Le mois d’avril est là. Les bourgeons grossissent, le soleil brille (on l’espère !) et la nature se réveille. Sous le Grand Arbre, c’est le moment de mettre la dernière touche à la sélection en vue du prix ALODGA, que nous avons hâte de vous proposer le mois prochain. Preuve s’il en est : certains coups de cœur viennent directement des titres proposées par les arbronautes ! Voici donc nos titres favoris du mois dernier.
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Lucie a pratiquement terminé de lire les titres de la pré-sélection du prix et a passé le mois de mars en compagnie de très beaux albums ainsi que quelques magnifiques bandes dessinées. Et comme en plus on lui a offert le (très bon) nouvel Hunger Games… Il a été difficile de faire un choix. Cependant, la douceur du trait et du propos de Petit Bonheur a fait la différence. Très joli album s’inscrivant dans la tradition chinoise du Nouvel An, cette histoire montre un petit bonheur n’ayant pas reçu de magie qui va tout de même porter chance à une famille renard. Yue Zang a pensé le moindre détail dans cette ode au travail et à la bonne volonté. Un bol de fraîcheur !
Petit bonheur, Yue Zang, L’école des loisirs, 2024.
Deuxième coup de coeur, deuxième album, très différent : Et à la fin de Jean-Baptiste Drouot. L’auteur-illustrateur se met en scène en pleine recherche de la fin de son conte. Que faire ? « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », n’est-ce pas un peu cliché ? Alors que le lecteur ne saura jamais quelle est l’histoire qui les précède, les fins alternatives s’enchaînent dans un tourbillon de plus en plus loufoque. C’est drôle et cela a le mérite d’interroger sur l’imagination et les traditions.
Et à la fin, Jean-Baptiste Drouot, éditions Hélium, 2025.
En mars, mois de lectures abondantes, notamment en « adultes », plusieurs coups de cœur jeunesse pour Séverine, en particulier pour 5 des derniers romans de la collection Petite Poche de chez Thierry Magnier, à destination des lecteur.ice.s de 7 à 77 ans.
Ils arrivent, d’Eric Pessan : ou quand l’enfant est plus grand que le rejet de l’étranger véhiculé par les adultes et que la générosité l’emporte sur la peur.
La lettre de Sasha, de Nathalie Bernard : la tendresse d’une « mot-gicienne » pour dire l’exil d’un enfant ukrainien, qui lui a raconté son histoire lors d’ateliers scolaires.
Les grandes marées, de Marie Boulier : un tsunami d’émotions, sur la complicité et l’amour inconditionnel entre un père et sa petite fille, malgré la maladie mentale de ce dernier.
Papi Jack et le nouveau monde, de Kochka : interroge le lien intergénérationnel, la fin de vie et ce qui demeure quand l’oubli s’invite à la table familiale.
Le yaourt au ketchup, de Gaëlle Mazars : un rapprochement improbable permet de dépasser les préjugés et de s’affirmer. L’amitié naît parfois où on ne l’attendait pas.
Format court, couvertures aux couleurs punchy, cette collection incontournable est fidèle à sa ligne directrice : proposer aux jeunes lecteur.ice.s des sujets de société, portés par des plumes de grand talent. En fonction des romans et des sujets, subtilité, douceur, poésie, humour, sont au rendez-vous, pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. Sans toutefois faire l’économie de la vérité. C’est peut-être un poil trop optimiste, mais Séverine est de celles qui pensent que connaître le monde, même dans ce qu’il peut afficher de plus laid, de plus triste, de plus angoissant, est une force pour l’affronter, y trouver sa place, ancrer des valeurs, des envies, des rêves au fond de soi, et… tenter de faire mieux ? L’idée d’entrer en littérature par la Petite Poche, est une grande idée, fournir le plus tôt possible à la jeunesse des codes, des ressources, de l’engrais intellectuel pour bien grandir, une noble cause. Elle adhère. Le livre jeunesse, « arme d’éclosion massive » ? (Elle ressort cette punchline de son cru en toute occasion 😁 !) Avec les Petite Poche, chez Thierry Magnier, « on ouvre des horizons ».
Pour Liraloin, les lectures sont riches des titres en lice pour le Prix ALODGA 2025 et donc forcement il y a eu plusieurs coups de coeur… en voici un. Il s’agit de l’adaptation en bande dessinée du roman de Flore Vesco D’Or et d’oreillers.
Sadima est une jeune femme qui sait écouter, certes les rumeurs d’une vie bien banale, mais ses sens sont toujours en alerte lorsque d’étranges phénomènes s’immiscent dans ses nuits. Bien vite le fantastique franchi les portes de ce château qui semble porter une lugubre couronne. Se donnant du courage à travers ses chansonnettes qui lui servent de mantra, Sadima est décidée à percer l’emprise dont Lord Handerson est prisonnier. Ici l’adaptation est un sans-faute ! Quelle justesse dans le scénario aux moultes rebondissements. La mise en page nous livre des illustrations pleine page nous donnant l’impression d’être hypnotisée par les découvertes de Sadima.
D’Or et d’Oreillers de Mayalen Goust, d’après le roman de Flore Vesco – Rue de Sèvres, 2024
Son complet ICI, celui de Linda est LA et celui de Lucie LÀ.
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Helolitla a craqué pour le nouvel album de Nancy Guilbert, dont elle adore la plume : La petite Conteuse.
Un album qui met en scene une petite fille, Sya, qui grandit dans le désert et adore les livres. Une petite fille qui attend avec impatience le passage de son amie Lama, la libraire du désert. Mais celle-ci tarde à venir…
Héloïse a adore cette superbe histoire de transmission. Superbe, tant au niveau du texte, que des illustrations chatoyantes d’Anna Griot. Une aventure poétique, féerique, aux limites du rêve, qui rappelle les pouvoirs de la lecture, cette capacité qu’ont les livres d’apporter le réconfort quand tout va mal, d’emporter les lecteurs ailleurs, de les pousser à découvrir d’autres univers. Une ode aux livres et au partage !
La petite conteuse, de Nancy Guilbert, illustré par Anna Griot. Gautier-Languereau. Janvier 2025
Héloïse – ileautresor a eu un coup de coeur pour ce beau documentaire qui permet de rencontrer 6 adolescents engagés : les Gardiens de la terre, de l’eau et de la forêt..
Pour Autumn Peltier, une canadienne Anishinaabe, l’eau est sacrée. Elle se bat pour protéger l’eau potable, rare et précieuse. Elle demande la réparation des stations d’épuration des réserves, car les oléoducs empoisonnent les nappes phréatiques de pétrole (fissures).
Bitaté Juma, un influenceur brésilien, lutte pour protéger la forêt amazonienne, menacée par la déforestation /et la pollution/. Leader de sa communauté (les Uru-Eu-Wau-Wau), il détecte les intrus et les endroits déboisés grâce à des drones. Avec son smartphone, il vit en lien avec son temps, connecté au monde entier.
En Asie, Shivu Ja souhaite que son peuple du sud de l’Inde (les Jenu Karaba) puisse vivre en paix. Que sont devenus les peuples qui protégeaient le tigre lors de la création d’une réserve naturelle ? Ils ont été expulsés pour s’approprier leurs terres et attirer les touristes. – Grâce à la loi, il soutient ceux qui retournent vivre dans la forêt.
Ces jeunes cherchent à faire entendre la voix des peuples autochtones. Ils luttent pour leur survie, dans le respect de leur culture (amérindienne, aborigène, sami, touareg) et de toutes leurs différences.
La Terre notre combat, Louise Pluyaud, illustrations d’Élodie Flavenot, Sarbacane, 2024.
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Et vous, qu’avez-vous lu en mars ? Avez-vous des coups de cœur à nous partager ?
Vous avez forcément déjà vu, si ce n’est déjà lu, un album de Gilles Bachelet. Un trait reconnaissable entre tous, un humour dévastateur et un sens du décalage remarquable… Inutile de dire que sous le Grand Arbre nous sommes de grandes admiratrices du travail de cet auteur-illustrateur. L’ancienne équipe l’avait interviewé à l’occasion de la sortie de son album Les coulisses du livre jeunesse, album dont elle avait fait une lecture commune ; et nous vous avons présenté nos classiques préférés ainsi qu’une lecture commune de Résidence Beau Séjour. Poussées par une curiosité toujours plus grande, nous avons eu envie de lui poser des questions sur son parcours et son œuvre. Questions auxquelles il a accepté de répondre avec une grande gentillesse !
Gilles Bachelet. Source : site des éditions du Seuil.
De quelle manière êtes-vous arrivé à la littérature jeunesse ?
Ce n’était pas une vocation précoce. Je comptais faire des études pour être vétérinaire. Mon père qui était artiste m’avait fait faire du dessin très jeune, mais je n’avais pas tellement aimé. J’ai fait des études scientifiques mais il s’est avéré que je n’avais pas le niveau en physique-chimie et en mathématiques. Je me suis demandé quoi faire, et comme il y avait beaucoup d’artistes dans les amis de mes parents et je me suis tourné vers des études artistiques.
Durant une longue période vous étiez très prolifique sur les réseaux sociaux. Pourquoi avez-vous arrêté de publier sur ces canaux ?
J’ai été très actif pendant trois ans, et puis j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. Je me suis lassé. J’ai retrouvé des illustrations que j’avais publiées, postées ailleurs sans que je sois crédité ou étant attribuées à quelqu’un d’autre. Mais ce n’est pas nécessairement un arrêt définitif, peut-être seulement une pause.
Comment choisissez-vous les sujets de vos albums ?
C’est ce qui me prend le plus de temps. Je n’ai pas de méthode particulière, je passe beaucoup de temps à chercher l’idée du prochain. Cela peut venir d’une discussion, d’une rencontre… Parfois, c’est un hasard. Par exemple, Champignon Bonaparte c’est venu d’une discussion avec mon éditeur qui venait de voir un spectacle sur le Premier Empire et il a pensé que ce serait amusant de faire un album situé à cette époque. Le champignon m’est venu rapidement, inspiré par le chapeau de napoléon. Le Chevalier de Ventre-à-terre est né lorsque mon éditrice m’a appelé pour me rappeler que je leur devais un album et qu’elle devait boucler le catalogue. C’est un peu moi ce chevalier, j’ai tendance à procrastiner. Alors j’ai fait un album avec cet escargot.
Vos albums jouent souvent sur le décalage entre le texte et l’illustration. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce procédé ?
J’ai commencé par illustrer les histoires écrites par d’autres, mais cela m’ennuyait. J’ai eu envie d’inventer mes propres histoires et j’ai commencé avec Le singe à Buffon. Quand j’ai illustré la phrase « Il fait pipi dans sa culotte », le décalage est apparu et cela a été un déclic.
Le Singe à Buffon, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2015.
Pour Mon chat le plus bête du monde, j’avais envie de faire un album sur mon chat, et parallèlement c’était une période où je dessinais beaucoup d’éléphants. C’est venu comme cela. Dans Une histoire d’amour, à aucun moment il n’est indiqué qu’il s’agit de gants de vaisselle et d’objets ménagers.
Mon chat le plus bête du monde, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2012.Une histoire d’amour, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2017.
Trouvez-vous que votre style a évolué au cours du temps et de quelle manière ?
Mon style a peu évolué. Certains illustrateurs comme Thierry Dedieu cherchent un style différent pour chaque album. Je travaille de la même façon depuis mes débuts, à l’aquarelle.
Il vous arrive de vous mettre en scène dans vos albums. Y’a-t-il un élément déclencheur pour que cela arrive ou est-ce prévu depuis le départ ?
C’est un peu cabotin de se mettre en scène. J’ai commencé avec Mon chat le plus bête du monde. Comme c’était une histoire inspirée du chat que j’avais à l’époque et qui était réellement très bête, je me suis mis en scène naturellement. Et il m’arrive de le refaire parfois, comme dans Résidence Beau Séjour.
Nous serions très curieuses d’en savoir plus sur la manière dont vous travaillez concrètement. Avez-vous des rituels d’écriture ? Des horaires définis ? Travaillez-vous généralement sur un seul projet ou vous arrive-t-il d’en développer plusieurs en même temps pour qu’ils se nourrissent les uns les autres ?
Je n’ai pas de rituel. Il arrive que je ne dessine pas pendant de longues périodes. J’ai travaillé pendant 20 ans pour la presse et la publicité, puis j’ai enseigné l’illustration et les techniques d’édition à l’Ecole Supérieure d’Art de Cambrai pendant 17 ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire mes propres histoires. Je cherchais un sujet pendant l’année, en dehors de mes heures de cours, puis quand je l’avais trouvé je travaillais sur l’album pendant l’été, puis sur une période de 4 ou 5 mois en tout. Je n’enseigne plus mais j’ai gardé ce rythme de travail à fond sur un album.
Quels sont vos outils préférés ? Travaillez-vous sur ordinateur ?
J’utilise l’ordinateur pour me documenter et pour de petites retouches quand j’ai oublié quelque chose. Mais je réalise l’essentiel de mes illustrations à la main.
Vous faites très souvent référence à vos autres albums et au travail de certains autres auteurs. De quelle manière choisissez-vous ces citations ?
Ce sont des hommages à des coups de cœur. Certaines de ces références sont identifiables mais d’autres sont personnelles. Par exemple, il m’arrive d’utiliser des objets ayant appartenu à mon père, ou à mon fils.
Avez-vous un livre de chevet et si oui lequel ?
Je n’ai pas un livre de chevet mais plusieurs. Ce sont surtout les albums que j’ai lu dans ma jeunesse comme Little Nemo, Tintin (par exemple je fais référence à l’univers d’Hergé dans XOX et OXO et dans Hypermarquête), l’époque de Pilote, Gotlib…
Est-ce qu’il y a des illustrateur/trices – auteur/trices qui vous inspirent ?
Les illustrateurs qui m’ont le plus influencés sont probablement Benjamin Rabier et aussi Benito Jacovitti. J’avais vu des bandes dessinées de Jacovitti quand j’étais enfant et je l’ai retrouvé beaucoup plus tard dans Charlie Mensuel. Même chose pour Benjamin Rabier, j’avais découvert les albums de Gédéon chez des amis de mes parents et, des années après, alors que j’étais étudiant aux Ardéco, je suis retombé dessus sur une brocante et j’ai réalisé que ces dessins étaient restés profondément gravés dans ma mémoire…
Lisez-vous d’autres auteurs de littérature jeunesse ou de littérature générale ?
J’aime particulièrement le travail des auteurs-illustrateurs comme Philippe Corentin, Claude Ponti, Tomi Ungerer, Clothilde Delacroix ou Benjamin Chaud…
Avez-vous déjà reçu des sollicitations de certain(e)s qui souhaiteraient travailler avec vous ?
Oui, cela m’arrive mais je les refuse. J’ai fait une exception pour La paix, les Colombes ! avec Clothilde Delacroix mais c’est un album écrit à quatre mains. Nous avions échangé des dessins sur Facebook et les éditions Hélium nous ont proposé d’en faire un album.
La paix, les colombes !, Gilles Bachelet et Clothilde Delacroix, Hélium, 2016.
Avez-vous un lecteur idéal en tête quand vous écrivez ?
Moi-même. Je dois me faire rire. Quand il était petit, mon fils m’a servi de cobaye, c’était mon premier lecteur. Mais je ne veux pas écrire pour une tranche d’âge en particulier, j’aime l’idée d’un album qui parle aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Je sais que les enfants ne verront pas certaines références (celle à Shining dans Résidence Beau Séjour par exemple), mais elles m’amusent et j’espère qu’elles amusent leurs parents.
Lors du salon où nous vous avons rencontré, une enfant s’est exclamé « Il est trop cool Gilles Bachelet ! » Quel est votre rapport à vos lecteurs et à partir de quel âge pensez-vous qu’ils parviennent à saisir le second degré inhérent à votre travail ?
Les élèves de maternelle ne perçoivent pas le second degré. Mes albums sont plus destinés à des élèves de CE2, CM1 et CM2. J’ai récemment écrit un album pour les plus petits, Une histoire qui… dans lequel j’ai fait attention à ne pas mettre de références qu’ils ne pourraient pas saisir.
Avez-vous un souvenir à nous partager d’une rencontre particulière avec vos lecteurs ?
Mes souvenirs des rencontres scolaires sont un peu floues, elles se mélangent. Les plus marquantes se sont déroulées dans les classes dans lesquelles les élèves avaient vraiment travaillé sur mes albums. Quand mes albums ont servi de support à des travaux artistiques ou à un spectacle par exemple, cela nourrit les échanges avec les élèves. L’année dernière, une classe avait réalisé des travaux sur tous mes albums, c’était très touchant. Dans ce cas ce ne sont pas eux qui me rencontrent mais moi qui les rencontre. Quand je rencontre des enfants et qu’ils viennent ensuite me voir avec leurs parents dans un salon, je me rends compte que ces rencontres sont marquantes pour eux.
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Merci infiniment à Gilles Bachelet pour sa disponibilité et le temps qu’il a accordé à nos questions ! Nous espérons vous avoir donné envie de (re)découvrir tout ses albums. Pour la liste complète, rendez-vous sur la page que lui consacre les Editions Seuil Jeunesse.
Liraloin a eu un énorme coup de cœur pour cet album et l’a proposé pour la sélection Brindilles du Prix ALODGA. Quelle déception lorsque nous nous sommes rendu compte qu’il avait été publié en 2023 et ne pouvait donc pas concourir cette année ! Entre temps Lucie l’avait lu, et adoré, et les deux acolytes ont décidé de vous embarquer dans un voyage au fil d’une lecture commune…
MERCI, Icinori, éditions La Partie, 2023.
Liraloin : Est-ce que tu connaissais Icinori ? Un étrange nom d’artiste pour un couple inventif !
Lucie : Non, je ne connaissais pas Icinori mais j’aime beaucoup ! Encore une découverte que je te dois. Et toi ?
Liraloin : Ça me fait plaisir que mon erreur de date puisse être l’occasion d’une belle découverte pour toi. Oui je connaissais car naturellement en littérature jeunesse et notamment dans les albums je suis attirée par les petits ovnis, ceux qui sortent un peu des sentiers battus. J’avais chroniqué Et Puis il y a quelques années. Je suis super fan de leur travail et comme une “timide” que je suis je n’ai pas encore osé les aborder au SLPJ… ça viendra !
Lucie : Justement, je suis curieuse de savoir pourquoi as-tu proposé cet album pour le prix et finalement pour une lecture commune ? Lui parmi toutes tes découvertes.
Liraloin : Avec les années, cela fait tout de même 15 ans que je suis spécialisée “jeunesse” je suis devenue une “fine gourmet”. Je trouve qu’il y a des jeunes artistes émergeants qui méritent cette attention et Icinori en fait partie. Justement ce couple n’avait encore jamais proposé de titre pour les petits !
Lucie : Comment le qualifierais-tu d’ailleurs ? Album, imagier… pour être honnête j’accepterais même livre d’art !
Liraloin : Je dirais qu’à la toute première lecture, je l’ai vu comme un imagier puis en insistant un peu j’ai vu un très bel album sur l’aventure.
Liraloin: Est-ce que cette première de couverture t’as attirée ?
Lucie : Oui, immédiatement. Aussi bien le titre que l’illustration d’ailleurs. Celle-ci est très graphique et associée à l’idée de gratitude, j’avoue que je n’ai pas hésité longtemps à me plonger dans cette lecture. Et j’y ai effectivement retrouvé la simplicité de ce parapluie-feuille face aux petites contraintes de la vie (pluie), et beaucoup de douceur et de poésie.
Liraloin : Ca me fait super plaisir en même temps tu ne m’étonnes pas car tes lectures sont si variées que la curiosité te pousse à aller vers des titres comme ce dernier. Je te rejoins la couverture est très attirante et puis les éditrices des éditions La Partie sont très très fortes. Le catalogue est d’une richesse… !
Liraloin: En ouvrant le livre et dès la lecture des premières pages, tu avais quelles attentes ?
Lucie : Au départ, j’ai bêtement pensé ouvrir un très bel imagier sur la gratitude : on dit « merci » à tous les éléments qui nous entourent. J’ai mis un certain temps à le réaliser que ces « merci » suivaient une logique et que le personnage se préparait. Et, toi, te souviens-tu quand tu as compris – comme tu le disais – que c’était en réalité « un très bel album sur l’aventure » ?
Liraloin: Mais oui complètement, dès le début on plonge dans des images qui se répondent (“merci matin-merci œil”) ou le matin symbolise l’œil fermé et en même temps le lever du soleil. C’est là que j’ai compris comme tu le dis que les images suivent une logique.
Lucie : C’est vrai que la deuxième lecture fait surgir un sens qui a pu nous échapper lors de la première. Il faut dire que subjuguée par les illustrations je n’ai peut être pas été hyper attentive lors de la découverte de cet album. En fait, tout bascule à l’apparition de la lettre, dont pour être honnête je n’ai pas saisi tout de suite l’importance. Te souviens-tu ce que cet élément a fait surgir chez toi ?
Liraloin : Tout comme toi, c’est la carte au trésor qui m’a fait réagir, repartir en arrière car on repart souvent en arrière pour véritablement saisir tous les sens.
Lucie : Tout à fait. Et c’est assez rare dans un album pour être souligné !
Liraloin : Une de mes planches préférées dans ces images qui se répondent c’est « merci cuillère – merci œuf » ? Et toi et pourquoi ?
Lucie :Je comprends, ce “duo” est particulièrement harmonieux. Mais de mon côté, s’il faut absolument en choisir une (ce qui n’est pas facile, tu es dure avec moi) j’irai vers le savon et la douche pour le côté très rond de l’un et essentiellement vertical de l’autre, avec pourtant quelques rappels de l’un comme de l’autre sur la page opposée. C’est très subjectif !
Liraloin : Oui tout à fait, selon sa sensibilité tu as raison. Ce que j’aime cette main qui tend un objet (ici une cuillère) mais de manière à y plonger tête première, sa couleur laisse penser à un couché de soleil qui plonge dans la mer et sa réponse sur la page de droite avec l’œuf qui s’offre à nous comme un levé de lune. C’est très ingénieux !
Lucie : Je me demandais : sais-tu quelle technique a utilisé Icinori ? Ça me fait penser à de la sérigraphie mais je n’en suis pas certaine.
Lucie : C’est vrai, cela se voit bien surtout dans les premières illustrations. J’aime beaucoup ce côté “pédagogique” en légèreté : tu n’as pas vraiment d’explication mais tu saisis le principe.
Liraloin : En effet, tu te laisses porter par ce procédé et ces choix de couleurs très facilement même si l’univers est hyper graphique.
Liraloin: Au début, as-tu remarqué que chaque succession d’objets conduisent à une double page, comme pour faire avancer l’histoire. Qu’est-ce que tu en penses ? (Exemple : de merci valise à merci clé) cette clé qui ferme cette porte puis ce petit homme qui s’aventure sur la route.
Lucie : Maintenant ça me semble évident mais pas lors de ma première lecture. Tout cela est très subtil. Et même si ça me donne parfois l’impression d’être passée à côté, j’aime la subtilité ! Je trouve que les choix d’Icinori montrent qu’il fait vraiment confiance à l’intelligence et au sens de l’histoire de ses lecteurs et c’est très agréable.
Liraloin : Tout à fait, de nos jours on trouve encore trop d’albums “prémâchés” c’est-à-dire que le texte doit redire exactement l’illustration et là justement Icinori fait confiance à son jeune lectorat ! j’aime beaucoup. Surtout que les enfants même très petits captent énormément les détails.
Lucie : On voit bien au fil de cette discussion que Merci est un ouvrage riche et très particulier, quel aspect te plait le plus ?
Liraloin : c’est cette construction qui est intéressante (le fait que la succession d’objets amènent à plusieurs double page « aventure »), pour moi elle permet à l’enfant de tirer un nouvelle carte objet et toute de suite comprendre à quoi elle va servir dans cette aventure. Est-ce que tu as eu la même sensation à la lecture ?
Lucie :J’ai aimé partir en voyage alors que je ne m’y attendais pas (puisque je pensais lire un imagier), ne pas savoir où j’allais être emportée. Je n’ai pas le sentiment d’avoir eu les clés comme tu le dis, avec la carte objet dont on sait à quoi elle va servir. Et c’est ce qui m’a plu : partir à l’aventure un peu à l’aveuglette mais sans risque !
Liraloin : J’aime beaucoup ce que tu dis et oui je l’ai lu aussi comme ça. Il y a une grande aventure qui se trame et on voyage de page en page, c’est magique. Digne d’un titre tel que “Le tour du monde en 80 jours” !
Lucie : Oui, ce voyage est d’ailleurs annoncé par la carte qui en indique toutes les étapes. On s’en rend compte en y revenant en fin de lecture. Tu as raison, c’est vraiment la marque des grands albums : ceux que l’on peut lire et relire en y trouvant chaque fois de nouveaux éléments.
Lucie : On peut donc dire que nous sommes toutes les deux très fans de cet album et de ses somptueuses illustrations. Quelle est ta préférée ? Est-ce qu’une double page dans la suite du voyage a détrôné le fameux « merci cuillère – merci œuf » ?
Liraloin : Oui ! Car là je suis ultra fan de cette page qui m’évoque souvenir et dépaysement, c’est la page “merci nuages”. Et toi?
Lucie : C’est vrai qu’elle est très belle. C’est aussi l’une de mes préférées, mais j’ai tout de même une petite préférence pour “Merci froid” avec cette nuée d’oiseaux. Chaque page est pratiquement une œuvre d’art que j’accrocherai sans souci sur un mur. C’est fou !
Liraloin : Mais oui quelle merveille cette double page ! Tu as raison, on ne cesse d’admirer ces tableaux qui s’offrent à nous, à nos yeux d’enfant.
Lucie : Pour conclure, la question traditionnelle : à qui recommanderais-tu cet album ?
Liraloin : Et bien à toute aventurière ou aventurier de 4 à 104 ans tant cet album peut parler à des générations de lectrices et lecteurs.
Lucie : D’accord avec toi ! Je pense que petits et grands pourront y trouver leur compte. A condition toutefois d’accepter d’y consacrer du temps et d’accepter d’embarquer dans un voyage où les sens sont plus sollicités que la raison car la narration est réduite à l’essentiel.
Liraloin : Oui d’ailleurs, le parent ne va pas aller vers cet album tout de suite car il se mérite (épais, graphisme…) il peut rebuter. Vive la narration qui porte vers l’illustration, je plussoie !
En 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies a déclaré le 11 février comme la Journée internationale des femmes et des filles de science. Pour célébrer le dixième anniversaire de cet événement, nous vous proposons une sélection de titres documentaires ou romanesques mettant en scène des femmes scientifiques.
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FICTIONS
Avec Comment fabriquer son grand frère, un livre d’anatomie et de bricolage, Anaïs Vaugelade propose un ouvrage riche et tout à fait atypique. Agacée par sa petite soeur, Zuza, son héroïne récurrente, décide de se fabriquer un grand frère. Conseillée par le crocodile et sa précieuse « Encyclopédie Crocodilis », et assistée par tous ses amis-jouets, Zuza entreprend un bricolage de génie. L’excellente idée de ce grand album, c’est de mêler les bricolages de Zuza (avec beaucoup d’humour notamment dans les petits détails des doudous) et des apports scientifiques rigoureux mais accessibles. De quoi donner envie aux petites filles (mais pas que) de découvrir les mystères de l’anatomie !
Comment fabriquer son grand frère, Anaïs Vaugelade, L’école des loisirs, 2016
Calpurnia nous aura toute beaucoup touchée de par sa condition de fille qui l’enferme dans un carcan rigoureux qui condamne les filles à l’esclavage domestique. Pleine de curiosité, animée par une soif d’apprendre insatiable, on prend plaisir à suivre son évolution, parallèle à celle de la société, nourrie par un grand-père heureux de trouver une personne au-moins aussi curieuse que lui.
Calpurnia de Jacqueline Kelly, l’école des loisirs, 2017.
Si Charity est inspirée par Beatrix Potter, surtout connue pour ses albums à destinations des enfants, il ne faut pas oublier que c’est par l’études de la nature qu’elle parvient au dessin. C’est pourquoi elle a sa place dans cette sélection.
L’enfance de Charity s’articule dans un premier temps autour de son amour pour les animaux qui la pousse à en étudier les moindres détails. Un cadavre de sera pas perdu puisqu’il sera aussi l’occasion de récupérer matière à l’étude du squelette. Après les animaux, la jeune fille s’intéressera aux végétaux et surtout à la mycologie : ses schémas détaillés des différentes espèces de champignons ne laisseront pas indifférents les spécialistes.
Son origine sociale et son genre seront des freins à sa progression et seront matière pour Marie-Aude Murail de rappeler qu’il n’était pas simple d’être une femme de sciences au dix-neuvième siècle.
Miss Charity de Marie-Aude Murail, l’école des loisirs, 2018.
Faire figurer ce titre dans cette sélection, c’est un peu divulgâcher. Mais le genre d’Ange n’étant pas l’enjeu principal (les doutes à ce sujet sont assez rapidement résolus), il aurait été dommage que Sous ta peau, le feu ne figure pas dans cet article. Ange suit son père médecin en pleine épidémie de variole et se passionne pour sa mission : soigner les malades. Seulement, dans la France du 18ème siècle, la médecine est réservée aux garçons. Comment vivre sa passion sans subir les interdits liés à son sexe ?
Sous ta peau, le feu, Séverine Vidal, Éditions Nathan, 2021.
Roman aux accents très actuels qui avait fait l’objet d’une lecture commune un peu spéciale puisque Séverine Vidal nous l’avait envoyé avant sa parution.
Alors qu’elle fait son possible pour échapper aux bals mondains et aux projets de mariage élaborés par ses parents, Agathe Langley est accueillie Sous les étoiles de Bloomstone Manor par son excentrique voisin, Lord Nathanaël Stone. Celui-ci va l’encourager à développer ses connaissances en astrophysique au mépris des convenances et préjugés et convenances de l’Angleterre victorienne. Le roman de Mary Orchard montre l’évolution des mœurs et donne envie de profiter des opportunités actuelles !
Sous les étoiles de Bloomstone Manor, Mary Orchard, Casterman, 2023
D’un combat à l’autre : les filles de Pierre et Marie Curie : voilà un court roman pour adolescent qui fera vibrer votre fibre historique ! Nous y suivons Irène et Eve Curie, les enfants de Pierre et Marie au moment de la première guerre mondiale. Les deux sœurs cherchent alors sur quels chemins s’engager à l’heure où les hommes jouent leur vie sur le front. Si pour Irène la route est toute tracée puisque depuis toujours elle marche dans les pas de sa mère, pour Eve c’est plus compliqué. En effet dans cette si prestigieuse famille de scientifiques, Eve est une exception, elle aime la musique, les langues et la littérature et ne sait pas quoi faire de son talent à un moment où l’art lui semble bien inutile. C’est en devenant marraine de guerre qu’elle s’engagera à son tour dans ce terrible conflit.
D’un combat à l’autre, Les filles de Pierre et Marie Curie, Béatrice Nicodème, Nathan, 2014.
Marie Curie a inspiré de nombreux.ses auteur.ices en littératures jeunesses et certains ont fait le choix de revenir aux origines de son parcours pour tenter de mieux en appréhender sa personnalité. Ainsi, Gertrude Dordor a choisi cette grande scientifique pour la collection Avant de devenir des éditions Belin Jeunesse.
L’histoire nous entraine en Pologne aux côtés de la famille Slodowski qui tente de préserver ses valeurs et choix éducatifs alors que la domination russe tente de restreindre les libertés. On y découvre ainsi que Marie Curie faisait montre de capacités scientifiques exceptionnelles dès l’âge de quatre ans.
Le roman se destine à un publique assez jeune, le texte est accessible dès 9/10 ans et comblera les petits curieux de grandes célébrité.es.
Marie Curie, une Scientifique de génie de Gertrude Dordor, Belin Jeunesse, 2016.
Marie et Bronia, le pacte des sœurs est un incroyable roman qui nous invite à découvrir la genèse de la figure scientifique qu’incarne Marie Curie en explorant son histoire familiale, et notamment la précieuse relation qui l’unit tout particulièrement à sa sœur aînée Bronia. On y découvre bien évidemment une jeune fille curieuse, combattive, persévérante et inspirée mais aussi une adolescente amoureuse, qui aime danser, patiner, s’amuser. Et surtout on y découvre une autre scientifique qui va dédier sa vie à la santé des femmes et cette femme c’est Bronia Dluska. Si vous avez envie d’en savoir plus, n’hésitez pas à vous plonger dans la palpitante lecture commune que nous avions fait du roman en 2021.
Marie et Bronia, le pacte des sœurs, Natacha Henry, 2017.
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S’inspirant de l’histoire de Hans le Malin, ce cheval allemand considéré comme supérieur intellectuellement, Natacha Henry dresse le portrait d’une jeune fille passionnée de sciences, qui a vu ses rêves d’études brisés par la perte tragique de son père. Tout juste tolérée sur les lieux de prestations de Hans, Charlotte parvient cependant à étudier le comportement de l’animal et, comme ces messieurs du cercle de scientifiques, elle tente de comprendre si ce cheval est réellement plus intelligent ou s’il y a un « truc ».
Nous sommes en 1904 et si l’on peut avoir des doutes sur l’intelligence d’un cheval, pour de nombreux hommes, il n’y en a aucun sur son absence chez la femme. Si la science, et notamment l’intelligence animale, est au cœur de récit, l’auteure n’en profite pas moins pour intégrer une thématique que l’on retrouve dans l’ensemble de ses titres jeunesses : la place des femmes dans la société.
L’autrice intègre à son récit le présence de Bona Peiser, première bibliothécaire allemande, qui va lui ouvrir les yeux sur un monde accessible à tous : la bibliothèque municipale et ses richesses culturelles.
L’affaire du cheval qui savait compter de Natacha Henry, Rageot, 2021.
Marie et Bronia sont nées en Pologne au sein d’une famille nombreuse qui vit chichement, puis pauvrement après la mort de leur mère. Ne pouvant aller à l’école car étant filles, malgré leur apprentissage en autodidactes, elles s’allient pour concrétiser leur rêve. L’une va travailler pour financer les études de l’autre à Paris, puis elles échangeront les rôles. Concernant Marie, nous savons ce qu’elle découvrit et permit avec son mari Pierre, mais moins concernant Bronia, revenue en Pologne.
Un très bel album sororal, superbement illustré !
Marie Curie et Bronia Dluska. Le pacte des deux soeurs. Linda ELOVITZ MARSHALL. Anna et Elena BALBUSSO. Circonflexe, 2023
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Parmi les femmes scientifiques, Marie Curie est sans doute la plus connue. Sylvie Baussier a rédigé sa biographie romancée dans Marie Curie, la femme de sciences, paru en 2024 aux éditions Scrineo.
Née en 1867 en Pologne, la jeune Marya Sklodowska est curieuse et intelligente. Elle aimerait faire des études, mais le pays est sous domination russe, et cela lui est impossible. C’est grâce à sa sœur, et à une détermination sans faille, qu’elle part pour la France, étudier. Elle y rencontre un certain Pierre Curie…
Dans ce court roman, nous découvrons la vie de cette scientifique que l’on cite partout en exemple. Sylvie Baussier dresse le portrait d’une femme déterminée, prête tout pour exercer le métier de ses rêves, dans une société qui condamne ses semblables aux rang d’épouse et de mère. C’est une biographie richement documentée, qui donne un très bon aperçu des découvertes et des réussites de cette scientifique aux deux Prix Nobel.
Marie Curie : La femme de sciences, de Sylvie Baussier, Scrineo destinées, Avril 2024
Nous sommes ici en présence d’un documentaire sur l’eau. Pas de rapport direct avec les filles/femmes mais c’est parce que le récit est porté par une pré-adolescente et met donc en avant une représentation féminine positive dans le domaine de la vulgarisation scientifique que ce titre mérite d’être mentionné ici. Car si les récits scientifiques portés par des filles sont plus courants, c’est malheureusement encore trop souvent au travers d’un prisme émotionnel. L’auteur ici part d’un sujet d’étude scolaire et la jeune fille parcourt la nature et fait des rencontres qui éveillent son intérêt et sa curiosité à un sujet qui ne l’inspirait pas forcément au départ.
Les mystères de l’eau de Blaise Hofmann illustré par Rémi Farnos, La joie de Lire, 2019
Côté albums, la collection Petite & Grande met à l’honneur des femmes « qui n’étaient pas destinées à entrer dans l’Histoire mais qui ont accompli des choses extraordinaires en écoutant leur cœur et en suivant leur rêve d’enfant ». C’est par exemple le cas d’Ada Lovelace. Fille du poète Lord Byron, elle est très vite délaissée par son père. Toute petite, elle se passionne pour les chiffres. Après avoir vu la machine à calculer de Charles Babbage, son mari, Ada crée le premier programme informatique, qui permettra, cent ans plus tard, de donner naissance à l’ordinateur.
Un album simple et accessible dès 4 ans, complété en fin d’ouvrage par un petit dossier scientifique. Parfait pour inspirer les plus jeunes ! Dans la même collection, on rerouve aussi Marie Curie, Dian Fossey, Hedy Lamarr ou encore Zaha Hadid.
Ada Lovelace, de Isabel Sánchez Vegara, ilustré par Zafouko Yamamoto. Ed. Kimane, coll. Petite et grande. Aout 2020.
Avec Le secret de l’océan, c’est Marie Tharp, la premier femme à avoir cartographié les fonds marins, que Jess Keating met à l’honneur.
Toute petite, Marie rêve de voyager et d’en apprendre plus sur le monde. Mais à son époque, les femmes n’ont pas le droit de monter sur un bateau, ni d’entreprendre de grandes études scientifiques. C’est la seconde guerre mondiale qui lui permet d’étudier. Marie est ensuite mise à l’écart dans un bureau. Là elle entreprend de cartographier les fonds marins, à partir des relevés de ses collègues. Ce travail de titan va lui permettre de faire l’une des découvertes majeures de l’océanographie du 20e siècle…
Des pages colorées qui mettent en valeur l’océan et le travail de cette femme de génie. Un album à la fois simple et riche, qui montre toute la difficulté pour une femme de travailler dans le milieu scientifique.
Le secret de l’océan : La grande découverte de Marie Tharp, de Jess Keating, illustré par Katie Hickey. Kimane, Aout 2020
Au éditions Poupe fictions, Natacha Quentin a écrit Les femmes de sciences vues par une ado, un roman instructif, féministe, qui nous présente la vie et les découvertes de femmes scientifiques, longtemps mises de côté par leurs confrères et l’Histoire.
Avec un ton très humoristique, cet ouvrage nous propose de redécouvrir ces scientifiques plus ou moins connues, Marie Curie en tête, nous montrant leurs travaux de recherche, et expliquant pourquoi elles ont été mises de côté. En bonus, une liste de noms pour élargir ses recherches et continuer à se documenter.
Un ouvrage engagé et documenté, ludique et pédagogique à mettre entre toutes les mains !
100 % bio, les femmes de sciences vues par une ado, de Natacha Quentin, Ed. Poulpe fictions, Avril 2021
Si l’on connaît le nom d’Anita Conti, sait-on ce qu’elle fit et permit, et surtout quand et où? Ce petit documentaire, de cette riche collection, nous permet d’apprendre tout cela. Et c’est passionnant, mais surtout précurseur.
L’incroyable destin de Anita Conti. Pionnière de l’océanographie. Fleur Daugey et Laura Perez. Bayard Jeunesse, 2021
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Chez les éditions A pas de loup, Anne Loyer et Claire Gaudriot proposent régulièrement de mettre à l’honneur des femmes brillantes, hors norme, qui se sont distinguées dans des époques ou des sociétés très patriarcales, mais malheureusement « oubliées » par l’Histoire (Jeanne Barret, Christine de Pisan, Calamity Jane… ). Parmi elles, Ada Lovelace, au destin hors norme, de par sa parenté, d’abord, son parcours de vie, sa volonté sans faille, surtout. Destiné à un lectorat plus âgé que la collection Petite et Grande, à partir de 8 ans, cet album retrace lui aussi la vie, la carrière, l’apport scientifique d’Ada Lovelace, en quelque sorte première codeuse informatique de l’Histoire, sans qui ce blog, peut-être, n’existerait pas !
Graphiquement splendide, pour qui apprécie l’univers à la fois onirique et précis de Caire Gaudriot, cet album très documenté possède, grâce à la plume romanesque d’Anne Loyer, le petit truc en plus qui nous passionne.
Ada Lovelace la visionnaire, d’Anne Loyer et Claire Gaudriot, A pas de loup, 2022
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Un format carré et intimiste, une couverture à l’effet toilé et au dessin aussi vitaminé que le médaillon est sobre, pour une collection qui nous invite à (re)découvrir « les grandes vies », et ici, celle de Marie Curie. L’album allie dessin et texte, biographie et citations, pour nous permettre de la connaître.
Une récit passionnant d’une femme indépendante et impressionnante !
Marie Curie. Isabel THOMAS et Anke WECKMANN. Gallimard Jeunesse, « Les Grandes Vies », 2022
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Et vous, avec quels ouvrages mettant en scène des femmes scientifiques sensibilisez-vous les filles aux merveilles de la science ?
Que l’on soit parent ou accompagnant il n’est jamais simple de choisir des livres pour un enfant et encore moins de trouver un ouvrage abordable qui puisse être de bon conseil ou une mine de références littéraires. Vos arbonautes, qui s’interrogent régulièrement sur le bien fait de la lecture, ont choisi quelques ouvrages permettant de s’y retrouver que l’on soit prescriptrice pour le tout-petit ou les grands ados.
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Au sujet de la lecture en général
Ouvrage conséquent, Faites-les lire ! est composé de plusieurs parties, que le lecteur pourra lire intégralement ou survoler selon ses besoins et intérêts du moment. Dans la première partie « La lente agonie de la lecture », Michel Desmurget expose son amer constat : les enfants lisent de moins en moins, perdent en vocabulaire, en compréhension et donc en capacité de réflexion. Et l’école ne pourra pas y remédier faute de temps et de moyens humains. Dans la deuxième partie, joliment intitulée « L’art de lire », l’auteur explicite les mécanismes complexes d’acquisition de la lecture, qui expliquent les difficultés rencontrées par les enfants face à cette tâche pour le moins complexe. Mais c’est dans la troisième partie que le chercheur propose quantité d’idées de jeux et d’activités à faire avec son enfant pour développer sa reconnaissance des lettres et des sons.
Et en lisant les effets considérables qu’ont sur le cerveau de nos enfants quelques minutes de lecture quotidienne agrémentées de divers petits jeux, il y a de quoi se motiver et s’y tenir ! D’autant que, des études le montrent, tous les enfants (petits et grands) aiment écouter des histoires. Cet ouvrage passionnant nécessiterait un complément plus court, à destination des familles moins portées sur l’objet livre, reprenant seulement les idées-clé et les situations pratiques.
Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital, Michel Desmurget, Seuil, 2023.
La chronique grand public de Séverine sur sa page Facebook .
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Comment jouir de la lecture, petit essai de Clémentine Beauvais publié dans la collection ALT chez La Martinière, est à la fois une déclaration d’amour à la lecture et une invitation à prendre encore plus de plaisir à lire. À lire ces lignes vives et malicieuses, on comprend que cultiver la jouissance de lire, cela demande un certain travail pour déconstruire nos penchants naturels et les discours dominants qui les corsettent, tenter des choses nouvelles, identifier et mettre en mots ce qui nous fait vraiment prendre notre pied. Ce manifeste est vraiment à lire, ne serait-ce que pour la manière réjouissante dont il évoque mille et une manières dont un texte peut nous extasier. Certains nous parlent et nous rappellent de mémorables moments de lecture, d’autres donnent envie de lire plus et mieux. Vous l’aurez compris, ces pages composent un réjouissant programme. Pour 3,50€, on aurait tort de se priver. Faites-vous plaisir avec cette lecture stimulante et voluptueuse qui en appelle tant d’autres !
Comment jouir de la lecture, de Clémentine Beauvais. ALT, La Martinière.
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Petit recueil compilant des témoignages et des réflexions de 50 auteurs de livres jeunesse, Lire est le propre de l’homme est tout simplement fabuleux. On pourrait dire qu’en défendant la lecture ils prêchent pour leur paroisse. Mais leur réflexion va tellement plus loin et porte tant d’espoir pour les nouvelles générations que l’on ne peut douter de leur bonne foi. En quelques lignes ou quelques pages, ils invitent tour à tour à se plonger dans ses souvenirs de lectures offertes, ses premières lectures autonomes, à réfléchir sur la place de la lecture dans sa vie et surtout à celle que l’on lui laisse dans la société. Nous en sommes convaincues : la lecture et les histoires sont les plus beaux cadeaux que l’on peut faire à un enfant (les textes de Malika Ferdjoukh et Xavier-Laurent Petit l’expriment à merveille). En 200 pages, tout est dit. Un recueil d’utilité publique mais aussi un grand moment d’émotion.
Lire est le propre de l’homme, collectif, L’école des loisirs, 2017.
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Recueils de titres
Quel bonheur de sillonner les mille et uns chemins de la littérature jeunesse en compagnie de Sophie van der Linden ! Tout, vous saurez tout sur l’histoire de cette littérature, ce qui la définit dans sa diversité, ou encore sur comment transmettre le goût de lire. Vous prendrez aussi la mesure de sa richesse en faisant un tour exhaustif des types de livres (éveil, abécédaires, albums avec et sans texte, BD, différents types de romans, etc.) et des genres (conte, humour, littératures de l’imaginaire et du réel, documentaire, théâtre), revenant pour chaque sur sa constitution, ses titres marquants, ses caractéristiques et les débats qui le traversent. Un guide très complet qui, forcément, donne envie de lire ! Et pour vous mettre le pied à l’étriller, vous y trouvez même des « bibliothèques idéales » organisées par grandes tranches d’âge et types de livres. What else ?
Tout sur la littérature jeunesse, de Sophie van der Linden. Gallimard Jeunesse.
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En quête d’un grand peut-être, c’est un ouvrage écrit par deux passionnés, Tom et Nathan Lévêque, autour d’une thématique : la littérature ado. Dans ce qui est le premier ouvrage scientifique à aborder ce thème, ils reviennent d’abord sur l’émergence de cette littérature, sur ses frontières, si difficiles à définir, sur les thématiques qu’elle aborde. De nombreux questionnements affleurent, autour de l’identité, de l’évolution de ce genre, mais ce qui ressort le plus, c’est la créativité des œuvres présentées. Car des œuvres, il y en a beaucoup qui sont citées ici ! On y trouve même de textes inédits (12 nouvelles).
C’est donc un ouvrage à la fois instructif, pédagogique et ludique, qui se dévore avec un crayon en main, pour noter toutes les futures lectures passionnantes qui nous attendent dans ce domaine. A noter : la liste des 100 incontournables de la littérature ado, une liste de 100 titres à lire et à relire, créée par un collectif d’auteurs, de blogueurs…
En quête d’un grand peut-être : guide de littérature ado, de Tom et Nathan Lévêque, Ed. Du Grand Peut-être, décembre 2020
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Dans Petits enfants grands lecteurs, Joëlle Turin et Nathalie Virnot dressent un constat à travers de multiples observations et témoignages recueillis sur le « terrain ». Ces deux spécialistes invitent également le parent ou l’accompagnant à reconnaître et analyser un bon album en proposant des titres précis.
Tous les spécialistes de la petite enfance s’accordent sur une chose primordiale : la lecture. Que l’on soit bibliothécaire, libraire, auxiliaire de puériculture, assistante maternelle… le livre est essentiel pour le bon développement cognitif du jeune enfant.
Cet ouvrage est une bonne porte d’entrée pour les parents qui s’interrogent sur le bienfait de la lecture à voix haute, sur l’importance que l’on accorde au texte et à l’image et se veut rassurant dans la façon d’appréhender tel ou tel titre.
Petits enfants grands lecteurs de Joëlle Turin et Nathalie Virnot, Mémo, 2023
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Et vous, quels titres vous guident dans votre quête de lectures incontournables ?