dans sa valise. Le mystère augmente au fur et à mesure des réponses du drôle d’animal. Piqués au plus vif de leur curiosité, les animaux vont commettre l’irréparable et forcer la valise de cet inconnu mystérieux. Et ce qu’ils y découvrent va leur permettre de comprendre l’histoire de l’étrange animal et de tout faire pour se faire pardonner d’avoir forcé sa valise. Il y a beaucoup de silence, de simplicité et d’amitié dans cet album. Et je crois que c’est ce que j’ai préféré : cette incroyable simplicité pour dire l’exil et l’espoir tout à la fois.

La Valise, Chris Naylor-Ballesteros, L’école des loisirs, 2022.

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C’est aussi à son loulou que Lucie doit ses deux coups de cœur de l’été.
Tout d’abord Des bleus au cartable, qu’il avait lu dans l’année et chaudement recommandé.
L’histoire de Lana qui est harcelée lors de son année de 6ème. Avec le talent qu’on lui connaît, Muriel Zürcher brosse les portraits croisés de la harcelée, du harceleur et d’un témoin. Ces trois voix témoignent parfaitement de la complexité d’une telle situation et de la pression que se mettent nos jeunes collégiens pour être populaires. Un roman d’une grande force !

Des bleus au cartable, Muriel Zürcher, Didier Jeunesse, 2020.

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Et puis La fille aux mains magiques, qui aborde sa passion pour le dessin sous un angle inhabituel. Sous la forme d’un conte africain, Nnedi Okorafor parle de la création, du travail de perfectionnement qu’elle demande, et des effets qu’elle peut avoir sur soi et sur son entourage.
Childera est une petite fille issue d’une famille pauvre, que son père ignore car il espérait un garçon. Un jour qu’elle va chercher de l’eau elle découvre l’art Uli qui va bouleverser sa vie.
Les illustrations très contrastées de Zariel accompagnent magnifiquement cette histoire.

La fille aux mains magiques, Nnedi Okorafor, illustrations de Zariel, Editions Actusf, 2021.

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De son côté, Linda a fait de belles découvertes durant l’été. Des titres plus ou moins récents, mais quantité de coups de cœur. Après réflexion, deux titres se démarquent réellement. Le premier est un album poétique qui invite à suivre une fratrie dans son aventure sous la pluie, riche d’une imagination très fertile et sans limite. Le texte est poétique, les illustrations immersives utilisent le livre dans son ensemble sans se borner au sens ou limites imposées par le format. C’est un véritable chambardement dont on ressort ébouriffés !

Les ébouriffés d’Anne Cortey & Thomas Bass, Grasset jeunesse, 2023.

Son avis complet est ICI.

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Le second titre est un roman richement illustré, découvert dans un format proche de l’album, écrit par un conteur incroyable, Michael Morpurgo. S’il s’agit d’un hommage au créateur des éditions anglosaxonne Penguin, c’est aussi et surtout un magnifique hymne à la nature et à la mer. Le texte d’une beauté sensible transporte sur l’île aux Macareux dans les pas d’un jeune garçon qui, à la suite d’un naufrage, va se lier d’amitié avec son sauveur, un vieil homme solitaire et taciturne qui vit pour l’art et les oiseaux. A ses côtés, l’enfant devenu homme va construire celui qu’il veut être et devenir un artiste passionné par la mer.

Le Phare aux oiseaux de Michael Morpurgo & Benji Davies, Gallimard jeunesse, 2021.

Son avis complet est ICI.

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Isabelle et ses moussaillons ont mis l’été à profit pour découvrir ensemble de chouettes romans ! Parmi eux, Crookhaven a tiré son épingle du jeu. Un roman dans la plus pure tradition potterienne qui imagine une école où seraient enseignés escroquerie et cambriole. Avec le jeune Gabriel, on découvre une institution avec ses codes et ses institutions, ses cérémoniaux et ses matières singulières. Crookhaven se démarque pourtant par ses réflexions sur les tensions entre légalité et légitimité. Puisque le monde ne tourne pas rond et puisque les forces de l’ordre ne semblent pas à même de rétablir la justice, certaines actions illégales offrent la seule voie pour rééquilibrer un peu les choses. Ce premier tome trépidant nous laisse prendre nos marques dans cet univers et noue plusieurs fils d’intrigue autour des apprentissages, de la Coupe des Escrocs et des mystères qui entourent certains personnages – à commencer par Gabriel lui-même… On sent bien que certaines intrigues ne sont que des arcs secondaires et que le tableau d’ensemble ne fait que s’esquisser à ce stade. Une série qui s’annonce prometteuse et que tous les enfants de la famille ont dévorée !

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L’autre grand coup de cœur d’Isabelle est allé à Pallas, projet herculéen auquel s’est risquée Marine Carteron avec ce contre-récit de la mythologie grecque s’appuyant sur ses propres sources (dument listées en fin d’ouvrage) mais développant une perspective aussi nouvelle qu’éclairante, celle des femmes. Le fil d’Ariane de ce récit de blessure, de colère et de vengeance est Pallas, sœur de lait d’Athéna. Marine Carteron recoupe les textes, sélectionne certaines séquences et offre une nouvelle lecture des enchaînements qui ont mené à la guerre de Troie. Son texte est aussi envoutant que réjouissant, entre saga addictive et chant polyphonique concentrant tout ce qui a fait le succès de la mythologie grecque depuis des millénaires – la rencontre du trash, du suspense et de la poésie, le côté feuilleton avec ce qu’il faut de cliffhangers, de trahisons et de rebondissements, des dieux outranciers qui lorgnent d’un œil désintéressé sur les humains, des dialogues désopilants et un style plein de peps qui se lit merveilleusement à voix haute. Les incollables de la mythologie grecque prendront grand plaisir à décrypter les clins d’oeil et à découvrir des séquences moins célèbres ; les néophytes trouveront dans ces pages une introduction splendide qui leur donnera sans nul doute envie d’aller plus loin. On en reste médusé !

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Cet été Blandine a eu envie de découvrir et lire des mangas. Parmi ses trouvailles, l’une lui a particulièrement plu!

Chasse au cadavre – Tome 1. Hôsui Yamakazi. Casterman, 2023

Ce sont les vacances et un groupe de collégiens décide de découvrir ce qui est arrivé à l’une de leur camarade de classe, disparue deux ans plus tôt.  Chacun s’est préparé pour mener l’enquête, récoltant des indices, à repérer les lieux, à faire des suppositions, à émettre des hypothèses qui se confirment ou non en arrivant sur les lieux. Mais tout ne se passe pas comme prévu, entre nouvelles gens, réseaux sociaux et remises en perspective.

Ce premier tome, doté d’une couverture très réussie rappelant Les Goonies (film culte des années 80 – et pour lequel on trouve une référence dans les pages!!) nous présente les personnages et les faits. Le récit est haletant, les questions nombreuses pour se demander quel est l’intérêt de chacun et de tous tant dans la disparition que dans la résolution. Vivement la suite!

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Et vous, qu’avez-vous lu et aimé cet été ?

Billet d’été : Le voyage intérieur.

Après un beau périple en Amazonie par Lucie, voici une autre forme de voyage…

Pour Liraloin le voyage signifie aussi prendre le temps de faire une pause dans le quotidien et de s’installer un petit moment dans une bulle d’été, une introspection nécessaire et essentielle. Quoi de plus émouvant que d’entreprendre un voyage pour retrouver un souvenir, un apaisement solitaire ou un amour et de vivre l’instant présent.

Voyager dans le souvenir : ici et demain

La perte d’un proche, le temps d’un voyage dans un appartement, retrouver la trace des moments passés avec cette personne et faire son deuil à travers les souvenirs.

Quand Hadda reviendra-t-elle ? de Anne Herbauts, Casterman – 2021

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Le temps se suspend quelques instants dans l’écriture de Thomas Vinau. On se prend à observer et revivre ces émotions vives et vécues lors d’une journée peu importe à quelle saison.

Pizza 4 saisons de Thomas Vinau, illustration de Anne Brouillard – Thierry Magnier, 2022

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Voyager en soi : Apprendre à se faire confiance, se connaître et s’accepter

Chaque personne vivant avec son mal-être en parle d’une même et seule voix troublée. Les illustrations accompagnent pour frapper encore plus fort. Elles dissèquent l’émotion compulsive, la peur, l’anxiété comme pour approfondir les dires.

Journaux troublés de Sébastien Perez, illustration de Marco Mazzoni – Soleil : Métamorphose, 2020

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Submergée dans les flots d’une langue qu’elle ne connaît pas, cette jeune femme s’interroge sur ses capacités à comprendre. L’espace d’un instant, il suffit d’observer son monde, se donner de la force et du courage pour s’améliorer.

Je connais peu de mots de Elisa Sartori – CotCotCot éditions, 2021

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Une délicatesse rare où se mêle l’apprentissage de la vie à travers l’amitié que l’on éprouve pour soi et pour les autres. Alors même si tout semble emmêlé comme les végétaux dans une chevelure, viendra le moment où l’envol se fera un jour ou l’autre.

Mon amie la chenille de Marion Janin – l’Atelier du Poisson Soluble, 2021

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Le voyage amoureux : partager un amour à travers le temps

Cet album est une ode à la découverte de la féminité et de l’amour. De manière subtile et poétique Davide Cali nous livre l’histoire d’une jeune femme découvrant son corps, le désir et le sens du mot Amour. Les illustrations de Monica Barengo sont d’une finesse d’où émane une douceur sensuelle et grave par moment. Un album délicat et pur.

Pollen une histoire d’amour de Davide Cali, illustration de Monica Barengo – Passepartout, 2013

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Gaya Wisniewski nous livre une histoire d’amour pur et sensible entre deux êtres que tout oppose et qui finalement ne font plus qu’un. Les illustrations toutes de nuances noires et grises sont habilement rehaussées d’un filet bleuté. Ce bleu qui évoque l’hiver et la présence éternelle de l’amour entre ces deux-là.

Mon bison de Gaya Wisniewski – Mémo, 2018

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Voyager et rêver : profiter du moment présent, s’émerveiller

Voyager dans les contes et rêver à des désirs secrets. Être en osmose avec la nature et profiter de l’instant présent. D’aventure en aventure ne pas avoir peur du voyage. Profitons de cette poésie voyageuse où il faut sans cesse se réinventer.

Je t’emmène en voyage de Carl Norac, illustré par 40 illustrateurs – A Pas de Loup, 2019

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Une vie de nostalgie où les retrouvailles dans cette maison de famille nous donne une respiration bien particulière. Le temps de s’arrêter, de s’émerveiller, d’apprendre à lacer ses chaussures, de trouver et perdre pour ensuite retrouver et reperdre sa casquette. Une plongée qui fait un bien fou loin de tout, de toute connexion.

Le plus bel été de Delphine Perret – Les Fourmis rouges, 2021

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« La route chante
Quand je m’en vais
Je fais trois pas
La route se tait
 » (extrait de La Marée Haute de Lhasa)

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Lundi prochain Linda sera votre commandante de bord pour une excursion en train. Soyez prêt(e)s pour un embarquement immédiat !