Lecture commune : Le grand lapin blanc

Une fois n’est pas coutume, voici une lecture commune autour d’un album proposée par Pépita et l’exercice s’est avéré plus difficile qu’il n’y parait (que sur un roman par exemple).
L’album en question s’intitule « Le grand lapin blanc » de Michaël Escoffier, illustré par Eléonore Thuillier publié en 2010 aux éditions Kaléidoscope. Pour ne pas trop dévoiler le contenu, disons qu’il aborde une thématique d’actualité, celle des couleurs.
Bouma (Un petit bout de Bib), Sophie (La littérature de Judith et Sophie) et Gabriel (La mare aux mots) ont donné leur point de vue sur cet album. Michaël Escoffier a très gentiment accepté de répondre à nos questions en fin de débat.

Pépita : Pouvez-vous chacun dire en quelques mots de quoi parle cet album ? un rapide « résumé » de chacun ?

Sophie : Chez les lapins, c’est l’inquiétude, depuis plusieurs jours, on ne trouve plus ni carottes, ni navets. Un grand lapin blanc annonce que c’est la faute des lapins noirs, il faut les exclure mais cela ne résout rien. Un petit lapin tente alors de trouver l’explication de la pénurie de nourriture. Et si celle-ci était toute proche…

Bouma : Un gentil p’tit lapin est obligé de se nourrir de caillou. Pourquoi ? Mais parce qu’il n’y a plus une seule carotte, plus un seul navet. La faute aux lapins noirs expose le Grand lapin blanc (celui du titre), il faut donc les mettre dehors. Et puis il ne faut pas oublier les lapins gris qui sur-peuplent le pays. Le gentil p’tit lapin (qui est gris) décide donc de mener une enquête. Car il est persuadé que les lapins de couleurs n’y sont pour rien.
Pour moi, cet album essaie d’aborder les notions de différence et de racisme.

Pépita :A première vue, la couverture du livre vous a-t-elle renseigné sur son contenu ? Et la quatrième de couverture ? Quelles premières impressions avez-vous eu ?

Bouma : Le titre choisi pour cet album ne laisse en aucun cas présager de l’histoire. La couverture donne quelques indices mais c’est vraiment la quatrième de couverture qui permet de se faire une idée sur l’intrigue. D’ailleurs, je ne l’avais pas lu au départ et j’ai donc été très surprise à la fin de ma première lecture. Je suis ressortie de là avec beaucoup de questions : quelles sont les intentions de l’auteur ? un livre sur le racisme ? une mini-enquête ? et puis cette fin ? pourquoi ?

Gabriel : En fait je ne lis jamais les quatrièmes de couverture (c’est vrai aussi pour les romans ou les jaquettes de films), j’aime découvrir les histoires au fur et à mesure de ma lecture. J’ai donc été surpris mais comme toujours en fait.

Sophie : La couverture comme la quatrième de couverture ne correspondent pas vraiment à l’histoire selon moi. Sur la couverture, on a l’impression que les lapins gris et blanc communiquent sauf que dans l’histoire ce n’est pas le cas. Pour le résumé de la quatrième de couverture, c’est un peu plus proche de la réalité sauf qu’on a l’impression que le lapin gris est un héros qui vient sauver tout le monde. Certes il a un rôle important mais plus discret que celui de héros.

Pépita : Que vous inspire cette histoire ? Les intentions de l’auteur notamment ?

Sophie : Pour moi, on aborde les thèmes du racisme et du mensonge. En fait, j’ai eu l’impression qu’on parlait un peu de dictature : un personnage charismatique impose sa pensée et il est suivi sans qu’on se pose de questions !

Bouma : Je pense que Michael Escoffier (auteur que j’adore) a voulu au moins parler du racisme, voire comme le dit Sophie de dictature. Tout les éléments sont là : la prise de pouvoir, l’exclusion de la population dans les décisions, la personnalité charismatique du leader, la rébellion… le tout condensé dans les 26 pages que compte l’album. Ça fait beaucoup même un peu trop selon moi.

Gabriel : Oui je suis d’accord avec ce qui a été dit et je ne vois pas grand chose à ajouter.

Pépita : Racisme, mensonge, charisme, dictature semblent en effet constituer les thèmes de cet album. Bouma nous dit avoir été gênée par la juxtaposition de ces sujets en si peu de pages. Pour ma part, je le pense aussi.
Qu’avez-vous pensé de la façon qu’a l’auteur d’amener ces sujets, et en particulier celui du racisme, dans un livre pour enfants (tranche d’âge visée : 3-5 ans) ?

Gabriel : Je suis assez partagé… Je pense que les enfants ne comprennent pas complètement de quoi ça parle mais en même temps c’est intéressant… cela dit est-ce vraiment un livre sur le racisme…

Pépita : Pourrais-tu développer ton point de vue, Gabriel ?

Gabriel : Disons que comme les lapins blancs sont en minorité, j’ai plus pensé à une forme de colonialisme. J’aurai pensé au racisme si j’avais vu quelques lapins de couleur parmi beaucoup de lapins blancs, ici c’est l’inverse. De plus, si on pense que le livre parle du racisme, j’ai envie de dire qu’il est surtout raciste anti-blanc du coup ! Les blancs sont forcément esclavagistes, profiteurs, menteurs et accusent les autres, et les « de couleur » sont forcément de pauvres victimes. D’ailleurs on dit que le lapin blanc est « trop blanc » et il est peint à la fin. Disons que si ça se veut être un livre anti racisme, c’est tout le contraire, d’après moi. C’est là qu’on voit aussi la limite d’analyser un « propos » d’un livre jeunesse, on le voit avec des yeux d’adultes alors qu’il est fait pour être vu avec des yeux d’enfants.

Bouma : Je me suis aussi fait la réflexion « blanc » contre « noir » ? Tant qu’à parler de racisme j’aurais préféré « rose » et « vert », histoire de ne pas extrapoler le propos de l’auteur comme on le fait ici en décortiquant son texte.

Pépita : Si j’ai proposé cet album pour une lecture commune, c’est que j’avais besoin d’avoir d’autres points de vue sur cet album. Il me met mal à l’aise : quand on oppose blanc contre gris contre noir. Quand on parle d’expulsion (terme difficile pour la tranche d’âge visée !, soit 3-5 ans). Quand on monte les uns contre les autres. J’aurai effectivement préféré, pour rester dans ce qui est développé ensuite (les lapins vont peindre le lapin blanc de toutes les couleurs) qu’on oppose, comme le suggère très bien Bouma, « rose » contre « vert ». C’est plus positif. Moins radical. Ce sont d’abord des adultes qui vont lire cet album sur ce sujet délicat du racisme. Quels filtres vont-ils mettre ? (surtout dans le discours ambiant…). La littérature jeunesse s’empare de nombreux sujets difficiles et elle le fait d’ailleurs souvent très bien. Mais tout dépend de la façon dont on en parle. Je n’ai absolument rien contre l’auteur, bien au contraire, mais je trouve que dans cet album, sa démarche est maladroite et va à l’encontre de ce qu’il voulait lui-même dénoncer.

Pépita : Il me reste deux questions pour terminer :
-qu’avez-vous pensé de la fin ?
-Et les illustrations d’Eléonore Thuillier ?

Gabriel : Pas grand chose à dire sur la fin, par contre j’adore les illustrations d’Eleonore Thuillier. C’est une illustratrice que j’ai découvert il y a peu et j’aime son univers. Je trouve qu’elle arrive à faire des illustrations « passe partout » tout en étant belles et originales. Je pense qu’elle va vraiment faire partie des illustratrices les plus demandées d’ici quelques années.

Sophie : Les illustrations, j’ai beaucoup aimé. Je les trouve assez fines et avec de belles couleurs. En plus, j’ai apprécié qu’elle fasse des lapins tous différents avec le caractère qui ressort un peu.

Bouma : J’ai moi aussi beaucoup aimé les illustrations. Outre la qualité du graphisme, c’est surtout la répartition spatiale, les points de vue utilisés dans les images que j’ai trouvé originale.
Quand à la fin… le sauveur qui devient Président, c’est finalement très… réaliste si l’on regarde l’Histoire mondiale.

Pépita : J’aime aussi ces petits lapins avec leurs rondeurs, leur air coquin. Les couleurs utilisées sont bien agréables aussi ainsi que la profondeur des plans. Quant à la fin ? Juste retour des choses ou abus de pouvoir ? Je suis perplexe…**

Cet album a donné diverses interprétations et a soulevé un certain nombre de questions. Michaël Escoffier, que nous avons décidé de contacter, a accepté très gentiment de nous donner la vision de son travail d’auteur. La voici :

« Pour ce qui est du fond de l’histoire, les remarques de vos commentateurs sont très intéressantes. On voit que chacun donne une interprétation en fonction de sa propre sensibilité, et des références qu’il a cru reconnaître dans l’album. Je ne suis pas forcément d’accord avec toutes les thèses avancées, mais mon avis personnel présente peu d’intérêt. Je n’ai d’ailleurs la plupart du temps pas d’idée très précise de l’histoire que j’ai envie de raconter ou de la « morale » qui pourrait s’en dégager. Quand j’écris, je me laisse guider par les mots, les sonorités, le rythme des phrases. J’aime laisser la porte ouverte au lecteur, parce que je trouve les questions plus intéressantes que les réponses. J’envisage les albums jeunesse comme des points de départ, des supports à un échange adulte-enfant. L’enfant qui va découvrir seul une histoire n’a pas les mêmes lunettes que le lecteur adulte, pas la même grille de lecture. Il l’appréhende du haut de ses 5 ou 6 ans d’expérience, en prenant comme référence un univers d’enfant, c’est à dire un espace de quelques mètres carrés. L’adulte va pouvoir lui apporter une nouvelle vision de l’histoire, à travers sa propre expérience, il va l’aider à pousser les murs. Je dirais donc que toutes les remarques formulées par vos commentateurs sont acceptables, dans la mesure où elles parlent plus du lecteur lui même, de son histoire personnelle, que des intentions de l’auteur. »

Pour aller plus loin dans cette lecture :
L’avis de Bouma http://boumabib.fr/2012/11/09/le-grand-lapin-blanc-de-michael-escoffier/
L’avis de Sophie http://litterature-jeunesse.over-blog.fr/article-le-grand-lapin-blanc-111920909.html
L’avis de Pépita http://melimelodelivres.blogspot.fr/2012/11/le-grand-lapin-blanc.html

Le blog de l’auteur http://michaelescoffier.canalblog.com/

Un grand merci aux participants de cette lecture commune et nos remerciements à tous à Michaël Escoffier de nous avoir consacré du temps pour nous répondre.

Lecture Commune : Jolene de Shaïne Cassim

Bouma : Jolene de Shaïne Cassim est mon COUP DE COEUR de ce deuxième trimestre 2012. Alors forcément j’ai eu envie de le partager, et forcément j’ai eu envie de connaître l’avis de mes comparses d’A l’ombre du grand arbre sur cette lecture. CélineNathan et Sophie-Hérisson ont décidé de relever le défi.

Jolene de Shaïne Cassim

L’École des Loisirs, collection Médium, 2012


Bouma : Aurélien, lycéen de son état, arbore fièrement le costume du cow-boy sans attache. Santiags aux pieds et harmonica dans la poche, il prend avec distance sa vie de tous les jours, même les difficultés.

Vous en pensez-quoi, vous, de ce héros ? D’ailleurs, peut-on le qualifier comme tel ?

Nathan : Aurélien … c’est le héros du livre, mais pour moi le terme héros n’est à prendre qu’au sens de personnage principal. Car il dégaine sa séduction comme un cow-boy avant de laisser tomber les filles comme des mouchoirs… Mais on sent pourtant qu’il y a quelque chose en lui qui se fragilise, surtout à partir de son histoire avec Oriane … Je m’y suis énormément attaché ! Il est très original et on n’en voit pas souvent des comme lui dans les livres. Santiags auxquelles il tient en effet et harmonica avec ses références musicales qui ne me disent rien mais qui rendent vivant le personnage. Il a laissé dans mon esprit une belle image d’un adolescent sorti d’un autre univers. On le verra évoluer et changer, pour, peut-être, devenir adulte …

Céline : Comme le présente Nathan et, malgré ce que pourrait laisser penser le titre, Aurélien, c’est le personnage principal de ce récit. Un jeune homme en décalage par rapport aux ados qui l’entourent, avec qui il ne partage pas les mêmes goûts en matière de musique ou de littérature. C’est aussi un héros de tous les jours car, mine de rien, tout ado qu’il est, il prend soin de son entourage : son petit frère, sa mère, sa sœur de cœur. Mais ce qui fait tout son intérêt, ce sont ses fêlures. Aurélien n’en finit pas de guérir de son enfance et rêve d’Absolu, un peu comme l’Aurélien d’Aragon, illustré sur la première de couverture. Il entretient une relation plutôt tendue avec un père qui part et qui revient et, avec les filles, c’est compliqué : il les séduit puis les jette ! Pourquoi tomber amoureux si c’est pour, de toute façon, finir malheureux comme ses parents ? Sa vie est loin d’être un long fleuve tranquille ! Bien au contraire, ce sont plutôt des montagnes russes et, à sa suite, on est entrainé dans des émotions extrêmes !

Sophie-Hérisson : Pour moi Aurélien est un vrai héros, de ceux qu’on ne voit que dans ces livres qui font écho au quotidien. Un jeune homme à part mais qu’on voit exister dans le livre, qu’on a envie de connaître et de rencontrer, avec ses défauts et ses faiblesses. Il est à lui seul le lien de toute l’histoire et une force incroyable.

 

Bouma : Sans en dévoiler trop sur l’histoire, je pense que l’on peut facilement dire que le roman se découpe en trois partie. Avant. Pendant. Et après Jolene. Car cette histoire est aussi celle d’une rencontre entre Aurélien, notre héros, et Jolene, une jeune femme d’origine américaine.

Qu’avez-vous pensez de cette histoire d’amour ? Vous a-t-elle paru crédible ? adaptée à notre époque ?

Céline : Oui, cette histoire est crédible et bien dans notre époque (même si – ne frappez pas trop fort – le fait qu’ils aient des relations sexuelles si jeunes (Aurélien a quoi ? 17 ans ! et n’en est pas à son coup d’essai, si j’ose dire !) m’interpelle un peu en tant que maman de deux grandes ados). Mais, en grande romantique que je suis aussi, le grand amour, c’est vrai, n’a pas d’âge ni d’époque ! Bref !
Cette histoire est aussi bien compliquée ! Tous deux, chacun de leur côté, ont un fameux passif et il leur faudra résoudre leurs conflits internes s’ils désirent donner un avenir à leur amour… En auront-ils l’occasion ?

Sophie-Hérisson : Une très belle histoire d’amour en effet mais bouleversée par la vie et l’histoire de chacun des deux personnages. Une histoire crédible même si elle est clairement décalée et atypique, c’est aussi en cela qu’elle fait rêver ! Contrairement à Céline par contre le fait que les personnages aient des relations sexuelles a leur âge m’a paru complètement naturel et normal…

Céline : En réalité Sophie, la relation Aurélien/Jolene m’a paru également couler de source, surtout que leurs sentiments sont réciproques et sincères. Par contre, ce qui m’a interpellé c’est le comportement d’Aurélien avant Jolene. J’aurais effectivement peur que mes filles tombent sur ce genre de gars qui séduit, consomme et puis jette sans ménagement, avec les conséquences parfois dramatiques que cela peut engendrer à cet âge (a fortiori quand il s’agit d’une première fois). D’ailleurs, Oriane, la dernière « victime » d’Aurélien aura bien du mal à s’en remettre… Mais, tu as raison, chacun doit vivre ses expériences, bonnes ou mauvaises, n’en déplaise à la maman poule que je suis ! Que l’auteure aborde ces questions (et d’autres dont on aura sans doute l’occasion de parler) sans tabou dans un livre jeunesse est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai particulièrement apprécié ce titre !

Bouma  : J’ai vraiment aimé le personnage d’Aurélien avant Jolene. Son côté je me fous de tout, de la famille, des filles, des cours… Il est imbuvable mais j’y ai trouvé un certain réalisme. La pensée adolescente (pour certains, ne faisons de généralité) peut aussi amener à ce genre de comportement.

Sophie-Hérisson : Moi aussi le personnage d’Aurélien avant Jolene m’a totalement séduite, c’est ce comportement et ses sentiments vis à vis de ce qu’il faisait qui m’a fait dévorer ce roman. Jolene par contre n’est clairement pas un personnage que j’ai aimé.

Nathan : La relation entre nos deux protagonistes est réaliste. Pareil pour les relations sexuelles, ça ne m’a pas du tout choqué … et puis mon âme de romantique a été séduite, un tel amour m’a fait rêver ! Un amour naturel, simple et beau.
Pour les personnages, j’ai en effet beaucoup aimé Aurélien qui est un peu libre comme la musique. Il donnait une belle image. Jolene c’est pareil, l’auteur a su bien construire ses personnages. Elle, c’est plutôt un chat, sauvage, féline, libre aussi, tempétueuse, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds mais tout ça avec une aura fragile et touchante.

Bouma  : La musique joue selon moi un rôle à part entière dans ce roman. Le titre Jolene est évidemment une chanson de Ray Lamontagne, chanteur blues américain que je connaissais déjà avant cette lecture et dont il est plusieurs fois questions dans le roman.

Selon vous, quelle importance revêt la musique dans ce livre ? Connaissiez vous les références musicales citées par Shaïne Cassim ? Cela vous a-t-il gêné dans votre lecture ?

Céline : Oui, tu as raison Bouma, le blues est le troisième personnage de ce récit. C’est grâce à la musique qu’Aurélien et Jolene survivent à leurs bleus à l’âme. C’est également le trait d’union qui va les réunir. Pour les références musicales, j’en connaissais certaines, d’autres non… Mais, pas de problème, cela m’a donné envie de les découvrir ! Et la balade valait franchement la peine. J’espère sincèrement que les jeunes lecteurs, peu familiers de ce genre musical, auront la curiosité d’écouter ces morceaux qui font partie du patrimoine mondial…

Sophie-Hérisson : Cette relation avec la musique est très importante et j’avoue ne connaître que peu des références du roman, mais cela ne m’a pas du tout gênée, c’est plus une incitation à aller écouter ces morceaux, à prolonger un peu cette parenthèse !

Nathan : Personnellement je ne connaissais aucune référence musicale… Mais c’est vrai que j’aimerais beaucoup les découvrir ! Et cela n’a pas du tout gêné ma lecture. Les références rendent le roman crédible et plus vivant ! La musique a en effet une place très importante et donne au livre une âme musicale qui prend part dans la virtuosité sentimentale qui allie nos deux protagonistes principaux …

Bouma  : Si maintenant je vous demandais de décrire ce livre en 3 mots (et seulement trois) ? Cela peut être vos impressions mais aussi une thématique…

Céline : Passion. Fêlures. Blues…

Sophie-Hérisson : Amour. Famille. Parenthèse.

Nathan : Bouleversant. Chagrin. Vie

Bouma  : et moi je rajouterais Musique. Créativité. Absence.

Venons-en aux dernières questions : Quel(s) souvenir(s) garderez-vous de cette lecture ? Il s’agit d’un coup de cœur pour moi et pour vous ?

Céline : Le souvenir d’une lecture forte (bien loin des historiettes à l’eau de rose qui fleurissent pour le moment). On rit, on pleure, on s’émeut, on se révolte, on se souvient aussi – de sa propre adolescence et de sa propre quête d’Absolu… Un récit lu d’une traite, sans temps mort qui, rythmé par la musique, vous conte la vie et ses hauts et bas… Un coup de cœur ? Certainement !

Nathan : Un coup de cœur aussi ! Une lecture bouleversante, qui m’a totalement chamboulé d’émotion et renversé de surprise. Une magnifique, vivante, dynamique et, bien sûr, musicale histoire d’amour !

Sophie-Hérisson : Un roman poignant dont les personnages continueront de me hanter ! Un roman que je vais conseiller aussi, mais étrangement peut être plus à des collègues et amis qu’à des élèves… Un presque coup de cœur pour moi cependant, car la dernière partie m’a déçue !

Bouma  :  Je rajoute donc une dernière question suite à la réponse de Sophie. La dernière partie de ce roman t’a déçue. En quoi ? Céline, Nathan, est-ce le cas pour vous aussi ?

Nathan : Personnellement elle m’a un peu moins plu aussi. Le début est émouvant, la suite sympa mais ce qui ne m’a pas trop plu c’est la fin. Je ne peux pas en parler sans dire de spoilers mais je ne l’ai pas trouvé bien amenée et le nouveau personnage qui apparaît (personnage féminin) ne m’a pas trop charmé ! En fait pour résumer, cette dernière partie m’a plu mais la fin pas autant que je l’espérais

Céline : C’est vrai qu’après le tournant fatidique du roman, le héros, comme le lecteur, doit péniblement se relever… C’est loin d’être évident, la chute a été dure. Pourtant, pour ma part, j’ai trouvé que la fin s’inscrivait dans la suite logique du long processus de guérison par lequel il doit impérativement passer. La vie reprend peu à peu ses droits, le personnage doit aller de l’avant même si rien ne sera jamais pareil… Comme le conclut Aurélien : « Ce n’est pas de l’amour, c’est entre la tendresse et le désir. C’est déjà ça, je me dis. » J’ai apprécié que l’auteure nous laisse avec cette petite note d’espoir…

Sophie-Hérisson : En effet cette fin était logique, mais pas à la hauteur de mon plaisir lors du reste du roman.

Bouma  : Même cette dernière partie m’a conquise. Comme Céline, j’y ai retrouvé la difficile reconstruction de soi suite à l’absence.

En tout cas, je vous remercie tous les trois d’avoir bien voulu me suivre dans cette lecture. Et je suis hypra méga top contente qu’elle vous ait autant plu qu’à moi.

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Pour aller un peu plus loin et si vous voulez en découvrir un peu plus sur cette lecture, l’auteur et son univers, nous vous proposons :

– les  avis de Céline de Qu’importe le flacon pourvu qu’on est l’ivresse, de Nathan du Cahier de lecture de Nathan et de moi-même sur Un Petit Bout de Bib sur ce titre

– Le génial billet de Céline contenant la playlist d’Aurélien (à découvrir et écouter absolument)

– Sophie-Hérisson de Délivrer des livres nous propose un autre titre de l’auteur Ne pas tout dire.

– le site internet officiel de Ray Lamontagne

et je ne résiste pas à la tentation de vous mettre une autre petite vidéo de Ray Lamontagne qui a signé un magnifique duo avec Damien Rice sur le plateau de Taratata

Christophe Nicolas nous parle de Tétine Man

Pour moi, Tétine Man est un héros. Il surpasse tous les hommes ultra-musclés, porteurs de capes et de collants moulants,sensés sauver la planète. C’est pourquoi, j’ai proposé de lire ses aventures à l’ombre du grand arbre. En plus des avis de trois lectrices (Pépita du blog Méli-mélo de livres, et Dorot’ du blog Les livres de Dorot’, et moi-même, Kik du blog Les Lectures de Kik), nous avons eu la chance de pouvoir interviewer l’auteur Christophe Nicolas.

J’estime l’âge de Tétine Man entre 3 et 4 ans. Ce petit garçon, qui est capable de tout faire avec sa tétine, est mis en scène dans trois bandes-dessinées, de trois histoires chacune, dans lesquelles Tétine Man réussit à se sortir de toutes les situations, même les plus épineuses.

Voici les informations pratiques et après on discute:

Tétine Man, Didier Jeunesse, 2010.

Tétine Man est le plus fort, Didier Jeunesse, 2011.

Tétine Man n’a peur de rien, Didier Jeunesse, 2012.

Pour le texte: Christophe Nicolas, pour les images: Guillaume Long

Pépita:

Cette bande dessinée autour de la tétine prend en effet le contrepied des messages culpabilisants autour de cet objet…et prouve combien en la matière, c’est l’enfant qui décide ! et combien les messages des adultes peuvent souvent être totalement incohérents ! et là tout y passe : le parent laxiste, le parent capitulateur, l’adulte très sévère et calculateur, l’adulte tolérant, voire permissif,….l’adulte indifférent,… Pour ma part, j’ai beaucoup ri à la lecture de certains passages, mais par contre, je m’interroge sur la tranche d’âge visée car il y a pas mal de second degré…et à 3 ans… En cela, Tetine man est une BD qui se moque bien plus des adultes que de l’enfant montré du doigt avec sa tétine. Cette BD retrace bien aussi les tranches de vie des petits, c’est du vécu ! et un petit qui veut garder sa tétine, il la gardera, foi de tétine man !

Kik:

De mon côté, j’aime aussi la contradiction avec la pensée commune, avec tous les livres de psycho qui culpabilise, ou flatte l’enfant pour qu’il décide d’arrêter d’utiliser la tétine. Là, on dit haut et fort, vas-y !

Dorot’:

Moi et le « Tétine man », c’est une histoire d’amour du premier regard! Quand j’ai vu la couverture du premier tome, je riais toute seule dans mon rayon jeunesse, je riais toujours, quand j’ai vu la tête de la mamie décoiffé par le mistral et encore plus quand j’ai réalisé combien notre lutte contre la tétine est voué à l’échec face aux petits obstinés.Et puis ce n’est pas à la maternelle que la lutte commence… Ceux qui ont laissé faire les bambins, n’ont plus qu’à assumer après.

Pépita:

Par contre, j’accroche beaucoup moins aux illustrations car je ne les trouve pas particulièrement esthétiques : personnages assez caricaturaux, couleurs trop criardes,…par contre, la séquence des vignettes est bien faite et ne gêne pas la lecture. N’oublions pas que c’est une BD pour petits enfants ! Des dessins presque trop enfantins par rapport au texte d’ailleurs : ça me gêne un peu dans la démarche. On attire un public pour ces dessins qui lui sont destinés mais en fait le texte, sous son apparente facilité, ne l’est pas tant que ça, beaucoup de second degré et d’humour, pas forcément compréhensible pour la tranche d’âge visée (3-6 ans).

Kik:

En ce qui concerne les illustrations, après un temps d’adaptation j’ai été conquise par Guillaume Long. J’aime les aplats de couleurs franches, ainsi que la mise en page dynamique. On suit les aventures de Tétine Man avec envie, et on a hâte de savoir comment il arrivera à se sortir de la situation problématique sans lâcher sa tétine.

Dorot’:

Les dessins vont avec le texte, explicites et avec un message clair, destiné aux parents: Vous avez laissé faire avant, subissez maintenant, dans la joie et la bonne humeur! En plus j’aime beaucoup le fait, que les mots un peu difficiles sont expliqués plus bas. Ceci peu aider les parents dans la lecture avec les bambins.

Pépita:

Ça, le message est clair pour les adultes : assumez ce que vous mettez dans la bouche de vos petits ! après, ce sont eux qui décident ! Tétine man, c’est le pouvoir absolu sur l’adulte. Il l’a bien compris le petit et malgré le fait que sa super-tétine l’empêche de parler, il se fait très bien comprendre, comme quoi !. Mais bon, les petits ont un don pour ça…tétine ou pas.

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Pour répondre à nos questions, nous sommes allés frapper à la porte (qui ressemble fort à une boîte mail) de l’auteur Christophe Nicolas. Voilà ce qu’il nous a répondu:

1/ On s’interroge tout d’abord sur la genèse du livre, on aimerait savoir le pourquoi du comment ! Comment Guillaume Long et vous êtes entrés en contact pour le projet Tétine Man ? L’idée de Tétine Man vient-elle d’un personnage réel de votre entourage ou de celui de Guillaume Long ?

L’origine, ce sont mes trois fistons, tous trois grands tétouilleurs tardifs. Le 3e a battu tous les records d’obstination. C’est lui qui a hérité du surnom, Tétine Man, et du surnom est venue une idée de livre. Au départ je voulais faire une sorte de manga… Et en même temps, je voulais aussi que ce soit un album à raconter. D’où le surplomb de la narration qui demande au raconteur de théâtraliser.

Pour ce projet j’ai tout de suite pensé à Guillaume, avec qui je travaille parfois dans le cadre de mon métier de rédacteur chez Bayard Presse. J’ai adoré ses BD jeunesse publiées à La joie de lire. J’ai proposé le nom de Guillaume à Didier Jeunesse, qui s’est assez vite intéressé au projet. Guillaume a fait des essais (voir visuel joint, accompagné du mot « Serait-ce Tétine Man ? »), et nous avons tous été convaincus, voire conquis.

2) Et les personnages ? On se demande si votre mamie est comme celle de Tétine Man… La mamie de Tétine man, c’est notre coup de coeur. Je suppose qu’elle existe quelque part dans votre famille ou dans celle de Guillaume Long… Est-elle aussi charismatique dans la vraie vie que dans le livre? (je n’ose pas demander si elle s’habille en rose pour aller faire la luge)

Les personnages sont entièrement fictifs. Mais on reprend parfois les prénoms de notre entourage : Mélanie la maîtresse est une copine de Guillaume, Tonton Gilles et Tata Magali, c’est mon frère et ma belle-sœur… Mamie est la plus fictive. Quant à son look, il faudrait demander à Guillaume. La mamie de mes enfants est, au contraire de la mamie de Tétine Man, du genre très relax et peu interventionniste. Et elle s’habille assez normalement comme les gens de son âge essentiellement en marron. Pas de survêtement rose , non. Je me demande si ce n’est pas mieux comme ça. Je me vois mal faire des courses avec une dame en survêtement rose au Centre Leclerc de Saint-Pol de Léon. Et avec cette coiffure, mon Dieu !

3) Parmi les situations « critiques », dans la vie de ce petit chenapan, il y en a des vraies? Celles qu’on se raconte en famille et dont on rit encore et encore?

Nous avions dans notre vie réelle de parents de téteurs fous quelques réflexions sur le port de la tétine à 3 ans et plus. Nous avons dû parfois écumer les pharmacies pour trouver la bonne marque (une marque anglaise, si mes souvenirs sont bons), demander une « dérogation » pour l’école (« oui, mais alors juste pendant la sieste »), bricoler un assemblage doudou-tétine… Je me souviens aussi des «hon-hon» de mes enfants en guise de réponse à nos questions. Ou de leurs questions qui disaient juste « « hon-hon-hon, hon-hon ? ». Un peu agaçant, quand même, parfois… La tétine est un piège mortel.

4/« Tétine Man », c’est pour qui ? Avez-vous inventé ce super-héros de la tétine pour les adultes ou pour les enfants ?

Avant tout pour faire un duo de lecteurs, un grand-un petit, pour rigoler à deux. Toutefois, les plus âgés des petits lecteurs lisent tout seuls ; « La Revue des livres pour enfants » conseille la série en première lecture.

5/ Qui sont les plus grands fans de Tétine Man ? De la part de qui avez-vous eu le plus de retours après la sortie de trois tomes ? Les enfants, les bibliothécaires, les libraires, les parents, les dentistes , les psychologues… ?

Indubitablement les parents à qui la situation « parle ». Les enfants, j’espère ! La promo de Didier jeunesse m’envoie régulièrement les petits mots qui sont joints au demandes de poster (car oui, on peut demander son poster), c’est bien réjouissant. (Note de Kik: Poster à demander à promo@editions-didier.fr)

6/Et la suite ? Un quatrième tome est-il en préparation ? Y apercevra-t-on la bouche de tétine man ?

J’ai rencontré des enfants récemment à Namur en Belgique. Et je leur ai confié être en panne d’inspiration. Ils m’ont donné plein d’idées d’ « opposants » et de situations. Il est question de grand cousin moqueur (qui pourrait ressembler au Jean-Kévin du blog « A boire et à manger » de Guillaume), de singe piqueur de tétine (d’éléphant, même), de policier et de… dentiste. Nous avons eu aussi des demandes de Tétine Girl… Bon il y a de quoi faire… A suivre !

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Pour finir une ultime question aux lecteurs d’À l’ombre du grand arbre:

S’il y a un quatrième tome de Tétine Man vous ferez en sorte de le lire ?  Et quel est pour chacune votre épisode préferé sur l’ensemble des trois tomes ?

Pépita :

Oui, le quatrième tome, je le lirai. Mon préféré, c’est le deuxième même si j’ai beaucoup aimé l’épisode de la piscine dans le troisième.

Dorot’ :

Mon préféré c’est le troisième avec la mamie, Jean Pierre, et la luge!!! Yeah!!! Et s’il y en a d’autres tomes????? Je les suivrai,sure et certaine!!!

Pour faire durer le plaisir, un petit podcast de France Culture qui pose des questions à Christophe Nicolas: ICI

 

Lecture Commune : Revue Bonbek

 

Bonbek n°4 Monstres
Automne 2012

Monstres est le thème d’automne de la revue Bonbek ! En cette période d’Halloween,  Za, Gabriel, Bouma, Nathan et moi-même nous sommes penchés sur ce numéro et nous vous livrons notre avis.

Sophie Hérisson : Bonbek est une revue trimestrielle destinée aux enfants, pourtant son format est proche des albums, qu’en pensez-vous ?

Za : J’avoue avoir été bluffée par la couverture ! Couleur, graphisme, elle est assez parfaite. On aurait envie de l’afficher ! En librairie, elle attire l’œil et la curiosité. Avec cette revue luxueuse et soignée, on est, en effet, proche de l’album.

Nathan : La couverture, elle déchire ! Voilà mon premier avis sur cette revue ! Elle est simple, mais très efficace: sans fioriture avec un monstre pour attirer les enfants et en gros le nom Bonbek … un nouveau bien choisi puisque ce livre est un vrai bonbon à déguster !
Quant à son format, le fait qu’il soit proche de l’album le rend plus original, plus joli aussi et tout son contenu en fait selon moi une revue plus innovante et agréable qu’un simple magazine !

Za: Et c’est ce qui fait toute la différence entre revue et magazine. On est ici dans le chic, et c’est annoncé dès la couverture.

Gabriel : Assez bluffé par le format, le papier et la couverture également. Après… ça a un prix !

Bouma : Effectivement entre le format et la couverture, cette revue pourrait tout simplement passer pour un album… Les couleurs fluorescentes attirent l’œil des petits comme des grands. Seul le sommaire en quatrième de couverture nous rappelle qu’il s’agit d’une revue trimestrielle. Tout de fois le marketing fonctionne puisqu’on a tout de suite envie de l’ouvrir pour voir ce qu’il s’y cache.

 La couverture et le format sont donc attirant, mais une fois passée cette couverture, comment avez-vous appréhendé ce magazine ? Quelle a été votre première impression sur cette revue, après les premières pages lues ou feuilletées ? 

Gabriel : Moi en fait j’ai tendance à toujours lire dans l’ordre, donc j’ai tout lu dans l’ordre, sauf la grande histoire que j’ai gardée pour la fin. En fait d’emblée j’ai trouvé que ça faisait « classe » mais peut-être un peu trop…

Nathan : Personnellement j’ai pratiquement tout lu (en omettant les recettes ou activités manuelles, j’ai pas détaillé quoi) mais je n’ai pas feuilleté, j’ai lu dans l’ordre. J’ai commencé tout de suite et ce qui m’a en premier plu c’est le design de la première BD et du conte qui suit, …

Bouma : En fait, je l’ai lu comme un livre : du début à la fin de façon très linéaire. Je l’ai trouvé agréable à lire. La mise en page, l’agencement des rubriques et le sommaire… Tout est très travaillé, très design.

Za : Je l’ai lu dans le désordre le plus complet en gardant aussi la grande histoire pour la fin. J’avoue ne pas l’avoir terminée, d’ailleurs…

 

© Kerner

Parlons justement de cette grande histoire ! Za avoue ne pas l’avoir terminée… Qu’avez-vous pensé de « Beurk, j’adore » ?

Gabriel : Alors je n’ai pas été emballé par les illustrations, du coup j’y suis allé à reculons et j’avoue n’avoir pas réussi à rentrer dedans, je n’ai pas compris l’intérêt de l’histoire en fait, elle ne m’a pas du tout séduit.

Bouma :  Alors moi, j’ai bien aimé cette histoire. Ziglo, un petit monstre, nous explique sa vie sur K.333, une planète inconnue pour nous. Tout y est dégoutant (enfin pour nous car Ziglo nous trouve encore plus monstrueux que lui d’imaginer des enfants mangés par les ogres et autres…) et moi j’aime bien ces sujets ça me fait toujours sourire.
Vu le vocabulaire et la longueur de l’histoire, je dirais qu’elle s’adresse à des enfants à partir de 6/7 ans, quand ils commencent à démêler le vrai du faux. Les illustrations sont plus enfantines et ne m’ont franchement pas séduite non plus. Pour moi il y a un léger décalage avec la cible du texte car elles plairont plutôt à des enfants de l’âge de mon fils, 3/4 ans…

Gabriel : C’est peut-être ce décalage qui m’a fait ne pas rentrer dedans, moi je me suis dit que l’histoire était pour des 3-4 ans

Nathan : Moi j’ai bien aimé mais sans plus. Elle est très amusante et assez originale mais même pour une histoire pour enfants je ne l’ai pas trouvée passionnante … Par contre c’est une bonne idée de mêler le français et l’anglais !

Bouma : Justement, en ce qui me concerne je n’ai pas bien compris cette histoire d’anglais / français. Je croyais que ça concernerait toute la revue, pas seulement la grande histoire… Je suis un peu déçue, j’aurais aimé qu’ils aillent jusqu’au bout de leur idée.

Za : Le style du dessin ne m’a pas accrochée, ni le côté accumulation de l’histoire. En revanche, je trouve intéressante l’idée d’intégrer un long texte dans un magazine. Celui-ci est assez exigeant du point de vue du vocabulaire et ça aurait tendance à me plaire. Mais du coup, le texte en anglais est plutôt difficile. Pas facile de trouver un équilibre…

Gabriel : Comme Lucie je n’ai pas compris ce côté bilingue car il n’est pas sur le reste du magazine

Pour rebondir sur ce côté bilingue, il était jusqu’à présent en effet dans tout le magazine, dans ce numéro, il n’est plus que sur la grande histoire. Cela permet à mon goût une mise en page plus claire. 
Mais quelle utilisation de ce côté anglais, selon vous ? Pour ceux qui ont des enfants, leur avez-vous lu l’anglais ? Ont-ils commencé l’anglais à l’école ?

Za : Prenons un enfant lambda, sans lien particulier avec la langue anglaise, il a appris un peu d’anglais à l’école, principalement des notions de communication orale – pas d’écrit avant le CE2 – comme se présenter, compter… Pour lui, ce texte sera trop difficile. En revanche, dans l’idée de lui faire entendre de l’anglais – à condition qu’on n’ait pas un accent trop lamentable, c’est plutôt une bonne idée.

Nathan : Personnellement je n’ai pas d’enfant mais l’avis de Za me semble tout à fait juste … Mais l’enfant n’y comprendra rien, alors franchement est-ce qu’il va écouter, ne va-t-il pas décrocher au bout de quelques pages ?

Bouma : J’ai un fils à l’école maternelle, et malgré toute ma bonne volonté, je pense qu’il ne vaut mieux pas lui raconter l’histoire en anglais vu ma prononciation et mon accent. Si tu ne sais pas, abstiens-toi (comme on dit chez moi).

Gabriel : Ma fille est trop jeune, moi j’avais pensé que c’était pour rendre la revue internationale en fait.

Sophie Hérisson : Cet aspect international n’est effectivement plus à l’ordre du jour avec l’absence d’anglais dans la majorité du magazine.

© Fabrice Houdry

Parlons maintenant des activités : coloriage, cuisine, découpage, dessin… les propositions sont nombreuses et variées. Elles font cela moi tout l’intérêt de ce magazine, êtes-vous d’accord ?

Gabriel : Oui j’ai trouvé que c’était super intéressant toutes les choses proposées. La cuisine notamment c’est original, et les recettes sont sympas. Les ombres chinoises par Antoine Guilloppé, j’ai vraiment adoré également.

Nathan : Bah moi je n’en ai faite aucune mais j’ai trouvé l’idée bonne ! Les enfants, en plus de lire, peuvent s’amuser dans plein de domaines différents et les activités manuelles sont encore plus appréciables au vu de la qualité de la revue !

Za : J’adore le coloriage triple page de la fin ! J’en ai les crayolas qui démangent !
La proposition de dessin de monstre avec les mains ou les pieds comme incitateur est très maligne. La présentation des recettes est à mourir de rire. On a fait les Spaghetôlesboules à la maison : succès et rigolade assurés. Ces activités sont vraiment le plus du magazine. Une mise en page et des photos parfaites, tout donne envie de passer à l’action. Le méli-mélo de monstres de Seb Niark est très réussi, tout comme le théâtre d’ombre d’Antoine Guillopé.
Mais c’est là que le bémol se pointe, sournois.
Bonbek est beau, on l’a dit. Beau, classieux et assez… onéreux, dirons-nous. Je ne me vois pas le découper. Rien que d’écrire ce verbe, je frissonne d’horreur. Imaginez le carnage. C’est comme pour le coloriage de la fin : crayolas, certes mais sur une copie de la page.

Nathan : Oui moi non plus ! Quant au coloriage final … Si je n’avais pas mille chose à faire je retrouverais mon âme d’enfant tout de suite !

Bouma :  J’aurais adoré faire la recette avec mes enfants mais il ne sont malheureusement pas encore assez grand. Quand au reste des activités, je pense effectivement qu’elles y sont pour beaucoup dans l’attrait de la revue. On sent la volonté d’innover, de se démarquer des autres.

Sophie Hérisson : Les activités ont donc fait l’unanimité mais comme Za le souligne, le prix de la revue, qui la rapproche là encore d’un livre, n’incite pas forcément les parents à laisser écrire dessus. Paradoxe de cette revue qui se retrouve à de nombreux niveaux. Celui de la langue mais aussi celui de l’âge et du rapport texte/image.


© Rémi Tricot

Nous avons parlé de la grande histoire mais que diriez-vous des deux autres histoires de la revue : la bande dessinée Maurice (voir ci-dessus), de Rémy Tricot ainsi que Maman, l’histoire sans texte d’Antoine Guillopé ?

Gabriel :  Je ne vais pas être objectif car je suis fan du travail d’Antoine Guilloppé ! J’ai adoré l’histoire Maman ! donc. La BD Maurice m’a vraiment plu, c’est drôle et original. Par contre pour moi, une revue est une revue et je n’aurai aucun complexe à laisser mon enfant dessiner dessus, c’est fait pour. Les livres à colorier de L’école des loisirs qui sont vraiment des livres, j’ai plus de mal, j’attends que ma fille soit assez grande, qu’elle ne fasse pas n’importe quoi. Mais là pour moi ça reste une revue

Za : J’aime beaucoup le monstre de Rémy Tricot. On aurait envie de le retrouver ailleurs, d’en avoir davantage. Comme Gabriel, je suis fan de Guilloppé et c’est sa présence qui avait éveillé ma curiosité pour cette revue. Son histoire est drôle, rapide, efficace. J’aime beaucoup l’atmosphère étrange de cette forêt, envahie d’yeux qui vous observent.

Gabriel : Oui d’ailleurs moi aussi j’ai été un peu frustré de ne trouver ce Maurice que dans le dos de couverture.

Nathan : Pour l’histoire Maman ! je l’ai trouvé tout simplement sublime ! Pas de textes mais de très jolies illustrations, elle a comblé mon âme d’enfant !

Bouma : Comme les autres, je suis une fan de Guilloppé et je trouve ça bien d’avoir une personne plus connue. Ça donne aussi plus de poids à la revue.

 Le prix d’une revue est liée à son contenu, sa qualité mais est aussi généralement inversement proportionnelle au nombre de pages de publicité. Bonbek coûte 12€, un prix qui s’explique par sa qualité, est-ce pour autant synonyme d’absence totale de publicité ?

Za : Eh bien justement pas. La publicité ne saute pas aux yeux, en revanche. Pas de grand placard pour jouets ou autre barre chocolatée, non, c’est plus discret. Les monstres à habiller à la page 14 le seront par de jolies photos à découper de vêtements d’une certaine marque… Quant à la jolie chambre d’Emma, le jeu des 9 erreurs, chaque objet la composant avec soin est détaillé à la page suivante, accompagné de l’adresse du site adéquat. C’est discret, mais c’est là. Si je peux me permettre, cette rubrique déco m’a un peu agacée d’ailleurs. Très chic, très fashion, et la demoiselle qui fait la tronche, avec un air de dire « non mais qu’est-ce que vous faites là ? » Cette rubrique n’était vraiment pas nécessaire…

Gabriel : … on attaque le sujet qui fâche ! Une revue comme Cram Cram avec un beau papier et sans aucune publicité est à 5,90€… Alors ok c’est moins épais etc mais quand même ! Sincèrement je trouve assez fou de payer une revue 12€ et d’y trouver de la publicité ! Soit on prend le parti de faire une revue de qualité et chère (car 12€ c’est cher) et sans pub, soit on met de la pub et on baisse le prix. Mais là… De plus le côté sournois des publicités m’a vraiment dérangé… On peut se dire bien sûr que c’est pas plus mal de les cacher un peu comme ça mais moi j’y vois surtout une façon de les faire passer encore plus sournoisement… Sincèrement ça m’a vraiment dérangé…

Bouma : Eh bien moi je n’ai pas vu cette publicité. Je dois être un peu naïve car je n’y avais pas franchement porté attention. Mais maintenant que vous me le dites, en effet elle est bien là mais cachée. A la lecture de la revue, je n’avais pas compris l’intérêt de cette rubrique « déco », maintenant je comprends mieux.

Nathan : Pour la publicité, je suis plutôt comme Za et Bouma, je n’ai pas vraiment fait attention. J’ai aussi trouvé ça bien placé et que ça se glissait bien dans la rubrique déco & mode, qui devenait ludique !

Gabriel : Donc on est d’accord c’est sournois.

Le thème de ce numéro d’automne de Bonbek, les monstres, est totalement d’actualité. Qu’avez vous pensé de ce thème, et finalement de la revue en général ?

Gabriel :  Sur le thème rien à dire ! Sur la revue en général disons plutôt satisfait sauf sur le prix pour un magazine contenant, en plus, des publicités (à ce prix là on peux acheter un album jeunesse genre dans les Petit Gautier ou les petits formats de l’école des loisirs + un cahier de loisir créatifs…)

Za : Je reconnais que beaucoup de gens doivent réfléchir avant de débourser 11.95€ pour une revue. Mais c’est le problème de toutes les publication périodiques destinées aux enfants. Regardez le prix des abonnement aux magazine classiques du style Pomme d’Api, c’est également onéreux.
Le thème des monstres est inépuisable et je l’aime beaucoup : aucune limite à l’imagination ! Il y a dans cette revue, un vrai souci de qualité graphique, d’originalité. J’y ai découvert le travail de Seb Niark, et rien que pour ça, merci Bonbek !

Bouma :  Le thème des monstres tombe pile poil dans la période d’Halloween, de quoi donner des idées pour occuper les petites têtes blondes pendant les vacances. La revue me laisse une très bonne impression. Sans m’abonner je pense que je regardais les prochains numéros en fonction des thèmes explorés.

Nathan :  Je suis plutôt satisfait il y a en effet une grande qualité graphique et « physique ». Les activités et histoires proposées sont diverses et j’adresse mon coup de cœur à Maman !

Pour conclure cette lecture commune, nous vous proposons quelques liens :

Tout d’abord le lien du site Bonbek, dont le graphisme illustre bien la revue.
Za nous propose le site de Seb Niark http://www.niark1.com/ illustrateur de la couverture de ce numéro de Bonbek, ainsi que de certaines activités.
Gabriel et Za nous parlent de Cram-Cram, revue jeunesse très appréciée en école, dont le dernier numéro est présenté ici par Gabriel.
Enfin Bouma nous fait part d’un autre avis sur ce numéro de Bonbek, publié par Bodoï, de quoi compléter notre article !

Merci à tous les quatre de m’avoir accompagnée dans cette lecture commune!

 A vous de découvrir Bonbek et de venir nous donner votre avis!

Lecture commune – L’Enfer au Collège d’Arthur Ténor

Milan Poche junior, tranche de vie
© Editions Milan 2012

« Harcelée à l’école, une collégienne se jette du 7ème étage »

Tel est le titre choc d’un quotidien français de ce lundi 8 octobre. Preuve s’il en est que le thème dont nous allons vous parler aujourd’hui est un sujet qui reste encore et toujours, malheureusement, d’actualité !

C’est d’ailleurs après avoir regardé une émission de télévision où une mère témoignait des brimades dont son fils collégien avait été victime qu’Arthur Ténor a décidé d’évoquer le problème de la violence à l’école et d’écrire ce récit au titre plus qu’évocateur: « L’enfer au Collège ».

J’ai éprouvé le besoin de mettre en mots une situation que nous sommes si nombreux à avoir vécue ou au moins à avoir connue de près ou de loin, explique-t-il dans une note en fin d’ouvrage.

Ce passage de la réalité à la fiction est-il une réussite ?
Pépita, Dorota, Sophie-Hérisson et moi-même…  ainsi qu’un invité surprise en débattons …

Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse: Bonjour à toutes ! Première question ! En avant-propos, pour quelle(s) raison(s) avez-vous désiré vous lancer dans cette lecture commune? Qu’est-ce qui vous intéressait a priori dans ce livre d’Arthur Ténor?

Pépita – Méli-Mélo de livres : Premièrement, parce que c’est paradoxalement un sujet d’actualité même s’il est souvent passé sous silence. Deuxièmement, parce que j’apprécie l’auteur. Le titre aussi m’a accrochée : le collège, oui, ça peut être l’enfer. Troisièmement, parce qu’un de mes enfants a été confronté à ce problème et que c’est effectivement un vrai sac de souffrance.

Sophie-Hérisson – Délivrer des livres : Presque au contraire de Pépita, j’ai voulu le lire parce que c’est un sujet dont j’entends parler tous les jours, et j’ai l’impression que les médias s’en font aussi l’écho comme d’un fait nouveau, alors que le harcèlement existe depuis des dizaines d’années dans les cours d’école.  Je suis professeur et nous sommes confrontés à certains problèmes autour de ces thèmes au collège, et j’ai fait du respect mon fil rouge de l’année avec 5 classes de 6ème… Je leur prépare aussi une bibliographie, mais j’ai beaucoup de mal à trouver des titres qui me conviennent… Mais vous allez voir par la suite que je suis particulièrement difficile !

Pépita – Méli-Mélo de livres : C’est exactement ce que j’ai voulu dire dans ma première raison… Le harcèlement à l’école n’est pas nouveau mais on fait toujours comme si on le découvre chaque année. C’est comme le poids des cartables, c’est comme les classes surchargées, c’est comme le manque de surveillants, c’est comme le racket, la liste serait longue…

Dorota – Les livres de Dorot’ : De mon côté, j’ai décidé de participer à cette lecture commune parce que le titre du livre m’a interpellée. J’ai deux filles, une au collège, l’autre au lycée, j’essaye d’être présente et d’interpréter leurs changements d’humeur et d’attitude, mais ce problème me donne une boule au ventre. Si un tel problème faisait partie de la vie d’une de mes filles ? Si je ne voyais pas les changements progressifs dans leur comportement ? J’ai pensé trouver quelques réponses dans ce récit…

Eh bien Dorota! Parlons-en de ce récit… En quelques mots, quelle est l’histoire de ce livre?

Dorota – Les livres de Dorot’ : « L’enfer au collège » est l’histoire d’un garçon, Gaspard, qui entre en sixième. Gaspard n’est pas un meneur de troupes, il aime bien vivre sa vie tranquillement, entre sa collection de coquillages et autres intérêts plutôt scientifiques. Sauf qu’à la rentrée des classes, il fait connaissance avec Anthony, un petit dur du quartier à qui la tête de Gaspard ne revient pas… Petit à petit, un bras de fer s’installe, entre Gaspard qui subit et Anthony qui abuse de sa « notoriété » de gars du quartier. La descente « aux enfers » est vite arrivée pour Gaspard…

Pépita – Méli-Mélo de livres : J’ajouterais que cette rentrée en sixième, c’est l’année de beaucoup de changements pour Gaspard : il entre non seulement dans un nouveau collège mais il vient de déménager dans un nouveau quartier suite au divorce de ses parents. Il nous dit que cette séparation ne l’a pas perturbé. Il vit donc avec sa mère, assez anxieuse pour ce fils unique car elle aussi doit faire face à beaucoup de choses nouvelles. Dès le jour de la rentrée, la relation Antony/Gaspard ne se passe pas bien : ce sont en quelque sorte deux « mondes » qui s’affrontent, deux systèmes éducatifs même : d’un côté, le caïd du quartier qui soigne bien son image et de l’autre un garçon sensible aux centres d’intérêt bien à l’opposé. Leur incompréhension vient de là d’abord : ils sont hermétiques l’un à l’autre. C’est ça qui fait d’abord le terreau du harcèlement.

Sophie-Hérisson – Délivrer des livres : L’auteur a choisi de nous présenter le témoignage d’Anthony, mais guidé par un adulte. Un intermédiaire qui cherche à savoir, à comprendre et surtout qui pousse Anthony à réfléchir sur ses gestes, son comportement. Cela permet en plus du point de vue de la victime d’avoir celui du harceleur. Ce point de vue souvent abordé me semble-t-il dans les romans sur le sujet permet de mieux comprendre ce qui pousse ces jeunes à devenir « les méchants de l’histoire ».

Pépita nous parlait de deux mondes hermétiques qui s’affrontent. Sophie-Hérisson évoque les deux points de vue, celui du harceleur et celui de sa victime. Cette dualité est renforcée par un découpage narratif particulier… L’une de vous peut-elle nous en toucher un mot?
Que pensez-vous chacune de cette façon de présenter l’histoire?

Pépita – Méli-Mélo de livres  : Effectivement, Céline a raison de souligner la construction de ce roman qui alterne la voix d’Antony et celle de Gaspard, à cette différence près que la voix d’Antony est « accouchée » en quelque sorte par une tierce personne qui l’aide à prendre conscience de la gravité de ses actes envers Gaspard, la victime. Pour ma part, j’ai trouvé que, si on ne prend pas assez de recul en tant que lecteur face à ce schéma narratif, on peut très vite avoir des jugements hâtifs, voire à l’emporte-pièce : Antony est le méchant, et Gaspard une victime estampillée bien victime. Que des clichés (le caïd de la cité livré à lui-même et le garçon « bien élevé », intello,…). Mais l’objectif de cette construction choisie par l’auteur est de démontrer les mécanismes du harcèlement (et c’est le but du roman) : comment il s’installe, comment il empire, comment il dégénère pour aboutir à un engrenage extrêmement dangereux. La voix de la tierce personne permet justement de prendre ce recul nécessaire, et dans le cas d’Antony, il arrive presque trop tard.
La principale question que je me suis posée à la lecture de ce roman : où sont les adultes ? Pourquoi les jeunes n’ont-ils pas pu se tourner vers eux , pourquoi n’ont-ils pas été entendus ?
Pour ma part, j’ai pris ce roman par la fin : j’ai d’abord lu la démarche exprimée par l’auteur (tout comme l’a rappelé Céline en début de ce débat) et ensuite, le témoignage de cette maman dont le fils a vécu une situation identique. En vrai. Et ça fait froid dans le dos. J’ai un de mes fils qui a vécu deux fois des situations de harcèlement : dans la première, la réponse des adultes a été adéquate, pas dans la seconde. Il a dû changer de collège. Pour son équilibre.
Il faut être très vigilant. Cela rejoint l’avis de Dorota qui s’inquiète pour ses filles.

Dorota – Les livres de Dorot’ : J’ai bien aimé cette personne « dans l’ombre », qui ne juge pas, n’accuse pas. Avec les questions bien ciblées et bien formulées, Anthony est quasiment obligé de réfléchir sur le pourquoi de ses actes. Petit à petit, on voit qu’il n’est pas forcément le dernier des méchants. Et là mon avis rejoint celui de Céline et Pépita: où étaient les adultes quand la situation a commencé de dégénérer ? Une intervention aurait pu désamorcer le conflit plus tôt, avant le drame.

Et à propos de l’alternance des chapitres « Anthony/Gaspard », tu en penses quoi ?

Le fait que le livre soit à « deux voix » m’a beaucoup plu. J’essayais de me mettre dans la tête de chacun pour comprendre leur façon de penser. J’ai poussé des cris pendant la lecture en sermonnant soit Anthony, pour son opiniâtreté, soit Gaspard pour sa passivité… C’est bien d’avoir les deux points de vue…

Y a-t-il d’autres points qui vous ont plu dans cette lecture ?

Pépita – Méli-Mélo de livres : J’ai trouvé que l’écriture de l’auteur permettait de bien se visualiser les scènes. L’univers du collège est aussi bien restitué. La montée en puissance du harcèlement également : ce qui m’a beaucoup interpellée, c’est le changement d’attitude chez Gaspard face à son harceleur. Lui-même devient violent à son tour, ce n’est pas voulu de sa part, c’est une réaction de défense face à une souffrance extrême. C’est même assez terrifiant de voir à quel point un individu peut devenir lui-même ce qu’il réprouve. Et que les rôles ont été en quelque sorte inversés pendant un court moment dans le roman, avant le dénouement final. En fait, on comprend très rapidement le fonctionnement d’Antony, mis en lumière en plus par le psychologue, ce qui permet une prise de distance et à Antony une prise de conscience de ses actes. Mais Gaspard ? Quelle solitude face à ces nouveaux sentiments qui naissent en lui ! Et quand il réalise son geste et du coup ce qu’il est en train de devenir, quelle issue lui reste-t-il ? C’est un point du roman qui m’a fait beaucoup réfléchir. A quel point tout peut basculer très vite s’il n’y a pas de garde-fous.

Et toi, Céline, quels sont les points qui t’ont plu dans ce roman ?

Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse : Je trouve aussi que l’auteur décortique à merveille la mécanique du harcèlement, ses tenants et ses aboutissants. En outre, avec ce découpage des chapitres, il nous permet de découvrir ce qui se passe dans la tête des deux protagonistes, la victime comme son harceleur. L’intervention de l’adulte qui ne juge pas mais essaie d’amener petit à petit le jeune à prendre conscience de la gravité de ses actes et à en assumer les conséquences peut également nous donner quelques pistes pour aborder cette problématique dans la réalité. Même si, sur ce dernier point, je reste persuadée que la prévention reste le meilleur remède. Mais on aura certainement l’occasion d’en reparler!

Des points négatifs peut-être?

Pépita – Méli-Mélo de livres : La fin du roman… que j’ai trouvé pour le moins trop convenue… et l’absence des adultes (parents, enseignants,…) !

Sophie-Hérisson – Délivrer des livres : De mon côté, j’ai trouvé que si la mécanique du harcèlement était bien décortiquée, elle excluait trop les autres. Les adultes mais aussi les camarades, et le rôle de témoin. Le regard de l’autre, qui approuve ou non le harcèlement, est un élément clé. Le harcèlement fonctionne en triangle.  Quand il manque l’un de ces éléments, il devient beaucoup plus difficile d’en comprendre la mécanique. Nous avons en effet le harceleur et la victime, mais aussi ces témoins, ceux qui font que le harceleur a un public et donc l’envie de continuer. Ici nous voyons quelques autres enfants en début de roman, mais ils sont totalement écartés par la suite. L’absence d’adulte me pose aussi un peu problème, même si c’est je pense un choix délibéré de l’auteur pour montrer à quel point les victimes peuvent se sentir coupable et ne pas oser en parler. Enfin, pour moi aussi, la fin est terriblement décevante. Ce n’est pas parce que c’est un roman de littérature jeunesse que tout doit bien finir! Heureusement qu’il y a ensuite le témoignage, poignant, de cette mère qui nous donne une version bien différente !

Dorota – Les livres de Dorot’ : Idem pour moi, la fin m’a un peu déçue. Tout le monde a tout compris, tout le monde s’aime à partir de maintenant… Moi la première, en tant que mère, je n’aurais pas laissé se faire cette rencontre face à face entre Gaspard et Anthony… seuls. Ce qui confirme l’absence des parents dans ce roman. Ceci dit, c’est tellement flagrant ! Je me dis que peut- être l’auteur voulait justement nous emmener là, à ce point précis. Parce qu’on ne voit pas du tout les parents d’Anthony et la mère de Gaspard est exaspérante dans l’inaction… S’ils étaient vraiment là, à se préoccuper de leurs enfants, ils pourraient voir les choses se faire, petit à petit…  Une petite explication, Arthur Ténor???

Pépita – Méli-Mélo de livres : Comme Dorota, en tant que mère, je n’aurais pas pu laisser seul mon enfant torturé pendant des semaines avec son harceleur !!! Ca semble si facile cette confiance qui s’installe tout à coup ! Mais bon, c’est un roman destiné à des jeunes, il y a une telle tension crescendo dans le roman que peut-être l’auteur a voulu que cela finisse par du positif ? L’absence des adultes, j’aimerais revenir dessus : à plusieurs reprises, on est témoin que les enseignants règlent les accrochages des deux garçons de façon très rapide, sans démêler le vrai du faux…  C’est peut-être un peu facile de leur jeter la pierre… Quant aux parents, encore faut-il que l’enfant accepte d’en parler ! Ce n’est pas toujours le cas. Dans ce roman, ce qui m’a le plus interpellée, c’est de constater que ces jeunes ne savent pas comment s’adresser aux adultes et ne savent pas qu’ils le peuvent ! Il y a aussi la force du groupe, la loi du silence, c’est très fort ça aussi chez les ados.

Dorota réclamait le point de vue de l’auteur… Eh bien, le voici ! Il a eu la gentillesse de nous répondre…

Arthur Ténor:

Je veux juste ajouter un mot à propos de la fin. Effectivement, elle est très happy end. C’est vrai que dans le réel, ça ne se terminerait sûrement pas aussi positivement, mais il s’agit là d’une fiction, pas d’un documentaire. J’ai voulu que ce court roman (peut-être la fin eût-elle été plus « crédible » si j’avais donné plus de temps à l’intrigue) se termine sur une note d’espoir, parce que tel est mon caractère. C’est vraiment l’affirmation d’une volonté, un choix d’auteur, ni mauvais ni bon, je crois… personnel que les histoires terribles comme celle-là se terminent sur une note d’espoir. Et puis au fond, me suis-je dis, pourquoi pas ? Quant à l’absence des adultes, je pense que ce n’est pas si évident pour eux de déceler la dérive « dramatique » parmi les simples événements fâcheux et sans lendemain qui émaillent la vie des enfants. Certes, il y a les signes, mais pas si simples à interpréter. Le témoignage de Mme Plan à la fin de l’ouvrage est à cet égard édifiant. C’est d’ailleurs pourquoi il est si saisissant et interpelle tout adulte confronté à ce type de processus dramatique. Le débat est lancé et important je crois.

Pépita – Méli-Mélo de livres : Pour avoir été confrontée à deux reprises avec un de mes enfants à ce type de comportement, je confirme que ce n’est pas facile à déceler. On ne peut pas tout voir dans une cour d’établissement scolaire… et pour des parents, même à l’écoute, on est parfois démuni car on craint de se heurter au poids de l’institution. Le collège a un fonctionnement bien différent du primaire, c’est pareil pour le lycée. Et c’est souvent une question de personnes. A un moment, Céline, tu as parlé de prévention. Certes. Je pense que les jeunes doivent savoir que des adultes sont là pour les aider. La question est de savoir s’il y a assez d’espace dans la société actuelle pour le permettre. Mais ça, c’est un autre débat…

Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse : Chez nous, en Belgique, depuis quelques années, les élèves du 1er degré (12-14 ans) ont dans leur programme un cours de CPA (Clés pour l’adolescence) où, par une approche ludique, ils sont amenés à prendre de l’assurance, faire des choix, s’opposer à la pression collective, dialoguer et écouter les autres… Ca ne résout pas tout, c’est certain, mais cela brise au moins la loi du silence et le harcèlement n’est plus un sujet aussi tabou !

Pépita – Méli-Mélo de livres : Dans certains collèges, en France, il y a des psychologues scolaires, mais pas dans tous, c’est une question de moyens. Je pense aussi que le rôle du professeur principal dans une classe est primordial et qu’il sache aussi assurer la liaison CPE (Conseiller principal d’éducation) et Principal d’Etablissement. C’est aussi souvent une question d’équipes, de projet d’Etablissement et d’information auprès des parents sur le fonctionnement de l’Etablissement (à qui s’adresser en cas de problème ?). Il semblerait que le harcèlement touche plus le collège et les garçons, non ?

Sophie-Hérisson – Délivrer des livres : En France aussi il y a dans les collèges des actions de sensibilisation. Il y a d’ailleurs des directives de l’éducation nationale. Et si nous n’avons pas de « psychologue scolaire » nous avons des infirmières scolaires, des assistantes sociales… et beaucoup d’adultes formés. Bref on fait de notre mieux et non il n’y a pas que les garçons qui sont touchés, au contraire même chez nous cela touche plus les filles…

Hum ! J’ai bien l’impression que nous nous laissons déborder par le sujet ! Arthur Ténor, lorsque j’ai demandé à mes élèves d’imaginer la fin, ils m’ont répondu d’une seule voix :
« C’est un livre pour la jeunesse, alors ça ne peut mal se finir ! »
Qu’en pensez-vous ? Ne faudrait-il pas parfois les surprendre voire les bousculer quelque peu dans leurs certitudes ?

Arthur Ténor :

C’est vrai qu’on associe souvent lecture enfants à la certitude d’une fin qui se termine bien. J’assume. Sans doute parce que je suis de l’ancienne génération où l’avenir était moins grave, moins sérieux, moins noir. Je suis par exemple frappé de voir que les grands succès actuels de nos ados, sont les dystopies, mondes apocalyptiques où au bout du tunnel il y a… l’abîme.

Pépita – Méli-Mélo de livres : Je partage votre point de vue : la littérature pour ados est de plus en plus dans l’irréel, voire assez trash.

Sophie-Hérisson – Délivrer des livres : Cette fin heureuse et trop rose pour notre regard d’adulte me semble quand même intéressante car elle permet de proposer cette lecture à de plus jeunes lecteurs.

Dorota – Les livres de Dorot’ : Je rejoins Sophie dans son avis, la fin un peu trop rose-bonbon pour nous les adultes. Finalement, je vois que mon idée de départ était la bonne: c’était voulu ! Après, est-ce judicieux de l’écrire comme ça, juste pour rassurer les plus jeunes ? La réalité est souvent si différente…

Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse : C’est vrai Dorota: la réalité est souvent bien moins rose! Dans le cas de ce titre, il est donc important de s’assurer que les élèves lisent également les pages qui suivent et puissent ainsi confronter cette fiction où tout finit bien avec la réalité bien plus contrastée évoquée par le témoignage poignant de cette maman.

Pépita – Méli-Mélo de livres : Dans ce cas, pour contrebalancer la fin assez édulcorée, peut-être que le témoignage aurait dû être mis au début du roman ainsi que la démarche de l’auteur. Ce n’est qu’une suggestion…

Quelqu’un a-t-il quelque chose à ajouter? Peut-être une indication sur la catégorie d’âge? Ou des idées d’autres titres sur le sujet?

Pépita – Méli-Mélo de livres : Quant à l’âge : pour des collégiens (à partir de 11 ans), c’est sûr mais avant aussi, 9-10 ans, avec accompagnement si possible.
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé:

  • Mongol de Karin Serres, collection théâtre de l’école des Loisirs (sur les insultes)
  • Le silence de Nélio de Christine Palluy chez Alice jeunesse (sur le racket)
  • Harcèlement de Guy Jimenes chez Oskar jeunesse.

Sophie-Hérisson – Délivrer des livres : Pour l’âge effectivement sans soucis dès le CM ! D’autres titres ? J’aurais cité moi aussi :

  • Harcèlement de Guy Jimenes à partir de la 5ème
    mais aussi
  • Johnny de M. Pouchain, très court mais plus fin de collège
  • Jours de collège, des nouvelles de Bernard Friot et
  • Ben X de Nic Balthazar, fin de collège, lycée.

Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse:

Pour ma part, j’ajouterais

  • Un élève de trop de Julia Jarman…

Je vous remercie toutes les trois pour cette lecture commune constructive qui s’est quelque peu transformée en débat ! Nous n’avons certainement pas fait le tour du sujet, nous y reviendrons peut-être à l’occasion d’un autre titre !

Un immense merci à Arthur Ténor qui n’a pas hésité à partager avec nous son point de vue d’auteur !

Nous attendons vos réactions…

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