Bouche Cousue – 2ème volet

Marion Muller-Colard
Marion Muller-Colard est l’auteur de Bouche-Cousue, l’excellent roman sensible et percutant dont nous avons discuté lundi. Elle a eu la gentillesse de répondre à nos questions :
1. D’où t’es-venue l’idée de ce roman ? 
Je n’ai jamais une « idée » de roman, c’est-à-dire que je ne pars pas d’un thème, mais d’une scène, d’un lieu, d’une atmosphère qui s’impose et que j’écris d’un jet. La scène initiale, c’était celle d’une jeune fille qui faisait éclater des bulles de chewing-gum en regardant tourner le linge derrière le hublot d’une machine à laver, dans un lavomatic. Je savais qu’elle avait 14 ans environ, qu’elle apprenait une leçon sur le Japon, je savais qu’il y avait quelque chose de mélancolique, une sourde envie d’éclater elle aussi, de partir loin, d’essorer sa vie, mais je ne savais pas pourquoi. C’est l’écriture qui me l’a appris. Ce moment de bascule où ce n’est plus moi qui dicte son histoire au personnage mais le personnage qui me la raconte.

2. Trois histoires s’imbriquent dans ce roman : sa construction s’est-elle imposée d’emblée ou as-tu dû la travailler dès le départ ? Notamment son format court.
C’est un peu la même réponse : je travaille beaucoup l’écriture, le mot, celui-là plutôt qu’un autre, le rythme, la cadence des phrases, leur soie dans la bouche. J’ai une écriture très buccale, je dois avoir du plaisir à la mettre en bouche, à me relire à voix haute. Si quelque chose gêne ce plaisir, s’il n’y est pas, je réécris, j’agence autrement, je coupe, je chercher d’autres mots. Mais la construction je n’y pense pas consciemment, elle déroule, elle s’impose.

3. La question sur le choix du cadre spatial, d’abord le huis clos de la première scène, lors du repas de famille. Un choix volontaire ? Evident ?
Ce n’est pas un choix, c’est comme ça. Cette jeune fille que je découvre sur la carrelage blanc du lavomatic, elle me hante, ensuite je découvre qu’aujourd’hui elle est adulte, et voilà. Je sais qu’elle n’est pas mariée, je ne sais pas encore pourquoi. Je sais qu’elle a cette relation privilégiée avec son neveu Tom. Et c’est cette scène, que j’écris dans un second, voire troisième temps, après avoir pris des notes depuis plusieurs années sur la jeune fille de 14 ans, c’est cette scène, ce recul qui me donne à comprendre son histoire et à la dérouler ensuite.
4. Pour rester sur le cadre spatial, ce fameux Lavomatic : Particulièrement original et en même temps très riche symboliquement. On se rappelle un peu le commerce des parents d’Annie Ernaux, un lieu chargé socialement, qui conditionne l’éducation, un lieu dont on veut s’échapper comme on veut s’échapper de sa famille. Avais-tu ces idées en tête lorsque tu as choisis le cadre spatial de l’intrigue ?
Ce n’était pas des idées mais des sensations. Il m’arrive d’écrire des choses plus intellectuelles, des essais, des articles etc… Le roman, pour moi, c’est l’endroit de la pure écriture et de la sensation, je n’ai pas envie d’avoir une idée, une pensée, un message. Je veux écrire avec les nerfs, le ventre, pas avec la tête. Et dans un deuxième temps, cela devient évident. Mais si cela avait été construit, ce lien organique entre le lieu et la problématique familiale, fort est à parier que je l’aurais forcé, exagéré, que ce serait devenu lourd. A mesure de l’écriture j’ai découvert et filé la métaphore, parce qu’elle était là, inconsciente au départ.
5. Qu’aurais-tu à dire sur la question de l’homosexualité, qui est abordée très en creux dans le récit : jamais explicitée, mais pourtant toujours en filigrane (par le scandale du début, puis l’histoire d’amour d’Amandana, ainsi que par les personnages de Marc et Jérôme) ?
Et voilà où ça se complique, c’est que je n’ai rien à en dire de particulier. J’ai beaucoup lu sur mon roman que mon héroïne est homosexuelle. Je ne sais même pas si c’est vrai. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est une identité en soi. Elle est à un âge où afflue la sensualité de façon violente, déconcertante. L’adolescence c’est une éruption, le désir tout azimut. Ce n’est pas l’âge de tirer des conclusions. En fait ce n’est pas Amandana qui tire des conclusions sur sa sexualité, elle vit ce qu’elle vit dans cet âge brut, elle le vit avec pureté, innocence, parce que les seules personnes qui expriment autour d’elle autre chose que de l’ordre, de l’organisation et de la discrétion, ces seules personnes sont un couple d’hommes qui l’initie à la joie, à la gratuité, à l’expression des sentiments, la possibilité de pleurer, de rire. Ils sont un vrai couple, ça transpire, ça palpite, ça témoigne d’un amour qui fait envie, contrairement au couple parental. Mais ni Marc et Jérôme, ni Amandana ne tirent des conclusions de ce qu’elle traverse, de ce qui la traverse cette année là. C’est la violence des conventions et de la honte qui finalement, paradoxalement, l’enferme dans une identité qui peut-être n’était même pas la sienne. Et en réalisant cela, je me dis : voilà le paradoxe, c’est le rejet qui pousse à forcer le trait d’une identité, à la figer.
6. Quels retours en as-tu d’adolescents qui l’ont lu ?
J’ai eu à ce jour peu de retour d’adolescents, les rencontres autour de ce livre sont programmées à partir de l’automne… Mais j’ai eu beaucoup de retours d’adultes, en chair et en os et via la presse, les blogs etc. Celui qui m’a le plus touchée, c’était celui d’une amie qui me disait qu’elle l’avait fait lire à son mari qui n’est pas très à l’aise avec l’homosexualité. Il lui a dit que ce roman avait déplacé ses préjugés et ses clichés, dans le partage intime qu’il a vécu avec Amandana, à qui il s’est attaché. Je n’écris pas de romans pour faire passer des messages, mais si par l’attachement à un personnage, par l’empathie, des lecteurs peuvent se sentir plus proches de tout type de différence, alors vraiment cela me rend heureuse. J’ai aussi lu dans la presse et dans des blogs que c’était dommage que cette histoire finisse si mal. Ce n’était pas un choix conscient, mais avec le recul je me dis que c’est peut-être parce que cette histoire est violente et sans beaucoup d’espoir (très très frustrante en terme de happy end, comme peut l’être la vie parfois) que des personnes peuvent se sentir interpellée et réaliser la violence qui est en eux et notre rejet si ancré, presque inconscient, de la différence.
Mille mercis à Marion d’avoir pris le temps d’échanger avec nous autour de cet excellent roman.
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Pour apporter un éclairage à la dernière question, voici le retour de Lucie, ado lutine et lectrice qui nous donne son avis sur les questions discutée dans la lecture Commune :
Peux-tu résumer « Bouche Cousue » en une phrase ?
En gros, c’est l’histoire d’une fille de 30 ans qui écrit son histoire à son neveu pour lui dire qu’elle est comme lui.
 A qui peut s’appliquer le titre ?
Amande ne dit pas tous ses sentiments aux autres… Cela contraste avec le fait qu’elle chante : elle s’exprime par le chant ! Je pense qu’elle connaît mieux Marc et Jérôme que ses propres parents ; son père emploie aussi des mots qui ne révèlent pas ce qu’il fait ou ce qu’il pense. Sa mère semble très occupée ; on ne sait rien d’elle.
 Où se passe cette histoire ?
Je me représentais bien la salle du Lavomatique. Amandana trouve un lien à la fin avec les machines : elle dit qu’elle voudrait être comme le linge pour être caressée par sa maman et vidée de ce qu’elle pense. C’est aussi grâce aux vêtements laissés dans une des machines qu’elle rencontre Marc et Jérôme.
Comment est-elle racontée ?
Au début, je ne comprenais pas pourquoi Amandana était attachée à son neveu et pourquoi ses parents n’avaient pas l’air de l’aimer. En entrant dans l’histoire, j’ai compris ce qui les rapprochait et pourquoi on commençait par cette réunion de famille.
J’ai apprécié que ce roman soit court : je n’ai pas décroché de l’histoire. Mais j’aurais bien aimé savoir ce que Tom devenait… quinze ans plus tard.
 Le mot « homosexualité » n’est pas prononcé dans le livre et il y a beaucoup de non dits. Qu’en penses-tu ?On comprend que la narratrice est homosexuelle, on n’a pas besoin de ce mot. Raconter ainsi ne choque pas le lecteur : c’est pour dire que c’est naturel !

 Qu’est-ce qui t’a marqué dans les relations entre les personnages ?
Ce qui m’a choqué, c’est de voir qu’en quinze ans la réaction des parents n’avait pas changé. Dans les deux générations, ce sont les sœurs (Mado et Eva-Paola) qui dénoncent l’homosexualité et le disent comme si c’était interdit.
J’ai été intriguée par le fait que Mado soit aussi différente de sa sœur : elle est comme ses parents et n’essaie pas de découvrir autre chose, d’autres façons de vivre. Je trouvais aussi étonnant qu’elle n’avertisse pas plus tôt ses parents qu’elle est enceinte.
Quand Amandana découvre qu’elle a ses règles et qu’elle cherche de l’aide, on comprend qu’elle n’a pas vraiment de famille, que sa famille n’est pas présente pour elle.

J’arrivais bien à me représenter le personnage de Marc et j’aurais voulu connaître plus de détails sur ces deux hommes. On ne sait pas pourquoi ils sont aussi généreux. J’imagine qu’ils prennent Amande pour leur fille.

Je trouve que la façon qu’Amande a de considérer ses camarades de classe est étonnante : on dirait qu’elle vit dans un monde à part, que personne n’est comme elle.

 Quelle place occupe le projet dans l’histoire ?
C’est important parce qu’il permet à Amandana de se découvrir une personnalité et un talent. Il lui permet aussi de s’approcher de Marie-Line mais elle comprendra plus tard que cette fille n’est pas si différente des autres.

 Qu’as-tu ressenti quand Amande se détourne de Marc et Jérôme ?
Je ne comprends pas pourquoi elle ne reste pas avec eux. Elle a sans doute honte d’eux. Mais c’est stupide et dommage parce qu’elle passait des moments joyeux avec ce couple, qui sont comme ses parents.

 Veux-tu parler de la fin ?
Je trouve désolant que pendant 15 ans Amandana reste seule et triste avec ses pensées. On a l’impression que tout le monde la rejette.

Bouche Cousue

Bouche cousue.-Marion Muller-Collard Gallimard, collection Scripto

 

En janvier dernier, la lecture de Bouche-Cousue de Marion Muller-Colard m’avait laissé bouche bée. Une claque, une secousse. Et un émerveillement esthétique à la fois. Nous en avons discuté, A l’ombre du Grand Arbre, longuement, passionnément. Il en est ressorti parfois des choses très personnelles, des digressions émouvantes que je ne pouvais pas toujours retranscrire ici.  Voici donc, en version « abrégée », le contenu de nos échanges.

C. du Tiroir : Quelques mots sur Bouche Cousue ? Comment présenteriez-vous l’intrigue en une phrase ?

Pépita : Une lecture gifle au sens propre comme au figuré, une plongée dans le désir ou les désirs, avoués ou inavoués, mais dans ce cas présent bafoués car muselés par un souci de propreté extérieure et un cri de solidarité aussi entre générations comme pour conjurer le sort.

Alice : Je dirais tout simplement que l’acceptation de certains baisers serait une idée bien plus brillante que celle de coudre des bouches.

Colette : Bouche cousue c’est l’histoire bouleversante d’Amandana, de Tom et de tant et tant d’adolescents en quête de sincérité, de vérité, d’honnêteté et qui ne trouvent face à eux que le silence de l’incompréhension.

Solectrice : Une femme meurtrie confie à son neveu l’histoire douloureuse de son adolescence et ses pensées torturées, brassées comme dans le tambour d’une machine à laver.

Pour ce qui est du format, on est dans le condensé, le direct. Une centaine de pages très (trop ?) vite avalées, on referme le livre un peu sur notre faim. Et pourtant, ce format est nécessaire. Qu’en pensez-vous ?

Pépita : Je ne suis pas à proprement restée sur ma faim, non, je ne peux pas dire ça. C’est une lettre qui est adressée à un jeune de 15 ans, d’une tante à son neveu, comme pour lui dire, non pas de ne pas faire la même erreur, mais de vivre sa vie pleinement. Un format court cinglant comme la gifle. De cette lecture, j’en suis sortie triste, en colère mais en même temps pleine d’un élan d’amour. Et aussi en me posant cette question : que ferais-je en tant que parent ? Quelle serait ma réaction ? Un temps d’introspection donc.

Alice : Je ne me suis pas du tout posé la question du format. Ni trop court, ni trop long. Ce livre m’a d’ailleurs fait penser à 50 minutes avec toi de Cathy Ytak dans la collection D’une seule voix, sûrement pour le côté monologue introspectif et la concision du texte.

Colette : Comme Alice je ne me suis pas posée la question du format trop heureuse de me laisser prendre au filet de voix d’Amandana et de pouvoir la lire jusqu’au bout, d’un trait, comme Tom a pu sans doute lire cette lettre de sa tante sans s’interrompre, y puisant immédiatement une forme d’énergie triste.

Solectrice : J’ai aimé le rythme de ce court roman. Pour moi, son format s’apparente justement à celui d’une longue lettre, confidence, s’attardant sur cette période intensément vécue par la narratrice. Plus long, je pense qu’il aurait perdu de son caractère percutant, qu’il se serait attardé sur des questions ou des explications, vaines pour accéder à l’émotion de la narratrice.

Bouche cousue aborde les tabous et les non-dits dans une famille, et le mal qu’il peuvent faire. Dans la lignée de son sujet, l’auteur adopte une narration très en retenue, avec beaucoup d’implicite. Trouvez-vous comme moi que cette pudeur, ces « creux », rendent son texte d’autant plus puissant et évocateur ?

Pépita : Oui je te rejoins totalement, c’est ce qui fait la force de ce récit de ne pas nommer l’homosexualité, y compris pour le couple d’hommes où Amande trouve refuge. On pourrait reprocher à l’auteure de cacher aussi les choses, comme pour les tabous de la famille. Justement non : cela donne de la place au lecteur pour respirer dans cet étouffoir et pour laisser venir à lui tous ces questionnements de l’adolescence. Chacun peut s’y retrouver du coup : l’adulte devenu adulte qui va faire ressurgir sa propre adolescence et l’adolescent qui va pouvoir se dire que ce qu’il ressent est universel. Je pense aussi que le fait d’avoir utilisé la lettre comme communication est très forte aussi, surtout à l’adolescence. Elle est comme une bouteille à la mer. Beaucoup de métaphores dans ce texte très chargées symboliquement et qui remuent beaucoup de l’intérieur : le lavomatique, l’âge pas anodin des personnages principaux (15 ans et 30 ans), les vêtements, comme tu dis Colette, j’ai trouvé cette scène sublime dans ce qu’elle révèle car un enfant qui se déguise, c’est perçu comme normal, mais chez l’adolescent c’est transgressif. Pourquoi ? (Je pense au magnifique film Billy Elliot). Ce roman aborde surtout, bien plus que l’homosexualité, le regard de la société sur les convenances sociales, le fait qu’à partir d’un certain âge, il faut rentrer dans les cases. Amande y est entrée dans la case mais à quel prix ! Cette lettre à son Tom, c’est lui dire de vivre SA vie. Cet aspect m’a bouleversée car on a tous dans nos familles une figure extérieure à nos parents qui nous a marqué à un moment de notre vie.

Colette : En effet l’implicite participe de la force de ce texte et aussi de son universalité. Ce n’est pas un livre « sur » l’homosexualité mais sur la quête de soi au cœur de l’adolescence. Je pense que n’importe qui peut se reconnaître dans les questionnements d’Amande, quelque soit son orientation sexuelle. La scène où Amande essaie les vêtements abandonnés dans le Lavomatic, par exemple, évoque pour moi un moment clé de l’adolescence, ce fameux moment où l’adolescent-homard change de carapace et se retrouve à nu – pour reprendre une métaphore de Dolto que je trouve assez juste. Il me semble que cette scène est d’ailleurs un symbole très fort qui relie l’univers familial d’Amande à ses tourments d’adolescente. J’aime beaucoup cette scène…
J’aime beaucoup Pépita ton analyse du déguisement qui devient travestissement selon l’âge, je n’y avais pas pensé, au final le poids du regard des autres c’est surtout de ça dont parle ce roman au final…

Alice : Je suis complètement d’accord avec tout ce que vous dites et j’aurais peu de choses à rajouter sur cette question…. Ou peut être que j’établirai un parallèle entre l’implicite très présent dans ce livre qui est comme un écho à tous les secrets et non-dits de cette famille conservatrice, qui ne veut surtout pas de vague. L’auteur n’en dévoile pas trop, comme les parents taisent ce qui n’est pas conforme. Deux formes de silence qui se complètent.

J’ai souri à la lecture de vos références littéraires et cinématographiques, pour ma part, j’avais en tête la chanson d’Alain Souchon  » L’amour à la machine »… Décidément, Le lavomatic est un symbole fort !

Solectrice : Comme il est bon de découvrir que ce sentiment de l’amour naissant n’est pas aussitôt étiqueté, mais ressenti de l’intérieur, à l’égal de tout autre amour. On ressent ainsi la candeur de la jeune fille et son émoi prend plus de force, devient universel. On partage sa pudeur, puis on est choqués par la violence des réactions de sa famille.

Il y a cette scène du repas de famille dont vous avez très bien parlé. Et puis il y a autre chose qui m’a été particulièrement douloureux, à la lecture, c’est la relation entre Amandana et sa soeur. Sa soeur, digne héritière de ses parents, empressée de perpétuer la tradition familiale du rien qui dépasse, comme pour mieux expier son propre péché, dont le récit ne nous dit pas comment il a été accueilli dans l’histoire familiale (on s’en doute). Cette Mado, qui participe a l’oppression mais dont on sent tellement aussi la propre blessure. Ces deux sœurs qui devraient être alliées, et qui se sont « ratées », comme l’explique Amandana notamment sur un épisode symbolique de leur vie de femmes. Partagez-vous mon sentiment sur ce personnages ? D’autres vous ont plus marqué ?

Pépita : Ah oui complètement d’accord avec toi. En fait, on pourrait penser qu’elle est plus forte qu’Amandana qui elle semble empêtrée dans son manque de confiance comme si elle n’était finalement pas née dans cette famille. Elle est comme un Ovni. Mais non, Amandana est plus forte mais elle ne le sait pas encore. Sa sœur est encore plus malheureuse car elle sent bien qu’elle s’est enfermée toute seule. C’est terrible. Il y a une immense solitude, un gouffre béant dans cette vie-là, une immense fatigue. Elle le sait. Mais elle n’a pas appris à faire autrement. Pire : elle le transmet à sa propre petite fille, qui m’a l’air aussi être une petite Mado en devenir. Soit elle reste toute sa vie ainsi en mettant un mouchoir sur ses aspirations profondes, soit un jour ça casse et là ça fait mal. La scène dont tu parles est très révélatrice dans cette indifférence. Mais je pense que Mado a tellement à porter pour elle-même et c’est déjà tellement lourd qu’elle n’a pas la force de porter plus. En contrepoint, j’ai trouvé que le couple d’hommes (que je les trouve épatants ces deux-là !) a bien su faire pour accompagner Amandana sur sa vie de femme. J’ai trouvé ce passage tellement lumineux, presque risible dans la maladresse mais si touchante. Que du coup cela a occulté un peu la froideur de la famille. J’ai préféré garder la lumière plutôt que la noirceur.
Une autre scène aussi juste ébauchée : celle de la bague…très révélatrice de la confusion des sentiments et de la perception que chacun peut en avoir…Cette Marie-Line, je la sens pas…Manipulatrice ? Indiférente ? Un jeu pour elle ?

Alice : Elles se sont ratées les sœurs ? Je ne sais pas … Elles peuvent se retrouver aussi un jour … Tout n’est pas irréversible…Ce serait pour moi une possible porte ouverte s’il y a avait une suite à ce livre.
Je ne dirais pas que Mado participe à l’oppression mais plutôt qu’elle fait figure de « soumise ». Comme le dit Pépita, elle s’est enfermée toute seule. Par choix ? Par crainte ? Par obligation ? On ne le sait pas.
Et tout porte à croire qu’elle subit sa vie plutôt que de la vivre.

Pépita : oui mais quand même…Amandana perçoit ce dimanche-là chez Mado sa sœur une lassitude qu’elle a du mal à dissimuler. Elle l’exprime très clairement comme si elle espérait que sa sœur, pour une fois, aurait pu se ranger de son côté. Du coup ça peut exploser à tout moment cette oppression et prendre un tour incontrôlable. Sauf que là tout est maitrisé, répété, comme une boucle que rien ne pourra jamais arrêter. Tout est dans une violence plus ou moins retenue (parce que le beau-frère, ce qu’il est cinglant dans son genre !) sauf la gifle qui elle claque et signifie fin de la discussion. C’est une cocotte-minute cette famille.

Colette : Mado, je ne la comprends pas en effet, je vois plutôt sa manière de perpétuer le silence traditionnel familial comme une manière de masquer sa « faute » à elle, de se rattraper, de se faire pardonner les règles qu’elle aussi à transgresser en ayant Tom alors qu’elle est encore lycéenne. Mais je ne lui pardonne pas d’avoir « balancé » sa sœur alors qu’elle partageait un secret qui aurait pu les rapprocher. Et comment se faire confiance après ça ???
Quant à mes personnages préférés, comme Pépita, il s’agit de Jérôme et Marc, leur bienveillance, leur écoute de chaque instant, leur amour pour Amandana sont vraiment touchants. Ils incarnent à la fois amitié et éducation bienveillante et j’ai vraiment été « déçue » que notre héroïne les rejette…

Solectrice : J’ai aussi été très touchée par ce passage que tu évoques et par cette relation manquée avec celle qui aurait dû la guider, l’aimer. Je comprends qu’elle se veut aussi distante que les parents, ses modèles. Je comprends aussi qu’elle porte sa blessure et qu’il en sort du venin, du mépris pour sa sœur. Et je trouve douloureux que cette relation les poursuive dans leur vie d’adultes, que rien ne vienne l’apaiser, que le non-dit l’emporte à nouveau.

Concernant les autres personnages, j’ai aimé, bien sûr, le duo de Marco et D’Jé, et le cocon qu’ils tissent autour d’Amande. J’ai apprécié la chance qu’elle avait de les rencontrer, l’amitié qu’ils lui témoignent et l’implicite aussi sur la profondeur de leur relation. Mais je me suis questionnée sur le choix que fait l’adolescente de les rejeter, malgré les remords qu’elle exprime.

Pépita : Contrairement à vous, je n’ai pas été « déçue » du rejet dAmandana envers le couple de ses amis. Je me suis dit c’est la vie ! Combien de personnes perdons-nous sur notre chemin ? Mais le souvenir de leur présence bienveillante peut toujours nous accompagner. Ils ont été là pour elle à un moment de sa vie, et avouons que leur rencontre était plus qu’improbable ! J’ai eu un pincement au cœur oui sur le moment. Mais le monde est petit…
J’aime beaucoup l’idée du giron maternel que tu développes Solectrice, car ce roman c’est aussi un roman d’émancipation, bridée certes, mais de tentative d’émancipation des jupes de maman. Et combien c’est fort en symboles dans ce récit !

 

Un roman qui a remué bien des choses chez chacune de nous, c’est sûr. On ne saurait que trop vous conseiller de le lire:

Bouche Cousue, Marion Muller-Colard. Gallimard Scripto, 2016.

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Morceaux choisis de nos chroniques (par ordre de parution) :

« Quelques chapitres nerveux, si forts et si douloureux, qui disent tant de choses, tout en subtilité.  » le Tiroir à histoires

« Un roman sincère et intime, d’une grande qualité d’écriture et d’une réflexion nécessaire. » A lire au pays des merveilles

« Ce roman est un boomerang. Comme ceux que savent si bien fabriquer les familles où la parole n’a pas sa place, où les tabous, eux, doivent surtout rester à leur place. »   Méli-mélo de livres

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Et on se retrouve mercredi à l’ombre du grand arbre pour une lecture d’ado de Bouche Cousue avec Lucie de Lectures Lutines et un entretien avec Marion Muller-Colard !

A mercredi !

 

Nos coups de coeur du mois d’avril !

Voici arriver le joli, joli mois de mai, et avec le parfum du muguet, nos coups de coeur du mois passé :

 

Pépita a succombé à :

Sauveur & fils, Marie-Aude Murail. L’école des loisirs. 2016.

Un roman d’une belle humanité, une relation père-fils toute en nuances, des cabossés de la vie chez le psy et une flopée de hamsters ! A lire absolument !

(à retrouver dans le Tiroir à histoires)

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Alice retiendra :

Si tu m’avais raconté, Marie Sauzon. Oskar. 2015

Une trés bonne approche de la guerre civile espagnole.
Un roman historique qui tient toutes ses promesses.

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Chlop a craqué pour :

Dans le noir, John Rocco, Le genévrier.

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C’est une chaude nuit d’été sur la ville de New-York. A la faveur d’une panne d’électricité, les gens se rencontrent, une fête s’improvise.

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Céline du Tiroir a été bouleversée par :

Jan, Claudine Desmarteau. Thierry Magnier. 2016

Jan

Impossible de refermer ce roman bouillonnant, impossible de se séparer de Jan avant de l’avoir lue jusqu’aux derniers mots. Envoûtant récit d’enfance, en bleus et en bosses, dans une prose unique. Une aventure au souffle épique, un portrait de famille un peu égratigné, un récit brûlant de vie.

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Voilà de quoi vous délecter de belles lectures en Mai sous le grand arbre… Rendez-vous dans un mois pour nos prochains coups de coeur !

Je peux pas, j’ai piscine…

Aaaah… la piscine !

Perspective excitante, promesse de luxe et insouciance ou lointains souvenirs pénibles de lèvres bleues et de doigts fripés, la piscine convoque sa galerie d’images sensorielles et nous rappelle à des choses intimes. Tantôt promesse de jeux et de fraîcheur, tantôt théâtre d’angoisses et de complexes. Et toi, lecteur, si on te dit « piscine », à quoi penses-tu ? Comme les peintres et cinéastes ont su saisir son éclat bleuté et sa moiteur chlorée, auteurs et illustrateurs jeunesse nous livrent leurs plus beaux bassins.

Petite sélection de piscines joyeuses, inquiétantes, rafraichissantes ou merveilleuses qui habitent de beaux albums. Vous êtes prêts ? On plonge !

La Piscine, JiHyeon Lee. Kaléidoscope 2016.

C’est un album sans texte magnifique paru dernièrement chez Kaléidoscope qui ouvre cette sélection. Tout en images, sans texte, il raconte tout le courage qu’il faut pour se lancer à l’eau, et nous entraine dans un voyage silencieux et onirique dans une piscine qui devient un monde sous-marin merveilleux le temps d’une plongée. Tout simplement magnifique.

Dans le Tiroir à histoires

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Le slip de bain ou les pires vacances de ma vie, Charlotte Moundlic et Olivier Tallec. Père Castor

Quand un slip de bain et un challenge familial vous pourrissent la vie, cela donne un album avec un beau regard sur l’enfance.

Chez Pépita

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le gout du chlore

Le goût du chlore, Bastien Vivès. Casterman. 2008

Pour les plus grands, une BD contemplative qui saisit avec beaucoup de justesse l’atmosphère mouillée et anonyme d’une piscine municipale. Sur fond de longueurs silencieuses, une rencontre, la magie et la grâce au détour d’une ligne d’eau.

Dans Le Tiroir à histoires

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Poule mouillée, Emile Jadoul. Pastel. 2008

Ce matin papa a décidé d’amener son fils à la piscine. Mais dans la famille canard, qui se jettera à l’eau le premier ?

Parmi les Merveilles d’Alice

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Marlène baleine de Davide Cali et Sonja Bougaeva. Sarbacane, 2009

Elle fait des vagues, Marlène, chaque fois qu’elle plonge. Alors les ricanements et les moqueries, elle connait. Mais pour apprécier de nager, il suffit juste parfois de se sentir léger …

Parmi les Merveilles d’Alice

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Swimming poule mouillee

Swimming Poule Mouillée, Guillaume Long. La Joie de Lire. 2004

Pour Robin, le jour de piscine est toujours précédé de quelques sueurs froides… Il y a la panique dans les vestiaires, l’abominable maître-nageur, les quolibets des camarades moqueurs…. Si vous avez toujours rêvé d’accompagner une classe de CP survoltée dans les vestiaires et la piscine, vous trouverez ici un petit aperçu qui pourrait vous faire changer d’avis. Une bonne rasade de rire.

Dans le Tiroir à histoires

TETINE MAN N’A PEUR DE RIEN (T3 – NUM)

Tétine Man n’a peur de rien, Christophe Nicolas et Guillaume Long.
Didier Jeunesse. 2012

C’est le 3ème tome des aventures de l’inénarrable Tétine Man. Le sourcil froncé, l’air déterminé, et la tétine toujours vissée au bec, Tétine Man est de retour. Il y a bien encore des gens qui essaient de lui faire des problèmes à cause de sa tétine. Comme par exemple la dame de la piscine. Mais Tétine Man a plus d’un tour dans son slip de bain…

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La Piscine, Audrey Poussier. L’école des Loisirs.

Un de nos livres « chouchous » ! Le lapin boudeur d’Audrey Poussier est prêt à plonger. Il va le faire. Il est sur le point de le faire. Pour l’encourager, ses copains défilent, avec chacun sa démonstration du plongeon. Jusqu’à l’ami éléphant… Dommage, le lapin allait plonger ! Un vrai régal pour les plus petits avec ses pages cartonnées et son espièglerie.

Alors ? On enfile son maillot ou on chausse ses lunettes ? On espère que cette sélection vous aura donner envie de plonger… dans les livres ou dans le grand bain.

Nos coups de coeur de février

Cette fois, les vacances d’hiver sont bel et bien terminées. Alors que le mois de mars est déjà entamé, replongeons nous dans les lectures qui nous ont enthousiasmées en février !

Alice a aimé :

Jimi-X de Louis Atangana. Edition du Rouergue 2015.

Toutes les vibrations d’une légende du rock : Jimi Hendrix.
Sur fond d’Histoire de l’Amérique, le récit vivant de cette étoile filante, très inspirée.

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Le cœur de Pépita a balancé :

Les petits orages de Marie Chartres à l’Ecole des loisirs. Février 2016.

Difficile de choisir entre La promenade de petit bonhomme en petite enfance, L’arbragan en album et un roman qui a illuminé mon début d’année ! Je le choisis pour sa lumière et sa gravité mêlées. Je l’ai lu deux fois tellement il m’a touchée : Les petits orages tout juste sorti le 24 février dernier. Ne passez pas à côté !

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Chlop a été envoûtée par :

Lenny et Lucy, Philip C. Stead et Erin E. Stead. Kaléidoscope. 2015

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Suite à un déménagement, Peter et son père arrivent de l’autre coté du pont, au delà de la forêt. Il va falloir trouver de nouveaux repères dans ce nouvel environnement qui semble hostile. Mais le jeune garçon a de la ressource, il saura se faire à sa nouvelle maison et trouver sa place dans ce nouveau paysage. Un album délicat, étonnant et merveilleux.

 

Bouma a craqué pour :

Didgeridoo de Frédéric Marais. Les fourmis rouges. 2014

didgeridoo marais
Un graphisme impeccable et envoûtant pour retrouver l’ambiance de ce conte aborigène sur la création du monde.

 

Céline du Tiroir a succombé pour :

La Piscine, JiHyeon Lee. Kaléidoscope. 2016

la Piscine

Difficile parfois de se jeter à l’eau quand il fait froid, quand il y a du monde, quand on n’est pas trop sûr de soi… Un album sans texte d’une grande délicatesse, qui transcrit avec justesse des sensations que chacun a connu, pour nous entrainer dans un récit d’apprentissage tout en images. Laissez vous entrainer dans un voyage aquatique et onirique : Attention les yeux !

Sophie a voyagé avec :

Quelqu’un qu’on aime, Séverine Vidal. Sarbacane. 2015

Un beau road-trip qui nous emporte dans ce voyage avec des personnages qui deviennent notre bande de copains, comme si on y était !

 Colette a craqué pour les couleurs chatoyantes de :

Paloma ou le vaste monde, Véronique Ovaldé et Jeanne Detallante, Acte Sud Junior.

paloma

Un album grand format lumineux qui nous raconte l’histoire d’une petite fille qui voulait voir ailleurs, au delà des collines, et vivre sa vie.

De quoi remplir vos cabas chez votre libraire préféré… en attendant nos coups de cœur du mois prochain !

Automne sous le grand arbre

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Octobre touche bientôt à sa fin, les feuilles rougeoient puis tombent, le thé brûlant fume dans les bols et il fait bon bouquiner dans la chaleur d’un chez soi. Pour les chanceux qui sont en vacances, pour ceux qui ne le sont pas mais apprécient une petite pause lecture réconfortante après une dure journée de labeur, voici une petite sélection de saison pour profiter des couleurs d’automne pelotonné au coin du canapé :

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Octobre, Sandra Bessière et Cristina Sitja Rubio

Notari

Octobre

Pour lire comme on mange des fruits, entendez frais et de saison, offrez-vous ce bijou d’album aux couleurs douces et flamboyantes. Le métaphorique se dessine au pied de la lettre, le poétique se mêle au factuel dans une belle balade automnale entre brume frisquette et chaude lumière. Un régal à feuilleter doucement en sirotant un thé brûlant.

Chez Céline du tiroir

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Le livre de l’automne, Rotraut Suzanne Berner

La Joie de Lire

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Un classique pour petits et grands ! Dans des paysages où volent les feuilles et tombent la pluie, on s’amuse à suivre la vie de tous les personnages qui font ce livre !

chez Sophie LJ

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Louison Mignon et le bandit aux feuilles mortes, Alex Cousseau et Charles Dutertre

Le Rouergue

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Quand ramasser les feuilles mortes se transforme en un jeu d’enfant !

Chez Pépita

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Tout sur l’automne, Charline Picard et Clémentine Sourdais
Seuil jeunesse, 2011

Un excellent livre pour découvrir cette saison. Photographies, croquis ou illustrations donnent renseignements véridiques et ludiques afin de passer cette saison en toute sérénité.

Chez Bouma

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Louve, Fanny Ducassé

Thierry Magnier

louve

C’est un conte d’automne ou la nature est plus qu’un décor. Une présence enveloppante, une force irrésistible, un équilibre. Les êtres y prennent des formes animales, évoluent dans un riche monde végétal dont les motifs feuillus et fleuris s’invitent jusque dans les maisons, sur les étoffes. Un chant d’automne, un chant d’amour et des dessins ciselés aux couleurs de forêt.

Chez Bouma, SophieLJ  et Céline du tiroir

et on avait déjà parlé de l’univers de Fanny Ducassé ici

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La retraite de Nénette, Claire Lebourg

2014

nenette

Nénette l’orang-outan vedette du jardin des plantes est à l’automne de sa vie, et débute à Paris une retraite bien méritée. C’est surtout pour ces sublimes aquarelles ou les feuilles dorées semblent réhausser le pelage de Nénette que cet album célèbre l’automne. C’est aussi un vrai petit chef d’oeuvre à découvrir absolument.

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La fête d’automne de la famille souris, Kazuo Iwamura

L’école des loisirs

Afficher l'image d'origineOn ne peut finir la sélection sans cet incontournable. Nos quatorze souris préférées au rythme doux de la nature et des saisons se promènent cette fois parmi les feuilles d’automnes et les champignons. L’heure est à la récolte des trésors des bois qui serviront de provisions. C’est tendre et poétique, et on ne se lasse pas de ces illustrations magnifiques et de cette atmosphère unique.

feuilles-dautomne

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Bonne(s) lecture(s) et bel automne à vous, autant de belles feuilles à ramasser que de belles pages à tourner !

Carte postale Alpine (et Transalpine)

Amici cari,

Je vous écris des Bauges, Massif Alpin sauvage entre Chambéry et Annecy, où les papooses prennent leurs quartiers d’été (et d’hiver aussi d’ailleurs). Les épicéas y sont hauts et fournis, les falaises de calcaire sont éclatantes sous le soleil, les bois sentent la résine et la terre humide, les alpages sont couverts de fleurs et le ciel la nuit est à nul autre semblable…

Au programme : baignade dans les lacs environnants, randonnées, jardinage dans l’immense potager grand-parental… et lecture à l’ombre des grands arbres, évidemment ! La sélection estivale étant mince par courtoisie pour les autres occupants indispensables de la valise, on complète avec nos emprunts à la bibliothèque locale et les vieux trésors toujours disponibles dans la maison familiale, qui semble resurgir tout droit de mon enfance.

Et pour nos petites oreilles, ce délicieux album de comptines italiennes qui nous ont trotté dans la tête tout l’été, et mis dans le bain pour la suite des vacances…

De notre petit coin de montagne perdu, quand on traverse les Alpes, on arrive en Italie. Je ne sais pas si c’est la musicalité de la langue, le goût des tomates, les glaces à la noisette ou l’histoire de mon aïeule (qui pourtant a décidé de fuir en son temps), mais l’Italie est un pays où je me sens bien. Où on va régulièrement, toujours avec le même plaisir.   Avec à bord des papooses gelativores et pastavores qui chantaient à tue-tête dans un italien impeccable (inouï pouvoir de la musique) :

« L’uccellin che vien dal mare
Quante penne puo portare ?
Puo portarne solo tre …« 

(Piste 11 du CD Les plus belles comptines italiennes, Didier jeunesse. Ecouté entre 200 et 300 fois cet été et chanté presque intégralement par coeur. Ma che bravi !)

Un petit tour du Piémont à la Toscane en passant par les Cinque Terre, villages médiévaux, cathédrales époustouflantes, citronniers au dessus de la mer méditerrannée. Du côté Toscan, on aurait pu croiser notre chère Pépita qui avait opté pour la même destination, mais chut…! Peut être aura-t-elle envie de nous en parler elle-même…

La chaleur nous a poussé souvent dans la fraicheur des églises, et chez les bouquinistes à l’ombre des ruelles.

Je ne pouvais vous quitter sans un petit clin d’oeil à l’icone italienne de la littérature jeunesse: