Nous vous en parlons depuis des semaines, voici enfin la nouvelle édition du Prix ALOGDA ! Comme les années précédentes, nous avons sélectionné trois titres dans six catégories différentes :
Belles branches (romans ado)
Grandes Feuilles (romans jeunesse jusqu’à 11 ans)
Petites feuilles (albums pour « grands »)
Brindilles (albums premier âge)
Branches dessinées (BD)
Racines (documentaires)
Durant trois semaines, nous vous présenterons deux de ces catégories, ainsi que les titres concernés, et nous vous inviterons à élire votre préféré. Les votes se termineront le 6 juin 2025 à 20h30, et nous annoncerons les lauréats le 9 juin à 8h !
Ouvrons dès à présent le bal avec les romans ados et jeunesse !
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Catégorie Belles branches
Dans cette catégorie, 16 titres étaient en lice. Nous avons lu frénétiquement, avec délectation et naturellement certains romans se sont démarqués. Voici notre trio de tête avec comme vous pouvez le constater : des titres tous très différents des uns des autres et heureusement d’ailleurs !
Angélino est un jeune adolescent en décalage avec les autres doté d’une candeur qui le rend si attachant. Le jeune garçon ne veut pas se séparer de son ami Krok. Malheureusement, ce jeune gars se retrouve bousculé dans son bonheur par les décisions des adultes, par la sauvagerie du monde. Mais bien vite, il va changer, se rendre compte que ce n’est pas une vie pour lui. Une prise de conscience qui se fait tout en douceur…
Il y a beaucoup d’humour dans ce texte malgré les propos qui nous donnent à réfléchir sur la captivité des animaux. C’est un roman qui est donc à la fois drôle, parce parfois bien farfelu, mais aussi émouvant, et pédagogique. Une lecture fun et sérieuse.
Krok d’Hervé Giraud, Thierry Magnier, 2024
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Arsinoé Ouvrard est coupable d’avoir aimé « l’ennemi », d’avoir découvert l’Amour avec Hannes. « Jugée » coupable d’aimer, cette femme est humiliée, abandonnée à la violence masculine de ses compatriotes. Des hommes cherchant la gloire dans la détresse de ces femmes. Le destin de ces « poules à boches » rappelle que les dérives existent dans tout mouvements de foules.
Ce roman, également sélectionné pour le Prix Vendredi cette année, nous a bouleversées. Un roman court et puissant qui nous rappelle des faits historiques peu exploités en littérature et notamment dans celle destinée aux adolescents.
Vindicte de Gildas Guyot, In8 : collection Faction, 2024
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Dans la tête et dans le corps de ce jeune garçon, rien ne va plus depuis des mois. Il suffit d’un mot, d’une phrase, d’une circonstance trop forte pour que tout bascule. Pas un signe avant-coureur, pas un cri, juste une respiration qu’il faut apprendre à régler pour se donner du courage. S’enfermer n’est pas un choix mais une survie qui s’organise. Dans ce roman, aussi sélectionné pour le Prix Vendredi de cette année, on s’interroge avec lui : que s’est-il passé ? Crise d’adolescence ou prise de conscience ?
La réponse ouvre la réflexion sur le rapport compliqué au monde d’une jeunesse qui a de plus en plus de mal à respirer… Pourtant, on continue à croire que l’espoir jamais ne s’essouffle et cela fait aussi la force du roman : rester optimiste. Un roman qui nous fait entrer en totale empathie avec le personnage principal et son entourage.
La cabane de Ludovic Lecomte, Ecole des Loisirs, collection : M+, 2024
À vous de voter pour départager ces titres !
Quel titre de la sélection "Belles branches" préférez-vous ?
KroK (56%, 232 Votes)
Vindicte (41%, 170 Votes)
La cabane (3%, 14 Votes)
Total Voters: 416
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Catégorie Grandes feuilles
Nous avons dévoré les 11 titres présélectionnés avec nos yeux d’enfants, c’est-à-dire curieuses de découvrir des univers éclectiques et extra-ordinaires, qui ont à nous dire quelque chose du monde. Histoires fortes ancrées dans l’imaginaire, fictions réalistes ou récits autobiographiques, d’hier, d’aujourd’hui, ou dans un passé dont il s’agit de tirer les leçons, nous avons plongé avec plaisir dans ces romans qui aident à grandir et à comprendre, sans perdre de vue le plaisir de lire.
Pour le trio de tête, la famille, même dysfonctionnelle, est presque le premier rôle de l’histoire. Les ambiances et les styles sont bien différents, sur des thématiques (très) fortes.
Coup de cœur presque unanime pour ce roman qui coche de nombreuses cases : originalité, humour, découverte, réflexion. C’est un ouvrage étonnant, qui change de ce que l’on peut lire aujourd’hui. Le génie sous la table, c’est lui, l’illustrateur Eugène Yelchin, Yevgeny, de son vrai prénom, un enfant qui grandit en URSS et qui a du mal à trouver sa place, coincé entre le talent de son frère aîné, la gouaille de sa mère, ou les rêveries de son père. Espionnage, antisémitisme et conditions de vie précaires…tel est le quotidien de cet enfant, dont nous avons adoré suivre les réflexions et sa vision des rouages et des dérives du communisme. Des sujets graves, mais son regard à la fois naïf et interrogatif sur ce qui l’entoure apporte beaucoup de fraîcheur.
Le génie sous la table, d’Eugène Yelchin, L’Ecole des loisirs, collection Neuf, 2024
A la poursuite des animaux arc-en-ciel est une lecture exigeante, parfois difficile, qui traite d’un sujet peu exploité en littérature « juniors » : la dépression. Il raconte quelques semaines de la vie de Nora, 10 ans, dont la maman solo souffre de cette maladie, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Seule, très mûre pour son âge, la petite fille vit en fait dans une sorte de déni, s’auto-persuadant que tout va bien, qu’il n’y a aucun problème, que sa vie est normale. Jusqu’au jour où commencent à lui apparaître des animaux qu’elle seule peut voir…Sur le fond, très belle trouvaille que ces animaux arc-en-ciel, qui vont se succéder pour aider Nora à aller vers les autres et accepter de se faire aider, jolie fin ouverte mais sans angélisme. Sur la forme, les arbronautes ont particulièrement apprécié l’objet-livre : couverture cartonnée, titre scintillant, dos graphique, illustrations soignées, police aérée, et plusieurs bonus en fin d’ouvrage.
A la poursuite des animaux arc-en-ciel, de Sarah-Ann Juckes, illustré par Sharon King-Chai, Little Urban, 2024
Harlem, le court roman d’Anne Cortey, illustré par Chales Berberian, est largement inspiré d’une histoire vraie, celle d’une amie de l’autrice ayant grandi dans ce quartier emblématique de New York, dans les années 60. A l’époque, la ségrégation raciale bat son plein, mais la lutte pour les droits civiques émerge et l’on découvre au fil des pages les espoirs nés des actions de Martin Luther King ou Rosa Parks. Nous avons admiré ses deux petites héroïnes au caractère bien trempé, qui refusent que leur couleur de peau les sépare. Un belle histoire pleine de sensibilité, joliment illustrée, dont le message général est porteur d’espoir, invitant à réfléchir, avec bienveillance, à la justice et à l’égalité.
Harlem, d’Anne Cortey, illlustré par Charles Berberian, L’Ecole des loisirs, collection Neuf, 2024
À vous de voter pour départager ces titres !
Quel titre de la sélection "Grandes feuilles" préférez-vous ?
A la poursuite des animaux arc-en-ciel (57%, 58 Votes)
Le mois de mai, son muguet, ses jours fériés, ses ponts pour les plus chanceux… et sous le Grand Arbre nous voilà fin prêtes pour le Prix ALODGA qui marque traditionnellement l’anniversaire du blog. Pour vous aider à patienter jusqu’à la semaine prochaine et la présentation des deux premières sélections (Belles branches et Grandes feuilles), nous vous proposons nos lectures « coup de cœur » du mois dernier.
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Cela a encore été un mois riche en belles découvertes pour Lucie. Pas facile de faire un choix ! Deux romans et deux albums sortent du lot, qu’elle va présenter en quelques mots pour laisser la place à ses camarades.
Côté roman, si la forme est différente ses deux favoris présentent des similitudes. Ils abordent des sujets graves, traités de manière accessible et invitent à la réflexion. D’une part, Aurélien Malte de Jean-François Chabas qui donne la parole à un prisonnier de longue peine, de l’autre Entre leurs mains d’Annelise Heurtier qui raconte l’effroyable expérience des blanchisseries de la Madeleine en Irlande. Deux romans puissants, révoltants, émouvants et essentiels écrits par des auteurs que nous avons eu la chance d’interviewer et qui ont fait l’objet d’un article sur nos essentiels.
Aurélien Malte, Jean-François Chabas, Le Livre de Poche jeunesse, 2014.Entre leurs mains, Annelise Heurtier, Casterman, 2025
Côté album, il a été tout aussi difficile de départager Quand je garde le silence et Cinq contes, qui n’ont absolument rien à voir ! Alors que l’album de la bulgare Zornitsa Hristova – dont c’est le premier livre traduit en français – brille par sa sobriété et l’émotion qu’il dégage, celui de Posy Simmonds témoigne de l’humour mordant de l’auteure de BD anglaise à la renommée internationale. Un point commun malgré tout : ces albums raviront autant les petits que les grands lecteurs !
Quand je garde le silence, Zornitsa Hristova, Six citrons acides, 2024.Cinq contes, Posy Simmonds, Denoël Graphic, 2024.
Nos incendies était le premier roman de cette autrice que Séverine lisait. Depuis, elle s’est bien rattrapée et a dévoré ses deux autres, qui ont confirmé cette évidence : Sandrine Caillis était faite pour elle. Elle a énormément vibré pour cette histoire de rencontres qui changent la donne… surtout celle avec soi-même… Non seulement elle a admiré chez cette autrice un grand respect pour la jeunesse qui s’engage et qui rage, celle qu’elle avait déjà croisée chez Marion Brunet ou Eric Pessan, sans toutefois occulter ses excès, mais elle a trouvé très pointu son regard sur les relations intrafamiliales, sur les fractures, sur l’engagement, les moyens de dire non, sur le cœur qui (s’)affirme. Mention spéciale pour les titres des chapitres qui, à eux seuls, mis bout à bout, pourraient former un superbe poème en prose. Certes, l’écriture de Sandrine Caillis est exigeante, il faut, pense Séverine, être un.e jeune lecteur.ice aguerri.e pour bien en distinguer toutes les nuances, mais elle est ciselée, intense comme l’adolescence, qu’elle magnifie. Elle sait entrer dans les pensées intimes de ses personnages, dans un mélange incandescent de sensibilité, de mouvement et de fureur contenue. La fin apaisée sublime ce récit initiatique à 2 voix, qui se démarque de ce que l’on lit trop souvent en littérature ado, entre ennui, romances niaises ou au contraire trop sombres, et sensiblerie. Chez Séverine, Nos incendies a allumé une flamme qui n’est pas prête de s’éteindre !
Nos incendies, de Sandrine Caillis, Editions Thierry Magnier, 2025
Coup de cœur également pour un album illustré, dans un tout autre registre. Séverine aime l’univers tendre et sensible des albums de Maylis Daufrene, qui se saisissent avec délicatesse de thématiques qui la touchent à chaque fois. Il faut avouer qu’elle est toujours bien accompagnée pour la faire vibrer, yeux émerveillés. Ici, sublimé par les magnifiques illustrations de Fanny Ducassé, fourmillantes de détails plus mignonnissimes les uns que les autres, bucoliques à souhait, aux couleurs délicates propices à l’apaisement, son texte dit la rencontre de deux solitudes qui s’apprivoisent. Au cours d’une jolie déambulation nocturne où les étoiles brillent plus fort que la phobie du noir et la peur du silence des jours trop longs, il est question, sens aux aguets, la nature et la forêt comme alliées, de cœurs à ouvrir et de craintes à dépasser. Avec Rose et Célestine, le duo nous invite à semer les petits cailloux de l’amitié sur nos chemins trop « balisés ».
Rose et Célestine, de Maylis Daufresne, illustré par Fanny Ducassé, Kaléidoscope, 2025
Pour Liraloin, un des romans proposé dans la catégorie Belles Branches pour le Prix ALODGA emporte le coup de cœur. Il s’agit de Madou en 5 actes écrit par Guillaume Nail. Et oui : 5 actes pour sans doute devenir quelqu’un ou rester « personne ». 5 moments décisifs pour apprendre à se faire confiance, se trouver du haut de ses 18 ans. 5 chutes ou 5 succès pour apprendre à écrire, laisser aller ce trop plein et enfin éclore au grand jour…
Madou en 5 actes de Guillaume Nail – Milan, 2024
Retrouvez son avis complet ICI et ainsi que celui de Lucie, de Linda et de Séverine : LÀ .
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Helolitlà a retrouvé avec plaisir la plume de Nancy Guilbert dans Sweet home, un roman ado intense et prenant qui l’a énormément touchée. Au beau milieu de ces pages : la beauté sauvage de l’Irlande, des adolescents et des adultes blessés, qui souffrent et peinent parfois à communiquer. L’écriture, comme biais salvateur ; la rédemption, après le pire. Les secrets du passé, qui étouffent, cet horrible épisode des couvents de la Madeleine. Et puis l’espoir, la lumière, l’amitié et l’entraide qui transcendent tout. Une belle famille de cœur quand la vraie famille est défaillante. Des sujets forts, traités avec toute la justesse et la finesse dont l’autrice sait faire preuve. Une lecture dure mais non dénuée de poésie, percutante.
Sweet Home, de Nancy Guilbert. Didier jeunesse. Octobre 2024
C’est un autre roman qui a envoûtée Helolitla en avril. Une lecture-doudou qui fait du bien au cœur avec le troisième tome de Crookhaven : Le grand cambriolage de l’île. Un troisième tome qui a des accents de retour à la maison, dans un univers qu’elle apprécie et dont elle savoure tous les rebondissements. Gabriel et sa bande d’amis, qui effectuent leur troisième rentrée à l’école des voleurs, vont devoir à nouveau se surpasser pour déjouer les pièges qui les attendent. Entre secrets, complots et révélations, Héloïse a pris grand plaisir à les voir grandir, évoluer, tant dans leur caractère que dans leurs relations.
Crookhaven, tome 3 : Le grand cambriolage de l’île, de J.J. Arcanjo. Pocket jeunesse. Janvier 2025
Pour Colette, son coup de coeur d’avril c’est le dernier album de Gilles Bachelet, auteur dont les arbronautes sont tellement friandes (vous pouvez retrouver notre sélection dédiée à cet auteur prolifique ici et l’entretien qu’il a eu la gentillesse de nous accorder par là). Cette fois-ci, l’auteur nous invite à suivre Eliot, un jeune lapin en marinière, dans les allées d’un magasin très particulier à l’enseigne intrigante : l’Hypermarquête. Ici on trouve tout ce qu’il faut de montures incroyables, de potions aux pouvoirs étranges, de créatures amies ou ennemies afin de s’équiper pour partir vivre l’aventure de toute une vie.
L’Hypermarquête, Gilles Bachelet, Seuil jeunesse, octobre 2024.
Mais l’aventure la plus joyeuse de cet album est celle proposée aux lecteurs, aux lectrices qui vont pouvoir fouiner dans les images foisonnantes créées par l’artiste pour y retrouver de nombreux clins d’oeil aux épopées les plus célèbres, aux légendes médiévales de notre patrimoine littéraire et pour les plus fans aux autres albums de Gilles Bachelet. Car le plaisir de cet album c’est aussi celui de retrouver par ici une glimouille cultivée sur la planète de XoX et Oxo, une monture qui ressemble beaucoup au chat de l’auteur ou des créatures qui nous rappellent celles de la Résidence Beauséjour !
Dix petites souris s’en vont à Paris. Colin THIBERT et Haydé. La Joie de Lire, 2022
Blandine adore Paris, et sa nièce de 3 ans adore les souris! Il n’en fallait pas plus pour qu’elles craquent toutes les deux sur cet album cartonné au format à l’italienne. Mais nos dix petites souris, au prénom en -ine, vont-elles vraiment aller à Paris? C’est parti pour une cocasse aventure toute en rimes !
Confucius. Toute une vie. Chun-Liang Yeh et Clémence POLLET. HongFei, 2018
Qui était Confucius ? Et quel est son enseignement? Cet album, au dessin aussi sobre que coloré, et que Blandine aime énormément, nous apprend ceci et plus encore !
KroK. Hervé GIRAUD. Thierry Magnier, 2024
Ce roman nous emmène dans un cirque auprès d’Angelino et de « son » tigre, KroK. Depuis « toujours », le cirque se déplace et ainsi passent la vie, les générations, les manières d’être et de faire. Mais voilà que plusieurs évènements contraignent ces êtres nomades, et libres (?), de rester sur place plus longtemps que prévu !
Dans ce roman, la candeur rivalise avec la liberté, avec la condition animale et humaine, avec les lois de la Nature et de l’Humain. C’est drôle et très juste !
Ce roman avait aussi été un coup de cœur pour Séverine : son avis LÀ et ceux de Lucie et Helolitlà.
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Et vous, quelles lectures vous ont fait vibrer le mois dernier ? Avez-vous envie de découvrir ces titres ?
Une couverture a tout particulièrement attiré notre attention dans le catalogue des éditions Syros. En noir et blanc, avec ce titre rouge qui s’étale… nous avons été intriguées. Et comme souvent dans ces cas-là, nous nous sommes plongées dans sa lecture et nous avons eu envie d’en discuter. Et cette confidence d’un père à son fils prenant place dans l’Angleterre des années 1970 nous a tenues en haleine et rendues bavardes !
Le Clash, Benoît Séverac, éditions Syros, 2025.
Lucie : Une chose est sûre, cette couverture attire l’œil. Quelles attentes a-t-elle créées chez vous ?
Liraloin : Elle est très attirante. Syros a fait un sacré travail car elle est à la fois très graphique et classe. La typo du titre est belle et bien évidemment m’a tout de suite fait penser au groupe The Clash. Lorsque je reprenais ma lecture, je chantonnais souvent London Calling. De plus, il y a un léger relief sur cette couverture très appréciable, que j’ai tendance à ne plus connaître car tous les romans sont couverts dans la médiathèque où je travaille.
Héloïse : Elle met tout de suite dans l’ambiance punk / Angleterre avec ses briques derrière (d’ailleurs, je suis fan du relief !). Et tout comme toi, j’avais la chanson dans la tête !
Linda : Elle attire l’œil c’est certain avec son mur de briques (j’adore l’effet relief au touché), son tag punk et son titre rouge vif. Chapeau bas pour l’éditeur et cette présentation qui en jette !
Lucie : C’est une réussite car nos attentes et émotions se rejoignent (le relief et London Calling, c’est tout à fait ça !) et surtout elles correspondent bien à l’histoire. Je suis d’accord avec toi Héloïse, je m’attendais à un texte sombre, violent, rugueux, alors que le sujet l’est mais qu’il est traité plutôt sobrement. En tout cas, cette couverture a immédiatement attiré mon fils de 13 ans qui s’est emparé de ce roman et l’a terminé dans la journée !
Liraloin : Comme toi Lucie, avec cette couverture, je m’attendais à un texte plus sombre et bien plus violent même si bien évidemment la violence est au cœur de l’histoire.
Lucie : Justement, j’avoue que si les références musicales citées dans le roman me parlent, je n’avais aucune idée des tensions entre skins et punks, qui étaient même deux mouvements similaires pour moi (la honte !). Et vous, avez-vous appris des choses que vous ignoriez sur ces mouvements ?
Liraloin : J’avais déjà entendu cette histoire de différence car mon prof d’anglais à l’IUT était un ancien hooligan et nous a expliqué tout cela autour d’une bonne pinte.
Linda : Oui et non. J’y ai retrouvé ce que je suivais de loin avec mon regard d’enfant au niveau des tensions et de la violence. Mais j’étais restée sur le fait que les punks avaient peut-être plus une âme d’artiste qui s’exprimait surtout dans l’apparence, alors que les skinhead étaient plutôt des trouble-fêtes, fauteurs de troubles à la sortie des matchs de foot. Je ne me souvenais pas d’une violence entre eux mais plutôt de celle qu’ils exerçaient sur les forces de l’ordre.
Héloïse : Je savais qu’ils ne s’entendaient pas, oui. Mais c’est toujours intéressant de se « plonger » dans un contexte historique et de « vivre » les événements de l’intérieur je trouve.
Lucie : Précisément, en tant que lecteurs nous vivons les événements à la fois de l’intérieur et de l’extérieur avec le récit enchâssé. J’avoue m’être interrogée un moment sur l’utilité de ce procédé. Mais finalement, j’ai été convaincue. Qu’en avez-vous pensé de votre côté ?
Héloïse : Comme toi Lucie, au début j’étais sceptique. Et puis, cela permet de développer la complicité qui unit père et fils. Nicolas (le père), se livre à son fils, revient sur son passé, sur ses erreurs, montre ainsi qu’il n’est pas parfait.
Liraloin : Au départ, je suis restée un peu dubitative en me demandant si cet échange père-fils était bien utile mais au fur et à mesure de ma lecture, j’y ai vu une confidence inversée. C’est rare, enfin je crois, qu’un parent se confie sur un tel passif. Soit c’est pour le mettre en garde contre d’éventuelles « mauvaises fréquentations » et cela j’y crois moyen soit c’est pour échanger un peu intimement avant une longue séparation.
Linda : Sceptique est le mot. Mais cela fait vite sens finalement et j’ai même trouvé intéressants les échanges père-fils réguliers qui ramènent dans la réalité du moment et montrent combien la nouvelle génération peut-être critique sur la nôtre (comme chaque génération sur celle qui précède ou suit non ?). Aussi, cela révèle une grande confiance du père en son fils, oser lui raconter ces erreurs de jeunesse, sans filtre, lui révéler qu’il n’est pas parfait et qu’une erreur est vite arrivée…
Lucie : Comme vous j’ai aimé que le père se dévoile, qu’il se montre imparfait sans craindre le jugement de son fils mais en espérant que son expérience lui servira. Cela rejoint d’ailleurs ce que dit l’auteur dans le communiqué de presse : “Révéler ses erreurs passées à ses enfants, ses faiblesses leur apporte beaucoup plus de force qu’on ne croit, et de confiance en l’adulte.” Cette relation père-fils fait partie des vraies réussites de ce roman à mon sens. J’aime beaucoup les petites réflexions sur l’éducation glissées ça et là. Comme quand il écrit page 8 :
Il n’a aucun scrupule à se présenter dans un rôle aussi peu glorieux auprès de son fils. En matière d’éducation, il connaît la valeur de l’exemple, et il fait partie de ces papas qui estiment que faire part de ses faiblesses bénéficie à celui qui les exprime autant qu’à celui ou celle qui les entend.
Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette phrase aussi. Tout comme les petites piques que lance Aurélien à son père sont amusantes, un bel exemple de tendresse. C’est un chouette duo, plein de bienveillance.
Liraloin : D’ailleurs c’est très significatif de notre époque. Nous échangeons beaucoup plus avec nos enfants que nos parents avec nous et bien avant encore.
Lucie : Et comme il raconte aussi ses relations avec son propre père, on mesure le chemin parcouru en une seule génération ! Il le juge d’ailleurs un peu durement, mais il ne se donne pas le beau rôle pour autant. Avez-vous envie de raconter l’élément déclencheur des problèmes survenus lors de ce séjour en Angleterre en 1978 ?
Liraloin : Ce passage est le point de basculement, une sorte de rite initiatique. L’innocence de Nicolas prend un sacré coup derrière la caboche. A partir de là, les choses sérieuses peuvent commencer.
Héloïse : Il y a plusieurs étapes pour moi… Le passage dans le centre commercial et l’affrontement entre punks et skinheads, la découverte de Tom, la première nuit à parler musique qui marque le début de la fascination (et le mot est faible) de Nicolas envers le jeune punk, et enfin l’épisode du racket…
Linda : Je rejoins Héloïse. La bascule se fait finalement par étapes, on voit venir les problèmes dès le moment où Nicolas entre dans la chambre de Tom et montre une fascination pour ce qu’il représente et la musique qu’il écoute.
Lucie : Vous avez raison, c’est vraiment progressif et en même temps il y a quelque chose d’inéluctable. La situation dérape doucement mais sûrement jusqu’à parvenir à un point de non retour avec une fugue épique !
Liraloin : Oui, c’est la dégringolade, l’escalade de la violence, la descente aux enfers en quelque sorte. J’ai d’ailleurs repéré le même schéma narratif dans Les Soeurs Lakotas du même auteur que j’ai lu il n’y a pas longtemps.
Les Soeurs Lakotas, Benoît Séverac, éditions Syros, 2023.
Lucie : On peut dire que le sentiment de révolte est très présent (plus que la violence finalement), qu’avez-vous pensé de la manière dont il est amené et traité ?
Liraloin : Sans trop en dire pour ne pas divulgâcher, je dirais que ce sont les parents de Tom qui ont perdu tout espoir concernant leur fils. Ils le laissent faire, comme si cette révolte était naturelle, passagère. D’ailleurs cela contribue à la fascination de Nicolas pour Tom. Le gars a le même âge que lui et il est libre !
Héloïse : J’ai été surprise par ce “laisser faire” des parents de Tom. Et par cette violence qui surgit d’un coup chez le jeune homme. Tom est cultivé, curieux, révolté contre l’injustice, fait de beaux discours qui fascinent Aurélien, et puis bam ! se montre d’une violence inouïe.
Linda : Mais en même temps n’est-ce pas le reflet de cette génération de parents prise entre les valeurs dans lesquelles ils ont été éduqués et celles de la jeunesse qui réclame plus de liberté, de justice et d’égalité ? Ça ne m’a pas choqué outre mesure, je crois avoir grandi dans un milieu assez proche de celui-ci, des parents laxistes sur bien des aspects, pas toujours conscient que leur permissivité est le coeur des problèmes à venir.
Lucie : Oui, c’est un peu étonnant. Pour lui aussi on a l’impression d’une certaine escalade. Comme si la rixe du supermarché (à laquelle il n’a pas assisté contrairement à son “correspondant”) et le raquet étaient des déclencheurs. J’ai eu l’impression que sa rébellion est essentiellement musicale et vestimentaire avant cela (ce qui expliquerait que ses parents laissent couler). Est-ce qu’il ne bascule pas lui aussi pour impressionner Nicolas ?
Liraloin : Tout à fait Lucie, je pense la même chose.Tom est en rébellion totale et quoi de mieux que d’adhérer au mouvement Punk qui était plus que présent en Angleterre à cette période. Le point de bascule c’est l’effet de groupe. Seul Tom n’est rien du tout, en groupe il peut exister.
Linda : Je ne suis pas tout à fait d’accord. J’y vois plutôt un lâché prise voulu pour, peut-être se faire un nom dans la communauté punk, mais aussi pour montrer la colère contenue contre la société, le système qu’il rejette, sa famille… Pour moi la violence est là, sous-jacente (le fait qu’il se perce les oreilles lui-même m’a d’ailleurs fait penser à de la scarification) et il ne manque qu’une étincelle pour allumer le feu qui brûle en lui. A ce stade, le moindre prétexte aurait été bon pour qu’il laisse exploser sa violence.
Héloïse : Il y a cette citation qui m’a marquée sur son intérêt pour le mouvement punk : “Nous, les jeunes d’aujourd’hui, on a besoin d’un truc à nous, de notre génération, une musique qui nous ressemble. C’est ça le punk, en fait : un style de musique et de vie que nous avons créé nous-même, et qu’on ne doit à personne.” Je trouve qu’elle montre bien que Tom est punk d’abord pour montrer sa rébellion et sa différence avec la génération de ses parents. Je suis d’accord avec toi sur l’effet de groupe ! C’est souvent ce qui fait passer des mots aux actes.
Lucie : Tom a clairement besoin d’un public. C’est d’ailleurs en partie ce qui ouvre les yeux à Nicolas : quand il se vante devant les squatteurs et qu’il se rend compte que c’est essentiellement du vent.
Linda : Oui du vent mais aussi un manque de lucidité sur les conséquences de ses actes. Ça l’amuse presque… Nicolas beaucoup moins, parce qu’il n’est pas chez lui déjà, mais aussi parce qu’il sait que chaque décision prise depuis le début du racket n’a été qu’une suite d’erreurs.
Héloïse : Oui, Nicolas met du temps avant d’ouvrir les yeux. Sans doute aussi à cause de sa culpabilité. Il oscille entre fascination, envie de transgression, et son éducation très stricte.
Liraloin : Personnellement, je me suis interrogé sur l’incipit “in memoriam George Solly” qui est donc le même nom que le père de Tom et je n’ai rien trouvé.
Lucie : C’est mon fils qui me l’a fait remarquer et ça rejoint ce que dit l’auteur dans le communiqué : ce roman est clairement inspiré de sa propre expérience, même si romancée. D’ailleurs il a été prof d’anglais comme Nicolas…
Héloïse : Je n’ai pas trouvé non plus…
Lucie : Nous sommes toutes les 4 mamans, or c’est le récit d’un père à son fils et il fait aussi pas mal référence à ses propres parents. De quelle génération vous êtes-vous sentie le plus proche ?
Linda : Celle de Nicolas dans sa relation à son fils.
Héloïse : Clairement pas des grands-parents !
Liraloin : Complètement d’accord avec toi Héloïse. En 1978 on ne faisait pas dans la dentelle et il fallait marcher droit ! Comme quoi nous instaurons plus de dialogues avec nos enfants même si personnellement je viens d’une famille où on ne se confie pas beaucoup. Je ne veux pas instaurer cela avec mes fils donc on se parle ! et maintenant qu’ils sont jeunes adultes il y a une autre relation qui s’instaure avec une confiance mutuelle. Un peu comme Aurélien et Nicolas finalement.
Héloïse : Oui, c’est ce que tu disais tout à l’heure, se parler est devenu important ! Comme toi, j’ai reçu une éducation plus stricte, mais j’essaie d’instaurer le dialogue avec mes enfants. Et toi Lucie ?
Lucie : Honnêtement j’ai navigué plusieurs fois. Bien sûr que l’éducation très stricte que reçoit Nicolas n’est pas celle que je donne à mon fils. Mais l’inquiétude des parents qui envoient leur fils à l’étranger, qui n’ont plus de nouvelles de lui plusieurs jours… J’avoue, ils m’ont tout de même touchée ! Surtout la maman. En lisant les péripéties de Nicolas, je me suis souvent mise à la place du parent (en tout cas de son responsable imaginaire) en me demandant comment j’aurais réagi à sa place. C’était le sens de ma question : en lisant, vous étiez dans les baskets de Nicolas en tant qu’ado ou il vous est arrivé d’être décentrées, à vous demander “comment je réagirais si c’était mon fils qui vivait ça… !” ? En revanche, je me suis bien reconnue dans la volonté de dialogue de Nicolas, et cette relation père-fils est ce qui m’a le plus plu dans ce roman.
Héloïse : C’est vrai qu’elle est belle.
Liraloin : Je comprends ta réflexion Lucie, et moi j’ai fait ma vieille je me suis dit “il faut bien que jeunesse se passe” lorsque Nicolas allait toujours plus loin. L’éducation qu’il a reçu vit en lui et je n’ai pas cru une seconde qu’il allait complètement basculer vers le “côté obscur de la force”.
Héloïse : Le “côté obscur de la force”, j’adore ! Comme il y avait deux niveaux de narration, je ne suis pas rentrée dans les baskets de Nicolas. J’étais plutôt extérieure, me demandant jusqu’où tout cela allait mener !
Linda : Décentrée vis à vis de l’adolescent qu’il a été mais pas de l’adulte qu’il est devenu en ce qui me concerne.
Lucie : Pour conclure cette lecture commune, à qui conseilleriez-vous ce roman ?
Liraloin : A partir de 14 ans sans doute et aux nostalgiques des années punk !
Héloïse : Oui, cela me paraît pas mal, j’aurais dit fin de collège –, et plus si affinités !
Linda : Oui pareil ! Même si je crois que bien des adultes devraient apprécier la nostalgie amenée par le mouvement punk et son époque bouillonnante.
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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce roman et que vous prendrez autant de plaisir que nous à découvrir cette histoire. Merci aux éditions Syros de nous avoir envoyé ce titre !
Le mois d’avril est là. Les bourgeons grossissent, le soleil brille (on l’espère !) et la nature se réveille. Sous le Grand Arbre, c’est le moment de mettre la dernière touche à la sélection en vue du prix ALODGA, que nous avons hâte de vous proposer le mois prochain. Preuve s’il en est : certains coups de cœur viennent directement des titres proposées par les arbronautes ! Voici donc nos titres favoris du mois dernier.
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Lucie a pratiquement terminé de lire les titres de la pré-sélection du prix et a passé le mois de mars en compagnie de très beaux albums ainsi que quelques magnifiques bandes dessinées. Et comme en plus on lui a offert le (très bon) nouvel Hunger Games… Il a été difficile de faire un choix. Cependant, la douceur du trait et du propos de Petit Bonheur a fait la différence. Très joli album s’inscrivant dans la tradition chinoise du Nouvel An, cette histoire montre un petit bonheur n’ayant pas reçu de magie qui va tout de même porter chance à une famille renard. Yue Zang a pensé le moindre détail dans cette ode au travail et à la bonne volonté. Un bol de fraîcheur !
Petit bonheur, Yue Zang, L’école des loisirs, 2024.
Deuxième coup de coeur, deuxième album, très différent : Et à la fin de Jean-Baptiste Drouot. L’auteur-illustrateur se met en scène en pleine recherche de la fin de son conte. Que faire ? « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », n’est-ce pas un peu cliché ? Alors que le lecteur ne saura jamais quelle est l’histoire qui les précède, les fins alternatives s’enchaînent dans un tourbillon de plus en plus loufoque. C’est drôle et cela a le mérite d’interroger sur l’imagination et les traditions.
Et à la fin, Jean-Baptiste Drouot, éditions Hélium, 2025.
En mars, mois de lectures abondantes, notamment en « adultes », plusieurs coups de cœur jeunesse pour Séverine, en particulier pour 5 des derniers romans de la collection Petite Poche de chez Thierry Magnier, à destination des lecteur.ice.s de 7 à 77 ans.
Ils arrivent, d’Eric Pessan : ou quand l’enfant est plus grand que le rejet de l’étranger véhiculé par les adultes et que la générosité l’emporte sur la peur.
La lettre de Sasha, de Nathalie Bernard : la tendresse d’une « mot-gicienne » pour dire l’exil d’un enfant ukrainien, qui lui a raconté son histoire lors d’ateliers scolaires.
Les grandes marées, de Marie Boulier : un tsunami d’émotions, sur la complicité et l’amour inconditionnel entre un père et sa petite fille, malgré la maladie mentale de ce dernier.
Papi Jack et le nouveau monde, de Kochka : interroge le lien intergénérationnel, la fin de vie et ce qui demeure quand l’oubli s’invite à la table familiale.
Le yaourt au ketchup, de Gaëlle Mazars : un rapprochement improbable permet de dépasser les préjugés et de s’affirmer. L’amitié naît parfois où on ne l’attendait pas.
Format court, couvertures aux couleurs punchy, cette collection incontournable est fidèle à sa ligne directrice : proposer aux jeunes lecteur.ice.s des sujets de société, portés par des plumes de grand talent. En fonction des romans et des sujets, subtilité, douceur, poésie, humour, sont au rendez-vous, pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. Sans toutefois faire l’économie de la vérité. C’est peut-être un poil trop optimiste, mais Séverine est de celles qui pensent que connaître le monde, même dans ce qu’il peut afficher de plus laid, de plus triste, de plus angoissant, est une force pour l’affronter, y trouver sa place, ancrer des valeurs, des envies, des rêves au fond de soi, et… tenter de faire mieux ? L’idée d’entrer en littérature par la Petite Poche, est une grande idée, fournir le plus tôt possible à la jeunesse des codes, des ressources, de l’engrais intellectuel pour bien grandir, une noble cause. Elle adhère. Le livre jeunesse, « arme d’éclosion massive » ? (Elle ressort cette punchline de son cru en toute occasion 😁 !) Avec les Petite Poche, chez Thierry Magnier, « on ouvre des horizons ».
Pour Liraloin, les lectures sont riches des titres en lice pour le Prix ALODGA 2025 et donc forcement il y a eu plusieurs coups de coeur… en voici un. Il s’agit de l’adaptation en bande dessinée du roman de Flore Vesco D’Or et d’oreillers.
Sadima est une jeune femme qui sait écouter, certes les rumeurs d’une vie bien banale, mais ses sens sont toujours en alerte lorsque d’étranges phénomènes s’immiscent dans ses nuits. Bien vite le fantastique franchi les portes de ce château qui semble porter une lugubre couronne. Se donnant du courage à travers ses chansonnettes qui lui servent de mantra, Sadima est décidée à percer l’emprise dont Lord Handerson est prisonnier. Ici l’adaptation est un sans-faute ! Quelle justesse dans le scénario aux moultes rebondissements. La mise en page nous livre des illustrations pleine page nous donnant l’impression d’être hypnotisée par les découvertes de Sadima.
D’Or et d’Oreillers de Mayalen Goust, d’après le roman de Flore Vesco – Rue de Sèvres, 2024
Son complet ICI, celui de Linda est LA et celui de Lucie LÀ.
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Helolitla a craqué pour le nouvel album de Nancy Guilbert, dont elle adore la plume : La petite Conteuse.
Un album qui met en scene une petite fille, Sya, qui grandit dans le désert et adore les livres. Une petite fille qui attend avec impatience le passage de son amie Lama, la libraire du désert. Mais celle-ci tarde à venir…
Héloïse a adore cette superbe histoire de transmission. Superbe, tant au niveau du texte, que des illustrations chatoyantes d’Anna Griot. Une aventure poétique, féerique, aux limites du rêve, qui rappelle les pouvoirs de la lecture, cette capacité qu’ont les livres d’apporter le réconfort quand tout va mal, d’emporter les lecteurs ailleurs, de les pousser à découvrir d’autres univers. Une ode aux livres et au partage !
La petite conteuse, de Nancy Guilbert, illustré par Anna Griot. Gautier-Languereau. Janvier 2025
Héloïse – ileautresor a eu un coup de coeur pour ce beau documentaire qui permet de rencontrer 6 adolescents engagés : les Gardiens de la terre, de l’eau et de la forêt..
Pour Autumn Peltier, une canadienne Anishinaabe, l’eau est sacrée. Elle se bat pour protéger l’eau potable, rare et précieuse. Elle demande la réparation des stations d’épuration des réserves, car les oléoducs empoisonnent les nappes phréatiques de pétrole (fissures).
Bitaté Juma, un influenceur brésilien, lutte pour protéger la forêt amazonienne, menacée par la déforestation /et la pollution/. Leader de sa communauté (les Uru-Eu-Wau-Wau), il détecte les intrus et les endroits déboisés grâce à des drones. Avec son smartphone, il vit en lien avec son temps, connecté au monde entier.
En Asie, Shivu Ja souhaite que son peuple du sud de l’Inde (les Jenu Karaba) puisse vivre en paix. Que sont devenus les peuples qui protégeaient le tigre lors de la création d’une réserve naturelle ? Ils ont été expulsés pour s’approprier leurs terres et attirer les touristes. – Grâce à la loi, il soutient ceux qui retournent vivre dans la forêt.
Ces jeunes cherchent à faire entendre la voix des peuples autochtones. Ils luttent pour leur survie, dans le respect de leur culture (amérindienne, aborigène, sami, touareg) et de toutes leurs différences.
La Terre notre combat, Louise Pluyaud, illustrations d’Élodie Flavenot, Sarbacane, 2024.
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Et vous, qu’avez-vous lu en mars ? Avez-vous des coups de cœur à nous partager ?
Vous avez forcément déjà vu, si ce n’est déjà lu, un album de Gilles Bachelet. Un trait reconnaissable entre tous, un humour dévastateur et un sens du décalage remarquable… Inutile de dire que sous le Grand Arbre nous sommes de grandes admiratrices du travail de cet auteur-illustrateur. L’ancienne équipe l’avait interviewé à l’occasion de la sortie de son album Les coulisses du livre jeunesse, album dont elle avait fait une lecture commune ; et nous vous avons présenté nos classiques préférés ainsi qu’une lecture commune de Résidence Beau Séjour. Poussées par une curiosité toujours plus grande, nous avons eu envie de lui poser des questions sur son parcours et son œuvre. Questions auxquelles il a accepté de répondre avec une grande gentillesse !
Gilles Bachelet. Source : site des éditions du Seuil.
De quelle manière êtes-vous arrivé à la littérature jeunesse ?
Ce n’était pas une vocation précoce. Je comptais faire des études pour être vétérinaire. Mon père qui était artiste m’avait fait faire du dessin très jeune, mais je n’avais pas tellement aimé. J’ai fait des études scientifiques mais il s’est avéré que je n’avais pas le niveau en physique-chimie et en mathématiques. Je me suis demandé quoi faire, et comme il y avait beaucoup d’artistes dans les amis de mes parents et je me suis tourné vers des études artistiques.
Durant une longue période vous étiez très prolifique sur les réseaux sociaux. Pourquoi avez-vous arrêté de publier sur ces canaux ?
J’ai été très actif pendant trois ans, et puis j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. Je me suis lassé. J’ai retrouvé des illustrations que j’avais publiées, postées ailleurs sans que je sois crédité ou étant attribuées à quelqu’un d’autre. Mais ce n’est pas nécessairement un arrêt définitif, peut-être seulement une pause.
Comment choisissez-vous les sujets de vos albums ?
C’est ce qui me prend le plus de temps. Je n’ai pas de méthode particulière, je passe beaucoup de temps à chercher l’idée du prochain. Cela peut venir d’une discussion, d’une rencontre… Parfois, c’est un hasard. Par exemple, Champignon Bonaparte c’est venu d’une discussion avec mon éditeur qui venait de voir un spectacle sur le Premier Empire et il a pensé que ce serait amusant de faire un album situé à cette époque. Le champignon m’est venu rapidement, inspiré par le chapeau de napoléon. Le Chevalier de Ventre-à-terre est né lorsque mon éditrice m’a appelé pour me rappeler que je leur devais un album et qu’elle devait boucler le catalogue. C’est un peu moi ce chevalier, j’ai tendance à procrastiner. Alors j’ai fait un album avec cet escargot.
Vos albums jouent souvent sur le décalage entre le texte et l’illustration. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce procédé ?
J’ai commencé par illustrer les histoires écrites par d’autres, mais cela m’ennuyait. J’ai eu envie d’inventer mes propres histoires et j’ai commencé avec Le singe à Buffon. Quand j’ai illustré la phrase « Il fait pipi dans sa culotte », le décalage est apparu et cela a été un déclic.
Le Singe à Buffon, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2015.
Pour Mon chat le plus bête du monde, j’avais envie de faire un album sur mon chat, et parallèlement c’était une période où je dessinais beaucoup d’éléphants. C’est venu comme cela. Dans Une histoire d’amour, à aucun moment il n’est indiqué qu’il s’agit de gants de vaisselle et d’objets ménagers.
Mon chat le plus bête du monde, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2012.Une histoire d’amour, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2017.
Trouvez-vous que votre style a évolué au cours du temps et de quelle manière ?
Mon style a peu évolué. Certains illustrateurs comme Thierry Dedieu cherchent un style différent pour chaque album. Je travaille de la même façon depuis mes débuts, à l’aquarelle.
Il vous arrive de vous mettre en scène dans vos albums. Y’a-t-il un élément déclencheur pour que cela arrive ou est-ce prévu depuis le départ ?
C’est un peu cabotin de se mettre en scène. J’ai commencé avec Mon chat le plus bête du monde. Comme c’était une histoire inspirée du chat que j’avais à l’époque et qui était réellement très bête, je me suis mis en scène naturellement. Et il m’arrive de le refaire parfois, comme dans Résidence Beau Séjour.
Nous serions très curieuses d’en savoir plus sur la manière dont vous travaillez concrètement. Avez-vous des rituels d’écriture ? Des horaires définis ? Travaillez-vous généralement sur un seul projet ou vous arrive-t-il d’en développer plusieurs en même temps pour qu’ils se nourrissent les uns les autres ?
Je n’ai pas de rituel. Il arrive que je ne dessine pas pendant de longues périodes. J’ai travaillé pendant 20 ans pour la presse et la publicité, puis j’ai enseigné l’illustration et les techniques d’édition à l’Ecole Supérieure d’Art de Cambrai pendant 17 ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire mes propres histoires. Je cherchais un sujet pendant l’année, en dehors de mes heures de cours, puis quand je l’avais trouvé je travaillais sur l’album pendant l’été, puis sur une période de 4 ou 5 mois en tout. Je n’enseigne plus mais j’ai gardé ce rythme de travail à fond sur un album.
Quels sont vos outils préférés ? Travaillez-vous sur ordinateur ?
J’utilise l’ordinateur pour me documenter et pour de petites retouches quand j’ai oublié quelque chose. Mais je réalise l’essentiel de mes illustrations à la main.
Vous faites très souvent référence à vos autres albums et au travail de certains autres auteurs. De quelle manière choisissez-vous ces citations ?
Ce sont des hommages à des coups de cœur. Certaines de ces références sont identifiables mais d’autres sont personnelles. Par exemple, il m’arrive d’utiliser des objets ayant appartenu à mon père, ou à mon fils.
Avez-vous un livre de chevet et si oui lequel ?
Je n’ai pas un livre de chevet mais plusieurs. Ce sont surtout les albums que j’ai lu dans ma jeunesse comme Little Nemo, Tintin (par exemple je fais référence à l’univers d’Hergé dans XOX et OXO et dans Hypermarquête), l’époque de Pilote, Gotlib…
Est-ce qu’il y a des illustrateur/trices – auteur/trices qui vous inspirent ?
Les illustrateurs qui m’ont le plus influencés sont probablement Benjamin Rabier et aussi Benito Jacovitti. J’avais vu des bandes dessinées de Jacovitti quand j’étais enfant et je l’ai retrouvé beaucoup plus tard dans Charlie Mensuel. Même chose pour Benjamin Rabier, j’avais découvert les albums de Gédéon chez des amis de mes parents et, des années après, alors que j’étais étudiant aux Ardéco, je suis retombé dessus sur une brocante et j’ai réalisé que ces dessins étaient restés profondément gravés dans ma mémoire…
Lisez-vous d’autres auteurs de littérature jeunesse ou de littérature générale ?
J’aime particulièrement le travail des auteurs-illustrateurs comme Philippe Corentin, Claude Ponti, Tomi Ungerer, Clothilde Delacroix ou Benjamin Chaud…
Avez-vous déjà reçu des sollicitations de certain(e)s qui souhaiteraient travailler avec vous ?
Oui, cela m’arrive mais je les refuse. J’ai fait une exception pour La paix, les Colombes ! avec Clothilde Delacroix mais c’est un album écrit à quatre mains. Nous avions échangé des dessins sur Facebook et les éditions Hélium nous ont proposé d’en faire un album.
La paix, les colombes !, Gilles Bachelet et Clothilde Delacroix, Hélium, 2016.
Avez-vous un lecteur idéal en tête quand vous écrivez ?
Moi-même. Je dois me faire rire. Quand il était petit, mon fils m’a servi de cobaye, c’était mon premier lecteur. Mais je ne veux pas écrire pour une tranche d’âge en particulier, j’aime l’idée d’un album qui parle aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Je sais que les enfants ne verront pas certaines références (celle à Shining dans Résidence Beau Séjour par exemple), mais elles m’amusent et j’espère qu’elles amusent leurs parents.
Lors du salon où nous vous avons rencontré, une enfant s’est exclamé « Il est trop cool Gilles Bachelet ! » Quel est votre rapport à vos lecteurs et à partir de quel âge pensez-vous qu’ils parviennent à saisir le second degré inhérent à votre travail ?
Les élèves de maternelle ne perçoivent pas le second degré. Mes albums sont plus destinés à des élèves de CE2, CM1 et CM2. J’ai récemment écrit un album pour les plus petits, Une histoire qui… dans lequel j’ai fait attention à ne pas mettre de références qu’ils ne pourraient pas saisir.
Avez-vous un souvenir à nous partager d’une rencontre particulière avec vos lecteurs ?
Mes souvenirs des rencontres scolaires sont un peu floues, elles se mélangent. Les plus marquantes se sont déroulées dans les classes dans lesquelles les élèves avaient vraiment travaillé sur mes albums. Quand mes albums ont servi de support à des travaux artistiques ou à un spectacle par exemple, cela nourrit les échanges avec les élèves. L’année dernière, une classe avait réalisé des travaux sur tous mes albums, c’était très touchant. Dans ce cas ce ne sont pas eux qui me rencontrent mais moi qui les rencontre. Quand je rencontre des enfants et qu’ils viennent ensuite me voir avec leurs parents dans un salon, je me rends compte que ces rencontres sont marquantes pour eux.
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Merci infiniment à Gilles Bachelet pour sa disponibilité et le temps qu’il a accordé à nos questions ! Nous espérons vous avoir donné envie de (re)découvrir tout ses albums. Pour la liste complète, rendez-vous sur la page que lui consacre les Editions Seuil Jeunesse.