Billet d’été : rappeler les enfants !

Pour nos billets d’été, avec les copinautes on a échangé autour de plusieurs formules : faire découvrir le contenu de notre écolo-swap comme l’ont déjà proposé Bouma, Liraloin ou les Merveillesdalice, évoquer des lectures qui nous font voyager comme l’a fait Isabelle de l’île aux trésors ou pourquoi pas partager autour de lectures qui nous aident à penser / panser “le monde d’après” comme les médias se sont empressés de le qualifier – avec tout ce qu’il peut y avoir de caricatural dans une telle étiquette.

C’est cette dernière proposition que je voudrais saisir aujourd’hui. Après trois mois d’anesthésie totale de mon désir de lire, je me suis réconciliée avec la lecture avec un roman de littérature générale. Rappeler les enfants d’Alexis Potschke. Si je me permets de l’évoquer sur notre blog collectif dédié à la littérature jeunesse, c’est que ce roman est une incursion dans le monde des collégiens et que la myriade de portraits d’adolescents qui y est évoquée est un joli miroir tendu à la jeunesse que l’on côtoie de près dans la littérature jeune public. Et puis quelle est la véritable limite entre littérature “adulte” et littérature “jeunesse” ? Vaste débat que nous menons justement en ce moment dans les coulisses du blog 😉

Il était donc un roman qui racontait les premières années d’un jeune professeur de lettres exerçant en région parisienne. Et ce jeune professeur est tout particulièrement sensible à la beauté des moments partagés avec ses élèves. De chaque petite scène racontée dans ce roman qui se construit au fil des trimestres, émerge des portraits d’une grande douceur, d’une incroyable tendresse, d’une infinie poésie. Et d’une humanité sincère. D’une humanité qui cette année, pendant trois mois, m’a terriblement manqué : l’humanité de la salle de classe.

Si ce livre m’a permis de penser/panser mon “monde d’après”, c’est qu’il m’a permis l’espace de quelques pages de renouer avec ce qui fait l’essence même de mon métier et dont cette année j’ai du me passer tout un trimestre sans l’avoir choisi. Si ce livre m’a permis de penser/panser mon “monde d’après” c’est qu’il m’a rappelé combien j’aimais moi aussi capter l’infinie poésie des regards d’adolescents, la lumière de leur visage entre deux âges, leur parole vive et belle comme un ruisseau, le flot d’émotions dont leurs journées semblent tissées. Il m’a rappelé combien il était primordial d’être présent.e.s les un.es pour les autres. En vrai, en chair et en os. Sans écran entre nous…

A quelques pages de la fin, il y a ce discours improvisé par le narrateur un jour que ses élèves du club théâtre lui ont souhaité son anniversaire.

“Vous savez, j’ai eu plusieurs vies avant d’être professeur […] Je ne fêtais plus mon anniversaire parce que je m’étais rendu compte que j’avais arrêté de grandir. C’était autre chose.

Vieillir, a dit Elsa.

Oui, Elsa, vieillir. Vieillir. Je ne grandissais plus, je vieillissais. Les anniversaires ont commencé à me faire un peu peur, je voyais le compteur tourner ; je n’étais pas très vieux pourtant, mais je n’aimais plus ça. Je voyais le temps qui passait, qui passait. Et puis, finalement, je suis devenu professeur.

-Heureusement, a flatté Céleste.

-Oui, heureusement. Parce que, vous savez, j’aime mon métier. Oui, vous devez le savoir. J’aime vraiment mon métier.

Bien sûr, au club théâtre, c’est facile d’aimer son métier. Mais même quand mes élèves sont pénibles, même quand ils me fâchent, je suis toujours content de les retrouver. Ce qu’il y a de bien avec mon métier -, c’est qu’il change tous les jours. Je n’ai pas la routine des champs, des bureaux, de l’usine. C’est vrai que c’est un peu fatigant, parfois, mais j’aime ça, ne jamais savoir comment va être ma journée.

Quand je suis avec vous, que l’on discute, que l’on répète, et que j’essaie de vous apprendre des choses, que j’ai le bonheur de vous voir les apprendre, que je vous vois grandir aussi, j’ai l’impression, moi d’apprendre aussi, d’apprendre de vous. Vous, vous qui êtes là et qui m’écoutez, vous êtes mon antidote au temps qui passe, parce que le temps a du sens, maintenant, et je crois que c’est ce qu’il lui manquait. C’est pour ça qu’il me faisait peur.

Alors je n’attends plus les cadeaux, et ça ne reviendra pas, je n’attends plus rien, mais je n’en ai plus peur, de mon anniversaire, parce que je n’ai plus peur de vieillir.

Vous savez, depuis que je suis professeur, depuis que je côtoie mes élèves – et mes élèves, ce ne sont pas que mes cent vingt élèves, ce n’est pas que ceux que j’ai ou que j’ai eus, ce sont tous les élèves de ce collège-, depuis que je côtoie mes élèves, que je vous côtoie, vous, eh bien, voilà : j’ai arrêté de vieillir. Je ne vieillis plus, et c’est grâce à vous.

Et vous savez quoi ? Il faut que je vous le dise… depuis que je vous connais, vous, mes élèves, je crois même… je crois même que j’ai recommencé à grandir.

-Monsieur, a dit Charlotte, monsieur, je crois qu’Elsa pleure.”

Voilà.

J’ai hâte.

J’ai hâte de retrouver mes élèves.

Pour continuer à grandir.

Et entendre quel “monde d’après” ils désirent ardemment.

Et m’y atteler, de toutes mes forces, à ma petite mesure.

L’entrée au collège, enfer et damnation ?

Ma séquence d’ouverture à moi : On voit un jeune (moi, Antoine Lebic) qui sort de l’école. Il vient de vivre son dernier jour en CM2.  Il y a du soleil, on est début juillet. Les maîtresses papotent devant la grille: elles sont contentes d’être enfin en vacances. Soudain, le jeune (moi) s’arrête sur le trottoir.  Il a l’air un peu triste. Il jette un dernier coup d’œil vers son école. On voit qu’il a un pincement au cœur.  On voit très bien qu’il a comme une grosse pierre dans l’estomac.  Car c’est fini. Car il ne reviendra plus jamais dans cette école pour rigoler avec ses copains.  Car à la rentrée, il entrera en sixième

Sophie DIEUAIDE, Mission collège, Une aventure d’Antoine Lebic

L’entrée au collège : moment redouté par beaucoup !  Pas simple en effet de se retrouver dans la peau du petit nouveau perdu dans cette jungle d’ados boutonneux à la mine patibulaire alors qu’à l’école primaire on jouissait d’une aura sans pareille auprès des plus jeunes !  Comment survivre à cette chute vertigineuse sur l’échelle “socio-scolaire” ? Comment se mettre le plus rapidement possible dans le bain et effectuer la traversée sans trop d’encombres  ?  Existe-t-il un mode d’emploi ?  Un petit tour de la question avec une sélection de titres jeunesse, à la fois pleins d’humour et de sages conseils.  De quoi dédramatiser ce fameux cap !

Journal d’un nul débutant de Luc Blanvillain, Ecole des loisirs,Collection Neuf

Jour de la rentrée scolaire en sixième pour Nils : il décide d’écrire un journal pour faire part de sa décision de devenir nul. De la drôlerie mais de la profondeur aussi dans ce roman sur l’angoisse des enfants.

Lu par Pépita – Méli-Mélo de livres

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Wonder, de R.J. Palacio

Comme si ce n’était pas assez difficile comme ça pour August de vivre avec son “handicap”, cette année, il entre en sixième. L’occasion d’assumer sa malformation cranio-faciale (= sa tête de film d’horreur) devant tout le collège. Un roman nécessaire sur la difficulté d’être soi et surtout sur les choix qu’on peut faire dans notre regard et notre rapport aux autres. Une leçon d’humanité aussi émouvante que pleine de peps, qui fait pleurer et rire et parfois les deux à la fois.

Lu par Céline – Le tiroir à histoires et Pépita – Méli-Mélo de mots

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Un roman avec des histoires de filles, des histoires de mésententes et de quiproquos. Du déjà-vu peut être quand on parle de l’arrivée au collège, mais un incontournable aussi.
La cour du collège a la réputation d’être une jungle, non ?

Lu par Kik – Les lectures de Kik

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Dany dit NON ! de Rachel Hausfater

Dany se rend compte au fil de son année scolaire de 6e, qu’on peut tout dire à ses professeurs, si on y met la forme, que cela ne sert à rien d’insulter son entourage, sauf si on veut se retrouver seul, complètement seul.
Ce roman allie une écriture très ingénieuse dans l’utilisation des mots, mais aussi dans les tournures de phrases.

Lu par Kik – Les lectures de Kik

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Enzo, 11 ans, sixième 11 de Joëlle Ecormier. Nathan, 2013
Après en avoir fait des cauchemars, la rentrée en 6ème s’annonce plutôt chouette pour Enzo !

Lu par Alice – A lire aux pays des merveilles

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Mission collège, Une aventure d’Antoine Lebic de Sophie Dieuaide, Casterman

Qui ne rêverait pas d’installer un QG secret dans l’école ou de s’infiltrer dans le collège la nuit ?  Antoine et ses amis le font, pour la bonne cause : renseigner les nouveaux à propos des multiples dangers qui les guettent.  Un récit plein d’humour et de péripéties avec, en prime, à la fin, tout un dossier à l’usage des futurs collégiens !

Lu par Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse

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C’est mon premier jour d’école…  tous les jours ! , R.L. Stine, Michel Lafon

Un premier jour d’école en 6e, ce n’est jamais facile mais ça devient vraiment cauchemardesque s’il se répète encore et encore !  Comment le héros va-t-il pouvoir – enfin – entamer son 2e jour d’école ?  C’est tout le suspense de ce récit réservé aux plus téméraires !

Lu par Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse

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Trop classe la sixième ! de Robin Mellom et Stephen Gilpin (illustrations), Le livre de Poche Jeunesse

Depuis toujours, Libby s’occupe de la vie sociale de Trevor.  Aussi, lorsqu’elle lui annonce le jour de la rentrée qu’il est temps pour eux de se faire de nouveaux amis, chacun de leur côté, c’est la panique !  Un récit amusant, entrecoupé d’interviews des protagonistes (à la manière des émissions de télé réalité), qui rappelle que rien ne vaut l’amitié, la vraie !

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Bonne rentrée à tous et, en particulier aux sixièmes !