Lecture commune de l’album « Caché »

Il y a quelques mois, un OLNI est arrivé dans les livres pour les tout-petits : le premier roman des bébés « Caché ». Écrit par Corinne Dreyfuss et publié chez Thierry Magnier, c’est un album sans image qui nous a fortement intrigué À l’ombre du grand arbre !

Nous en avons donc discuté ensemble et voilà ce qu’on en dit…

Corinne Dreyfuss - Caché !.

 

Sophie : Les albums pour les tout-petits, on connait bien sous notre arbre, mais celui-ci avait une petite particularité ! Sur sa couverture, un bandeau annonce « Le 1er roman des bébés », vous vous attendiez à quoi avant de l’ouvrir ?

Pépita : À un roman ! Donc des chapitres, une histoire et des mots. L’idée de ce bandeau est d’ailleurs géniale. Ça intrigue ce mélange de livre pour adultes notifié par ce bandeau et un cartonné épais à la couleur pêchue. Et franchement, on n’est pas déçu !

Alice : Ah ben moi, je n’avais pas le bandeau… Donc, au visuel, j’ai été un peu décontenancée. Je savais que c’était « Le 1er roman des bébés » et pourtant je voyais là, un album cartonné petite enfance.

Bouma : J’ai été dans la même position qu’Alice. Sans le bandeau, pas d’indication autre part de cette spécificité, je l’ai donc ouvert comme n’importe quel album cartonné à destination des tout-petits.

Colette : Au départ je n’ai pas craqué pour la première de couverture essentiellement basée sur le graphisme des lettres du titre qui apparaissent et disparaissent au milieu des zzzz en ribambelles, mais je connaissais, grâce à vous mes copinautes, l’auteure et je savais à quel point ses livres permettent d’heureux moments de lecture avec des tout-petits. J’avais eu l’occasion de partager notamment un joyeux moment de lecture de Pomme pomme pomme lors d’une session de l’excellente lectrice des Petites Pousses ! Ce qui m’a le plus intrigué comme vous ce fut le bandeau qui accompagnait le livre en indiquant « premier roman pour bébés ».

Sophie : Alors qu’elle a été votre réaction en ouvrant le livre et en ne découvrant pas le début de l’histoire comme d’habitude, mais une préface ? Chose que personnellement je n’avais jamais vu dans un album cartonné pour les tout-petits.

Bouma : Étonnée, forcément. Et puis… je le dis ou pas… J’ai sauté la préface. Je ne lis jamais les préfaces. Je n’ai pas envie qu’on m’explique quelque chose avant d’avoir essayé moi-même de la comprendre.

Pépita : Je l’ai lue de suite… Patrick Ben Soussan ! Je ne peux pas dire que j’ai appris quelque chose au sens où je suis déjà profondément convaincue de ce qu’il y dit mais j’ai bien aimé sa façon de le dire : c’est juste, poétique et frais ! Et puis je savais que ce livre allait me plaire, beaucoup, beaucoup, beaucoup, alors cette préface c’est une mise en bouche qui m’a permis à la fois de me mettre dans le bain de ma lecture et d’en retarder le moment. Oui, tu as raison de le souligner Sophie que ce n’est pas commun une préface dans un cartonné pour tout-petits ! Mais tout n’est pas commun dans ce livre. Il a des allures de grand : bandeau, préface, typographies diverses, chapitres, pas d’images. une bien belle cohérence avec le concept affiché !

Alice : Une préface intéressante, mais qui me pose question. Elle ne nous apprend rien, à nous professionnelles convaincues, du rôle du livre dans le développement de l’enfant.
Mais justement, sera-t-elle lue et comprise ? Ne fera-t-elle pas peur à des parents « éloignés  » de cette approche ?
Je me pose alors la question : ce livre ne devient -il pas élitiste ?

Pépita : Oui je vois l’idée et tu as raison de la poser. En même temps je trouve que cette préface est adaptée justement aux parents : elle pose les bienfaits de la lecture au tout tout petit tout en esquissant ce qu’ils vont trouver dans ce livre. Car sinon je me dis qu’en le feuilletant, ils ne le liraient même pas ! Pas d’images, un I, II et III, des onomatopées, une typographie en zigzags, mais c’est quoi ce truc ? Au contraire, il s’adresse d’abord aux parents pour leur donner envie de lire ce livre. Je l’ai vu comme ça pour ma part. Et puis osons espérer qu’un roman ne leur soit pas inconnu ! Je trouve ça fort comme concept.

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Sophie : Je comprends ce que tu veux dire Alice. Mais comme Pépita, je l’ai trouvé bien écrite et j’ai aimé que ça aborde des choses simples de la lecture. En fait si je devais lui faire un reproche, c’est peut-être qu’elle est un peu longue ce qui peut rebuter un peu.

Bouma : La longueur de cette préface dans un livre pour les tout-petits peut en effet avoir quelque chose de repoussant pour certains parents. C’est une forme de médiation écrite, qui peut peut-être être complétée par une orale de la part des professionnels du livre puisque comme vous le dites nous sommes déjà convaincue des bienfaits de la lecture dès le plus jeune âge.

Colette : Je trouve la préface de Patrick Ben Soussan importante pour comprendre le concept du livre de Corinne Dreyfus, parce qu’il faut bien le dire, on est du côté de l’expérimental avec ce livre là ! Comme vous, je ne pense pas qu’un parent non averti aille vers Caché sans savoir ce qui s’y joue. Ce qu’il dit du regard du tout petit, de son attention porté aux signes sur la page, au visage et à la voix de ses parents quand ils lisent, est vraiment clair sans être jargonnant. Grâce à cette préface le parent est invité à lire, encore et encore, et de TOUT à son petit (même Le petit livre Rouge et le Dalloz !) et cette parole on ne l’entend pas souvent en tant que parent. C’est une belle invitation que cette préface, une invitation à lire Caché mais surtout à lire tout court avec son bébé.

Sophie : Il est maintenant temps de passer à la lecture du livre à proprement parler. Quelles ont été vos réactions en découvrant l’histoire, le fond comme la forme ?

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Pépita : Une bien belle narration découpée en 3 chapitres avec la porte qu’on ouvre et ferme pour marquer le passage entre le dedans et le dehors, une typographie qui suit ce qui est dit dans le texte, c’est un régal à lire à haute voix, un album qui induit du jeu dans le jeu. Perso, je suis totalement fan. Une façon de renouveler ce jeu du coucou-caché si apprécié des petits, qui symbolise à merveille la séparation et les retrouvailles.

Colette : Si on ne fait que survoler le livre on passe complètement à côté de son inventivité – ce qui a failli être mon cas si vous n’aviez pas lancé une lecture commune sur ce livre hors du commun – des mots qui partent dans tous les sens, du noir et blanc, aucune image, voilà bien un livre pour tout-petit très étrange. Comment vont-ils s’y retrouver nos bébés lecteurs ? Et bien ils vont s’y retrouver parce qu’ils vont y être accompagnés. Ce livre recèle des pouvoirs magiques, il nous invite à proclamer à haute voix de drôles de formulettes. Car une chose est sûre ce livre là est fait pour être joué, comme une pièce de théâtre en quelque sorte, plus qu’un roman d’ailleurs.

Bouma : J’ai été happée par la forme, peut-être un peu au détriment du fond puisqu’il m’a fallu une seconde lecture pour apprivoiser le sens de ce « coucou-caché-je suis là ». On est sur une situation très commune chez le tout-petit qui adore cette forme de jeu, le contexte de ce roman est donc partie prenante de son intérêt. Du côté forme, la typographie permet à tout adulte, même non initié, de mettre facilement les intonations. C’est très intuitif.
Et petit plus, il y a vraiment toute la forme du roman : en plus du découpage en chapitre, on retrouve dans l’en-tête de chaque page la pagination et un rappel du titre du chapitre.

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Alice : La première page surprend et ce n’est qu’à partir de l’interrogation de la deuxième page que l’on comprend le mécanisme de ce roman. De suite, notre cerveau entre en action et on a envie de le lire à voix haute. La typographie y est pour beaucoup et les intonations sont faciles à mettre en place. Arrive le deuxième chapitre et l’on comprend alors le jeu de l’auteur et tout est si complémentaire que les images viennent à nous sans qu’il y ai besoin d’illustrations. le livre pend vie sous nos yeux et dans notre tête : ce procédé est très fort !
Si la forme est indiscutable, le fonds l’est tout autant. On sait bien que ce jeu de coucou-caché fonctionnera parfaitement bien auprès des tout-petits. Bref, rien à redire sur cet album-roman innovant et tellement bien maitrisé !

Sophie : Vous êtes toutes assez conquises par ce livre mais l’avez-vous testé avec des enfants ? Pour quel âge le conseilleriez-vous ?

Bouma : Testé deux fois cette semaine avec des petites sections et leurs accompagnants et je dois dire que j’ai été assez bluffée par son impact.
Les enfants avaient du mal à se centrer autour des livres et des histoires lues jusqu’à ce que je leur sorte. Dès les premiers mots, ils se sont tus et on regardé le livre avec curiosité. J’ai senti que les adultes étaient également intrigués par le principe du livre. Et quand je leur ai demandé qu’elle était la différence avec les autres livres (c’était une animation autour des livres extraordinaires que l’on trouve à la bibliothèque), ils m’ont répondu qu’il n’y en avait pas. De même, ils pensaient tous qu’il y avait des images… La typographie leur apparait donc telle qu’elle est : une représentation graphique du texte.

Sophie : Oui l’effet est chouette ! Je l’ai lu hier et aujourd’hui avec des maternelles, ça les captive. Et on dirait qu’il voit le personnage jouer à cache-cache, c’est marrant, le fait que ce ne soit pas représenter ne les perturbe pas du tout.

Colette : Je pense que ce livre se savoure dès la naissance grâce à ses beaux contrastes en noir et blanc, ses lettres de toutes les tailles, ses signes qui captent le regard. Et je pense qu’il sera pleinement apprécié par les enfants de 3-4 ans qui en saisiront toute la dimension ludique qui fait écho à ce jeu adoré du cache-cache, avec son inquiétant compte à rebours, sa mystérieuse attente, ses étranges déambulations. Et même plus grand, l’enfant pourra apprécier l’ingéniosité de l’auteure qui se joue de nous dans cette mise en abyme finale qui referme la quête sur son lecteur.

 

Si vous voulez en lire encore plus sur cet album, voilà nos avis : Pépita, Bouma et Sophie.

Et vous l’aurez compris, on vous invite très fortement à lire cet album et à le partager avec les enfants… et les adultes !

Lecture commune : Je m’appelle livre et je vais vous raconter mon histoire

Qui mieux que le Livre lui-même pourrait nous raconter son histoire ? C’est à ce jeu que s’est amusé John Agard dans ce documentaire où le Livre est le narrateur. Des premières écritures au numérique, Alice et moi avons aimé plonger dans cette lecture. On vous en dit plus aujourd’hui…

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« Je m’appelle livre et je vais vous raconter mon histoire » John Agard Éditions Nathan, 2015

Sophie : Que t’attendais-tu à trouver dans ce livre au titre énigmatique ?

Alice : Et bien pas si énigmatique que ça le titre !
Au contraire je le trouve suffisamment clair et précis pour ne laisser aucun doute sur le contenu du roman : en tournant les pages on va tout savoir sur la naissance et la vie d’un livre. La couverture, avec ces arbres, complète cette déduction : le papier fabriquant les livres venant des fibres de bois.
Enfin, tout ça c’est mon point de vue, peut-être que tu n’as pas accueilli ce livre de la même façon ?
Par contre, ce qui est surprenant, c’est le point de vue et la forme choisis par l’auteur qui offre une perspective très dynamique…. Tu ne penses pas ?

Sophie : En effet, j’étais plus intriguée que ça à l’ouverture de ce livre que je range finalement plutôt du côté des documentaires (alors que tu parles de roman). Je pense que c’est un savant mélange entre les deux en fait et cela vient en effet du point de vue qu’a choisi l’auteur. Et oui ici, c’est le livre qui nous raconte sa propre histoire de son origine qu’est la Voix jusqu’à aujourd’hui avec son frère le e-book.
Et toi, ça t’a plu de découvrir l’histoire du livre racontée par lui-même ?

Alice : Oh oui, je parle de roman, car il est au format roman avec des chapitres et tout et tout…
Mais c’est vrai que c’est à la fois une fiction (on n’a jamais vu un livre écrire son autobiographie, hein !) mais aussi un véritable documentaire puisqu’il apporte une grande richesse d’informations authentiques.
Un point de vue intéressant et pas du tout plombant !
Le style est rythmé, enjoué et on ne s’ennuie pas du tout ! Ce livre qui nous parle en toute sincérité nous fait comprendre son Histoire en toute simplicité en commençant de l’origine du papier jusqu’à l’e-book, comme tu le dis !
Un moment de lecture très plaisant pour toi aussi ?

Sophie : Oui c’était très agréable de découvrir l’histoire du livre de cette façon. Et ça apporte même une certaine émotion par moment.

Alice : En tant que bibliothécaire, j’aimerai bien savoir comment tu a trouvé les dernières pages du livres sur notre rôle, l’arrivée du livre numérique ?

Sophie : C’est une partie sur laquelle j’ai un avis partagé. D’un côté, j’ai trouvé ça très bien qu’on parle des nouvelles technologies, des DVD et des ordinateurs qui côtoient les livres dans les bibliothèques, de l’évolution des bibliothèques et des bibliothécaires donc. Par contre, j’ai trouvé un peu dommage qu’on sente le Livre de cette histoire encore très en opposition avec tout ça même s’il leur reconnaît quelques avantages. Il aurait très bien pu les voir comme des amis, des alliés qui comme lui étaient passeurs d’imaginaire et de culture. En même temps, c’est lui qui raconte sa propre histoire, alors peut-être est-il simplement inquiet de voir d’autres objets marcher sur ses plates-bandes.
Et toi, qu’as-tu pensé de tout ça ?

Alice : Oohhh, j’ai vraiment vu ça d’un regard très optimiste ! D’une cohabitation possible et complémentaire, donc j’ai trouvé que c’était un bel hommage aux bibliothèques et… aux bibliothécaires ! À l’évolution, du métier, des attentes, des pratiques, des publics… sans qu’il y ait de résignation.

Sophie : Le livre est parsemé de citations autour du livre et de la lecture. Y en a t-il une qui t’a particulièrement plu ?

Alice : Devine ? Une Reine rouge qui parle du décodage de l’alphabet à une certaine Alice par exemple… ?
Non je ne sais pas. Aucune particulièrement je pense. Mais dans tous les cas ces citations arrivent toutes au bon moment et illustrent parfaitement l’information qui vient de nous être donnée. C’est vraiment enrichissant, tout comme ces illustrations, dessins, schémas… qui ponctuent aussi le livre, sans jamais entrecouper la lecture, et qui complètent cette OVNI littéraire à la fois fiction et documentaire.
Je te retourne la question : peut-être que tu as une citation à partager ?

Sophie : Il est difficile d’en choisir une alors je laisse la phrase de la fin au hasard :
« Il y a [à Paris] des librairies exquises, plus aromatiques que des échoppes d’épices… ». Tout est dit là !

Lecture Commune : Quand l’aube sera grandiose

Roman ado ayant reçu le prix Vendredi, L’aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux chez Gallimard  raconte l’histoire d’une mère qui embarque sa fille de 14 ans, Nine à l’improviste. Elle l’emmène dans une cabane planquée dans la forêt. Nine sait qu’elle va être rejointe par trois personnes qu’elles ne connaît pas. S’en suit une longue nuit, sans réseau et sans batterie, c’est dur pour une ado qui devait passer la soirée à faire la fête avec ses amis et un certain Marcus. Titania auteure de romans, se lance alors dans un long récit qui doit permettre à sa fille de comprendre pourquoi elle sont venues ici et par qui, elles vont être rejointes le lendemain. Alternant le come-back dans les années 80 et le huit-clos nocturne, nous n’avons eu qu’une hâte : découvrir ce que cachait Titania.

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Aurélie : Alors on va débuter par votre première impression en voyant la couverture ?

Sophie : J’ai vu l’aube en total accord avec le titre, belle et lumineuse. Je n’ai pas tout de suite fait attention à ces petits détails au centre : la maison, la voiture et les deux silhouettes.

Solectrice : Très attirée par cette image sereine aux couleurs douces, la couverture m’a vraiment incité à découvrir ce roman. Je me laissais déjà emportée par la promesse d’un mystérieux voyage, dans l’univers d’Anne-Laure Bondoux…

Aurélie : Moi j’ai été attirée par le ciel étoilé et comme toi Sophie, je n’avais pas fait attention aux détails : la maison et la voiture et tous ces éléments qui apparaissent dans le roman.

Céline du tiroir : Pareil, je suis passée un peu vite sur la couverture sans voir les détails. Le titre était prometteur, le nom d’Anne Laure Bondoux aussi…

Pépita : Plus que la couverture, c’est le titre qui m’a interpellé et la promesse d’un rendez-vous de lecture avec l’auteure.

Aurélie : Est-ce que le style du récit (allers-retours passé-présent) vous a tenu en haleine ?

Sophie : Oui totalement. On sait qu’il va se passer quelque chose dans le présent de Titania et Nine et on veut savoir. Et en même temps suivre l’histoire de Titania est aussi plein de suspense parce que la petite fille qu’elle décrit semble bien loin de la femme qu’elle est devenue et on veut comprendre.

Solectrice : J’aimais bien que le récit tienne sur une nuit mais j’ai parfois trouvé des longueurs dans les mises en attente de l’histoire. Ces allers-retours prenaient de l’intensité au fur et à mesure du récit et j’ai été plus captivée en approchant de la fin.

Pépita : Oui j’ai beaucoup aimé cette construction. On entre d’emblée dans cette histoire dans l’histoire.

Aurélie : Moi je l’ai dévoré en 48h, je me suis complètement plongée dans le récit de Titania et j’avais hâte de savoir l’impact que le récit aurait sur Nine.

Céline du tiroir : Oui, les allers-retours fonctionnent bien. C’est vrai que c’est un procédé qui tient le lecteur, on a hâte d’en savoir plus, de comprendre ce qui amène Titania a vouloir faire des révélations à sa fille dans cet endroit secret. En revanche, ce que j’ai trouvé moins réussi, c’est le côté « on recrée un décor années 80 » pour bien montrer qu’on est dans le passé. Citer sans arrêt des marques et des objets devenus iconiques des années 80, j’ai trouvé ça vraiment lourd et artificiel, peu subtil, d’autant que ça n’apportait pas grand chose à l’intrigue. A vrai dire au bout d’un moment, ça m’a franchement agacée.

Aurélie :C’est un roman qui pose plein de questions : quête des origines, transmission, le bonheur, le statut de mère etc…, qu’est-ce qui a eu le plus impact dans votre lecture ?

Céline du tiroir : Le statut de mère et de femme, en effet. Les choix qu’on fait à certains moments de la vie, et qui auront des conséquences pour toujours…

Sophie : En fait, tout ce qui touchait à la famille m’intéressait donc quasiment tout concrètement : la relation de la mère avec ses enfants, son statut de mère célibataire, leurs relations entre eux, ce qu’ils créaient avec leurs beaux-pères, et puis bien sûr le lien entre Titania et Nine.

Solectrice : J’ai été particulièrement attentive au rapport mère-fille et à la construction d’une vie entre choix et fuites. La quête des origines résonnait moins en moi.

Aurélie : La position de la mère de Titania m’a particulièrement touchée, entre abandon et sacrifice, ça mets en lumière comme tu dis le fait d’être femme et mère.

Pépita : J’ai particulièrement aimé voir la fille et la mère se découvrir autrement. Et surtout cette filiation inconnue qui se dévoile : pour Nine d’abord, qui en une nuit découvre un passé plein de secrets et pour Titania, qui en délivrant sa mémoire par cette parole transmise, ravive et donne des couleurs à ses souvenirs. J’ai admiré cette femme tout du long !

Aurélie : En dévoilant, son récit, Titania sort Nine de son petit monde (la fête manquée et ses préoccupations), au fil des chapitres, avez-vous ressenti le rapprochement entre les deux personnages ?

Pépita : Oui elles se sont rapprochées avec émotion puis éloignées à nouveau a la fin : comme si le grand saut de Nine dans l’eau était une façon pour elle de s’approprier ce qui vient de lui être révélé.
Ce que contient cette cabane prend une autre dimension pour elle aussi. Elle a sa propre relecture de ses souvenirs à elle tandis que sa mère lui déroule l’histoire de sa famille. Et cette cabane, quel personnage à part entière !

Aurélie : Le saut de Nine, j’ai pris ça comme une prise à distance, le temps d’encaisser tout ça, de réaliser, ça doit donner un sacré coup. J’ai lu une présentation de l’oeuvre par l’auteure (ici), cette thématique du secret la passionne depuis que sa mère lui ait elle-même révélé un secret de famille. J’ai aimé la fin des deux secrets transmis de génération en génération: celui des origines de Titania et celui qu’elle a dû constituer devant sa fille (statut de fille unique, prénom).

Sophie : Oui elles se sont rapprochées et c’est probablement dû aussi au fait que Nine grandit avec cette histoire. En une nuit, elle évolue devant la révélation de son passé familial.

Solectrice : Les questions, l’instant partagé dans cette cabane-cocon, les sentiments dévoilés sont autant de ponts qui m’ont touchée.

Aurélie : Qu’avez-vous pensé de la quête de bonheur de Titania, et sa réussite en tant qu’auteure ?

Aurélie :  J’ai apprécié son détachement, aujourd’hui pour beaucoup la quête du bonheur passe par l’argent et Titania ne réussit en tant qu’auteure, qu’à partir du moment où elle se débarrasse de l’argent et de ce fait de ce qu’il symbolisait : son père. On voit bien la réaction de Nine.

Solectrice : A part la mise en abyme de ce métier pour l’auteure elle-même, je n’ai pas accordé beaucoup d’intérêt à cet aspect. Un peu perdue dans sa quête du bonheur, Titania m’a semblé aussi courageuse et déterminée à construire une vie sans ombre pour son enfant.

Aurélie : Dans ce roman, qu’avez-vous pensé de l’absence des pères ? Nous avons des beaux-pères mais autant pour Titania, que pour Nine, nous avons une famille monoparentale. Pensez-vous que ça joue beaucoup sur leur quête d’identité ?

Pépita : Je ne me suis même pas posée la question. Elles font sans pour moi.c’est une famille tellement dans le secret que finalement ils ne comptent que sur eux-mêmes.

Sophie : Désolée pour eux, mais je n’ai pas trouvé qu’ils manquaient. On a dans ce roman des femmes fortes ,qui vont se construire malgré les obstacles. En fait ce sont plus les conjoints qui sont absents, les hommes présents ont plus un rôle paternel que d’amant je trouve.

Solectrice : Lâches, violents, désinvoltes ou inconscients, parfois aimants, les hommes traversent le récit mais nous laissent une amertume. Les liens qu’ils auraient pu tisser manquent certainement à Titania et Nine pour les retenir et les réconforter.

Aurélie : Auriez-vous voulu que l’auteure aborde les retrouvailles ?

Pépita : Oui et non. Oui, parce qu’on devient curieux de ce destin familial hors norme mais non, parce que c’est une autre histoire qui s’ouvre.

Aurélie : Je suis de nature curieuse, juste un aperçu m’aurait permis d’avoir un côté « happy end ».

Sophie : Une peu comme Pépita, je suis partagée mais je pense aussi que c’est une autre histoire, un avenir avec tous les possibles.

Solectrice : Je trouve que la pirouette finale est bien trouvée, à l’image de cette fuite maternelle et des secrets enfouis, Nine ne peut trouver le courage d’affronter aussitôt cette famille dévoilée. Dès la couverture, cette fin ouverte me semble même attendue.

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Après cette lecture commune, nous avons discuté de la réception de ce roman auprès des ados.

Et vous qu’en pensez-vous ?

 

Si vous souhaitez lire nos avis complets  :

L’avis d’Aurélie,

L’avis de Sophie

L’avis de Pépita

 

 

 

Coups de cœur de mai !

Il a fait plus ou moins beau en ce joli mois de mai mais pas question de renoncer à nos lectures !

Voici le best-of des nôtres ! De quoi déjà préparer ses lectures d’été ?

Chez Littérature enfantine, Chlop a eu un coup de cœur pour une fillette au grand cœur qui va sauver un oiseau blessé. Un si petit cœur, Michel Gay, école des loisirs.

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Solectrice s’est laissé emporter par un roman-journal pour écrivains en herbe. Parsemé de conseils d’écriture et de récits sincères, ce petit roman léger dit aussi comme on a besoin des autres pour grandir.

Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte d’Annet Huizing. Syros.

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Aurélie a mis le grappin sur un album poétique sur le bonheur. Pas besoin de chercher loin, parfois il n’est qu’une addition de petits riens.

Monsieur Félix est heureux de Fid et Carla Cartagena chez Le grand jardin.

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Chez Sophie, la peur est à l’honneur ! Celle qui fige ou celle qui fait fuir les deux personnages de cette histoire, c’est la peur de Fin. C’est une histoire pour apprécier le moment présent et vivre plutôt que d’avoir peur.

Cavale de Stéphane Servant et Rébecca Dautremer chez Didier jeunesse.

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Chez Pépita, il y a eu pas mal de lectures en petite enfance et un en particulier, qui m’a enthousiasmée par son approche, son interactivité, sa légèreté ! Une bien belle incursion dans la nature et au pays des sens.

Regarde ! de Corinne Dreyfuss au Seuil jeunesse

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Belles lectures !

Et si on leur parlait écologie !

Planète en danger, protection de la nature, pollution, recyclage, catastrophes naturelles, développement durable, protection des espèces, … autant de thèmes forts pour une riche sélection thématique qui invite à la prise de conscience et à la nécessité d’agir devant la fragilité de notre monde.

 

>>>>Pépita nous parle de nature :

Sirius de Stéphane Servant. Le Rouergue, collection Epik. 2016.

Un roman qui fait réfléchir sur notre rapport à la nature et à l’animal avec sensibilité et humanité. 

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Son avis complet

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Une île de Fanny Michaëlis. Editions Thierry Magnier. 2015.

Une fable écologique aux accents tragiques mais pleins d’espoirs sur notre relation aux autres et à la nature.

Son avis complet

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Le dernier arbre d’Ingrid Chabbert & Guridi. Editions Frimousse.2015.

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Rien de tel qu’une prise de conscience écologique quand il s’agit de sauver le dernier arbre.

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Son avis complet

 

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>>>>Colette veut sauver la terre :

Demain entre tes mains de Cyril Dion et Pierre Rabhi, Actes Sud . 2017.

Un coup de cœur absolu  entre le livre de philosophie, le livre d’art et le manifeste politique à hauteur d’enfants.

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L’avis de Pépita

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Le doudou des camions poubelles d’Ati,Thierry Magnier. 2006.

Un album photographique largement plébiscité par les plus jeunes et qui permet d’expliquer clairement le parcours de nos ordures ( et comment le recyclage n’est qu’un leurre…) !

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Wangari Maathai la femme qui plante des millions d’arbres d’Aurelia Fronty et Franck Prévôt, Rue du monde. 2011.

Un album de la superbe collection Grands portraits chez Rue du monde qui nous permet de découvrir une femme engagée : au Kenya, elle s’est opposée à la déforestation et a planté des millions d’arbres, une action courageuse qui lui a valu le Prix Nobel de la >>Paix en 2004.

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>>>>Dans son tiroir, Céline prend soin de nos ressources :

Docteur Grenouille au secours de l’étang, Matsuoka Tatsuhide, Picquier jeunesse. 2015

Quand l’étang vert est asséché, Docteur Grenouille ne fait ni une, ni deux : il part à la rescousse des habitants de l’étang en danger. mais face à un désastre de cette ampleur, il faut mettre chacun à contribution. Sous la forme d’une histoire drôle et pleine de suspens, avec un charme tout japonais, cet album nous fait découvrir de façon presque documentaire le fragile écosystème d’un étang et aborde les catastrophes naturelles qui découlent des perturbations climatiques.

Son avis complet

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L’homme qui dessinait des arbres, Frédérick Mansot, Actes Sud .

Aaaaahhh… nos chers grands arbres ! Un hymne à la beauté et à la force de la nature, à travers une balade artistique dans les arbres. Le très grand format de l’album met en valeur la beauté des illustrations.

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Son avis complet

 

Le jour où les ogres on cessé de manger des enfants de Coline Pierré et Loïc Froissard, Le Rouergue. 2018.

Il faut se rendre à l’évidence : bientôt, la planète n’aura plus les ressources de nourrir la plus riche partie de ses habitants en chair fraîche. Et il faudra bien faire autrement. Comment ? C’est pourtant plus facile que vous ne l’imaginez. Regardez les ogres, ils ont bien arrêté de manger des enfants. Et voici comment…

Son avis complet

Et celui de Pépita

>>>>Aurélie prend soin de notre planète :

Ma planète change de Jimi Lee, Mineditions. 2013.

Livre sans texte et livre-objet. Cet ouvrage cartonné avec un trou en son centre permet de parler d’écologie à tout âge.

 

Son avis complet

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Voyage à Poubelle-Plage d’Elisabeth Brami, Seuil jeunesse.2006.

Un livre que j’ai longtemps utilisé lorsque je faisais des accueils de classe. Cet album poétique est tout en contraste…

 

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Y’a plus de papier de Céline Claire, Les p’tits braques. 2016.

Un album humoristique sur la déforestation…

 

Son avis complet

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Quand nous aurons mangé la planète d’Alain Serres, Rue du monde. 2009.

Un album sur les ressources de la planète qui s’épuisent ( forêts, océans) et sur notre action néfaste sur notre environnement. Comment expliquer simplement aux enfants le monde qui les attend si nous ne réagissons pas.

 

 

Des couleurs pour demain de Coralie Saudo et Nicole Stinelaar, Bilboquet. 2009

C’est un livre illustré avec des galets sur le changement climatique…

 

Son avis complet

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>>>>Alice lutte contre les catastrophes :

Bleu toxique de Christophe Léon, Seuil. 2010.

Deux nouvelles sur deux catastrophes industrielles  historiquement vraies, comme une sonnette d’alarme et un appel à ne pas oublier.

Une critique écologique et sociale mais en gardant tout de même une touche d’espoir.

Son avis complet

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La divergence des icebergs : ou comment les ours apprirent à nager de J.P. Basello et Aline Deguen, Thierry Magnier. 2017.

Une belle histoire d’amour avec, en filigrane, un questionnement sur le réchauffement de la planète et la fonte des glaces.

Son avis complet

Et celui de Pépita

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Les pluies de Vincent Villeminot, Fleurus. 2016.

Emportés par les flots de huit mois de pluie sans interruptions, les épreuves vont se succéder pour Kosh et Lou, deux ados qui tentent de survivre. 

Un roman apocalyptique complètement crédible et touchant.

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Son avis complet

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Les groneuneux de Michaël Escoffier et Julia Weber. Frimousse. 2016

Planète de déchets, aliments en conserve, consommation à outrance, nuages toxiques et sacs plastiques. .. vous l’aurez compris,chez les groneuneux on manie la satire et la caricature pour mieux interpeller les consciences ! Et ca marche !

Son avis complet

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>>>>Qu’elle soit liquide ou de glace,  Littérature enfantine surveille l’eau :

Petit à petit d’ Emilie Vast, MeMo. 2013.

Deux par deux, du plus petit au plus grands, les animaux grimpent tour à tour sur une ligne qui traverse la page. Où vont-ils? De quoi se protègent-ils? Petit à petit, à l’avant plan, l’eau monte…

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Deux manchots sur un glaçon  de Jean Leroy, Sylvain Diez, Kaléidoscope .2015.

Ils sont bien tranquilles, ces deux manchots sur leur petit bout de banquise. Mais, crac, un bateau qui passe trop près coupe un bout de glace. Puis c’est un sous-marin qui ampute de nouveau l’îlot. Restera-t-il assez de place pour eux ?

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>>>>Un Petit Bout de Bib(liothèque) explique aux enfants pourquoi les hommes ont besoin de la nature, pourquoi il faut la protéger :

La Complainte de Gecko : un conte de Bali de Marie Brignon eet Elodie Nouhen,
Didier Jeunesse, 2017

Un conte venu d’Afrique qui montre aux enfants les bienfaits de la pluie sur l’environnement et sa nécessité à faire vivre le monde animal.

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Une forêt de Marc Cantin, Circonflexe, 2013.

Un album qui reste malgré les années une pépite pour expliquer aux enfants le principe de la déforestation et le besoin de replanter.

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Zébulon  et la Pluie d’Alice Brière-Haquet, Olivier Philipponneau et Raphaële Enjary, MeMo, 2016.

Toujours pour comprendre le cycle de l’eau et son impact sur notre vie. Une jolie façon d’initier les enfants aux causes environnementales.

 

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>>>>Sophie rappelle qu’il faut protéger les océans :

Océano de Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, Hélium, 2013

Dans ce magnifique pop-up, on apprécie les beautés de la nature marine sans oublier de signaler les désastres qui peuvent la mettre en péril.

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Où est l’étoile de mer ? de Barroux, Kaléidoscope, 2016.

Cet album est un livre-jeu où il faut retrouver, entre autres, une étoile de mer qui se cache dans les illustrations. Pas besoin de texte ici pour montrer les déchets que la mer entasse et qui vont progressivement prendre toute la place !

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Tous ces trésors de la Terre sont a vous les enfants ! Et grâce à cette sélection, nous espérons que vous aurez mesuré la conscience d’en prendre soin !

On compte sur vous !