Lecture commune Le rire de Camille

Le rire de Camille où l’on découvre qu’il n’ y a pas de petits chagrins de Mathis et Emilie Harel, numéro 8 de la collection Trimestre, publiée par Oskar jeunesse.

Entre roman et album…
L’histoire porte sur le chagrin et de l’importance de trouver une oreille attentive quand c’est trop lourd à porter… même pour un enfant.

C’est une collection qui me touche tout particulièrement et j’ai eu envie de partager celui-ci avec quatre blogueurs : Carole3étoiles, Drawoua, Nathan et SophieLJ.

Le rire de Camille

Pépita : Une couverture avec du orange, du noir et du blanc, une petite fille et un chien qui se regardent dans les yeux, les mots « Rire » et « Chagrin » dans le titre et sous-titre…Que vous ont d’abord inspiré tous ces éléments ?

Carole3étoiles : Pour ma part, je découvre cette collection et je dois avouer que cette couverture interpelle l’œil directement ! Et puis l’association rire/chagrin donne tout de suite envie de l’ouvrir et de le lire ! Et c’est exactement ce que j’ai fait.

Nathan : Je n’ai pas vraiment fait attention à cette opposition rire/chagrin. Par contre, j’aime beaucoup la couverture et la bouille de ce drôle de chien … et puis tout en orange fluo ça pète, moi je dis ça donne envie ! Par contre si j’ai eu envie de participer à cette lecture commune, c’est pour le nom de l’auteur : Mathis que je connais déjà un peu et que je verrai à Montreuil ! Et puis le livre n’est pas gros, je pouvais le caser facilement dans mon planning de lectures… et quand c’est pour retomber en enfance, je suis toujours partant !

SophieLJ : Connaissant la collection, je n’ai pas été surprise par la couleur dominante, puisqu’il y en a une sur chaque livre. Sinon, je ne me suis pas non plus arrêtée sur l’opposition rire/chagrin. En revanche, je me suis demandée en quoi consistait ces petits chagrins (qui n’existent pas en fait !).

Drawoua : J’ai été très intriguée par la couverture et j’aime beaucoup le coup de crayon d’Emilie Harel. Comme vous, je l’ai reçu… et je n’ai pas tardé à le lire par la suite car ce livre, comme objet-livre est très incitatif. Avec lui, je découvre la maison d’édition et la collection par conséquent.

Pépita : « Le rire de Camille où l’on découvre qu’il n’y a pas de petits chagrins » : les « sous-titres » ou plutôt chaque précision du titre de cette collection en disent souvent plus long sur l’histoire à venir et sont comme une promesse. Pour nos lecteurs, pouvez-vous raconter cette histoire (sans trop la dévoiler…) ?

Nathan : Camille, elle a un rire. Mais ce rire il se cache, il se dissimule, il se voile, il prend comme cape d’invisibilité un chagrin. Camille, elle a perdu, elle a perdu la solution qui la mènera jusqu’à son rire. Et pour ça, il lui faudra l’aide d’un drôle de chien, qui deviendra un drôle de cheval et d’un chat qui a oublié. Une courte épopée, aventure, un court voyage mais une sacrée quête !

Pépita : Que vous a inspiré cette histoire ? Enfantine, sublime, déconcertante, troublante…Quels sentiments et émotions a-t-elle suscités ?

Nathan : Je ne sais pas trop si c’est aussi dû à mon état de fatigue lors de ma lecture, mais j’ai été très touché par ce livre. Je ne saurais trop expliquer mais il a déclenché en moi des petits rires, surtout aux vues de ce drôle de chien (adorable !) et de ce chat rigolo ! Mais il m’a aussi ému, je me sentais vraiment touché en refermant le livre parce qu’il parle de ces chagrins qu’on a petit. Il n’a pas forcément de véritable raison, parfois on a juste besoin d’un câlin, de son papa, de sa maman, et de rire un coup. C’est une histoire simple qui est mise sous la forme d’une aventure mais elle n’en reste pas moins, bien que quotidienne, une jolie vue sur l’enfance.

Carole3étoiles : Cette histoire par sa simplicité m’a fait plonger dans la petite enfance. On s’identifie facilement à cette petite Camille et son chagrin. Pas besoin d’en connaître les raisons, il est là et c’est comme ça. On se surprend à éclater de rire aussi. C’est simple et efficace quelque soit l’âge du lecteur, pour peu qu’il ait gardé son âme d’enfant, et c’est ça qui m’a plu par-dessus tout !

Drawoua : J’ai un ressenti assez partagé sur le livre. L’illustration de couverture m’a donné très envie de le lire, et je l’ai d’ailleurs lu assez rapidement après réception. La première lecture en a nécessité une seconde. Je garde en tête quelques passages intéressants, d’autres aussi beaux qu’ils sont simples. Par contre il y a des choses auxquelles je n’ai pas adhéré… cela ne m’a pas parlé du tout. Par exemple je n’ai pas compris le rôle du chat…

SophieLJ : Connaissant et appréciant d’autres titres de la collection, j’ai été un peu déçue par celui-ci. J’ai trouvé le thème très simple même si je pense qu’il est très parlant pour les enfants. En fait, ça m’a gênée de ne pas pouvoir identifier la cause du chagrin et, par conséquent, je n’ai pas réussi à me plonger dans l’histoire. Par contre, j’ai tout de même aimé la quête pour sortir de la tristesse.

Pépita : Déception et enthousiasme, nous sommes comme Camille finalement, partagés entre deux sentiments. Il est vrai que ce dernier numéro de la collection est plus simple que les précédents. Plus qu’il n’ y parait cependant. Parlons des illustrations : qu’en avez-vous pensé ? Vous ont-elles touchées ? Sont-elles trop simples ?

Carole3étoiles :Concernant les illustrations, j’avoue que je déteste la couleur orange…mais ici j’ai adoré ! Je ne sais pas comment l’expliquer ! Ce que je sais en revanche, c’est que les illustrations se fondent parfaitement au texte. Je les ai perçues comme naturelles, logiques, simples, en prolongement du texte. Et je me rends compte à quel point trois couleurs peuvent tout faire !

Nathan : Ah je suis d’accord : trois couleurs peuvent tout faire ! J’ai ADORE ces illustrations, j’admire franchement ! Le chien est trop mignon, le chat est trop rigolo et Camille par contre, je n’ai pas trop pu m’attacher à elle par les illustrations … mais il y a une illustration que je montre à tout le monde (page 24) : c’est lorsqu’ils sont sur une colline et qu’ils voyagent et le paysage et son reflet dans l’eau se fondent dans une superbe illustration !

SophieLJ : J’ai aimé les illustrations en particulier celles avec l’arbre. Par contre, j’ai trouvé que le chien ne se ressemblait pas sur toutes.

Drawoua : L’illustration de couverture et la première page en bichromie avec le orange flashy m’ont aimantée ! Pour moi, les illustrations de ce livre sont réussies. Tu dis simples, peut-être, mais sans être si simplistes non plus. C’est vrai que le chien n’est jamais le même. Mais peut-être que le chagrin non plus n’est pas le même à chaque fois qu’on en parle ? L’illustration où l’on ne voit que les yeux de Camille entre ses bras est très chouette, ainsi que la suivante, la petite fille est enveloppée dans une couverture. J’ai particulièrement aimé aussi celle du canal et les détails qui sont présents dans les paysages.

Pépita : Ce livre, c’est aussi la complicité entre un animal et un enfant. Camille, face à ce chagrin qu’elle ne sait trop nommer, ne se confie pas à ses parents, du moins pas tout de suite, mais trouve une oreille attentive et réconfort auprès de ce chien (Bernard, comme par hasard !). Qu’auriez-vous à dire de cette relation à l’animal ?

Carole3étoiles : Effectivement, le lien entre Camille et le chien est omniprésent. Ils communiquent ensemble par leur sensibilité, ils se comprennent même. Camille transfère ses émotions sur le chien, notamment son chagrin au moment de leur rencontre. Le chien absorbe peu à peu ce chagrin et le dissout dans son humour. Où l’on découvre qu’il n’y a pas de faux amis….

SophieLJ : Je suis d’accord avec Pépita, c’est une belle histoire cette amitié. D’ailleurs, c’est plus ça qui m’a touchée dans le livre que cette histoire de chagrin. J’ai aimé la force de leur complicité, et leur confiance l’un envers l’autre.

Nathan : Je suis d’accord mais comme je le disais, j’ai eu du mal avec Camille alors plus que leur histoire d’amitié, c’est le chien qui m’a charmé !

Drawoua : J’aime beaucoup la complicité qui se tisse entre le chien et la petite fille. L’animal éponge, aspire le chagrin de la petite fille sans presque qu’elle ne lui ait dit un mot dessus. C’est comme dans la vie, ça, non ?

Pépita : Et justement, ce chagrin, parlons-en. Pour vous, existe-t-il vraiment, comment l’avez-vous perçu ?

SophieLJ : Oui il existe. Je trouve qu’on le ressent dans le texte comme dans les illustrations. Par contre comme je l’ai dit, ça m’a gênée de ne pas pouvoir mettre un nom dessus.

Carole3étoiles : Oui, je pense aussi qu’il existe. Quand Camille dit au chien lors de leur rencontre qu’il a l’air triste, c’est d’elle qu’elle parle. On ne parle jamais que de soi… Peu m’importe si l’on ne sait pas pourquoi elle est triste, c’est un fait puisqu’elle le ressent. On n’a pas toujours besoin de raison pour être triste ou heureux, si ?

Pépita : Cela ne m’a pas gênée qu’on ne sache pas le pourquoi du chagrin de Camille. Déjà qu’elle puisse exprimer ce sentiment de tristesse, même sans savoir pourquoi, j’ai trouvé cela très positif. Qu’elle trouve une oreille attentive aussi : elle l’a sollicitée auprès du chien, comme si elle avait senti qu’il était là juste pour elle et lui, lui renvoie son propre sentiment pour qu’elle le prenne vraiment en compte. J’ai trouvé cela très juste et très humble. Une belle façon d’aborder les émotions qui nous submergent, même quand on est un enfant.

Drawoua : Pour moi le chagrin, c’est un mot fort. Dans le dictionnaire, il prend une palette plus large, du déplaisir à la douleur, de la tristesse à la souffrance, de la déception au gros chagrin, au chagrin d’amour. Dans le livre, il n’y a tout simplement pas de petit chagrin. Il y a un chagrin, le chagrin. L’auteur en parle sans nous dire de quoi il s’agit. Une quête d’universalité, peut-être. Une façon pour le lecteur de se retrouver dans le personnage de la petite fille.

Nathan : Je suis plutôt d’accord : pas de problème si on ne connaît pas la raison du chagrin … mais sinon il n’existe selon moi qu’à la fin ce chagrin, quand je l’ai vraiment perçu, c’est quand elle est avec son papa et sa maman. Avant c’était l’aventure, les sourires, le chat et le drôle de chien.

Pépita : Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas : Est-ce que ce numéro vous a donné envie d’en découvrir d’autres de la collection Trimestre ?

SophieLJ : Je peux dire que pour moi, il y en a d’autres encore mieux !

Carole3étoiles : Moi je ne connaissais pas du tout cette collection, donc MERCI Pépita pour cette découverte et cette lecture commune ! J’ai eu envie d’en savoir davantage, donc j’en ai quatre sur ma PAL ! Et déjà les titres et les couvertures me plaisent ! A suivre donc…

Drawoua : Absolument, c’est une belle découverte pour moi et je suis partante bien sûr pour intégrer Oskar dans l’univers de mon blog.

Nathan : Oui ça m’a bien donné envie ! Surtout les illustrations en deux couleurs en fait c’est très original …

Pépita : Votre passage préféré ? Votre illustration préférée ? Dites pourquoi.

SophieLJ : J’ai bien aimé le premier chapitre du livre. Ce début, je pense qu’on l’a tous vécu. Camille est triste, barbouillée, pas bien, alors que tout autour est comme d’habitude ! On a envie que ça s’arrête mais on ne sait pas comment faire !

Carole3étoiles : Mon illustration favorite est celle de la page 32, celle où Camille se met à pleurer devant l’arbre, et où ce dernier lui dit :  » C’est bien, tu commences à trouver. Chaque larme, c’est un peu de chagrin qui s’en va. » Je trouve cette réflexion très juste, et ça illustre bien le fait que ce chagrin est bien réel puisque ressenti.

Drawoua : La même citation que Carole qui sonne comme une autorisation de pleurer, comme une façon de trouver par les larmes, un apaisement.

Nathan : Et justement ma préférée, c’est la page 24 : celle où elle est sur le dos du chien, ils sont avec le chat et entre deux collines. Le paysage se reflète dans l’eau et tout cela est fait avec tellement de simplicité mais de beauté aussi que je la montre à tous ceux à qui je parle du livre.

Pépita : Mon passage préféré est sans conteste le dialogue qui s’installe entre l’arbre et la petite fille autour du chagrin. J’ai trouvé cela tellement juste. Mon illustration préférée est celle de la page 30 : les mains de Camille caressant l’écorce de l’arbre comme pour y puiser une force. Cette image me fait frissonner.

Pépita : Si vous deviez définir ce livre par une seule émotion, quelle serait-elle ?

Nathan : J’ai envie de dire l’enfance mais bon … ;-) Mes sentiments envers ce livre sont nostalgiques mais le livre en lui-même dégage plutôt … le rire, la joie ! D’où le titre quoi.

Carole3étoiles : Si je devais ne choisir qu’un ressenti, ce serait l’humilité : celle de Camille dans ce que son chagrin a d’authentique, celle de l’auteur et de l’illustrateur dans leurs choix des mots et des couleurs, celle de cette collection dans ce qu’elle propose aux lecteurs. Pour moi, c’est un gros coup de cœur !

Drawoua : Pour moi ce ne serait pas la tristesse, mais la tendresse…

Nathan : Ah ben voilà EXACTEMENT le mot que je cherchais !

Pépita : Pour moi, ce livre évoque la confiance, mais sans doute est-ce plus un sentiment qu’une émotion. Confiance en l’autre et confiance en soi. Des socles indispensables pour gérer ses émotions.

SophieLJ : L’émotion que j’ai envie de retenir, c’est le réconfort que s’apportent mutuellement Camille et le chien. C’est toujours plus facile de se sortir d’une émotion triste quand on a le soutien de quelqu’un.

Pour aller plus loin dans cette découverte, nous avons souhaité contacter Thierry Lenain, le directeur de cette collection avec Benoît Morel. Il a très gentiment accepté de répondre à nos questions et nous le remercions chaleureusement.

Voici ses réponses concernant la collection Trimestre :

-Comment est née cette collection ?

Quand Oskar a accepté le texte de « La dernière année », je leur ai demandé de me laisser carte blanche pour le choix de l’illustrateur et la réalisation de l’objet livre. Ils ont été OK. Puis quand Benoit et moi avons terminé notre livre, l’expérience nous a tant plu que nous avons proposé à Oskar de créer une collection à l’image du livre que nous venions de créer… Ils ont été OK, malgré le coût (papier de grande qualité, suivi de l’impression….).

-Comment choisissez-vous les auteurs et illustrateurs ?

Nous choisissons d’abord le texte (qui nous est envoyé spontanément ou que nous avons sollicité auprès d’auteurs que nous apprécions) en fonction de deux critères : l’émotion (d’un ordre ou d’un autre) qu’il porte;  son accessibilité, par une voie ou une autre, pour des enfants de 8/10 ans. Puis nous choisissons un illustrateur dont nous apprécions l’œuvre et l’univers, et qui nous semble pouvoir répondre à la ligne graphique de la collection : bichromie et style « gravure ».

 -Quelles grandes lignes et limites leur donnez-vous pour chaque livre ?

Il y a une contrainte de nombre de signes : entre 9000 et 19000 signes . Après… il n’y a pas de grandes lignes ni de limites sinon le respect des deux critères évoqués.

 -Comment choisissez-vous LA couleur du livre puisqu’à chacun une est attribuée ?

En fonction du thème du récit, et de son articulation avec les couleurs des autres titres, l’un de ces critères pouvant emporter sur l’autre.

-Quels auteurs aimeriez-vous faire participer à cette collection ?

 Alexandre Romanès. Je lui ai proposé, mais je n’ai pas obtenu de réponse. Qui sait, un jour…

Voici ses réponses concernant plus particulièrement ce numéro 8 de la collection :

  -Le livre tout en orange blanc et noir : est-ce un choix de l’illustratrice ?

A vrai dire je ne m’en souviens plus, mais je trouve le résultat super 🙂

-Est-ce Mathis qui vous a envoyé ce texte ? Dans quelles circonstances ?

Non, c’est moi qui lui ai demandé. Le texte que j’ai reçu m’a beaucoup plu, il était un peu court, Mathis l’a allongé d’ un tiers.

-Quels sont vos prochains projets pour cette collection ?

La bouche de l’ogre, un texte de Benoit Broyard illustré par Donatien Mary dont nous avons découvert le travail sur le net, et Elle est où la ligne, un texte de Davide Cali illustré… par une illustratrice qui devrait se dépêcher sinon nous allons devoir la remplacer au pied levé !!!!

Quelques éléments pour poursuivre votre lecture :
Le blog de la collection Trimestre, pour tout savoir sur son actualité : http://collectiontrimestre.blogspot.fr/

Et les billets sur ce livre (et d’autres de la collection) des participants à cette lecture :

-3 étoiles : http://blog.3-etoiles.fr/2013/01/un-jou … trimestre/
-La littérature jeunesse de Judith et Sophie : http://litterature-jeunesse.over-blog.fr/article-le-rire-de-camille-112234529.html
-Maman Baobab: http://maman-baobab.blogspot.fr/2013/01/deux-camille-et-du-chagrin.html
-Le cahier de lecture de Nathan : http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/11/de-magnifiques-romans-pour-petits-et.html
-Méli-Mélo de livres :http://melimelodelivres.blogspot.fr/2012/11/le-rire-de-camille.html

Un grand merci à tous les participants autour de cette lecture riche en émotions  et nous avons hâte de découvrir les prochains numéros de cette collection.

Lecture commune : La pouilleuse

La lecture de La pouilleuse m’avait donnée envie d’en parler, plus que tout autre livre. D’ailleurs dès le lendemain de ma lecture j’avais envoyé une demande d’interview à son auteur, Clémentine Beauvais (Interview que vous pouvez lire ici). J’ai proposé à mes complices d’A l’ombre du grand arbre de le lire aussi et d’en débattre, voici le résultat de nos conversations… auxquelles s’est jointe Clémentine Beauvais… à l’ombre du grand arbre.

 

Gabriel (La mare aux mots) : Lorsque j’ai chroniqué ce livre je n’ai pas mis réellement de résumé, j’ai trouvé qu’il était agréable de se laisser porter par l’histoire sans savoir, à l’avance, de quoi allait parler le livre… d’être surpris par la tournure que prend l’histoire, qu’en pensez-vous ?
Drawoua (Maman Baobab) : Agréable n’est pas l’adjectif que j’emploierai pour parler du chemin dans lequel nous emmène l’histoire. Je n’ai pas non plus lu de résumé avant d’attaquer la lecture mais, je trouve que l’on ressent assez vite un malaise… Celui qui guide la lecture et nous pousse à tourner les pages. La tension prend vite le dessus dans le rythme et avec un mauvais jeu de mots je dirai que l’histoire est plausible, et qu’à un cheveu, on bascule de la fiction et là ce qui pourrait être une réalité chroniquée dans les faits divers de la presse quotidienne.
Sophie (La littérature de Judith et Sophie) : Je n’ai pas lu le résumé non plus, en revanche j’avais eu quelques échos donc je savais à quoi m’attendre. L’angoisse que j’ai ressentie à la lecture était plutôt sur l’issue de cette histoire.
Carole (3 étoiles) : Je n’ai pas lu de résumé et me suis efforcée à ne lire aucun commentaire ni chronique pour me laisser tomber dans ce livre au titre qui me faisait pressentir une lecture pour le moins perturbante. Et évidemment je n’ai pas été déçue !

Gabriel : Clémentine, ne pensez-vous pas que le roman est encore plus intéressant si on ne connait pas l’histoire ?
Clémentine Beauvais : Peut-être, oui. Je ne sais même pas si on peut raconter l’histoire sans rendre le résumé racoleur (‘des jeunes kidnappent et torturent psychologiquement une petite fille’) ou complètement absurde (‘des jeunes kidnappent une petite fille pour lui enlever ses poux’). L’histoire, l’intrigue si vous voulez, n’est pas véritablement l’intérêt du livre, c’est plutôt les questions qui entourent ce geste qui sont importantes. Donc peut-être qu’une lecture ignorante du résumé a de gros avantages.

Gabriel : Et comment êtes-vous ressorties du livre ? Quel était votre sentiment, votre état en le terminant ?
Carole : comment dire ? retournée, affectée, tremblante, au bord du mal de coeur, limite horrifiée. J’ai poussé des onomatopées durant toute la lecture, et dans l’incapacité émotionnelle de stopper ma lecture. Ce roman ne peut laisser indifférent. C’est une lecture engageante qui ne laisse pas indemne.
Sophie : Pendant la lecture, j’ai ressenti la même chose que Carole. Par contre à la fin, j’étais rassurée ! Franchement, je m’attendais à ce qu’il trouve un cadavre dans l’ascenseur ! Bien sûr, j’ai été rassurée pour la petite fille mais je reste choquée de voir qu’ils aient quand même été si loin. Même si d’une certaine façon, ce genre de dérapage de groupe ne me surprend pas tant que ça !
Drawoua : Personnellement j’ai terminé ma lecture dans le train, de bon matin en allant au travail. Je voulais connaître la fin du livre commencé la veille au soir. J’ai mis un sacré moment à m’en remettre et j’en ai même eu mal au ventre… J’étais vraiment pas très bien en commençant ma journée de travail. Pourquoi ? Il y a en premier lieu cette inquiétude liée directement à l’histoire : savoir si l’enfant sera retrouvée, et dans quel état ? On pense à tout moment que les choses peuvent encore plus dégénérer et que les ados peuvent aller jusqu’à la tuer. Il y a enfin et surtout, ou peut-être de manière indissociable le fait que cette histoire est si réaliste qu’elle pourrait arriver. Ce qui m’a donné mal au ventre, c’est le point de basculement si fragile entre la fiction et la réalité. Cette petite fille était noire et avait des poux. Ce matin je me suis réveillée avec la radio : une enfant de 12 ans s’est fait tabasser par un groupe d’adolescentes plus âgées. Elle était trop maigre…
Sophie : Je viens d’écrire ma chronique pour mon blog et c’est ce que je dis aussi. C’est le genre d’histoire qu’on entend en fait très souvent aux informations. Je me souviens il y a quelques mois (ou plus), un enfant qui en avait tabassé un autre pour un rien dont je ne me souviens même plus. Ce sont des dérapages qui partent vraiment de rien, c’est vraiment très effrayant ! D’autant plus que quand il n’y a pas de pourquoi (comme c’est dit par l’un d’un protagoniste de ce drame), on n’a pas de moyen de les éviter !
Gabriel : Personnellement, je l’ai commencé assez tard un soir et je n’ai pas pu me décoller du livre avant de l’avoir fini, malgré la fatigue. Le lendemain on devait regarder le film Polisse et je me suis dit que là je n’en étais pas capable ! La nuit qui a suivi ma lecture a été assez difficile d’ailleurs et je me suis réveillé avec un sentiment de malaise.

Gabriel : Pensez-vous que l’auteur va trop loin ? Qu’elle fait du « sensationnel » ?
Sophie : Trop loin non je ne pense pas. Elle ne fait que raconter ce qu’on entend aux infos mais de l’intérieur. Et elle le fait bien je trouve.
Drawoua : je ne pense pas non plus qu’elle aille trop loin. Elle aurait pu si le groupe était allé jusqu’au bout, mais ce n’est pas le cas. L’auteure fait monter la tension, le lecteur envisage le pire, tout se joue là. Et l’histoire reste plausible. Peut-être parles-tu par contre du dénouement et de la fin : quand la police les intercepte, les moments plutôt bien conçus quand ils se grattent la tête à sang… on peut y croire aussi.
Gabriel : Non mais en fait quand je parle de ce livre je vois souvent le visage des gens qui se disent que c’est un roman un peu… malsain… je ne sais pas comment expliquer, alors que pas du tout ! Il pourrait l’être mais Clémentine Beauvais a su faire en sorte que ça ne bascule jamais dans une sorte de voyeurisme ou de violence pour la violence.
Carole : L’auteure ne va pas trop loin pour moi. C’est l’humanité qui va trop loin. Elle ne fait que retranscrire une histoire sordide qui pourrait être réelle. Et elle le fait de manière subtile et intelligente, celle qui consiste à faire plonger le lecteur, à lui faire ressentir des émotions, sans violence gratuite, sans exagération. Et c’est pour cette raison que ça fonctionne justement. La littérature est là pour ça aussi.

Gabriel : Clémentine, avez-vous fait en sorte de ne pas aller « trop loin » ? Vous êtes-vous imposée des limites ?
Clémentine Beauvais
: Oui, évidemment, il était hors de question de sombrer dans la violence gratuite et le voyeurisme, qui sont des stratégies de mauvais goût, paresseuses et dangereuses. Il y a des livres jeunesse qui me hérissent: ce sont ceux qui banalisent le suicide en le rendant romantique, ou ceux qui banalisent la violence et la mort d’enfants et d’adolescents, en en faisant par exemple l’objet d’une émission de télé-réalité (suivez mon regard)… Ces livres-là pour moi sont un véritable problème. La pouilleuse, je l’espère, n’en fait pas partie. J’ai une éthique d’écriture qui est que lorsqu’on dénonce quelque chose, on ne le rend pas attirant en même temps – c’est hypocrite. On peut le rendre hypnotisant, scotchant, mais pas glamour: ça, c’est hors de question. J’ai essayé bien sûr de désorienter, de décontenancer le lecteur en le forçant à questionner son propre regard sur cette affaire, mais il fallait absolument que ça reste glauque et inconfortable. Du moins, c’était l’idée.

Gabriel : En lisant le livre, je me suis fait la réflexion que des jeunes du même genre que David, Elise, Anne-Laure, Florian et Gonzague pouvaient apprécier le livre. Je veux dire qu’ils peuvent se retrouver en eux et trouver génial qu’ils fassent ça… je ne sais pas si je suis clair ! Y avez-vous pensé aussi ?
Carole : Je ne pense pas que ce livre pourrait avoir une quelconque influence néfaste sur de jeunes lecteurs. Du moins je le souhaite ! Je pense que l’écrit a toujours une valeur symbolique, ici de prévention. Ce roman est quand même estampillé par Amnesty International. Après on n’est jamais à l’abri de rien. Et c’est là que les adultes doivent intervenir : parents, enseignants, éducateurs. De l’intérêt d’accompagner les plus jeunes.
Drawoua : ce n’est pas une question qui m’est venue à l’esprit quand je me suis posée celle de la réception du livre par des lecteurs ados. Le texte pose les choses de telle manière qu’il me paraîtrait surprenant que des ados s’identifient au groupe qui dérape trop vite, pour que de la sympathie puisse être mise en place dans la relation lecteur / personnages.
Sophie : Je ne pense pas non plus que des ados puissent s’identifier à ses personnages. De manière générale, je pense que l’écrit pose une distance suffisamment importante pour que cela ne se produise pas contrairement à des films.

Gabriel : Clémentine, avez-vous pensé à une éventuelle « récupération » ? Ou du moins qu’il puisse être perçu comme une «super histoire » par des jeunes du même genre que la bande ?
Clémentine Beauvais
: Je pense – j’espère – que le livre n’appelle pas à une identification du lecteur aux personnages principaux de l’histoire. Ils ne sont pas là pour devenir copains avec le lecteur. Evidemment, les jeunes lecteurs retrouveront des caractéristiques qui leur sont propres parce que les personnages sont après tout des ados ‘normaux’ au départ – mais c’est un double hideux qui leur est proposé plutôt qu’un reflet en miroir. Quant à la « récupération » d’un livre par tel ou tel groupuscule, elle est toujours imprévisible, rarement justifiée et jamais intelligente, donc si ça arrive, et je ne le souhaite pas, eh bien tant pis, ça me révolterait et je le combattrais mais je pense que ce serait une lecture complètement biaisée.

Gabriel : C’est un livre que vous conseilleriez à des jeunes, justement ? À partir de quel âge ?
Sophie : Sans hésiter oui. Les éditions Sarbacane le conseillent à partir de 14 ans, je dirais même 1 ou 2 ans avant avec un accompagnement. Pourquoi ? Et bien parce que ce type de dérives peut arriver tôt. On sait tous que les enfants au collège en particulier sont très durs entre eux, ce livre peut selon moi leur permettre de prendre conscience de certains comportements violents.

Gabriel : et à qui ? Dans quelle occasion ? (enfants proches ? pour un anniversaire d’un camarade des enfants ? ou dans un cadre précis ?)
Sophie : Plutôt dans un cadre précis. Pour une lecture avec un enseignant, pourquoi pas en éducation civique pour faire le lien avec des faits d’actualité. En tant que bibliothécaire, ça pourrait faire aussi l’objet d’une présentation dans un club de lecture avec des ados pour que ceux qui le souhaitent puisse le lire.
Carole : Comme Sophie, je dirai à partir de 12 ou 13 ans, au collège, et pourquoi pas en faire un point de départ d’une discussion en classe . Avec l’adulte, les jeunes pourraient tenter de comprendre comment et pourquoi ce genre de fait peut se produire, en quoi c’est mal et amorcer un début de réponse sur comment ne pas céder à cette violence qu’on ne contrôle pas toujours. L’école a aussi pour mission de préparer les jeunes citoyens, ce livre me semble un très bon support pour expliquer en quoi chaque acte a des conséquences.
Drawoua : Je le conseillerai à des documentalistes et à des enseignants de collège, éventuellement de seconde, qui peuvent, je pense travailler avec et autour de ce livre
Gabriel : Donc toutes vous ne l’offririez pas à votre nièce de 15 ans pour Noël, par exemple ?
Drawoua : Non pas du tout ! Ce livre m’a rendue très mal à l’aise, et je ne l’offrirai pas à Noël, ni à la légère. Il n’est pas un cadeau que l’on reçoit, il est un ouvrage sur lequel et avec lequel on discute. Par contre on aborde des thèmes forts de la société : l’adolescence bien sûr mais aussi les classes sociales, le racisme, la morale, la vie. De mon point de vue, il ne peut être reçu avec la légèreté de 30 centimètres de bolduc.
Sophie : Si elle me le met sur sa liste du Père Noël, si. Mais en surprise, c’est un drôle de cadeau, non ? En revanche, je pourrais le lui conseiller au cours d’une discussion et du coup, éventuellement lui offrir par la suite si ça l’intéresse. C’est un livre dont il faut parler avant et après la lecture et même pendant !
Carole : Alors ma filleule a 15 ans et autant je lui ai offert Candy d’Anne Loyer les yeux fermés et en prenant mon rôle de marraine à coeur, autant celui-là non ! Je suis d’accord avec Sophie que la lecture de ce roman se prépare en amont ! En revanche, je pourrai si l’occasion se présentait en discuter avec mes élèves de lycée

Clémentine Beauvais : Pour moi c’est un livre pour adolescents et adultes. Je n’aime pas beaucoup parler de tranches d’âge, mais personnellement je n’aurais pas aimé lire un livre comme celui-là avant 13-14 ans

Gabriel : Il y a des choses qui vous ont déplu dans le livre ?
Carole : il n’y a rien qui m’ait déplu perso… même si le malaise qu’on ressent qqles heures encore après la lecture n’est pas agréable, il a le mérite d’exister et c’est là l’intelligence et l’efficacité de ce texte !
Sophie : Comme Carole, je n’ai rien à y redire. Pour moi, un bon livre donne des émotions, quelles soient bonnes ou mauvaises, peu importe. Pour ce livre, c’est réussi !
Gabriel : Et qu’est ce qui vous a le plus plu ?
Carole : la fluidité et la cohérence du texte, et la subtilité du  » glissement  »
Sophie : Les émotions. Comme je l’ai dit, j’aime qu’un livre me donne des sensations, ici il m’a bouleversée et tordu l’estomac pendant quelques temps !
Drawoua :  » L’auteure parvient avec finesse à créer une tension qui provoque un vrai malaise pour le lecteur. La narration est efficace et bien ficelée. Bravo. ».
Gabriel : Moi j’avoue que j’ai découvert une vraie plume avec ce livre, je l’ai vraiment beaucoup aimé. En le finissant j’avais envie d’interviewer l’auteur (ce que j’ai fait).

Gabriel : Un mot de conclusion ?
Carole : je dirais volontiers que c’est une histoire qui gratte où ça fait mal et c’est bien ça qui est fort
Drawoua : je dirai qu’elle scalpe, cette histoire, plus qu’elle ne gratte. Parce que vraiment elle fait mal, au-delà du cuir chevelu…

La pouilleuse est sorti chez Sarbacane

Vous pouvez retrouver nos chroniques sur ce roman :

Merci infiniment à Clémentine Beauvais de s’être prêtée au jeu, vous pouvez la retrouver sur son blog : http://www.clementinebeauvais.com

Lecture Commune de La Fille Verte

Quand j’ai lu, une fois, deux fois, plus encore La Fille Verte de Vincent Cuvellier, j’ai été très surprise, je me suis dit aussi, c’est exactement le genre d’album autour duquel je voudrais discuter avec mes complices d’A l’Ombre du Grand Arbre. 4 blogueuses m’ont suivie sur cette lecture commune : Kik, Bouma, Pépita, Sophie.

la fille verteLa fille verte  de Vincent Cuvellier, illustré par Camilla Engman, album Gallimard Jeunesse publié en septembre2012

Drawoua : Première question pour commencer, quel a été votre sentiment en refermant le livre ? Vous avez aimé, pas aimé ? Quelles émotions avez-vous ressenti durant la lecture ?

Kik : Ma première impression a été d’avoir rêvé. Je me suis demandée jusqu’au bout ce qu’il allait advenir de cette fille verte. Un songe dans un jardin. Une après-midi passée au milieu des hautes herbes. J’ai vécu cette lecture comme une pause, un moment pendant lequel le temps a été ralenti.

Bouma : Ma première impression a été de me dire « Heuuuu ? ». Qu’est-ce que je viens de lire ? Je suis restée perplexe autant sur la forme que sur le fond de cet album qui pour moi n’en ai pas tout à fait un, où en tout cas un album qui sort des normes.

La fille vertePépita : J’ai d’abord été accrochée par la couverture très mystérieuse. Et j’ai commencé à lire… d’une traite. J’ai été envoûtée par cet album-roman (il se situe entre les deux pour moi), j’ai presque « vécu » la métamorphose comme la jeune fille, j’étais avec elle dans son jardin secret, j’entendais le froissement des herbes, les voix au loin, je sentais les odeurs, je fourmillais de partout. Etrange et délicieux à la fois. Et quand j’ai refermé le livre, c’était comme si je me réveillais d’un beau rêve. Un peu étourdie. Et je l’ai ouvert à nouveau pour m’attarder cette fois sur les illustrations que je n’avais pas vraiment eu le temps d’apprécier (elles sont superbes !) tellement j’étais happée par les mots.

Sophie : J’ai aussi été perplexe en refermant le livre la première fois. Du coup, je l’ai feuilleté à nouveau et j’ai mieux compris ce qu’il s’était passé. Finalement, j’ai aimé, c’est le genre de livre qui pose des questions et j’aime ça.

Drawoua : Si je vous ai posé la question de votre ressenti en premier, c’est vraiment parce que de mon côté, j’ai été happée par la lecture. Je suis passée par de multiples sentiments. Des sensations aussi. Quand j’ai refermé  le livre, je me suis dit : « mais de quoi ça parle ? ». C’est ma deuxième question !

Kik : il est question d’évasion, d’envie d’ailleurs, d’absence, de solitude, d’oubli… Je ne sais pas vraiment. C’est étrange.

Sophie : Si on s’en tient au texte, il s’agit d’une petite fille qui apprécie de passer du temps dans un coin de son jardin au point qu’elle finit par s’enraciner et se transformer en arbre. Évidemment, c’est un peu plus compliqué et abstrait que ça. À la fin de l’histoire, on comprend que tout ça n’était en fait un rêve.

Bouma : Il s’agit d’une petite fille rêveuse qui porte un regard assez distant sur sa personne et sur le monde qui l’entoure. C’est aussi un récit sur la nature, qui reprend ses droits…

Drawoua : Quand on reprend la présentation de l’éditeur, le livre est défini comme « Une fable poétique qui parle de la métamorphose de l’enfance et de l’adolescence« . Qu’en dites -vous ?

Sophie :  Fable poétique, je suis totalement d’accord. Par contre, la métamorphose de l’enfance à l’adolescence, je ne l’ai pas spécialement vue. Même si on voit bien que cette expérience a fait grandir cette jeune fille.

La fille vertePépita : Il est question dans ce livre d’une presque jeune fille qui vient de déménager, qui découvre un nouvel endroit, qui essaie de se l’approprier… Elle partage sa chambre avec son petit frère, cette proximité ne l’enchante guère. Elle a besoin de se ressourcer, de se retrouver et se réfugie donc dans ce jardin secret au sens propre, au fond du terrain de son immeuble. Au sens figuré, ce livre est une belle métaphore du passage de l’enfance à l’adolescence : ce jardin, dans sa vie et ses transformations au fil des saisons, l’accompagne dans sa croissance à elle et lui permet d’écouter ce qui se passe dans son propre corps. Ce ressourcement intérieur grâce à la nature lui permet de grandir et de l’accepter. C’est une magnifique fable poétique en effet.

Bouma : Et bien, c’est justement la quatrième de couverture qui m’a appris ce dont le livre parle. J’ai trouvé le texte beau, l’écriture simple et imagée… peut-être un peu trop car je n’en ai pas compris vraiment le sens.

Kik : Elle grandit, c’est vrai. Mais comment savoir si c’est un passage de l’enfance à l’adolescence? Ce changement se fait toujours au cours de l’hiver?! Je n’ai pas lu le quatrième de couverture (je ne les aime pas!), sans son évocation ici, j’aurai plutôt dit qu’il s’agit d’un nouveau départ dans une nouvelle maison, malgré des points de contrariété et une envie d’isolement.

Drawoua : Nous nous sommes approprié le texte d’une manière différente et ne nous accordons pas non plus tout à fait sur le sens (ou en tout cas pas vraiment avec la présentation de l’éditeur). On peut avoir de multiples entrées de lecture de ce texte. Qu’en pensez-vous. ? Est-ce un atout ? Est-ce que cela vous a déstabilisé ? Emporté ? Dérangé ?

Pépita : C’est une fable poétique et le propre de la poésie, ce sont les multiples entrées… Pour ma part, j’ai trouvé ce texte magnifique, les illustrations sont superbes aussi. Je n’ai pas été déstabilisée mais emportée par ce voyage au fond du jardin, j’étais cette jeune fille. Ce texte a trouvé résonance en moi : adolescente, je m’étais choisie un arbre confident qui me ressourçait quand j’en ressentais le besoin. Il m’a accompagnée longtemps. Il était mon jardin secret. En fermant les yeux, je le vois et je le sens encore … Mais je comprends tout à fait qu’on puisse être quelque peu surpris à la lecture de ce livre et qu’on ne voit pas très bien où il mène.

Sophie : Après une première lecture un peu perturbée, j’ai finalement apprécié ce texte. Il m’a fallu un peu de réflexion et une seconde lecture mais j’ai réussi à y trouver un sens.

Bouma : Je ne pense pas que cela soit un atout mais ce n’est pas un frein non plus. Cela donne au contraire l’impression que le livre s’adapte au lecteur. En fonction de sa sensibilité, chacun y comprendra une symbolique différente.  Après en ce qui me concerne personnellement, toute cette symbolique m’a déstabilisé. Je ne m’attendais pas à un tel texte dans un livre de ce format. Et il m’a fallu une deuxième lecture (comme Sophie) pour apprécier la beauté du texte et la rythmique des mots. J’ai seulement peur qu’un tel livre mérite une grande médiation pour satisfaire son lectorat jeune…

Kik : Chacun perçoit un livre de manière différente. Il est vrai que ce livre en particulier qui explore une métamorphose (vraie ou pas, symbole de quelque chose ou pas) invite à une appréciation très personnelle. Pour ma part, je trouve que cette qualité est un atout, et que cela témoigne d’une richesse de l’écriture et des illustrations.

Drawoua : Je relève ce que tu poses comme éventuelle difficulté Bouma concernant le travail de médiation qui pourrait être à faire par l’adulte mais aussi ce que tu soulignes Kik sur le fait que l’on perçoive le livre de manière différente. Cela laisse, selon moi, laisse toute la place au jeune lecteur d’entrer dans l’univers que peint Cuvellier. Entre ces deux positions, n’y aurait-il pas un pont, une autre entrée dans le texte que sont les illustrations ?

La fille verteKik : Effectivement, les illustrations correspondent bien à l’univers décrit par Vincent Cuvellier. J’y ai trouvé la part de nature, de douceur et de questionnement que m’a inspiré le texte. La composition des images peut parfois paraître particulière (avec un focus sur un détail par exemple), je la trouve surtout poétique.

Pépita : Les illustrations sont en effet superbes. La couverture est très attirante aussi. Elle m’a donné envie d’ouvrir ce livre de suite. L’alternance des pleines pages et les détails insérés dans le texte (le texte s’adapte même aux petites illustrations) rendent cette fable poétique plus forte encore. Elles participent pleinement de l’histoire (pp.26-27 : cette double page est magnifique !). Elles sont douces, le papier est agréable au toucher et dans son grain, le format idéal. C’est aussi un voyage au pays des sens. C’est un beau travail réalisé entre l’auteur et l’illustrateur je trouve.

Sophie : Les illustrations sont mon coup de cœur pour ce livre et ce qui m’a donné envie de l’ouvrir. J’ai adoré ces tons pales et ces couleurs très naturelles. J’ai trouvé que les dessins en pleine page correspondaient vraiment à l’histoire et enrichissaient le texte. Les autres sont pour moi plus des éléments de décor qui permettent de plonger le lecteur dans l’ambiance générale du livre.

Drawoua :  une couverture verte, une illustration pleine page verte, une fille verte. La couverture vous a t-elle incitée à la lecture ? A quoi vous attendiez-vous en entrant dans cet univers ? Qu’est-ce que vous retiendrez de cette lecture ?

Bouma : La couverture donne vraiment envie de lire ce livre. Avec le titre, je m’attendais effectivement à une histoire sur la nature, mais j’imaginais quelque chose de moins réel (genre une fille porteuse de la voix de la nature). Ce récit m’a complètement prise au dépourvu. Ce que je retiendrais de cette lecture est le questionnement qu’elle a soulevé en moi. J’ai eu du mal à entrer dans la fable de l’auteur, à en comprendre la signification et c’est assez rare en littérature de jeunesse pour que ça me marque (surtout pour un album).

Sophie : Je ne peux pas dire que je m’attendais à grand chose. Non, je n’avais aucun a priori sur cette lecture, peut-être l’idée qu’on me parlerait de nature mais pas plus. En revanche oui la couverture a totalement motivé ma lecture. Je l’ai trouvé (et la trouve encore) sublime et c’est en général suffisant pour me convaincre d’ouvrir un livre sans même savoir de quoi il parle.

Pépita : La couverture m’a littéralement séduite. Elle donne vraiment envie d’ouvrir ce livre pour savoir ce qu’il nous réserve. De plus, le contenu correspond parfaitement bien ainsi que le titre. Cette lecture m’a transportée dans un univers que j’ai eu le sentiment à un moment de ma vie de fréquenter. Le temps n’avait plus prise et c’est délicieux. Je ne m’attendais à rien de particulier. J’ai pris les mots, les illustrations et je me suis sentie comme la fille verte. C’était étrange. Je n’ai pas ressenti le besoin de le relire. Tout est dit. Tout est reçu. Cette lecture restera longtemps présente. J’ai souhaité aussi donner à lire ce livre à ma fille qui va avoir 13 ans et elle a beaucoup aimé ce voyage intérieur et sensoriel.

La fille verteDrawoua : Pour orienter vos dernières réponses sur l’album, j’aimerai vous convier, si ce n’est déjà fait, à lire l’article de Vincent Cuvellier concernant la genèse de La Fille Verte. UN texte qu’il a publié sur son blog : http://vincentcuvellier.canalblog.com.  Il indique notamment que bien que le texte tourne autour d’une jeune fille de 13 ans, il s’agit du texte le plus autobiographique qu’il ait publié. Il insiste aussi sur la difficulté de trouver un illustrateur Il s’est tourné vers Camilla Engman, illustratrice suédoise qui travaille particulièrement les matières organiques. En vous remerciant de m’avoir suivie dans cette lecture, je vous laisse réagir et conclure chacune votre tour.

Bouma : J’ai effectivement lu cet article de Cuvellier lorsque j’ai fait des recherches pour cette lecture. Cela m’a permis (après-coup) de mieux comprendre le récit de l’auteur, son travail également et combien ce texte lui tenait à cœur. Je crois que ma sensibilité n’a pas réussi à s’accorder à la sienne sur cet album, et c’est bien dommage car cela reste un objet de grande qualité.

Pépita : Comme Bouma, j’ai lu aussi cette genèse de l’album expliquée par Vincent Cuvellier lorsque j’ai préparé ma chronique pour mon blog. Je n’ai pas été surprise. Cela a totalement conforté ma lecture de ce roman-album qui restera pour moi une très belle rencontre. Je pense que je le relirai régulièrement. Je l’ai reçu comme un vrai et rare cadeau.

Kik : J’ai aimé savoir que cet album a été pensé, malaxé, recréé, réfléchi, oublié, repris… Il a vécu avant de voir vraiment le jour. Comme la transformation qui s’opère au fil des pages, l’auteur a réellement créé peu à peu son ouvrage. Rien n’a été fait au hasard. J’aime ces albums qui respirent une bonne odeur de création, de vécu … et de tripes ! (C’est bizarre à dire, mais c’est ça, en fait ! exactement ça !)

Sophie : C’est intéressant de savoir comment est né ce livre. Si comme Bouma, je suis un peu passée à côté, je reconnais la qualité de cet album tant sur le texte que les illustrations.

En bonus :

Camilla Engman, l’illustratrice suédoise qui s’est si bien accordée au texte de Vincent Cuvellier, nous parle  de cet album :

« J’ai tout de suite aimé le texte de Vincent. Etant enfant, je passais beaucoup de temps en pleine nature et c’est encore le cas maintenant. La nature est très importante pour moi. Voilà pourquoi le texte me parle particulièrement. J’étais totalement libre de fournir mon interprétation du texte. Je pense qu’ils me l’auraient dit si j’avais été à côté de la plaque. Je dessine et travaille avec Photoshop. Les couleurs s’imposent d’elles-mêmes.  Je travaille avec mon cœur et mon instinct et j’essaie, autant que possible, de ne pas trop impliquer mon cerveau dans le processus. Je m’appuie sur mon expérience et mon savoir-faire de ce genre d’exercice » *.

Son site : http://www.camillaengman.com
Son blog : http://camillaengman.blogspot.fr

*Merci à Pec pour la traduction

Retrouvez nos chroniques sur nos blogs :
Pour Pépita Méli-Mélo de livres : http://melimelodelivres.blogspot.fr/ : c’est ici : http://melimelodelivres.blogspot.fr/2012/11/la-fille-verte.html
Pour Bouma du blog Un Petit Bout de bib c’est ici : http://boumabib.fr/2012/11/14/la-fille- … cuvellier/
Pour Sophie du blog La littérature jeunesse de Judith et Sophie, c’est ici : http://litterature-jeunesse.over-blog.f … 19396.html
Pour Kik des Lectures de Kik, c’est ici : http://leslecturesdekik.blogspot.fr/2012/12/la-fille-verte-vincent-cuvellier.html
Pour Drawoua de Maman Baobab, c’est ici : http://maman-baobab.blogspot.fr/2012/11/la-fille-verte.html

Partez à la rencontre de l’auteur Vincent Cuvellier via son blog : http://vincentcuvellier.canalblog.com

Les illustrations de cet article sont réalisées par Camilla Engman et sont publiées sur A l’Ombre du Grand Arbre avec son aimable autorisation.

Lecture commune – La petite marchande de rêves

« – Je suis désolé, s’excusa l’arbre, je n’ai même pas une feuille à te donner pour t’essuyer.  C’est moche, cette horrible saison d’automne.  Tout mon feuillage est tombé et me voilà nu comme un ver. »

(Malo rencontre Arthur, le chêne philosophe – La petite marchande de rêves, page 31)

Inconditionnelle des titres de Maxence Fermine, quelle ne fut pas ma joie lorsque j’ai appris qu’il allait sortir un premier titre jeunesse… L’occasion de le découvrir dans ce nouveau registre et de partager cette découverte avec mes comparses d’A l’ombre du grand arbrePépita – MELI-MELO de livres…, Bouma – Un Petit Bout de Bib(liothèque), Sabaha – De pages en pages, Drawoua – Maman Boabab et Kik – Les lectures de Kik ont répondu présentes…  ainsi que l’auteur lui-même qui nous fait le plaisir de répondre à quelques-unes de nos questions en fin de billet !

Une belle façon pour nous de terminer cette année 2012 sous le signe du rêve et vous en souhaiter tout autant pour 2013 !

 

Maxence Fermine, La Petite Marchande de rêves, Editions Michel Lafon, 2012

Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse: Pour Maxence Fermine, La petite marchande de rêves est une première incursion dans l’univers de la littérature jeunesse. On apprend dans sa dédicace que ce récit lui a été inspiré d’un rêve d’un de ses enfants… En quelques mots, quelle histoire nous conte-t-il ?

Pépita  : On y fait la connaissance de Malo, qui est sur le point de fêter ses onze ans. Un accident, le jour de son anniversaire, va le faire basculer dans le Royaume des Ombres où il va rencontrer Lili, la petite marchande de rêves. Ils vont vivre une quête entre rêve et réalité.

Bouma : C’est un voyage initiatique dans un pays dont Malo ne connaît pas les règles et dans lequel les habitants sont plus extraordinaires les uns que les autres. Ce roman, c’est un peu Alice au pays de Tim Burton !

Sabaha : Il s’agit d’un voyage initiatique où rêve et réalité finissent par se rejoindre. Nous y suivons Malo au royaume des ombres sans trop savoir où ça nous mènera, ce qui est très agréable. Un petit côté « Alice » plein de surprises pas déplaisant…

Nous sommes visiblement toutes d’accord sur la filiation entre ce titre et ce classique qu’est Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Bouma parlait, elle, d’Alice au pays de Tim Burton. Quels points communs voyez-vous entre ces deux voire trois univers ? Ces similitudes vous ont-elles plu, déplu, gênées… ?

Bouma : Pour moi c’est le côté sombre, inquiétant et en même temps merveilleux qui m’a fait penser à Tim Burton. Chaque chapitre nous permet de découvrir un nouveau personnage, et tous ont en commun d’être inexistants dans la réalité. Je pense à l’arbre qui parle, au magicien Septimus, au marchand de jouets manipulateur… Cet univers m’a beaucoup plu, dommage qu’il ne soit pas plus approfondi.

Drawoua : J’adopte tout à fait le côté Alice au pays de Tim Burton, c’est une belle façon de peindre l’univers dans lequel Maxence Fermine nous fait entrer, sur les pas de Malo. Le côté Tim Burton interpelle dès la couverture avec la remarquable illustration de Louise Robinson. Ensuite les choses se concrétisent dans le texte avec le passage dans un autre monde, une autre dimension – réelle ou imaginaire ? – et la rencontre de tous les personnages. C’est une belle impression textuelle à la croisée de deux univers Caroll / Burton. J’en ai aimé l’écho, d’autant plus que l’auteur parvient à écrire une autre histoire.

Sabaha : Rien que le fait qu’il « tombe » dans un trou (en fait il est plutôt aspiré) et passe dans un monde parallèle rappelle Alice au pays des merveilles. Mais il n’y a pas que ça. L’univers dans lequel Malo arrive est complètement décalé, voire loufoque. Il y rencontre des êtres et des choses impensables (que seul un enfant est capable d’accepter sans se poser de questions, ai-je même envie d’ajouter) et enfin, il ne sait pas comment quitter cet endroit.  Effectivement, l’univers décrit est bien plus sombre et peu avoir un côté « Tim-Burtonien » qui n’est pas déplaisant. En tout cas, l’ambiance est particulière (et particulièrement réussie) et entretient le suspense. Pari réussi pour l’auteur, donc, qui parvient à créer un univers bien à lui avec ce conte.

Pépita : Le parallèle avec Alice au pays des merveilles et Tim Burton, oui, pourquoi pas ? Même si je trouve que les univers de Lewis Caroll et de Tim Burton sont nettement plus élaborés que dans le livre en question… Est-ce vraiment un livre « à la manière de… » ?

Bouma : En fait, je ne pensais pas « à la manière de… » mais plutôt dans l’ambiance…

Pépita : Je comprends bien ce que tu veux dire par « ambiance » Bouma. Mais je trouve qu’il y a peu d’interactions entre les personnages dans ce livre. C’est toujours triangulaire : Malo, Lili et le personnage introduit dans chaque chapitre. Ce qui donne un effet statique au livre. Dans Alice au pays des merveilles, les relations sont nettement plus complexes, et dans Tim Burton, n’en parlons même pas !

Bouma : Je suis totalement d’accord en ce qui concerne la complexité du récit chez Caroll et Burton, c’est d’ailleurs pour ça que je tenais à repréciser ma pensée.

Kik : Il y a la chute libre. Il y a l’arbre. Il y a le chat. Il y a les personnages un peu … particuliers… Mais comme il a été dit précédemment, le monde imaginaire est loin d’être aussi riche que la Pays des merveilles d’Alice.

A vous lire entre les lignes, je sens poindre une certaine déception… Pouvez-vous chacune préciser en quoi ce titre n’est peut-être pas à la hauteur de vos attentes ?

Pépita : J’ai trouvé l’idée de départ très chouette : cette histoire est inspirée d’un rêve d’une des filles de l’auteur. La couverture est magnifique ! Le titre évocateur. Le début de l’histoire semble prometteur, mais… très rapidement elle s’effiloche en une suite de portraits de personnages plus ou moins bien réussis avec une construction identique (rencontre dans un lieu différent du précédent, description du personnage à travers quelques dialogues, l’objet de la présence des deux enfants expliquée, tentative de résolution qui échoue à moitié et départ vers un autre personnage). Du coup, la trame est longue à se mettre en place. Et c’est très répétitif. C’est dommage, car il y a de belles trouvailles.

Kik : Après l’arrivée dans ce monde étrange, j’aurais aimé plus de rebondissements. Il y a une quête mais pas de celles qui prennent aux tripes et pendant lesquelles on angoisse et on jubile avec le héros, lors des défaites ou des réussites. Chaque étape de la quête se passe. Et voilà ça passe, dans un décor original certes, mais le peu d’intérêt de l’histoire en elle-même, ne met pas en valeur le monde imaginaire créé.

Drawoua : Je suis relativement d’accord avec vous, cependant j’ai aimé le livre et ce n’est pas contradictoire. La facilité de la trame narrative et son rythme vont permettre à de jeunes lecteurs de pouvoir s’y intéresser rapidement. L’éditeur indique 9 ans, je pense qu’un bon lecteur de 8 ans peut aborder son grand premier roman avec « La petite marchande de rêves », et nous ne sommes pas des lecteurs de 8-9 ans. Je découvre l’auteur avec ce livre et j’ai vraiment envie de lire Neige qui le précède.

Bouma : J’ai trouvé le récit long à démarrer. La petite marchande de rêves (qui est quand même le titre du roman) n’arrive qu’à la seconde moitié du livre. L’écriture de Maxence Fermine est fluide, agréable. Il signe là son premier roman pour la jeunesse et cela se sent. J’ai eu l’impression qu’il simplifiait son récit pour s’adresser à son public et ce n’est pas à ça que correspond la littérature jeunesse.

Sabaha : J’ai aimé le livre même si, tout comme la plupart d’entre vous, j’ai été un peu frustrée.  Il manque un je ne sais quoi… L’impression que l’univers (sympathique) mis en place n’est pas suffisamment exploité. En revanche la simplicité du livre le rend accessible aux plus jeunes et là cela devient tout à fait positif. Le livre est tout à fait intéressant pour un public « jeunes lecteurs », que ce soit en termes de contenu, de vocabulaire ou d’intrigue.

Céline : Malheureusement, je partage votre déception. Celle-ci est d’autant plus grande que j’adore les titres adultes de Maxence Fermine – Neige est un petit joyau où tout est ciselé à la perfection : l’histoire, les mots, la morale à tirer… Je m’attendais à autant, si pas plus, pour un titre jeunesse…

Il ne faudrait cependant pas jeter l’enfant avec l’eau du bain ! Et notre regard, comme le souligne Drawoua, n’est pas celui du lecteur cible ! De plus, malgré les faiblesses voire les incohérences de l’intrigue comme du dénouement, ce titre n’est pas dénué de trouvailles intéressantes. Lesquelles, selon vous ?

Pépita : Certains personnages comme l’arbre et sa philosophie, le magicien Septimus et son langage si particulier m’ont beaucoup plu. Tout comme les petites boîtes à rêves de Lili et leur chasse avec des filets à papillons dans le cimetière. La visite de Paris en miniature est une très belle trouvaille aussi. Le dernier personnage du SDF en quelque sorte également : mais j’ai trouvé qu’il aurait pu avoir plus de profondeur, le message qu’il délivre est très positif mais cela reste incachevé. Du moins est-ce mon avis.

Bouma : Un grand coup de cœur pour le personnage de Septimus ainsi que celui de Mercator (le chat qui parle). L’idée de faire de ce monde un univers en noir et blanc m’a aussi séduite.

Drawoua : Comme vous, j’ai aimé les personnages que vous citez, j’ai adoré l’univers en Noir et Blanc, le filet à papillon et les rêves ou les cauchemars qui apportent des touches de couleur.

Sabaha : La force de ce petit roman réside, à mon avis, dans ses personnages qui sont très attachants.  Et puis le côté « univers parallèle » est toujours sympa, pour les grands comme pour les petits lecteurs. J’aime beaucoup aussi l’initiative de l’éditeur qui a intégré des illustrations de différents illustrateurs au fil du livre. (Dommage toutefois que la qualité d’impression de celles-ci ne soit pas totalement à la hauteur.)

Céline : Je partage ton avis Sabaha quant aux illustrations… Précisons que celles-ci sont issues d’un concours organisé par l’éditeur et que les illustrateurs n’avaient pour support qu’un bref résumé. Donc chapeau à eux ! Par contre, ils ne pouvaient fournir que des dessins en noir et blanc. Plutôt dommage lorsqu’on voit de quelle manière quelques touches de couleur subliment la 1ère de couverture !  Précisons encore qu’une des illustrations est signée Léa Fermine, probablement la fille de l’auteur à l’origine de ce projet.

Et vous, Pépita, Drawoua, Bouma et Kik, un avis sur ces illustrations ?

Pépita : J’ai trouvé cette idée originale et bien dans le ton du livre : inspiré d’un rêve d’enfant, quoi de mieux que des dessins d’enfants pour l’illustrer ? Mais quel dommage qu’ils soient si peu mis en valeur ! Et un peu de couleurs n’aurait pas nui, non ? Comme les boîtes à couleurs de la petite marchande de rêves.

Kik : J’ai été déçue par la qualité d’impression des illustrations à l’intérieur du livre, en comparaison avec la couverture. Elles auraient dû être mises mieux en valeur.

Bouma : Il n’y a pas que des dessins d’enfants parmi les illustrateurs choisis, et cela se sent. J’ai trouvé l’idée du concours intéressante, tout comme les univers créés par le travail des illustrateurs. Je regrette cependant que ce projet n’ait pas été pensé dans sa globalité pour donner une réelle valeur ajoutée au récit.

Sabaha : Que les illustrations soient en noir et blanc n’est pas choquant étant donné que c’est une pratique courante. En revanche, il y a un souci de contraste, globalement, ce qui ne permet pas de les apprécier pleinement.

Pour conclure , une phrase ou un passage préféré à partager ?

Pépita : Mon passage préféré : quand Malo tombe Au pays des ombres et qu’il rencontre l’arbre. Leur dialogue est plein de bon sens. J’ai été très heureuse de les retrouver se parler à un autre moment du livre.

Bouma : Je citerais Septimus le magicien qui m’a fait grand effet (comme je le précisais plus haut) :

« J’allais me tricoter une tasse de passiflore. Que diriez-vous de la glouglouter avec moi ? Votre campagnonnage me changera de celui de mes pachas et mes vizirs. Excusez moi si ça claxonne un peu, mais j’ai oublié de serpiller leur boîte à cacamou. »

Drawoua : J’ai beaucoup aimé le passage dans lequel les deux enfants vont à la chasse aux rêves dans le cimetière, avec leur filet à papillon. La rencontre avec le clochard céleste est un joli moment de poésie également, le contemplatif d’étoiles, celui qui n’a que faire de tous ses brouzons (la monnaie) et qui trouve son bonheur dans les cieux, dans les étoiles « .

Sabaha : Le langage particulier de Septimus m’a beaucoup amusée (oui, je suis un grand enfant, au fond…).

Le mot de la fin ?

Kik : Je ne connaissais pas encore cet auteur, j’ai été enchantée par l’univers créé. Par contre, l’histoire en elle-même manquait de quelque chose pour que je sois captée réellement. Je suivrai avec attention la parution des prochains livres pour la jeunesse de cet auteur, pour les lire, car par l’intermédiaire des co-lectrices d’ALODGA, j’ai eu de très bons échos pour les autres livres de cet auteur. Affaire à suivre…

Bouma : J’ai vraiment apprécié l’univers inventé par Maxence Fermine même si je ne suis pas aussi enthousiaste sur la totalité du livre. Et puis, je serais curieuse de connaître l’avis de jeunes lecteurs qui se situent dans la tranche d’âge visée pour le confronter à mon point de vue d’adulte.

Drawoua : Avec La Petite Marchande de rêves et en compagnie de Malo, c’est une belle promenade dans l’imaginaire, dans la poésie, dans le rêve que nous propose l’auteur. C’est aussi en filigrane, la quête du bonheur.

Sabaha : Je connaissais cet auteur, mais c’est toujours agréable de découvrir une autre facette. Je trouve ce premier essai plutôt réussi et me tiendrai au courant des parutions jeunesses à venir de cet auteur.

Enfin, cette lecture a suscité de nombreuses questions.  Nous les avons posées à l’auteur.   Voici ses réponses: 

ALDGA : Vous êtes surtout connu pour vos titres adultes. Ecrit-on différemment pour les petits que pour les grands ? Quelles surprises cet exercice vous a-t-il réservé ?

Maxence Fermine : Ecrire pour la jeunesse est pour moi une récréation entre deux romans adultes. L’imaginaire créé permet plus de fantaisie. Un peu moins de gravité et de sérieux aussi. Mais il est vrai que ce n’est pas plus facile pour autant. Il faut simplement retrouver son âme d’enfant et se faire plaisir avec un univers merveilleux.

ALDGA : Nous savons grâce à votre dédicace que ce titre s’inspire directement d’un rêve d’une de vos filles. Au fil de la lecture, avez-vous discuté des aventures de la petite marchande de rêves avec elle ? Lui avez-vous demandé son avis ? Vous a-t-elle fait des commentaires qui ont orienté votre écriture ? A-t-elle lu le texte final ?

Maxence Fermine : Ma fille Léa m’a inspiré l’image des bulles de rêves s’échappant d’une tombe dans un décor en noir et blanc. Le reste, je l’ai inventé. Bien sûr qu’elle l’a lu et aimé, même si le livre s’adresse à un public plus jeune car elle a bientôt 17 ans. C’est donc ma seconde fille Julie, âgée de 11 ans, qui l’a le plus apprécié.

ALDGA : Ce roman, c’est un peu Alice au pays de Tim Burton ! Etes-vous d’accord avec cette définition ?

Maxence Fermine : Alice au pays des merveilles façon Tim Burton. Pourquoi pas ? J’aime beaucoup ces deux univers. C’est plutôt flatteur comme comparaison. Même si je n’y pense pas lorsque j’écris, me contentant de faire du Maxence Fermine, si cela veut dire quelque chose…

ALDGA : Avez-vous eu un droit de regard sur le choix des illustrations ? Ne regrettez-vous pas qu’elles soient exemptes de la moindre touche de couleur ?

Maxence Fermine : Nous étions trois à choisir les illustrations, mes deux éditeurs et moi. Un choix difficile. Le choix du noir et blanc a été fait par l’éditeur pour des raisons pratiques. Mais comme il s’agit d’un univers en noir et blanc (à quelques exceptions près), cela allait de soi.

ALDGA : Avec « La petite marchande de rêves », vous signez votre tout premier roman jeunesse. Avez-vous d’autres projets dans ce domaine ? Peut-être une suite aux aventures de Malo et de Lili ?

Maxence Fermine : J’ai beaucoup aimé cette première expérience, et même si j’ai conscience de n’être qu’un débutant en roman jeunesse, je pense donner une suite à cette histoire (3 volumes en tout). L’objectif pour moi est simplement de retourner au pays de l’enfance, dans un pays enchanteur, et de laisser libre cours à mon imagination. Si certains ont la gentillesse de partager mes rêves, j’en suis enchanté.

 

Pour aller plus loin, les billets des unes et des autres :

Pour La Petite Marchande de rêves:

D’autres titres de l’auteur (en littérature « adulte »):

Lecture Commune : Lettres du père Noël de Tolkien

Tandis que l’ambiance de Noël devenait omniprésente autour de nous, Za, Hérisson, Drawoua, Céline, Sophie et moi-même avons choisi de lire les fameuses Lettres du Père Noël du non moins fameux Tolkien et de venir vous en parler aujourd’hui, veille du grand jour, tandis que le père Noël termine ses derniers préparatifs après avoir réparé les énormissimes bêtises de l’ours polaire…

Sur le fond, l’idée est claire, il s’agit d’une correspondance entre le Père Noël et les enfants du sieur Tolkien…
Za : Cette correspondance court de 1920 à 1943, sans interruption. Les destinataires changent au fur et à mesure que la famille s’agrandit. D’abord destinées aux garçons, John et Michael, puis Christopher, elles ne seront plus, à la fin, qu’adressées à Priscilla.

Sophie  : C’est tout à fait ça. Tolkien s’est amusé à écrire des lettres à ses enfants à chaque Noël (en se faisant passer pour le Père Noël) pendant plus de 20 ans.

Céline : Sur le fond, j’ajouterais encore que Tolkien écrit non seulement une, voire plusieurs lettres chaque année mais aussi qu’il y insère de nombreuses illustrations d’une finesse étonnante.

La renommée de Tolkien dans un registre différent vous a-t-elle gênés ? Avez-vous été surprises (dans un sens ou dans l’autre) ?

Za : On pourrait être surpris, car nous sommes ici très éloignés du Tolkien du Seigneur des Anneaux. Encore que la présence récurrente de gobelins rappelle que les Terres du Milieu ne sont pas très loin… Il y aussi un moment assez amusant où le Père Noël suggère aux enfants qu’il avait pensé leur apporter en cadeau un exemplaire de Bilbo le Hobbit, comme il l’a fait dans d’autres familles, avant de se raviser en réalisant qu’ils devaient déjà l’avoir !

Sophie : Surprise non, on retrouve le talent de Tolkien pour créer tout un monde par l’écriture. J’ai trouvé ça très émouvant qu’il tienne ces lettres pendant si longtemps. Du coup, il s’est vraiment noué une relation entre ses enfants et le Père noël.

Céline : Pour ma part, j’ai été émue d’entrer un peu dans l’intimité de ce grand monsieur et de découvrir le papa et l’homme qu’il était. Un père attentionné, un peu perdu aussi lorsqu’il sent que ses enfants grandissent et risquent d’avoir moins besoin de lui… Un homme certes préoccupé par les événements dramatiques de l’époque mais capable aussi d’auto-dérision (comme l’a souligné Za) !

Drawoua : J’ai trouvé le livre très dense, un recueil épistolaire dans lequel textes et illustrations forment un monde (imaginaire) que l’on devine compliqué, et chargé autant en histoires qu’en Histoire : c’est bien là que l’on reconnaît la patte de Tolkien.

Hérisson : Je rajouterai simplement que l’œuvre de Tolkien m’apparaît sous un jour encore plus merveilleux après la lecture de ces lettres, à la fois touchantes et magiques.

Oui, on retrouve bien l’univers de Tolkien qui est juste là, tout près, mais dans un contexte complètement différent et ça, c’est vraiment sympa.
Donc la forme épistolaire ne vous a pas gênées ?

Za : J’aurais aimé avoir un aperçu des lettres des enfants Tolkien au Père Noël. J’avoue qu’à partir de la moitié du livre, je me suis un peu lassée. Alors, je ne sais pas si c’est dû à la forme mais j’ai fini par trouver tout ça un peu répétitif. À part les illustrations, qui sont, à mon avis, la partie la plus intéressante de ce recueil !

Sophie : Non, ça ne m’a pas gênée. J’ai lu le livre par petits bouts, un peu de temps en temps donc ça collait bien avec sa forme épistolaire.

Céline : Pareil pour moi, cela ne m’a pas gênée mais c’est vrai que d’avoir quelques exemplaires des lettres des enfants aurait rendu le tout encore plus émouvant. Pour revenir au genre épistolaire, heureusement que c’était sous cette forme et que j’ai pu le lire par épisodes car, dans ma version, le texte était si petit que lire plus d’une ou deux pages devenait vite une torture pour les yeux !

Za : En fait, j’aurais dû lire une lettre par an. Pendant 20 ans.
Et je suis entièrement d’accord avec Céline : après cette lecture, l’éditeur devrait prendre en charge mes prochains frais d’ophtalmologie ! Je n’ai jamais vu un livre imprimé aussi petit ! De quoi dégoûter directement les enfants… C’est quasiment illisible, à part les passages rédigés par l’ours.

Drawoua : J’abonde dans le sens de mes trois dernières complices concernant le format dans lequel je n’ai pas eu plaisir à lire l’œuvre. Pour ce qui est des lettres des enfants, effectivement, cela peut manquer. Mais c’est assez sympa de les imaginer au travers des textes du Père Noël qui ne manquent pas d’y faire allusion en répondant aux enfants. Elles sont là les lettres des enfants : entre les lignes de celles du Père Noël, et de l’Ours aussi. Un style qui me convient.

Hérisson : J’aime beaucoup les lettres en général et tous les romans épistolaires. Ici quelques insertions de textes d’enfants m’auraient aussi paru plus judicieux car on se lasse un peu et des pauses dans la lecture sont nécessaires. J’ai pour ma part une édition Christian Bourgeois de 1993 grand format mais où déjà le texte n’est pas très grand (de la taille d’un livre de poche) j’imagine donc s’ils ont réduits encore la police…

Effectivement, la version Pocket est plus petite en taille (comme le nom l’indique) mais comporte quinze lettres inédites jusqu’alors !

Sophie : C’est vrai que c’est écrit assez petit mais ça ne m’a pas gênée. Sur la majorité des pages, le texte était suffisamment aéré et avec des textes assez courts pour que ça passe assez bien.

Toute fan de Tolkien que je suis, je dois avouer que la forme épistolaire m’a un peu lassée aussi… Je vois aussi que la police d’écriture (petite, voire très petite) a gêné bon nombre d’entre vous. Avez-vous d’autres critiques à formuler sur ce livre ?

Za : Finalement, je crois que ce que j’ai préféré dans ce livre, ce sont les illustrations de la main de Tolkien lui-même. Je trouve émouvant de voir ses dessins. Je ne voudrais pas dire de bêtises mais je crois que ce sont des encres. Il émaille ses lettres de petits dessins très amusants, qui rendent le récit plus vivant. Le personnage de l’ours polaire est particulièrement bien traité ! Les images sont assez inégales mais certaines sont savoureuses, pleines de drôlerie, d’autres carrément belles, tant par la composition que par la couleur, le mouvement, l’intention. Et le dessin qui clôt le recueil est vraiment magnifique !

Drawoua : Je dispose du livre en collection Pocket, comme vous je trouve certaines illustrations somptueuses, les jeux d’écriture, d’enluminures presque, et les dessins donnent vraiment une atmosphère très particulière à l’univers des lettres. Par contre, de mon point de vue, il y a vraiment un souci d’édition. La taille de la police est trop petite, les pages sont très denses, je pense que cela gâche l’ensemble et je ne suis pas sûre qu’on parvienne à accrocher le jeune lecteur avec une telle mise en page. Personnellement, je me suis forcée à aller jusqu’au bout. En outre, j’ai lu plusieurs livres en même temps pour interrompre ma lecture et ne pas m’en lasser.

Céline : J’ai trouvé que, par moments, les propos étaient quelque peu décousus… J’ai également été surprise par la tournure de la guerre au pôle où l’Ours Polaire finit par tuer des êtres vivants ! Cet épisode fait évidemment écho à la seconde guerre mondiale qui bat son plein à l’époque mais étonne dans un texte qui s’adresse aux enfants…

Za : En même temps, ce sont des gobelins, c’est de la légitime défense !
C’est aussi le côté « décousu » qui fait justement le charme de l’ouvrage, je trouve…

Hérisson : Ma version ne proposant pas tous les textes je ne peux pas vraiment parlé du coté décousu, par contre j’ai moi aussi beaucoup apprécié les illustrations de Tolkien qui sont vraiment le point fort de ce livre.

Je suis d’accord avec vous, les illustrations sont un vrai plus et mériteraient une édition grand format. D’ailleurs Za nous en gentiment préparé une petite compilation :

Sur la première illustration, nous voyons l’ours polaire, personnage central du livre et sur la seconde, le sublime Merry Christmas de la fin.

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Poursuivons… Quelle est votre opinion sur les personnages, notamment par rapport à l’image traditionnelle des contes de Noël ?

Sophie : Pour moi, la principale différence avec les contes traditionnels, c’est l’ours polaire. On ne peux pas dire qu’il soit très présent habituellement alors qu’ici il seconde le Père Noël.

Céline : L’originalité réside également dans le couple atypique qu’il forme avec le Père Noël. Tous deux se chamaillent, comme le ferait un vieux couple qui s’adore… Ces « disputes » apportent une bonne dose d’humour et on se surprend à se demander de quelle bêtise de son ami le Père Noël va nous parler dans la prochaine lettre.

Za : J’imagine qu’à l’époque, cette image d’un Père Noël débordé de travail, aux prises avec des gobelins, des lutins plus ou moins efficace, secondé par un ours polaire très indépendant, cette image devait être originale, décalée. Les enfants de Tolkien ont dû bien s’amuser ! Mais les lettres n’ont été publiées qu’en 1976 et, déjà à l’époque, le Père Noël avait pris du plomb dans l’aile et son image commençait à être malmenée – le Sacré Père Noël de Raymond Briggs (Grasset Jeunesse), par exemple, date de 1974.

Petit aparté : Za nous parle de l’album Sacré père Noël sur son site, ici.

Drawoua : j’aime beaucoup l’ours polaire et la représentation qu’on nous en fait : il fait des bêtises, il écrit mal, il répond, il est grincheux, il a toujours quelque chose à dire ou a redire. Lui et le Père Noël font office de vieux couple, c’est vraiment singulier. Et je trouve que le fait qu’ils se répondent sur les courriers, lui et le Père Noël donnent une autre dimension au récit. Relation triangulaire, si on y comprend les enfants.

Hérisson : J’ai moi aussi surtout noté le personnage de l’ours polaire, qui apparait souvent mais de façon très secondaire. Ça change un peu et offre une teinte humoristique à l’ensemble !

Nous semblons tous avoir apprécié la dimension humoristique du livre…
Finalement, quel serait votre bilan, plus de positif ou de négatif ?
Le conseilleriez-vous à des jeunes lecteurs ?

Za : Je conseillerais ce livre aux amoureux de Tolkien, comme un témoignage sur le personnage, comme on lirait une biographie. Voir ses dessins, ce qu’il met de malice dans cette entreprise… Mais je ne suis pas sûre qu’un enfant apprécierait cette lecture. Ou alors lu par un adulte, au moment de Noël, dans l’ambiance. J’avoue surtout avoir un réel problème avec le livre en lui-même. La taille des caractères, le côté ramassé des textes est à vrai dire assez rédhibitoire. L’impression que je garde de cette lecture est finalement mitigée.

Sophie : Certes, l’édition mériterait une plus grande mise en valeur avec un grand format par exemple. Malgré cela, c’est un sentiment très positif que je garde de ce livre que j’ai découvert l’année dernière. Comme le dit Za, c’est un livre pour ceux qui aiment Tolkien. Mais on imagine bien un parent le lire devant la cheminée durant les soirées d’hiver.

Céline : Je partage vos avis. Cette correspondance privée est surtout un excellent moyen de découvrir qui était l’homme derrière l’écrivain. L’intérêt est donc davantage biographique que narratif ! A conseiller en priorité aux fans de Tolkien qui iront sans doute jusqu’au bout de leur lecture et ce malgré la piètre mise en page.

Drawoua : Je me retrouve tout à fait dans la réponse de Céline. Je n’ai rien à ajouter si ce n’est que j’ai peiné à aller jusqu’au bout…

Hérisson : Si j’ai apprécié ma lecture je pense qu’elle est assez difficile à conseiller aux enfants autrement qu’accompagnés ! Enfin je conseille malgré qu’elle soit incomplète l’édition Christian Bourgeois au format plus adapté aux enfants.

Je vous remercie toutes pour ce moment d’échange.
Joyeux Noël !

Et, en prime, l’avis plus détaillé de Céline ici et celui de Sophie .