Entretien avec Guillaume Chansarel

Guillaume Chansarel, dit Guiyome, est un artiste français qui peint de très grands paysages urbains sur des toiles recouvertes de pages de livres. Depuis longtemps, il portait en lui le personnage d’Ange Ségur. Ayant décidé de lui donner vie, dans un roman jeunesse, il nous a proposé de le découvrir.

Intriguées tant par sa démarche artistique que par son passage à l’écriture, nous avons décidé de lui poser quelques questions auxquelles il a gentiment accepté de répondre.

source : artistics.com

Vous souvenez-vous de ce qui vous a amené à peindre sur des pages de livres ?

J’ai toujours crobardé sur des petits carnets, notamment lors de mes voyages, et j’ai toujours recherché des papiers originaux. Des papiers qui aient une matière et une teinte.
J’aime ajouter moi-même le blanc et l’utiliser comme une couleur.
Un jour, n’ayant rien d’autre sous la main qu’un vieil ouvrage imprimé, j’ai commencé à dessiner directement sur le texte, comme s’il s’agissait d’un support vierge.
L’interaction avec l’encre de chine m’a immédiatement séduit. Je suis rapidement passé aux grands formats pour approfondir cette technique, qui ne cesse d’évoluer depuis.

Est-ce qu’en utilisant des pages de livres comme support vous considérez que vous leur offrez une seconde vie ?

Lors de ma première exposition, en 2001, il y avait pas mal de réflexions sur le fait que je détériorais les livres. Aujourd’hui 20 ans plus tard, tout le monde, instinctivement, y voit une démarche écologique de recyclage…

Récup, Guillaume Chansarel, 2012.

Comment choississez-vous les livres sur lesquels vous peignez ?

Je choisis mes livres non pas en fonction de leur thème, mais de leur papier ; la qualité de leur patine et de leurs caractères d’imprimerie. Je discerne, avec l’expérience, ceux qui me permettront d’appliquer au mieux ma technique.
Cependant certains livres me surprennent encore et me forcent à m’adapter. Les matières et les gris colorés changent d’une exposition à l’autre.

Récemment, afin de répondre à une commande grand format d’un architecte, j’ai recherché et travaillé sur un vieux dictionnaire qui traite de l’histoire de Paris.

Arches Landscape, Guillaume Chansarel, 2019.

Comment vivez-vous le fait que quelqu’un puisse peindre sur votre livre dans quelques années ?

Je n’ai pas réfléchi à l’idée que quelqu’un puisse peindre sur Ange Ségur… Il faudrait que je lui en parle ! 🙂

Est-ce qu’en avoir écrit un vous-même a changé votre rapport aux livres ?

C’est uniquement pendant la phase d’écriture que mon rapport aux livres a changé. Difficile de se laisser embarquer dans une histoire sans essayer de savoir comment c’est fichu. Sans chercher à tout décortiquer… Fort heureusement, après, c’est passé.
Mais je suis encore plus admiratif aujourd’hui lorsque je tombe sur une formule qui fait mouche !

Quand on vit déjà de son art, qu’est-ce qui pousse à se “mettre en danger” en s’essayant à un autre support d’expression ?

La mise en danger, c’est tout le paradoxe de la création. Vitale, mais potentiellement destructrice. « Créer, c’est vivre deux fois », disait Camus.
Je ne me sens jamais aussi vivant que lorsque je crée. Et rien à part cette « rencontre » avec Ange ne m’a porté aussi haut. C’est quelque chose d’inexplicable.
La vraie mise en danger serait de renoncer à cela.

L’écriture et le dessin sont les deux modes de communication graphique de l’être humain. De ce fait, je pense qu’il y a, au-delà de l’aspect pictural, quelque chose d’universel et de rassurant dans mes peintures. Peut-être un écho aux romans illustrés de notre enfance ? …

Un exemple des illustrations d’Ange Ségur

Comment est né le projet Ange Ségur ?

Je ne sais pas exactement… Je crois qu’il toquait à ma porte depuis longtemps, et qu’il fallait juste que je lui ouvre.

Ange Ségur, Guillaume Chansarel, Imprimerie solidaire, 2022.

De quel manière le partenariat avec le Secours Populaire est-il apparu ?

Comme une mise en abime, comme si Ange, par un lien direct avec son histoire, avait dégagé la voie et m’avait montré le chemin, j’ai décidé de reverser les bénéfices au Secours Populaire : un coup de fil, une rencontre, des sourires, une évidence, et voilà le logo du SPF apposé aux côtés d’Ange Ségur.
Chose incroyable, le logo du Secours Populaire, c’est une main tendue qui vole… avec des ailes d’ange !

Quels sont vos prochains projets ?

Je suis en train de travailler sur ma prochaine exposition, mais pour tout vous dire, je viens de recevoir un mail d’une certaine A.S., qui est visiblement quelque part à New-York…

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Merci à Guillaume Chansarel pour sa disponibilité et son enthousiasme !

Vous pouvez vous procurer ce roman sur le site dédié, retrouver Ange Ségur sur Instagram.

La lecture d’enfant de Théo est ICI, et le site du Secours Populaire LA.

Lecture d’enfant # 41 : Ange Ségur

Guillaume Chansarel a gentiment proposé aux arbronautes de découvrir Ange Ségur, son premier roman jeunesse.

A peine était-il arrivé que Théo, 10 ans, s’en est emparé. Il faut dire qu’entre les illustrations pleines de vie, le personnage de son âge et l’histoire qui tourne autour de l’entrée au collège, il s’est senti concerné !
Et il a eu envie de partager ses impressions.

Ange Ségur, Guillaume Chansarel, Editions Du Cerny, 2021.

Peux-tu résumer l’histoire ?

C’est l’histoire d’Ange Ségur qui va rentrer en 6ème. Ses deux meilleurs amis vont dans le même collège, et Ange dans un autre. Ce roman raconte comment ça se passe dans son nouveau collège.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce livre ?

Guillaume Chansarel a proposé de l’envoyer par un commentaire sur le blog A l’ombre du grand arbre. En attendant de le recevoir, on a regardé ce qu’il faisait dans la vie et j’ai adoré ses tableaux. Ça m’a donné envie de découvrir son livre.

Pourquoi as-tu choisi de parler de ce livre ?

J’ai trouvé qu’il était bien écrit et très différent de ce que j’ai l’habitude de lire. L’histoire est inhabituelle, on ne trouve pas des livres comme ça dans la bibliothèque au coin de la rue.

Qu’as-tu aimé dans ce livre ?

Il y a de l’aventure et beaucoup de rebondissements. Les personnages sont sympas, ils ont du caractère ! Il y a beaucoup d’imaginaire, c’est un peu fantastique.
J’ai aussi aimé que l’auteur joue avec le livre : il y a une fausse fin, les illustrations sont soi-disant des dessins réalisés par Ange, il y a un flip book en bas des pages…
Ange parle vraiment comme un enfant de 10 ans, il y a de l’argot et du verlan.

Parle-nous un peu d’Ange, qu’as-tu pensé de ce personnage ?

Il fait quand même pas mal de bêtises. Il est imprévisible et prend de mauvaises décisions. Mais c’est pour être gentil !
C’est un personnage plein d’énergie qui passe son temps à courir et à sauter. Il a tout le temps des idées, et est très créatif. Ange adore les super-héros et les comics. Ça m’a plu.

Peux-tu présenter les autres personnages ?

J’ai trouvé ses camarades de collège très désagréables. Ses parents sont vraiment sévères alors qu’ils ne sont pas très présents. Heureusement, Ange va rencontrer Joey, un SDF, et ils vont devenir amis.

A qui conseillerais-tu ce livre ?

Je le conseillerais à toute personne qui aime la BD, les super-héros et les histoires pleines de rebondissements.

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Merci Théo d’avoir partagé ton coup de cœur ! Vous pouvez retrouver Ange sur Instagram (@ange.segur) et vous procurer son roman depuis le 20 septembre sur le site dédié. Tous les bénéfices sont reversés au Secours Populaire.

ALODGA s’engage – aux cotés d’Handicap International pour parler du handicap

Ce samedi 24 septembre aura lieu dans plusieurs villes de France la fameuse pyramide de chaussures de l’ONG Handicap International.
Sous le Grand Arbre, nous avons décidé de saisir l’occasion pour vous proposer une sélection pour parler du handicap aux enfants.

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Cécité

L’histoire d’Helen Keller aurait pu figurer dans plusieurs catégories. En effet, cette petite fille est née en 1880 sourde, muette et aveugle. Enfermée dans ce qu’elle appellera sa “prison”, elle ne parviendra à s’ouvrir au monde que grâce à la patience et à la ténacité de son institutrice, Ann Sullivan. Celle-ci saura éveiller la curiosité de sa petite protégée qui deviendra un modèle par son engagement. Un témoignage extrêmement touchant.

L’histoire d’Helen Keller, Lorena A. Hickok, Pocket, 1998.

L’avis de Lucie.

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Rien que la douceur qui émane de cette couverture, Les yeux fermés, invite à la découverte des sens.  A travers une mélodie jouée par son ami imaginaire ( ? ) Moe, Lily entend les cris plaintifs d’un jeune lapereau perdu. C’est en écoutant et fermant les yeux que Lily invite son ami à deviner le froissement d’une fleur qui éclot ou le friselis des blés dans un champ. Quelle belle poésie écrite par Catherine Latteux mis en images par Célina Guiné. Des illustrations douces, soignées, imprégnées de légèreté tel que le son si subtil que Lily peut attendre.

Les yeux fermés, Catherine Latteux et Célina Guiné, d2eux, 2020

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Du haut de mon cerisier est l’histoire de Mafalda, une fillette porteuse de la maladie de Stargardt, une maladie génétique rare qui entraîne une cécité progressive. L’auteure, atteinte de cette même maladie, nous livre un récit fort émotionnellement porteur d’un très beau message d’espoir. Mafalda est entourée de personnes bienveillantes qui l’encouragent à chercher ce qu’elle pourrait gagner plutôt qu’à ne penser qu’à ce qu’elle va perdre.

Du haut de mon cerisier de Paola Peretti, Gallimard Jeunesse, 2019.

Les avis d’Isabelle, de Linda et de Lucie.

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Thomas est un petit garçon pas tout à fait comme les autres puisqu’il ne voit pas. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’a pas de ressenti, ni que les noms des différentes couleurs sont vides de sens pour lui. Chacune lui évoque un fruit, une sensation (une plume, craquèlement des feuilles mortes), une odeur (pluie, fraise), la météo (soleil, orage), … Mais celle qu’il préfère est le noir, car elle le rassure et lui rappelle sa mère.

Le livre noir des couleurs. Menena Cottin et Rosana Faria. Rue du Monde, 2007

Album au format à l’italienne, tout en noir, il est réhaussé de vernis sélectif pour un rendu tactile délicat. Son texte empreint de poésie est écrit en braille puis en mots blancs. Une petite biographie de Louis Braille le referme pour donner envie d’en savoir plus.

L’avis de Blandine ICI.

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Surdité

Shoko est née sourde ; même appareillée, elle peine à saisir les conservations. Par ailleurs timide et réservée, elle devient une cible facile pour sa classe qui la persécute physiquement et psychologiquement. Shoya, instigateur du harcèlement sera accusé comme seul bourreau quand la famille de la jeune fille portera plainte et la changera d’école. Ils se retrouvent des années plus tard… A Silence Voice aborde la difficulté d’intégration des enfants handicapés dans le milieu scolaire. L’auteure dénonce ce comportement en faisant du bourreau la victime. Se faire pardonner sera son chemin de rédemption et pour cela, il tentera de comprendre la différence de Shoko et de se rapprocher d’elle en pénétrant les mystères de son monde silencieux.

A Silent Voice (7 tomes) de Yoshitoki Oima, Ki-oon, 2015/2016.

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Leur rencontre fait partie de ces événements magiques qui subliment nos déambulations littéraires. Qu’est-ce qu’un cambrioleur de 21 ans et une jeune orpheline atteinte de surdité pourraient avoir en commun ? Le sentiment d’être désespérément seuls et différents, de voir leur destin dérailler et leur échapper. Chez Victor, on est braqueur de père en fils, mais lui est irrémédiablement gentil, sensible et… honnête. Yazel, d’une lucidité et d’une détermination déconcertantes pour son âge, perçoit un décalage désespérant avec les autres collégiens et surtout avec sa tante qui s’efforce de faire d’elle une jeune fille exemplaire. Ces deux destins qui s’entrechoquent font immédiatement des étincelles (le plus effrayé des deux n’étant pas celui qu’on croit…), déclenchant une grande vadrouille à travers l’Europe, en direction de la Bulgarie et du lac Pancharevo. Les répliques ciselées sont truffées de chouettes références littéraires. Un très joli roman qui ouvre une fenêtre sur le vécu de ceux qui n’entendent pas, le temps d’une cavale poétique et mouvementée.

Nos mains en l’air, de Coline Pierré, Le Rouergue, 2019.

L’avis d’Isabelle

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Un nouveau venu intègre la classe de Victoria. Il s’appelle Manolo, il vient de Malaga en Espagne, et il est sourd. Si la maîtresse maîtrise la LSF (que signe Manolo) et si Victoria est enchantée de l’apprendre, comme tout ce qui a trait à lui, ce n’est malheureusement pas le cas des parents d’élèves qui s’inquiètent du potentiel retard pris par leurs enfants en raison du “handicap” du nouveau. Victoria trouve le moyen de sensibiliser les enfants, puis eux leurs parents ensuite, à la surdité, pour chasser leurs idées reçues ou peurs, et accepter la différence comme un enrichissement mutuel.

Sandrine Beau nous livre ici un texte sensible sur la surdité, ses conséquences sociales et la dureté du monde à l’encontre de la différence. Pour autant, le récit est empreint d’humour et de clins d’œil, et les passages difficiles s’alternent avec ceux, de la vie de famille de Victoria, qui apportent souffle et légèreté. Tout comme les illustrations colorées de Gwenaëlle Doumont.

Le garçon qui parlait avec les mains. Sandrine BEAU et Gwenaëlle DOUMONT. Alice Editions, 2015

L’avis de Blandine ICI.

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Handicap physique

L’histoire de Camille, cette fille née sans bras qui doit se faire une place dans un nouveau collège, aurait pu être poignante. Mais Valentine Goby en a fait le récit solaire de la manière dont une différence peut être profondément libératrice pour celles et ceux qui ont du mal à entrer dans le moule. Autrement dit… pour chacun, ou presque ! Voilà une invitation bienvenue à surmonter nos clichés sur le handicap en nous posant d’excellentes questions : qu’est-ce que cela signifie exactement ? Et qu’est-ce que cela ne signifie pas ? Pourquoi cela heurte-t-il beaucoup de gens ? Ce chouette roman est porté par la plume vive et incarnée de Valentine Goby. Le message est résolument optimiste. Il donne envie de croire aux pouvoirs de l’entraide, de la tolérance et des passions communes (aux rang desquelles la lecture figure bien sûr en bonne place). Et de célébrer nos différences !

L’anguille, de Valentine Goby. Éditions Thierry Magnier, 2020.

Les avis de Linda, d’Isabelle et de Lucie.

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August est différent. Pas seulement hors-normes, c’est quelque chose de plus radical : il a beau essayer de cacher sa figure difforme – yeux asymétriques, oreilles presque inexistantes, bouche tordue – son apparition suscite des réactions épidermiques : regards appuyés ou fuyants, chuchotis, choc, curiosité, sollicitude ou hostilité. Une scolarité dans une classe « normale » est-elle envisageable pour un tel enfant ? En l’envoyant au collège, ses parents ne risquent-ils pas de l’exposer à des situations insupportables ? Anniversaires, photo de classe, travail en groupe, sorties, etc. ne seront-elles pas autant d’occasions de ressentir comme une claque à quel point il diffère ? Ce roman est porté par ses personnages magnifiques, à commencer par August qui révèle une lucidité et une humanité désarmantes. L’auteur opte pour une narration chorale qui donne une voix à plusieurs protagonistes et permet de varier les perspectives, nourrissant notre curiosité et révélant ce qui se cache derrière certains comportements et qu’August ne perçoit pas. L’ensemble donne un roman lumineux et inspirant, qui donne confiance et envie d’être plus tolérant.

L’avis d’Isabelle

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Narumi Shigematsu propose une série en trois volumes qui porte un regard bienveillant et optimiste sur le handicap. Portée par une jeune fille ayant perdu une partie de sa jambe droite suite à une maladie (sarcome osseux), l’histoire met en avant la joie du vivre et la force de continuer d’avancer au travers d’une passion. Le dépassement de soi est au cœur de cette histoire qui valorise le sport comme vecteur de réussite.

Running Girl, Ma course vers les Paralympiques (3 tomes) de Narumi Shigematsu, Akata, 2020.

L’avis de Linda.

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On retrouve tout le talent d’Annelise Heurtier pour prêter sa voix aux adolescents dans Envole-moi. Avec beaucoup de sensibilité, elle tisse une relation amoureuse entre Swann et Johanna. Celle-ci a perdu l’usage de ses jambes, et l’auteure évoque sans langue de bois les difficultés et les rêves d’une ado en fauteuil roulant. Une histoire pleine d’espérance.

Envole-moi, Annelise Heurtier, Casterman, 2017.

L’avis de Lucie.

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Handicap mental

La petite casserole d’Anatole d’Isabelle Carrier est un album au format carnet de voyage qui nous invite à suivre le parcours du jeune Anatole, un parcours semé d’embûches particulièrement difficiles à franchir pour lui qui traîne dans son dos une sacrée casserole. Elle se coince partout, elle le fait trébucher, elle le ralentit. Et surtout les gens ne remarquent qu’elle et ne le voient pas, lui, Anatole. Heureusement, parfois de belles rencontres permettent de trouver des chemins de traverse pour exister pleinement. A chaque rentrée, dans un joli collège de Haute-Gironde, l’enseignante du dispositif ULIS (Unité Locale d’Inclusion Scolaire) lit cet album avec ses élèves à tous les enfants qui rentrent en 6e. Une magnifique entrée en matière pour nous rappeler que nos relations aux situations de handicap sont avant tout une question de regard. Alors osons mettre les lunettes d’Anatole le plus souvent possible !

La Petite casserole d’Anatole, Isabelle Carrier, Bilboquet, 2009.

Voir aussi l’avis de Lucie.

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L’héroïne d’Un petit frère pas comme les autres est la sœur de Doudou-lapin. Cette histoire montre l’amour et la souffrance que ressent la fratrie, impuissante à aider et à protéger un frère atteint de Trisomie. A hauteur d’enfant, Marie-Hélène Delval aborde le thème du handicap mental avec beaucoup de justesse.

Un petit frère pas comme les autres, Marie-Hélène Delval, illustrations de Susan Varley, Bayard Jeunesse, 2003.

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Lundi dernier une lecture commune enthousiasmante a été publiée. L’histoire d’Annie, une jeune femme atteinte de trisomie 21 mais aussi l’histoire d’une famille et d’un concours de majorettes.

Annie au milieu, Emilie Chazerand, collection Exprim’, 2021

Les avis de Frédérique et de Lucie.

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Même si ce n’est pas à proprement parlé un livre de littérature jeunesse, il tenait à cœur à Colette d’intégrer à cette sélection le magnifique livre de Clara Dupont-Monod intitulé S’adapter qui a reçu le prix Goncourt des lycéens l’année dernière, preuve que nos adolescent.e.s sont particulièrement sensibles à la question du handicap. On y découvre l’histoire d’une fratrie qui voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un enfant handicapé. A travers la voix de chaque frère et soeur, c’est toute une famille qui se livre dans sa pluralité. C’est un texte qui raconte un deuil inhabituel et un amour puissant au fil de choix narratifs originaux, qui creusent dans la mémoire un sillon de terre tendre pour accueillir toutes ces paroles qui se mêlent, sans jamais vraiment se rencontrer.

S’adapter, Clara Dupont-Monod, Stock, 2021.

Voir aussi l’avis d’Isabelle

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Pour en savoir plus sur cet événement et trouver une pyramide ou un lieu accueillant l’exposition itinérante près de chez vous, n’hésitez pas à visiter la page consacrée à la 28ème édition de la pyramide de chaussures.

Nos coups de cœur de l’été

Ca y est, l’été s’achève. Il aura été l’occasion de beaux moments de partage, de visites et de découvertes. Mais aussi de lectures et d’échanges !

Pour bien commencer l’année scolaire, voici les jolis textes que nous avons dénichés cet été.

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Chez Lucie, on a découvert l’univers de David Walliams avec beaucoup de bonheur. “Orphelins” depuis qu’ils avaient lus tous les romans de Roald Dahl, son fiston et elle ont été enchantés de retrouver des personnages loufoques, une délicieuse cruauté et surtout un humour très proche de celui du “Champion des histoires”. Sa collaboration avec Tony Ross est aussi à mettre en parallèle avec celle de Roald Dalh avec Quentin Blake, texte et illustration se répondant de manière amusante. Le Gang de Minuit et Ratburger ont donc recueilli tous les suffrages… En attendant de découvrir les autres !

L’avis de Lucie sur Le Gang de Minuit et Ratburger.

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Linda n’a pas beaucoup lu cet été, mais il est difficile de faire un choix tant les très bonnes lectures étaient au rendez-vous. Un titre se démarque pourtant, une réinterprétation moderne de l’opéra de Verdi : D’après la Traviata de Fabien Clavel, un roman lyrique, poétique qui l’a énormément touché. L’écriture est sensible, la mise en page dynamique rythme les paroles de l’héroïne créant un effet saisissant d’émotions. A découvrir dès 13 ans.

D’après La Traviata de Fabien Clavel, Gulf Stream, 2022.

L’avis complet de Linda est ICI.

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Pour Liraloin, l’été est toujours synonyme de lectures à foison et c’est toujours avec un grand carton rempli de livres que la fuite vers les vacances s’organise ! Voici deux coups de cœur en ce joli mois de rentrée. Le premier est une bande-dessinée de David Sala qui parle de la guerre et nous rappelle à notre devoir de mémoire et de transmission. Elle nous démontre également la force des liens familiaux peu importe son histoire et ses engagements. Une BD émouvante et d’une sensibilité rare.

Le poids des héros de David Sala, Casterman, 2022

L’avis complet de Liraloin est ici

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Dans cette deuxième lecture, il est question de relations humaines : imaginez-vous un lycéen un peu frêle, un peu timide déclamant un texte sur scène. Il est là devant ses camarades de classe, ses parents, ses professeurs. Comment va-t-il « interpréter » son texte, quelle est la nature réelle de son intervention ? C’est qu’il en faut du courage pour parler de soi, pour avouer sa souffrance et dénoncer le comportement de certains.

Tout va très vite dans ce texte qui crescendo monte en puissance. Je découvre, ici, l’écriture de Stéphane Servant, une force pas si tranquille. Un roman au ton juste qui dénonce les stéréotypes, qui donne confiance et montre l’importance de garder « la tête froide ».

Miettes (humour décalé) de Stéphane Servant, Nathan : collection court toujours, 2021

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Pour La Collectionneuse de papillons, l’été fut l’occasion de découvrir l’écriture d’Emilie Chazerand grâce aux excellents conseils de ses copinautes. Elle a enchaîné la lecture d’ Annie au milieu qui la fait rire, pleurer et rire avec celle de La Fourmi rouge qui la aussi fait rire, pleurer et rire ! Que ce soit les aventures d’Annie et son incroyable famille ou celles de Vania Strudel au destin si pathétique, les héroïnes d’Emilie Chazerand ont ce quelque chose d’infiniment bancal et de particulièrement poétique qui vous emporte immédiatement vers d’autres quotidiens que le vôtre mais qui pourraient quand même un peu y ressembler. On vous en reparle d’ailleurs très vite, ici même !

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Pou Blandine, les lectures et relectures ont été aussi nombreuses que bonnes. Découvertes d’écritures et d’univers, de récits enthousiasmants et engagés, de parcours de vie inspirants et relatés tout en pudeur ou interprétations, et de livres qui parlent de livres. Que du bon! En voici deux!

Promenade. Bernard FRIOT et Jungho Lee. Editions Milan, 2017

Ode aux livres, à la littérature et surtout à leur pouvoir, cet album grand format nous emporte en voyage au fil d’illustrations sur double-page qu’accompagnent pour chacune une ou deux phrases, métaphoriques. C’est beau et c’est fort.

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L’été du changement. Sophie ADRIANSEN. Editions Glénat et #onestpret, octobre 2020

La chaleur à Strasbourg est infernale. Mylan et Cléa subissent la canicule. C’est ainsi qu’ils se rendent à la Skihalle, une station de ski artificielle où ils vont ensuite chaque jour pendant une semaine avant de partir chacun de leur côté en vacances. Lui chez son oncle en Norvège, elle en Malaisie avec ses parents. Le dépaysement sera total pour les deux ados qui, au fil de leurs rencontres, activités et observations, vont se rendre compte de l’impact de leurs choix sur la planète, l’écologie, le climat, et de leurs modes de consommation… Tout en redoutant de paraître, ou non, rabat-joie aux yeux de l’autre.

L’écriture de Sophie Adriansen fait toujours mouche. Avec justesse et réalisme, elle nous décrit ici la prise de conscience écologique de deux ados amis au fil de leurs vacances estivales, diamétralement opposées. Il est aussi question de cultures, de consumérisme, et d’apparence. Un roman nécessaire!

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Isabelle et ses moussaillons ont embarqué à destination de l’archipel de Saltkråken, en Suède, grâce à la traduction d’un roman inédit en français d’Astrid Lindgren ! Avec la famille Melkerson, ils ont passé des vacances inoubliables, pêché, construit des cabanes et surtout goûté la saveur incomparable du partage et de l’amitié. Ce roman gorgé de soleil et de parfums iodés était LA lecture à voix haute idéale pour les vacances d’été. Ça marche aussi très bien pour prolonger à volonté le bonheur des vacances !

L’avis complet d’Isabelle

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Et en BD, le coup de cœur de L’île aux trésors va sans conteste à Sermilik. Cet album de Simon Hureau raconte l’aventure extraordinaire de Max Audibert, un Français qui s’est installé au Groënland dans un village Inuit. Le décor est d’une pureté grandiose, les lois de la nature implacable, les aventures de Max tour à tour drôles et terrifiantes. Sermilik se lit comme un hymne à la nature boréale, un récit atypique d’initiation, d’intégration et de transmission, une invitation à aller au bout des rêves qui nous tiennent à cœur. Une lecture intense et immersive qui nous laisse durablement la sensation du froid polaire et le halètement des chiens dans l’oreille.

L’avis complet d’Isabelle

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Votre été a-t-il été beau et riche de découvertes et lectures ? Les nôtres vous tentent-elles ? Dites-nous tout!

Lecture commune : Fin d’été

Pour finir l’été, nous avons préparé une lecture commune autour d’un album qui respire la fin des vacances et le désir de les prolonger encore un peu. Le très doux Fin d’été de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Clarisse Lochmann.

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Fin d’été, Stéphanie Demasse-Pottier et Clarisse Lochmann, L’Etagère du bas, 2021

Lucie : J’avais envie de commencer en vous demandant comment vous aviez découvert le travail de Clarisse Lochmann, et sa collaboration avec Stéphanie Demasse-Pottier ?
Comme pour ma part c’est grâce à Colette, je suis curieuse de savoir ce qui la touche particulièrement ?

Linda : J’ai pour ma part découvert Clarisse Lochmann grâce à Colette qui nous a proposé son titre La passoire pour le prix ALODGA 2021. J’ai été séduite par son univers graphique et depuis je la suis de près. C’est sur son compte instagram qui j’ai eu vent de la sortie de Fin d’été que je me suis empressée d’acheter. L’occasion de découvrir la magnifique association de ces deux artistes talentueuses. Je viens d’ailleurs de me procurer leur dernier travail en commun Même les crocodiles n’ont pas sommeil !

Colette : Clarisse Lochmann a un style bien particulier, un univers à la fois flou et intense, que j’ai tout de suite reconnu quand j’ai vu la couverture de Fin d’été sur les rayonnages des nouveautés de ma médiathèque préférée ! C’est le bleu qui m’a fasciné, comme la première fois. Quand on a aimé un album à la folie comme j’ai aimé La Passoire, je ne pouvais résister à la tentation de m’agripper à cette fin d’été prometteuse. Et puis le titre de cet album a ouvert la porte des possibles et des souvenirs. Une porte qu’il me fallait plus qu’entrebâiller.

Blandine : C’est grâce à Colette, et sa proposition pour La Passoire, que j’ai découvert le travail de Clarisse Lochmann. Son univers graphique m’a immédiatement séduite et emportée. Pour Fin d’été, j’ai acheté l’album sans hésiter une seconde. La couverture est magnifique, et quel titre ! S’y entremêlent mélancolie, renouveau, transmission.
Quant à Stéphanie Demasse-Pottier, je la découvre avec cet album – et j’aime !

Lucie : Ce que dit Blandine au sujet du titre est très juste : trois mots, une petite fille qui ferme un parasol et nous voilà immédiatement renvoyées à nos propres souvenirs de départ. En tout cas ça a été très efficace pour moi. 
Avez-vous eu la même sensation ?

Linda : Je ne l’ai pas abordé sous l’angle du départ. Je pensais que l’album parlerait des vacances et des derniers instants que l’on savoure. Bien entendu cela a éveillé des souvenirs de ma propre enfance. Nous partions en juillet avec mes parents mais ils nous arrivaient souvent, jusque fin août, de goûter encore aux plaisirs des plages du nord avant de retrouver le rythme plus effréné qu’amène la rentrée scolaire.

Colette : Moi non plus, je n’ai pas du tout imaginé qu’il s’agirait d’un album sur le départ. J’étais tellement imprégnée encore de ma lecture de La Passoire que j’ai cru que l’album raconterait un évènement imaginaire, un mécanisme psychologique. Je ne m’attendais pas à une narration réaliste. Pourtant le titre aurait du me guider !

Lucie : Qu’ils relatent un mécanisme psychologique ou une narration réaliste, les deux albums que j’ai pu lire m’ont laissée avec une tristesse latente. 
Avez-vous ressenti la même chose ?

Blandine : Tristesse non, mais mélancolie oui. L’album, les illustrations “non figées” grâce à l’encre, nous transportent auprès des personnages, et nous emportent dans nos propres souvenirs, à la fois vrais et idéalisés. J’aimerais cette douceur de fin d’été/vacances, cette possibilité de prendre encore un peu le temps, de s’affranchir encore un peu des contraintes que la Rentrée entraîne.

Linda : J’ai pour ma part ressenti un profond sentiment de nostalgie, une volonté de retenir quelque chose, de faire durer un plaisir : les souvenirs de la nuit ou la joie des vacances.

Colette : J’ai tellement souffert de ce sentiment que la fin de l’été marquait : la fin de quelque chose de tellement plus grand et plus fort que simplement “la fin des vacances” que j’ai proposé à ma famille de ne plus laisser finir les vacances. Maintenant fin août, quand la rentrée approche, nous partons en vacances, au fil du rasoir, les jours juste avant de retourner à l’école. Une toute petite escapade mais qui nous fait nous sentir “rebelles et biens vivant.e.s” ! En fait le plus insupportable ce sont les quelques jours qu’on a tendance à prévoir pour reprendre les “bonnes habitudes” comme pour faire tampon entre deux vies, l’une de liberté, l’autre de contraintes. D’ailleurs ce sentiment en dit long sur les mécanismes qui régissent nos sociétés occidentales contemporaines dans lesquels le travail est encore très au cœur de notre existence, jusque dans son intime temporalité.

Blandine : Comme tu as raison Colette !! Cette habitude de “tout” prévoir, d’être constamment dans l’anticipation, dans le “au cas où”, et qui finalement, nous empêche d’être dans le présent, dans l’instant, de vivre pleinement les moments qui s’offrent à nous, avec ceux qui nous entourent, eux-mêmes peut-être accaparés par leurs propres anticipations, parce qu’il faut se préparer, être prêts à …”
Quant au travail, il faut savoir couper, mettre de la distance, car il est facile de le laisser s’infiltrer à tous les moments de notre vie, par le biais des téléphones (surtout) qui nous servent à être joignables à tout moment et partout par les mails, messages, appels. Ou “simplement” pensées.

Lucie : Tu as raison Blandine, « mélancolie » est le terme juste.
Quant à la fin des vacances, ce petit moment volé m’a fait penser à ce que Timothée de Fombelle raconte dans Neverland : le départ du dimanche soir, à contre courant des vagues de retour pour un dîner-pique-nique à Fontainebleau (de mémoire). Cette capacité à saisir l’opportunité, à offrir des moments inattendus et précieux à ses enfants… C’est rare !

Blandine : Je vais faire remonter Neverland sur le dessus de ma PAL moi ! Ce qui empêche, ce sont des mécanismes ancrés d’habitudes, de transmission familiale, de craintes diverses. Il faudrait oser, oser oser même !

Linda : Oui c’est tout à fait ça ! Il est important de vivre l’instant présent, d’être spontané et de toujours laisser de la place à l’imprévu. Il y a toujours un plaisir immense à organiser les vacances, cela permet de se projeter. Mais une fois sur place, j’aime que nous ne fassions pas ce qui était prévu pour nous laisser porter par nos envies du moment. Au final nous savourons vraiment plus ces instants, pour la liberté qu’ils nous donnent de vivre pleinement une journée déconnectée de la rigidité du calendrier.

Lucie : Dans l’album, cette manière de retarder le retour m’a vraiment plu. Stéphanie Demasse-Pottier pousse plus loin que le traditionnel pique-nique sur la route. Cette nuit à la belle étoile est très jolie idée. Cela m’a donné l’impression que les parents n’avaient pas perdu leur âme d’enfant. Qu’ils sentaient la peine de leur fille et qu’ils décidaient de faire à leur famille un dernier cadeau, souvenir précieux, de leurs vacances. J’ai vraiment aimé que l’enfant semble associé à la décision de dormir dehors, au choix du lieu de campement…
Le souvenir et le temps (qui passe, que l’on décide de prendre ou non) me semble central dans cet album. Qu’en pensez-vous ?

Colette : Le temps en effet est au cœur de cet album : il y est question du temps que l’on prend, en famille, pour écouter ses émotions, les accompagner, leur trouver une manière de s’exprimer, de se transformer. On en parle souvent pour la colère mais plus rarement pour le chagrin, la mélancolie. Et puis dans cet album, c’est fait avec beaucoup de délicatesse, une certaine économie de mots, une forme de pudeur qui fait toute la beauté de l’écoute des parents. La tristesse de l’enfant résonne beaucoup en moi, j’imagine en vous aussi. Elle résonne sans doute d’autant plus que, souvent chez moi, elle n’a non seulement pas été entendue mais je n’ai jamais eu l’idée de l’exprimer. Peut-être vivions-nous cette mélancolie chacun.e de notre côté alors qu’il y a quelque chose de profondément joyeux à la vivre ensemble, à la célébrer ensemble.

Linda : Le temps rythme l’album de la même manière qu’il rythme nos vies. Que ce soit le temps que l’on prend, celui qui nous pousse à aller plus vite ou à ralentir, ici il est connecté aux émotions de chacun des personnages et c’est probablement pour cela que cet album nous touche autant. C’est aussi parce qu’ici les parents sont bienveillants, écoutent et accueillent les émotions de leur enfant avec délicatesse. Comme Colette, c’est quelque chose qui me touche intimement car mes émotions, surtout si elles étaient négatives, n’étaient pas entendues et il était même préférable de les taire. J’imagine que cela est lié à l’évolution du regard que l’on a sur l’enfant… Toujours est-il que je me demande également s’il ne serait pas plus agréable de partager notre mélancolie pour la rendre plus agréable.

Blandine : Je vous rejoins complètement sur le rapport au temps. Prendre le temps de faire les choses, comme de (re)connaître nos ressentis.
Je crois aussi qu’il y a quelque chose de générationnel dans l’expression possible des émotions et de leurs diversités. Pour preuve l’incroyable production (et pas seulement littéraire) autour d’elles. Ce qui était auparavant tu, indéterminé, non nommé ou réduit est désormais recherché dans toutes ses nuances. Être mélancolique, ce n’est pas forcément être triste ; être contrarié, ce n’est pas être en colère, etc. Parents et enfants sont encouragés à identifier les émotions. Cela crée ou renforce des liens, favorise des échanges et discussions. Mais il faut aussi garder de la spontanéité, de la surprise. Ce que font les parents de cet album. Et j’aime ça !

Lucie : Pour conclure, je vous propose de revenir un instant sur l’univers graphique de Clarisse Lochmann. Comme vous le disiez au début de cette discussion, c’est en grande partie ce qui vous a attirées vers cet album. J’ai eu la chance de rencontrer Clarisse Lochmann dans un festival, et elle plaisantait en disant qu’elle faisait des tâches et qu’elle débordait. Ces illustrations un peu floues sont en effet une marque de fabrique immédiatement reconnaissable. Que vous inspirent-elles ?

Blandine : Des tâches peut-être, mais avec un très fort pouvoir évocateur. J’aime qu’il n’y ait pas de contours, pas de limites, que ça déborde. La base est commune mais chacun y voit, y trouve, y ressent ce qu’il veut, ce qui s’impose. De fait, l’expérience de lecture est unique et sans cesse renouvelée. C’est très poétique. Paradoxalement, cette “liberté” peut aussi en dérouter certains.

Linda : De bien jolies tâches alors ! C’est un style graphique que j’apprécie énormément car ce flou laisse place à l’imagination de chaque lecteur et permet de laisser s’exprimer ses propres représentations. C’est vraiment poétique ! Comme le dit Blandine, ce style propose une expérience de lecture qui se renouvelle, ce qui est toujours très plaisant.

Colette : Ce que j’aime aussi dans le style de Clarisse Lochmann c’est qu’elle laisse les traces de ses esquisses, que l’on devine le crayon à papier. Je suis toujours pleine de gratitude pour les artistes qui nous montrent comment ils/elles travaillent, je trouve que c’est très généreux de partager avec nous, même implicitement, leurs secrets de fabrication.

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Nous espérons vous avoir donné envie de découvrir les albums de Clarisse Lochmann, qu’elle les ait réalisés seule comme La Passoire ou avec sa complice Stéphanie Demasse-Pottier comme Fin d’été ou Même les crocodiles n’ont pas sommeil ! Pour notre part, vous l’aurez compris, nous sommes sous le charme !