Billet d’été : des classiques illustrés

L’été, la détente, le farniente et… les listes de livres !

Que l’on ait noté les ouvrages qui nous faisaient envie tout au long de l’année ou que les titres soient suggérés par les enseignants, l’été nous permet d’accorder du temps à des lectures plus exigeantes que le reste de l’année. C’est donc le moment idéal pour (re)découvrir un classique.

Ces textes sont des valeurs sûres et ont l’avantage d’être souvent tombés dans le domaine public. Ce n’est donc pas un hasard si l’on voit paraître de plus en plus de « classiques illustrés ».

Les nouvelles éditions illustrées présentent deux avantages. Tout d’abord, elles désacralisent et dédramatisent le rapport au texte classique, le rendant plus accessible aux jeunes lecteurs. Car il semble plus abordable accompagné d’illustrations. Mais les versions illustrées proposent surtout l’appropriation d’une œuvre par un artiste, qui souvent l’enrichi de précieux détails visuels. Un texte puissant impose à l’illustrateur de se montrer à la hauteur !

Voici une petite sélection. Attention, ces éditions ne comportent pas toujours le texte intégral.

  • Des bandes dessinées
Le premier homme, Albert Camus, illustrations de Jacques Ferrandez, Gallimard Jeunesse, 2017.

Parallèlement à la jeunesse d’Albert Camus, Le premier homme évoque les différentes étapes de la colonisation de l’Algérie, de manière à la fois factuelle et nuancée. Les thèmes sont forts : recherche des origines, amour filial, poids de la pauvreté, éducation, et cette Algérie si chère à Camus.
Les dessins sont efficaces, les couleurs remarquables et les astuces mises en place quand les souvenirs assaillent le narrateur, bien vues.

L’avis de Lucie.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee, illustrations de Fred Fordham, Grasset, 2018.

Grand classique de la littérature américaine, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte le procès d’un homme Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Dans l’Alabama des années 1930, la petite communauté de Maycomb est violemment divisée. Le dessin de Fred Fordham est parfaitement adapté à Scout, la jeune narratrice : il est à la fois vif et doux. Certaines planches (la mare, l’incendie…) sont tout simplement somptueuses.

L’avis de Lucie.

Le baron perché, Italo Calvino, illustrations de Claire Martin, Jungle !, 2020.

Cette adaptation du conte philosophique d’Italo Calvino est une réflexion sur la propriété, la nature, l’amour et les conséquences de ses choix, avec une mise en images et en couleurs signée Claire Martin. La taille de l’album, la fraîcheur des illustrations et les couleurs, nous emportent d’arbre en arbre aux côtés de Côme. 

L’avis de Lucie.

  • Des romans graphiques
L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, Robert Louis Stevenson (texte intégral), illustrations de Maurizio A.C. Quarello, Sarbacane, 2018.

Les thèmes de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde infusent longtemps après avoir tourné la dernière page. La double personnalité, l’acceptation de soi, le rapport aux autres, l’amitié, les pulsions, la perte de contrôle… Et cela tombe bien car les illustrations de Maurizio A.C. Quarello invitent à prendre notre temps pour les contempler : chacune semble être un tableau !

Les avis d’Isabelle et de Linda.

Et parfois ils reviennent… : Histoires de fantômes, Guy de Maupassant, Sheridan Le Fanu, Jerome K. Jerome, Gustavo Adolfo Bécquer, Robert E. Howard, Oscar Wilde, Tcheng Ki-Tong, Edgar Allan Poe (textes intégraux), illustrations de Maurizio A.C. Quarello, Sarbacane, 2020.

Les huit nouvelles choisies sont des classiques, efficaces, à la fois effrayantes et pleines d’humour noir. Chacune d’elle est magnifiée par les illustrations de Maurizio A.C. Quarello, merveille de finesse et vraie valeur ajoutée.

Les avis de Linda et de Lucie.

Dracula, Bram Stoker, illustrations de François Roca, L’école des loisirs, 2020.

Cette adaptation du roman de Bram Stoker conserve la forme originale de l’oeuvre : fragments de journaux intimes, de courriers, de télégrammes et de coupures de presse. François Roca joue sur le classicisme du personnage immortel et multiplie les clairs-obscurs pour accentuer le questionnement sur les limites entre la bête et l’homme, la vie et mort ou le Bien et le Mal.

L’avis d’Isabelle.

Des souris et des hommes, John Steinbeck (texte intégral), illustrations de Rebecca Dautremer, Tishina, 2020.

Dans cet autre incontournable de la littérateur américaine, John Steinbeck broie le rêve américain en même temps que ses personnages sous le poids du déterminisme. Incroyable travail de Rebecca Dautremer qui fait de chaque page de cet imposant ouvrage une oeuvre d’art. Elle varie les styles et les points de vue, les couleurs et les échelles de plan. Mieux encore, elle joue avec l’imagerie des années 1930 pour dénoncer la face obscure de la société de consommation. Incontournable.

L’avis d’Isabelle.

Pour découvrir d’autres titres en attendant le billet du 23 août consacré aux romans de Jane Austen illustrés par Margaux Motin, explorez les Grands classiques illustrés chez Sarbacane, les Illustres classiques de L’école des loisirs (versions abrégées), les Romans illustrés par Quentin Gréban chez Mijade ou encore les magnifiques Classiques illustrés par MinaLima chez Flammarion.

Bel été illustré !

Lecture commune : Les tableaux de l’ombre

Depuis 2005 et la parution de Période glacière de Nicolas de Crécy, « Louvre éditions » donne carte blanche à des bédéastes de renom pour s’approprier les collections et l’architecture du célèbre musée national.

Jirô Taniguchi, Enki Bilal, Jean Dytar, Stéphane Levallois, Marc-Antoine Mathieu et bien d’autres proposent aux lecteurs une vision personnelle de ce lieu fascinant. La lecture de leurs albums offre tour à tour une vision intimiste, spectaculaire, historique ou moderne de ce musée national. Et, bien qu’il soit illusoire de vouloir faire une visite exhaustive de cet immense musée, ils donnent une irrésistible envie de suivre les traces des personnages.

Pour cette aventure, “Louvre éditions” s’est associé à deux éditeurs de BD chevronnés : Futuropolis pour les adultes et Delcourt pour les plus jeunes.

Colette et Lucie ont lu Les tableaux de l’ombre de Jean Dytar et ont eu envie de partager leurs impressions.

Les tableaux de l’ombre de Jean Dytar, Delcourt-Louvre éditions, 2019

Lucie : Colette, pourquoi avoir proposé ce livre pour une lecture commune ?

Colette : Comme tu le sais, j’adore les livres qui créent une fiction autour d’œuvres d’art. Je suis bien entendu amatrice de livres documentaires sur l’art mais qu’un.e auteur.e invente, crée, échafaude tout un récit autour d’œuvres d’art, je trouve toujours cela audacieux pour de multiples raisons. Déjà parce que cela signifie s’inscrire dans une lignée d’artistes et qu’il faut donc être sacrément gonflé.e, au sens positif du terme, pour se lancer ! Mais aussi parce que le procédé de mise en abyme me fascine depuis le jour même où je l’ai découvert lors de mes études avec Les Faux-Monnayeurs de Gide qui est devenue une œuvre phare pour moi pour caractériser ces livres qui mettent le procédé créatif au cœur même de leur narration. Pour moi, ce genre de littérature dans laquelle s’inscrit cette BD est toujours une célébration de la création artistique. Une célébration accessible à celles et ceux qui ne créent pas, qui sont “simplement” lectrices/lecteurs, spectatrices/spectateurs. Ce sont des œuvres pour lesquelles j’ai beaucoup de gratitude. Je les trouve hyper jouissives !
Mais peut-être peux-tu présenter l’intrigue de cette BD pour que mon petit avis soit plus clair pour celles et ceux qui nous lisent ?

Lucie : Avec plaisir ! C’est l’histoire d’un petit garçon qui visite le Louvre avec sa classe, mais il perd le groupe et se retrouve face aux cinq tableaux qui composent l’Allégorie des cinq sens d’Anthonie Palamedes et vont avoir une certaine influence sur sa vie. À moins que ce soit l’histoire des personnages de ces tableaux, qui depuis des années attendent qu’on les remarque, qu’on les regarde, jusqu’à ce qu’ils se mettent à exister grâce à l’attention de ce garçon. 
Qu’en penses-tu ?

Colette : C’est tout à fait ça : dès le départ, deux intrigues s’imbriquent l’une dans l’autre. Le fameux procédé des récits enchâssés dont je suis si friande et que j’aime à faire découvrir à mes collégien.ne.s dès que je le peux ! C’est un des aspects qui rend cette BD particulièrement ingénieuse : non seulement le fond est original, mais aussi la forme ! 
Est-ce que cela te dirait de présenter nos minuscules personnages, Tobias, Hilda, Caspar, Nils et Saskia, les habitant.e.s de cette fameuse Allégorie des cinq sens ?

Lucie : L’Allégorie des cinq sens est donc composée de cinq tableaux, chacun mettant en scène un personnage correspondant à un sens.
Le principal est Tobias qui figure l’ouïe, mais Saskia (la vue) est aussi assez dynamique. C’est elle qui initie la sortie des tableaux et les rencontres avec d’autres œuvres. Les trois autres sont plus en retrait, ce sont Hilda (le goût), Nils (le toucher) et Caspar (l’odorat).
Qu’as-tu pensé de ces personnages, de leurs personnalités, de leurs ressentis ?

Colette : Je les ai adorés ! On aurait dit une petite ruche, un microcosme fourmillant d’émotions, de questions, de désirs d’aventures, de désirs d’être aimé.e.s. L’auteur a réussi à leur créer de vraies personnalités, avec une psychologie crédible, et une amitié entraînante. Chacun.e est différent.e mais ce qui semble les animer tous et toutes c’est cette volonté d’être reconnu.e.s. Et là, gros coup de maître de l’auteur : derrière le besoin de reconnaissance de ces petits êtres qui nous ressemblent tant, il arrive à poser la question de ce qui fait un chef d’œuvre.
En effet, pourquoi cette Allégorie des cinq sens est-elle si peu connue, pourquoi n’inspire-t-elle pas plus l’intérêt des visiteurs ? N’est-ce pas la question qui guide le récit ? Qu’en penses-tu ?

Lucie : C’est exactement le thème de cette BD, et c’est d’ailleurs ce qui m’a le plus intéressée. Le passage où la Joconde discute avec Hilda, où elle lui explique que les visiteurs ne viennent plus pour l’admirer mais pour avoir vu un tableau célèbre… C’est très intéressant, et très juste dans notre société où l’on se prend en selfie devant un tableau ou un monument connu, comme pour dire “j’y étais”. En parallèle, on comprend parfaitement ce besoin d’être vu et d’exister pour les œuvres moins connues. Et j’ai aussi aimé que certains tableaux soient fans d’autres œuvres, encore une fois comme Hilda avec la Joconde.
Le jeu autour de ce que l’on sait des habitudes des peintres m’a aussi amusée, comme la Joconde inachevée (ce qui peut amener à une vraie réflexion sur le chef d’œuvre puisqu’on peut être à la fois inachevé et chef d’œuvre) et ces différents autoportraits de Rembrandt qui se croisent… Excellent !
En revanche j’ai trouvé les fêtes par école et l’embryon de révolution un peu artificiels. 
As-tu perçu un intérêt qui m’aurait échappé à ce sujet ?

Colette : J’ai du relire la BD pour te répondre concernant les fêtes par écoles et l’embryon de révolution car dans mon souvenir, ces deux éléments avaient tout à fait leur place dans la narration mais je n’avais pas d’arguments précis à donner. Alors après relecture, il me semble que les fêtes par écoles permettent d’introduire des notions d’histoire de l’art (d’un point de vue pédagogique, et il me semble que malgré tout dans les livres publiés par « Louvre éditions » cet aspect n’est pas négligeable) et nous amène à réfléchir à ce que nous comparons entre les œuvres et pourquoi dans les livres d’art et dans les musées, on ne les mélange pas.
Quant à la révolte des tableaux de l’ombre, j’avoue que je trouve ce ressort narratif hyper intéressant pour renforcer ce questionnement sur ce qui fait un chef d’œuvre ou pas. C’est cette révolution qui donne son titre à la BD, c’est cette révolution qui permet à certains personnages de l’Allégorie des cinq sens de prendre enfin la parole et de gagner en épaisseur. Je pense à Nils, si censé, si éloquent quand il s’agit d’arrêter cette révolte et je pense aussi à Hilda dont l’admiration sincère pour la Joconde nous questionne encore une fois sur ce que nous cherchons quand nous nous intéressons à ce que d’autres avant nous ont nommé « chef d’œuvre ». Je trouve que ce moment de révolution avortée permet de montrer aux lecteurs, lectrices ce qu’est la confrontation de points de vue au sein d’un même groupe qui partage le même vécu. Finalement, ce sont tous des tableaux de l’ombre, mais cela n’empêche pas certains d’adhérer à ce statut et de considérer sincèrement ceux et celles qui ne sont pas du même statut. Ça m’a vraiment fait penser au concept politique de « lutte des classes ». Par contre, j’avais le souvenir que c’était vraiment un ressort important de la BD et finalement il n’y a que quelques pages consacrées au soulèvement. Peut-être que c’est dans la brièveté du traitement que l’on peut lire une forme de superficialité. Qu’en penses-tu ?

Lucie : Je vois ce que tu veux dire concernant le côté pédagogique. Mais dans ce cas c’est vraiment survolé et ça nécessite un accompagnement. Aucune chance qu’un enfant percute seul, à mon avis. Et j’ai pourtant un amateur d’expo à la maison !
Je pense que cela aurait mérité un court développement, par exemple une tension entre l’école du Nord et l’italienne qui sont les deux citées. Ou au moins une note de bas de page.
Pareil pour les habitudes des peintres, j’ai été un peu frustrée qu’une si bonne idée soit seulement esquissée.
Alors je sais, c’est pour les enfants, et quand tu es face à un monument comme le Louvre j’imagine que ça fuse et que tu as envie de parler de tout. Mais c’est un peu l’impression que m’a laissé cette BD : beaucoup de super idées (peut-être trop ?) pas assez exploitées.
J’aime ton avis sur cette révolte. Et effectivement, elle vaut la peine pour l’intervention de Nils qui est géniale. Mais comme tu le dis, cette brièveté la rend un peu superficielle.
J’en reviens à ce que je disais juste avant : cette BD regorge d’idées géniales qui, pour moi, ne sont pas menées à terme. Il y avait de quoi faire plusieurs tomes !
L’idée qui est vraiment aboutie est celle de la mise en abyme. D’ailleurs tu en as parlé tout de suite dans cette lecture commune.
As-tu envie de développer ?

Colette : En effet, en relisant cette BD, j’ai pu constater que c’est vraiment le procédé de mise en abyme qui est au cœur du livre, en tout cas en nombre de pages. Un enfant découvre l’Allégorie des 5 sens dans son enfance, alors qu’il s’est perdu dans le musée pendant une visite de classe. Ces cinq petits tableaux captent son regard et lui apportent du réconfort dans un moment d’insécurité. Vingt ans plus tard, le petit garçon est devenu un jeune auteur de bande-dessinée et a consacré un an de sa vie a créer une BD sur cette Allégorie des 5 sens. Et c’est parce que cet auteur vient de publier une BD sur cette œuvre que de jeunes lectrices, de jeunes lecteurs s’y intéressent lors de leur venue au Louvre. D’autant plus d’ailleurs que Cyprien, Youtubeur populaire, a consacré une vidéo à la BD en question. J’ai beaucoup aimé ce procédé qui vise à nous interroger sur ce qui fait l’intérêt d’une œuvre aujourd’hui. Sans aucun jugement de valeur, l’auteur nous questionne sur nos goûts, sur nos centres d’intérêts, nos motivations : allons-nous voir tel film, telle exposition, allons-nous lire tel livre parce que nous y percevons une maîtrise, une technique, un sujet exceptionnels ou alors seulement parce que cette œuvre est populaire ? Voyons-nous encore la beauté derrière la célébrité ? L’exemple de la Joconde est tellement parlant. Je me suis toujours demandé pourquoi je n’étais pas plus touchée par ce tableau pourtant si célèbre alors que comme tout le monde je me suis précipitée dans la salle où elle est exposée quand j’ai visité le Louvre la première fois… Je trouve intéressant de poser ces questions à un jeune public, et j’ai trouvé particulièrement ingénieux de promouvoir la BD ou Youtube comme des médias qui peuvent influencer notre regard sur l’art. Je n’avais lu ça nulle part ailleurs et c’est une des raisons pour laquelle j’ai proposé cette LC.
Que penses-tu du message que semble véhiculer cette BD sur la question de la médiation : c’est avec la BD et la vidéo youtube de Cyprien que l’Allégorie des cinq sens devient célèbre ? Penses-tu que ce soit crédible ? Penses-tu que le livre soit un vrai moyen de médiatiser d’autres formes d’art ? D’autres œuvres ? Penses-tu que Youtube soit un moyen de médiatiser l’art ?
On remarquera cependant que cette nouvelle célébrité ne convainc pas les plus anciens chefs d’œuvre !
Y-a-t-il là aussi un clin d’œil à ce qui fait le classique, c’est-à-dire la célébrité d’une œuvre dans la durée ?

Lucie : Je suis non seulement persuadée que le message est crédible, mais en plus je trouve le fait que les différents supports se citent et se répondent passionnant. Je suis très friande de ce genre de choses dans l’art.
Je crois au personnage de roman qui admire un tableau, écoute une musique ou regarde un film que le lecteur va aller découvrir à son tour, et qui peut devenir plus populaire grâce à cela. Le premier exemple qui me vient à l’esprit c’est Le Chardonneret. Je suis sûre qu’il y en a plein. 
Est-ce que tu partages cet avis ? As-tu déjà découvert une œuvre ou un artiste par ce biais ?
Concernant YouTube je ne peux pas me prononcer parce que je ne regarde pas du tout les youtubeurs. Vu le nombre de followers qu’ils ont je me dis que s’ils parlent d’une œuvre d’art ou d’une expo, il y a des chances pour que celles-ci se retrouvent plus exposées pendant un moment. Mais par rapport à un livre, je pense qu’on est plus dans l’immédiateté. Je ne suis pas sûre que l’idée persiste si, par exemple, la personne n’est pas dans la ville où l’œuvre est exposée.
On est loin du “classique” qui a fait ses preuves dans le temps, ce clin d’œil est effectivement pertinent.
Mais c’est aussi intéressant ces coups de projecteurs sur des œuvres moins connues grâce à l’appropriation d’autres artistes (romanciers, bédéastes ou autres). Parce que les œuvres qui nous touchent le plus, nous l’avons dit, ne sont pas toujours les plus connues. On n’est jamais à l’abri de tomber sur une œuvre qui nous chamboulera au détour d’un livre ou d’un film !

Colette : Et sinon pour répondre à ta question très intéressante, oui, oui, oui ça m’arrive même souvent en fait d’aller découvrir une œuvre, un endroit, une musique citée dans un film ou un livre. Là tout de suite, je repense au roman Nos étoiles contraires qui évoquait Le journal d’Anne Franck. J’avais lu le Journal de cette brillante apprentie écrivaine quand j’étais ado, et j’en avais été comme émerveillée, mais de retrouver des bribes de ce que j’avais pu éprouver jadis dans ce roman ça m’a vraiment donné envie de me replonger dans ses écrits et, heureux hasard, cette année-là, nous sommes partis à Amsterdam avec mon amoureux pour notre premier week-end en tête à tête depuis des années, et nous avons eu la chance, sur un coup de tête une fois sur place, de visiter l’Annexe, l’endroit où Anne Franck et sa famille ont passé deux ans de clandestinité. Quand j’y repense ça me parait presque magique ce hasard des évènements… Je pense aussi au roman de Gary D. Schmidt, Jusqu’ici tout va bien que j’ai tellement, tellement aimé. Il y est question des dessins d’oiseaux d’Audubon. Et ça m’a fasciné tout au long de ma lecture. J’aimerais les voir en vrai.
Ce que j’ai aussi beaucoup aimé c’est de découvrir l’auteur lui-même dans sa BD, nous délivrant une sorte de message plus intime sur le pouvoir des œuvres d’art, sur celles qui nous accompagne dans des moments de peur, de désarroi : qu’as-tu pensé de cette scène où on le voit avec ses enfants au Louvre devant l’Allégorie des cinq sens ?

Lucie : J’ai bien aimé ce passage de l’auteur au Louvre avec les enfants. Ce petit moment d’intimité (vraie ou fausse, on s’interroge et ça fait partie du plaisir) partagée est très mignonne.
Cela montre aussi le rôle de la transmission. Ce papa emmène ses enfants au musée pour leur montrer les toiles dont il s’est inspiré pour sa dernière BD, mais il leur raconte aussi sa rencontre avec cette œuvre, ses ressentis et il écoute les leurs, qui peuvent être différents. C’est assez bien vu je trouve.
Et j’aime aussi le message sur le réconfort qu’une œuvre peut nous apporter à un moment de notre vie. J’en suis totalement convaincue et je soupçonne que toi aussi !

Colette : Oui, pour moi c’est la musique qui joue cette fonction de réconfort. Un coup de blues et hop, j’écoute On ne change pas de Céline Dion 😉
Qu’as-tu pensée des 2e et 3e de couverture qui présentent tous les tableaux avec les personnages qu’on retrouve dans la BD ? Y vois-tu une volonté didactique d’initier les lecteurs/lectrices à l’histoire de l’Art ou simplement un moyen de rappeler le cadre spatial de l’histoire ? 
Ce procédé m’a rappelé ce qu’a fait Anthony Browne dans Les Tableaux de Marcel.

Lucie : J’ai l’impression que de plus en plus de livres proposent des documents pédagogiques en fin d’ouvrage, quand l’histoire s’y prête. Ou alors j’y suis plus sensible depuis que je suis maman /enseignante ! J’aime assez parce que ça ancre le récit dans la culture, l’Histoire ou autre.
Ici, c’est intéressant de pouvoir regarder les tableaux tels qu’ils sont sans avoir besoin de se rendre au Louvre (ce qui de toute façon serait compliqué en ce moment). D’autant que l’auteur les a quand même beaucoup modifiés ! Je le vois plus comme une mini initiation à l’histoire de l’art, surtout du fait de l’explication des vanités.
Ce que j’apprécie c’est que ces explications soient simples, et que le lecteur ait le choix de les lire ou non selon son envie. J’imagine que pour certains l’histoire se suffit à elle-même et c’est très bien aussi. Mais pour les petits curieux, avoir un début d’explication est agréable.
Je ne connais pas Les tableaux de Marcel, de quelle manière est-ce exploité ?

Colette : Tu vas adorer Les Tableaux de Marcel. On y retrouve le petit singe anthropomorphe d’Anthony Browne, dans un album où il se retrouve dans des tableaux célèbres mais légèrement modifiés pour coller à l’univers de l’auteur. C’est un véritable jeu entre le style de Browne et celui des grands peintres. Et à la fin de l’album il y a une notice descriptive de chaque tableau cité.
Est-ce que tu as été sensible à l’univers graphique de l’auteur ?
J’ai apprécié le décalage entre les œuvres parfois reproduites de manière très fidèle et le dessin plus moderne du dessinateur.

Lucie : À la première lecture j’ai clairement été déçue par les dessins des personnages. Il faut dire que dans ma découverte du Louvre en BD, celle-ci arrive après Enki Bilal et Jirô Taniguchi dont j’aime beaucoup le style. Cela me rend probablement exigeante !
Du coup, je suis partagée quant aux choix graphiques de Jean Dytar. Il faut tenir compte du fait que cette BD est destinée aux enfants et que les dessins doivent être adaptés. Cependant, dans une BD ou un album ayant l’art pictural comme univers central je suis d’autant plus sensible au trait. L’auteur s’est approprié les personnages des différents tableaux, et c’était nécessaire. Mais j’aurais aimé un rendu un peu plus travaillé pour les personnages issus de ces tableaux. Les reproductions d’œuvres sont effectivement très réussies : peut-être aurait-il pu utiliser ce talent pour accentuer l’écart entre les œuvres prenant vie et les personnages « réels », comme il le fait au début, lors de la visite du musée du petit garçon avec sa classe ? Je trouve que ce que tu appelles “le dessin plus moderne” aurait été plus approprié s’il avait été réservé aux visiteurs du Louvre. Mais c’est vraiment une question de goût.
Cela ne t’a pas gênée ?

Colette : Cela ne m’a vraiment pas gênée mais je n’ai pas les éléments de comparaison en ta possession ! Et je ne connaissais pas du tout cet auteur, ce fut l’occasion de découvrir son univers.
Si tu devais conseiller cette BD à quelqu’un, sur quel aspect insisterais-tu ?

Lucie : Je ne connaissais pas Jean Dytar non plus, mais j’ai regardé ce qu’il a fait d’autre et sa Florida m’a tapé dans l’œil. Je ne compte pas m’arrêter à cet avis en demi-teinte ! Concernant cette BD, c’est quand même un beau point de vue sur le musée du Louvre. Je trouve qu’elle met l’art à la portée de tous, notamment grâce à ce discours sur les chefs d’œuvre et au choix de mettre en lumière une œuvre peu connue, même des amateurs. C’est ludique et ça donne envie d’aller au musée découvrir ces trésors méconnus ! Je ne sais pas trop à qui je recommanderai cette BD : à des enfants déjà sensibles à l’art ? Au contraire à des enfants pour lesquels ce serait un premier contact pas trop écrasant ? 
En tout cas j’ai trouvé qu’elle était très sympa en lecture partagée (ou commune !), pour discuter de tous les thèmes et de notre vision des œuvres d’art.

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Cette lecture commune et notre intérêt commun pour l’art nous ont donné envie de présenter d’autres ouvrages documentaires ou imaginaires sur ce sujet. Retrouvez nos sélections à la rentrée !

Et pour patienter jusque-là, le catalogue des bandes dessinées de “Louvre éditions” est ICI.

Des plaisirs minuscules, pour voir nos quotidiens autrement.

On ne le répétera jamais trop, dans ce contexte incertain et anxiogène, il est essentiel de prendre soin de ses proches et… de soi !
C’est pourquoi, sur le Grand arbre, nous avons donc décidé de vous offrir une sélection de livres recensant les précieux petits plaisirs de la vie.

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Lucie vous propose un album reçu lors du dernier SWAP : Le souffle de l’été. Alors que le froid s’installe, Anne Cortey et Anaïs Massini nous rappellent ces petits riens, instants fragiles et magiques qui font des vacances d’été réussies et des souvenirs impérissables.

Le souffle de l’été de Anne Cortey, Grasset Jeunesse

Son avis ICI et celui de Pépita.

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Dans la collection de papillons de Colette, il y a un auteur incontournable des petits riens, des plaisirs minuscules : c’est bien entendu Philippe Delerm. Célèbre pour son œuvre de littérature générale La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, il s’est livré au même exercice d’observation au microscope des petits plaisirs de la vie en explorant ceux si particuliers de l’enfance dans les trois tomes C’est bien, C’est toujours bien et C’est trop bien publiés chez Milan.

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N’hésitez pas, en écho aux textes de Delerm, à partager en lecture à haute voix le récit Cinq, six bonheurs de Mathis publié dans la collection “Petite poche” de chez Thierry Magnier. Le jeune narrateur s’y interroge sur ce qu’est le bonheur suite à un travail de rédaction donné par son enseignant avant les vacances de Noël. C’est drôle, c’est touchant, et infiniment poétique.

Cinq, six bonheurs, Mathis, Thierry Magnier, 2015.

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Une autre artiste a un talent incroyable pour cerner les microscopiques bonheurs de la vie et les sublimer à travers ses livres aux formats incroyables et aux illustrations si délicates. Il s’agit de Béatrice Alemagna. Un album en particulier nous permet d’égrainer ces si précieux instants de joie, furtifs mais résistants en nous : c’est le bien nommé La Gigantesque petite chose.

La Gigantesque petite chose, Beatrice Alemagna, Autrement Jeunesse, 2011.

Vous pouvez retrouver l’avis de La Collectionneuse de papillons par ici.

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Cette auteure ne cesse, à travers ses livres, de nous interroger sur notre rapport à l’essentiel. On vous invite à découvrir d’urgence avec vos plus jeunes lecteurs et lectrices Les Choses qui s’en vont qui a eu le Prix Sorcières Carrément beau – Univers Mini en 2020.

Les Choses qui s’en vont, Beatrice Alemagna, Hélium , 2019.

L’avis de Pépita

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Et pour vos plus grand.e.s, on vous conseille le très bel album Un Grand jour de rien qui raconte cette journée pluvieuse d’ennui que nous avons toutes et tous connu qui se transforme en incroyable aventure si on prend le temps de mettre le nez dehors et d’explorer la nature si généreuse au seuil de notre porte.

Un Grand jour de rien, Beatrice Alemagna, Albin Michel Jeunesse, 2016.

L’avis de Bouma par ici

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Cette initiation aux plaisirs minuscules commence dès la petite enfance. C’est ce que permet Emmanuelle Bastien dans son adorable album cartonné au format carré : J’aime.

J’aime, Emmanuelle Bastien, L’Agrume, 2015.

Et si vous voulez en savoir plus, faîtes un petit tour par et là.

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Pour les enfants un peu plus grands, l’album Les Choses précieuses est une invitation très poétique à regarder autrement le monde qui fait notre quotidien. Comme tous les albums d’Astrid Desbordes et Pauline Martin, on peut y lire toute la poésie de l’ordinaire.

Les Choses précieuses, Astrid Desbordes, Pauline Martin, Albin Michel Jeunesse, 2020.

L’avis de Marion Lua, invitée sur le blog de la collectionneuse de papillons par ici.

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Et parce que les petits plaisirs peuvent être autant de choses cachées au fonds des poches de nos enfants ou de nos sacs à main, pourquoi ne pas lire La Grande collection de Séverine Vidal et Delphine Vaute qui fait la part belle à tous les collectionneurs au sens propre comme au figuré.
Un album tendre et touchant aux illustrations faites en collage de petits bouts d’images, comme un écho au texte plein de poésie.

La Grande collection, Séverine Vidal, illustrations de Delphine Vaute, Philomène, 2012

L’avis de Bouma par ici

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Petit Garçon, de Francesco Pittau, est de ces livres qui parviennent à réveiller l’esprit de l’enfance chez leurs lecteurs de tous âges, ce monde où les idées fusent, la magie se déploie et les choses s’animent. Là bas, chaque jour apporte son lot d’émotions, de surprises et d’expériences fantaisistes qui se dégustent avec bonheur et de nombreux éclats de rire ! Comme ce jour où le garçon a dû traquer son vrai reflet, parti en vadrouille, où lorsqu’il s’était transformé en mouche. Ou encore la fois où il s’est fait réprimander par les motifs de son dessin qu’il avait certes un peu bâclé…

Petit Garçon, de Francesco Pittau (illustrations de Catherine Chardonnay), éditions MeMo, 2019.

L’avis d’Isabelle par ici et de Pépita

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Comment ne pas penser aux livres de Claude Ponti dans le cadre de cette sélection ? Dans Ma vallée, les Touims nous transmettent leur enthousiasme à inventer mille jeux, à savourer la vie qui fourmille dans la nature, à nous laisser bercer par le rythme rassurant des saisons qui passent, à rêver sans limite. Claude Ponti a l’art de restituer les chimères les plus savoureuses des enfants, qu’il s’agisse d’aménager un tronc d’arbre, de voler en se laissant emporter par une bourrasque ou de débarquer sur l’Île molle, entièrement comestible…

Ma vallée, de Claude Ponti. L’école des loisirs, 1998.

L’avis d’Isabelle par ici

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Fermons les yeux et laissons-nous également charmer par des poèmes. C’est la promesse d’Agnès Domergue et Cécile Hudrisier dans leur collection de haïkus illustrés d’aquarelles, qui égrainent en 3 vers (et tellement d’évocations) des contes, des fables et des mythes. A se rappeler ces histoires qui peuplent nos souvenirs, on frémit de bonheur !

Il était une fois… Contes en haïku
de Cécile Hudrisier et Agnès Domergue, éditions Thierry Magnier, 2013

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Ou bien laissons-nous bercer par de simples bruits familiers, cocons précieux si doux aux oreilles… Les bruits chez qui j’habite de Claire Cantais et Séverine Vidal. Un bel album découvert à l’occasion d’un swap offert par la Collectionneuse de papillons.

Les Bruits chez qui j’habite,
Claire Cantais et Séverine Vidal,
éditions l’édune, 2014.

L’avis de Lucie à retrouver par ici.

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Les plaisirs minuscules, ce sont aussi des sensations tactiles et visuelles. De véritables trésors, issus de territoires imaginaires. C’est le tiroir où s’accumulent des objets hétéroclites, que l’on aime retrouver, tourner entre ses doigts et observer minutieusement en pensant à des moments magiques, lectures d’enfance et personnages rêvés.

Serez-vous tenté.e.s de fouiller Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… ?

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres…,
Isabelle Simler,
éditions Courtes et Longues, 2015.

L’avis d’Adèle à retrouver par ici.

On prend ainsi beaucoup de plaisir à découvrir les inventions magnifiques de Frédéric Clément (un vrai cabinet de curiosité), qui nous emporte au pays des contes pour dénicher des merveilles. Entrez, entrez dans… le Magasin Zinzin !

Magasin Zinzin, pour fêtes et anniversaires : Aux Merveilles d’Alys,
Frédéric Clément,
éditions 1995

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Les plaisirs minuscules, c’est aussi partager un moment unique entre un grand et un petit… car souvent les grandes choses sont dans les plus petites. Un album que j’aime d’amour !

Quelque chose de grand, Sylvie Neeman & Ingrid Godon
La joie de lire

L’avis de Pépita

Et la joie de lire ? N’est-ce pas un de ces plaisirs intimes, mais essentiel ? S’il y a bien un album qui en parle trop bien, c’est celui-ci et c’est une référence parfaite pour clore ces plaisirs minuscules de la vie !

L’avis de Pépita

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Et vous, vos plaisirs minuscules qui emplissent votre vie, quels sont-ils ?

Nos classiques préférés : Michael Morpurgo

C’est au tour de l’anglais Michael Morpurgo de rejoindre nos classiques préférés. Choisir parmi les quelques 71 romans de cet auteur multi-récompensé n’est pas une mince affaire, mais voici nos coups de cœurs !

Michaël Morpurgo

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Soldat Peaceful, Gallimard, 2004

Voici les dix raisons de (re)découvrir Soldat Peaceful selon Lucie :

1 – La couverture de vieux carnet usé et taché, qui donne envie de dénouer cette ficelle pour en découvrir le contenu.
2 – L’enfance de Tommo dans la famille Peaceful, modèle d’amour et de bienveillance face à l’adversité.
3 – La vie de la fratrie dans la campagne anglaise qui invite à se mettre pieds nus dans l’herbe et à aller pêcher.
4 – Les rapports de force et les mesquineries des habitants du village.
5 – La complexité tout en suggestion des rapports entre les trois personnages principaux : Tommo, son frère Charlie et la douce Molly.
6 – Le récit sans détour de la vie des “poilus” au front, dans le froid, la peur, la fatigue, les rats et la vermine.
7 – La bêtise humaine, pire que toutes ces menaces rassemblées.
8 – Le roman respecte l’unité de lieu et de temps grâce aux souvenirs qu’évoque Tommo, chaque chapitre correspondant à une heure de la nuit passée dans une grange.
9 – Grandir c’est renoncer, mais aussi prendre ses responsabilités, et Tommo va avoir l’occasion de le faire à l’issue de cette terrible nuit.
10 – Michael Morpurgo est un pacifiste dans l’âme et ce roman est un plaidoyer plein d’émotions.

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Le Prince amoureux, Michael Morpurgo, illustré par Emma Chichester Clark, Gallimard Jeunesse, 2009.

Voici les 10 raisons de Colette de lire Le Prince amoureux.

  1. parce que le petit format carré de ce livre en fait un coffret précieux dont on tremble de tourner les pages avec délicatesse.
  2. parce que c’est un conte de Noël dont la trame sobre et classique donne au texte un écrin particulièrement élégant.
  3. parce que c’est avant tout une merveilleuse histoire d’amour, celle du prince Frederico et de la princesse Serafina. Ils s’aiment passionnément, tristement. Éternellement.
  4. parce que le pouvoir ici est incarné tout en douceur, pas de prince tyrannique, pas de volonté de puissance à tout prix.
  5. parce que ce texte chante l’hospitalité des gens du voyage et leurs multiples talents.
  6. parce qu’il y ait question de la magie ordinaire des rencontres, cette magie qui transcende les strates de la société.
  7. parce que ce conte rend un bel hommage au pouvoir de l’art qui n’a d’autre but que de nous bousculer. Nous faire rire. Nous faire pleurer. Renouer avec l’essentiel, la vie en nous.
  8. parce que les illustrations d’Emma Chichester Clark accompagnent avec minutie et poésie le texte de Morpurgo.
  9. parce que c’est un texte qui peut être lu dans un souffle, à haute voix, pour un instant suspendu au coin du feu, près du sapin. Un texte chaleureux.
  10. parce que ce texte, d’un autre temps, résonne particulièrement aujourd’hui, en cette période où Noël pourrait être en danger : “Le grand chambellan ordonna d’interrompre tous les préparatifs de Noël, d’enlever le houx, d’ôter le sapin de la grande salle, et il annonça qu’on ne fêterait pas Noël cette année là.” … Heureusement qu’il nous reste la littérature !

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Le Trésor des O’Brien, Gallimard, 2009

Voici les 10 raisons de découvrir Le trésor des O’Brien selon Linda.

  1. Pour l’écriture tout en retenue de Michael Morpurgo.
  2. Pour l’apport culturel du récit qui revient sur un pan majeur de l’Histoire d’Irlande, la grande famine de 1845 à 1852.
  3. Pour le voyage complètement fou qu’entreprennent les deux enfants O’Brien quittant leur île pour atteindre l’Amérique, cette terre pleine de promesses.
  4. Pour la traversée de l’Amérique, cette marche vers l’ouest vécue par de nombreux migrants et chercheurs d’or.
  5. Pour l’aventure et ses dangers de chaque instant.
  6. Pour la bienveillance de personnes rencontrées prêtes à les aider et à prendre soin d’eux.
  7. Pour le mystère qui plane autour du trésor des O’Brien, ce bijou de famille. Il ne laisse personne indifférent.
  8. Pour la magie auréolant cette torque d’or, leur plus grande richesse, qui fait qu’elle leur revient à chaque fois qu’elle leur est volée ou semble leur venir en aide à chaque fois qu’ils sont en difficulté.
  9. Pour la valeur initiatique de ce récit qui voit grandir les deux héros.
  10. Pour la beauté du récit et son intérêt historique.

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L’histoire d’Aman, Folio junior, 2013

Voici les 10 raisons de lire L’histoire d’Aman selon Pépita :

  1. Parce que c’est un sujet toujours d’actualité (hélas…),
  2. Parce que c’est l’histoire d’un courage exemplaire d’une mère et son fils,
  3. Parce qu’un animal joue toujours un rôle capital dans les romans de Michael Morpurgo,
  4. Parce que l’intégration est un long chemin, qu’Aman et sa maman relèvent avec détermination,
  5. Parce que le football lie deux êtres d’une amitié qui va sauver à nouveau la vie d’Aman,
  6. Parce que l’être humain n’est pas toujours le meilleur envers son prochain,
  7. Parce que c’est un roman plein de dignité, des deux côtés, avec un peu de bonne volonté,
  8. Parce que Michael Morpurgo sait toujours poser les enjeux dans leur globalité mais aussi avec un sens du détail époustouflant,
  9. Parce que ce roman rappelle combien des millions d’enfants n’ont pas le droit à une vie décente,
  10. Parce que cette histoire pourrait être celle de vous et moi.

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Le mystère de Lucy Lost, Folio Junior, 2015.

Isabelle a choisi un roman emprunt de mystère, comme son nom l’indique. L’histoire d’une jeune fille surgie de l’océan sur une île anglaise au mois de mai 1915… Voilà pourquoi, en dix points :

  1. Pour l’énigme qui entoure Lucy, nous faisant tourner les pages avec curiosité.
  2. Parce que le destin de Lucy est absolument incroyable, mais qu’on y croit dur comme fer tant il est bien raconté.
  3. Pour toute la mise en scène du récit sous forme de témoignages et de traces écrites qui auraient été recueillis auprès des protagonistes.
  4. Pour ses protagonistes magnifiques, inspirants et… humains à l’heure où la méfiance envers l’étranger règne en maître.
  5. Pour la beauté émouvante du rôle dévolu à la musique et au piano dans l’histoire.
  6. Pour le décor plus vrai que nature qui nous plonge au début du 20ème siècle, de New York au petit village insulaire, avec sa petite école, son église, le son du phonographe, les journaux pleins de menaces et les lecteurs de L’île au trésor.
  7. Parce que l’auteur parvient si bien à parler de la Grande guerre sans verser dans une lecture nationale…
  8. … et que les émotions en sont d’autant plus fortes, face au gâchis humain, mais aussi aux moments poignants de solidarité et de fraternisation.
  9. parce qu’il est bouleversant de voir comment la vie continue après l’horreur, tant bien que mal.
  10. parce que ce texte témoigne des pouvoirs magiques de la littérature qui fait grandir, invite subtilement à réfléchir et à résister aux discours haineux d’hier et d’aujourd’hui.

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Le Roi de la forêt des brumes de Michaël Morpurgo, illustré par François Place, Gallimard (dernière édition en 2018)

Pour Bouma, il faut absolument avoir Le Roi de la forêt des brumes dans son petit bout de bibliothèque. Voici ses 10 raisons :

  1. parce qu’il promet un fabuleux voyage à travers l’Asie,
  2. parce que ce voyage se déroule sur fond de guerre sino-japonaise et donne envie de connaître un peu plus ce conflit que l’on connaît peu en Occident,
  3. parce qu’Ashley, le personnage principal, est un adolescent curieux auquel on s’attache facilement,
  4. parce que les descriptions des paysages de la Chine et du Tibet sont si réelles qu’on s’y croirait,
  5. parce que le côté fantastique de l’histoire est tellement bien racontée qu’on finit par se demander s’il est une réalité possible,
  6. parce qu’une rencontre avec des Yétis, ça ne se refuse pas,
  7. parce qu’on peut profiter de la qualité de l’écriture de ce talentueux auteur, capable de parler de bien des sujets avec emphase,
  8. parce qu’au-delà du voyage, le récit est une véritable ode à la tolérance et à la différence,
  9. parce qu’il est accompagné des magnifiques illustrations de François Place,
  10. parce qu’en refermant ce roman, on a tout de suite envie de partir vers une autre aventure, trouvée dans un autre livre de Michaël Morpurgo

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Et si jamais nos raisons ne vous ont pas convaincu, laissez vous tenter par l’un des multiples autres titres de cet auteur prolifique…


Récits épistolaires : la ronde des points de vue.

Écrire un roman uniquement basé sur l’échange de lettres est un exercice compliqué. Mais c’est l’occasion de confronter deux points de vue, deux styles, et surtout de lire ce qui est tu entre les lignes.

Si la littérature a ses propres classiques, voici nos préférés à destination des plus jeunes. Pour leur donner envie de prendre la plume à leur tour ?

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Lucie vous propose le classique Inconnu à cette adresse. Le titre fait référence à la mention apposée sur les lettres dont les destinataires avaient quitté leur domicile. Avec tout les sous-entendus qu’elle peut revêtir en temps de guerre. Car c’est en pleine montée du nazisme que prend place cette correspondance entre Max, juif installé à San Fransciso et Martin, retourné vivre en Allemagne. Dix-neuf lettres d’une lucidité effrayante.

Inconnu à cette adresse de K. Kressman Taylor

Son avis ICI.

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Linda propose également un classique, Papa-Longues-Jambes où l’histoire de Judy, jeune orpheline, qui voit son destin changé lorsqu’un bienfaiteur l’adopte et l’envoie étudier à l’université pour en faire une auteure. Leur relation ne se fera que par le biais d’une correspondance à sens unique menée par Judy qui raconte son quotidien et sa vie d’étudiante. Un roman touchant qui amène de belles idées sur la place des femmes dans une société patriarcale très forte, malheureusement pas exploitées à leur paroxysme.

Papa-Longues-Jambes de Jean Webster, Gallimard, 2007

Son avis ICI.

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Parce que c’est bientôt la saison, dans Lettres à qui vous savez c’est au Père Noël que Jérémy écrit. Mais s’il n’oublie pas sa liste de cadeaux, il raconte surtout son quotidien, ses relations à l’école, ses peurs et ses espoirs.
Car Jérémy est séropositif.
Quinze lettres pour aborder un sujet difficile et inviter à la tolérance.

Lettres à qui vous savez de Hervé Debry, Casterman

L’avis de Lucie ICI.

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Pépita dans son MéLI-MéLO de livres propose ces deux romans de Coline Pierré et Martin Page (Ecole des loisirs, Médium +) : échange épistolaire entre Flora et Max, deux cabossés de la vie, qui vont se libérer peu à peu, s’ouvrir à la vie, à la solidarité. Très touchants.

Ses avis ici et là.

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Isabelle vous propose de découvrir un classique du roman épistolaire, par ailleurs fondateur de la littérature fantastique, qui a fait de Bram Stoker un maître du genre : il s’agit bien sûr de Dracula ! L’histoire du vampire le plus célèbre du monde est restituée sous forme de courriers, de télégrammes, de fragments de journaux intimes et de coupures de presse, organisés de façon chronologique. Cela permet à Bram Stoker d’entretenir le suspense en brossant le portrait de Dracula par petites touches qui se superposent au fur et à mesure que les différents narrateurs le rencontrent. La version abrégée et illustrée par François Roca qu’a publiée L’école des loisirs est une belle occasion de découvrir ce texte culte !

Dracula, de Bram Stoker (illustré par François Roca), L’école des loisirs, 2019.

Son avis ICI.

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Mais il n’y a pas que les humains et les terrifiantes créatures qui peuvent s’écrire des lettres. Chez Duncan, ce sont les crayons de cire qui prennent la plume. Et oui, ils ne sont pas contents du tout du sort que leur jeune propriétaire leur fait subir ! Chacun à leur tour, crayon rouge, violet, beige, gris, blanc noir, vert, jaune, orange, bleu, rose, pêche, lui font part de ses doléances. Tout à tour jaloux, fatigué, délaissé, ils expriment leurs émotions et leurs revendications. Un album créatif, ingénieux et particulièrement ludique pour faire découvrir l’écriture épistolaire aux plus jeunes et … qui donne envie de rouvrir d’urgence sa boîte en métal de crayons de couleurs !

Rebellion chez les crayons, Drew Day Walt,
illustré par Olivier Jeffers, école des loisirs, 2016.

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Et voici… un album épistolaire ! Le texte écrit d’une écriture ronde pourrait être celui d’une carte postale envoyée par une petite fille à sa grand-mère. Elle raconte le voyage en train, l’animatrice, les autres enfants, le campement, les baignades, les rencontres, les jeux et les veillées… Chacun des ces mots est sublimé par les illustrations qui les revisitent pour nous entraîner dans un univers fabuleux digne des films de Miyazaki. La réponse de la grand-mère, dans les dernières pages, nous prend de court de façon toute réjouissante. Drôle et splendide !

Des vacances timbrées, de Mathilde Poncet,
Les fourmis rouges, 2020

Les avis d’Isabelle et de Linda

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