Lecture d’enfant #30 : Beats of Olympus, tome 1 : Un amour de monstre

Pendant le confinement, Antoine a beaucoup lu. Je lui ai donc proposé de présenter un livre qu’il avait aimé, de manière à donner à d’autres personnes envie de le découvrir sur ce blog. Ce projet l’a enthousiasmé. Voici sa présentation, suivie du compte-rendu de notre discussion téléphonique.

Je m’appelle Antoine, j’ai 8 ans, je suis en CE2 et j’ai envie de vous parler de ce livre : Beasts of Olympus, tome 1, Un amour de monstre. Il raconte l’histoire d’un garçon qui s’appelle Pandémonius et qui est le fils de Pan (le dieu des bergers). Il adore les animaux et a le pouvoir de parler avec eux. Il vit avec sa maman qui est humaine, mais un jour son père décide de l’emmener sur le mont Olympe, pour qu’il débarrasse les étables divines de leur puanteur monstrueuse, et soigne les bêtes légendaires des dieux grecs.

Beasts of Olympus, tome 1, Un amour de monstre de Lucy Coats
Le Livre de Poche Jeunesse

Pourquoi as-tu choisi ce livre en particulier ?
J’aime beaucoup la mythologie, les aventures et les dieux. Ce livre regroupe tous ces éléments, c’est pour ça que je l’ai choisi.

Qu’as-tu aimé dans cette histoire ?
J’ai aimé que le héros, Pandémonius, ait peur au début parce qu’il croit que son père l’emmène sur le mont Olympe pour un sacrifice. J’ai aussi aimé sa rencontre avec tous les dieux grecs.
J’aime que la boîte qui aide Pandémonius à guérir les animaux en lui indiquant les médicaments à leur donner utilise des mots compliqués.

Connaissais-tu la mythologie grecque avant de lire ce livre ?
Quand j’étais petit, ma maman me racontait des légendes grecques, surtout l’histoire d’Ulysse. C’est comme ça que j’ai découvert la mythologie et que j’ai commencé à aimer. D’ailleurs, ce roman s’inspire des vrais dieux et héros de la mythologie.

Quelles relations Pandémonius entretient-il avec les animaux dont il s’occupe ?
Les animaux légendaires lui racontent leurs histoires et, aidé par la boîte magique, il peut les soigner. L’animal avec lequel il a le plus de relations est Arnie, un griffon qui a très mauvais caractère.

Quel est ton personnage préféré ?
C’est difficile de choisir. J’aime bien Arnie, Pandémonius et les dieux.

Qui est l’« amour de monstre » du titre de ce tome ?
Je ne crois pas que ce soit un monstre en particulier, c’est plutôt Pandémonuis qui se met à apprécier les créatures dont il s’occupe.

As-tu lu les autres tomes ?
Oui, il y a six tomes et je les ais tous lus. Ils sont indépendants mais il vaut mieux les lire dans l’ordre quand même. J’ai tellement aimé que j’en ai parlé à mes parents et ils ont commencé à les lire aussi. Mon papa commence le premier tome et ma maman en est au troisième.

Merci à Antoine pour ce moment de partage. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai hâte de découvrir Beasts of Olympus !

Coeur de Bois (2) : lecture à travers des yeux d’enfants

A l’occasion de notre lecture commune de Coeur de bois, nous nous sommes posées la question de savoir quel écho, cet album pouvait avoir auprès des enfants.  C’est en toute simplicité que nous leur avons mis le livre entre les mains et que nous avons recueilli leurs premières impressions.

Pour T., Grand-pilote de 7 ans :

C’est une impression de tristesse qui domine à la fin de cette lecture.
“Le loup, ses enfants ne le reconnaissent plus, ne veulent plus de lui. Et puis il est handicapé. Il ne pèse pas plus qu’un fagot de bois.”
Le personnage qui a donc le plus apitoyé ce petit d’homme, c’est ce vieillard impotent qui crève de solitude. Quant à Aurore, “Je la trouve très prétentieuse quand elle dit :  “La plus belle, c’est moi.”
Quand on lui a demandé si cette histoire ne lui rappelait pas une autre histoire, il m’a répondu “non”. Et puis quand je lui ai suggéré qu’il y avait peut-être un rapport avec Le Petit chaperon rouge il a énuméré toute une liste de contre-arguments :
” Pas du tout , D’abord le loup est mort à la fin du petit chaperon rouge, on lui a ouvert le ventre pour le remplir de pierres, il ne peut donc avoir vieilli. Et puis, le Petit Chaperon rouge n’a pas de prénom, il est brun et il ne porte que du rouge et là l’héroïne s’appelle Aurore, elle est blonde et elle porte du noir”.
Au final, T. a aimé cette histoire mais il trouve qu’elle a été coupée en plein milieu !

“C’est dommage” ‘a-t-il dit “qu’on ne sache pas ce qui se passe ensuite.”

 

Pour M., 16 ans grande lectrice de tout ce qui lui tombe entre les mains :

Une lecture en demie -teinte pour cette ado : “Il est bien cet album, mais dés que j’ai vu le loup, je me suis dis que c’était une adaptation du Petit Chaperon rouge.”

“Ce qui me pose question c’est de comprendre pourquoi Aurore est si gentille. Elle s’ennuie en fait ? Car c’est évident,  elle n’a pas pardonné et et elle n’est pas si forte qu’elle le prétend, on dirait qu’elle se sent obligée de l’aider. Pourquoi ?”

Quand on lui demande de réagir sur la dernière remarque de T. qui aurait aimé connaitre la suite de l’histoire, elle répond : ” Au contraire, pour moi cette histoire elle a été trop loin, les auteurs auraient du s’arrêter quand on voit le loup. Ils auraient du laisser planer le doute pour que l’on s’imagine ce que l’on veut, là c’est presque trop évident.”

Au final, elle note la qualité globale de l’ouvrage et le travail de l’illustrateur sur la construction cinématographique de l’album avec le changement de plan et de point de vue à chaque pages tournées.

Comme nous, elle s’interroge sur le public visé et “l’interprétation de cette lecture qui sera sûrement différente par des enfants plus jeunes”.

Pour H., 17 ans, lectrice en tous genres et écrivaine à ses heures : 

Première parole dès la lecture : “Ce n’est pas un livre pour enfants je trouve. Très sombre, à la limite de l’angoisse. On reste longtemps en suspens et puis une page suffit à comprendre. Enfin, presque….parce que l’explication va jusqu’au bout et elle vous gifle.”

Et les personnages, ils t’évoquent quoi ? “Le conte du Petit chaperon rouge bien sûr mais j’ai trouvé que les deux personnages sont à pied d’égalité, pas pour les mêmes raisons. Le loup, même faible physiquement, a une sorte d’aura invisible. Aurore, elle m’impressionne beaucoup par sa volonté extrême : elle s’excuse presque d’en être arrivée là, elle n’existe que par le loup dans cette forêt. Elle puise sa force dans ce souvenir. J’ai eu peur que ça déraille entre eux à cause de la tension, mais non. Il y a beaucoup de respect entre eux.

Ton mot de la fin ? “C’est un album troublant je trouve, qui interpelle et qui reste dans la tête à cause des mots dits et des images si fortes.”

La petite sœur, F. 15 ans, quant à elle, le trouve “vraiment bien, très fort bien sûr mais je pense que des enfants de 8-9 ans peuvent le lire. 5 ans, non, c’est trop jeune. Et il est waoouh ! Après la lecture, on est un peu sonné. Faut le lire plusieurs fois en fait. J’ai beaucoup aimé la morale de la fin. Elle dit tout pour moi. Ça fait drôle aussi de voir ces personnages de conte si différents. On imagine pas du tout ça.”

Rajoutons l’avis de Régis Lejonc, illustrateur, qui a gentiment réagit à notre lecture commune :

“Pour répondre à la remarque de l’âge du lecteur visé, j’étais comme vous, plutôt à penser qu’il s’agissait sans doute d’un album plus adulte… jusqu’à ce que je rencontre 3 classes depuis sa parution.
CP et CE… et ils ont tout compris, ont les références et savent, déjà ce que sont les cicatrices du corps et de l’âme.
Bluffé j’étais !”

Voilà des avis enrichissants qui ont pu légèrement secouer la lecture analytique de certains adultes. 
La lecture à voix haute réalisée pour T. Grand-pilote de 7 ans, a aussi révélé le niveau de langue parfois un peu familier, détail auquel nous n’avions pas fait  attention jusque-là. Mais au delà des quelques familiarités, c’est le niveau de langue général, le vocabulaire particulièrement soigné, qui renvoie souvent au monde des adultes, qui est apparu dans toute sa particularité à l’occasion de cette lecture à haute voix.

Dans touts les cas l’avis des plus jeunes est unanime : ce n’est clairement pas un livre pour les petits mais pour les grands de 7 à 17 ans…. comme eux.

Une question qui reste ouverte et pour laquelle nous vous proposons de vous faire votre propre avis … 

Bonne lecture

Lire en famille !

Cette année, ma petite famille s’est lancée dans un défi lecture passionnant : Les Incorruptibles en famille. Et on a même embarqué deux copines dans cette aventure littéraire, deux copines qui travaillent avec Maman-Bulle-de-Savon au collège et qui échangent chaque semaine un sac rempli de livres jeunesse que l’on cache dans les casiers de la salle des profs dans de jolis tote-bags “casier surprise”.

Comment se passe notre RDV Incos familial hebdomadaire vous demandez-vous ? Tous les dimanches, on se donne RDV sur notre siiiii confortable canapé bleu après la sieste de notre Petit-Pilote-de-Berceau et on savoure le livre des Incos glissé dans le casier surprise. Je me lance dans la lecture de l’album du jour, puis nous donnons chacun notre tour notre avis sur le livre lu que je note sur un carnet dédié à ce petit défi littéraire. Aujourd’hui je vous livre la page de notre carnet consacré à l’ingénieux album intitulé Deux drôles de bêtes dans la forêt de Fiona Roberton publié aux éditions Circonflexe.

Dans cet album, une petite fille espiègle recueille une drôle de petite bête qu’elle a rencontrée dans la forêt. Elle croit la rendre heureuse en lui préparant un petit nid douillet. Mais la drôle de petite bête va donner à son tour sa version des faits et le lecteur va vite comprendre que pour elle toute cette attention humaine n’est que monstruosité.

L’avis de mon Petit-Pilote (3 ans)

Je n’ai pas aimé quand la fille pose le croc croc dans la boîte et j’ai bien aimé quand elle prend le croc croc dans ses bras.

L’avis de mon Grand-Pilote (8 ans)

J’ai bien aimé cette histoire parce qu’il y avait deux parties : j’ai bien aimé quand la fille parle et quand le croc croc parle parce que c’est 2 avis différents sur le monstre. Et j’ai bien aimé les dessins.

L’avis de Papa-Poil-de-Pinceau (36 ans)

Cet album aborde la thématique des problèmes de communication. Quand la petite fille pense sauver l’écureuil, il se dit kidnappé et quand l’écureuil pense être libre, c’est le moment où la petite fille croit l’avoir perdu. Même s’ils ne se comprennent pas, à la fin ils se trouvent des points communs qui leur permettent de devenir amis.

L’avis de Maman-Bulle-de-Savon (35 ans)

D’un point de vue pédagogique, cet album est une pépite pour l’enseignant qui veut expliquer la notion de point de vue et comment des faits identiques peuvent être perçus de manières complètement opposées jusqu’à trouver un compromis. Il me semble que c’est une manière très intelligente d’aborder les questions de la divergence de points de vue en amitié, voire en politique, et d’aborder ainsi la notion primordiale de compromis, essentielle pour vivre ensemble sereinement.C’est un album qui titille l’intelligence de l’enfant, qui l’invite à se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre son point de vue. Une belle lecture à partager sans modération !

 

 

Lecture d’enfant #27 Esther et Mandragore, Une sorcière et son chat

esther_mandragore_1C’était dimanche matin. L’heure où j’écoute la radio d’une oreille, en mangeant une tartine d’une main, et où, éventuellement, je regarde facebook d’un œil. L’heure où je ne suis ni réveillée ni disponible en somme. Ma mouflette (dix ans), elle était en pleine forme. Réveillée depuis une bonne heure, elle avait déjà fini une tour de kaplas avec sa frangine, pris son p’tit dej et elle finissait tranquillement son nouveau roman. Autant dire que, contrairement au mien, son cerveau était déjà en marche. Elle a donc du répéter sa question plusieurs fois avant que ça n’atteigne les limbes de ma conscience. Moi, j’ai entendu ça:

– Mamaaaan, pourquoi tout radis roman en été féministe? Jkomprendpas.

-Hein?!?

-Maman! Pourquoi tu m’as dit que ce roman il était féministe? Je ne comprends pas?

Elle vient de tourner la dernière page d’Esther et Mandragore (Sophie Dieuaide, Marie-Pierre Oddoux, Talents hauts), que j’ai lu moi même quelques jours auparavant.

-Il me semble que je t’aie dit que c’était une maison d’édition féministe, plutôt, non?

Je sais pas, mais n’empêche, je ne comprends pas, c’est quoi une maison d’édition féministe? C’est quoi un livre féministe? Enfin, je veux dire, quand tu me montres des trucs féministes, comme par exemple un dessin qui dit que les filles sont pas des bon-point1poupées (bon point anti-sexistes des éditions “La ville brûle” pour ceux qui se demandaient) je reconnais, ça montre que c’est féministe, mais là, c’est une juste une histoire.

Juste une histoire? Ça ne t’as pas plût?

-Mais si, n’importe quoi, pourquoi ça ne me plairait pas, enfin, tu sais bien que j’aime les histoires! (c’est à peu près à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait que je ferme la tablette et que je lâche facebook, la conversation demandant de plus en plus d’attention). Non, ce que je veux comprendre c’est comment une histoire peut être féministe. Une histoire normale, une histoire dans laquelle y’a pas de question d’égalité entre les filles et les garçons, déjà y’a quasiment pas de garçon dans ce livre d’ailleurs.

-C’est-peut être ça justement? Montrer qu’une histoire peut se dérouler sans qu’il y ait UN héros…

-Ah? Bof, on le savait déjà, non?

-Je ne sais pas, toi qui lit énormément, tu en as lu beaucoup de livres où il n’y a pas un héros masculin?

-Hé bien, il y a Fifi brin d’acier, et puis Milie Plume… Gurty, mais bon, c’est pas pareil, c’est une chienne… Là j’ai pas d’autre idées.

-Tu as une idée du nombre de romans que tu as lu, dans ta vie?

-T’es folle, j’en lis parfois un par jour, depuis mes 7 ans, donc, ça fait 3 ans, je vais pas m’amuser à les compter. Disons, à vue de nez, que j’en ai lu beaucoup.

-Et sur tous ces livres là il n’y en a que 3 qui te viennent à l’idée où il n’y a pas de personnage principal masculin? Cherche bien.

-Verte! Et aussi la suite, Pomme!

-Ah, tiens, encore une histoire de sorcière…

-Oui, bon, et alors? C’est tous des romans féministes, ceux là? C’est ça, dès qu’il n’y a pas de mec, c’est féministe?

-Hé dis donc, surveille ton langage, tu n’est pas dans la cour de récré ici ma chérie. Et non, ce ne sont pas tous des romans féministes… Quoi que… Peut être qu’ils le sont en réalité… Ce n’est pas facile de définir un roman comme féministe, tu as raison…Milie plume, il me semble qu’il est quand même plus ou moins clairement destiné aux filles. Je pense qu’un roman qui a pour personnage principal une fille et qui sort dans une collection qui n’est pas marquée “fille”, à une portée féministe… (au moment même où je prononce ces mots, je suis sidérée de les penser. Aurions nous régressé à ce point?)

-Tu rigole?

-…

-Tu veux que c’est pas juste normal qu’il y ait des romans avec des garçons et d’autres esther-mandragore-1-insideavec des filles comme héros?

-Disons que, statistiquement, il y a beaucoup plus de garçons, alors cet éditeur a voulu inverser un peu la tendance, il faut dire qu’il y a une idée reçue selon laquelle les petites filles peuvent s’identifier à un héros mais pas les petits garçons à une héroïne.

-T’es sérieuse, là? Si le livre est chouette, ils s’en fichent les garçons que ça soit une héroïne, non? Il faut juste leur proposer de le lire, et puis c’est tout.

Bonne idée ma chérie, alors, si on en parlait sur internet de ce livre, ça donnerait peut être envie à des garçons de le lire?

-Et à des filles aussi.

-Et à des filles aussi!

-Alors allons y, moi je te dis ce qui donne envie à des enfants (comme moi, garçons ou filles, tu vois ce que je veux dire) et toi tu le mets sur internet. Tu vas leur dire que c’est l’histoire d’une petite sorcière, une débutante de première année, qui est très curieuse. Tellement curieuse qu’elle a gagné un prix de curiosité  et que, grâce à lui, elle obtient le droit d’aller dans le monde des humains quand elle veut, avec son chat, Mandragore. Lui, il a un sale caractère mais on l’aime bien quand même. Après pour donner envie, il faut pas trop raconter, mais il faut dire que, même si elle est en première année elle semble très douée pour les potions parce qu’elle en réussit des très difficiles. Qu’elle a pas le droit de faire de la magie chez les humais mais qu’elle le fait quand même (et elle ne se fait pas prendre). Qu’elle peut faire apparaître des billets de banque dans sa poche (mais qu’elle n’en abuse pas). Et qu’elle est un peu… Fripouille? Pas très sage quoi… Impertinente, c’est ça, je la trouve impertinente, et ça, c’est chouette, parce que nous, les enfants, on a tous envie d’être un peu impertinents. Mais sans se faire gronder (elle se fait pas gronder, d’ailleurs, les adultes la laissent faire sa vie tranquille, c’est bien aussi ça)

-Ok, autre chose?

-Non, c’est tout, avec ça les gens, ils doivent pouvoir donner envie à leurs enfants esther-et-mandragore-d-amour-et-de-magie(garçons ou filles au cas où t’aurais pas compris) de le lire.

-Ok, j’ajoute juste que c’est un roman illustré, que c’est un style d’écriture fluide et accessible, que c’est préconisé pour les 8/12 ans mais qu’à mon avis, en lecture à voix haute on peut le proposer à des enfants plus jeunes.

-Moui, si tu veux. Ah, et dis qu’il y a des chats aussi, plein de chats, qui volent sans le vouloir et que c’est marrant à imaginer.

Donc voilà, si vous cherchez un livre à offrir à vos fils/filles/cousins/amis/voisins, du CP au CM2, n’hésitez pas, Esther et Mandragore vous tend les bras. D’ailleurs, le tome deux, Esther et Mandragore, d’amour et de magie, est sorti la semaine dernière, vous pouvez donc le trouver dans votre librairie préférée.

Les lectures florentines d’un Petit-Pilote globe trotteur !

Cet été, road-trip familial en direction de Florence : 2500 km à parcourir et de belles soirées à nourrir de lectures joyeuses et enthousiasmantes. Alors bien sûr j’ai glissé dans notre valise un sac rempli de livres, des albums souples bien entendu, parce qu’il en fallait beaucoup (4 histoires chaque soir, ce n’est pas rien) et en même temps le coffre n’était pas extensible. Mais sur ma super sélection, un  titre a remporté tous les suffrages de mon Petit-Pilote qui est allé le chercher inlassablement dans le coffre à histoires : Qui a vu le loup ? d’Alex Sanders.

qui a vu le loup

Le voilà qui s’installait sur son grand lit et qui ouvrait le livre, car celui-là ce n’est ni papa, ni maman qui le lisait mais bien mon Petit-Pilote lui même. Dès la première page, il se souvenait : “le loup marche” Et le voilà qui fait avancer le livre entre ses deux petites mains. “Le loup marche encore” : mon tout-petit lecteur continue de faire bouger le livre d’un côté de l’autre.

Puis dans son langage bien à lui, il s’exclame ” tout à coup, s’arrête !!!” en immobilisant le livre (il me semble que c’est sa page préférée ! Cette suspension du mouvement un vrai régal !)

“Il a entendu queque chose ?” demande alors mon Petit-Pilote élevant la voix et mangeant quelques syllabes.

” a vu quequn?” demande-t-il en rapprochant le livre de son visage.

“c’est toi qui a vu, toi !” reprend-il la voix gonflée de points d’exclamation et le corps tout agité.

“va te croquer ?” dit-il alors, sourire aux lèvres. “non ! il court” , “secours maman !” “lit”-il en raccourcissant le texte.

“pas méchant un enfant” reprend-il avec une intonation toute particulière pour nous (se ?) rassurer !

loup9

Avec cet album mon petit homme s’amuse, il devient véritablement acteur du livre puisqu’il joue – au sens théâtral du terme- avec le personnage principal. Et il joue avec son être tout entier :  aussi bien avec sa voix qu’il module avec ravissement qu’avec son corps qui s’anime au rythme du petit loup. Ce livre est pour lui comme une marionnette. Quelle trouvaille !

C’est un livre au graphisme très épuré, comme souvent les albums d’Alex Sanders – puisque le loup au pelage gris est seul sur la page blanche jusqu’au dénouement où il retrouve sa maman dans un paradoxal (c’est quand même un loup qui a peur de mon Petit-Pilote) et simplissime happy end. Ce graphisme minimaliste permet de décomposer à la fois le mouvent du personnage mais il permet aussi par le jeu du cadrage de déchiffrer les expressions du visage du loup. Ainsi quand le loup se rapproche du lecteur et que la tension monte, l’enfant peut jouer à avoir peur mais le dénouement qu’il connaît – ayant lu tant et tant de fois ce récit- lui permet de relâcher la pression dans un beau rire joyeux qui montre à quel point la littérature est essentielle dès le plus jeune âge pour faire des liens entre l’imaginaire et le réel et toutes ces émotions qui nous animent et nous interrogent et que nous apprenons aussi (surtout) par les livres à connaître pour mieux les maîtriser et les partager !