La littérature jeunesse dans la petite lucarne

S’il y a bien une chose dont on est convaincues, à l’ombre du grand arbre, c’est qu’il n’y a rien de tel que de partager un moment de lecture avec son enfant. C’est avant tout un grand moment de plaisir partagé mais aussi un soutien de poids pour tous les apprentissages (on ne va pas vous faire la liste de tout le bénéfice de la lecture dans le développement de l’enfant, on parie que vous êtes déjà convaincus de cela).

Évidemment, en ce qui concerne les écrans, on est plus mitigées.  Nous connaissons les problèmes de concentration, de sommeil ou autre, liés à une fréquentation excessive des écrans, notamment chez les plus jeunes.

Alors, faudrait-il brûler les télés? Sans doute pas, mais en limiter l’accès et, au passage, privilégier le meilleur de la production. De nombreux dessins-animés ou films d’animation de grande qualité sortent chaque année.
Aujourd’hui, nous avons choisi de vous présenter ceux qui sont issus d’une œuvre littéraire.

De quoi occuper agréablement les dimanches d’hiver.

Les albums filmés de l’école des loisirs. Présentés ici par Pépita et  ici par l’atelier de cœur.

Une bien belle idée et fort réussie dans la réalisation que de filmer les incontournables albums de l’école des loisirs, comme si on racontait l’histoire en tournant les pages.

Ernest et Célestine, version grand écran d’abord, avec la très belle adaptation de Daniel Pennac, présentés ici par Pépita

Mais aussi l’adaptation plus récente pour le petit écran, visible dans l’émission Les Zouzous. Cette série est bien plus proche des albums de Gabrielle Vincent, on y retrouve l’ambiance si chaleureuse des livres et la très grande affection qui lie ce grand ours à cette petite souris.

Sur les Zouzous toujours, une série vraiment réussie et étonnante, Yetili, dans la quelle un yéti raconte à deux petites souris des albums jeunesses. Classiques ou perles rares, les livres sont toujours bien choisis et les réactions et commentaires des souriceaux sont toujours bien vus.

Un peu dans le même esprit, La cabane à histoire met en scène des enfants qui lisent, là encore des albums que l’on peut ensuite retrouver en librairie.

Enfin, indémodable mais qui a toujours autant de succès, les histoires du père castor semblent traverser les temps sans prendre une ride.

Nous savons aussi que la série de petits romans Chien pourri sera bientôt adaptée pour le petit écran, de même que les albums Émile, nous sommes impatientes de les découvrir à la télévision.
Et vous, quels sont vos dessins animés préférés, issus de la littérature jeunesse?

 

 

T’aurais pas un livre sur…

La littérature jeunesse est riche et diversifiée et possède l’atout de pouvoir aborder tous les thèmes possibles et inimaginables.

Nous avons souhaité partager avec vous de manière différente samedi dernier sur Facebook. Nous sommes partis d’un thème commun : Grandir et nous avons partagé des suggestions de lecture tout le long de la journée. Cette formule vous permet aussi d’interagir avec nous en nous proposant aussi vos suggestions .

Plus on est d’arbres, plus la forêt est dense !

A cette occasion, les hastags #t’auraispasunlivresur et #nomduthémealodga ont été créé (#grandiralodga pour samedi dernier)

Pour agrandir le partage, vous pouvez donc :

-nous mettre votre livre en commentaire

-nous identifier @alombredugrandarbre

-utiliser les hastags

Je vous invite donc à découvrir les livres mentionnés sur le thème Grandir.

Voici quelques images des livres proposés…

Nous souhaitons renouveler cette chronique prochainement mais en vous laissant les rennes et vous laisser choisir le thème.

Faites vos propositions en commentaire !

 

Sinon, A l’ombre du grand arbre est désormais sur Twitter !

Rejoignez-nous !

Coups de cœur de rentrée

La rentrée ne nous a pas empêchées de lire, bien au contraire !

Une façon de s’évader de ses contraintes.

Voici ce que nous avons aimé le mois dernier.

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Aurélie d’Atelier de cœurs a été touchée par Papa Barque, une poésie sur la famille monoparentale.

Papa Barque de Magali Turquin et Yan Thomas- Editions du Jasmin

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Alice a prolongé un peu l’ambiance des vacances en semant quelques

Graines de sable

Graines de sable de Sibylle Delacroix. Editions Bayard

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Chloé, de Littérature enfantine, a aimé chanter Frère Jacques avec les enfants

Frère Jacques, Christophe Alline, Didier jeunesse

Pépita aurait bien eu un coup de cœur par jour ce mois-ci mais je choisis un roman intimiste sur la transmission, une histoire comme des inconnus autour de nous auraient bien pu vivre en se disant « L’aube sera grandiose ».

L’aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux, Gallimard jeunesse

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Bouma retiendra un album plus ancien, qui prouve l’importance s’être soi, le besoin d’identité et de différence, avec sagesse et concision.

La Lumière allumée

La lumière allumée de R. Marnier et A. Maurel Frimousse, 2015

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Sophie est tombée sous le charme de ce bel album sur l’absence d’un papa.

« Quand papa n’est pas là » de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier chez La Palissade

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Maintenant que la rentée est passée, peut-être aurez vous, comme nous, le besoin de plonger dans une lecture vivifiante.

Espérons que vous saurez trouver le temps pour cet espace crucial.

Lecture commune : Songe à la douceur

Plus d’un an après sa sortie, après 3 réimpressions, sélectionné pour pas moins de 15 prix, et grand lauréat de notre Prix Roman Ado 2017 en mai dernier, j’ai nommé le sublime Songe à la douceur de la jeune et talentueuse Clémentine Beauvais, chez Sarbacane X’prim.

Il n’en fallait pas plus pour qu’on le dévore à l’ombre du grand arbre et qu’on en parle ensemble.

Carole Vu le battage médiatique autour de la sortie et du succès de ce roman, vous n’êtes pas tombées dessus par hasard. Mais alors, pourquoi avoir plongé dans ce songe ? 

Alice : Bah oui forcément le battage médiatique ça interpelle et l’on veut souvent se faire son propre avis.
Tu rajoutes à cela une collection EXPRIM’ chez Sarbacane qui nous offre depuis toujours des textes de haute qualité et surtout une auteur qui m’épate : Clémentine Beauvais, cette jeune et jolie franglaise à taches de rousseur que je trouve talentueuse.
Et puis il y a le titre, comme une superbe et exquise invitation.
Et enfin, la découverte de cette couverture, ces pleins, ces déliés et ce couple qui avance l’un vers l’autre comme pour se retrouver.

Sophie : Comme Alice, Clémentine Beauvais + Exprim + cette forme apparemment si originale = lecture obligée (et avec plaisir).

Pépita : Et bien pas vraiment ce chemin là pour moi. Je n’ai pas particulièrement été emballée par les précédents romans de Clémentine Beauvais, que je trouve par ailleurs absolument fascinante en tant que personne. Non, j’ai eu envie de l’ouvrir pour la poésie : du titre d’abord (référence à Baudelaire que j’admire) et la forme m’a attirée bien plus que le fond, ce qui s’est d’ailleurs vérifié.

Carole : Comme tu le soulignes Pépita, parlons du titre et de la poésie. Une invitation au voyage en vers libres, ça vous inspire quoi après la lecture ?

Pépita : J’ai été très séduite par cette forme et je me suis dit qu’il en fallait un sacré « culot » pour reprendre en vers ce roman Eugène Onéguine et le transposer à notre époque en gardant l’esprit d’origine ! Et quel tour de force dans l’écriture ! Avec une facilité apparente assez déconcertante ! Après, j’adore le titre forcément qui pour moi fait un lien entre les deux romans par l’invitation au voyage entre leurs deux époques qu’on peut mettre aussi en parallèle avec les deux époques de l’histoire, puisque Eugène et Tatiana se retrouvent 10 ans plus tard par hasard. Le « Songe à la douceur » fait appel pour moi à l’intime de nos choix : songe à ceci si tu avais fait cela. Il colle très bien à l’histoire je trouve. C’est vraiment cette forme qui « sauve » le roman pour moi mais peut-être va-t-on l’aborder plus avant.

Alice : Un titre d’un romantisme à souhait ! Ce n’est pas un « rêve », c’est « un songe » et ce n’est pas du tout la même chose ! Comme une envolée supplémentaire vers un coin caché de notre esprit.
Tout en « douceur »… Qui n’aurait pas envie de se laisser inviter dans ce cocon ?
Et puis ce titre annonce le travail sur la forme du roman : le langage est soutenu et non plus familier.
« Songe à la douceur », une invitation inévitable à prendre ce livre entre les mains.

Carole : Connaissiez-vous le roman de Pouchkine et l’opéra de Tchaïkovski ? Que pensez-vous de cette adaptation pour le moins moderne ?

Pépita : Je les connaissais de nom mais jamais lu et jamais vu. Donc je ne connais que la version moderne du coup. Ce que j’en comprends, c’est que le fond de l’histoire a été respectée ainsi que la forme en vers libres mais que l’auteur l’a adaptée en y mettant des éléments contemporains. En tous cas, ça donne envie d’aller voir l’original ce que malheureusement je n’ai pas encore pris le temps de faire.

Sophie : Je ne connaissais pas non plus, vaguement de nom seulement. Après avoir lu le roman, j’ai vite été rechercher la trame se l’histoire, j’étais curieuse de savoir ce qui avait été gardé ou pas. Peut-être qu’un jour, je me lancerais dans le roman de Pouchkine si nos routes prennent le temps de se croiser.

Alice : Idem. Opéra et texte inconnus chez moi aussi, mais comme une envie d’aller voir plus loin… ce que je n’ai pas encore pris le temps de faire…

Carole : Parlons de cette mise en page remarquable, de la couverture au fil des pages, un vrai travail d’orfèvre… y êtes-vous sensible ?

Alice : Oooh bien sur ! Cette couverture attire l’oeil et est encore plus significative qu’il n’y parait. Ce titre écrit quasiment d’un seul coup de stylo pour lier les mots les uns aux autres. Tu as l’impression que tu peux tirer un bout et que tu auras alors entre les doigts un long fil, …. celui de la vie, mais là il prend des tours et des détours, parce que la vie ce n’est jamais rectiligne. Et puis ce couple qui marche l’un vert l’autre et qui s’embrasse….Bref, une multitude de significations possibles et inimaginables…
Quant à la mise en page, presque, elle t’empêche de t’arrêter dans ta lecture. T’as pas envie de glisser le marque page, elle t’invite à lire le livre d’une seule traite. Vous ne trouvez pas ?

Pépita : oui très belle couverture ! Et j’ai mémoire d’avoir lu que le titre a été suggéré par l’éditeur….oui la forme parlons-en ! Très chouette travail de composition. Ce que j’ai aimé c’est que l’écriture suit les sentiments des personnages (les hauts et les bas, les sauts de mots en mots, les blancs,…). Et très rapidement, c’est très fluide cette lecture. Par contre, je persiste à dire que c’est la forme qui « sauve » ce roman. Car sans cette forme, le fond est assez banal. Je prends toujours l’habitude de me dire après avoir lu un roman : que m’en reste-t-il après des semaines ? Et bien là, c’est ce qu’il me reste : la splendeur de cette forme qui sert l’histoire, et non l’inverse.

Sophie : Oui la mise en page est vraiment sublime. La couverture avec tous ces mots liés entre eux offre déjà beaucoup de poésie tout comme ces silhouettes qui en disent déjà un peu. Quant à l’intérieur, c’est très réussi. J’aime les livres dont on sent la fluidité des mots avant même d’avoir commencé à les lire, là c’est ça. De belles phrases dans une belle mise en page aérée et poétique.

Carole : Comme le fait remarquer Pépita, que vous reste-il de cette lecture ? Si vous deviez ne choisir qu’un seul mot, ce serait…? Ou une seule page ?

Pépita : sans doute : musique et danse des mots.

Alice : Danse, j’aime bien. Mais pas seulement des mots, une danse des sentiments aussi et surtout une jolie danse entre les deux personnages.

Sophie : Danse,  j’aime bien aussi pour tout ce qui a été dit. Sinon « amour » quand même, j’aime ce genre d’histoires, pas à l’eau de rose, pas forcément en happy end.

Et vous, l’avez-vous lu ? aimé ? Quel mot pour le définir ?

Retrouvez nos avis complets : Sophie, Pépita, Alice et Carole.

Message personnel : Merci à mes chères copinautes de m’avoir sollicitée pour cette lecture, d’avoir été très patientes, merci pour ce songe-là, cette douceur-là, cet amour-là.

Lecture commune : D’entre les ogres

Baum-Dedieu.-Seuil jeunesse

Voici un album qui ne peut pas laisser indifférent. 

Voici ce qu’en dit M. Dedieu, que l’une d’entre nous a pu rencontrer : 

« C’est le plus beau livre auquel j’ai participé. J’ai failli le laisser passer à la première lecture. Je l’ai mis de côté. J’y suis revenu quelques temps plus tard et j’ai été complètement bouleversé. Il est tellement juste ! Il est tellement lumineux !

D’une force inouïe, il a suscité de vifs débats entre nous et des interprétations multiples. Lisez notre lecture commune, vous verrez !

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Pépita : « D’entre les ogres «  : comme un titre sorti d’outre-tombe et deux noms de la littérature jeunesse : Baum et Dedieu, un grand format, et une illustration de couverture très évocatrice et fortement métaphorique : lequel de ces éléments vous a le plus incitée à ouvrir ces pages ?

Alice : Sans nul doute : l’illustration qui m’a laissée sans voix. D’un premier abord, le titre seul m’a fait penser à une histoire d’une famille d’ogres. Rien d’exceptionnel …Mais l’illustration BIMMMM un sacré uppercut qui m’a fait dire que c’était plus que cela encore . Ce mélange à la fois de noirceur (regard qui nous transperce, couteau pointu dans une main fluette, traits gris…) et de douceur avec ce gros gâteau et la cerise posée dessus qui ne demande qu’à être croquée. Bien sûr avec le talentueux duo d’auteurs, je savais finalement que le titre si anodin, ne le serait pas.

Colette : Comme souvent, c’est sur les conseils de ma bibliothécaire préférée que j’ai emprunté cet album. Ce que j’aime le plus sur cette étrange couverture d’une obscurité certaine ce sont les mots du titre, cette association morbide où les ogres viennent supplanter les morts, ce qui ne laisse rien présager de bon…

Bouma : Moi j’avoue que ce sont surtout le nom des auteurs qui m’ont attirée. Avec Dedieu, on ne sait jamais à quel trait (au sens pictural) de sa personnalité on va voir et Gilles Baum est un sacré raconteur d’histoire. Alors cette couverture m’a donné envie d’en savoir plus, de découvrir si l’espace « d’entre les ogres » était finalement positif ou négatif.

Pépita : Ce qui m’a frappée dans cette couverture, c’est l’ambivalence qu’elle met en scène : la douceur (le gâteau) et la cruauté (le couteau) et au milieu, mais plus du côté de la cruauté, ce regard noir de petite fille. Et comme un clin d’œil, cette cerise sur le gâteau…Amour, haine, la vie quoi !

Aurélie : Le grand format attire l’œil et le fait que c’est un travail de Dedieu m’a fait choisir ce livre à présenter au prochain comité de lecture. L’illustration fut la troisième chose et j’avais hâte de découvrir l’histoire. J’adore les livres de Dedieu, ce sont des albums qui mettent des gifles. Baum, je le découvre. Après lecture je fus même étonnée que Dedieu soit l’illustrateur. Pas vous? En effet, c’est le genre d’histoire qu’il  aurait pu écrire et change des illustrations que j’ai l’habitude de voir chez lui. Pour la couverture je suis fascinée par le regard perçant et sa noirceur. Elle apparaît possédée.

Pépita : Et quand vous avez commencé votre lecture, à quoi avez-vous pensé d’emblée ? Vous vous êtes plutôt laissées surprendre ou alors avez-vous imaginé de quoi il pourrait bien s’agir ou est-ce carrément impossible ?

Bouma : Le début m’a beaucoup fait pensé au petit roman de Jean Leroy et Matthieu Maudet Le Panier où une sorcière décide d’élever un enfant trouvé dans un panier. Sinon, j’ai trouvé ces premières pages dans une opposition claire entre le texte positif et les illustrations toujours aussi sombres.


Alice : Une forêt, un panier avec un bébé abandonné, un ogre … je suis rentrée directement dans cette histoire comme dans un conte . Mais ici l’ogre ne se nourrit pas de chair fraîche et ne dévore pas les petits enfants…. (même s’il a les dents bien en avant)…Les auteurs nous mettent en tension dés la première page pour laisser place ensuite à une ambiance plus douce, plus mielleuse. Et c’est à partir de là que j’ai vu plus clairement les oppositions créés par les auteurs entre texte et illustration, entre couleurs sombres /claires, entre grandeur des ogres et de Blanche ..Un ogre pas brutal et cruel, mais ou cela va -til nous mener ? Une famille unit, aimante … forcément, on attend le grain de sel qui va enrayer cette belle histoire…

Colette : Des ogres qui trouvent une enfant : d’emblée j’ai su qu’il y aurait un problème. Tout ce que l’on sait des ogres se réactive et la principale caractéristique des ogres c’est quand même de dévorer des enfants. La question de l’ogrité semblait donc être au cœur de cet album, qui ne chante pas vraiment comme un conte avec l’emploi étrange de ce présent d’énonciation dès les premiers mots.

Aurélie : Je m’attendais à quelque chose de très sombre, donc surprise par l’adoption et la douceur du regard du papa ogre. Il a un air béat alors que la mère a un regard plus ambigu. Je vous avoue que pour le reste, je me suis laissée portée et je ne fus pas déçue car j’ai bien pris une bonne gifle.

Pépita : Je me suis sentie d’emblée sur le qui-vive avec ce début d »histoire, je m’attendais à un retournement de taille….Et que s’ils mangent de la chair fraîche ces ogres ! C’est si subtilement suggéré d’ailleurs. Personnellement j’en suis restée sans voix et vous ? Et quelle prouesse pour rendre à la fois dans le texte et les images cette idée du conformisme dans l’adoption ? Non ?

Colette : Entre le moment où l’enfant est adoptée et le moment où elle commence à parler j’ai trouvé que les mots choisis étaient très justes et pouvaient correspondre à tous les parents de ce monde qui peuvent créer un royaume autour de leur enfant. J’aime tout particulièrement la double page où l’on voit Blanche dormir -rêver- entre ses deux parents ogres, si petite, entre ces deux monstrueux parents, cela m’a rappelé de nombreux souvenirs de mes garçons bébés que l’on faisait dormir entre nous pour ne pas qu’ils tombent du lit ! De si petits êtres entre de si grands parents… Il y a quelque chose de terriblement humain dans ces ogres.

Pépita : oui c’est ça le sens de ma question : des ogres humains mais en même temps leur véritable nature reste latente. Je trouve que l’image de couverture qui est reprise dans l’album (enfin plutôt le contraire sans doute !) marque le basculement de l’histoire. Il y a ce monde exclusif autour de Blanche, bien bordé par les parents ogres, traitée comme une princesse et de l’autre son exigence de vérité. Les ogres perçoivent que ce moment tant redouté est arrivé. Il y a là une universalité du lien parent/enfant, ogre ou pas d’ailleurs. Surtout dans l’adoption, ce qui est finalement le cas ici. C’est fort Non ? Votre avis ?

Aurélie : en effet, finalement les ogres se sont conformés , ils ont adapté le régime alimentaire de Blanche, ça aurait été bizarre mais ils auraient pu élever la petite comme un ogre. Il n’ y aurait pas eu cette question qui fait bousculer le récit. La mère qui me paraissait plus réservée se dévoile : avec sa tristesse lors du départ de Blanche.

Bouma : Pour rebondir sur ce que dit Aurélie et répondre à la question de la latence de l’ogrité, moi j’ai compris que les ogres continuaient à manger de la chair fraîche mais qu’ils s’en cachaient à leur fille dans le but de lui fournir une éducation plus « humaine ». J’y ai vu une attitude très parentale « fait ce que je dis pas ce que je fais » où l’on essaie de protéger ses enfants des choses qu’ils ne sont pas encore en mesure de comprendre.

Alice : Oui, on arrive à cette conclusion que finalement c’est une histoire familiale comme il peut en exister entre parents et enfants, ogre ou pas ogre. Ce sont des parents imparfaits mais qui est un parent parfait ! Personne ! Alors pourquoi les parents adoptifs auraient plus de culpabilité, auraient une relation différente avec leur enfant, seraient victimes d’un regard rempli d’a priori, seraient jugés sur leur amour …. et sur leur capacité à être parents et à pouvoir donner une éducation, une histoire, une culture et …de l’amour à un enfant ? Ogre ou pas ogre, l’histoire de Blanche et de ses parents et un miroir sûrement de ce qui peut être vécu dans notre société actuelle.

Colette : je pense malgré tout qu’il ne faut pas oublier que ce sont des ogres c’est-à-dire des créatures qui tuent des enfants pour se nourrir. Toute l’ambiguïté de nos personnages naît de cette incroyable et improbable contradiction : ils élèvent et aiment un enfant tout en continuant à en massacrer d’autres dans leurs caves. Je ne pense pas que cet album est une quelconque visée psychologique ou pédagogique mais qu’il vient nous bousculer en plein cœur, en pleine MORALE : où est le bien ? où est le mal ? Comme on pourrait se demander quel lien d’affection il existe dans le réel entre un enfant et ses parents meurtriers ? entre un enfant et ses parents violents ? entre un enfant et ses parents terroristes … ? qu’est-ce qui fonde l’amour filial ? n’est-on pas bien au delà de la morale dans cet amour là. Imaginez que vous commettiez le pire : vos enfants cesseraient-ils de vous aimer malgré ça ?

Pépita : Vous touchez là au fond de cet album qui va vraiment loin dans la réflexion. Pour bondir sur la remarque d’Aurelie, moi aussi, j’ai eu du mal au début à distinguer qui était l’auteur ou l’illustrateur tout comme le lecteur se sent perdu sur l’attitude des ogres : une éducation sans ogrité à Blanche alors qu’eux mêmes continuent leur vies d’ogres. Mais n’est-ce pas psychanalytique cette histoire ? Les parents vivent leur vie de parents en dehors de l’éducation de leurs enfants non ? Ils en ont le droit sans pour autant négliger leurs enfants. ça peut choquer évidemment mais ce sont des ogres ! Vous n’avez jamais eu envie de « dévorer  » vos enfants ? Blanche exige de rentrer dans leur ronde, elle s’en sent exclue mais ça, c’est la revendication éternelle des enfants : faire comme les grands. Du coup cela induit un autre point de basculement dans l’album : les ogres ne se sentent plus légitimes de pouvoir garder Blanche, j’ai trouvé ça terrible ! Et vous ?

Bouma : Oui, terrible point de bascule et quel déchirement pour les ogres qui font une fois de plus passer le bien-être de leur enfant d’abord.

Aurélie : Pour reprendre Pépita, la latence des ogres nous met sous tension. Lors de son procès, le père garde les yeux fermés, il les gardera fermés jusqu’à ce que Blanche sorte sa tête de sa gueule. Le regard de l’ogre alors me terrifie car il est ambigu et accentué par le texte: regard du père ou regard du prédateur  « mangeur de chair fraîche »?, à votre avis? En ce qui concerne l’amour filial, c’est comme tout. Il y a même des victimes qui aiment leur agresseur. Pour les ogres et leur rôle de parents, je pense que leur désir d’enfant passe au-dessus de tout, en tout cas au début, car qu’est-ce qu’ils les auraient empêcher de manger Blanche. Est-ce que les auteurs ont voulu montrer que dans chaque monstre règne une part d’humanité? ou qu’il est possible de changer ?

Pépita : Oui tout à fait Aurélie. Mais pourquoi Blanche plus qu’un autre enfant ? Pourquoi l’ont-ils choisie elle ? Leur amour pour elle n’a pas réussi à changer leur comportement alimentaire. Du coup je me dis qu’ils préfèrent la rendre au village de peur de craquer, de la manger elle aussi si elle apprenait la vérité. Mais alors comment interpréter cette fin ? Sur le coup, cela m’a perturbée et vous ?

Colette : j’avoue que sur ce point de bascule je ne les suis pas, ces ogres ! Comme si on ne pouvait pas tout expliquer à un enfant, même le plus terrible de nos secrets, même la pire part d’ombre qui nous hante, comme si Blanche méritait d’être abandonnée une seconde fois ! Non, non, non et non, là je ne les suis pas du tout ! On en a déjà parlé ensemble, mais il n’y a pas rien de pire que le secret de famille, la vérité même cruelle renforce les liens parents-enfants.
En même temps c’est ce départ « d’entre les ogres » qui donne aussi pleinement son sens au titre, mais ça c’est du point de vue de la figure de style et non de l’amour ! Moi qui trouve l’âge de Blanche si passionnant, cet âge des questions, cette curiosité insatiable et innocente de l’enfant, si vite déçue par la couardise des adultes qui fuient devant les réponses qu’ils n’assument pas toujours, j’ai été un peu désappointée. Mais élever un enfant c’est aussi assumer son histoire personnelle et sa nature profonde, même si on voudrait protéger notre enfant de nos pires travers. En même temps considèrent-ils leur ogrité comme leur pire travers ? Puisqu’ils préfèrent renoncer à leur fille plutôt qu’à cette nature cruelle. Et pourquoi Blanche n’aurait-elle pas pu être l’exception ? D’ailleurs elle prouve bien à la fin par son courage de petite fille qu’il n’y a rien de systématique, qu’un ogre peut aimer son enfant tout en dévorant les enfants des autres …

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Pépita : Exactement Colette, c’est Blanche qui les met devant leurs responsabilités et qui fait ouvrir les yeux à M. Ogre quand elle ressort de sa gueule ou bouche (je ne sais pas comment dire du coup…), comme l’a si bien souligné Aurélie. Sur le coup j’ai échafaudé quatre hypothèses à cette fin et puis j’ai renoncé à y mettre une interprétation personnelle.

Bouma : La question de l’interprétation de cette fin énigmatique a amené beaucoup de discussion à la maison. Pour moi, Blanche met sa tête dans la gueule de l’ogre pour essayer de trouver dans la foule des humains qui auraient peur pour elle tant ils l’aimeraient. Je l’ai franchement vu comme une tentative de retrouver sa famille biologique qui finalement capote car elle ne trouve cette étincelle d’amour que dans le regard de son ogre de père. Mes enfants, eux, l’ont vu comme Pépita, comme un défi à cet ogre, pour lui montrer qu’elle n’avait peur de rien, et sûrement pas de lui. Mais ils n’ont pas compris ce que le regard de l’ogre pouvait avoir de différent…Et vous ? Vous l’avez interprété comment cette fin ?

Colette : pour moi, Blanche se met dans la gueule de l’ogre pour sauver son père en prouvant aux hommes qu’il ne la mangera pas, qu’il n’est pas dangereux. J’ai compris ce geste comme un geste de confiance absolue comme seuls les enfants en sont capables quand ils pensent leurs parents plus forts que tout… Le regard brillant de l’ogre sur la dernière page est pour moi un regard de gratitude étonnée devant le courage et la confiance de sa fille.

Aurélie : Je partage en partie l’avis de Colette sur ce que Blanche cherche à prouver. Par contre je n’arrive pas à savoir ce que signifie l’étincelle dans les yeux. Comme je l’ai dit plus tôt j’hésite entre la gratitude comme Colette ou beaucoup plus cruel, le côté prédateur de l’ogre qui renaît.

Pépita : oui c’est un défi, aux ogres et aux gens qui regardent. Elle se sauve elle-même et son ogre de père en même temps. Elle veut prouver aussi à sa potentielle famille biologique qui est peut-être là ce à quoi elle a peut-être échappé et montrer par là qu’elle est bien vivante malgré leur abandon. En fait son geste est un double message. Ce que j’ai du mal à comprendre par contre c’est l’usage du mot étincelle , tout comme toi Aurélie et en même temps ce que tu dis Colette me semble être dans le vrai. Comme je le soulignais dans ma chronique, cet album interroge quant à sa fin. Et les illustrations ? À part leur noirceur déjà soulignée plus haut, quel effet procurent-t-elles ?

Alice : Pour revenir au débat précédent, je vous rejoins. Je suis aussi d’avis que Blanche lance un véritable défis aux hommes en s’engouffrant dans la gueule de l’ogre, comme pour leur montrer toute la confiance qu’elle a en lui ; elle sait bien qu’il ne lui fera pas de mal ! J’y ai aussi vu une sorte « d’accouchement » : pour elle pas de doute, elle vient de ses entrailles-là, elle repart au creux du ventre qui « l’a porté ». Quant à l’étincelle dans l’œil de l’ogre, moi j’y ai vu des yeux embués par des pleurs, des pleurs d’émotion qui arrivent quand on a la gorge nouée et le cœur serré d’un trop plein d’émotions que l’on ne peut pas maîtriser.
Je me suis amusée à feuilleter le livre sans lire le texte, juste en regardant attentivement chaque illustration. Et bien figurez-vous que je me suis dit :  » Mais ça fait drôlement peur ! C’est très glauque et effrayant ! »
Et je crois que voilà une des forces de l’album : nous parler d’AMOUR, de beauté intérieure tout en jouant sur la noirceur des choses . C’est un parti-pris intéressant que d’oser confronter les couleurs sombres et le trait rapide et nerveux des illustrations au côté poétique et plus optimiste du texte. C’est à la fois terrifiant et d’une juste beauté !

Aurélie : Je partage vos avis sur les illustrations. Les ogres peuvent être plus humains que les hommes et vice versa. À travers les traits noirs, on ressent comme même beaucoup d’émotions. C’est un peu comme le yin et le yang. Il faut les deux pour faire un monde.

Pépita : oui noirceur des illustrations mais aussi un trait comme inachevé j’ai trouvé, comme si tout était encore à écrire. Il y a là toute l’ambivalence de l’âme humaine : amour et haine en balancier comme ce jeu entre le texte et les images. Et puis le prénom de Blanche, pas anodin non plus. Il contraste avec la noirceur. Et des ogres humains, c’est fort aussi comme symbole. Un album très riche et paradoxalement lumineux !

Colette : les fleurs du mal : le beau dans la laideur, la lumière dans la noirceur, la poésie dans la charogne … L’essence même de l’art !

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Nos chroniques respectives :

Pépita-MéLI-MéLO de livres

-Alice- A lire aux pays des merveilles

Aurélie-Atelierdecoeurs sur d’autres titres de Dedieu ici et