Nos coups de cœur de novembre

Sous les belles branches de notre grand arbre fleurissent chaque mois des lectures inoubliables. Découvrez les livres qui ont fait chaviré nos cœurs de blogueuses en ce mois de novembre !

******

Pour Liraloin c’est un voyage hypnotique qui emporte le coup de cœur pour ce mois-ci. Il s’agit d’Odyssée de Peter Van Den Ende publié chez Sarbacane en 2020. Il s’agit d’un premier album.

Cet album sans texte est une formidable aventure à travers les mers. Les illustrations en noir et blanc pleine page soulignent une atmosphère propice à la rêverie.  Une route longue et fantastique s’ouvre devant un si petit bateau en papier, cet origami plié par des générations d’enfants. Justement, Peter Van Den Ende invite le lecteur à voyager dans son imagination, à trouver dans son odyssée des créatures qui rassurent ou qui font peur pour cheminer et arriver à bon port afin de grandir en étant son propre capitaine.

Odyssée de Peter Van Den Ende, Sarbacane, 2020

******

Chez Lucie, la sortie du deuxième tome d’Alma de Timothée de Fombelle était attendu avec impatience.

Si comme eux vous avez envie de retrouver les personnages qui vous ont fait vibrer, suivez leurs aventures entre la France, l’Afrique, l’Amérique et l’Australie dans un grand jeu de piste comme sait si bien en concevoir cet auteur malicieux. Alma : l’enchanteuse est un enchantement !

Alma : l’enchanteuse de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, 2021.

Son avis ICI.

******

J’en rêvais depuis longtemps a aussi attiré l’attention de Lucie et de son fils. Par son format inhabituel tout d’abord, mais surtout par son contenu. Outre les illustrations toujours expressives et réjouissantes d’Olivier Tallec, il joue ici avec l’identité du narrateur de manière très amusante.

J’en rêvais depuis longtemps d’Olivier Tallec, Actes Sud Junior, 2021.

Son avis ICI.

******

Pour Blandine, le choix ne fut pas facile tant novembre lui a fait battre le cœur. Puisqu’il faut bien choisir, voici les deux livres qui résonnent particulièrement!

Le Passeur de fantômes – Tome 1. Alain GROUSSET et Johan HELIOT. Éditions Auzou, 2018

Malo emménage dans une nouvelle maison, que l’on dit hantée… à raison. Il y fait la connaissance de Jérémy, fantôme d’un garçon de son âge, amnésique et qui ne peut aller dans l’au-delà. Avec l’aide de Silène et d’Octave, son aïeul fantôme d’un Poilu de 1914, il lui vient en aide et se découvre un pouvoir.

Ce roman aborde des thèmes forts comme l’amitié, la culpabilité et l’entraide avec un peu d’Histoire Surtout, il nous permet d’entrevoir un univers riche autour de l’occultisme, sans aspect effrayant.

Son avis complet ICI.

*****

Les Croques – Tome 3
Léa MAZÉ. Éditions de la Goutière, 2020

Les Croques, ce sont Céline et Colin, deux jumeaux turbulents, harcelés au collège en raison du métier de leurs parents, croque-morts, et délaissés par ces derniers trop pris par leurs difficultés. Renvoyés une énième fois, les jumeaux se mettent en tête de résoudre un mystère après avoir vu des marques étranges sur certaines tombes… Ils s’attendaient à vivre une aventure palpitante, les voilà plongés au cœur d’une enquête haletante et pleine de dangers.

Avec son triptyque, Léa Mazé nous happe tout du long et nous plonge dans un thriller au cadre atypique: un cimetière! Elle joue sur les apparences et les cadrages, son travail autour des couleurs est magnifique. Nous sommes maintenus en haleine et ce troisième tome, avec sa double chute, clôt parfaitement la série!

L’avis complet de Blandine ICI.

******

C’est un voyage au Bois de Burrow qui a conquis Linda. Thibault Guichon utilise la fable animalière pour dénoncer les travers de notre société moderne : fashion addict, surconsommation ou encore addiction aux réseaux sociaux sont pointées du doigt dans un texte plein de poésie et d’humour. Superbement illustré par Frédéric Pillot dans un style noir et blanc proche des gravures du XIXe siècle, cet album très grand format est aussi un très bel objet-livre.

Les Fabuleuses Fables du Bois de Burrow de Thibault Guichon, illustrations de Frédéric Pillot, éditions Little Urban, 2021.

Son avis complet est ICI.

******

Pour Colette, le mois de Novembre fut l’occasion de renouer avec la Bande-Dessinée. Et c’est avec Nowhere girl de l’auteure Magali Le huche, qu’elle suit depuis si longtemps avec ses petits pilotes, qu’elle a redécouvert les plaisirs enchantés de ce genre si créatif. Dans Nowhere girl, Magali Le huche raconte son adolescence, et plus précisément son entrée au collège. Et l’impossibilité de s’y sentir en sécurité. Seule la musique, seuls les Beatles vont lui permettre d’ouvrir une brèche enchantée dans son quotidien angoissant. C’est avec eux, qu’elle traversera les route qui mène à l’âge adulte, confiante en ses dons, en sa créativité.

Nowhere girl, Magali Le huche, Dargaud, 2021.

Son avis complet est ici.

******

Isabelle n’a fait que des belles pioches ce mois-ci. En album, elle s’est régalée avec Tombée du ciel, la nouvelle pépite des frères Fan, dont on aime toujours autant la proposition esthétique et philosophique. Cette fable autour d’une Merveille colorée qui serait tombée du ciel dans un pré d’herbes folles évoque joliment ce que peut provoquer en nous la rencontre avec l’inconnu : la curiosité, la perplexité, les questionnements métaphysiques ou spirituels, la gourmandise ou la convoitise… Elle nous interroge sur les manies humaines de vouloir s’approprier et marchandiser tout ce qui pourrait rester commun. Un album à couper le souffle, entre poésie, perche tendue à notre conscience et hymne au partage.

Tombée du ciel, des Fan Brothers, Little Urban, 2021.

L’avis d’Isabelle ICI

Et en roman, Isabelle et son moussaillon cadet ont adoré lire à voix haute le deuxième tome de la série Angie ! de Marie-Aude et Lorris Murail. Une enquête policière de haut vol portée par des personnages qu’on est ravi.e de voir retrouver et voir évoluer. L’intrigue s’inscrit à la fois dans notre époque de pandémie et dans le temps long de l’histoire du Havre. Tout cela est pimenté d’humour et porté par une plume énergique, vivante et très visuelle. Un roman plein de vie !

Souviens-toi de septembre ! de Marie-Aude et Lorris Murail. L’école des loisirs, 2021.

Son avis complet ICI

******

Et vous, qu’avez-vous lu de beau ce mois-ci ?

Lecture d’enfant #38 : La Maison aux 36 clés

Il y a quelques semaines, Lucas et moi avons lu La Maison aux 36 clés de Nadine Debertolis publié chez Magnard jeunesse. Ce roman avait été proposé par Blandine du blog Vivrelivre dans la sélection Grandes Feuilles du Prix ALODGA. Voici ce qu’en pense un jeune lecteur de treize ans !

La Maison aux 36 clés de Nadine Debertolis, Magnard jeunesse, 2020

Que t’évoque la couverture ? Qu’attends-tu comme style de livre en y regardant de plus près ?

Je n’ai pas tout de suite été attiré par la couverture. La maison est intrigante, tout de même. On se doute que l’action va se passer à la campagne à cause de la frise ornementale. Je me suis dit que cette histoire serait d’un style fantastique à cause des plantes justement.

Que penses-tu de la relation entre Tessa et Dimitri ?

Ils s’entendent bien. Tessa est très fonceuse et taquine souvent son frère. C’est une relation réelle et c’est « fantastique » d’être complice comme cela.

Est-ce que tu as eu peur en lisant cette histoire ?

Il y a beaucoup de suspense et l’histoire est bien menée mais je n’ai pas eu peur. Une découverte appelait une autre découverte, ce qui donnait envie de continuer la lecture !

Est-ce que toi aussi tu aimerais découvrir un secret de famille ?

Oh oui ! Ça doit être génial de partir à l’aventure !

Que penses-tu de ce livre ? A qui le recommandes-tu ?

Il est pour tout public. Pour les enfants à partir de onze ans voir dix, s’ils sont bons lecteurs. J’ai beaucoup aimé ce roman !

Merci Lucas !

Retrouvez l’avis de Blandine ici.

Nos classiques préféré.e.s : s’émerveiller avec Jean-Claude Mourlevat !

Jean-Claude Mourlevat est un auteur prolifique qui se renouvelle de façon étonnante : ses écrits revisitent les genres du conte, de la fable, du polar et de la dystopie. Il ravit ses lecteur.ice.s dans tous les registres grâce à sa plume vive, son art de conteur et son talent pour nous interroger sur les sujets les plus percutants. À tel point qu’il a reçu récemment le prix Astrid Lindgren, considéré comme le Prix Nobel de littérature jeunesse (nommé d’après une autrice dont nous avons d’ailleurs eu l’occasion de parler par ici). Un prix qui contribue à rendre visible à l’international la richesse inouïe de la littérature jeunesse francophone, mais qui nous invite surtout à (re-)découvrir les livres de cet auteur. Un billet s’imposait dans notre série sur les « classiques » de la littérature jeunesse !

Vous connaissez le principe : chacune de nous choisit un titre qu’elle a particulièrement aimé et vous dit pourquoi.

Jean-Claude Mourlevat, source : son site Internet

******

Lucie a envie de mettre en avant La Troisième Vengeance de Robert Poutifard. Voilà pourquoi !

La Troisième Vengeance de Robert Poutifard de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse, 2004.

– Parce que c’est le roman de Jean-Claude Mourlevat préféré par son fils (pour le moment !)
– Que l’on soit élève ou enseignant, ce roman est un délicieux jeu de massacre.
– Parce que Robert Poutifard ne déteste pas seulement ses élèves mais aussi ses collègues, et que ses commentaires in petto sont hilarants.
– Parce que les enfants peuvent se montrer particulièrement cruels et que les effets de la méchanceté ne sont pas anodins.
– Pour les trois machinations mises en place, qui sont tout simplement diaboliques.
– Pour Bourru, le chien du cousin garagiste de Robert, à pleurer de rire.
– Parce que Poutifard a beau être animé par la vengeance, il est humain et particulièrement attachant.
– Parce que la vengeance qui compte réellement, comme le titre l’indique, c’est la troisième qui apporte compréhension et pardon.

******

Comment ne pas braquer tous les projecteurs sur Cornebique et entonner en cœur sa ballade ? Pour Isabelle, les arguments sont multiples et convergents !

La ballade de Cornebique, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard, 2003.

– Pour l’irrésistible bouc Cornebique, gaillard tout en jambes, doté d’un solide appétit, d’une bonne dose d’auto-ironie et d’un cœur tendre à souhait.
– Par ce que Jean-Claude Mourlevat est un conteur hors-pair qui place ce récit sous haute tension.
– Pour les émotions fortes qui nous font passer du rire aux larmes…
– … et pour le son entraînant et émouvant du banjo qui fait écho à nos états d’âme et nous donne envie de danser.
– Pour les frasques de Cornebique dont l’esprit de compétition, la fantaisie et la liberté vont droit au cœur des enfants (même ceux qui sont adultes).
– Pour les dialogues, trésors d’humour et de répartie.
– Évidemment, pour le savoureux concours d’insultes.
– Et pour la convivialité de ce roman où tout s’arrange toujours autour d’un repas chaud.

******

Pour Linda, la fable animalière Jefferson est une invitation à voyager, à rêver, à penser mais aussi à rire. Voilà quelques raisons de le mettre en avant.

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2018.

– Parce que c’est le roman préféré de ma fille, celui qu’elle relit régulièrement, qu’elle chérit comme un doudou,
– Pour cette couverture toute simple qui nous présente Jefferson, et son résumé qui dévoile juste ce qu’il faut de l’intrigue (avec humour) pour donner envie d’en savoir plus,
– Pour son intrigue policière qui prend la forme d’un voyage parfois terrifiant,
– Pour les valeurs d’amitié et de joie de vivre qui dominent,
– Pour ses personnages animaliers qui, caricaturant les humains, dressent des portraits touchants et drôles,
– Pour le questionnement sur notre rapport aux animaux et sur leurs droits,
– Parce que derrière ce questionnement humaniste et écologique, l’histoire n’en reste pas moins bourrée d’humour,
– Parce qu’un bon polar c’est aussi une enquête qui nous entraîne à l’aventure en laissant de la place au suspens,
– Enfin, parce que Jean-Claude Mourlevat, tout simplement.

******

Pour Liraloin, l’épopée contée du roman Le Chagrin du Roi Mort emporte très loin l’imagination du lecteur aventurier !

Le Chagrin du Roi Mort de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2009

– Pour cet incipit : « Je dédie ce roman, une fois n’est pas coutume, à mes camarades de littérature, celle qu’on dit «de jeunesse ». »
– Pour ce titre, genèse de ce conte qui va se dérouler sous vos yeux.
– Pour l’amour, ce sentiment humain dont l’essence enveloppe nos héros.
– Pour la sorcellerie, ligne directrice parfaitement orchestrée.
– Pour les deux parties de l’histoire : l’enfance si douce et mystérieuse / la guerre : combats fraternels et l’amour possible ou impossible ?
– Pour le sort tragique d’une mère légitime ou non.
– Pour le combat d’un père qu’il soit légitime ou non.
– Pour le souffle court d’Aleks lorsqu’il évoque Lia (une série de chapitres dont les voix résonnent très longtemps)
– Pour les quelques pages impossibles à terminer par peur de la chute, d’un réveil trop brutal.
– Pour cette histoire qui restera longtemps à vibrer.

******

Pour Colette, Mourlevat c’est la magie de La Rivière à l’envers avant tout !

La Rivière à l’envers, Jean-Claude Mourlevat,PKJ, 2009

– Parce que les quelques mots du prologue sont juste… parfaits ! « L’histoire que voici se passe en un temps où l’on n’avait pas encore inventé le confort moderne. Les jeux télévisés n’existaient pas, ni les voitures avec airbags, ni les magasins à grande surface. Or ne connaissait même pas les téléphones portables ! Mais il y avait déjà les arcs-en-ciel après la pluie, la confiture d’abricot avec des amandes dedans, les bains de minuit improvisés, enfin toutes ces choses qu’on continue à apprécier de nos jours. Il y avait aussi, hélas, les chagrins d’amour et le rhume des foins, contre lesquels on n’a toujours rien trouvé de vraiment efficace. Bref, c’était… autrefois.
– Parce que tout commence dans une épicerie, une épicerie qui est un véritable petit royaume de poésie.
– Pour l’incroyable foisonnement du merveilleux qui se niche entre ces pages : de la Forêt de l’oubli à la prairie des Parfumeurs, ce récit explore le moindre recoin du pays des merveilles !
– Parce qu’il y est question d’amour, d’amour naissant, un amour qui ne se dit jamais explicitement, mais un amour qui engage et qui emmène.
– Parce que Tomek est le héros par définition : courageux, vaillant, droit, sincère.
– Parce que son pendant féminin, Hannah, est l’héroïne par définition : courageuse, vaillante, droite, sincère.
– Parce que le style de Mourlevat y est précis, limpide, d’une clareté aussi lumineuse que celle de l’eau de la rivière Qjar.
– Parce que la chapitration du roman a permis à nombreux de mes élèves, même petits lecteurs, de se lancer dans une lecture longue, un défi qui n’est pas mince à relever !
– Pour ce processus ingénieux de la double narration, celle de Tomek, dans un livre, celle d’Hannah dans l’autre, un processus qui nous invite à changer de point de vue, à relire sans cesse, à ne jamais être trop sûr de soi. Une belle leçon d’humilité en somme. De poésie aussi.
– Pour les moments précieux que sa lecture à voix haute m’a permis de vivre au côté de mon fils aîné qui en avait livré, jadis, ici même, sa lecture d’enfant.

******

Et vous, avez-vous lu Jean-Claude Mourlevat et lequel de ses romans auriez-vous choisi de mettre en avant ?

Nos coups de cœur de septembre !

Après vous avoir présenté nos tables de chevet débordant de piles de romans, albums et autres réjouissances, c’est le moment de partager nos coups de cœur au terme de ce joli mois à la charnière entre été et automne…

******

Pour Liraloin, une BD remporte les suffrages ! Incroyable ! débute comme une pièce de théâtre. En poussant la porte, le décor se plante et les personnages sont présentés tout comme la peau de banane qui aura son importance. Après tout, Tchekhov n’a-t-il pas dit : « Quand dans une pièce de théâtre, il y a un pistolet, il faut qu’il tire avant la fin… ». En attendant Jean-Loup, notre héros fait son entrée et ce petit garçon : « est un gamin un peu bizarre, qui du haut de ses 11 ans, s’est égaré quelque part entre son arrêt de bus… et le cosmos. »

Jean-Loup passe son temps à la bibliothèque, il aime rédiger des fiches sur les sujets qui éveillent sa curiosité. Cependant il se dépêche de rentrer chez lui en se lançant des défis et gagner des points. Mais Jean-Loup est seul, deux parents absents laissant place vide à d’autres personnes un peu trop envahissantes ou réconfortantes selon si ces dernières viennent de son imagination ou sont bien réelles.

Ce qui est Incroyable ! dans ce récit c’est cette force narrative qui joue avec les émotions du lecteur. J’ai adoré le personnage du Parrain qui dédramatise la vie de Jean-Loup et lui permet de remettre les pieds sur terre. Johnny Gala et ses chansons à l’anglais approximatif : « Ah, j’ai mon contrat… Tous les mercredis Johnny Gala est chez Cora. Cette semaine c’est au rayon petits pois. Y a une promo, j’ai une compo. I wrote a song… Enfin euh song… a Hit ! J’aime les pois les concassés. J’aime les pois même les entiers (sur la mélodie de « J’aime les filles » de Dutronc). »

Cette vie de petit garçon timide aux tocs comme pour combler un trop grand vide affectif vous touchera très certainement.

Incroyable ! de Zabus & Hippolyte, Dargaud, 2021

*******

Sur les étagères de La Collectionneuse de papillons, un album délicat à partager entre parents et enfants : Entre Toi et Moi du Dr Catherine Gueguen et Reza Dalvand. Un album qui met des mots sur les besoins d’attention de l’enfant de manière très simple. Catherine Gueguen est une pédiatre qui a beaucoup écrit sur les neurosciences affectives et sociales, et l’importance de la communication non violente au sein des familles et de l’institution scolaire. C’est toujours un bonheur de la lire car elle vulgarise une parole scientifique qui m’a permis, personnellement, en tant que mère et qu’enseignante, d’asseoir mes intuitions. L’album donne la parole à l’enfant dans de nombreuses situations déroutantes pour les parents : l’accès de colère, les chutes, les bêtises, la socialisation, les erreurs, les apprentissages difficiles… Avec cet album, l’enfant est encouragé à mettre des mots sur ce dont il a besoin pour se construire et s’émanciper. Une compétence primordiale pour nourrir l’estime de soi et la confiance dans un monde pourtant incertain.

Entre Toi et Moi, Dr Catherine Gueguen, Reza Dalvand,
Les Arènes, 2020.

******

Le coup de cœur de Lucie fait durer encore un peu l’été : c’est le magnifique Esther Andersen né de la collaboration entre Timothée de Fombelle et Irène Bonacina. Avec le talent qu’on lui connaît, l’auteur met des mots sur ces sensations d’éternité et d’immensité propres aux vacances d’enfance. Un jeune garçon passe ses vacances chez son oncle et circule librement dans la campagne environnante. Jusqu’à ce qu’il fasse une rencontre qui va le chambouler…
Les illustrations d’Irène Bonacina, qui ne sont pas sans évoquer Sempé, exploitent parfaitement ce grand format à l’italienne et élargissent toujours plus l’horizon qu’explore l’enfant sur son vélo rouge.

Esther Andersen de Timothée de Fombelle, illustrations d’Irène Bonacina, Gallimard Jeunesse, 2021.

Les avis de Lucie, d’Isabelle et de Linda.

******

Le coup de cœur de Linda tente, lui aussi, de retenir l’été et les vacances un peu plus longtemps. Un détour entraîne une famille à profiter un peu plus de la nature, de la quiétude des vacances et d’eux-mêmes avant d’affronter le retour si difficile à la maison. Le texte poétique et sensible de Stéphanie Demasse-Pottier et le trait flou de Clarisse Lochmann s’associent dans un album touchant qui laisse parler les émotions et prolonge les vacances pour notre plus grand plaisir.

Fin d’été de Stéphanie Demasse-Pottier, illustrations de Clarisse Lochmann, éditions l’Etagère du bas, 2021.

Son avis complet est ICI.

******

En revanche, c’est un album résolument automnal qui a conquis Isabelle et ses moussaillons ! En ces journées débordantes d’activité, ils ont savouré Un grand jour de rien. Des pages joliment détrempées de pluie qui raconte comment un enfant redécouvre le goût de la vie le jour où sa console termine au fond de la mare. Les illustrations de Béatrice Alemagna ont un charme singulier et mélancolique qui respire merveilleusement l’intensité de l’enfance. Elles nous font ressentir le désarroi de ce petit chaperon orange fluo, puis la manière dont il s’affirme au contact de la nature. De quoi nous donner envie de lever les yeux de nos écrans et de prendre un grand bol d’air. D’empoigner de la terre humide à pleines mains. D’explorer les environs, au gré des rencontres et de son imagination, à la recherche de petits trésors. Un album beau et profond à partager avec une tasse de chocolat chaud.

Un grand jour de rien, de Béatrice Alemagna, Albin Michel Jeunesse, 2016.

Son avis complet est ICI.

******

Et s’il ne fallait retenir qu’un roman, ce serait La vie en rose de Will, de Susin Nielsen. Un roman d’une grande tendresse – de ceux qu’on voudrait à la fois dévorer et lire plus lentement pour mieux le savourer !
Will n’a pas confiance en lui et les sarcasmes impitoyables du monde du collège n’aident pas à s’ouvrir aux autres. Un échange scolaire avec une classe française le place au pied du mur et fait débarquer Charlie dans sa vie. Heureusement, Will a pour lui une spontanéité désarmante, l’amour de ses deux mamans, l’enthousiasme de Templeton et l’amitié de Sal et Alex… On est dans la vraie vie, pas dans un de ces livres de développement personnel dans lesquels un peu de conviction et quelques recettes font des miracles. Mais c’est justement ce qui fait que chaque petit pas en avant est profondément émouvant. À la lecture, on se souvient combien l’adolescence peut être douloureuse. On traverse des états oxymoriques entre rire et larmes. On se love dans l’univers métissé et divers de l’autrice. On s’amuse du comique de situation, des répliques culte et des clins d’œil à la littérature et à la pop culture (l’occasion notamment de découvrir l’émission Queer Eye à côté de laquelle il aurait été dommage de passer !). On rigole du regard juste et décalé sur les Français. Et on se réjouit de célébrer l’amitié avec un grand A, avec des personnages qu’on voudrait ne jamais devoir quitter.

La vie en rose de Will, de Susin Nielsen, Hélium, 2021.

Son avis complet ICI.

******

Ce sont les bulles de deux albums résolument différents qui ont conquis le cœur de Blandine en septembre.

D’abord le doux, poétique et sensible Emouvantail avec sa rencontre avec un « oiseau bohême ». Un album quasi muet, un dessin au trait suranné, un clin d’oeil littéraire pour interroger notre altérité, notre désir de possession et notre définition de la liberté. Magnifique! Son avis ICI.

L’Emouvantail. 4-L’oiseau bohème. Renaud DILLIES. Éditions de la Gouttière, 2021

Et son cœur a fait « boum » pour ce roman graphique documentaire d’Aimée de Jongh qui nous entraîne auprès des fermiers du Dust Bowl durant la Grande Dépression. Aux côtés du tout jeune photoreporter John Clark, nous découvrons les si impressionnantes et destructrices tempêtes de sable qui précarisent tant leur vie. Un roman graphique saisissant qui interroge le pouvoir de l’image. Son avis complet LA.

Jours de sable. Aimée DE JONGH. Éditions Dargaud, 2021

******

Et vous, avez-vous fait de belles découvertes de rentrée ? Racontez-nous !

Billet d’été : Jane Austen versus Margaux Motin

Quand Margaux rencontre Jane…

L’été est une saison propice pour se plonger dans des classiques à lire ou à relire. Sous l’Ombre du Grand Arbre nous aimons beaucoup les autrices et auteurs intemporels et c’est toujours un grand bonheur que de partager les dix bonnes raisons qui vous pousserons à les lire !

Cet été Liraloin vous donne cinq bonnes raisons de lire Jane Austen. Cette grande dame de la littérature anglaise s’est éteinte le 18 juillet 1817 et ses romans continuent encore et toujours à fasciner. À tel point que les éditions Tishina ont publié trois ouvrages des œuvres incontournables de Miss Austen. Cerise sur le gâteau : ces romans sont illustrés de façon très décalée et humoristique par Margaux Motin.

Le premier roman publié par les éditions Tibert a été Orgueil et Préjugés qui est mon roman préféré de tous les temps. Suivra Persuasion, et Raison et sentiment.

Des goodies à en perdre la raison ...

Cinq bonnes raisons d’aimer Pride and préjudice, publié en 1813 :

  1. Pour son héroïne, Elisabeth une badass comme on en fait en 1813
  2. Pour sa critique sociale :  ses personnages croustillants et ultra énervants !
  3. Pour l’amour : que celui qui n’a jamais vu, dès la première rencontre, Mr Darcy succomber au charme d’Elisabeth lève la main.
  4. Pour l’écriture de Jane Austen : « Il n’exprimait aucun regret qui la satisfît, au sujet de ce qu’il avait fait ; son style n’était point pénitent, mais hautain. Il n’y avait là qu’orgueil et insolence. »
  5. Car vous avez la chance de pouvoir lire ce roman et à chaque lecture, les détails n’en sont que sublimes.

Cinq raisons d’aimer Persuasion, publié en 1817 à titre posthume :

  1. Pour les raisons qui poussent Anne Elliot a oublier Wentworth depuis huit ans.
  2. Pour la timidité d’Anne qui contraste avec le reste des personnages.
  3. Pour le dévouement de notre héroïne et son abnégation.
  4. Pour les quiproquos et les dialogues parfois très cinglants.
  5. Pour le père et les sœurs d’Anne Elliot, complétement antipathiques !

Cinq raisons d’aimer Sense and sensibility, publié en 1811 :

  1. Pour la complicité, la force émanant des sœurs Elinor et Marianne.
  2. Pour Marianne, une jeune femme volcanique et amoureuse.
  3. Pour Elinor, une femme d’une belle et rare force.
  4. Pour Colonel Brandon, un de mes personnages masculins préférés, vous découvrirez pourquoi…
  5. Pour cette mère et ses trois filles : une famille unie et solidaire.

Pour conclure, je dirais que Margaux Motin a vu tout ce qui était propice à la moquerie dans les œuvres de Jane Austen.