Le Prix Vendredi, la cinquième édition

Le Prix Vendredi récompense chaque année un roman destiné aux adolescents. Une sorte de Goncourt pour ce public qui le mérite bien ! Le 8 novembre 2021, il a été attribué à Amour Chrome, de Sylvain Pattieu, tandis que deux mentions spéciales ont récompensé Joëlle Ecormier pour et Nastasia Rugani pour Je serai vivante. Bravo aux lauréat.e.s ! Pour prolonger l’expérience et continuer de célébrer la littérature ado, nous avons eu envie comme l’année dernière de partager nos impressions sur les dix titres de la sélection 2021.

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J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle de Jo Witek, Actes Sud junior, 2021.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle est un roman porté par le souffle de son héroïne, Efi, 14 ans, qui va devoir affronter une terrible épreuve : celle que ses parents lui ont préparée au début des vacances scolaires, celle du mariage forcé avec Soan, de 15 ans son aîné. Efi résiste mais qui peut résister à la horde sauvage qui unit tant de gens autour de certaines traditions ? Seule, c’est impossible. Alors il faudra compter sur Atâ, son grand frère, sur Mme Gatzea , son enseignante passionnée de littérature, sur Emily Dickinson, sur Petite Fleur, la chèvre apprivoisée et surtout sur Mme Renata, membre d’une ONG qui lutte contre le mariage forcé.
Si ce roman n’a pas été sans rappeler à Frédérique Les Impatientes de Djaïma Amadou Amal, prix Goncourt des lycéens en 2020, il offre cette originalité de ne se situer nulle part, ce qui lui confère une dimension – tristement – universelle.
Et puis il rappelle, dès le titre, ce que devrait être toute adolescence : une lumineuse et extraordinaire bonne nouvelle !

L’avis de Frédérique.

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La Gueule-du-Loup d’Eric Pessan, l’école des loisirs, 2021.

Isabelle n’a pas du tout regretté de s’être risquée à La-Gueule-du-Loup. Avec un nom pareil, il fallait avoir le goût du danger… La maison est à l’image de son nom, sombre et pleine d’ombres – drôle d’endroit pour venir se confiner. Quelle est la chose malsaine qui cerne les lieux ? Lorsqu’une peluche est retrouvée déchiquetée, il devient clair que ce n’est pas l’imagination de Joséphine et de ses proches qui leur joue des tours… Éric Pessan, de sa belle plume imagée, joue des codes du genre horrifique pour tirer sur toutes les cordes de notre paranoïa. Et pourtant, c’est sur un tout autre terrain qu’il nous entraîne finalement, suivant une partition inattendue mais d’autant plus glaçante, à la lisière entre le thriller, le conte, la poésie et le drame. Prise de court, Isabelle a lu ce livre en apnée, mais non sans noter au passage une foule de réflexions très juste sur l’époque contemporaine (on se gardera bien de vous en dire plus !). Ce roman hypnotique se dévore et laisse groggy, mais aussi étrangement apaisé.e.

L’avis complet d’Isabelle.

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La Sourcière d’Elise Fontenaille, Rouergue, 2021.

Pour Linda, La Sourcière est un conte poétique, cruel et féministe qui nous entraîne dans les pas de Garance au pays des volcans assoupis. Alors qu’elle grandit dans la protection de Gallou la Brodeuse et parcourt la lande accompagnée de la Renarde, elle avance inéluctablement vers son destin et la confrontation au cruel et sanguinaire Saigneur Guillaume.

L’avis complet de Linda.

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Olympe de Roquedor de Jean-Philippe Arrou-Vignod & François Place, Gallimard jeunesse, 2021.

Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place rendent hommage aux feuilletons populaires et aux romans de cape et d’épée du 19ème siècle, mais en bousculant allègrement les codes puisque le premier rôle revient à une jeune fille. Cette aventure s’inscrit dans un écrin historique, avec ce qu’il faut de châteaux, de cavalcades, de tavernes, de bandits et de chasses aux sorcières : on s’y croit ! C’est une époque où l’on dispose des jeunes filles comme du bétail, qu’il s’agisse de les jeter au couvent ou de les marier. Mais Olympe semble indomptable. On s’attache immédiatement à ce personnage flamboyant, partageant son désarroi et sa lutte désespérée pour défendre sa liberté. Ses péripéties sont portées par la plume généreuse des deux auteurs. Il y a de l’action et de la liberté, du souffle et du mystère, des combats et de la subversion – même si on aurait aimé que le roman aille plus loin encore : pourquoi cette jeune femme si pleine de ressources doit-elle être si souvent sauvée, voire éclipsée par ses alliés masculins ? Cela dit, les dialogues sont plus vrais que nature, dignes d’Alexandre Dumas ou même de Molière. Un brillant récit d’aventure dont Lucie et Isabelle n’ont fait qu’une bouchée.

Les avis complets d’Isabelle et de Lucie.

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Parler comme tu respires d’Isabelle Pandazopoulos, Rageot, 2021.

Dans Parler comme tu respires Isabelle Pandazopoulos raconte l’histoire de Sibylle, 15 ans, qui décide presque sur un coup de tête de se former à la sculpture. Dans une école spécialisée, loin de sa famille, elle va se découvrir et percer le lourd secret de famille à l’origine de son bégaiement.
Ce roman a fait à Lucie l’effet d’un catalogue de difficultés à placer dans un roman jeunesse contemporain. Jugez plutôt : sont abordées les tensions que l’orientation professionnelle peut créer entre parents et enfant, le handicap, Alzheimer, un parent en prison, l’homosexualité tant chez une fille que chez un garçon, la misogynie et un secret de famille.
En 320 pages, cela fait beaucoup. Sans mettre en doute la sincérité de son auteure, le nombre de thèmes abordés donne l’impression qu’elle a voulu placer un maximum de mots-clés en un minimum de pages. La lisibilité, mais aussi l’intrigue et la crédibilité en pâtissent nécessairement. Pourtant, la passion de l’héroïne pour Rodin et sa vocation de sculptrice étaient prometteuses…

L’avis de Lucie.

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Plein Gris de Marion Brunet, PKJ, 2020.

Dans Plein Gris de Marion Brunet, il n’y a pas de pause, pas de temps mort.
« Quand le corps apparaît à la surface, inerte, contre la coque du voilier, personne ne crie. Aucun d’entre nous. Comme si ça n’arrivait pas jusqu’à nos consciences. Comme si, en ne réagissant pas, on pouvait annuler la réalité du fait : c’est un cadavre qui remonte. Le cadavre de notre ami, pour être précise. »
Voilà, le décor est planté, une intrigue implacable est nouée et l’histoire peut commencer avec cette tourmente terrifiante qui se dessine à l’horizon. La double tourmente qui frappe le groupe, celle qui l’a précipité vers la mort de Clarence et celle qui submerge le voilier, place le récit sous haute tension. On le parcourt en apnée, happé.e par les spirales de pensée des navigateurs et la façon dont se révèlent, dans l’ouragan, les blessures cachées et le tumulte déchaîné sous la surface sciemment lissée tournée vers les autres. La narratrice dit très bien la férocité et la naïveté du regard adolescent sur la vie, l’ivresse de naviguer à la lisière du danger et les jeunes amitiés, intenses et troubles. Marion Brunet mène habilement sa barque entre huis clos et nature incommensurable, entre roman catastrophe et thriller psychologique. Addictif et réussi !

Les avis complet d’Isabelle et de Frédérique.

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Quelques secondes encore de Thomas Scotto, Nathan, 2021.

Une passion dangereuse, les limites repoussées, le saut de trop, pas assez près ou prêt, et c’est la chute… fatale. Alban n’est plus. Son cœur bat, il respire, artificiellement, mais non, il n’est plus. Ce n’est plus lui. Et les médecins qui veulent savoir. Pour les organes. Car le temps est compté.

Au fil de chapitres qui entrecroisent passé et présent, Anouk, la sœur d’Alban, nous raconte son frère, ses goûts, son caractère, leur relation fusionnelle, les souvenirs en cascade, des plus fous aux plus anodins. Elle nous décrit l’hôpital, la chambre, la confusion de sa mère, ce que son frère voulait et aurait voulu, l’absence de leur père, retenu à des centaines de kilomètres pour son travail. Elle décrit l’imbroglio d’émotions, et ces trois lettres que sa mère doit se résoudre à prononcer… “Oui”… ou …. “non”.

Ce texte, plein de délicatesse, a pris Blandine au cœur. Intime, humain, poignant, il nous bouleverse, nous bouscule, et nous pousse à nous interroger sur nos croyances, nos possibles en pareille situation.

L’avis complet de Frédérique.


Ils ont reçu une Mention Spéciale

de Joëlle Ecormier, Zebulo, 2021.

Pour Linda, est un récit sensible et poétique qui aborde les difficultés du deuil chez l’adolescent avec sincérité et justesse. Le texte nous entraîne dans une quête de vérité et d’acceptation pour rendre sa vie à un jeune homme rempli de colère et de chagrin par la perte d’un père disparu en mer. Il ne faudra rien de moins que l’amour d’une mère et d’une sœur, et la gentillesse d’un inconnu pour le ramener parmi les vivants.

L’avis de Linda.

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Je serai vivante de Nastasia Rugani, Gallimard Scripto, 2021.

Assise sur une chaise, une jeune fille dépose plainte. pour viol. En face d’elle, un officier aux questions froides et factuelles. Pas de place pour l’empathie. Sur sa chaise, dans sa tête, la jeune fille se souvient, par bribes, par émotions. Ses pensées s’échappent, remontent le temps et nous racontent.

Blandine a été malmenée par ce récit. Par son écriture d’abord. Une écriture ciselée, poétique, métaphorique, qui use de figures de styles. Qui tourne, contourne, nous perd aussi un peu dans le méandres des sentiments et souvenirs de la jeune fille. Et pourtant rien n’est confus, tout est glaçant. Son histoire, qui aurait pu, qui aurait dû être belle, puis le viol et ses suites. La rupture interne, familiale, sociale. Et enfin, ces murs oppressants du commissariat pour un témoignage éprouvant. La victime est deux fois victime, devoir raconter encore et encore, devoir prouver, n’être toujours pas crédible, être culpabilisée, salie.. Douter, pas d’elle-même, mais d’eux, de leur aide possible, de leur envie de l’aider. C’est éprouvant, écœurant. Heureusement, le récit s’éclaire par moments, et ce titre nous laisse rassurés par sa capacité, future, de résilience. Oui, elle sera vivante!


Le lauréat du Prix Vendredi 2021

Amour Chrome de Sylvain Pattieu, L’école des loisirs, 2021.

Amour Chrome s’engouffre dans le quotidien d’ados qui se cherchent, des gamins qui réagissent, interagissent entre eux de façon naturelle sans surjouer. Ce sont surtout des histoires de rêves d’ados comme il en existent tout autour de nous. Frédérique a trouvé ce roman chaleureux, humain et attachant : « Il est heureux, il est avec ses copines et son pote, il trace sa route. » Le jury du prix a salué « la force, la puissance poétique et la justesse de la langue, mais aussi l’énergie des personnages ».

L’avis de Frédérique.

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Et vous, lequel a votre préférence?

Le Prix Vendredi est de retour !

Le Prix Vendredi devait être décerné le 2 novembre, mais nous venons d’apprendre qu’en soutien aux métiers du livre durement touchés par le nouveau confinement décidé cette semaine, la décision du jury ne sera connue que lorsque les librairies pourront rouvrir ! En attendant, nous partageant avec vous comme l’année dernière nos avis sur les dix romans sélectionnés pour cette quatrième édition !

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Âge tendre est un roman atypique. Il se donne à lire comme… le rapport de stage de service civique de Valentin. Une expérience inoubliable qui nous entraîne, à sa suite, dans un établissement de soin à des personnes atteintes d’Alzheimer au concept peu commun : il s’agit de reconstituer le décor de leur jeunesse. Autrement dit, les années 1960 ! Un roman touchant et drôle sur « l’âge tendre » de l’adolescence – ce moment de prendre son envol, de réaliser que certaines choses sont plus nuancées qu’on ne le pensait et de partir à la recherche de son identité.

Âge tendre de Clémentine Beauvais.

N’hésitez pas à lire les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie pour en savoir plus !

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Alma a été un des coups de cœur de l’été d’un grand nombre d’entre nous. Ce premier tome de la grande fresque sur l’esclavage de Timothée de Fombelle, illustré par son complice François Place, nous a tout simplement emportées. Nous avons retrouvé le souffle d’aventure que nous avons tant aimé dans ses précédents romans, des personnages au caractère fort mais nuancé et un contexte historique fouillé et passionnant.

Retrouvez les avis de Pépita, Isabelle et Lucie ainsi que notre lecture commune.

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Et le désert disparaîtra, est un roman d’aventure et d’apprentissage emportant le lecteur dans une dystopie passionnante. Un ouvrage poétique, porteur d’espoir et très pertinent sur l’avenir de notre planète et de notre survie. L’auteure aborde la question de l’écologie, du féminisme, des traditions, de la survie de l’espèce humaine, animale et végétale. 

Et le désert disparaîtra de Marie Pavlenko

Nous vous en avions proposé une lecture commune dès sa sortie tellement ce récit nous avait questionnées : vous retrouverez notre discussion ici .

N’hésitez pas à lire les avis de Claudia et de Pépita pour en savoir plus.

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L’âge des possibles est un roman qui aborde le passage à l’âge adulte et les choix qu’il faut faire pour y entrer en toute conscience. L’écriture est douce, les héros issus d’une communauté amish sont une ouverture sur le monde bienveillante et bienvenue dans un monde où l’on peut se sentir agressé par le quotidien.

L’âge des possibles de Marie Chartres.

N’hésitez pas à découvrir les avis de Pépita, de Linda et de Lucie.

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L’Attrape-Malheur est le premier volet d’une trilogie qui s’annonce déjà très originale et captivante. Portée par une plume très vivante et les illustrations crayonnées de Tom Tirabosco, l’intrigue de ce conte moderne est riche de péripéties, de dialogues savoureux et de personnages tous plus romanesques les uns que les autres. Et en toile de fond, des questionnements saisissants sur l’ambivalence du bien et du mal, de l’amour et du « progrès ».

L’Attrape-Malheur, de Fabrice Hadjadj, La Joie de Lire

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire l’avis complet d’Isabelle.

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Les derniers des branleurs est un roman mordant, interpellant, brut, qui ne laisse pas indifférent. Beaucoup de thèmes sont évoqués de manière réaliste, ce qui en fait un ouvrage prenant et percutant. Au final, quatre gosses ordinaires, très attachants et cherchant un avenir ou une place, dans notre société actuelle. Les années lycée sont maintenant derrière eux, c’est une page qui se tourne… La fin de l’insouciance. Ce passage à l’âge adulte qui les effraie tant et vers lequel, ils ne se projettent pas du tout. A découvrir, à partir de 15 ans. 

Les derniers des branleurs de Vincent Mondiot

L’avis de Claudia est disponible ici.


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Sans armure de Cathy Ytak est un roman d’amour touchant sur “une différence invisible” de l’une d’elles. Comment atteindre l’autre dans sa souffrance ? Comment faire grandir l’amour qu’on se porte malgré tout ? Un très beau roman porté par une plume sensible.

Sans armure, de Cathy Ytak, Talents hauts

L’avis de Pépita.

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Soleil glacé : un roman magnifique sur la rencontre d’un frère et d’une sœur qui apprennent à se connaitre. Pierrot souffre du syndrome de l’X fragile. Luce va savoir le “bousculer” un peu avec sa franchise, son sens de l’observation, sa gentillesse bourrue, son ironie mordante. Ils sauvent tous les deux ce qu’on leur a volé.

Soleil glacé, de Séverine Vidal
R-Jeunes Adultes

L’avis de Pépita ici.

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Tenir debout dans la nuit est un livre à mettre dans toutes les mains. Un roman abordant un thème essentiel et d’actualité  : Le consentement. Mais aussi, sur les violences faites aux femmes, les relations humaines, la question du respect, sur l’adolescence… C’est un texte intelligent, subtil et parfaitement destiné aux adolescents.

Tenir debout dans la nuit d’Eric Pessan

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire les avis de Claudia et de Pépita !

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Touche-moi est le dernier roman de la prolifique Susie Morgenstern. Publié dans la nouvelle collection L’Ardeur de Thierry Magnier, il propose une vision de la sexualité adolescente à travers l’histoire de Rose, jeune lycéenne albinos.

L’avis de Lucie est disponible ici.

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Et vous, lequel aurait votre préférence ?

Lecture commune : Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy

Le 16 octobre dernier, Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy recevait le Prix Vendredi, devenant ainsi le deuxième lauréat (Anne-Laure Bondoux avait été la première avec son roman L’aube sera grandiose).

Présenté comme le « Goncourt de la littérature jeunesse, et nommé ainsi en référence à Michel Tournier, ce prix récompense “un ouvrage francophone, destiné aux plus de 13 ans”.

Un livre qui reçoit un prix littéraire suscite toujours la curiosité et fait souvent débat.

A l’ombre du grand arbre, nous sommes curieuses et nous aimons débattre. De fait, nous avons décidé de faire une lecture commune autour de ce roman atypique…

Les amours d’un fantôme en temps de guerre

de Nicolas de Crécy (Albin Michel 2018)

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Hashtagcéline : J’avoue que j’étais passée un peu à côté de ce roman lors de sa sortie. Le fait qu’il reçoive le Prix Vendredi m’a incitée à me pencher sur le cas de ce fantôme. Et pour vous, c’était quoi le déclic? Le prix? Le bouche à oreille? L’auteur? Les illustrations?

Sophie : Comme toi, je ne l’avais pas vu passer à sa sortie. C’est au moment de sa sélection au Prix Vendredi que je l’ai découvert et que je l’ai lu un peu après. J’avais surtout envie de le découvrir pour voir comment était fait ce roman très illustré et la place qui était vraiment laissée à l’image

Pépita : Tout pareil, c’est le Prix Vendredi qui me l’a mis en lumière. J’étais intriguée par la forme, envie d’aller voir cette articulation texte/images dans un roman qui plus est pas vraiment estampillé jeunesse. Aucune idée non plus de l’auteur que je ne connaissais pas. Bref, de quoi susciter ma curiosité de lectrice !

Isabelle : De mon côté, je dois admettre que je n’avais pas repéré du tout ce livre. Comme de plus en plus souvent, c’est vous qui avez attiré mon attention – notamment quand j’ai lu la critique de Sophie ! Après avoir vu qu’il s’agissait d’histoire et de politique, ma curiosité a été piquée. J’ai évidemment saisi la première occasion de le feuilleter en librairie et j’ai eu immédiatement un coup de cœur pour les illustrations !

Hashtagcéline : Justement, parlons-en de ces illustrations… Nombreuses, presque à chaque double page, elles occupent une place très importante dans le roman. Pour ma part, c’est ce qui fait l’attrait principal de ce livre mais aussi son originalité. Qu’en est-il pour vous? Qu’avez-vous ressenti ? Selon vous qu’apportent-elles au roman?

Pépita :Je suis tout à fait de ton avis. Elles apportent un réel plus et sont très bien intégrées dans la narration, sans percuter les propres images du lecteur. Il y en a de très touchantes, d’autres terribles. Elles ont une belle unité de tons et d’atmosphère.
De ce point de vue, une réussite !

Isabelle : D’accord avec vous ! L’atmosphère est très particulière, empreinte de mélancolie et pleine de contrastes entre ombre et lumière, entre la douceur de l’entourage du petit fantôme, la beauté des paysages et l’horreur de la guerre. Ce sont de vrais tableaux et c’est assez incroyable d’avoir pu atteindre une telle qualité dans le cadre d’un ouvrage aussi long… Et elles sont bien pensées, prolongent le récit, voire prennent carrément le relais sur le texte. C’est probablement le principal point fort de ce livre.

Bouma : Les illustrations sont vraiment magnifiques. Elles attirent tout de suite le regard avec ce trait crayonné incisif mélangé à des couleurs très surannées. Je vous rejoins donc sur cette atmosphère particulière qui s’en dégage. Après j’avoue m’être demandée tout au long de ma lecture si elles avaient précédé l’écriture du texte, si c’était l’inverse ou si l’auteur avait construit les deux en parallèle. Ça ne change rien à leur qualité mais ça me trotte encore dans la tête.

Hashtagcéline :Ce roman nous plonge dans un univers où les fantômes existent et vivent parmi nous. Malgré le caractère en soi surnaturel de la chose, j’avoue que parfois, j’y ai trouvé quelques incohérences et j’ai eu quelques difficultés à complètement adhérer. Et vous? Comment l’avez-vous ressenti ? Avez-vous aimé évoluer dans ce monde spectral?

Sophie : Au contraire, j’ai totalement adhéré à l’univers. Il est vrai que je me souviens d’un moment où j’ai trouvé que le lien entre l’univers des humains et celui des fantômes manquait de logique mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier l’histoire. Ce que j’ai préféré, c’est ce passage au musée où un personnage raconte au héros que l’on peut clairement voir la présence de fantômes dans l’œuvre artistique de certains humains. J’aime bien cette idée que des mondes parallèles puisse croiser notre univers à nos dépends, qu’il y a quelque chose qui existe qui va plus loin que ce que voient nos yeux.

Bouma : Dans ce roman, le surnaturel apparaît pour moi comme un écho des problèmes du monde ; c’est d’ailleurs ainsi que l’explique le héros fantomatique. J’avoue donc ne pas m’être réellement attachée à cette caractéristique du récit mais plutôt aux aspects historiques. La figure du fantôme “résistant” allait de soi puisqu’il devait rester caché et ne pas apparaître aux yeux des humains comme des fantômes acides.

Pépita : J’ai été séduite au départ par la forme du récit mais j’avoue que j’ai trouvé que la narration manquait de pep’s assez rapidement. Et puis si j’ai bien saisi les allusions au monde des humains, j’ai comme toi été gênée par les incohérences. Comme les fantômes qui survolent, j’ai trouvé certains aspects pas assez profonds dans le développement et je me suis parfois perdue, voire j’ai été un peu agacée par les redites dans les ressorts de l’intrigue. On finit par tourner un peu en rond.

Bouma : Ça je suis d’accord avec toi Pépita, même si j’ai moins été gênée que toi par ces incohérences, j’ai trouvé certaines longueurs au récit… puisque le fantôme semble toujours revenir à son point de départ (au sens figuré).

Isabelle : Je vous rejoins complètement là-dessus. C’est curieux d’ailleurs, car les thématiques du roman (qu’il s’agisse de la période historique, des idéologies haineuses, des liens familiaux ou de l’adolescence) me tiennent toutes vraiment à cœur et j’ai trouvé l’écriture très belle. Et pourtant, j’ai eu énormément de mal à entrer dans cette histoire. Est-ce lié à la mise à distance du fait de l’inscription dans le monde des fantômes qui m’aurait empêchée de m’identifier pleinement ? Je pense plutôt que cela vient de la trame narrative qui m’a semblé un peu flottante, sans mauvais jeu de mot ! On voit bien qu’il s’agit de la montée du fascisme et il y a des enjeux autour de la capacité des fantômes à résister, mais au niveau individuel de notre petit fantôme, on a souvent l’impression qu’il erre dans ce monde dévasté sans savoir ce qu’il cherche et ce qu’il est censé trouver, puisque l’on comprend dès le départ qu’il ne retrouvera pas sa famille.

Hashtagcéline :Dans ce roman, le titre l’annonce : “Les amours d’un fantôme en temps de guerre” Qu’en pensez-vous ? Vous semble-t-il pertinent à la lumière de votre lecture ? Qu’est-ce qui pour vous fait l’essence de ce roman : l’amour ou la guerre (ou les deux) ? Et lequel de ces deux aspects vous a le plus touché/intéressé?

Bouma : C’est un peu la conclusion de mon billet sur ce roman, ta question. Je n’ai pas compris le titre et ai attendu longtemps les amours de ce fantôme… Je trouve que la guerre, et donc l’aspect historique dont je parlais précédemment, sont vraiment au centre du roman. La question sentimentale est vraiment subsidiaire, à tel point que je ne m’en rappelle plus grand chose.

Isabelle : Là encore, je suis complètement d’accord avec vous. Je n’y ai pas réfléchi sur le moment, mais en lisant le billet de Bouma, je me suis dit que ce titre était effectivement curieux. Il est, certes, question de la disparition des parents du fantôme qu’il aime sincèrement, puis d’une jeune fantôme qui l’accompagne un moment et dont il s’éprend, puis d’une jeune humaine dont le lecteur aura sans doute entendu parler. Mais cette dimension sentimentale n’est pas creusée et n’est pas vraiment articulée à l’intrigue. Il me semble que le roman n’aurait pas été vraiment différent sans ces émois du protagoniste…

Sophie : Je vous rejoins également puisque j’ai aussi été surprise de la présence très secondaire de l’amour dans l’histoire. Comme le dit Isabelle, il y a un amour familial, une ébauche de premier amour mais rien qui ne justifie ne le titre. J’aurais plus vu “Les aventures d’un fantôme en tant de guerre”.

Hashtagcéline :Ce roman est paru chez Albin Michel tout court, sans la mention “jeunesse”. Sur le site de l’éditeur, il le conseille “Pour les jeunes lecteurs comme pour les adultes (à partir de 13 ans)”. Qu’en pensez-vous?

Isabelle : Je suis contente que tu poses cette question, Céline, car c’est effectivement loin d’être évident… Il me semble que l’univers fantomatique est assez enfantin, cela m’intéresserait de savoir si cela parle à des ados ou des jeunes adultes. En même temps, il y a des passages vraiment ardus pour des lecteurs trop jeunes, non ? Je pense par exemple aux réflexions métaphysiques du fantôme du musée, que j’ai dû moi-même relire plusieurs fois avant de les comprendre… Et les références historiques ne pourront être pleinement saisies que par celles et ceux qui auront déjà étudié l’histoire du 20ème siècle. Je ne saurais donc pas bien à qui destiner ce roman. Et vous?

Pépita : J’ai le même ressenti. Il joue sur plusieurs cibles de public et ce positionnement est loin d’être pertinent dans la mesure où effectivement il faut des clés de compréhension. Il semblerait-et cela rejoint nos réponses aux questions précédentes-que la narration qui s’effiloche au fur et à mesure donne une apparente simplicité alors qu’il n’en est rien. Le titre aussi. Est-ce la forme qui a conduit l’éditeur à faire ce choix ? Je ne peux me résoudre que ce soit sur le fond tout de même…Il serait intéressant d’avoir son retour je trouve. Car bibliothécaire jeunesse je suis et j’aurais bien du mal à le conseiller à de jeunes lecteurs. A partir de 13 ans, pourquoi pas mais encore faut-il être bon lecteur car moi aussi, comme toi Isabelle, je me suis parfois perdue.

Bouma : Effectivement, je suis d’accord avec vous. Il faut vraiment avoir étudié ce contexte historique pour comprendre certaines références de l’histoire. D’un autre côté, je trouve que la forme, avec les illustrations, peut “refroidir” certains adultes qui y verraient un côté enfantin (alors que pas du tout). Pour moi c’est un peu un OLNI qui doit vraiment être conseillé pour trouver son lectorat.

Sophie : Je l’ai vraiment lu avec l’idée qu’il se destinait plus aux ados, à partir de 13 ans me semble bien. Pour moi ce n’est pas complètement gênant s’ils n’ont pas toutes les références nécessaires. Peut-être seront-ils amenés à repenser à ce livre le jour où ces références se présenteront à eux.

Hashtagcéline :Face à La tête sous l’eau d’Olivier Adam (Robert Laffont), Brexit romance de Clémentine Beauvais (Sarbacane), Pâquerette, une histoire de pirates de Gaston Boyer (Gallimard Jeunesse), Rester debout de Fabrice Colin (Albin Michel), Un mois à l’ouest de Claudine Desmarteau (Thierry Magnier), Trois filles en colère d’Isabelle Pandazopoulos (Gallimard Jeunesse), et Pëppo de Séverine Vidal (Bayard), ce roman a reçu cette année le Prix Vendredi 2018. Vous en pensez quoi?

Sophie : En fait, j’étais un peu partagé à l’annonce du résultat. D’un côté, je trouve intéressant de mettre en avant un livre qui sort du lot principalement par sa forme illustrée. Mais en même temps, je trouve dommage que ce ne soit pas un livre plus représentatif de la littérature ado du moment.

Pépita : Tout comme Sophie, je suis partagée sur la cible de ce roman. Je pense que ce qui a séduit, c’est la forme originale. Mais c’est vrai que cela brouille sur le positionnement littérature ado.

Isabelle : De mon côté, j’ai réagi à l’annonce du prix avec beaucoup de curiosité puisque je ne connaissais pas encore ce roman. Je n’ai pas lu l’ensemble de la sélection, mais les livres que j’ai eu l’occasion de lire sont tous des coups de cœur, chacun à leur manière. On peut toujours penser que d’autres romans auraient mérité d’être distingués mais in fine, ce type de prix répond aussi à une sensibilité particulière : selon quels critères comparer des romans si différents les uns des autres ? J’aurais été intéressée de lire un argumentaire du jury, de connaître les raisons qui l’ont fait pencher pour ce roman-là. En tout cas, je partage un sentiment d”urgence d’entretenir la mémoire du 20ème siècle et beaucoup d’admiration pour les illustrations et le côté original !

 

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