Si on faisait un caprice ?

Caprices , C’est fini !

de Pierre DELYE chez  Didier jeunesse
Un premier roman pour ce conteur…

 Un beau mélange de conte aux codes bien bousculés et de thèmes actuels bien épinglés, et quelle rigolade et régalade ! 

On est plusieurs à l’avoir lu quasiment en même temps.

En voici la lecture commune !

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Pépita : Il s’agit là du premier roman de Pierre Delye. Le connaissiez-vous ?

Kik : Le nom de cet auteur m’était complètement inconnu avant de lire ce roman.

Nathan : Tout comme Kik, je l’ai connu et ai appris ce qu’il avait fait avant seulement au moment où la communication autour du roman a commencé !

Bouma : Je venais juste de lire un de ses derniers albums Ferme ton bec, qui ne m’avait pas du tout convaincu. Pourtant, il est aussi l’auteur du presque classique Le Petit Bonhomme des Bois, alors je voulais tenter sa prose en roman.

Ferme ton bec !Le p'tit bonhomme des bois

Céline : Je connaissais La grosse faim du petit bonhommeLes aventures de P’tit Bonhomme et La Petite Poule rousse, dont mes papooses et moi sommes assez fan !

La grosse faim de P'tit BonhommeLa petite poule rousseLes aventures de P'tit Bonhomme  avec 1 CD audio

Pépita : Je vois qu’il y a des connaisseurs ! Bien sûr, je pense que le clin d’œil du titre ne vous a pas échappé non plus ! A quoi vous vous attendiez comme histoire par rapport à ce titre et à cette couverture au logo flashy et tonique ?

Céline : Personnellement, je n’ai pas trop aimé le titre (j’ai vraiment un problème avec les jeux de mots faciles). Du coup, je m’attendais à une comédie un peu facile justement, et c’est un peu comme ça que ça commence, sauf que le récit se développe vraiment de façon intéressante et inattendue, et que si le côté caricatural est bien là, il y a je trouve, une certaine finesse dans l’écriture que je n’attendais pas forcément.

Nathan : Je ne connaissais pas la chanson, c’est ma mère qui a saisi le jeu de mots … ! Mais avec cette couverture et la communication qui en avait été faite, je m’attendais à une histoire déjantée qui revisiterait le monde des contes avec un regard neuf et plein de fraîcheur ! C’est vrai qu’au début, comme Céline, j’ai été dérouté parce que justement ça partait un peu trop dans tous les sens … mais finalement, il s’est révélé plus profond que prévu.

Bouma : Le clin d’œil du titre parle finalement plus aux parents des enfants auxquels est destiné le roman à ce que je vois !
Pour la couverture, j’en ai aimé le ton flashy et le graphisme. Retrouver la patte d’Albertine était aussi une bonne surprise.

Pépita : Alors, comme je vois que vous n’y tenez plus, un petit résumé de l’histoire ?

Bouma : C’est l’histoire d’un père, un roi, qui ne supporte plus les caprices de sa fille de princesse et qui décide de la marier pour refiler le bébé (excusez l’expression) à un autre…

Céline : Et la princesse capricieuse imposant une condition éliminatoire, la sélection est rude… et le vainqueur n’étant pas à son goût, ni à celui du roi, des épreuves insurmontables lui sont imposées… mais le prétendant a plus d’un tour dans son sac !

Pépita : Comme vous le soulignez, Pierre Delye a une façon bien originale de traiter cette histoire à première vue classique. Beaucoup de modernité dans son approche. Comment l’avez-vous perçue ?

Bouma : En ce qui me concerne, le début de ce roman m’a irrémédiablement fait penser à La Princesse élastique de Bernard Friot, un petit roman que j’adore et que je prends beaucoup de plaisir à raconter. Il y est aussi question de princesse refusant de se marier et de père autoritaire. J’ai donc eu du mal à rentrer dans ce texte mais une fois cette première impression dépassée, j’ai été très intriguée par le décalage entre les codes du conte classique (roi et princesse, épreuve de courage, mariage princier…) et les questions de société qui y étaient associées (richesse/pauvreté, politique…).

Kik : Lors de ma lecture, j’ai perçu ce décalage, c’est ce qui m’a plu d’ailleurs. Une histoire classique avec un je-ne-sais-quoi de dépoussiéré et dans l’air du temps. C’est subtil, c’est discret, mais c’est comme ça que je l’ai apprécié. Des références aux enfants-rois, cette nouvelle génération d’enfants qui font ce qu’ils veulent quand ils veulent, à cette princesse aux allures féministes, au décalage richesse/pauvreté…

Nathan : Personnellement j’ai eu du mal au début, j’ai trouvé que cette modernité était traitée de façon un peu brouillon : un ton léger et impertinent mais trop enlevé et des personnages un peu volatiles, mal ancrés dans l’histoire. Puis, ils sont réellement approfondis et l’auteur va au-delà des codes classiques du conte pour s’attarder sur leur psychologie, leur évolution et c’est sans doute là, il me semble, qu’il est le plus moderne.

Pépita : Tout comme vous, j’ai été très séduite par ce mélange de conte classique et de modernité dans les thématiques actuelles. Pensez-vous que ce mélange puisse séduire les enfants ? Dites pourquoi.

Céline  : Oui, tout à fait, tout simplement parce qu’on se laisse emporter dans ce récit drôle et virevoltant, sans vraiment se poser plus de questions. La thématique des disparités sociales n’est quand même pas une nouveauté. Pour reprendre l’expression de Kik, il y a en effet « un je-ne-sais-quoi de dépoussiéré », ce qui en fait un récit atemporel et incroyablement vivant, avec des personnages hauts en couleurs. Oui, un plaisir de lecture à tous les âges (même si effectivement, la longueur pourrait intimider les plus jeunes des lecteurs).

Bouma : C’est une thématique très porteuse je trouve ce mélange de conte et de modernité. Les jeunes lecteurs que je côtoie aiment vraiment ce genre avec Cendorine contre les dragons ou Les Sœurs Grimm par exemple.

Nathan : Je suis d’accord avec vous toutes. Je ne suis pas sûr d’être le mieux placé pour savoir ce qui séduira les enfants ou non, mais je pense qu’ils aiment bien être capables de retrouver des références à leur hauteur dans un texte et de les voir détournées et moquées !

Pépita : Qu’avez-vous pensé des illustrations ?

Céline  : Elles sont parfaites ! Justement, elles apportent cette touche de grâce burlesque dont Albertine a le secret (J’adoOOOre !). Elles habillent parfaitement le texte, tout à fait dans le même registre, et avec ce regard tout à fait décalé. Je sais que les auteurs n’ont pas forcément leur mot à dire quant aux illustrations de leurs textes. Je ne sais pas comment ça s’est passé chez Didier jeunesse, mais en l’occurrence ça me parait être un excellent choix éditorial.

Bouma : Exactement du même avis que Céline.

Pépita : Les illustrations apportent en effet juste ce qu’il faut de légèreté et d’impertinence. Un côté désuet et moderne, tout comme le texte. Et elles sont très bien placées en regard de ce texte, ce qui relève d’un vrai travail éditorial. Une réussite !

Pépita : J’aimerais, pour finir, revenir vers le public cible de ce roman : bien que très aéré, j’ai peur que la grosseur du livre ne le desserve un peu. L’avez-vous aussi perçu comme tel ?

Nathan : Il y a des lecteurs gourmands, et Didier jeunesse a tendance, il me semble, à se mettre à leur hauteur avec de beaux objets et des textes à dévorer, regardez JONAH !

Bouma : Honnêtement je ne pense pas que le nombre de pages rebutent les lecteurs qui auraient envie de le lire. Comme tu le dis, le texte est aéré et les illustrations apportent une légèreté à l’ensemble. Je pense que ce texte pourrait au contraire permettre à des « petits lecteurs » (dans le sens pas habitués aux gros pavés) de passer à des choses plus consistantes.

Pépita : Les enfants sont très sensibles à la grosseur du livre et ils s’arrêtent souvent à ça avec tort d’ailleurs (comme la couverture aussi). Je suis d’accord avec toi Bouma sur le fond mais quand même : les plus grands lecteurs iront vers ce type de romans sans problème mais les moins dévoreurs, sans intermédiaire, je ne pense pas. C’est ce que je constate tous les jours.

Un petit mot de la fin pour chacun sur cette lecture qui nous a unanimement plu ?

Kik : Une princesse qui fait des caprices, c’est commun, mais une princesse qui se fait avoir, c’est plus original. Un conte contourné, modernisé, avec une princesse à marier, un vieux roi, et un jeune homme sans peur prêt à affronter toutes les épreuves, mais en nettement plus drôle.

Bouma : Un roman dans l’air du temps…

Nathan : Un conte déformé pour trouver le chemin de l’humain au fond de ses personnages.

Pépita : Une histoire pleine de pep’s et de vérités bien assénées qui a beaucoup plu aussi à mes filles ados !

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Pour aller plus loin…

-La chronique de Nathan

-La chronique de Céline-Le tiroir à histoires

-La chronique de Bouma

-La chronique de Pépita

**BONUS**

Lundi Pierre Delye était l’invité du journal télévisé de France 3 pour son roman « Caprices? C’est fini! », coup de coeur de la rédaction. Si vous l’avez raté, (et Pierre, et le roman) il est encore temps de le découvrir…

Posted by DIDIER JEUNESSE on mercredi 13 mai 2015 :

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Les albums de Fanny Ducassé

Fanny DUCASSE est une nouvelle auteure et illustratrice d’albums jeunesse, publiés chez Thierry Magnier, qui ne nous ont pas laissé indifférents.

C’est toujours émouvant d’assister à l’émergence d’un nouveau talent.

©Méli-Mélo de livres

Elle vient de remporter pour son album « Louve » le prix du premier album Sorcières.

Nous nous sommes donc penchés sur son univers et elle a aussi gentiment accepté de répondre à nos questions et nous la remercions.

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Pépita : Fanny Ducassé est une toute nouvelle illustratrice qui pour l’instant a publié deux petits albums chez Thierry Magnier.
Quelle a été votre première « rencontre » avec son univers ? Quelle a été votre toute première impression en le découvrant ? 

Colette : J’ai poussé la porte de l’univers de Fanny Ducassé en flânant sur le blog de Céline du Tiroir à histoires, j’ai beaucoup aimé l’expression « talent insolent » pour parler de ses images dans l’album Louve. Alors j’en ai parlé à mon loup à moi et à Noël, il l’avait glissé sous notre sapin ! Et j’ai adoré ses illustrations qui ont de suite évoqué pour moi l’univers de Klimt (tableau comme Wasserschlangen : On y retrouve la rousseur, et tous ces motifs qui parcourent aussi l’oeuvre de Fanny Ducassé, en moins abstraits mais tout de même ) par l’abondance de motifs et en même temps celui des préraphaélites à travers son personnage féminin (qui me rappelle la Lilith de Rossetti ou la Lady of Shalott de Waterhouse) . La chevelure féminine est vraiment mise à l’honneur dans les albums de Fanny Ducassé et j’adore cette thématique.

Céline du Tiroir : Je suis heureuse Colette de t’avoir donné envie de le découvrir ! Louve a vraiment été un choc esthétique ! Oui, son univers m’a aussi immédiatement rappelée Klimt, The Lady of Shalott, tout à fait. Et j’ai vraiment été charmée par ses motifs végétaux, ce côté enluminure, ce travail d’orfèvre ! Et puis cette histoire de femme un peu sauvage qui se révèle en trouvant celui qui parvient à la faire exprimer ses sentiments, ça m’a beaucoup émue.

Bouma : Moi, j’ai découvert Fanny Ducassé avec la présentation de la rentrée littéraire 2014 à Paris par Thierry Magnier. Il n’y avait alors que quelques illustrations et un petit résumé mais ces petits morceaux d’albums m’avaient déjà donné envie de voir le livre dans son entier. Pour les références aux peintres, je n’y vois pas Klimt, et découvre avec vous The Lady of Shalott, et effectivement il y a quelque chose…

Carole : Comme Bouma, j’étais à la présentation et les quelques planches découvertes ce jour-là m’ont complètement séduite ! J’avais donc hâte de le découvrir en intégralité. Et le titre ! J’aime les louves.

Sophie : J’ai découvert ces albums au milieu des nouveautés de Thierry Magnier et bien que le style de la couverture de « Louve » ne semblait pas trop me correspondre, j’ai eu envie de découvrir cette toute jeune artiste qualifiée de prometteuse par l’éditeur.
En ouvrant « Louve » et plus tard  » De la tarte au citron… », je ne peux pas dire que j’ai été emballée au premier regard. J’étais admirative du style d’illustrations très minutieux mais les couleurs et le texte très proche du conte ont mis du temps avant de me plaire. Car oui, après plusieurs relectures motivées par nos échanges et vos articles sur « Louve », un peu d’épluchage des images et du texte, je peux maintenant dire que j’apprécie mais j’ai eu besoin de digérer ce style totalement original.

Pépita : Pour en dire un peu plus sur ces deux albums : Louve est sorti en premier alors que chronologiquement, De la Tarte au citron, du thé et des étoiles est le premier album de l’auteure-illustratrice. 
Un petit aperçu de chacun s’impose : pouvez-vous les résumer en essayant de compléter vos réponses ?

Colette : Louve est une femme, une femme passionnée qui couve ses petits d’un amour brûlant. Louve est une femme ardente : quand elle brûle d’amour pour quelqu’un c’est son corps tout entier qui la trahit ! Alors quand elle rencontre un homme-loup, sobre, élégant, attentionné elle ne peut que s’enflammer…

Carole : J’ajoute que Louve vit dans la forêt, une forêt d’automne semble-t-il, aux couleurs chatoyantes et chaudes. Et comme les louves, elle protège et chérit sa tribu d’animaux de feu, les renards, roux comme sa chevelure.

Céline du Tiroir : De la tarte au citron, du thé et des étoiles : C’est l’histoire d’une lectrice d’histoires (à dormir debout), qui un jour s’évade dans une histoire … (à dormir debout, elle aussi !). Une ode à l’imagination… et aux histoires évidemment !

Sophie : De La tarte au citron, du thé  et des étoiles pour suivre Céline : C’est un rêve éveillé ! Un univers onirique dans lequel on plonge sans savoir où l’on va. Tout ça grâce à un petit magicien qui voyage sur une météorite et qui va croiser le chemin de Mustella… qui adore vraiment les histoires à dormir debout !

Pépita : Un univers graphique en effet semblable mais deux histoires différentes mais néanmoins avec un point commun : un personnage principal dans le tourbillon de ses émotions. Mais on est toujours plus sensible à une histoire qu’à une autre. Laquelle vous a le plus touchée et pour quelles raisons ?

Céline du Tiroir : Moi j’ai préféré Louve, comme Colette, mais les deux albums ont chacun leur charme, et sont très différents au delà des similitudes graphiques, et ça m’a plu. Louve m’avait émerveillée et émue : plus sombre, plus profond, plus symbolique aussi. Mais j’aime aussi la légèreté du second, son côté gourmand et ensoleillé.

Pépita : Je préfère De la tarte au citron, du thé et des étoiles. Je n’ai pas accroché au texte de Louve à tel point que je ne connais pas la fin de l’histoire, pas eu envie de le finir… Les illustrations oui ça me transporte par contre. J’aime leur côté désuet et cette profusion de détails si bien qu’il n’y a plus de blanc du tout sur aucune des pages ! Curieusement ce plein me vide la tête et me happe si bien que l’histoire devient secondaire du coup. J’ai particulièrement aimé ce côté très imaginaire de l’enfance de De la tarte au citron, du thé et des étoiles. J’ai aimé suivre ce cheminement, me laisser porter sans réfléchir.

Bouma : Ma préférence va à Louve. J’ai définitivement été touchée par la grâce de ce personnage. Quand j’ai lu cet album, le temps s’est mis entre parenthèse, j’ai été emportée dans cette forêt automnale, je suis redevenue enfant. J’ai aussi aimé De la tarte, du citron… mais j’ai moins été subjuguée… Je ne saurais dire vraiment pourquoi. Je trouve que cela tient plus du ressenti que de l’analyse.

SophieContrairement à la majorité je crois, c’est la seconde qui m’a le plus touchée De la tarte au citron, du thé et des étoiles. J’ai préféré cet univers un peu déjanté, plus coloré aussi. C’est une histoire dont j’ai aimé ce côté « on y va, on sait pas où mais on y va », un peu comme l’imaginaire enfantin capable de partir dans des délires surprenants. Même si « Louve » m’a plu pour son côté conte moderne, peut-être que c’était encore un peu trop conte pour moi qui ai du mal avec ce genre.

Colette : Quant à moi, c’est le personnage de Louve qui m’a le plus touchée parce qu’elle cristallise tout ce qui me fascine chez la femme passionnée : le feu, la bienveillance permanente à l’égard des siens, la petite robe noire et la chevelure flamboyante ! Je trouve que ce personnage de femme est à la fois un archétype et un OVNI dans la littérature jeunesse. Pour une fois voilà l’histoire d’une femme qui n’est pas qu’une mère -même si elle l’est mais de façon tellement étrange !- qui n’est pas une princesse, qui ne renie pas sa féminité pour exister, qui assume son côté sauvage et qui tombe sous le charme de son autre sans se poser 10 milliards de questions : une grande leçon de sagesse pour moi qui suis si compliquée  Je pourrais en parle des heures de ce personnage en fait alors que les personnages de De la Tarte au citron, du thé et des étoiles me semblent beaucoup moins profonds et puis j’avoue que le prénom « Mustella » m’a rappelé une marque de produits de soin pour bébé et c’est vraiment bête mais cela a parasité ma lecture du début à la fin.

Carole : Pour ma part, chacune des histoires est venue titiller différentes choses. Difficile de choisir ! Alors disons que De la tarte au citron, du thé et des étoiles m’a davantage faite rêver et sourire, et soupirer de surprise ! J’ai aimé l’idée du cheminement à plusieurs, le partage, les différents décors, et puis il y a des étoiles, alors forcément !

Pépita : Des avis partagés mais motivés donc ! Comme vous l’avez toutes si bien souligné dans vos réponses précédentes, les illustrations de ces albums ne laissent pas du tout indifférents. Vous évoquez les couleurs et la minutie des détails, un univers onirique particulier. Qu’auriez-vous à dire sur le format de ces petits livres ? Un plus, un moins ?

Céline du Tiroir : Beaucoup apprécié le joli album carré qu’est Louve, avec ses dessins imprimés en taille réelle, un bel écrin aux couleurs automnales. En revanche, le format de De la tarte au citron… m’a gênée. Certes, le format « livret de famille » donne un côté petit objet précieux, mais du coup ce sont les illustrations qui ne sont pas mises en valeur ! Les planches sont souvent coupées en deux, ce qui pose parfois problème. J’ai vraiment regretté de ne pas pouvoir profiter des planches en entier.

Colette : Je suis complètement d’accord avec Céline, j’aime beaucoup le format carré de Louve, quant au format du deuxième album en effet il ne permet pas toujours de mettre en valeur les illustrations, même s’il est très original pour un album, il me rappelle le joli format des romans d’Actes Sud.

Sophie : Je rejoins les réponses précédentes, pas de soucis avec Louve et son format carré. Par contre c’est vrai que j’ai été surprise du format de De la tarte au citron, du thé et des étoiles, en ayant vu la photo de la couverture, je m’étais imaginé un grand livre tout en hauteur et en fait il est petit. Je pense en effet que les illustrations auraient gagné à être plus grandes et la prise en main aurait aussi été meilleure.

Bouma : Moi j’ai bien aimé le petit format dans les deux livres. Pour le deuxième (De la tarte au citron…) j’ai trouvé que la reliure tombait plutôt joliment même dans les illustrations en double page. Et puis, le côté écrin m’a définitivement séduite.

Carole : Pour le coup, le format de Louve m’a surprise et un peu déçue je crois. En revanche, je suis fan du format du second. Je lui trouve un côté précieux indéniable, j’adore le grain de la couverture, il est posé debout sur ma bibliothèque, comme un trésor !

Pépita : Juste un mot pour finir sur ces deux albums et sur ce qu’ils vous ont procuré ?

Colette : Je ne sais pas ce que ces albums vont procurer aux enfants. A la maison, ce ne sont pas des albums plébiscités par mon Grand-Pilote-de-Balançoire (trop jeune sans doute ?) mais je n’ai pas eu l’occasion de les lire à d’autres enfants. Peut-être vais-je essayer lors de mon prochain « p’tit déj’ philosophique » de le montrer à mes élèves de 6e, pour voir ce qu’ils provoquent chez des plus grands ! Mais je pense que ces deux albums permettent un vrai moment de poésie pour qui se laisse emporter par l’univers délicat, foisonnant et coloré de Fanny Ducassé !

Bouma : Je rejoins Colette dans son avis. Mon grand bout n’a pas adhéré à l’univers graphique de l’auteur par contre il a beaucoup aimé l’histoire, et l’aurait même aimé un plus longue.En tout cas, pour moi, Fanny Ducassé est une auteure ET une illustratrice à suivre à l’avenir, en espérant que toute sa production soit aussi inventive que ses deux premiers albums.

Céline du Tiroir : Moi ma grande papoose a beaucoup aimé, avec une nette préférence pour De la tarte au citron, du thé et des étoiles. Difficile de prévoir ce que suscitera une lecture chez les autres, mais ce sera en tout cas une un voyage dans l’imaginaire et une évasion dans un univers graphique riche et merveilleux.

Sophie : Même si la première lecture n’a pas été évidente pour moi et que je n’ai pas accroché tout de suite, avec du recul, c’est un univers que j’aime beaucoup et que je compte bien tester sur de petits lecteurs un de ces jours !

Carole : Fanny Ducassé a un univers graphique particulièrement joli, sensible et original. La minutie des détails invite à la relecture avec plaisir, et les objets-livres sont beaux. J’aime aussi l’utilisation des mots. Je serai curieuse de savoir si elle compte travailler dans le futur avec un/une auteur(e), ou si elle souhaite continuer à illustrer et écrire.

Pépita : Je vous rejoins :  je trouve que cette illustratrice est à encourager car de mon point de vue, elle peut aller plus loin encore….J’ai aimé son univers graphique qui emmène loin avec subtilité et humilité.

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BONUS : Interview de l’auteure ET illustratrice

Fanny DUCASSE

Source : Site Editions Thierry Magnier

Fanny Ducassé est née en 1986.
Elle suit des études de Lettres modernes jusqu’à l’obtention d’une licence. Bien qu’elle s’épanouisse dans ce domaine, elle éprouve le besoin d’exercer son goût pour le dessin, et pour le vêtement. Aussi entame-t-elle des études de stylisme-modelisme à la Chambre syndicale de la Couture parisienne.
Elle y développe un attrait certain pour l’illustration et pour l’univers de l’enfance. Peu à peu, ses dessins isolés représentant de petit  personnages se transforment en une première histoire biscornue. Source : Site Editions Thierry Magnier

Quel est votre parcours, votre formation ? Et pourquoi et comment êtes-vous venue à la littérature jeunesse ?

Après le bac, j’ai fait une Licence de Lettres modernes, puis j’ai suivi une formation de Styliste Modéliste à l’école de la Chambre syndicale de la Couture parisienne.

Au fil de ces études, j’ai développé un intérêt certain pour l’univers de l’enfant, j’ai recherché des postes de styliste dans ce domaine sans grand résultat. Parallèlement, je donnais des cours particuliers de français, et dessinais de plus en plus. Mes images devenaient de plus en plus narratives (de moins en moins « dessins de mode »), et à partir de l’une d’elles j’ai décider de construire une petite histoire, ce qui a donné Du thé, de la tarte au citron et des étoiles. Cette aventure m’a tellement plu que j’ai recommencé avec Louve.

Combien de temps la réalisation d’une illustration vous prend-t-elle ? Et comment vous viennent ces idées pour ses histoires ?

Je dessine pour le moment sur des petits formats (environ 20X20 cm), et mets un ou deux jours à  terminer une image. Les histoires que j’imagine sont intimement liées à la mienne. C’est très personnel et je m’identifie totalement à mes personnages principaux.

Quels sont les artistes qui vous inspirent ou les objets peut-être (votre travail est riche en motifs alors peut-être vous inspirez-vous de tissus, de la mode, du design ?)

Je ne m’inspire pas d’artistes en particulier. Mes inspirations viennent plutôt d’objets ou de motifs que j’ai pu voir chez mes grands-parents. J’ai une affection particulière pour les intérieurs au décor désuet ou carrément kitch. Et sûrement de la campagne qui m’environnait quand j’étais petite.

Comment vivez-vous ce début de cette carrière ? Avez-vous d’autres projets en cours ?

Je suis très surprise que mes petits dessins aient pu être publiés et faire des livres ! Je n’aurais jamais pu imaginer une chose pareille et n’en reviens toujours pas. Je suis donc partagée entre une joie vive et un sentiment d’incompréhension.

Un autre projet est prévu pour début 2016 à priori : Une histoires d’ours et de grands-papis.

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Pour poursuivre, nos billets respectifs sur nos blogs :

-Bouma-Un petit bout de Bib(liothèque) : Louve – Du thé , de la tarte au citron et des étoiles

-Céline-Le tiroir à histoires : Louve – De la tarte au cirtron, du thé et des étoiles

-Pépita-Méli-Mélo de livres : De la tarte au citron, du thé et des étoiles

-Sophie-La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Louve – De la tarte au citron, du thé et des étoiles

-Carole-3 étoiles : Louve

Colette-le blog de la collectionneuse de papillons

Qui donc ? Le merveilleux-dodu-velu- petit de Béatrice Alemagna

 Parce que rien n’arrête les enfants,

Parce que tout est possible quand on à 5 ans et un peu d’imagination,

Béatrice Alemagna nous offre un album coloré et poétique, dont nous sommes tombées sous le charme.

Un album magique que nous avons voulu partager avec vous .

Alice, Pépita, Chlop, Colette et Sophie.

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« C’est mieux que les petits enfants vivent une vie ordonnée. Notamment s’ils peuvent l’ordonner eux-mêmes « .

Fifi Brindacierdodu

  Bande annonce du Merveilleux dodu-velu-petit :  ici

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Alice : Vous avez cet album dans vos mains, vous le tournez, le retournez, le regardez, l’observez…. Quelle est votre première impression ? Que vous inspire -t-il sans l’avoir ouvert?

Sophie : Quel joli bazar ! Parce que c’est un peu ça cette vitrine. Mais moi,  étant très curieuse, j’avais bien envie de passer la porte. Et puis ce titre, ça donne envie d’en savoir plus.

Chlop : Avant même de l’avoir en main, quand je sais que je vais lire un album de Béatrice Alemagna, je suis déjà de bonne humeur. Pour l’instant elle ne m’a jamais déçue ! Là, le format, le grain du papier, le petit côté désuet du bric-à-brac dans la vitrine qui contraste avec ce rose fluo a piqué ma curiosité. Même contraste dans la typo du titre d’ailleurs, serons-nous dans un album suranné ou très moderne ? Il fallait que je l’ouvre pour en savoir plus.

Colette : Quant à moi, dès que Pépita nous en a parlé, c’est le titre de cet album qui m’a intriguée : le merveilleux dodu-velu-petit… Mais qu’est-ce que c’est « un merveilleux dodu-velu-petit » ? Moi qui adore les mots composés farfelus, j’avoue que celui-là me laissait perplexe. Et puis quand j’ai eu le livre entre les mains mercredi, je me suis d’abord dit que j’avais de la chance car j’étais la première lectrice de la médiathèque a pouvoir l’emporter à la maison  et puis j’ai adoré le bric-à-brac de la boutique de couverture parce que c’est totalement mon univers (cf. Le magasin zinzin de F. Clément ou les valises-collections de Mr Perle). Et puis j’ai craqué pour la bouille échevelée de l’enfant assis sur les marches de cette étrange boutique. Il me fallait donc franchir le seuil de ce lieu insolite…

Pépita : Tout comme vous ! Mais c’est le titre d’abord qui m’a beaucoup plu…Mon côté nounours à serrer dans ses bras. J’en savais un peu plus sur le contenu puisque j’ai rencontré Béatrice Alemagna à Montreuil pour Petit grand Boubo et le dodu-velu-petit venait juste de sortir, elle avait la peluche avec elle et elle est craquante ! Et cette couverture en effet : pas de décalage avec le contenu en plus, elle traduit bien l’univers désuet et charmant de l’histoire. Avez-vous essayé de mettre l’album à plat, côté couverture ? C’est chouette !

Alice : C’est vrai, tout interpelle sur cette couverture : le titre, les couleurs, le fourmillement de détails… Tout un panel de contrastes !
Allons un peu plus loin et découvrons de plus prés l’histoire de cette petite fille au manteau rose fluo. Qui se lance dans un petit résumé de l’histoire ?

dodu1Pépita : Il semblerait que la petite héroïne de l’histoire, Edith (Eddie pour les intimes), cinq ans et demi, développe un petit complexe d’infériorité…Dans son entourage proche, ils savent en faire des choses, pense-t-elle ! Mais un matin, il semblerait que le destin lui lance un appel à travers ces mots : « anniversaire-maman-dodu-velu-petit ». Ni une, ni deux, habillée de son petit manteau rose fluo, elle part à la recherche dans son quartier de ce machin chose bien farfelu. Un petit point rose à suivre alors dans cette quête déterminée et ô combien symbolique.

Alice : Tout est dit ! Je rebondirai bien sur les deux mots employés par  Pépita : une quête « déterminée » et « symbolique » ? Pourquoi ces deux qualificatifs ? Chlop, Sophie, Colette auriez-vous employé les mêmes ?

Sophie : Pas sûre que ce soit ces mots qui me seraient venus pour qualifier cette histoire mais c’est bien adapté en effet. Eddie ne se laisse pas désarçoner par les échecs et persévère pour trouver ce dodu-velu-petit dont elle-même ignore tout.

Chlop : Déterminée, sans aucun doute. Cette détermination tranquille dont fait preuve dodu2la petite Eddie est d’ailleurs touchante, je retrouve bien là un trait de l’enfance, cette capacité à essayer encore quand on n’y arrive pas du premier coup.
Symbolique, ça vient plus tard, quand on a refermé l’album peut être. On se dit alors en effet qu’il s’agit pour Edith à la fois de satisfaire sa mère et de (se) prouver qu’elle aussi à un talent, comme les autres membres de la famille.

Colette : Déterminée, non je n’aurais pas choisi cet adjectif. Le hasard a vraiment un rôle fondamental dans la quête d’Eddie qui avance selon moi « au petit bonheur la chance » (une expression presque aussi jolie que le titre de cet album, non ?). Par contre, symbolique en effet, une fois le livre refermé, on peut le relire comme un conte dont il possède la trame, et tous les objets que grapillent Eddie au fur et à mesure de sa quête sont autant d’objets magiques tels ceux qu’utilisera la petite fille dans le conte de Baba Yaga pour surmonter les obstacles que la vieille sorcière mettra sur sa route.

Alice Symbolique aussi cette quête du cadeau idéal. Ce petit rien dont on sait à coup sûr qu’il fera plaisir au destinataire, même s’il n’a pas de haute valeur aux yeux des autres. Et pourtant ! Entre celui qui offre et celui qui reçoit, ce cadeau représente tellement d’amour et d’intérêt mutuel !!!
Vous ne trouvez pas ?

Colette : Une bille, un gland, un caillou, une fleur, combien de fois les enfants savent nous gâter avec un rien. Un rien qui symbolise en effet les sentiments qui nous relient si fort. Mais ce qui est original ici c’est que ce n’est rien de tout « ce petit bazar enfantin » qu’Eddie offre à sa mère mais carrément un merveilleux-dodu velu-petit et ça c’est vraiment extraordinaire et c’est ce qui fait d’Eddie une véritable petite héroïne !

Alice : Oui, c’est vrai que nous sommes en plein cœur de l’univers enfantin comme le soulignent Chlop et Colette. Ce qui m’amène logiquement à parler des illustrations de Béatrice Alemagna. Je trouve qu’elles renforcent complètement cet univers : le gras du crayon, le trait parfois de guinguois, la colorisation, … on plonge directement dans un monde merveilleux proche de l’imaginaire. Parlez-moi un peu de votre approche, de votre ressenti face à ces tableaux uniques qui nous étonnent à chaque page tournée…

dodu4Colette : Par rapport aux autres albums de Béatrice Allemagna que j’ai pu lire, je trouve que celui-là présente des illustrations très riches, qui fourmillent de détails : les vitrines de la boulangerie, de la modiste, de la fleuriste abondent. On sent une réelle gourmandise de l’artiste à représenter cet univers un peu désuet des magasins de quartier. En mélangeant différentes techniques, Béatrice Allemagna se livre non seulement à une subtile narration par l’image mais à un jubilatoire exercice artistique. J’adore tout particulièrement les collages que l’on retrouve de ci-delà et qui évoquent pour moi les exercices dadaïstes auxquels j’aimais tout particulièrement me livrer adolescente ! Et puis le choix des couleurs, quand même, là aussi on est dans la gourmandise et presque dans la provocation avec ce rose fluo qui jalonne tout l’album et qui contraste avec les autres teintes plus classiques. Quant à l’alternance des plans généraux dont j’ai déjà souligné la profusion de détails et les plans moyens qui permettent de magnifiques portraits d’Eddie, elle donne à l’album un rythme équilibré qui ne peut qu’entraîner le lecteur.

Alice : Une analyse très pointue et assez exacte. J’aime beaucoup l’emploi du mot « gourmandise ».
Et nos autres copinautes, que rajouteraient-elles ? Sophie, Chlop, Pépita ?

Pépita : Les visages représentés par l’illustratrice sur certains de ses albums peuvent surprendre…mais là, pas du tout : on est dans un quartier au charme désuet, avec ses commerçants bien identifiés dans leur métier, comme dans un autre temps. Et puis, l’image qui met le lecteur en position de hauteur pour suivre les pérégrinations de la petite héroïne m’a beaucoup plu : on suit ce petit point rose, on pourrait presque la suivre du doigt et même avoir envie d’en faire une maquette…Et puis cette boule rose de dodu-velu-petit,  je craque ! Rose lui aussi…comme s’il faisait partie de la petite fille ou sorti d’elle-même ? Il y a de la vie, de la générosité à la pelle dans cet album que rendent très bien ces couleurs soutenues et chaudes. Une merveille pour les yeux !

Sophie : En général, les illustrations de Béatrice Alemagna, ce n’est pas le genredodu5 qui attire mon œil au premier regard mais je finis toujours pas les lire. Je crois que j’ai une certaine curiosité pour son univers même si ça ne colle pas toujours à l’esthétique que j’aime habituellement. Dans cet album en particulier, j’ai aimé ce côté bric à brac bien rempli des vitrines. Ça m’a rappelé ces magasins où j’ai envie de tout acheter ou tout offrir sauf que quand j’ai justement besoin d’un cadeau, je ne sais plus quoi prendre !

Chlop  : Il y a quelque chose de  désuet dans les images comme dans l’histoire. Les rues pavées, les enseignes écrites en cursive, les maisons à colombage. On a envie de toucher et même de sentir, chaque boutique semble dégager une ambiance, une odeur qui lui est propre. Alors, effectivement, ce rose fluo, qu’on retrouve à chaque page, il tranche. Il tranche sans être  brutal, il trouve sa place, c’est étonnant.

Alice : Dans vos réponses, ressort l’opposition entre le charme désuet et le rose flashy. Alors finalement, ce Merveilleux-dodu-velu-petit, un album suranné ou bien relativement moderne ?

Colette : Je dirai qu’il a les deux qualités nécessaires à toutes les œuvres artistiques de qualité : c’est un récit intemporel et universel ! Parce qu’il suit cette structure si particulière de la quête initiatique et du conte et parce que les valeurs transmises par son personnage principal sont des valeurs profondément humaines que je souhaiterais résolument modernes même si là en effet j’ai un doute face à cette montée de l’individualisme qui caractérise tant notre époque.

Pépita : Cet album touche par ce qu’il a d’universel en effet et d’intime à la fois car quel plus merveilleux message d’amour que ce qu’il nous livre ? Ce dodu-velu-petit symbolise la recherche du cadeau idéal, faire plaisir à celui ou celle qu’on aime par-dessous tout. Peu importe l’objet (d’ailleurs la maman en fait un multiple usage), c’est l’intention qui compte. Alors oui suranné et moderne à la fois car j’ose espérer que cela, nous ne le perdrons pas.

Chlop : Ni l’un ni l’autre, ou alors les deux à la fois, un album qui ne rentre pas dans les cases en somme, ce qui est toujours une qualité.

Sophie : Une chose que j’ai aussi trouvé très réussie, c’est ce mélange d’ancien avec la vitrine de l’antiquaire et plus généralement avec des couleurs un peu sombres et le manteau d’Eddie rose flashy. Ça ne me semble pas rendre l’album suranné mais plutôt assez original quand la tendance actuelle est aux couleurs vives pas toujours bien mariées.

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Alice : Alors ce dodu-velu-petit, une merveille, non ?

Chlop : J’ajouterais juste que Béatrice Alemagna créé une double attente. on se demande pendant tout l’album si Eddie va trouver le merveilleux doudou-velu-petit mais on se demande aussi à quoi il ressemblera si elle y parvient. Et la surprise est au rendez-vous, alors même que pendant tout le livre l’élément clef est montré en permanence. Je reviens alors sur l’adjectif symbolique :le cadeau idéal pour la mère d’Edith est un cadeau qui lui ressemble.

Pépita : Oui, une merveille de poésie…et je suis certaine que cette expression de dodu-velu-petit va entrer dans le vocabulaire courant !

Sophie : J’ai adoré ce dodu-velu-petit ! Pour moi aussi ça aurait été un superbe cadeau.

Colette : Je collectionne les merveilleux-dodus-velus-petits depuis que mon Grand-Pilote-de-Balançoire sait découper, coller, assembler ! Ce bel album est donc en soi un merveilleux-dodu-velu-petit à s’offrir et à partager sans modération !

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Retrouvez une vidéo de Béatrice Alemagna qui parle de son Merveilleux-dodu-velu-petit : ici.

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Retrouvez nos chroniques sur nos blogs :

Pépita : Meli-Melo de livre

Alice : A lire aux pays des merveilles

 

La boite à images

la_boite_a_image1.jpgIl est rare qu’on soit indifférent à l’œuvre d’Emmanuelle Houdart. On aime ou on déteste, on est conquis ou mal à l’aise mais on dit rarement « mouaif, bof ». Ce qui est probablement une bonne chose car j’ai tendance à penser qu’il n’y a pas grand chose de pire que « mouaif, bof ».

Il faut dire que les images de cette artiste sont très fortes : elles ne peuvent que provoquer des réactions chez ceux qui les regardent. La sortie de sa Boite à images a été l’occasion d’explorer ces réactions chez les membres du collectif : l’occasion pour nous d’une lecture commune pour des livres hors du commun.

La Bibliothèque de Chlop : Alors d’abord, avant même d’avoir la boite en main, l’idée d’imagiers pour tout petits illustrés par Emmanuelle Houdart, vous en pensiez quoi ? C’est une illustratrice dont vous connaissiez déjà le travail ? Vous imaginiez ça comment ?

Bouma (Un Petit Bout de Bib) : Je connais le travail d’Emmanuelle Houdart depuis un moment déjà. Il est suffisamment singulier pour rester facilement en tête. Son travail d’illustration est souvent très onirique et j’avoue avoir été surprise de la voir s’adresser à un public de tout-petits.

Sophie (La littérature jeunesse de Judith et Sophie ) : Oui je connaissais le travail d’Emmanuelle Houdart pour avoir lu quelques albums et j’ai toujours été un peu dérangée par son univers très sombre. Qu’elle illustre un imagier pour les tout-petits m’a surprise, mais en même temps, je ne pense pas qu’il faille formater les petits avec notre propre ressenti sur des images, ils sont beaucoup plus ouverts. Donc j’attendais de voir ce que ça pouvait donner…

Pépita (Méli-mélo de livres) : Lorsque j’ai vu ça, je me suis dit que l’approche devait certainement être très intéressante. Emmanuelle Houdart a en effet un univers bien à elle, très singulier, voire fantastique. Et puis le titre de « Boîte à images » associé à son nom, ça pique vraiment la curiosité : on se dit qu’on va avoir entre les mains un objet – une boîte – qui va stimuler l’imagination – images – comme un petit film que chacun pourrait se passer. Et puis, tout ce qui touche aux tout-petits, ça m’interpelle vraiment. Toujours à la recherche de perles rares et qui bousculent.

Colette (La collectionneuse de papillons) : Je suis depuis très longtemps le travail d’Emmanuelle Houdart que j’adore car elle a un univers étrange, complexe, paradoxal, coloré, énergique et complètement monstrueux et comme les petits j’adore les monstres ! Donc je m’attendais à trouver des monstres mis en boîte dans son imagier ! Et je ne suis pas déçue !

Chlop : Est ce que vous connaissiez déjà son album « Tout va bien Merlin » ? Et, si oui, est ce qu’à vos yeux, c’est un album petite enfance ?

Pépita : Oui, je connais et oui, complètement petite enfance : rien de mieux que de confronter le tout-petit à ses peurs pour le rassurer… Croyez-moi, ils aiment, même le loup ! Malika Doray aussi le fait, dans un autre style, mais c’est une approche sensiblement identique. Chez Emmanuelle Houdart, ce sont les illustrations qui surprennent. Pour les plus grands, Béatrice Alémagna n’est pas mal non plus dans le genre.

Sophie : Je ne le connais pas bien, il faudrait que je le lise. Tout ce que je peux dire c’est que dans ma médiathèque, on l’a en petite enfance et qu’il est tout le temps sorti comme les autres livres.

Colette : A la maison, on adooooooore Tout va bien Merlin ! Disons que c’est le seul album de cette artiste que j’ai pu vraiment partager avec mes enfants parce que justement il colle vraiment au quotidien et à l’imaginaire du tout petit alors que les autres albums d’Emmanuelle Houdart que j’ai pu lire – L’apprentissage amoureux, Saltimbanques, L’argent, Une amie pour la vie ou Les Heureux parents – semblent s’adresser à un lecteur adulte qui aime mettre des images sur ses interrogations et ses obsessions.

Bouma : Je ne le connais pas du tout. Je vais me le procurer de ce pas.

Chlop : Puisque vous êtes quatre à participer à cette lecture commune et qu’il y a justement quatre livres, pourriez-vous en décrire chacune un ?

Pépita : La boîte bleue, ma couleur préférée : Areuh ! Toute douce pour montrer en images le quotidien du tout-petit : on part de la rencontre amoureuse d’un couple, puis la grossesse, la naissance du petit ange, sa vie organisée autour de repères : l’alimentation, le bain, le sommeil, les sorties, les bobos, les câlins, Noël, les jouets, sa croissance, le temps qui passe et ses premiers anniversaires. Puis…3 bougies, 3 ans, comme la fin de la petite enfance ? Ce cartonné-là m’a particulièrement parlée : des images d’Epinal, la magie des premiers apprentissages, j’y ai vraiment retrouvé ce que j’ai vécu avec chacun des miens et c’est le seul des quatre petits livres avec une véritable narration dans la succession des images il semblerait. Et il n’y a pas de monstres ! A moins que peut-être un(e) seul(e) de temps en temps…

Sophie : J’ai bien envie de vous parler du petit livre vert Argh ! car c’est celui qui colle le mieux avec l’univers de l’auteure puisque qu’on joue à se faire peur. On commence avec des peurs autour du surnaturel : les fantômes, les sorcières, les vampires. Viennent ensuite des peurs plus rationnelles comme celle du feu, des orages, de certains animaux. Et enfin des choses plus quotidiennes comme les bobos, voire les disputes des parents avec la dernière image.
Ce n’est pas si organisé que ça, ça se mélange un peu plus et c’est parsemé d’illustrations plus énigmatiques.

Colette : Je vais rendre hommage à mon Petit-Pilote-de-Berceau qui est absolument captivé par les animaux et je vais tenter de vous parler de Grrr !
Suivons le petit lapin de la couverture dans son costume très coloré pour aller observer les petites bêtes du jardin. Voici ensuite quelques animaux à coquilles et carapaces qui nous guident vers les fonds marins. Nous nous envolons ensuite avant de faire un bond avec Mister Kangourou dans une ménagerie un peu étrange où se côtoient animaux merveilleux et bêtes réelles, de celles qui questionnent les imaginaires depuis toujours, tels le loup, l’orque ou l’ours blanc. Voilà le curieux bestiaire que nous offre à voir Emmanuelle Houdart dans ce petit imagier ! Pas de monstres ici mais un jardin des plantes vraiment fascinant !

Bouma : Et bien il me reste à vous parler de Miam ! qui comme son nom l’indique aborde le sujet de la nourriture. On y découvre une flopée d’aliments mais pas ceux auxquels on pourrait s’attendre. Ici pas de biberon, pas de petits lus ou tartine. Emmanuelle Houdart parle des aliments du quotidien en général. Salade, oignon, œuf, frites et fromage de chèvres se côtoient. Il semble y avoir un lien entre les images qui se font face – le poulet frittes par exemple – mais je n’ai pas toujours été capable de mettre le doigt sur l’explication. D’ailleurs, le style de l’auteure donne aux aliments un côté assez fantasmagorique qui m’a laissé perplexe. L’image centrale du squelette de poisson avec une vache sur la tête (qui perd du lait de ses mamelles) m’interroge en particulier car je n’arrive pas vraiment à savoir ce qu’elle peut bien signifier. Enfin, je cherche peut-être trop à analyser, comme tous les adultes.

Chlop : Comme le relève Sophie, l’univers d’Emmanuelle Houdart est souvent à la frontière entre le merveilleux et le terrifiant, que pensez-vous de ce mélange dans ces petits albums cartonnés ?

Bouma : En toute sincérité j’en pense beaucoup, peut-être trop. Mon point de vue d’adulte analyse trop les images (surtout qu’il n’y a pas de texte d’accompagnement) et je mets tout plein de sens et de significations alors que les enfants sont plus dans le ressenti. En tout cas, mon ressenti à moi sur cette boîte à image est une inconstance entre la gêne, le sourire et le questionnement.

Sophie : Je rejoins Bouma dans ces propos. Et si je devais te répondre selon ma propre opinion, je dirais que le style d’Emmanuelle Houdart penche pas mal vers le terrifiant, l’effrayant du moins. Mais j’ai testé ces livres avec mon fils de 2 ans et lui n’a pas eu l’air effrayé du tout ! Peut-être qu’en effet, en tant qu’adultes, on cherche trop de significations et d’interprétations à ces images.

Colette : Quant à moi, les images d’Emmanuelle Houdart ne me terrifient pas, ni ne m’effrayent. Elles sont bizarres, vraiment bizarres, étranges et étrangères à nos habitudes de lecteurs mais elles sont si belles, si colorées, si vivantes que je dépasse assez vite cette étrangeté. Ce que j’aime dans son travail, c’est justement qu’elle représente à l’extérieur de ses personnages toute la complexité de notre intérieur et c’est vrai que cette complexité peut paraître effrayante. Mais l’esprit humain n’est-il pas intrinsèquement effrayant ?!

Pépita : Pour ma part, je rejoins Colette même si je conçois tout à fait que ces images questionnent. Je les prends comme elles sont, sans me poser de questions, sans chercher à y voir un sens, et du coup elles génèrent de l’émerveillement, titillent la fantaisie, suscitent la peur (mais une peur raisonnée) et je trouve cet univers absolument fascinant. Parce que justement il n’y a pas toujours de réponses et les petits vivent très bien avec ça. Ils sont en perpétuel questionnement. Et je me dis que ces images reflètent très certainement ce que eux ressentent face à la découverte du monde ! Nous adultes, ça nous fait peur parce qu’on a oublié… En plus, artistiquement parlant, ce sont de très belles images et les petits sont infiniment sensibles au Beau.

Chlop : L’absence de texte est aussi souvent un frein pour les adultes, on ne sait pas vraiment quoi faire de ces albums. Comment les présentez-vous ? En commentant les images ? En silence ?

Pépita : Je dirais les deux en fait. Mais tout dépend de l’enfant. En tant qu’adulte, je découvre une première fois pour m’imprégner de l’univers en quelque sorte, et s’agissant de cette auteure, je sais que je vais être dans l’étonnement. Après, je « relis » une seconde fois, voire plus. Et j’ai souvent besoin d’y revenir… Avec les enfants, on propose, et eux disposent et ils s’approprient cet univers selon le moment.

Colette : Alors j’avoue que je suis incapable de montrer un livre en silence à un enfant. Je n’ai testé La boîte à images qu’avec mes petits pilotes à moi et nous avons nommé ce que nous observions sur les pages, sans essayer de trouver de lien ou de narration, juste décrire ces images étranges. On a ri par exemple des santiags du père Noël avec mon plus grand (5 ans), quant au plus petit (11 mois) il a vraiment apprécié le petit format qu’il a pu manipuler à sa guise, comme un jeu.

Bouma : Je me permets de revenir sur la question précédente. Je précise que mon avis vaut pour cette boîte à images, pas sur l’ensemble du travail d’Emmanuelle Houdart car j’aime son approche de l’humanité (comme Colette le dit si bien). Par contre, et malheureusement, ce sont souvent les adultes prescripteurs qui choisissent ou font filtre (et dans ce cas je pense surtout à des non initiés à la littérature de jeunesse), et, pour l’avoir vu, ils sont souvent réfractaires face à ce qu’elle propose. Vive la médiation !.

Pépita : Tout à fait d’accord avec toi Bouma.

Colette : Pour reprendre ce qu’a dit Bouma, je pense qu’un parent qui ne connaîtrait pas l’univers d’Emmanuelle Houdart n’irait pas spontanément vers ces imagiers, véritables petits OVNIS au milieu des livres destinés aux tout-petits. Je pense que mon affection pour ce « cube » est fortement influencé par tous les autres albums de cette artiste que j’ai pu lire et que j’ai chaque fois adorés, y trouvant une véritable réinterprétation des relations humaines, réinterprétation à la fois poétique et psychologique

Chlop : Réflexion très intéressante de Bouma, les livres d’Emmanuelle Houdart déstabilisent souvent les adultes au point qu’ils n’atteignent pas toujours les enfants. Ici, le format carré, les angles arrondis, la petite boite ornée de cœurs, tous ces aspects très enfantins et ludiques concourent sans doute à conduire les adultes à l’ouvrir, alors qu’avec d’autres albums de cette illustratrice, ils passent leur chemin dès la couverture.
Les images de cette boite sont issues de son album « Dedans« , peut-être ce nouveau format est-il plus accessible. En tout cas, il semble être couronné de succès, il a d’ailleurs reçu la Pépite petite enfance cette année au salon de Montreuil.

Retrouvez les billets de Pépita, Bouma, Colette, Sophie et le mien.

De Rouge Tagada à Mots rumeurs, mots cutter ou l’adolescence en BD

Il y a presque 2 ans, Rouge Tagada inaugurait la collection Romans graphiques de Gulf Stream. Cette bande dessinée signée Charlotte Bousquet – et la tendresse de ses mots – et Stéphanie Rubini – et la douceur de son dessin – marquait quant à elle le début d’une série de romans graphiques prenant tous place dans la même classe de collège, se centrant chacun sur l’un de ses membres et sur une thématique particulière. Il y a eu l’homosexualité pour le premier et avec Mots rumeurs, mots cutter, les deux auteures revenaient à la rentrée 2014 pour nous parler du harcèlement scolaire.

Homosexualité, harcèlement scolaire ou quelque autre problème que peuvent rencontrer les adolescents, il est question, dans chacun de ces deux albums sensibles, d’amitié, d’exclusion, de solitude, de solidarité, d’espoir et des chemins qu’il faut, difficilement, emprunter pour grandir.

Collectif - Rouge TagadaCollectif - Mots rumeurs, mots cutter

Nathan : Qu’est-ce qui vous a poussé à découvrir ces deux romans graphiques ? Lequel avez-vous lu d’abord ? Racontez-nous votre petite histoire …

Sophie LJ : J’avais repéré cette belle couverture rouge et toutes les bonnes critiques sur ce livre. Mais ce qui a fini de me convaincre, c’est de trouver Rouge Tagada dans un colis swap offert par… Nathan.

Bouma : En ce qui me concerne, j’ai commencé avec Rouge Tagada qui initiait alors une nouvelle collection des éditions Gulf Stream intitulée « Les graphiques ». C’est curieuse de voir ce que proposait cette maison, que j’affectionne, dans le domaine de la BD que je l’ai ouverte.

Céline du flacon : J’ai d’abord été intéressée par Mots rumeurs, mots cutter. Quand j’ai lu la présentation de l’éditeur, je me suis immédiatement dit qu’il pouvait représenter un très bel outil pour aborder la thématique du harcèlement scolaire avec mes élèves. Après lecture, c’est le cas. Ensuite, en prévision de cette lecture commune, j’ai eu envie de découvrir Rouge Tagada

Solectrice : J’avais vu passer Rouge Tagada sur vos blogs mais je ne savais pas que c’était une BD à ce moment-là, et les fraises ne m’attiraient pas tellement. Mais quand j’ai entendu parler de Mots Rumeurs Mots cutter, le thème m’intéressait vivement (comme enseignante en collège, pour comprendre et faire partager cette histoire), la couverture (d’un violet vif) me donnait très envie aussi. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’emprunter Rouge Tagada et je me réjouissais de retrouver l’univers des deux auteurs…

 

Nathan : Rouge Tagada et Mots rumeurs mots cutter, ce sont deux romans graphiques qui se passent dans une même classe de collège … et, comme vous l’avez dit, c’est l’occasion de se centrer sur deux thèmes assez difficiles. Quels sont-ils ? Lequel vous a le plus touché ? Et pensez-vous qu’ils soient au final un bon moyen de les aborder ?

Céline du flacon : En résumant, ces deux titres évoquent des sujets encore bien trop tabous : l’homosexualité pour Rouge Tagada et le harcèlement scolaire pour Mots rumeurs, mots cutter. Pour ma part, j’ai été davantage interpellée par le second. Il m’arrive assez souvent de détecter des signes de harcèlement au sein de mes classes. Par expérience, le discours moralisateur n’a que peu d’impact (pour ne pas dire aucun). Peut-être que la lecture de cet album peut délier les langues, ouvrir le débat et permettre de prévenir plutôt que de guérir ! Le fait que cette histoire se vit au sein d’une classe et que les protagonistes sont des jeunes comme eux peut certainement aider aussi !

Sophie LJ : Je pense en effet que c’est une bonne manière de les aborder et de montrer que, dans une classe, il se passe beaucoup de choses et qu’on ne sait pas tout. J’ai préféré Rouge Tagada parce que j’ai beaucoup aimé les deux personnages auxquels je me suis très vite attachée. Et puis ça évoque la grande recherche de son identité au moment de l’adolescence avec ses nombreux doutes.

Solectrice : Les thèmes sont abordés avec sensibilité. Moins sensible au malaise exprimé dans Rouge Tagada, cette histoire d’amour m’a semblé assez simple. En Mots rumeurs, mots cutter, j’ai trouvé l’écho de plusieurs histoires d’élèves rencontrés, de brimades entendues et de peines confiées ; ce thème m’a d’autant plus touchée que le scénario démontre comment on peut rapidement basculer dans cette situation, sans pourtant tomber dans la morale.

Bouma : Pour moi c’est Rouge Tagada qui m’a le plus marquée. Parce que je découvrais Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini, et parce que j’ai été plus confrontée aux questions sur la définition de l’amour, de l’amitié, de la frontière entre les deux et sur la recherche identitaire à l’adolescence.

Nathan : En fait, les deux auteures arrivent à toucher juste et en profondeur les cordes sensibles de nos sentiments… Et je dis les deux auteures parce que le dessin et le texte me semblent indissociables … qu’en pensez-vous ? L’un vous a-t-il plus touché que l’autre ?

Céline du flacon : Tu as entièrement raison et cette alchimie commence dès le graphisme des couvertures. Que ce soit la couleur, le choix du titre et du dessin, le toucher velouté, tout donne envie d’entamer la lecture. Pour ce qui est du contenu, j’ai été autant séduite par le texte que par les illustrations. Ces dernières apportent une foule d’informations complémentaires qui permettent par exemple de situer les personnages dans la classe ou de saisir les non-dits… Texte et image s’enrichissent donc mutuellement.

Sophie LJ : C’est vrai que dans ces livres, on sent que le texte et l’illustration sont mis sur un pied d’égalité. Personnellement je suis un peu plus sensible aux illustrations. De manière générale, en BD/romans graphiques, c’est l’image qui retient plus facilement mon attention.

Bouma : Quand je lis ce type d’ouvrage, je fais souvent deux lectures : une du texte d’abord puis je reviens sur les illustrations dans un second temps. Si le tout est bien fait, je ne peux comprendre l’histoire qu’après ces deux lectures et c’est le cas de Rouge Tagada et Mots rumeurs, mots cutter. Alors pour moi impossible de dissocier les deux.

Solectrice : Très attirée par les images aussi – univers ado-fanzine, et beaucoup de détails -, j’ai trouvé que les paroles s’y adaptaient bien par leur vivacité et leur légèreté.

Nathan : Et ces deux écritures si différentes, elles ont provoqué quoi ? La douce et vivace complexité des émotions que j’ai ressenties en lisant ces deux bandes-dessinées me semble réellement riche…

Vous pouvez me citer trois émotions que vous avez vous-mêmes ressenties à la lecture des deux ouvrages ?

Céline du flacon : Trois émotions… Pas simple comme question. Peut-être de l’attendrissement, de la colère impuissante et de l’espoir. De manière générale, ces jeunes qui se construisent et affrontent les aléas de la vie me touchent en plein cœur. Pas tous les jours simples d’être un ado ! On aimerait pouvoir encore les protéger mais on sait que ce n’est pas (plus) possible.

Mots rumeurs, mots cutter m’a renvoyé en pleine face cette cruelle mécanique du harcèlement qui part d’un rien, se met en marche tel un rouleau compresseur et qu’on peine à stopper… Pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai appris qu’on avait volé les lunettes d’une élève de la classe où je suis titulaire. Troisième mésaventure après le vol de ses chaussures puis de son sac de piscine. Ne pas pouvoir régler le problème me frustre au plus haut point. Heureusement, je veux toujours croire en des lendemains meilleurs. Et ces titres vont dans ce sens : il y a toujours quelque part une petite voix qui écoute, une main qui se tend, un geste d’apaisement et d’amitié…

Bouma : Pas facile effectivement de répondre à cette question. Pour moi, il y a eu la joie avec Rouge Tagada qui est un hymne à l’amour. Puis la tristesse avec Mots rumeurs face à ce qui est malheureusement une réalité. Et entre les deux l’émerveillement de découvrir un duo qui fonctionne bien et qui apporte jeunesse et vitalité à des sujets difficiles.

Solectrice : J’ai également éprouvé de l’angoisse aux côtés de la jeune narratrice (surtout dans Mots rumeurs, mots cutter). De la colère, face aux réactions des soi-disant amies qui s’éloignent ou qui blessent impunément. Du désarroi, comme enseignante (on ne voit pas tout, on découvre tard, on ne sait comment faire face). Du soulagement enfin.  Je partage l’espoir de Céline en un lendemain serein, où chaque adolescent puisse trouver sa place dans ce monde parfois cruel et connaître des amitiés sincères par-delà les différences. Puisse ce livre dire la douleur d’être exclu et donner envie d’aller vers l’autre !

Sophie LJ : Tout est dit là, empathie, inquiétude, et puis l’émerveillement, en effet, pour ce bel objet.

Collectif - Bulles et bluesNathan : Le prochain album sort début février et aura pour personnage central ce personnage qui, justement, à la fin de Mots rumeurs, mots cutter, apporte l’espoir et l’amitié. En quelques mots, qu’en attendez-vous ?

Solectrice : La couverture et le titre semblent annoncer plus de noirceur… J’aime l’idée de tirer le fil de ces histoires croisées et de démêler, sans doute, des histoires de lecteurs par des dialogues justes et des dessins tendres. Comme j’ai apprécié le regard porté sur ce monde adolescent, j’ai hâte de découvrir l’histoire de cet autre personnage.

Sophie LJ : Je suis impatiente de découvrir cette nouvelle histoire avec un autre personnage de la classe et surtout un autre sujet que j’espère tout aussi émouvant et actuel.

Bouma : Je n’avais pas fait de rapprochement particulier entre les deux premières histoires. Ce sera donc l’occasion pour moi de découvrir ce nouveau titre (et de relire les anciens) sous un nouveau jour. Impatiente en tout cas !

Céline du flacon : J’adore l’idée de ces destins croisés. A chaque nouveau tome, les auteures apportent une petite pièce à un tableau qui dépasse l’individu. Ainsi, je trouve qu’elles nous rappellent que nous faisons partie d’un tout ! Ça casse notre vision plutôt nombriliste et ça, c’est très chouette ! Hâte donc de découvrir ce troisième titre !

Merci à Bouma, Céline, Solectrice et Sophie qui ont mené ce débat avec sensibilité et qui nous montrent bien que ces deux albums, quel que soit notre âge, quel que soit notre parcours de vie, arrivent par leurs mots et leurs traits, à nous toucher profondément, différemment et intensément.

Une interview des deux auteures par Nathan.

Nos avis sur Rouge Tagada:

  • « Elles posent sur cette marmite de sentiments en ébullition un regard à la fois tendre et sans concession.  Non, ce n’est pas simple d’être adolescent ! » Céline
  • « Le duo de Charlotte Bousquet au texte et Stéphanie Rubini aux illustrations fonctionnent à merveille. » Sophie
  • « Je me suis pris une vraie claque avec ce livre simple, juste et très fort. » Bouma
  • « Ce roman graphique propose une grande palette d’émotions, de beauté et de justesse. Une réussite. Un coup de cœur qui a su m’accompagner … » Nathan

Nos avis sur Mots rumeurs, mots cutter:

  • « Voilà donc une deuxième histoire tout aussi convaincante que la première. » Sophie
  • « Sans jamais tomber dans le sordide, les deux auteurs, Charlotte Bousquet pour le texte et Stéphanie Rubini pour le dessin, décortiquent toute la mécanique du harcèlement scolaire. » Céline
  • « Une lecture fluide et accrocheuse qui vous restera longtemps dans la tête. » Bouma
  • « On ne sait plus finalement où commence l’une, où commence l’autre, les deux auteures unissent leurs deux arts pour n’en faire qu’un et c’est brillant, poignant, sans jamais oublier de rappeler au lecteur que même dans les pires moments, il y a l’espoir.  » Nathan