Lecture commune : Je suis ton soleil de Marie Pavlenko

Quand on lit la 4ème de couverture de Je suis ton soleil de Marie Pavlenko, on ne comprend pas immédiatement le rapport avec le titre, ni son succès. Et pourtant, les premières pages tournées, on est complétement séduit par cette fiction divertissante qui nous émeut du rire aux larmes.

De quoi nous questionner et organiser une Lecture commune entre copinautes

A l’ombre du grand arbre.

Alice : Je suis ton soleil ….. un titre plein de promesses pour une lecture estivale, non ? 

Pépita : Oui complètement ! Pas de meilleur moment pour le lire il semblerait mais en plein hiver, ça doit être pas mal non plus ! Je me suis dit d’emblée : le soleil de qui ?

Colette : Alors moi qui aime tant la poésie, ce titre m’a tout de suite évoqué le vers d’Eluard, poète de l’amour par excellence : « Tu es le grand soleil qui me monte à la tête quand je suis sûr de moi »… 

Bouma  : Un titre mystérieux et lumineux à mon sens, je m’attendais à une lecture rafraîchissante et légère.

Solectrice : Oh, oui, quel titre ! Il me fait penser au chant des oiseaux, aux murmures amoureux. Il réveille aussi en moi l’écho d’une voix chère. Alors, bien sûr, j’étais déjà tentée d’ouvrir le livre pour découvrir qui prononçait ces mots.

Alice : Oui, un titre qui demande a être élucidé, d’autant que la couverture est quand même parsemée de plein de coquillettes !!! De quoi se poser des questions … On se lance dans un petit résumé pour essayer d’en savoir plus ? 

Pépita : Déborah entre en terminale cette année. Elle n’a pas si hâte d’ailleurs mais bon, quand faut y aller, faut y aller ! Elle retrouve sa meilleure amie, un drôle de garçon qui donne vraiment pas envie de s’y frotter, et tiens un nouveau ! Ce qui l’inquiète surtout, c’est le comportement énigmatique de sa mère depuis peu, et ce qui l’énerve le plus c’est de devoir gérer ce sac à puces de chien qu’elle ne supporte pas. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que cette année va être plus que surprenante.

Solectrice : C’est un roman qui semble se résumer facilement : une lycéenne se rend compte que ses parents s’éloignent. Elle remet sa vie et ses amitiés en question. Mais grâce à de nouveaux amis, ses journées s’illuminent et elle parvient à aider ceux qu’elle aime.
Cette intrigue peut sembler un peu mièvre, si on tait l’autodérision de la narratrice, le « chien de la honte » et les moments de complicité décrits avec tant de sincérité qu’ils nous font fondre.
Quant aux coquillettes de la couverture, qui m’intriguaient bien aussi, ce n’est pourtant pas un grand mystère !

Alice : A première vue, vous en conviendrez rien de très marquant ( histoire d’amitié, familiale, ..) et pourtant….Peut-être que pour comprendre la pépite qui se cache sous cette couverture très neutre et ce résumé un peu vague, nous pouvons faire plus ample connaissance avec Déborah ?
Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de la qualifier d’anti-héroïne ou d’héroïne imparfaite, cela vous conviendrait-il ?

Pépita : Exactement, elle donne l’impression d’être la fille lambda mais très vite, on perçoit chez elle autre chose….sa vision du quotidien mélangé à de l’autodérision et pointes d’humour, on s’attache de suite à cette fille et on se laisse prendre par la main.

Colette : Oui Déborah c’est une adolescente « normale » à première vue mais qui porte des bottes en plastique au faciès de grenouille à sa rentrée en terminale tout de même, ce qui d’entrée de jeu nous indique qu’en Déborah couve un joli petit feu de fantaisie.

Bouma : La perfection n’est-elle pas synonyme d’ennui ? Pour moi tous les héros de roman sont imparfaits sinon il n’y aurait rien à raconter. Sinon, en ce qui concerne le personnage de Déborah, j’ai trouvé qu’elle était à la fois très ancrée dans son époque mais avec ce décalage propre à l’humour et à l’impertinence. On s’attache très vite à elle et on a envie de découvrir ce que recèle sa vie.

Solectrice : « Anti-héroïne », c’est exactement le qualificatif qui m’est venu après quelques pages, un peu agacée par cette tendance aux personnages féminins qui n’acceptent pas leur physique, se plaignent de leur problèmes de cœur et se trouvent malmenées par le destin. Puis on s’attache, on comprend la gêne de Déborah à porter des bottes vertes à 17 ans, à traîner ce misérable chien, qu’elle fustige tant. On comprend son malaise à accompagner une amie qui ne l’écoute pas et ne voit que son petit plaisir. On comprend sa tristesse face à des parents qui ne s’aiment plus. Et on reprend confiance quand elle forme un trio avec deux surprenants camarades, qui deviennent de précieux amis.

Alice : Oui c’est un peu ça, cette imperfection permanente, qui nous rend chaque protagoniste très proche et très réel. Hormis Déborah, qui aimeriez vous présenter comme autre personnage ? Lequel vous a marqué spécifiquement et pourquoi ? 

Colette :  J’ai été particulièrement touchée par la mère de Déborah pour de multiples et intimes raisons. L’histoire de Déborah est étroitement liée à celle de sa mère, elle est le mystère qu’il faut comprendre, elle est l’intrigue, elle est l’énigme. Elle est la clé. Que seul le soleil peut faire briller.

Pépita : Oui moi aussi la mère de Déborah m’a profondément touchée et démontre à quel point on peut se révéler à tout âge, qu’il faut oser aller au fond de soi, au prix de grandes souffrances, pour affronter et exprimer ses vrais désirs. J’ai trouvé leur relation pleine de respect. Et puis cette façon d’introduire de l’art, partant de la vie, j’ai trouvé cela particulièrement beau. Les deux garçons aussi m’ont touchées, par leur présence, leur humour, même si leur mode de vie, je l’ai trouvé pas très crédible. Mais bon la fiction sert aussi à ça ! Le père aussi, je l’ai trouvé juste : il aurait pu quitter le navire définitivement mais non, lui aussi il fait un choix douloureux mais c’est son choix et il est là quand il faut. Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est ça : on est toujours le soleil de quelqu’un.

Solectrice : Difficile de choisir un personnage en particulier tant ils semblent s’imbriquer, rayonner les uns sur les autres. C’est donc plus les échanges, les moments entre les personnages qui m’ont plu que des caractères en particulier.

Bouma : Moi j’avoue que ce sont les amis de Déborah qui me restent en mémoire. Les nouveaux bien sûr qui l’aident à rester la tête hors de l’eau mais également sa meilleure amie/ennemie si proche et en même temps avec des centres d’intérêt différents. J’ai trouvé leur relation très crédible car elle montre que la sortie de l’enfance peut parfois laisser les amitiés sur le carreau malgré toute l’envie que l’on peut avoir de s’y accrocher.

Alice : C’est exactement ça Pépita : on a tous une place dans ce monde ! Qui que l’on soit, qu’elles que soient nos faiblesses, soyons sûr d’une chose, nous avons tous à apprendre des autres et à les accepter tels qu’ils sont. Cette humilité et cette empathie nous font sûrement grandir ! Soyons sûr d’autre chose, il y a du « beau » en chacun d’entre nous !
J’ai aussi pensé que ce livre était une belle histoire de respect. Est ce un mot qui vous conviendrait à vous aussi ?

Solectrice : Une histoire de respect, mais surtout de tendresse. Entre amis, entre une fille et sa mère, entre une adolescente… et son chien.

Colette : Je ne parlerai pas de respect, parce que ce mot a été mille fois galvaudé par la sainte église laïque de l’éducation morale et civique ! A ce mot là je préfère le mot « amour ». Pour moi ce roman est un roman qui tisse les liens des amours qui nous lient à nos animaux, à nos anciens amis, à nos nouveaux amis, à notre père, à notre mère, à nos professeurs ! Quels professeurs au passage ! La prof de philo de Déborah, elle est absolument géniale tout de même ! Quelle attention portée à ses élèves, quelle ambition pour eux, quel dévouement… quel AMOUR !!!!

Alice : C’est vrai que la relation fille-mère est très importante dans ce livre. Finalement presque plus capitale que les relations entre les ados – ou bien elle nous touche à nous qui sommes des adultes ! Il y a entre elles une sorte de compréhension dans le silence. Voulez-vous creuser cet aspect du roman ?

Pépita : Respect car elles sont délicates entre elles, pas de jugement non plus, pas de rancoeur ( alors que Déborah pourrait entrer dans ce trip-là je trouve) , elles respectent chacune l’espace vital de l’autre, sans effraction et se parlent avec infiniment de tact. Sans le savoir, l’une ses découpages mystérieux l’autre ses cadavres exquis , elles se rejoignent, ce qui va devenir une forme sublimée de l’art. C’est un aspect du roman qui m’a vraiment bouleversée. Et j’ai trouvé que cette révélation de la mère à son ex-mari, à sa fille et ses amis est faite avec beaucoup de simplicité, de résonance et d’humilité.

Solectrice : La relation entre la mère et la fille est étrange : je n’ai d’abord pas compris pourquoi Déborah n’arrivait pas à entrer en contact avec sa mère, à l’interroger sur ce qui la préoccupait, à lui confier ses peines aussi. J’ai partagé la souffrance de Déborah quand sa mère, aspirée par la dépression, la trahit ou l’abandonne. Puis j’ai aimé qu’elles s’écrivent, qu’elles se rapprochent, qu’elles se soutiennent.

Colette : Je comprends parfaitement que Déborah ne puisse pas parler à sa mère, se préoccuper de sa mère à 17 ans c’est inverser les rôles, c’est prendre une responsabilité qui n’est pas la sienne, c’est accepter… de laisser irrémédiablement son enfance derrière soi et j’avoue que c’est un moment qui -quelle que soit l’époque de notre vie où cela arrive – est assez insupportable. Alors oui, c’est dur de franchir le pas, et je trouve que ce roman montre bien que c’est une étape, que cela ne peut pas se faire un jour, qu’il faut du temps et … des drames. Et puis chacun de nous se doute que lorsque l’un de nos proches ne va pas bien, c’est qu’il y a un secret qui se cache dessous la douleur, le silence, la peine. Est-on prêt à 17 ans à affronter les secrets, les douleurs,les silences, les peines de nos parents ? Il faut être sacrément courageux tout de même !

Bouma : Effectivement, cette relation mère / fille prend une part importante dans le récit et comme Colette, et pour répondre à Pépita, je pense que nous nous y retrouvons autant dans la place du parent que de celle de l’enfant à notre âge. On comprend alors plus facilement leur relation « muette » qui n’est pas exempte d’attention ou de tendresse.

Alice : Rappelons-le, le père a quitté le domicile conjugal. Il semble bien loin de ce duo mère-fille… ou pas … Sa place, son rôle, son choix … sont autant d’éléments déclencheurs, qu’en pensez-vous ?

Colette : En effet le père de Déborah a un rôle très important, il incarne un équilibre, c’est à cause de lui que tout bascule mais en même temps il sait être là, présent et solide quand les femmes de sa vie en ont besoin, pour s’effacer quand elles se reconstruisent sans lui. Et puis les coquillettes… c’est lui !

Pépita : Oui ce père il assume je trouve, il est responsable aussi. Malgré le fait qu’il provoque la situation il ne se défile pas, j’ai beaucoup aimé le passage où il découvre une autre facette de son ex.

Solectrice : C’est un personnage ambivalent, que l’on est tenté de détester au début mais que l’on découvre plutôt fiable et aimant ensuite. Je trouve intéressant de le découvrir sous un autre jour et de voir que les tensions peuvent s’apaiser quand Deborah se rend compte qu’il prend soin d’elle et de sa mère finalement.

Alice :  Et le chien, il a toute sa place le chien ! Sans lui, pas de promenades, pas de câlins réconfortants, … Il ne vous inspire pas le chien ?

Pépita : Tu as tout à fait raison de le souligner : le chien a toute son importance. Sa présence et les obligations qu’il induit obligent Déborah à rester dans le réel, à se sentir responsable d’un être vivant et elle perçoit combien ce n’est pas facile tous les jours. C’est une sorte d’effet miroir des failles de ses propres parents. Et puis ces passages sont si drôles ! Le lecteur en a besoin car mine de rien, cette histoire n’est pas si gaie.

Solectrice : Ah, le chien ! Dès les premières pages, j’ai aimé les respirations qu’il apportait dans l’histoire, toute fétide que soit son haleine. J’ai aimé le fil conducteur de ce personnage qui reprend du poil de la bête au fur et à mesure de l’histoire, tout rêche que soit son pelage. J’ai aimé aussi le réconfort qu’il apporte et le lien qu’il établit entre les personnages, tout envahissant qu’il soit.

Colette : Alors je suis désolée, je n’ai pas été particulièrement sensible au personnage canin de ce livre. Il est vrai qu’il introduit une note d’humour dans des moments de tension mais je lui ai préféré Gertrude.

Bouma : Alors ça doit être mon côté « je n’aime pas les animaux, ils me font peur » mais j’avoue ne pas avoir succombé au personnage canin. Je dirais même plus que je l’avais oublié avant que vous en parliez.

Alice : On a déjà évoqué le découpage, et maintenant Pépita parle des cadavres exquis, ne parlerait-on pas alors simplement d’art-thérapie en ce qui concerne nos personnages ? De construction ? De re-construction ? D’apaisement ? De moyens de communication ? D’aide à la transformation ?

Bouma : Le roman parle de tout ça effectivement, et je pense qu’on peut inclure l’écriture dans cette forme de reconstruction et de thérapie. Un peu comme si on bouclait la boucle.

Solectrice :  J’ai une préférence pour le mot « construction » car Déborah et ses amis n’ont pas conscience du bien qu’ils font à sa mère : c’est un jeu, une exploration et une œuvre collective au final. Comme elle est belle, en tous cas, cette construction !

Pépita : Oui un retour aux sources pour la maman et pour Déborah un jeu intellectuel entre copains. Le plus beau c’est qu’ils se rejoignent. Dans une forme d’art originale et résiliente pleine de reconnaissance naturelle.

Colette :  L’écriture, la poésie, les collages permettent de se révéler à soi, aux autres, à nos proches, il y a une sorte d’ode à la création dans ce roman, toute en simplicité, sans prétention, j’ai vraiment apprécié que cela se glisse dans la narration comme une évidence. J’espère que les jeunes qui liront ce livre-là s’essaieront aux cadavres exquis ! Moi cela m’a rappelé plein de souvenirs de lycée.

Il y a de nombreux autres sujets passionnants abordés dans le livre dont on a déjà parlé pour d’autres lectures coup de cœur, notamment le poids des secrets de famille. Ici le thème de l’avortement est vécu à travers le prisme tragique du traumatisme vécu par la mère de Déborah et en même temps complètement dédramatisé avec l’expérience d’Eloïse, si tendrement accompagnée dans cette épreuve. J’ai trouvé ces histoires qui se font écho de génération en génération, sans pour autant, se répéter vraiment bouleversantes. Et en même temps comme tu le soulignes Céline le style vivant, énergique, drôle nous entraîne au delà toujours des pires tourments. Il y a du jeu permanent dans cette écriture comme en témoignent notamment les titres des chapitres qui se jouent des citations, titres, poèmes et chansons.

Et puis quand même je suis ton soleil c’est aussi une histoire d’amour qui se construit sous nos yeux…

Alice : On a pas mal creusé le fond – à moins que vous ne souhaitiez rajouter quelque chose- mais il y a un autre élément qui m’a paru tout autant essentiel dans ce roman, c’est l’ écriture, le ton donné au texte, quelque chose qui participe au plaisir de la lecture, qui rend le contenu flamboyant alors que qu’il aurait pu être plombant.
Cela vous a-t-il autant emballé autant que moi ? Qu’en diriez-vous de plus ? 

Bouma : Moi j’ai adoré les titres de chapitres. A chaque fois je me disais « mais ça vient d’où cette référence ??? » Et en règle générale je la trouvais trois chapitres plus loin  En tous cas, j’ai apprécié que Marie Pavlenko détaille en fin de livre ces références, ça permet d’enrichir sa culture à défaut de rappeler des souvenirs de lecture et de musique.

Pépita : Oui vous avez raison : ce livre réchauffe ! Il parle de la vie, de l’amour et ce à tous les âges. Le ton est jubilatoire !

Solectrice : Oh, oui, c’est décidément le ton complice et désabusé, et plus encore, toutes ces références (listées à la fin), clins d’œil aux lectures et à l’univers de l’adolescente qui m’ont séduite dans ce lumineux roman !

Alice : Une héroïne plutôt sympathique, un roman qui sous un ton agréable et plein d’humour est parsemé de petits drames du quotidien mais aussi de beaux rendez-vous sentimentaux …. Un dernier petit qualificatif pour clôturer cette lecture commune ?

Bouma : A lire Absolument (et recommandé par Yves Grevet dans Je Bouquine  )

Pépita : Du bonheur en barres qui réchauffe le cœur !

Solectrice  : Vivifiant ! A lire par tous les temps, même si vous ne mangez pas de coquillettes…

Colette : en parlant de coquillettes, franchement, je n’ai pas compris pourquoi on insistait autant sur ce plat-là, pour moi le plat fétiche de Déborah ce sont les PIZZAS !!!!

Alors comme qualificatif, je dirai « tourbillonnant » !

Solectrice : Je suis bien d’accord Colette, mon attente (de lectrice bêtement apatée par la couverture) a été déçue sur ce point  Je m’attendais vraiment à une révélation de plus grande envergure sur les coquillettes !

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Si vous aussi, vous voulez percer le mystère des coquillettes, des pizzas, des bottes en plastiques, de Mygale-man, du chien Isidore, des post-it sur le miroir de l’entrée, d’un mystérieux numéro de téléphone … Laissez-vous illuminer par Je suis ton soleil de Marie Pavlenko !

Nos chroniques :

-Alice sur son blog Alireauxpaysdesmerveilles

-Pépita sur son blog MéLi-MéLo de livres

Nos coups de coeur de l’été 2017

Deux mois d’été…

Deux mois pour profiter …

Deux mois de lecture …

Deux fois plus de coups de cœur pour commencer la rentrée !

Pépita a lu plein de romans, son péché mignon, en vacances, plus de temps pour s’adonner à ce plaisir de lecture sans limites ! En voici deux que je vous recommande :

Calpurnia et Travis de Jacqueline Kelly.-Ecole des loisirs, collection Médium

Un deuxième tome où j’ai retrouvé Calpurnia, jeune fille en recherche d’émancipation dans une fratrie masculine et à la charnière du nouveau siècle où les sciences font un bond en avant. Une relation toute particulière avec son grand-père aussi qui fait tout le charme de cette lecture. J’espère un troisième tome bientôt !

Mon avis par ici.

Je suis ton soleil de Marie Pavlenko.-Flammarion jeunesse

Immense coup de cœur pour ce roman qui a ce quelque chose d’indéfinissable entre l’humour et la profondeur et qui nous dit qu’on est toujours le soleil de quelqu’un. Sans aucun jeu de mots de ma part, un roman lumineux sur la vie, quand on passe de l’adolescence à l’âge adulte, ce moment charnière de basculement qu’on ressent toujours avec une certaine envie d’avancer et de nostalgie mêlés. Le bouche-à-oreille a tellement bien fonctionné sous l’arbre que nous sommes plusieurs à avoir succombé à ces pages (une lecture commune en préparation du coup, à suivre !).

Mon avis par là.

Aurélie a aimé un livre numérique et une nouveauté !

Je recherchais d’autres titres de la Chouette du cinéma pour une lecture en voiture pour mon fils. Je suis tombée en extase sur leur adaptation de La Soupe au caillou aux rythmes africains. Une version papier avec une version ebook interactive offerte.

La Soupe au caillou de Clémentine Robach-La chouette du cinéma

Allez on profite toujours d’un moment de calme sans enfants pour aller en librairie voir les nouveautés jeunesse. J’ai beaucoup aimé le dernier livre illustré par Marjolaine Leray avec Charlotte Erlhi :Comme tout le monde. Un livre qui traite de la différence.

Comme tout le monde de Charlotte Erlhi et Marjolaine Leray-Talents hauts

Des extraits ici et son article.

Sophie a apprécié de frissonner avec deux romans pendant l’été.

Sarah Cohen-Scali - Phobie.

Phobie de Sarah Cohen-Scali chez Gulf stream

Anna est terrifié par le croque-mitaine depuis la disparition de son père. Quand elle disparaît et se retrouve enfermer dans une cave elle est persuadée qu’il l’a enlevée comme il le lui promet en cauchemar depuis des années…
Entre conte, horreur, thriller, enquête, anticipation et bien d’autres genres, ce roman nous tient en haleine et ne cesse de nous surprendre.

Stéphane Servant - Sirius.

Sirius de Stéphane Servant au Rouergue

C’est un autre style de frisson que l’on retrouve dans cette épopée post-apocalyptique. On y suis une jeune fille, Avril, et un petit garçon, Kid qui devront affronter le dur monde dans lequel ils vivent depuis que la guerre a fait rage et qu’un virus a rendu tous les êtres vivants stériles.

Alice a bien aimé se laisser surprendre par ces deux belles découvertes.

Y’a pas de héros dans ma famille de Jo Witek. Actes Sud, 2017.

Un travail commun amène Maurice et Hyppolite a travailler ensemble. Et là, c’est le coc des cultures ! Maurice aussi aimerait bien avoir une famille parfaite avec un mur de héros dont tout le monde pourrait être fier  !

Voilà une chronique familiale plutôt drôle et touchante entre stéréotypes sociaux et réalité de l’enfance …

Mon avis par ici

Metal Melodie de Mayvonne Rippert. Milan, 2015

Une adolescente rebelle  » abandonnée » par sa mère, comme pour mieux apprendre à ouvrir ses ailes et à prendre son propre envol.

Un livre d’amour, véritable voyage initiatique, bercé de belles melodies…

Mon avis par

Bouma s’est laissée embarquer par des aventures humaines hors norme portées par des héroïnes pas comme les autres…

Ce premier roman d’Aurélie Rodriguez vous fera découvrir le parcours d’une bande de pirates pas comme les autres et parcourir le monde à la recherche d’une carte au trésor. Dépaysement garanti !

Mon avis par ici.

Comme Pépita, ce roman a su me toucher au cœur par la finesse de son écriture et son attachement à décrire avec réalité et émotion la vie d’une adolescente dont le quotidien s’effondre malgré elle.

Mon avis par ici.

Chloé a aimé un album pour les plus petits et un abécédaire.

ABCD, apprécié pour la très grande beauté des images qui accompagnent chacune des lettres de l’alphabet.

Mon avis ici.

Les petits amis de la nuit, qui accompagne en douceur les bambins vers le sommeil.

Mon avis ici.

Et vous, quels livres auront su retenir votre attention durant cet été ? N’hésitez pas à nous faire partager vos coups de cœur en commentaire.

Le Top 5 d’Alice

Quand il a fallu faire le choix de 5 livres à mettre sur le podium de la littérature jeunesse, certains titres se sont imposés… et puis après il a fallu se creuser la tête et sélectionner devant le trop large éventail qui était à mes pieds.

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1.

Sans nul doute, celui qui obtient la palme la plus dorée, celui que j’ai plaisir à offrir, celui que je garde précieusement dans son écrin, celui qui me grossit le cœur, celui qui raconte délicatement l’histoire de la vie, celui que je trouve d’une absolue raffinité et d’une foudroyante intensité, celui dont je ne me séparerai jamais ….

Mon tout petit d’Albertine et Germano Zullo

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2.

Et puis il y a ce livre confidence. Ce cri d’amour qui m’a touché, que j’ai trouvé d’une évidence justesse et d’une extrême sensibilité. Ce monologue déterminé, d’une beauté à la fois sincère et naïve qui s’impose comme une nécessité.

Ma tempête de neige de Thomas Scotto

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3.

Je n’aurais pas oublié de mettre un roman de Pascale Maret. Cette amoureuse de la danse qui sait écrire autour de tous les secrets, ceux qui marquent l’enfance et les origines, ceux qui traversent les années, ceux qui martèlent les cœurs et les  corps, ceux qui parfois se confondent entre illusions et réalité.

Les ailes de la Sylphide de Pascale Maret

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4 .

Bien sûr, il y a aussi le chouchou maintes et maintes fois à mes enfants raconté. La voix du loup, celle de la petit grand-mère, les répétitions, les onomatopées rythmées, la ruse, le loup affamé une fois de plus dupé … comme un texte qui donne envie d’être chanté.

Roulé le loup de Praline Gay-Para et Hélène Micou

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5-

Et je n’aurais oublié, les valeurs essentielles de ses vies cabossées :  la fraternité, la sagesse, la sensibilité, la bienveillance, l’humanité… tout ce qui ne peut que faire du bien à la quête d’identité de deux gamins fragilisés.

Les belles vies de Benoit Minville.

 

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Laissez-vous inspirer …..

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Coeur de Bois (2) : lecture à travers des yeux d’enfants

A l’occasion de notre lecture commune de Coeur de bois, nous nous sommes posées la question de savoir quel écho, cet album pouvait avoir auprès des enfants.  C’est en toute simplicité que nous leur avons mis le livre entre les mains et que nous avons recueilli leurs premières impressions.

Pour T., Grand-pilote de 7 ans :

C’est une impression de tristesse qui domine à la fin de cette lecture.
« Le loup, ses enfants ne le reconnaissent plus, ne veulent plus de lui. Et puis il est handicapé. Il ne pèse pas plus qu’un fagot de bois. »
Le personnage qui a donc le plus apitoyé ce petit d’homme, c’est ce vieillard impotent qui crève de solitude. Quant à Aurore, « Je la trouve très prétentieuse quand elle dit :  « La plus belle, c’est moi. »
Quand on lui a demandé si cette histoire ne lui rappelait pas une autre histoire, il m’a répondu « non ». Et puis quand je lui ai suggéré qu’il y avait peut-être un rapport avec Le Petit chaperon rouge il a énuméré toute une liste de contre-arguments :
 » Pas du tout , D’abord le loup est mort à la fin du petit chaperon rouge, on lui a ouvert le ventre pour le remplir de pierres, il ne peut donc avoir vieilli. Et puis, le Petit Chaperon rouge n’a pas de prénom, il est brun et il ne porte que du rouge et là l’héroïne s’appelle Aurore, elle est blonde et elle porte du noir ».
Au final, T. a aimé cette histoire mais il trouve qu’elle a été coupée en plein milieu !

« C’est dommage » ‘a-t-il dit « qu’on ne sache pas ce qui se passe ensuite. »

 

Pour M., 16 ans grande lectrice de tout ce qui lui tombe entre les mains :

Une lecture en demie -teinte pour cette ado : « Il est bien cet album, mais dés que j’ai vu le loup, je me suis dis que c’était une adaptation du Petit Chaperon rouge. »

« Ce qui me pose question c’est de comprendre pourquoi Aurore est si gentille. Elle s’ennuie en fait ? Car c’est évident,  elle n’a pas pardonné et et elle n’est pas si forte qu’elle le prétend, on dirait qu’elle se sent obligée de l’aider. Pourquoi ? »

Quand on lui demande de réagir sur la dernière remarque de T. qui aurait aimé connaitre la suite de l’histoire, elle répond :  » Au contraire, pour moi cette histoire elle a été trop loin, les auteurs auraient du s’arrêter quand on voit le loup. Ils auraient du laisser planer le doute pour que l’on s’imagine ce que l’on veut, là c’est presque trop évident. »

Au final, elle note la qualité globale de l’ouvrage et le travail de l’illustrateur sur la construction cinématographique de l’album avec le changement de plan et de point de vue à chaque pages tournées.

Comme nous, elle s’interroge sur le public visé et « l’interprétation de cette lecture qui sera sûrement différente par des enfants plus jeunes ».

Pour H., 17 ans, lectrice en tous genres et écrivaine à ses heures : 

Première parole dès la lecture : « Ce n’est pas un livre pour enfants je trouve. Très sombre, à la limite de l’angoisse. On reste longtemps en suspens et puis une page suffit à comprendre. Enfin, presque….parce que l’explication va jusqu’au bout et elle vous gifle. »

Et les personnages, ils t’évoquent quoi ? « Le conte du Petit chaperon rouge bien sûr mais j’ai trouvé que les deux personnages sont à pied d’égalité, pas pour les mêmes raisons. Le loup, même faible physiquement, a une sorte d’aura invisible. Aurore, elle m’impressionne beaucoup par sa volonté extrême : elle s’excuse presque d’en être arrivée là, elle n’existe que par le loup dans cette forêt. Elle puise sa force dans ce souvenir. J’ai eu peur que ça déraille entre eux à cause de la tension, mais non. Il y a beaucoup de respect entre eux.

Ton mot de la fin ? « C’est un album troublant je trouve, qui interpelle et qui reste dans la tête à cause des mots dits et des images si fortes. »

La petite sœur, F. 15 ans, quant à elle, le trouve « vraiment bien, très fort bien sûr mais je pense que des enfants de 8-9 ans peuvent le lire. 5 ans, non, c’est trop jeune. Et il est waoouh ! Après la lecture, on est un peu sonné. Faut le lire plusieurs fois en fait. J’ai beaucoup aimé la morale de la fin. Elle dit tout pour moi. Ça fait drôle aussi de voir ces personnages de conte si différents. On imagine pas du tout ça. »

Rajoutons l’avis de Régis Lejonc, illustrateur, qui a gentiment réagit à notre lecture commune :

« Pour répondre à la remarque de l’âge du lecteur visé, j’étais comme vous, plutôt à penser qu’il s’agissait sans doute d’un album plus adulte… jusqu’à ce que je rencontre 3 classes depuis sa parution.
CP et CE… et ils ont tout compris, ont les références et savent, déjà ce que sont les cicatrices du corps et de l’âme.
Bluffé j’étais ! »

Voilà des avis enrichissants qui ont pu légèrement secouer la lecture analytique de certains adultes. 
La lecture à voix haute réalisée pour T. Grand-pilote de 7 ans, a aussi révélé le niveau de langue parfois un peu familier, détail auquel nous n’avions pas fait  attention jusque-là. Mais au delà des quelques familiarités, c’est le niveau de langue général, le vocabulaire particulièrement soigné, qui renvoie souvent au monde des adultes, qui est apparu dans toute sa particularité à l’occasion de cette lecture à haute voix.

Dans touts les cas l’avis des plus jeunes est unanime : ce n’est clairement pas un livre pour les petits mais pour les grands de 7 à 17 ans…. comme eux.

Une question qui reste ouverte et pour laquelle nous vous proposons de vous faire votre propre avis … 

Bonne lecture

Coeur de bois de R. Lejonc et H. Meunier

Il est de ces livres qui nous fascinent par leur singularité, leur beauté et leur qualité. 

Tel est le cas, aux editions Notari,  de Coeur de Bois de Régis Lejonc et Henri Meunier, un album vers lequel on on se sent irrémédiablement attiré et qui tient les promesses espérées.

AliceJ’ai envie que l’on tourne les pages de cet album les unes après les autres,qu’on le découvre tranquillement sous ses divers aspects, c’est un peu l’effet souhaité par les auteurs vous ne pensez pas ?

Pepita – Oui c’est vrai, il émane de cet album un tel mystère ! On a vraiment le sentiment d’emblée de toucher et de voir là quelque chose de rare.

Bouma – Je le trouve très cinématographique dans sa conception. Impossible d’en oublier la linéarité, la fluidité.

Colette -Les premières pages sont en effet particulièrement bien construites comme le début d’un très bon film pour reprendre la comparaison de Bouma : plan panoramique, plan moyen, plan général… Les auteurs construisent le cadre de la narration de manière très visuelle, en douceur, dans des couleurs automnales, à la fois généreuses et mystérieuses. Et nous projette déjà dans le mouvement, le mouvement d’Aurore, un mouvement … cathartique, pourrait-on dire…

AliceIl ya cette illustration en double page, ce village dans son ambiance un peu énigmatique…
Et puis l’on découvre Aurore, seule face à son miroir, décrite avec soin par l’auteur. Que vous a-t-elle inspiré ?

Pépita – Un grand sentiment de liberté et de détermination mélangée à une part de mystère : elle m’a intriguée d’emblée.

Bouma – Je ne sais pas pourquoi mais elle m’a tout de suite fait pensé aux contes classiques. Peut-être le mélange entre son prénom (Aurore comme la Belle au bois dormant), le reflet dans le miroir (comme Blanche-Neige) et son air de femme fatale, déterminée, héroïque.

Colette – Alors pour moi Aurore est vraiment une sorte d’icône féminine et les mots qui accompagnent son reflet au tout début du livre m’ont tout de suite mis la puce à l’oreille : là je n’avais pas n’importe quel livre entre les mains, un livre avec des images oui, mais un livre tissé de mots d’adulte, de mots de grand, de mots d’amoureux oserai-je même dire !

Pépita – oui c’est vrai : il y a quelque chose de très sensuel dès les premières pages.

Alice – Des collègues-lectrices-adultes y ont vu une ressemblance flagrante avec Brigitte Bardot. Le descriptif que vous en faites y correspond complètement, mais y avez vous vu cette référence ?

Pépita – Absolument pas ! je n’y ai vu aucune ressemblance, si ce n’est une sorte de personnage concentré des contes de fées à la sauce moderne.

Colette –  Pas à Brigitte Bardot en particulier mais c’est vrai que tout en elle évoque une certaine époque, les années 60, en effet : son joli carré, sa jupe, son petit béret, cette revendication de femme libre… Il y a un peu de tout ça qui se dessine dans sa svelte silhouette.

Alice – Aurore file dans sa petite voiture rouge (un détail finalement peu anodin, non ?) et s’enfonce dans la forêt, laissant sa pensée se laisser envahir par l’organisation matérielle de son quotidien et la contemplation sereine de la nature. L’album se construit et pourtant parait de plus en plus énigmatique . Où tout cela nous mène -t-il ?

Entre inquiétude et apaisement, comment avez vous ressenti ces 4 pages où le voile mystérieux ne semble pas se lever ?  

Bouma -Plus que mystérieuses, ces pages ont fait monter l’angoisse chez moi. Je n’y ai pas vu de quiétude mais une confiance en soi, une maîtrise de l’environnement qui me faisait peur. Car pourquoi une jeune femme si apprêtée aurait besoin d’une balade dans les bois ? Je me suis sentie comme dans les premières pages d’un bon thriller.

Colette – Mystérieuses ces pages en effet, du coup je les ai dévorées pour en savoir un peu plus : où va Aurore ? Elle ne semble pas se rendre à un quelconque travail elle semble bien au dessus de ce genre de trivialités, et je me suis complètement laissée surprendre par sa destination !

Pepita– Oui bien mystérieuse destination ! Des indices semés ça et là mais sans lien apparent. L’étau se resserre peu à peu, c’est même assez angoissant ce contraste entre sa liberté de femme libre, sa sérénité dans le monde sombre de la forêt, et l’arrivée dans cette maison délabrée, le fait qu’elle parle à quelqu’un qu’on ne voit pas et qu’elle se mette à son service avec tranquillité comme si tout ça était normal, dans l’ordre de l’habitude. On se dit : une grand-mère ? Un ermite ? Une amie d’enfance ? On se laisse porter par le mystère.

Alice -Oui c’est ça, elle entre dans cette maison avec une attitude plutôt bienveillante et attendrissante. Des indices nous disent que même si elle prend le balai, elle n’est pas l’aide a domicile, que la maison n’est pas en bon état mais que le service à thé est parfait et que le vieillard est plutôt heureux de sa compagnie. Et la… le choc, on tourne la page et on découvre qui IL est vraiment. Terrible cette page !

Prenons là seule, dans sa globalité, juste deux phrases et une illustration à couper le souffle. J’en reste sans voix, pas vous ? L’aviez vous présagé ? Mais pour autant avez vous tout compris de l’histoire ou a t-il encore fallu découvrir les pages suivantes ?

Bouma– Effectivement, cette page est un pivot dans l’histoire. Pour moi elle a mis fin au suspens tout en apportant une nouvelle tension, de nouvelles questions renfermées dans ce « Oui toujours » quand on demande au personnage s’il a faim. Présage ? Reflet d’autrefois ? Et tant de pages à lire encore pour essayer de deviner.

Pepita – Le choc oui …une surprise de taille que l’identité de celui à qui elle s’adresse. Dans la tête du lecteur s’opère alors un renversement de situation puisqu’il comprend alors l’enjeu de cette histoire. Juste en image. Ensuite viennent les mots et là on creuse encore. On va au bout de l’idée et de ce qu’elle révèle en profondeur. C’est vraiment très fort dans tous les sens du terme. Même la couverture, on la lit différemment du coup.

Colette– J’ai très fortement ressenti la tension qui montait jusqu’à ce portrait de l’interlocuteur d’Aurore que l’on prend en plein coeur ! On le reconnait tellement, on se reconnaît tellement dans cette page là, il y a tout un monde qui se joue dans cette image, le monde d’Aurore mais aussi notre monde, celui que nous nous sommes construits dans l’enfance et qui comme l’interlocuteur d’Aurore a pris un sacré coup de vieux… Ce portrait est un véritable pivot dans l’album, il nous fait basculer dans une lecture bien différente de celle que nous croyions mener jusque là…

Pépita -oui exactement Colette ! On se dit que jamais on aurait pu penser voir les personnages de conte vieillir et que les proies de leur jeunesse puissent les mettre devant leurs responsabilités à ce point ! du coup, est-ce encore un album pour enfants?

Alice – Comme le dit Colette, notre lecture bascule d’un coup et l’on découvre alors les motivations d’Aurore en entrant dans la psychanalyse pure et dure ! Aurore est là comme pour nous rappeler que les épreuves ne s’effacent pas mais marquent notre vie à jamais.
Dans un long monologue Aurore nous parle de sa resilience, elle semble très affirmative … et pourtant… Pensez-vous qu’Aurore est aussi forte qu’elle se décrit ?

Bouma – Comme tu le soulignes, Aurore se décrit. Peut-être se donne-t-elle la force d’avancer par delà le passé ? Peut-être est-ce pour se donner du courage ? Peut-être est-ce la vérité ? C’est le doute qui est pour moi intéressant.

Colette –  Aurore est-elle aussi forte qu’elle se décrit ? Nous ne pouvons véritablement le savoir car nous ne vivons à ses côtés qu’une seule journée, je pense que nous ne pourrions témoigner de sa force réelle que si nous la suivions sur plusieurs semaines, sur plusieurs années, être avec elle quand elle retrouve ses enfants, écouter ce qu’elle leur dit, ce qu’elle leur raconte le soir avant d’aller dormir… Mais une chose est sûre, elle a beaucoup réfléchi, analysé ses souffrances et semble avoir trouvé dans cette étrange relation qu’elle a créée avec son bourreau une forme de résilience comme tu le dis si bien. Et pour cela il faut avoir beaucoup de courage.

Pépita – Ah si pour moi elle est forte, immensément forte ! Qui oserait aller rendre visite régulièrement à quelqu’un qui vous a fait mal alors que vous avez réussi à construire votre vie malgré tout ?…Je pense que cela la conforte dans sa force de caractère, voire même dans le fait qu’elle soit si vivante, y compris dans les gestes anodins du quotidien ( conduire sa voiture librement, manger un croissant, se regarder dans le miroir,…). Car affronter ses peurs, ce n’est pas oublier, ce n’est pas pardonner, c’est avancer. J’ai particulièrement aimé ces dialogues que vous citez car la parole libére les mots, pansent les plaies. Ils ont tous les deux besoin pour moi de se situer là où ils en sont dans leurs vies respectives avec infiniment de bienveillance. Cette bienveillance m’a énormément touchée. Elle est comme une sorte d’espoir. Que tout est possible malgré tout.

AliceEn filigrane, on a vu s’écrire une histoire, tout droit sorti d’un conte de l’enfance. Un jeu d’inversion de rôle que nous avions même pas pu envisager. Qu’est ce que cela vous a évoqué ?

Bouma – Un sacré coup de vieux ! Quand on se rappelle des contes de son enfance, il y a forcément le temps qui passe en filigrane même si ceux-ci sont si intemporels qu’ils en paraissent immortels.

Colette-Ce n’est pas nouveau d’inverser les contes classiques, de les détourner, de les malmener. Ici c’est bien plus subtil d’après moi, il ne s’agit pas vraiment d’inverser les rôles, chacun est resté le personnage qu’il a été jadis, « il était une fois », mais le temps a fait son œuvre, et les personnages ont changé. C’est ce qui est absolument génial ici, nous quittons la sphère atemporelle du conte (sans complètement la délaisser) pour intégrer le réel et sa matérielle finitude. « Humains, trop humains », ces personnages là nous ressemblent tellement !

Pépita – En fait, cela m’a ébranlée. Je n’avais jamais vraiment imaginé enfant que les personnages de conte puissent devenir adultes et vieillir. Même si beaucoup d’adaptations existent, de contes détournés,…je trouve que cet album franchit un cap énorme : celui de la modernité dans ce renversement de situation. Mais avec une belle dignité. Sans rabaisser. Le conte y est pour ainsi dire sublimé dans une forme novatrice avec des références implicites à d’autres contes en mettant en avant le conte le plus lu, le plus connu, le plus adapté, le plus détourné. Rien n’y est laissé au hasard, tout est pesé, tout peut se lire. Il s’adresse pour moi d’abord aux adultes, sans aucun doute. Mais qu’il soit publié en jeunesse, je trouve que c’est un signe fort aussi de ce que les enfants sont capables de décrypter aussi à leur niveau.

Alice– On aurait pu le deviner, nous avons dans les mains un album pour adulte averti. Un récit fort qui prend de l’épaisseur de scène en scène et qui se laisse porter par des illustrations parfois inquiétantes mais tellement magnifiques. Que rajouteriez vous que nous aurions oublié et qui vous tient à coeur ?

Bouma – Moi je citerai le texte vrai et percutant :
« J’étais fort autrefois », soupira-t-il.
« Non. Non, vous n’avez jamais été fort. Vous étiez puissant. C’est autre chose » répliqua Aurore.

Colette – « Je veux croire qu’il est possible de devenir grand sans devenir méchant » : cette phrase résonne étrangement à chaque fois que je la lis, elle évoque pour moi tous ces enfants qui ont souffert de la violence des autres et qui doivent pourtant continuer à s’élever. La réponse qu’Aurore trouve pour accepter ses blessures d’enfance est une réponse profondément humaniste et généreuse que je souhaiterais possible pour tous les petits humains qui croisent des coeurs de pierre, des coeurs de bois sur leur chemin…

Pépita – La couverture : je l’ai vue différemment après lecture. Elle est vraiment symbolique de ce qui se joue à l’intérieur : une voiture rouge qui trace sa route dans une forêt. Rien de plus anodin ? Et pourtant…..quelle métaphore ! Elle résonne en moi comme comme la singularité de tout un chacun sur le chemin de la vie.

AliceFinalement nous n’avons rien a redire sur cet album : texte impeccable, rythme étudié, illustrations soignées, intrigue recherchée… cet album n’est il pas presque trop parfait ?

Pépita – Il atteint une forme de perfection dans l’articulation fond/forme, c’est certain. Après, la question qui se pose est : est-ce encore un album pour enfants ? Dans le sens où il contient beaucoup de références pour public averti, sans prétention aucune. Je me suis aperçue aussi qu’on n’a pas évoqué le titre : Cœur de bois. Très symbolique aussi. C’est un album à signes et à sens.

Bouma-Un livre peut-il être parfait ? Je ne pense pas car la lecture reste subjective. Après, comme Pépita, et comme nombre de prescripteurs, peut-être relèverais-je effectivement le problème du public cible. Qui est-il ? Peut-on encore parler de littérature de jeunesse ? Je ne sais pas et me garderai bien d’avoir un avis tranché sur la question.

Colette-Je ne pense pas avoir la compétence de juger de la perfection de quoi que ce soit en ce monde, mais en tout cas c’est un album particulièrement riche, qui bouscule aussi bien l’intelligence que le coeur. Et en ce sens c’est un album particulièrement précieux. Qu’en comprendront les enfants, qui trouveront-ils ? Et bien il faudra leur poser la question !

Alice-Pour se quitter, peut- être pourrions nous proposer à nos lecteurs d’aller un peu plus loin et de lire d’autres livres de ces auteurs ? Lequel(s) conseilleriez vous et pourquoi ?

Pepita – Cent grillons d’Henri Meunier au Rouergue : des contes détournés avec des jeux linguistiques. Drôlement bien fait !

Son avis ici

Dans un autre registre, j’aime beaucoup Bientôt en petite enfance du même auteur chez le même éditeur : une bien belle balade à observer, très colorée.

Son avis ici

Et de Régis Lejonc, le magnifique Kodhja

Son avis ici

Les éditions Sarbacane sorte en septembre un album avec Marcus Malte au texte et dont les illustrations sont dans la même veine. Splendeur !

Bouma– Le magnifique Kohja qui parlera à tous, petits et grands pour son intemporalité.

Son avis ici

 

Colette – Alors mon chouchou d’amour de ces auteurs c’est La Môme aux oiseaux publié aux éditions du Rouergue en 2003 qui signe mon entrée en littérature jeunesse et à la sortie duquel j’ai eu la chance de rencontrer ces deux artistes qui vivent tous les deux près de chez nous j’aime beaucoup également le très poétique La mer et lui au Rouergue également. Tous les livres écrits par ce duo en fait ont ravi mon cœur de lectrice, il se dégage toujours une poésie infinie de l’alliance des images de Lejonc et des mots de Meunier.

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« Qu’en comprendront les enfants, qui trouveront-ils ?

Et bien il faudra leur poser la question ! »

Retrouvez vendredi 16 juin sur le blog, l’avis de, jeunes, très jeunes enfants, d’ados, de jeunes adultes … à qui nous avons proposé de nous faire part de leur ressenti.

A vendredi !

Lectures au jardin

Sur petit bout de pelouse, dans un coin de terrasse, à l’ombre des feuillages, allongée sur un transat.. le retour des beaux jours nous a invité à mettre le nez dehors.

Chacune chez soi, aux quatre coins de la France, nos livres sous le bras, nous avons passé le pas de la porte pour aller prendre l’air et profiter des premiers rayons de soleil.

Regarder plutôt notre album photos de nos « Lectures au jardin » 

Pépita dans son transat, en terrasse, avec un bon roman…

Qui fait rire et pleurer à la fois…

Dans le jardin de la collectionneuse de papillons, les enfants s’installent sous le cerisier pour découvrir un des derniers livres d’Anette Tamarkin…

Chez Chloé, la lecture du roman La petite femelle  est interrompue par les demandes de la mouflette « Maman, tu me lis Merveille des merveilles?  Tu me lis Mon grand album de bébé?  Tu me (re)lis Glurb? « 

Chez Alice, un bol d’air printanier pour sortir de ce huis clos au cœur d’un procès en assise. Un livre ado ? Adulte ? Je me pose encore la question, tellement ce roman est bien fouillé.

Peine maximale d’Anne Vantal

Chez Sophie, on profite du soirée ensoleillée pour lire une bien jolie BD !

Mon petit lapin…

… s’est caché dans le jardin…

Cherchez-le, Coucou coucou , il est caché ….

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***Prés de chez nous, … pour Alice

Madame le lapin blanc de Gilles Bachelet. Seuil, 2012.

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Un album à l’humour ravageur entre les doigts de Gilles Bachelet qui nous raconte le quotidien de Madame le lapin blanc débordée par les tâches familiales quotidiennes.
Renversant !

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***Dans un champs clos en janvier, … pour Sophie.

Le problème avec les lapins d’Emily Gravett. Kaléidoscope, 2009.

Les lapins ont une réputation a tenir dans le domaine de la reproduction et ce n’est pas cet album/calendrier qui va dire le contraire. D’abord un jeune couple, puis une petite famille… mais au fil des mois, les pages vont se remplir de lapins au point de finir par exploser en fin d’année. C’est drôle et intelligent et drôle aussi !

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***Dans plusieurs endroits,… pour Pépita

Le lapin bricoleur de Michaël Leblond et Stéphane Kiehl E-Toiles

Un ebook interactif d’une étonnante modernité ! Un graphisme plein de surprises et une histoire originale avec des choix multiples qui compliquent l’avancée dans ce labyrinthe.
Et cette tête de lapin est absolument irrésistible !

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P’tit lapin plein d’poils de Martine Bourre Didier jeunesse Pirouette, 2016

Une comptine classique revisitée par Martine Bourre et qui mine de rien apprend un tas de choses sur son rapport à l’environnement. Et comme toujours, une très belle réalisation pour ce cartonné.

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***Sur le chemin de la forêt, …pour une graine de lutines

Ami-ami de de Rascal et Girel. Pastel, 2002.

 

Quand un lapin veut devenir l’ami d’un loup…

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***Par ci, par là, …pour Colette

Quand il fait nuit d’Akiko Miyakoshi. Syros, 2016

 

Suivons une famille de lapin dans la nuit qui tombe, à l’orée des rêves, quand les fenêtres s’allument…

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et les avis d’Alice et Pépita

La maison de Totam de Xavier Deneux. Tourbillon, 2014

Connaissez-vous Totam ? C’est un tout petit lapin qui habite une jolie maisonnette qu’il nous invite à découvrir pièce après pièce dans le coffret La maison de Totam de Xavier Deneux.

Lire la suite, …

***Il repassera par là, …pour Bouma

Les lapins et la tortue d’Olive et Zhihong. Les éditions des éléphants, 2016

Dans ce récit aux tons typiquement asiatique, retrouvez une fable malicieuse qui vous apprendra pourquoi les lapins ont une queue si courte.

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Lièvre et Ours d’Emily Gravette. Kaléidoscope, depuis 2015

Deux nouveaux héros ont fait leur apparition dans les albums pour petits et parmi eux un lièvre malicieux qui n’a pas sa langue dans sa poche. Déjà six aventures disponibles pour des aventures amusantes.

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***Dans son lit, … pour Chloé

Grododo, Michaël Escoffier, Kris Di Giacomo, frimousse

Quand César va se coucher, il a un rituel bien huilé. Il pose le verre sur la table de nuit, pose ses pantoufles, vérifie sous le lit, serre son doudou ferme les yeux et s’endort. Et quand il a été dérangé par un bruit, il recommence du début. Les pantoufles sur la table de nuit, le doudou sous le lit… Non, c’est pas ça, mince.

Lire la suite…

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Nous vous souhaitons de

JOYEUSES CHASSES AUX …..LAPINS A TOUS !

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Et pour prolonger le plaisir de la chasse aux oeufs dans le jardin au milieu des lapins d’encre et de papier, n’hésitez pas à vous lancer en famille dans une partie de Croque carotte endiablée !

Lire la suite …

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