Sophie Van Der Linden s’invite sous le Grand Arbre…

Critique, formatrice et autrice de romans, de guides et d’analyses d’albums, Sophie van der Linden est à la fois une passionnée et une experte intarissable de la littérature jeunesse. Vous êtes probablement familier.e.s des articles passionnants qu’elle publie sur son blog ! Nous avons eu envie d’échanger avec elle sur notre passion commune. Une conversation qui nous a donné envie de nous plonger encore et toujours dans la merveilleuse offre d’albums qui continue manifestement de fleurir…

Sophie van der Linden, portrait disponible sur son blog

Quels regards portes-tu sur la production actuelle en albums jeunesse ? Quel est ton titre fétiche ? 

L’album ne cesse d’évoluer, de se diversifier. La création, en France, reste toujours aussi dynamique et inventive, tandis que des pays entrent en jeu et nous offrent de belles contributions. Je pense par exemple au Pérou avec l’album Migrants (Issa Watanabe) ou encore à la Corée qui nous apporte chaque année son lot de titres très originaux.

Un titre important pour moi cette année : Tu t’appelleras lapin (Versant Sud éditeur), conçu par une jeune créatrice belge, qui incarne une nouvelle génération, nourrie dans l’enfance par le renouveau de la littérature jeunesse et sans doute aussi de celui du cinéma (notamment Miyazaki). C’est un album vraiment très singulier qui, pour cette raison, ne peut pas faire l’unanimité, mais il est d’une grande puissance émotionnelle, parfaitement enfantin dans son approche. Les textes sonnent juste, très subtils, et parfois poignants, tandis que les images offrent une grande profondeur aussi bien plastique que symbolique.

A quoi tient la réussite d’un album selon toi ? (et son contraire)

À la sincérité de son projet littéraire ou artistique. En littérature jeunesse on croule sous les intentions : éducatives, morales, commerciales. Un album émancipé de toute intentionnalité est déjà important à prendre en compte. Ensuite, c’est très difficile à définir car l’album convoque une sorte d’alchimie. Grégoire Solotareff parle lui de mayonnaise, mais c’est la même idée : c’est un équilibre très fragile, pas seulement entre le texte et l’image, mais entre le contenu, la forme, le support, le thème, etc. Il suffit par exemple d’un texte un peu trop long, ou bavard, pour que tout l’équilibre s’effondre. Il m’arrive parfois de parler « d’albums parfaits » parce que tous les éléments, toutes les articulations sont abouties et identifiables. Mais ce n’est le cas que de quelques albums dont les moyens d’expression sont limpides. Les livres d’Adrien Parlange ou d’Adrien Albert (et je m’aperçois seulement en les écrivant de la récurrence du prénom), sont dans ce cas. Je ne dirais pas cela de Tu t’appelleras lapin, dont je parlais plus haut. Mais cela ne le rend pas moins cher et important à mes yeux. Simplement les règles de sa création m’échappent davantage.


Comment chroniquer un album : rendre compte de son implicite, du rapport texte/image ?

Il n’y a pas de grille d’analyse valable pour l’album. Je n’en ai en tout cas jamais utilisé. L’album est une matière vivante, libre et complexe. Qui échappe aux règles. En BD par exemple, on peut parler de mise en page traditionnelle ou régulière. Rien de tout cela dans l’album. Chaque titre est isolé et appelle une nouvelle histoire critique. Pas de grille donc, mais il faut s’armer d’une multitude d’outils. Pour faire l’analyse critique d’un album vous aurez parfois besoin des outils de l’analyse plastique, ou filmique, de la philosophie, de la poétique ou de la narratologie. Le théâtre peut aussi être un modèle pour un album qui se présente comme une scène sur laquelle évoluent des personnages.


As-tu l’occasion de “tester” la lecture d’albums avec le public jeunesse ? Si oui, qu’en retires-tu? Sinon, cela te manque-t-il et envisages-tu de le faire ?

Cela m’arrive très ponctuellement, lors d’ateliers que je peux parfois mener auprès d’un public jeunesse. Plus généralement, j’échange beaucoup avec les bibliothécaires ou les lecteurs, bénévoles ou professionnels, avec lesquels je travaille sur le long terme, pour connaître la réaction des enfants. Ce retour m’est essentiel. Il arrive qu’un livre que l’on pense « parfaitement enfantin » soit dédaigné par les enfants. C’est alors intéressant d’essayer de comprendre pourquoi. Mais ce qui arrive le plus souvent, c’est qu’un livre jugé « difficile », se trouve largement plébiscité par les enfants. C’est par exemple le cas de Rouge de Michel Galvin (Rouergue), le premier album de cet artiste adressé aux tout-petits. Il est tellement atypique dans sa narration qu’on pourrait croire qu’il aurait du mal à capter l’attention des très jeunes enfants. Or, les très nombreux retours, provenant de différentes sources, recueillis sur sa lecture auprès du public indiquent un intérêt manifeste. Il y a tant de préjugés sur ce que les enfants aiment ou n’aiment pas qu’il me semble absolument incontournable de rechercher ces retours du « terrain ». Il m’arrive même de passer commande d’un retour à tel ou tel réseau de lecture pour connaître la réception d’un album, afin d’avoir confirmation, ou infirmation, de mes repères critiques.


Penses-tu que la littérature jeunesse dans son ensemble est assez valorisée en France aujourd’hui ?

À l’évidence, pas du tout ! La recherche et l’enseignement universitaires sont très insuffisants, la formation recule dans tous les secteurs, il n’y a quasiment pas de journaliste spécialisé, les ouvrages critiques sont rares… Pourtant, c’est un domaine éditorial de premier plan, et on sait que la majorité des lecteurs appartient au public jeune. On a une production exceptionnelle à l’échelle internationale. Tout se passe comme si cette production n’était pas digne d’intérêt ni économique ni intellectuel. On ne doit la survie de la création qu’au travail acharné des éditeurs, des auteurs, du réseau de la lecture publique et des associations. Il est urgent d’élargir le spectre ! 

A quel moment tu t’es dit : je vais devenir formatrice ? Pourquoi l’album en particulier ?

La formation découle de mon activité critique et de mes publications. Suite à la publication de mon premier ouvrage sur Claude Ponti, en 2000, des bibliothèques m’ont contactée pour en parler. Idem après le deuxième, Lire l’album, en 2006. Le choix de l’album est le fait d’un parcours, personnel puis universitaire. Depuis l’adolescence je suis passionnée par la question du rapport entre texte et image, dans la peinture, la bande dessinée, etc. Par hasard, j’ai découvert l’album comme objet d’étude. J’ai su que j’avais trouvé mon centre d’intérêt ce jour-là.

As-tu des projets en cours ou des envies de nouveaux projets ? Peux-tu nous en faire part ?

Depuis plusieurs années, je travaille à rapprocher la création d’une audience large. Ce fut le sens du lancement de mon blog, et de mes premiers guides, Je cherche un livre pour un enfant, chez Gallimard Jeunesse en 2011. La série a connu un beau succès et il fallait réactualiser ces publications. Avec la présidente de Gallimard Jeunesse, Hedwige Pasquet, nous avons fait le choix d’un guide unique, généraliste qui aborde Tout sur la littérature jeunesse. C’est son titre, et son ambition, il paraîtra en mars prochain.

Tout sur la littérature de jeunesse de la petite enfance aux jeunes adultes, Sophie van der Linden, Gallimard Jeunesse, 2021.
Sortie prévue le 29 avril 2021

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Un grand merci à Sophie d’avoir répondu à nos questions avec une passion communicative !

Femmes combattantes, inspirantes, innovantes

Le 8 mars est la Journée Internationale pour les Droits des Femmes.

Officialisée en 1977, cette journée trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Pour les arbronautes que nous sommes, ce sera aujourd’hui l’occasion de vous proposer une sélection de livres de tous genres qui mettent en avant des femmes combattantes, inspirantes, innovantes ! Des femmes de science, des femmes engagées, des femmes artistes !

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Dès le XIXe siècle, certaines femmes pionnières du féminismes eurent l’audace de trouver leur voie et de s’affirmer hors des carcans. S’il reste encore beaucoup à faire, les obstacles qu’elles rencontrèrent permettent à la fois de mesurer le chemin parcouru depuis et le courage nécessaire pour conquérir de nouveaux droits à l’encontre de normes qui semblent aller de soi… Rosa Bonheur qui parvint à devenir peintre, vécut avec une femme et obtint même l’autorisation de porter des pantalons est l’un des exemples les plus frappants. Quelle belle idée a eue Natacha Henry de lui consacrer un roman – roman dont on reparlera d’ailleurs très bientôt sous le grand arbre…

Rosa Bonheur, l’audacieuse, de Natacha Henry, Albin Michel.

Pour Linda, c’est également dans le passé, entre 19ème et 20ème siècle qu’a vécu l’une des femmes les plus inspirantes. Beatrix Potter est connue à travers le monde pour ses histoires mettant en avant de petits animaux dont Peter Rabbit est le plus célèbre. Mais son parcours est particulièrement inspirant pour le combat qu’elle a mené pour faire connaître son talent et être indépendante à une époque où les femmes dépendaient de leur père avant de dépendre d’un mari. Par ailleurs, son amour de la nature l’a conduite à acheter des terres et les fermes qui y étaient installées permettant la préservation d’un patrimoine. Sans son action, le Lake District n’aurait probablement pas l’aspect qu’on lui connait encore aujourd’hui.

Pour les jeunes lecteurs, l’album de Linda Elovitz Marshall et d’Ilaria Urbinati se veut une merveilleuse introduction à la découverte de cette femme peu ordinaire.

Amoureuse de la nature, l’incroyable destin de Beatrix Potter de Linda Elovitz Marshall et Ilaria Urbinati, Gallimard jeunesse, 2020.

Son avis est ICI.

Pour les plus grands, la biographie de Beatrix Potter écrite par Richard Maltby Jr, scénariste du film éponyme, est à découvrir pour en savoir plus sur l’éducation reçue par la jeune fille et ses difficultés avec l’amour.

Miss Potter, de Richard Maltby Jr, Mango, 2007.

Son avis à découvrir ICI.

Et n’hésitez pas non plus à découvrir Miss Charity, un merveilleux roman librement inspiré par la vie de Béatrix Potter. Un voyage inoubliable en pleine Angleterre victorienne, des personnages adorables et une existence placée sous le signe de l’indépendance !

Miss Charity, de Marie Aude-Murail, L’école des loisirs.

Les avis d’Isabelle et de Linda

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Coups de cœur pour Marie Curie et Frida Khalo, deux titres parus dans La collection Les Grandes vies chez Gallimard jeunesse. Des vies exceptionnelles pour deux femmes inspirantes !

Les avis de Liraloin

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Pour Liraloin c’est le destin de Katherine Johnson relaté par Carole Trébor qui remporte les suffrages pour cette journée de la Femme.

Née petite dernière d’une fratrie de quatre enfants, Katherine montre très vite des aptitudes hors normes en mathématique. Protégée, aimée et encouragée par sa famille, cette jeune femme modeste ira jusqu’au bout pour y arriver. Elle deviendra cette femme, celle de l’ombre qui jouera un rôle essentiel dans l’avancée des recherches de la conquête spatiale américaine. 

« Je ne suis pas meilleure que les autres, mais les autres ne sont pas meilleurs que moi » telle est la phrase que Katherine Coleman (avant de devenir Johnson) se répètera sans cesse pour lutter contre la ségrégation et enfin accéder à un métier où les femmes restent minoritaires surtout lorsqu‘elles sont de couleur.

Carole Trébor nous livre un récit très bien documenté avec beaucoup de références sur la vie des Afro-Américains en 1930. La ségrégation, hélas, trop présente dans le système éducatif nord-américain. Les notes en bas de page apportent de l’éclaircissement. D’ailleurs l’histoire est ponctuée de références : « Elle gagnerait 50 dollars par mois. Une telle rémunération lui paraissait énorme ! Et lorsqu’une de ses amies de l’AKA lui avait proposé que l’Etat attribuait 65 dollars mensuels aux enseignantes blanches du comté, Katherine avait balayé cette réticence d’un revers de la main : elle avait pris la résolution de ne pas s’appesantir sur les aspects négatifs. »

Au-delà des faits historiques, l’écriture de Carole Trébor ne transmet aucune empathie ni aucune colère. Les faits sont relatés tels quels, simplement. Le lecteur accompagne Katherine, l’œil bienveillant figé sur ce destin de femme exceptionnelle !

Combien de pas jusqu’à la lune de Carole Trébor, édition Albin Michel – collection Litt’, 2020

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Pour Colette, les femmes les plus inspirantes sont celles en devenir, celles qu’elle côtoie tous les jours dans son métier d’enseignante. Avec elles, elle aime parler de Malala Yousafzai, de Wangari Maathai, de Marie Curie, de Greta Thunberg ou encore de Frida Kalho. On a déjà parlé des albums de la collection “Grands portraits” de chez Rue du monde qui dressent les biographies enthousiasmantes de Malala ou de Wangari.

Malala, pour le droit des filles à l’éducation, Rue du monde, 2015.
Wangari Maathai, la femme qui plante des millions d’arbres, Franck Prévot, Aurélia Fronty, Rue du monde, 2011.

D’ailleurs, pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur Malala, ne pas hésiter pour les plus grandes lectrices et les plus grands lecteurs à lire son autobiographie.

Moi, Malala,
Patricia McCormick, Malala Yousafzai, Hachette Jeunesse, 2014.

Et pour les plus jeunes, le très bel album Le crayon magique de Malala nous raconte à travers les douces illustrations de Kerascoët la vision de l’éducation que porte cette jeune femme si audacieuse qui a d’ailleurs créé sa propre fondation pour lutter pour que chaque fille dans le monde ait droit à l’éducation. C’est par !

Le Crayon magique de Malala,
Malala Yousafzai, Gautier Languereau, 2017.

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Les jeunes femmes du XXIe siècle n’ont d’ailleurs de cesse de nous inspirer dans tous les domaines. Du côté de l’écologie, ne pas hésiter à lire le discours de Greta Thunberg intitulé Rejoignez-nous #grevepourleclimat !

Rejoignez-nous, Greta Thunerg, Kero, 2019.

L’avis d’Isabelle

Pour les plus jeunes, l’album Greta change le monde ! permet d’évoquer les actions menées par cette jeune suédoise très engagée.

Greta change le monde,
Gabriella Cinque, Vamille, Sarbacane, 2020.

N’hésitez pas non plus à découvrir Jamie Margolin, activiste américaine qui a publié en 2020 un manuel pour s’engager à ses côtés intitulé Le Pouvoir aux jeunes.

Le Pouvoir aux jeunes, Jamie Margolin,
Massot éditions, 2020.

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Pour Pépita, deux romans viennent immédiatement à l’esprit : des destins de jeunes filles incroyables, la première dans le domaine sportif et la seconde dans le domaine scientifique. Et il en fallait de l’audace !

La fille d’Avril, Annelise Heurtier, Casterman

L’avis de Pépita

Les avis de Pépita LA et LA.

Un régal que ces sept contes de femmes “vives et vaillantes” ! : “Contrairement aux idées reçues, les jeunes filles dans les contes n’attendent pas qu’un prince vienne les sauver en les épousant, elles prennent leur destin en main pour devenir femmes…” Praline Gay-Prara

Vives et vaillantes, 7 héroïnes de contes, Praline Gay-Prara, Didier jeunesse

L’avis de Pépita

Pour rester dans le conte, je ne peux pas passer à côté du dernier roman de Flore Vesco “D’or et d’oreillers”, que je suis en train de lire avec un plaisir immense : je sens que Sadima va beaucoup me surprendre ! Un roman étonnant qui mêle statut de la femme au XIXème siècle en Angleterre, conte détourné, sexualité et magie !

D’or et d’oreillers, Flore Vesco, Ecole des loisirs, Médium

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Cerise sur le gâteau – enfin sur la sélection, les deux tomes de la BD Les Culottées qui mettent en lumière les trajectoires de femmes qui, chacune à sa manière, résistent obstinément aux attentes et aux injonctions pour suivre leur voie. Chacune de ces histoires est saisissante, bouleversante, mais inspirante : il y a quelque chose de jubilatoire à voir ainsi ces femmes repousser de toutes leurs forces les limites de leur horizon – et du nôtre par la même occasion. Elles incarnent un spectre immense et grisant de vies de femmes. Et invitent à oser être soi-même et imaginer de nouveaux possibles.

Les Culottées, tomes 1 et 2, Pénélope Bagieu, Gallimard.

Les avis de Lucie et d’Isabelle

Existe aussi en DVD !

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Et si vous voulez découvrir de manière ludique d’autres femmes combattantes, inspirantes, innovantes, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil du côté de la maison d’édition de jeux Toplatoys et notamment de sa collection de jeux sur l’égalité intitulée The Moon Project. Le jeu des 7 familles inspirantes est un très joli support pour découvrir des femmes pionnières dans le sport, l’art, la littérature, la politique, l’entreprenariat et les sciences.

Et pourquoi pas se laisser tenter par le magnifique jeu “Who’s she ?” de chez Playress pour découvrir d’autres figures emblématiques de l’Histoire des femmes ?

Avec elles, après elles, comme Clara Zetkin grâce à qui la Journée Internationale des droits des femmes a été crée, nous continuons de dire, au moins au fil de nos lectures :

“Je veux me battre partout où il y a de la vie.”

Nos coups de coeur de février

Le printemps s’installe doucement et les rayons du soleil nous invitent à sortir nos fauteuils de lecture pour en profiter. Installez-vous tranquillement avec comme idées de lectures : nos coups de cœur !

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Pour Liraloin c’est un beau coup de cœur avec le roman : Filles de la Walïlü de Cécile Roumiguière.

Albaan et Lilijann sont amies, deux petites filles inséparables. Elles habitent la presqu’île de lurföll à Ann-Ville, un village loin de tout où les femmes régissent la vie tandis que les hommes embarquent de longs mois sur des chalutiers de pêche. Les femmes sont libres d’aimer qui elles souhaitent comme elles veulent. Pendant ce temps, pas très loin d’Ann-Ville, Nanna et Soriane évoquent le souvenir d’un père absent pour toujours, celui de Soriane. Un père qui a abandonné sa fille, la laissant aigrie de douleur, la vengeance dans le ventre.

Albaan et Lilijann grandissent protégées dans une forêt bercée par les arbres, témoins attentifs des drames et légendes se déroulant sur la presqu’île : « A cette époque-là, une fois par mois, la nuit où la lune est la plus ronde, la Walïlü sillonnait les forêts et les champs et gobait tout sur son passage. C’était sa façon de se nourrir, tout le monde le savait. Alors, ces nuits-là, qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid, personne ne sortait. »

Cette histoire m’a bercée tel un chant maternel qui n’a pas de fin, ritournelle incessante aux creux de mes oreilles. Une douce nostalgie m’a envahie, le calme aussi. J’ai beaucoup apprécié le personnage d’Albaan, fille de la nature et de la terre, passionnée et à la fois torturée par le secret familial. Les titres de chapitre accompagnés d’une illustration apportent un rythme à la lecture et posent des éléments essentiels dans la fluidité de l’histoire. Les filles de la Walïlü possèdent la force que procure la lecture d’un poème tout en emmenant le lecteur au cœur d’un conte intemporel.

Filles de la Walïlü de Cécile Roumiguière, illustration de couverture de Joanna Concejo, l’Ecole des Loisirs, 2020

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Pour Ada, à l’occasion d’une plongée dans l’œuvre de Séverine Vidal, c’est Des Astres qui remporte la palme du coup de cœur du mois de Février. Dans ce roman polyphonique, on entend tour à tour Pénélope nous parler de sa mère puis Romane nous parler de la sienne. De son père aussi. Puis de Pénélope qu’elle découvre à la lisière de ses 18 ans. Son autre mère. La biologique. Celle des premiers chapitres. Du premier chapitre de sa vie. Mais Des Astres, ce n’est pas seulement une histoire de filiation, c’est aussi une histoire d’amour, de désamour, de violence, d’apprentissages. Nombreux. Et extrêmement douloureux. Tant de douleur, je ne croyais pas que c’était possible. Des Astres est vraiment un roman puissant, intense. Un coup de cœur dans le sens premier du terme : à plusieurs reprises, j’ai bien cru que mon cœur prenait des coups.

Des Astres, Séverine Vidal, Sarbacane, 2019.

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Grâce à La fleur perdue du chaman de K, Isabelle et son plus jeune moussaillon ont exploré le Pérou, des Andes à la jungle amazonienne – et cette fameuse année 1986 où les walkmans étaient à la pointe du progrès… Tout était parfait dans ce troisième et dernier “roman-fleuve” de Davide Morosinotto : des personnages irrésistibles, une intrigue captivante, des rebondissements réjouissants et un travail graphique original et sublime. Ode à l’amitié et à l’espoir, un de ces livres qui font naître la passion de lire !

La fleur perdue du chaman de K, de Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2021.

Les avis d’Isabelle et de Pépita

L’autre coup de cœur de L’île aux trésors est une découverte du plus grand moussaillon qui s’est empressé de la faire découverte au reste de la famille: L’année de grâce, de Kim Liggett. Une dystopie féministe, féroce et galvanisante qui porte haut des valeurs de courage, de solidarité et d’émancipation !

L’année de grâce, de Kim Liggett, Casterman, 2020.

L’avis d’Isabelle

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Dans son MéLi-MéLo de livres, Pépita a vibré intensément lors de cette balade dans DES MOTS EN FLEURS : un livre-herbier pas comme les autres, dans lequel poésie, langage et nature se mêlent. En filigrane, un très beau message d’humanité pour la biodiversité. Un travail éditorial de très grande qualité.

Des mots en fleurs, Marie Colot et Karolien Vanderstappen,
Cotcotcot éditions

L’avis de Pépita

Autre coup de cœur qui nous emmène au pays des contes à l’envers : dans cette Forêt de travers, tout est bancal et ce que c’est chouette ! Plein de surprises vous y attendent. Vous ne verrez plus les contes de la même façon !

La forêt de travers, Marie Colot et Françoise Rogier, A pas de loups

L’avis de Pépita

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Chez Lucie, février a marqué les retrouvailles avec J. K. Rowling : les vacances ont été l’occasion de dévorer L’Ickabog !

Nous n’avons pas boudé notre plaisir de retrouver l’imagination débordante de l’auteure et les thèmes qui lui sont chers comme l’amitié, le courage, le deuil mais aussi les jeux avec les noms et le vocabulaire.

S’il n’atteint ni la profondeur ni l’intensité de la saga Harry Potter, la trame de fond de ce conte autour de la manipulation, du mensonge et des “fake news” incite à une lecture sur deux niveaux à la fois réjouissante et glaçante.

L’Ickabog de J. K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2020.

Les avis d’Isabelle et de Lucie.

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Pour Solectrice, le coup de cœur de février… c’est un album offert par Isabelle (au swap de la nouvelle année) et partagé avec les lutines, passionnément.

Amoureux est un superbe grand format offrant à chaque page tournée un poème tendre et une superbe illustration aux notes d’aquarelle. Odes au sentiment pluriel, ces textes nous donnent des visions multiples d’unions, de désirs et de relations, à tout âge. Un moment de bonheur qui se prolonge en choisissant nos instants préférés et en partageant nos histoires ou autres expériences amoureuses.

Amoureux, Hélène Delforge et Quentin Gréban, Mijade, 2020.
L'avis d'Isabelle, de Linda.

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Pour Linda, le coup de coeur de février va à Le printemps des oiseaux rares de Dominique Demers. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux adolescents que tout oppose, un jeune surdoué solitaire et passionné d’oiseaux, et une jeune fille blessée par une histoire d’amour violente dont elle a du mal à se relever. L’écriture est magnifique et les émotions très justes. Un roman touchant à découvrir dès 14-15 ans.

Le printemps des oiseaux rares de Dominique Demers, Gallimard Scripto, 2021.

Son avis complet est à lire ICI.

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Et vous, quels ont été vos coups de cœurs ce mois-ci ?

Lecture commune : Le goût du baiser

En ce mois de février où l’amour bat son plein, une lecture commune à la fois douce et pleine d’enthousiasme s’est installée entre Colette, Pépita, Lucie et Liraloin. Le goût du baiser, de Camille Emmanuelle, issu de la toute nouvelle collection L’Ardeur aux éditions Thierry Magnier, destinée aux ados de 15 ans et + a provoqué une belle discussion. Vous avez envie d’entendre parler d’amour, de sexualité et de confiance ? Installez-vous confortablement, c’est parti pour un petit voyage au pays des sens !

Le goût du baiser, Camille Emmanuelle, Thierry Magnier – collection L’Ardeur, 2019

Pépita : Le goût du baiser : Qu’est-ce que ce titre vous a évoqué associé à cette couverture rouge ? Et ce nom de collection ? Vous la connaissiez d’ailleurs ? Comme ça, sans réfléchir !

Lucie : J’ai abordé ce livre dans le cadre de la LC que tu avais proposée, associée à une thématique sur la manière dont la littérature jeunesse abordait la sexualité… Autant dire que je me doutais un peu d’où je mettais les pieds ! J’aime bien la couverture rouge (passion !) ajourée, laissant deviner une image cachée. Il me semble que Thierry Magnier ouvre avec ce roman une nouvelle collection, “L’Ardeur”, avec comme ligne éditoriale une thématique autour de la sexualité des ados. C’est bien ça ? Le titre Le goût du baiser est très évocateur, je trouve. Directement dans le sujet !

Colette :  Le goût du baiser : quel joli titre ! Tout un poème et après lecture on comprend que se tient entre ces quatre mots la quintessence du roman ! Comme Lucie, le contexte dans lequel j’ai découvert ce livre m’a bien renseigné sur son contenu. Je trouve cela formidable, progressiste, enthousiasmant qu’une maison d’édition jeunesse crée une collection dédiée aux questions de sexualité et aux métamorphoses du corps caractéristiques de l’adolescence. La couverture rouge avec ces lettres découpées qui laisse deviner des corps nus est très originale et attise la curiosité.

Liraloin : Le goût du baiser : très évocateur comme titre, ado on s’attend sans doute à goûter les lèvres (parfumées et colorées comme la couv’ : bonbon cerise ?) de l’autre… En librairie, la couverture m’a tout de suite attirée, belle idée et vous l’avez très bien dit Mesdames, le jeu où le lecteur essaye de deviner ce qui s’y cache, intriguant.
Et toi Pépita, qui a proposé ce livre pour une lecture commune : qu’est-ce qui t’a donné envie de le découvrir, de le partager ? Qu’as-tu pensé de la couverture, de cette nouvelle collection ?

Pépita :
J’avais repéré cette collection dans mon travail de veille pour mon boulot de bibliothécaire : et quand je l’ai reçu pour le swap d’été, je n’étais que joie et curiosité ! C’est toujours stimulant de découvrir une nouvelle collection. Et tu as raison, c’est bien une collection dont la thématique a comme fil rouge la sexualité des ados. Comme toi, le rouge de cette couverture attire l’œil et plus encore les ajours laissant deviner des corps nus emmêlés. Le nom de la collection L’Ardeur est très bien trouvé je trouve car il n’a pas de connotation sexuelle mais indique bien une énergie.
Et alors, cette lecture, vous vous attendiez à ce que vous avez lu ? Votre première réaction à chaud ?

Colette : À chaud ? Personnellement c’est la première fois que je lisais un roman qui parlait avec autant de liberté et de joie de la sexualité féminine ! Je ne m’attendais pas à ce souffle généreux ! Je ne pensais pas que l’on pouvait aborder autant de sujets – qui ont été particulièrement tabous dans mon adolescence – en un roman ! C’était vraiment jubilatoire comme lecture ! On en oublierait presque que tout commence avec un double handicap et des relations garçons-filles particulièrement sinistres…

Liraloin : À chaud, cette lecture était très appréciable car cinématographique. Les personnages vivants, existants… des rencontres avec l’autre et avec soi-même. En posant le livre je me répétais sans cesse : “Comme j’aurais voulu lire cette histoire à 15 ans…” (Haaaa la confiance en soi lorsqu’on est ado, pas simple).

Lucie : “À chaud”, c’est le cas de le dire ! Comme vous, c’est un livre que j’aurais aimé lire à l’adolescence. De plus en plus de romans ados ont au moins un personnage très au fait de la sexualité, qui renseigne et guide ses camarades dans les méandres de leur vie amoureuse. Ils en parlent beaucoup, mais l’acte lui-même est évité ou passé sous silence. Là tout est dit sans fausse pudeur et c’est à la fois très libérateur et nécessaire.

Pépita : Je vous rejoins : ce que j’ai aimé la liberté de ton ! Une Aurore qui se pose plein de questions sur la sexualité, ou plutôt sur le passage à l’acte car je trouve qu’elle est déjà vachement décomplexée ! Et pareil, moi qui suis de la génération avant vous, imaginez le choc ! Tout commence par un accident de vélo pour Aurore. Elle perd du coup l’usage de deux sens : le goût et l’odorat. C’est une jeune femme d’aujourd’hui, qui va au lycée, a ses potes, a flashé sur un garçon de sa classe, a des relations normales avec ses parents.
Comment avez-vous trouvé sa toute première réaction par rapport à ce handicap ?

Lucie : Ça commence surtout par un petit tacle sur l’utilisation du portable à vélo ! Mais c’est très bien fait : pas moralisateur et en même temps Aurore va subir les (lourdes) conséquences de ce petit moment d’inattention. Je trouve que, dès cet instant le ton du roman est donné : on va dire les choses telles qu’elles sont, sans porter de jugement et chacun en tirera les leçons qu’il voudra… Ou pas. J’ai aimé la manière dont elle découvre son handicap. Elle réalise immédiatement que ce qui va lui manquer, ce seront les petits riens qui sont tellement signifiants. Comme cette odeur de pain grillé et tout ce qu’elle symbolise. Elle panique et du coup, on la comprend, l’empathie est immédiate.

Colette : Je ne sais pas si je me souviens assez précisément de la première réaction de notre héroïne, mais ce qui m’a interpellée, c’est que lorsqu’elle comprend qu’elle n’aura plus ni odorat ni goût, elle va faire des recherches sur le net et lit que l’agueusie et l’anosmie entrainent une baisse de la libido. Et cette découverte la consterne car elle se projette dans sa vie sexuelle, une vie sexuelle dont elle rêve de manière extrêmement positive (rien que ça, pour moi c’est hyper enthousiasmant !) et dans laquelle elle craint désormais de ne pouvoir s’épanouir.

Pépita : Oui, voilà ! C’est ça que j’ai trouvé incroyable ! Le fait qu’Aurore se projette dans sa vie sexuelle avec une détermination ! J’en suis restée scotchée. Tu as raison aussi de dire les petits riens de tous les jours mais très vite, c’est sa vie sexuelle qui prime. Elle se masturbe, est vachement décomplexée par rapport à ça, mais quand il s’agit de passer à l’acte…
Qu’avez-vous pensé de sa “rencontre ” avec ce garçon sur lequel elle flashe ? (J’ai oublié le prénom, c’est dire combien je ne le porte pas dans mon estime !). Elle est forte l’autrice non ?

Colette : La “rencontre” avec Antoine ne m’a rien laissé présager de bon… Trop rapide, trop direct, ce rendez-vous ne pouvait pas être placé sous de bons augures. J’en ai un souvenir de profond dégoût… D’autant plus qu’Aurore avait su nous parler de sa première histoire de sexe avec une certaine forme de candeur et de légèreté, cette fois on bascule dans quelque chose de plus glauque… C’est compliqué de parler de ce moment du livre sans trop en dévoiler pour qui aimerait le lire. C’est quand même un évènement majeur dans la vie d’Aurore malgré le comportement ignoble du jeune homme et le manque total de clairvoyance de notre héroïne au prénom pourtant si lumineux.

Lucie : Je suis d’accord avec vous : le personnage d’Antoine est carrément odieux. En même temps il y a beaucoup des garçons ou des filles en mode “tableau de chasse”. Qu’ils soient vraiment comme ça ou qu’ils jouent un rôle pour la galerie, le résultat est la négation des sentiments de leurs partenaires. Pour le coup j’ai trouvé vraiment intéressant l’utilisation du handicap dans cette soirée. Quand l’auteure nous annonce cette perte de goût et d’odorat, je ne sais pas vous, mais je me suis dit qu’Aurore ne s’en sortait pas si mal. Et finalement, très rapidement on se rend compte de la difficulté qu’a Aurore à vivre normalement : manger, savoir ce qu’elle boit, elle s’inquiète aussi beaucoup de son odeur corporelle… C’est vrai qu’Aurore est très simple dans son rapport à la sexualité au début du roman. Et pour moi c’est presque plus cette rencontre avec Antoine (et ses recherches Internet) que son handicap qui va la faire douter d’elle-même. Et c’est ce qui est intéressant pour les lecteurs ados : une mauvaise expérience peut laisser des traces bien plus profondément qu’on pourrait le croire. D’où l’importance de pouvoir en parler. Effectivement, pas facile de parler de ce passage sans divulgâcher…

Pépita : Mais vous vous en sortez très bien ! Voilà donc le prénom de ce garçon ! Antoine… Je me suis dit qu’il était drôlement anesthésié de ses sens celui-là ! Les rôles sont donc renversés. C’est ce que j’ai aimé dans ce roman : la faculté de l’autrice de voir plus large que la perte de deux sens mais d’arriver à aborder les relations filles/garçons, le rapport différent à la sexualité, le respect de l’autre ou sa négation. Aurore interroge tout cela aussi à travers son cheminement vers l’acceptation. Du coup, elle reçoit une douche froide et c’est ça qui va la faire réagir. Elle va s’occuper de son corps à travers un sport pour le coup à l’image très masculine.
Comment avez-vous vu cette deuxième réaction d’Aurore ? Saine, addictive, déplacée, angoissante, sans issue ?

Lucie : J’ai trouvé ça très sain : (re)prendre le contrôle de son corps à travers le sport c’est encore la meilleure solution ! J’ai aimé qu’elle fasse le choix de la boxe, à priori plutôt catégorisé comme un sport de garçon. Elle a une colère légitime à exprimer et je trouve que l’auteure a fait là un choix à la fois culotté et pertinent. Les leçons de boxe avec le travail en binôme, la répétition des mouvements et ses effets (transpiration, odeurs…) peuvent d’ailleurs être mis en parallèle des relations amoureuses.

Liraloin : Cette jeune fille perd un de ses sens et des petits riens qui bercent ses habitudes s’en trouvent bouleversés (l’odeur du pain grillé, du parfum de sa mère je crois). Comme quoi même en pleine rébellion adolescente : la famille est un pivot ! Comme vous, Antoine ne m’a pas paru sympathique dès le départ. A cet âge, être remarquée par le beau gosse du lycée c’est juste immense (d’où cette fabuleuse chute à vélo), merci l’autrice. Après je trouve qu’elle est assez décomplexée par rapport à la découverte de sa sexualité. La crainte de la perte de la libido fait que tout s’accélère, il y a comme une forme d’urgence à tout ressentir et à frapper dur (d’où la boxe).

Colette : Rien n’est simple dans la décision d’Aurore de faire de la boxe : il y a d’abord la rencontre “percutante” avec un adhérent et Joao le prof du club de boxe. Quand Aurore bouscule Joao en rentrant du lycée, elle va être marquée par cette petite phrase lancée au vol qui aura de grandes conséquences : “Tu l’as piqué, comme une abeille.” Puis viendront les recherches sur Mohamed Ali qui a inspiré cette petite phrase. Et la prise de conscience qu’il n’y a pas de fatalité, qu’on peut toujours se défendre, en tout cas apprendre à se défendre. Grâce à ce corps, qui parfois défaille, qui parfois nous semble un parfait inconnu. Ce que j’ai vraiment apprécié dans le choix de la boxe, c’est que nous ressentons comment Aurore se réapproprie (ou s’approprie) son corps, comment elle l’apprivoise, le dompte, l’intègre.

Pépita : Tout à fait : le sport lui permet de se réapproprier son corps qui lui joue des tours et je trouve que le choix de la boxe n’est pas anodin du tout : il lui permet de “fighter” contre ce handicap qu’elle a du mal à accepter, son caractère invisible l’empêche d’être franche avec les autres, et là, elle se remet à l’endroit, elle retrouve confiance en elle mais surtout elle va rencontrer un jeune homme qui va savoir approcher cette jeune femme farouche. J’ai beaucoup aimé comment cette rencontre est dessinée par petits traits. Leur façon de se parler.
Vous aussi ?

Lucie : Oui je suis d’accord, leur relation s’établit vraiment petit à petit, il l’apprivoise au moment où elle est si fragile. Ils se laissent le temps, enfin l’auteure leur laisse le temps ! J’ai beaucoup aimé ces passages. Et puis ces doutes, ces questionnements, ces échanges autour de la musique… C’est très bien fait, très crédible et cela donne une légitimité à leur couple pour la suite, je trouve.

Pépita : Je te rejoins totalement : j’ai aimé la délicatesse de leur rencontre comme s’ils percevaient déjà qu’il ne fallait pas l’abîmer, malgré les difficultés. J’ai aussi beaucoup aimé ces passages sur l’installation de leur relation. Une relation magnifiée par la scène finale !
L’avez-vous trouvée osée à destination des ados ? Ou au contraire tout à fait naturelle ?

Lucie : Tout à fait naturelle pour ma part, justement parce que l’auteure a pris le temps de créer une relation crédible et très touchante. L’opposition entre Valentin et le Antoine du début est totale sur tous les plans.

Liraloin : Tout à fait d’accord avec vous, la relation s’installe doucement même si parfois Aurore a du mal à faire confiance. Au contraire, il lui montre que c’est possible et installe cette douceur entre eux. Cette fin est parfaite.

Colette : La relation entre Valentin et Aurore est une belle relation de confiance et de sincérité qui se construit pas à pas, aucun des deux ne juge l’autre, jamais. Ils s’écoutent, ils s’entendent. Ils sont patients, d’une infinie et si précieuse patience. Alors oui la fin du roman est logique, naturelle, même si personnellement je les trouve tous les deux particulièrement “mûrs” quand il s’agit de sexualité, ils ont une connaissance très fine de leur propre corps et de leur propre plaisir, que j’imagine difficilement à leur âge. Mais c’est un avis de presque quarantenaire !

Lucie : Je crois que tu as dit l’essentiel Colette, ils s’écoutent, ils s’entendent. Je pense que c’est ça, plus que la maturité, qui fait que cela fonctionne. Parce qu’ils sont attentifs l’un à l’autre dans les sentiments, dans leur relation et dans leur plaisir. Je ne me souviens plus très bien des détails, mais il me semble que lui est plus âgé et plus expérimenté. Du coup ça peut aussi expliquer cette connaissance que tu trouves si fine, non ? Et ça pour le coup c’est vraiment le message à passer aux ados !

Colette : J’y ai pensé aussi après au fait que Valentin soit plus âgé, c’est vrai qu’il initie Aurore en quelque sorte à l’écoute de son propre plaisir, mais je t’avoue – et c’est très personnel et sûrement lié à mon éducation – que cette expertise sensorielle m’a vraiment surprise pour des jeunes gens parce que pour le coup à leur âge je ne parlais jamais de sexualité avec autant de bienveillance et de précision.

Lucie : Je crois effectivement que les jeunes d’aujourd’hui sont bien mieux renseignés sur leur corps et ses possibilités (sexuelles notamment) qu’on ne l’était à leur âge. J’imagine qu’Internet y est pour beaucoup, et que ce n’est pas forcément que positif. C’est pour ça que ce roman est intéressant : il allie informations “pédagogiques” j’ai envie de dire et romance (ce qui dans ma représentation n’est pas présent sur Internet, mais je ne suis pas allée voir alors c’est peut-être faux !).

Pépita : J’ai été un peu surprise aussi au début de cette facilité des corps à la fin du roman mais après réflexion je me dis que la confiance qu’ils ont en chacun l’un vers l’autre y fait pour beaucoup. Ils ont pris le temps de l’attente aussi. Comme en danse, même si le rôle n’est pas toujours attribué au début, il y a toujours un “meneur” qui guide l’autre, et cela se fait souvent naturellement. J’ai trouvé cela très beau, très évident même et que des ados puissent avoir accès à cette beauté, c’est autre chose que le porno !

Liraloin : Je trouve génial le travail des éditions Thierry Magnier sur cette collection. Bon je me précipite un peu car je n’ai lu que ce titre… mais il est bon de trouver une collection pour nos ados cherchant des éléments ou un discours fiction sur la sexualité. Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir lu ces livres à l’adolescence ! Pour me greffer à votre discussion, oui, moi aussi je trouve que l’autrice a eu raison de créer un personnage plus vieux et expérimenté qu’Aurore. C’est juste ce qu’il faut : une touche de calme, un soupçon de confiance et l’amour s’installe tranquillement sans rien à prouver, sans rien provoquer qu’elle ne pourrait regretter.

Pépita : Un seul mot pour définir ce roman, quel serait le vôtre ?

Lucie : SENS. Les sens (perdus, découverts) et le sens (qu’on donne à une relation par exemple !).

Pépita : Pour moi ce serait le mot SENSualité. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce livre, son approche, son intelligence, sa spontanéité.

Colette : Pour moi le mot serait “CONFIANCE” car c’est grâce à cette confiance qui se construit petit à petit, au fil des conversations, des entraînements de boxe, des erreurs qu’on analyse, que le couple Aurore et Valentin se soude et peut découvrir ENSEMBLE les plaisirs du SENS/des SENS retrouvés.

Liraloin : J’adore les lectures communes et merci d’avoir été nombreuses à aimer ce livre ! Pour moi le mot serait : EXISTER
EXISTER pour se faire confiance,
Exister pour faire confiance,
Exister pour aimer, goûter !

Pour en savoir encore plus, c’est ici avec Pépita, Liraloin et Lucie.

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Nos classiques préféré·e·s : les surprises de Rébecca Dautremer

Depuis 1996, Rebecca Dautremer nous enchante de ses créations. Pour votre plus grand plaisir, A l’Ombre du Grand Arbre a décidé de revenir sur des albums qui nous ont marqué·e·s.

Voici une belle sélection à découvrir ou redécouvrir… et pour aller plus loin https://rebeccadautremer.com/

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Et comme le dit si bien Rébecca dans son texte introductif de Midi Pile : « Bref, si tu traverses avec les yeux ce livre-là, tu pourras t’y réfugier, bien peinard, autant de fois que tu en auras besoin. (Et crois-moi, c’est une sacrée chance d’avoir un endroit où se réfugier bien peinard en cas de besoin.) Dans tous les cas, je te souhaite une bonne et belle traversée. »

Voici les 10 raisons de Liraloin de lire Midi Pile :

1.Parce qu’il n’existe pas 10 livres comme celui-ci

2.Parce que sa finesse transporte le lecteur dans un ailleurs complétement magique

3.« Je te dis que tu vas traverser ce livre POUR DE VRAI »

4.Parce que Rébecca Dautremer fait monter le suspense à chaque page tournée

5.Parce que c’est une course contre le temps et pourtant il s’écoule doucement alors…

6…dépêche-toi, lecteur, de tourner ces jolies sculptures de papier

7.Parce que les couleurs font voyager dans un lieu animé par le bonheur

8.Parce que les détails sont tendres et pleins de clins d’œil (à toi d’être malin pour les découvrir)

9.Parce qu’au fond, tout au fond de ce petit théâtre, on peut apercevoir la mer

10.Parce que l’amour ne peut pas attendre Midi Pile, il faut y être bien avant l’heure…

Midi Pile publié en 2019,
Pépite catégorie livre illustré au Salon du Livre et de la Presse jeunesse 2019.

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Voici les 10 raisons de Colette de lire Princesses oubliées :

  1. parce que c’est beau, c’est beau, c’est beau : du grand format carré, aux lettres du titre qui titillent le bout des doigts, en passant par le choix du papier, tout est si précieux, si délicat, si élégant.
  2. parce que les collaborations, fruits de la plume de Philippe Lechermeier et les pinceaux de Rébecca Dautremer, sont toujours d’une richesse inspirante.
  3. parce que cet album est une ode lumineuse, un hommage vibrant aux princesses de tous les continents, réelles ou imaginaires, rondes ou sèches, enfants ou vielles femmes, immenses ou minuscules…
  4. parce que le personnage archétypal de la princesse y trouve un nouveau souffle, loin des clichés véhiculés par les contes d’une époque reculée ; ici les princesses sont pirate, indienne, nomade, voleuse, lectrice invétérée ; ici les princesses peuvent être elles-mêmes, infiniment fragiles ou silencieuses, tonitruantes ou casse-pieds ;
  5. parce que ce livre est une galerie de portraits foisonnante d’une inventivité littéraire incroyable : princesse de Zoulou Zazou, princesse Pêtsec, princesse Petitpythie, le jeu de mots nous guette à chaque page;
  6. parce que cet album, par de nombreux aspects, fait œuvre encyclopédique : au delà des portraits, on pourra y lire des notes sur les objets utiles aux princesses, la définition du vocabulaire spécifique, une double page est même dédiée à l’alphabet international en éventail !
  7. parce que la mise en page parfois tient du carnet de notes ou de croquis, créant un objet hybride particulièrement original ;
  8. parce que pages 56-57, il a une carte géographique qui recense les 88 lieux de vie de nos princesses oubliées ou inconnues – et que j’adore les cartes de pays imaginaires ;
  9. parce que Rébecca Dautremer s’y essaye à différents traits, qui se répondent à travers des styles variés ;
  10. parce que c’est beau, c’est beau, c’est beau. Tenir un livre de Rébecca Dautremer est un pur ravissement de tous les sens renouvelé à chaque nouvelle publication ! C’est ainsi que notre histoire d’amour dure déjà depuis plus de 16 ans !
Princesses oubliées ou inconnues, Philippe Lechermeier, Rébecca Dautremer,
Gautier Languereau, 2004.

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Voici les 10 raisons de Lucie de lire Babayaga :

1. pour le grand format qui permet de partager cette lecture et de se pelotonner pour avoir moins peur ;
2. parce que Taï-Marc Le Thanh et Rébecca Dautremer y racontent l’enfance de Babayaga ;
3. comment elle est devenue une terrible ogresse ;
4. et nous apprennent qu’elle n’a qu’une seule dent ;
5. pour les jeux de mots aux petits oignons de Taï-Marc Le Thanh ;
6. pour les détails cachés dans les magnifiques illustrations de Rébecca Dautremer ;
7. et notamment la page dans laquelle Miette s’aperçoit qu’à la surface de la baignoire flottent “des morceaux de carottes, de patates et de petits navets” alors que le sel et le poivre occupent le porte-savon ;
8. pour le jeu sur les plongées et contre-plongées qui accentue le sentiment d’impuissance de Miette ;
9. parce que le rythme de la fuite de Miette est incroyablement trépident, même si on en connaît l’issue ;
10. pour la lucidité de la remarque “avec un nom pareil, j’aurais dû me méfier dès le début !”.

Babayaga de Taï-Marc Le Thanh et Rébecca Dautremer, Gautier Languereau, 2008

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Voici les 10 raisons de lire Les riches heures de Jacominus Gainsborough selon Linda:

  1. Pour son grand format qui permet de le lire en famille et de s’en mettre plein les yeux.
  2. Pour le personnage de Jacominus, ce petit lapin à la bouille mignonne et à la patte folle,
  3. Mais aussi pour les autres personnages qui gravitent autour de lui, à qui Rebecca Dautremer a pris le temps de donner une identité à chacun leur donnant ainsi plus de contenance et l’importance qu’ils méritent.
  4. Pour le clin d’oeil évident à Beatrix Potter et son Peter Rabbit.
  5. Pour les grands tableaux double-page qui fourmillent de détails et dans lesquels le lecteur prend plaisir à se perdre dans la contemplation.
  6. Pour les double-pages qui prennent la forme d’album photos et révèlent les souvenirs et le temps qui passe.
  7. Et pour ces pages textes illustrées d’un Jacominus qui en disent tant sur les émotions qu’il ressent.
  8. Pour tous ces moments qui comptent, les bons comme les moins bons, les rencontres, le temps qui passe.
  9. Pour la poésie et la beauté des mots qui racontent tout simplement une vie. Ils semblent nous rappeler que la vie mérite d’être vécue pour tous ces moments aussi insignifiants soient-ils et qui enrichissent le quotidien.
  10. Et pour l’intemporalité du récit.
Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough, Rébecca Dautremer, Sarbacane, 2018

A lire, les avis de Pépita, de Bouma et de Ladythat.

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Voici les 10 raisons de lire Journal secret du Petit Poucet selon Solectrice :

1. pour la magie d’entrer dans l’univers espiègle du petit Poucet et de découvrir ses incroyables trésors !

2. parce qu’on y trouve des dictons improbables,

3. pour ses merveilleux croquis et portraits fous !

4. pour les serments amusants que prononcent les frères du Petit Poucet,

5. parce que Rébecca Dautremer nous dévoile le lit-bouchon de Poucet,

6. pour voir les coulisses étonnantes de l’expédition en forêt des 7 frères égarés,

7. parce que le terrible Barrabas Barbak au visage peint semble tout droit venu du Pôle Nord,

8. Pour rire devant l’impertinence du gamin ou frémir face à la redoutable Popette et son inéluctable “certificat d’abandon des enfants petits et grands gentils ou méchants”,

9. Pour retrouver son âme d’enfant en suivant les facéties de ce petit bonhomme et de ses frères,

10. Parce qu’on est emporté comme dans un tourbillon par le monde fabuleux de ce conte revisité en album tendre et généreux.

Journal secret du Petit Poucet, Philippe Lechermeier et Rébecca Dautremer, Gautier Languerau, 2009.

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Voici 10 raisons de se plonger dans Une Bible selon Pépita :

  1. Parce que Une Bible n’est pas La Bible,
  2. Parce que croyant ou non croyant, elle fait partie de notre histoire,
  3. Parce que la lire, c’est revenir aux mythes fondateurs de notre société,
  4. Parce qu’il en émane une si belle musique,
  5. Parce que ce livre est une œuvre d’art,
  6. Parce que les illustrations sont comme des tableaux,
  7. Parce que la mise en page est époustouflante,
  8. Parce que j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur et l’illustratrice parler de sa genèse et que c’est l’un de mes plus beaux souvenirs,
  9. Parce que ce livre nous raconte, nous,
  10. Parce que c’est Une Bible, comme un roman.
Une Bible, Philippe Lechermeier et Rebecca Dautremer,
Gautier Languereau

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