Lecture d’enfant #36 : MASCA

Théo, 9 ans, a beaucoup lu cet été. Il a eu un véritable coup de cœur pour MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse d’Erik L’Homme et Eloïse Scherrer et souhaite le partager.

MASCA, Manuel de survie en cas d’apocalypse de Erik L’Homme et Eloïse Scherrer, Gallimard Jeunesse, 2019

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

J’avais déjà lu un livre illustré par Eloïse Scherrer, et j’avais beaucoup aimé les illustrations. Alors j’ai eu envie de découvrir celui-ci.

Qu’as-tu pensé en voyant la couverture ?

J’ai été attiré par le « Manuel de survie ». Ca attire le regard ! J’ai pensé qu’il allait y avoir une fin du monde, un cataclysme, et donc de l’aventure.

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est l’histoire d’un collégien qui est seul dans son appartement parce que sa famille est partie quelques jours. Une nuit, il y a une grosse tempête qui coupe l’électricité et détruit pas mal de choses dans la ville (le réseau de téléphone, les magasins, les feux de signalisation…). Il a peur pour sa famille et il va décider de les retrouver. Il veut être sûr qu’ils vont bien.

Est-ce que tu t’es imaginé à la place de Justin ?

Oui, et ça m’a plu, même si ça me ferait un peu peur d’être dans cette situation : de ne pas savoir si mes parents vont bien, c’est stressant et angoissant.

Est-ce que d’autres choses t’ont plu ?

Ce qui m’a plu, c’est qu’il y a de l’action, du suspense, et que ça finit bien !

Justin nous parle comme s’il parlait à son personnage inventé : Björn. C’est très créatif et ça m’a beaucoup plu. C’est bien écrit. Tu as l’impression d’y être, de vivre l’aventure avec lui, que tu le connais et qu’il te parle.

Il est dans la nature et il se débrouille bien. Il sait pas mal de choses de la nature et c’est ce qui lui permet de survivre.

A la fin, il y a des fiches explicatives pour des méthodes de survie. C’est sympa de comprendre comment Justin a fait et on peut essayer chez soi. Il nous apprend à faire un abri, du feu, à trouver le nord…

J’ai aussi bien aimé que ce soit présenté un peu comme un journal intime. C’est Justin qui raconte son histoire, il y a des petits dessins…

Justement, tu as dit que tu avais choisi ce livre à partir du nom d’Eloïse Scherrer, qu’as-tu pensé de ses illustrations ?

Elle dessine quand même vraiment bien ! Ça fait à la fois réaliste (ça pourrait être dessiné par un enfant qui dessine très très bien) et à la fois très beau.

On s’y croit vraiment, comme si on était en train de lire un vrai journal intime du personnage. Surtout avec les petits brouillons de texte qui accompagnent les dessins. Le fait qu’elle n’utilise que de l’orange et du noir, ça m’a intrigué, mais c’est logique comme il n’a pas beaucoup de matériel.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

A toute personne aimant l’aventure, le suspense, un peu l’angoisse et qui a envie de découvrir des stratégies pour se débrouiller dans la nature.

ALODGA s’engage – pour le prix UNICEF de littérature jeunesse

Dans le cadre de notre rubrique “ALODGA s’engage”, comme l’année dernière, nous avons lu les titres de la sélection du prix UNICEF de littérature jeunesse. Ce prix permet de sensibiliser les enfants à leurs droits grâce à la lecture, un sujet qui touche particulièrement les branches du Grand Arbre. L’édition 2021 était centrée sur la gestion des émotions et la santé mentale sous le titre “Au fil des émotions”.

Catégorie 3-5 ans

Dans mon corps

Dans mon corps, Mirjana Farkas, La Joie de Lire

Voilà un album qui chante le mouvement et les émotions qui y sont liées.

” Dans mon corps,
ça fourmille et ça vrombit
du soir au matin.”

À travers tous les menus évènements qui tricotent la journée de l’enfant, l’autrice nous donne à voir en transparence toutes les sensations, les sentiments qui s’agitent, s’élancent et s’envolent dans son corps. Un album qui chante les émotions agréables mais aussi les désagréables et qui rend hommage à l’essentielle coopération entre adultes et enfants pour apprendre à nommer, apprivoiser et calmer tout ce qui nous envahit.

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Bienvenue Tristesse

Bienvenue Tristesse, Eva Eland, Les éditions des éléphants

Pas toujours facile de comprendre la tristesse et son origine. Eva Eland invite à accueillir cette émotion comme une amie et propose des pistes pour l’apaiser en encourageant à trouver la méthode qui fonctionnera le mieux pour soi. Le sujet est traité avec sensibilité et les illustrations dégagent une infinie douceur qui donne à réfléchir à la gestion de cette émotion si particulière.

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Louise ou l’enfance de Bigoudi

Louise ou l’enfance de Bigoudi, Delphine Perret et Sébastien Mourrain, Les fourmis rouges

Vous souvenez-vous de Bigoudi, cette attachante vieille dame ? Dans cet album rose, nous remontons le temps pour découvrir comment, enfant, elle gagna ce surnom après avoir quitté sa campagne où elle s’épanouissait pour la grande ville qui la dépassait, ternissant son humeur. Jusqu’à une rencontre!

Louise ou l’enfance de Bigoudi est une ode à l’amitié et au bonheur qu’elle procure, donnant à la vie des couleurs et saveurs jusque-là dissimulées, servie par des mots joueurs et poèmes.

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Mousse

Mousse, Estelle Billon-Spagnol, Talents Hauts

Si les adultes peuvent rester perplexes à la lecture de Mousse, les enfants s’identifient immédiatement à ce petit poisson qui affronte ses peurs. Il est tour à tour avalé par un gros poisson, rejeté par des coéquipiers, disputé pour une maladresse… Autant de situations qui parlent aux jeunes enfants. L’apparition du serpent multicolore, bienveillance incarnée, est rassurante et réjouissante.

Un bel album pour aborder la confiance en soi et les incidents de parcours qui font grandir !

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Catégorie 6-8 ans

Du vent dans la tête

Du vent dans la tête, Marjolaine Nadal et Marianne Pasquet, Voce Verso

Un livre intéressant car il rend l’enfant acteur de son bien-être mais qui soulève des doutes quand à la tranche d’âge conseillée dans la façon dont le sujet est traité. Si le texte se destine parfaitement à de jeunes lecteurs, il n’est pas certain qu’ils en comprendront toutes les nuances. Les illustrations sont très jolies, elles dégagent beaucoup de poésie dans la simplicité du trait et du choix des couleurs.

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La maîtresse me stresse, et alors ?

La maîtresse me stresse, et alors ?, Elisabeth Brami et Christophe Besse, PKJ

Tom est tétanisé par sa maîtresse, qui ne cesse de crier sans raison apparente. Il va donc à l’école à reculons, ne parvient pas à se concentrer sur son travail et accumule les mauvaises notes. Comme on le comprend ! Heureusement, arrive une douce remplaçante qui va permettre au garçon de chercher une solution à son problème.

Ce livre est une invitation au dialogue pour les enfants stressés par l’école ou par leur enseignant. Aux adultes qui les accompagnent de jouer le rôle de cette remplaçante à l’écoute, pour les aider à résoudre cette situation.

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Zarbi, enfant zèbre

Zarbi, enfant zèbre, Suzanne Galéa et Floriane Ricard, Rue de l’échiquier jeunesse

Pas forcément facile d’être un « enfant zèbre » ! Loin des clichés, Zarbi nous raconte son état permanent de surchauffe, l’intensité de ses émotions, ses difficultés à « filtrer » et surtout, son douloureux sentiment de décalage par rapport aux autres… Mettre en mots ces spécificités, qui peuvent correspondre à ce que vivent les enfants à haut potentiel, mais aussi par exemple les personnages avec un TDAH, est souvent salvateur. C’est l’objectif parfaitement atteint de ce bel album aux motifs zébrés : Zarbi évoque ses différences avec ses mots à elle, évocateurs et accessibles, portés par des illustrations pleines de sensibilité et d’images très parlantes. Elle dit aussi ce que lui a apporté la compréhension et l’acceptation de sa différence. Un album optimiste et vraiment intéressant, qu’on se sente concerné ou non !

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Odette fait des claquettes

Odette fait des claquettes, Davide Cali et Clothilde Delacroix, Sarbacane

Odette est une enfant optimiste et pleine de joie de vivre qui subit le regard des autres pour qui elle est toujours trop ceci ou pas assez cela. Davide Cali rappelle que pour être heureux, le regard que l’on a sur soi est essentiel. Il y aura toujours quelqu’un pour critiquer ce que nous sommes. Le trait tout en rondeurs de Clothilde Delacroix sublime l’histoire par sa simplicité et la richesse des expressions des personnages.

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Catégorie 9-12 ans

Le train fantôme

Le train fantôme, Didier Levy et Pierre Vaquez, Sarbacane

C’est l’histoire d’un voyage. Celui de Jonas, 17 ans, “sorte de grand échalas qui parle peu, lit beaucoup. Ses parents aimeraient bien qu’il s’habille autrement, qu’il se coiffe autrement. Ses parents aimeraient bien qu’il soit un peu comme tout le monde. Mais Jonas reste lui-même.” C’est l’histoire du voyage de Jonas donc et surtout celui de Lina, sa petite sœur, “7 ans, bientôt 8”. Un voyage qu’ils ne font pas ensemble. Un voyage que Lina entreprend pour retrouver Jonas, disparu. Un voyage en train fantôme.

Cet album aux illustrations “à la manière noire” absolument envoûtantes nous entraîne dans les tréfonds d’une éclatante obscurité de l’adolescence malmenée.

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Je suis Camille

Je suis Camille, Jean-Loup Felicioli, Syros

Camille est une jeune fille transgenre. Camille est Camille. Mais ce n’est pas si simple. En tout cas, cela ne l’était pas dans son ancienne école aux Etats-Unis. A la rentrée, elle arrive en France dans un nouvel établissement scolaire. Elle s’y fait très vite une amie Zoé, avec laquelle elle partage la même passion pour la musique. Les deux amies ont de beaux projets, elles sortent ensemble, vont à des fêtes, chantent, dansent, se confient. Camille lui raconte son parcours. Mais une histoire de jalousie manque de faire voler en éclats leur amitié nouvelle.

Il est rare que des albums abordent la question de la transidentité, c’est un sujet en général réservé à de plus grand.e.s lectrices, lecteurs. Ce livre permet donc de lancer la discussion et il fut particulièrement plébiscité par mes élèves de 6e inscrit.e.s au prix de littérature jeunesse de l’UNICEF.

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La BD qui t’aide à avoir confiance en toi

La BD qui t’aide a avoir confiance en toi, Géraldine Bindi et Adrienne Barman, Casterman

Entraîné.e.s par Gigi, Sarah, Charlie, Tom, Lise et Oscar, le chat, nous voilà invité.es à nous interroger sur la manière dont nous pourrions nourrir notre confiance en nous. Après avoir défini ce qu’est la confiance en soi, les personnages de la BD nous livrent 4 trucs pour travailler ce sentiment essentiel pour affronter toutes les tourmentes. Une BD joyeuse, au ton enlevé qui peut cependant paraître parfois péremptoire, pour aborder un besoin fondamental, notamment à l’adolescence.

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Les fabuleuses aventures d’Aurore

Les fabuleuses aventures d’Aurore, Douglas Kennedy et Joann Sfar, PKJ

Aurore est autiste. Elle ne parle pas et s’exprime en écrivant sur une tablette. Différente, elle pose sur le monde un regard unique qui voit au-delà des apparences. Dans notre société individualiste, la différence suscite encore trop souvent le rejet et les moqueries. Pour ce premier titre jeunesse, Douglas Kennedy signe un titre intelligent qui fait de la différence une force. On pourra cependant regretter la rapidité avec laquelle certaines scènes sont traitées, laissant peu de place à l’imagination. Les illustrations de Joann Sfar sont lumineuses et mettent en avant l’optimisme de l’héroïne et du récit.

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Catégorie 13-15 ans

C’est pas ma faute

C’est pas ma faute, Anne-Fleur Multon et Samantha Bailly, PKJ

Prudence est fan de la youtubeuse Lolita. Mais un jour, celle-ci disparaît des réseaux sociaux. Prudence s’inquiète et décide d’enquêter.
Imaginé à la manière d’un thriller, ce roman montre la dualité d’Internet. Entre reconnaissance, exposition de la vie privée, manifestations d’amour, jugements à l’emporte-pièces, diverses formes d’amitiés, commentaires haineux et pressions diverses, le constat n’est pas rose.
Ce roman écrit à quatre mains expose de manière quasiment exhaustive les risques liés au réseaux sociaux, trop souvent ignorés des ados. Mais les auteures ont encombré leurs personnages de difficultés financières, familiales, raciales et sexuelles, certes réalistes, mais qui nuisent à la clarté du message.
Pourtant ce roman peut être un point de départ pertinent pour une discussion sur la vie privée et les réseaux sociaux, l’amitié et la responsabilité.

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Les mystères de la peur

Les mystères de la peur, Bruno Pellegrino et Rémi Farnos, La Joie de Lire

Qu’elle soit ou non rationnelle, la peur est là pour nous aider à nous surpasser mais surtout, pour nous protéger des dangers auxquels nous sommes parfois confrontés. Pour Lou, douze ans, la peur est une inconnue. Son cerveau ne traite pas les informations correctement et ne lui envoie jamais de petit signal pouvant la mettre en garde contre le monde qui l’entoure. Elle devient de fait, un danger pour elle-même. Inquiets, ses deux papas l’emmènent faire des tests chez un spécialiste qui l’envoie à l’institut P.E.T.O.C.H.E où, se confrontant aux peurs de ses camarades, elle va devoir apprendre la peur…

Les illustrations de Rémi Farnos séduisent par le trait et le choix d’alterner entre des illustrations classiques et des cases de bande dessinée. Ce format dynamise le texte de Bruno Pellegrino qui, richement informé en amont auprès de spécialistes, chercheurs et médecins, s’inspire d’un cas réel pour nourrir son récit. Au travers de Lou et de ses camarades, il explique cette émotion saisissante mais non moins indispensable qu’est la peur et comment elle fonctionne, ce qu’elle provoque, pourquoi et comment.

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Dans, A quoi rêvent les étoiles

… ils sont cinq, cinq presque unis comme les doigts de la main. Dans ce roman, il y a quelques personnes « connectées » entre elles. Elles se connaissent, se côtoient tous les jours. D’autres ne se fréquentent qu’à travers un petit laps de temps, un rendez-vous en ligne, des échanges de SMS…

Un point commun relie parfaitement Titouan, Alix, Luce, Gabrielle et Armand : leur relation au monde. Leur façon si particulière de trouver une place en eux et chez les autres.

A quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton, Gallimard Jeunesse

A la manière d’une pièce de théâtre, Manon Fargetton fait entrer en scène le refus de grandir et d’affronter le monde, le deuil et l’envie d’en finir. L’espoir, cet espoir d’y arriver et de s’accrocher pour vivre son rêve. La finesse et la subtilité de l’écriture s’infiltre épousant chaque personnage. Le lecteur peut alors donner libre cours à ses émotions. Quelle richesse humaine !

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21 jours avant la fin du monde

21 jours avant la fin du monde, Silvia Vecchini et Sulzo, Rue de Sèvres

Lisa vit dans un camping avec sa mère qu’elle aide à tenir son café. Ses voisins changent régulièrement de visage mais dans l’ensemble les touristes se ressemblent tous un peu. Cet été là, elle occupe son temps entre le café et son cours de karaté. Lorsque réapparait Aless, son ami d’enfance, les souvenirs ressurgissent.

Différents thèmes traversent cette bande dessinée – la famille, l’amitié, l’avenir, le secret – mais c’est avant tout la perte d’un être cher qui est au cœur. En revenant sur le lieu de son enfance, Aless cherche à comprendre le mystère qui entoure la mort de sa mère. Mais son père souhaiter le préserver des circonstances qui lui ont enlevé ce parent dont il n’arrive pas surmonter la perte. Avec beaucoup de tact, Silvia Vecchini soulève l’importance du dialogue et de l’accompagnement dans le processus du deuil.

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En attendant le résultat des votes des enfants demain sur le site de l’UNICEF, n’hésitez pas à partager vos coups de cœur !

Billet d’été : des classiques illustrés

L’été, la détente, le farniente et… les listes de livres !

Que l’on ait noté les ouvrages qui nous faisaient envie tout au long de l’année ou que les titres soient suggérés par les enseignants, l’été nous permet d’accorder du temps à des lectures plus exigeantes que le reste de l’année. C’est donc le moment idéal pour (re)découvrir un classique.

Ces textes sont des valeurs sûres et ont l’avantage d’être souvent tombés dans le domaine public. Ce n’est donc pas un hasard si l’on voit paraître de plus en plus de « classiques illustrés ».

Les nouvelles éditions illustrées présentent deux avantages. Tout d’abord, elles désacralisent et dédramatisent le rapport au texte classique, le rendant plus accessible aux jeunes lecteurs. Car il semble plus abordable accompagné d’illustrations. Mais les versions illustrées proposent surtout l’appropriation d’une œuvre par un artiste, qui souvent l’enrichi de précieux détails visuels. Un texte puissant impose à l’illustrateur de se montrer à la hauteur !

Voici une petite sélection. Attention, ces éditions ne comportent pas toujours le texte intégral.

  • Des bandes dessinées
Le premier homme, Albert Camus, illustrations de Jacques Ferrandez, Gallimard Jeunesse, 2017.

Parallèlement à la jeunesse d’Albert Camus, Le premier homme évoque les différentes étapes de la colonisation de l’Algérie, de manière à la fois factuelle et nuancée. Les thèmes sont forts : recherche des origines, amour filial, poids de la pauvreté, éducation, et cette Algérie si chère à Camus.
Les dessins sont efficaces, les couleurs remarquables et les astuces mises en place quand les souvenirs assaillent le narrateur, bien vues.

L’avis de Lucie.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee, illustrations de Fred Fordham, Grasset, 2018.

Grand classique de la littérature américaine, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte le procès d’un homme Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Dans l’Alabama des années 1930, la petite communauté de Maycomb est violemment divisée. Le dessin de Fred Fordham est parfaitement adapté à Scout, la jeune narratrice : il est à la fois vif et doux. Certaines planches (la mare, l’incendie…) sont tout simplement somptueuses.

L’avis de Lucie.

Le baron perché, Italo Calvino, illustrations de Claire Martin, Jungle !, 2020.

Cette adaptation du conte philosophique d’Italo Calvino est une réflexion sur la propriété, la nature, l’amour et les conséquences de ses choix, avec une mise en images et en couleurs signée Claire Martin. La taille de l’album, la fraîcheur des illustrations et les couleurs, nous emportent d’arbre en arbre aux côtés de Côme. 

L’avis de Lucie.

  • Des romans graphiques
L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, Robert Louis Stevenson (texte intégral), illustrations de Maurizio A.C. Quarello, Sarbacane, 2018.

Les thèmes de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde infusent longtemps après avoir tourné la dernière page. La double personnalité, l’acceptation de soi, le rapport aux autres, l’amitié, les pulsions, la perte de contrôle… Et cela tombe bien car les illustrations de Maurizio A.C. Quarello invitent à prendre notre temps pour les contempler : chacune semble être un tableau !

Les avis d’Isabelle et de Linda.

Et parfois ils reviennent… : Histoires de fantômes, Guy de Maupassant, Sheridan Le Fanu, Jerome K. Jerome, Gustavo Adolfo Bécquer, Robert E. Howard, Oscar Wilde, Tcheng Ki-Tong, Edgar Allan Poe (textes intégraux), illustrations de Maurizio A.C. Quarello, Sarbacane, 2020.

Les huit nouvelles choisies sont des classiques, efficaces, à la fois effrayantes et pleines d’humour noir. Chacune d’elle est magnifiée par les illustrations de Maurizio A.C. Quarello, merveille de finesse et vraie valeur ajoutée.

Les avis de Linda et de Lucie.

Dracula, Bram Stoker, illustrations de François Roca, L’école des loisirs, 2020.

Cette adaptation du roman de Bram Stoker conserve la forme originale de l’oeuvre : fragments de journaux intimes, de courriers, de télégrammes et de coupures de presse. François Roca joue sur le classicisme du personnage immortel et multiplie les clairs-obscurs pour accentuer le questionnement sur les limites entre la bête et l’homme, la vie et mort ou le Bien et le Mal.

L’avis d’Isabelle.

Des souris et des hommes, John Steinbeck (texte intégral), illustrations de Rebecca Dautremer, Tishina, 2020.

Dans cet autre incontournable de la littérateur américaine, John Steinbeck broie le rêve américain en même temps que ses personnages sous le poids du déterminisme. Incroyable travail de Rebecca Dautremer qui fait de chaque page de cet imposant ouvrage une oeuvre d’art. Elle varie les styles et les points de vue, les couleurs et les échelles de plan. Mieux encore, elle joue avec l’imagerie des années 1930 pour dénoncer la face obscure de la société de consommation. Incontournable.

L’avis d’Isabelle.

Pour découvrir d’autres titres en attendant le billet du 23 août consacré aux romans de Jane Austen illustrés par Margaux Motin, explorez les Grands classiques illustrés chez Sarbacane, les Illustres classiques de L’école des loisirs (versions abrégées), les Romans illustrés par Quentin Gréban chez Mijade ou encore les magnifiques Classiques illustrés par MinaLima chez Flammarion.

Bel été illustré !

Lecture commune : Les tableaux de l’ombre

Depuis 2005 et la parution de Période glacière de Nicolas de Crécy, « Louvre éditions » donne carte blanche à des bédéastes de renom pour s’approprier les collections et l’architecture du célèbre musée national.

Jirô Taniguchi, Enki Bilal, Jean Dytar, Stéphane Levallois, Marc-Antoine Mathieu et bien d’autres proposent aux lecteurs une vision personnelle de ce lieu fascinant. La lecture de leurs albums offre tour à tour une vision intimiste, spectaculaire, historique ou moderne de ce musée national. Et, bien qu’il soit illusoire de vouloir faire une visite exhaustive de cet immense musée, ils donnent une irrésistible envie de suivre les traces des personnages.

Pour cette aventure, “Louvre éditions” s’est associé à deux éditeurs de BD chevronnés : Futuropolis pour les adultes et Delcourt pour les plus jeunes.

Colette et Lucie ont lu Les tableaux de l’ombre de Jean Dytar et ont eu envie de partager leurs impressions.

Les tableaux de l’ombre de Jean Dytar, Delcourt-Louvre éditions, 2019

Lucie : Colette, pourquoi avoir proposé ce livre pour une lecture commune ?

Colette : Comme tu le sais, j’adore les livres qui créent une fiction autour d’œuvres d’art. Je suis bien entendu amatrice de livres documentaires sur l’art mais qu’un.e auteur.e invente, crée, échafaude tout un récit autour d’œuvres d’art, je trouve toujours cela audacieux pour de multiples raisons. Déjà parce que cela signifie s’inscrire dans une lignée d’artistes et qu’il faut donc être sacrément gonflé.e, au sens positif du terme, pour se lancer ! Mais aussi parce que le procédé de mise en abyme me fascine depuis le jour même où je l’ai découvert lors de mes études avec Les Faux-Monnayeurs de Gide qui est devenue une œuvre phare pour moi pour caractériser ces livres qui mettent le procédé créatif au cœur même de leur narration. Pour moi, ce genre de littérature dans laquelle s’inscrit cette BD est toujours une célébration de la création artistique. Une célébration accessible à celles et ceux qui ne créent pas, qui sont “simplement” lectrices/lecteurs, spectatrices/spectateurs. Ce sont des œuvres pour lesquelles j’ai beaucoup de gratitude. Je les trouve hyper jouissives !
Mais peut-être peux-tu présenter l’intrigue de cette BD pour que mon petit avis soit plus clair pour celles et ceux qui nous lisent ?

Lucie : Avec plaisir ! C’est l’histoire d’un petit garçon qui visite le Louvre avec sa classe, mais il perd le groupe et se retrouve face aux cinq tableaux qui composent l’Allégorie des cinq sens d’Anthonie Palamedes et vont avoir une certaine influence sur sa vie. À moins que ce soit l’histoire des personnages de ces tableaux, qui depuis des années attendent qu’on les remarque, qu’on les regarde, jusqu’à ce qu’ils se mettent à exister grâce à l’attention de ce garçon. 
Qu’en penses-tu ?

Colette : C’est tout à fait ça : dès le départ, deux intrigues s’imbriquent l’une dans l’autre. Le fameux procédé des récits enchâssés dont je suis si friande et que j’aime à faire découvrir à mes collégien.ne.s dès que je le peux ! C’est un des aspects qui rend cette BD particulièrement ingénieuse : non seulement le fond est original, mais aussi la forme ! 
Est-ce que cela te dirait de présenter nos minuscules personnages, Tobias, Hilda, Caspar, Nils et Saskia, les habitant.e.s de cette fameuse Allégorie des cinq sens ?

Lucie : L’Allégorie des cinq sens est donc composée de cinq tableaux, chacun mettant en scène un personnage correspondant à un sens.
Le principal est Tobias qui figure l’ouïe, mais Saskia (la vue) est aussi assez dynamique. C’est elle qui initie la sortie des tableaux et les rencontres avec d’autres œuvres. Les trois autres sont plus en retrait, ce sont Hilda (le goût), Nils (le toucher) et Caspar (l’odorat).
Qu’as-tu pensé de ces personnages, de leurs personnalités, de leurs ressentis ?

Colette : Je les ai adorés ! On aurait dit une petite ruche, un microcosme fourmillant d’émotions, de questions, de désirs d’aventures, de désirs d’être aimé.e.s. L’auteur a réussi à leur créer de vraies personnalités, avec une psychologie crédible, et une amitié entraînante. Chacun.e est différent.e mais ce qui semble les animer tous et toutes c’est cette volonté d’être reconnu.e.s. Et là, gros coup de maître de l’auteur : derrière le besoin de reconnaissance de ces petits êtres qui nous ressemblent tant, il arrive à poser la question de ce qui fait un chef d’œuvre.
En effet, pourquoi cette Allégorie des cinq sens est-elle si peu connue, pourquoi n’inspire-t-elle pas plus l’intérêt des visiteurs ? N’est-ce pas la question qui guide le récit ? Qu’en penses-tu ?

Lucie : C’est exactement le thème de cette BD, et c’est d’ailleurs ce qui m’a le plus intéressée. Le passage où la Joconde discute avec Hilda, où elle lui explique que les visiteurs ne viennent plus pour l’admirer mais pour avoir vu un tableau célèbre… C’est très intéressant, et très juste dans notre société où l’on se prend en selfie devant un tableau ou un monument connu, comme pour dire “j’y étais”. En parallèle, on comprend parfaitement ce besoin d’être vu et d’exister pour les œuvres moins connues. Et j’ai aussi aimé que certains tableaux soient fans d’autres œuvres, encore une fois comme Hilda avec la Joconde.
Le jeu autour de ce que l’on sait des habitudes des peintres m’a aussi amusée, comme la Joconde inachevée (ce qui peut amener à une vraie réflexion sur le chef d’œuvre puisqu’on peut être à la fois inachevé et chef d’œuvre) et ces différents autoportraits de Rembrandt qui se croisent… Excellent !
En revanche j’ai trouvé les fêtes par école et l’embryon de révolution un peu artificiels. 
As-tu perçu un intérêt qui m’aurait échappé à ce sujet ?

Colette : J’ai du relire la BD pour te répondre concernant les fêtes par écoles et l’embryon de révolution car dans mon souvenir, ces deux éléments avaient tout à fait leur place dans la narration mais je n’avais pas d’arguments précis à donner. Alors après relecture, il me semble que les fêtes par écoles permettent d’introduire des notions d’histoire de l’art (d’un point de vue pédagogique, et il me semble que malgré tout dans les livres publiés par « Louvre éditions » cet aspect n’est pas négligeable) et nous amène à réfléchir à ce que nous comparons entre les œuvres et pourquoi dans les livres d’art et dans les musées, on ne les mélange pas.
Quant à la révolte des tableaux de l’ombre, j’avoue que je trouve ce ressort narratif hyper intéressant pour renforcer ce questionnement sur ce qui fait un chef d’œuvre ou pas. C’est cette révolution qui donne son titre à la BD, c’est cette révolution qui permet à certains personnages de l’Allégorie des cinq sens de prendre enfin la parole et de gagner en épaisseur. Je pense à Nils, si censé, si éloquent quand il s’agit d’arrêter cette révolte et je pense aussi à Hilda dont l’admiration sincère pour la Joconde nous questionne encore une fois sur ce que nous cherchons quand nous nous intéressons à ce que d’autres avant nous ont nommé « chef d’œuvre ». Je trouve que ce moment de révolution avortée permet de montrer aux lecteurs, lectrices ce qu’est la confrontation de points de vue au sein d’un même groupe qui partage le même vécu. Finalement, ce sont tous des tableaux de l’ombre, mais cela n’empêche pas certains d’adhérer à ce statut et de considérer sincèrement ceux et celles qui ne sont pas du même statut. Ça m’a vraiment fait penser au concept politique de « lutte des classes ». Par contre, j’avais le souvenir que c’était vraiment un ressort important de la BD et finalement il n’y a que quelques pages consacrées au soulèvement. Peut-être que c’est dans la brièveté du traitement que l’on peut lire une forme de superficialité. Qu’en penses-tu ?

Lucie : Je vois ce que tu veux dire concernant le côté pédagogique. Mais dans ce cas c’est vraiment survolé et ça nécessite un accompagnement. Aucune chance qu’un enfant percute seul, à mon avis. Et j’ai pourtant un amateur d’expo à la maison !
Je pense que cela aurait mérité un court développement, par exemple une tension entre l’école du Nord et l’italienne qui sont les deux citées. Ou au moins une note de bas de page.
Pareil pour les habitudes des peintres, j’ai été un peu frustrée qu’une si bonne idée soit seulement esquissée.
Alors je sais, c’est pour les enfants, et quand tu es face à un monument comme le Louvre j’imagine que ça fuse et que tu as envie de parler de tout. Mais c’est un peu l’impression que m’a laissé cette BD : beaucoup de super idées (peut-être trop ?) pas assez exploitées.
J’aime ton avis sur cette révolte. Et effectivement, elle vaut la peine pour l’intervention de Nils qui est géniale. Mais comme tu le dis, cette brièveté la rend un peu superficielle.
J’en reviens à ce que je disais juste avant : cette BD regorge d’idées géniales qui, pour moi, ne sont pas menées à terme. Il y avait de quoi faire plusieurs tomes !
L’idée qui est vraiment aboutie est celle de la mise en abyme. D’ailleurs tu en as parlé tout de suite dans cette lecture commune.
As-tu envie de développer ?

Colette : En effet, en relisant cette BD, j’ai pu constater que c’est vraiment le procédé de mise en abyme qui est au cœur du livre, en tout cas en nombre de pages. Un enfant découvre l’Allégorie des 5 sens dans son enfance, alors qu’il s’est perdu dans le musée pendant une visite de classe. Ces cinq petits tableaux captent son regard et lui apportent du réconfort dans un moment d’insécurité. Vingt ans plus tard, le petit garçon est devenu un jeune auteur de bande-dessinée et a consacré un an de sa vie a créer une BD sur cette Allégorie des 5 sens. Et c’est parce que cet auteur vient de publier une BD sur cette œuvre que de jeunes lectrices, de jeunes lecteurs s’y intéressent lors de leur venue au Louvre. D’autant plus d’ailleurs que Cyprien, Youtubeur populaire, a consacré une vidéo à la BD en question. J’ai beaucoup aimé ce procédé qui vise à nous interroger sur ce qui fait l’intérêt d’une œuvre aujourd’hui. Sans aucun jugement de valeur, l’auteur nous questionne sur nos goûts, sur nos centres d’intérêts, nos motivations : allons-nous voir tel film, telle exposition, allons-nous lire tel livre parce que nous y percevons une maîtrise, une technique, un sujet exceptionnels ou alors seulement parce que cette œuvre est populaire ? Voyons-nous encore la beauté derrière la célébrité ? L’exemple de la Joconde est tellement parlant. Je me suis toujours demandé pourquoi je n’étais pas plus touchée par ce tableau pourtant si célèbre alors que comme tout le monde je me suis précipitée dans la salle où elle est exposée quand j’ai visité le Louvre la première fois… Je trouve intéressant de poser ces questions à un jeune public, et j’ai trouvé particulièrement ingénieux de promouvoir la BD ou Youtube comme des médias qui peuvent influencer notre regard sur l’art. Je n’avais lu ça nulle part ailleurs et c’est une des raisons pour laquelle j’ai proposé cette LC.
Que penses-tu du message que semble véhiculer cette BD sur la question de la médiation : c’est avec la BD et la vidéo youtube de Cyprien que l’Allégorie des cinq sens devient célèbre ? Penses-tu que ce soit crédible ? Penses-tu que le livre soit un vrai moyen de médiatiser d’autres formes d’art ? D’autres œuvres ? Penses-tu que Youtube soit un moyen de médiatiser l’art ?
On remarquera cependant que cette nouvelle célébrité ne convainc pas les plus anciens chefs d’œuvre !
Y-a-t-il là aussi un clin d’œil à ce qui fait le classique, c’est-à-dire la célébrité d’une œuvre dans la durée ?

Lucie : Je suis non seulement persuadée que le message est crédible, mais en plus je trouve le fait que les différents supports se citent et se répondent passionnant. Je suis très friande de ce genre de choses dans l’art.
Je crois au personnage de roman qui admire un tableau, écoute une musique ou regarde un film que le lecteur va aller découvrir à son tour, et qui peut devenir plus populaire grâce à cela. Le premier exemple qui me vient à l’esprit c’est Le Chardonneret. Je suis sûre qu’il y en a plein. 
Est-ce que tu partages cet avis ? As-tu déjà découvert une œuvre ou un artiste par ce biais ?
Concernant YouTube je ne peux pas me prononcer parce que je ne regarde pas du tout les youtubeurs. Vu le nombre de followers qu’ils ont je me dis que s’ils parlent d’une œuvre d’art ou d’une expo, il y a des chances pour que celles-ci se retrouvent plus exposées pendant un moment. Mais par rapport à un livre, je pense qu’on est plus dans l’immédiateté. Je ne suis pas sûre que l’idée persiste si, par exemple, la personne n’est pas dans la ville où l’œuvre est exposée.
On est loin du “classique” qui a fait ses preuves dans le temps, ce clin d’œil est effectivement pertinent.
Mais c’est aussi intéressant ces coups de projecteurs sur des œuvres moins connues grâce à l’appropriation d’autres artistes (romanciers, bédéastes ou autres). Parce que les œuvres qui nous touchent le plus, nous l’avons dit, ne sont pas toujours les plus connues. On n’est jamais à l’abri de tomber sur une œuvre qui nous chamboulera au détour d’un livre ou d’un film !

Colette : Et sinon pour répondre à ta question très intéressante, oui, oui, oui ça m’arrive même souvent en fait d’aller découvrir une œuvre, un endroit, une musique citée dans un film ou un livre. Là tout de suite, je repense au roman Nos étoiles contraires qui évoquait Le journal d’Anne Franck. J’avais lu le Journal de cette brillante apprentie écrivaine quand j’étais ado, et j’en avais été comme émerveillée, mais de retrouver des bribes de ce que j’avais pu éprouver jadis dans ce roman ça m’a vraiment donné envie de me replonger dans ses écrits et, heureux hasard, cette année-là, nous sommes partis à Amsterdam avec mon amoureux pour notre premier week-end en tête à tête depuis des années, et nous avons eu la chance, sur un coup de tête une fois sur place, de visiter l’Annexe, l’endroit où Anne Franck et sa famille ont passé deux ans de clandestinité. Quand j’y repense ça me parait presque magique ce hasard des évènements… Je pense aussi au roman de Gary D. Schmidt, Jusqu’ici tout va bien que j’ai tellement, tellement aimé. Il y est question des dessins d’oiseaux d’Audubon. Et ça m’a fasciné tout au long de ma lecture. J’aimerais les voir en vrai.
Ce que j’ai aussi beaucoup aimé c’est de découvrir l’auteur lui-même dans sa BD, nous délivrant une sorte de message plus intime sur le pouvoir des œuvres d’art, sur celles qui nous accompagne dans des moments de peur, de désarroi : qu’as-tu pensé de cette scène où on le voit avec ses enfants au Louvre devant l’Allégorie des cinq sens ?

Lucie : J’ai bien aimé ce passage de l’auteur au Louvre avec les enfants. Ce petit moment d’intimité (vraie ou fausse, on s’interroge et ça fait partie du plaisir) partagée est très mignonne.
Cela montre aussi le rôle de la transmission. Ce papa emmène ses enfants au musée pour leur montrer les toiles dont il s’est inspiré pour sa dernière BD, mais il leur raconte aussi sa rencontre avec cette œuvre, ses ressentis et il écoute les leurs, qui peuvent être différents. C’est assez bien vu je trouve.
Et j’aime aussi le message sur le réconfort qu’une œuvre peut nous apporter à un moment de notre vie. J’en suis totalement convaincue et je soupçonne que toi aussi !

Colette : Oui, pour moi c’est la musique qui joue cette fonction de réconfort. Un coup de blues et hop, j’écoute On ne change pas de Céline Dion 😉
Qu’as-tu pensée des 2e et 3e de couverture qui présentent tous les tableaux avec les personnages qu’on retrouve dans la BD ? Y vois-tu une volonté didactique d’initier les lecteurs/lectrices à l’histoire de l’Art ou simplement un moyen de rappeler le cadre spatial de l’histoire ? 
Ce procédé m’a rappelé ce qu’a fait Anthony Browne dans Les Tableaux de Marcel.

Lucie : J’ai l’impression que de plus en plus de livres proposent des documents pédagogiques en fin d’ouvrage, quand l’histoire s’y prête. Ou alors j’y suis plus sensible depuis que je suis maman /enseignante ! J’aime assez parce que ça ancre le récit dans la culture, l’Histoire ou autre.
Ici, c’est intéressant de pouvoir regarder les tableaux tels qu’ils sont sans avoir besoin de se rendre au Louvre (ce qui de toute façon serait compliqué en ce moment). D’autant que l’auteur les a quand même beaucoup modifiés ! Je le vois plus comme une mini initiation à l’histoire de l’art, surtout du fait de l’explication des vanités.
Ce que j’apprécie c’est que ces explications soient simples, et que le lecteur ait le choix de les lire ou non selon son envie. J’imagine que pour certains l’histoire se suffit à elle-même et c’est très bien aussi. Mais pour les petits curieux, avoir un début d’explication est agréable.
Je ne connais pas Les tableaux de Marcel, de quelle manière est-ce exploité ?

Colette : Tu vas adorer Les Tableaux de Marcel. On y retrouve le petit singe anthropomorphe d’Anthony Browne, dans un album où il se retrouve dans des tableaux célèbres mais légèrement modifiés pour coller à l’univers de l’auteur. C’est un véritable jeu entre le style de Browne et celui des grands peintres. Et à la fin de l’album il y a une notice descriptive de chaque tableau cité.
Est-ce que tu as été sensible à l’univers graphique de l’auteur ?
J’ai apprécié le décalage entre les œuvres parfois reproduites de manière très fidèle et le dessin plus moderne du dessinateur.

Lucie : À la première lecture j’ai clairement été déçue par les dessins des personnages. Il faut dire que dans ma découverte du Louvre en BD, celle-ci arrive après Enki Bilal et Jirô Taniguchi dont j’aime beaucoup le style. Cela me rend probablement exigeante !
Du coup, je suis partagée quant aux choix graphiques de Jean Dytar. Il faut tenir compte du fait que cette BD est destinée aux enfants et que les dessins doivent être adaptés. Cependant, dans une BD ou un album ayant l’art pictural comme univers central je suis d’autant plus sensible au trait. L’auteur s’est approprié les personnages des différents tableaux, et c’était nécessaire. Mais j’aurais aimé un rendu un peu plus travaillé pour les personnages issus de ces tableaux. Les reproductions d’œuvres sont effectivement très réussies : peut-être aurait-il pu utiliser ce talent pour accentuer l’écart entre les œuvres prenant vie et les personnages « réels », comme il le fait au début, lors de la visite du musée du petit garçon avec sa classe ? Je trouve que ce que tu appelles “le dessin plus moderne” aurait été plus approprié s’il avait été réservé aux visiteurs du Louvre. Mais c’est vraiment une question de goût.
Cela ne t’a pas gênée ?

Colette : Cela ne m’a vraiment pas gênée mais je n’ai pas les éléments de comparaison en ta possession ! Et je ne connaissais pas du tout cet auteur, ce fut l’occasion de découvrir son univers.
Si tu devais conseiller cette BD à quelqu’un, sur quel aspect insisterais-tu ?

Lucie : Je ne connaissais pas Jean Dytar non plus, mais j’ai regardé ce qu’il a fait d’autre et sa Florida m’a tapé dans l’œil. Je ne compte pas m’arrêter à cet avis en demi-teinte ! Concernant cette BD, c’est quand même un beau point de vue sur le musée du Louvre. Je trouve qu’elle met l’art à la portée de tous, notamment grâce à ce discours sur les chefs d’œuvre et au choix de mettre en lumière une œuvre peu connue, même des amateurs. C’est ludique et ça donne envie d’aller au musée découvrir ces trésors méconnus ! Je ne sais pas trop à qui je recommanderai cette BD : à des enfants déjà sensibles à l’art ? Au contraire à des enfants pour lesquels ce serait un premier contact pas trop écrasant ? 
En tout cas j’ai trouvé qu’elle était très sympa en lecture partagée (ou commune !), pour discuter de tous les thèmes et de notre vision des œuvres d’art.

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Cette lecture commune et notre intérêt commun pour l’art nous ont donné envie de présenter d’autres ouvrages documentaires ou imaginaires sur ce sujet. Retrouvez nos sélections à la rentrée !

Et pour patienter jusque-là, le catalogue des bandes dessinées de “Louvre éditions” est ICI.

Des plaisirs minuscules, pour voir nos quotidiens autrement.

On ne le répétera jamais trop, dans ce contexte incertain et anxiogène, il est essentiel de prendre soin de ses proches et… de soi !
C’est pourquoi, sur le Grand arbre, nous avons donc décidé de vous offrir une sélection de livres recensant les précieux petits plaisirs de la vie.

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Lucie vous propose un album reçu lors du dernier SWAP : Le souffle de l’été. Alors que le froid s’installe, Anne Cortey et Anaïs Massini nous rappellent ces petits riens, instants fragiles et magiques qui font des vacances d’été réussies et des souvenirs impérissables.

Le souffle de l’été de Anne Cortey, Grasset Jeunesse

Son avis ICI et celui de Pépita.

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Dans la collection de papillons de Colette, il y a un auteur incontournable des petits riens, des plaisirs minuscules : c’est bien entendu Philippe Delerm. Célèbre pour son œuvre de littérature générale La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, il s’est livré au même exercice d’observation au microscope des petits plaisirs de la vie en explorant ceux si particuliers de l’enfance dans les trois tomes C’est bien, C’est toujours bien et C’est trop bien publiés chez Milan.

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N’hésitez pas, en écho aux textes de Delerm, à partager en lecture à haute voix le récit Cinq, six bonheurs de Mathis publié dans la collection “Petite poche” de chez Thierry Magnier. Le jeune narrateur s’y interroge sur ce qu’est le bonheur suite à un travail de rédaction donné par son enseignant avant les vacances de Noël. C’est drôle, c’est touchant, et infiniment poétique.

Cinq, six bonheurs, Mathis, Thierry Magnier, 2015.

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Une autre artiste a un talent incroyable pour cerner les microscopiques bonheurs de la vie et les sublimer à travers ses livres aux formats incroyables et aux illustrations si délicates. Il s’agit de Béatrice Alemagna. Un album en particulier nous permet d’égrainer ces si précieux instants de joie, furtifs mais résistants en nous : c’est le bien nommé La Gigantesque petite chose.

La Gigantesque petite chose, Beatrice Alemagna, Autrement Jeunesse, 2011.

Vous pouvez retrouver l’avis de La Collectionneuse de papillons par ici.

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Cette auteure ne cesse, à travers ses livres, de nous interroger sur notre rapport à l’essentiel. On vous invite à découvrir d’urgence avec vos plus jeunes lecteurs et lectrices Les Choses qui s’en vont qui a eu le Prix Sorcières Carrément beau – Univers Mini en 2020.

Les Choses qui s’en vont, Beatrice Alemagna, Hélium , 2019.

L’avis de Pépita

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Et pour vos plus grand.e.s, on vous conseille le très bel album Un Grand jour de rien qui raconte cette journée pluvieuse d’ennui que nous avons toutes et tous connu qui se transforme en incroyable aventure si on prend le temps de mettre le nez dehors et d’explorer la nature si généreuse au seuil de notre porte.

Un Grand jour de rien, Beatrice Alemagna, Albin Michel Jeunesse, 2016.

L’avis de Bouma par ici

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Cette initiation aux plaisirs minuscules commence dès la petite enfance. C’est ce que permet Emmanuelle Bastien dans son adorable album cartonné au format carré : J’aime.

J’aime, Emmanuelle Bastien, L’Agrume, 2015.

Et si vous voulez en savoir plus, faîtes un petit tour par et là.

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Pour les enfants un peu plus grands, l’album Les Choses précieuses est une invitation très poétique à regarder autrement le monde qui fait notre quotidien. Comme tous les albums d’Astrid Desbordes et Pauline Martin, on peut y lire toute la poésie de l’ordinaire.

Les Choses précieuses, Astrid Desbordes, Pauline Martin, Albin Michel Jeunesse, 2020.

L’avis de Marion Lua, invitée sur le blog de la collectionneuse de papillons par ici.

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Et parce que les petits plaisirs peuvent être autant de choses cachées au fonds des poches de nos enfants ou de nos sacs à main, pourquoi ne pas lire La Grande collection de Séverine Vidal et Delphine Vaute qui fait la part belle à tous les collectionneurs au sens propre comme au figuré.
Un album tendre et touchant aux illustrations faites en collage de petits bouts d’images, comme un écho au texte plein de poésie.

La Grande collection, Séverine Vidal, illustrations de Delphine Vaute, Philomène, 2012

L’avis de Bouma par ici

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Petit Garçon, de Francesco Pittau, est de ces livres qui parviennent à réveiller l’esprit de l’enfance chez leurs lecteurs de tous âges, ce monde où les idées fusent, la magie se déploie et les choses s’animent. Là bas, chaque jour apporte son lot d’émotions, de surprises et d’expériences fantaisistes qui se dégustent avec bonheur et de nombreux éclats de rire ! Comme ce jour où le garçon a dû traquer son vrai reflet, parti en vadrouille, où lorsqu’il s’était transformé en mouche. Ou encore la fois où il s’est fait réprimander par les motifs de son dessin qu’il avait certes un peu bâclé…

Petit Garçon, de Francesco Pittau (illustrations de Catherine Chardonnay), éditions MeMo, 2019.

L’avis d’Isabelle par ici et de Pépita

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Comment ne pas penser aux livres de Claude Ponti dans le cadre de cette sélection ? Dans Ma vallée, les Touims nous transmettent leur enthousiasme à inventer mille jeux, à savourer la vie qui fourmille dans la nature, à nous laisser bercer par le rythme rassurant des saisons qui passent, à rêver sans limite. Claude Ponti a l’art de restituer les chimères les plus savoureuses des enfants, qu’il s’agisse d’aménager un tronc d’arbre, de voler en se laissant emporter par une bourrasque ou de débarquer sur l’Île molle, entièrement comestible…

Ma vallée, de Claude Ponti. L’école des loisirs, 1998.

L’avis d’Isabelle par ici

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Fermons les yeux et laissons-nous également charmer par des poèmes. C’est la promesse d’Agnès Domergue et Cécile Hudrisier dans leur collection de haïkus illustrés d’aquarelles, qui égrainent en 3 vers (et tellement d’évocations) des contes, des fables et des mythes. A se rappeler ces histoires qui peuplent nos souvenirs, on frémit de bonheur !

Il était une fois… Contes en haïku
de Cécile Hudrisier et Agnès Domergue, éditions Thierry Magnier, 2013

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Ou bien laissons-nous bercer par de simples bruits familiers, cocons précieux si doux aux oreilles… Les bruits chez qui j’habite de Claire Cantais et Séverine Vidal. Un bel album découvert à l’occasion d’un swap offert par la Collectionneuse de papillons.

Les Bruits chez qui j’habite,
Claire Cantais et Séverine Vidal,
éditions l’édune, 2014.

L’avis de Lucie à retrouver par ici.

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Les plaisirs minuscules, ce sont aussi des sensations tactiles et visuelles. De véritables trésors, issus de territoires imaginaires. C’est le tiroir où s’accumulent des objets hétéroclites, que l’on aime retrouver, tourner entre ses doigts et observer minutieusement en pensant à des moments magiques, lectures d’enfance et personnages rêvés.

Serez-vous tenté.e.s de fouiller Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… ?

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres…,
Isabelle Simler,
éditions Courtes et Longues, 2015.

L’avis d’Adèle à retrouver par ici.

On prend ainsi beaucoup de plaisir à découvrir les inventions magnifiques de Frédéric Clément (un vrai cabinet de curiosité), qui nous emporte au pays des contes pour dénicher des merveilles. Entrez, entrez dans… le Magasin Zinzin !

Magasin Zinzin, pour fêtes et anniversaires : Aux Merveilles d’Alys,
Frédéric Clément,
éditions 1995

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Les plaisirs minuscules, c’est aussi partager un moment unique entre un grand et un petit… car souvent les grandes choses sont dans les plus petites. Un album que j’aime d’amour !

Quelque chose de grand, Sylvie Neeman & Ingrid Godon
La joie de lire

L’avis de Pépita

Et la joie de lire ? N’est-ce pas un de ces plaisirs intimes, mais essentiel ? S’il y a bien un album qui en parle trop bien, c’est celui-ci et c’est une référence parfaite pour clore ces plaisirs minuscules de la vie !

L’avis de Pépita

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Et vous, vos plaisirs minuscules qui emplissent votre vie, quels sont-ils ?