La littérature jeunesse, miroir de la société ?

562378_323563657713814_1149707705_n.jpgSur A l’Ombre du Grand Arbre, on a envie parfois de débattre sur des sujets liés à la littérature jeunesse.

Nos expériences de lecture, nos parcours de vie, nos identités de blogueurs et blogueuses donnent un très large aperçu de sa richesse.

Aujourd’hui, nous parlons de ces albums, romans, contes, documentaires,.. qui abordent des thématiques de la société actuelle et qu’on n’ose pas toujours mettre entre toutes les mains…et notamment de la littérature adolescente et jeunes adultes.

Alors, la littérature de jeunesse aujourd’hui, est-elle un miroir de la société ?

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Méli-Mélo de livres : La littérature pour adolescents est aujourd’hui de plus en plus segmentée : depuis Harry Potter, il y a le fantastique qui depuis, a pris de l’ampleur et on parle désormais de dystopies qui inondent le marché. Depuis Twilight, il y a la littérature vampirique qui submerge les librairies. Depuis Hunger Games,véritable tsunami en terme de ventes, il y a la littérature guerrière pseudo-futuriste. Depuis peu apparait la littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société, parfois même assez morbides. Du coup, la littérature pour ados est qualifiée de plus en plus de littérature « Young adults ». Difficile de s’y retrouver, encore plus de réduire une littérature aussi vaste dans des cases !


En tant qu’observateurs avertis de la littérature jeunesse au sens large, est-ce pour vous une littérature qui se cherche ou un phénomène purement commercial ?

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Je dirais oui et non pour répondre à ta question. En fait, pour moi, tous ces genres comme la littérature vampirique, la dystopie me semblent être des phénomènes de mode, d’ailleurs l’apogée des vampires m’a l’air d’être passée. Sauf quelques exceptions, et heureusement qu’il y en a, j’ai l’impression que ces genres sont utilisés à des fins commerciales. Ce sont des romans avec beaucoup d’artifices où on délaisse parfois le style.
Au contraire, les romans plus réalistes sont obligés d’avoir des sujets de fond et une certaine qualité littéraire s’ils veulent une chance de percer.

En tout cas, c’est mon ressenti de lectrice, je lisais beaucoup de fantastique avant mais je la délaisse parce que je ne m’y retrouve plus contrairement à la littérature réaliste qui me procure maintenant plus d’émotions. Peut-être est-ce aussi moi qui n’ai plus les mêmes goûts.

Le cahier de lecture de Nathan : Littérature qui se cherche ? Je ne pense pas. Elle restera toujours changeante comme cela. Après Harry Potter cette littérature a vraiment pris une grande ampleur et beaucoup d’auteurs ont enfin pu faire éditer leurs livres fantastiques parce qu’Harry Potter avait marché et que les éditeurs cherchaient d’autres Harry. Après Twilight ça a été la vague vampirique qui a tout submergé si bien qu’au bout d’un moment on ne savait plus où donner de la tête et on s’est mis à le dédaigner … Enfin depuis Hunger Games, les éditeurs ont compris qu’il fallait éditer de la dystopie et on en a eu à la pelle … Donc oui cela marche par phénomènes, mais je refuse de dire comme Sophie « Ce sont des romans avec beaucoup d’artifices où on délaisse parfois le style. » Bien sûr il y en a, ne le nions pas, mais je pense aussi que cela ne part pas forcément des auteurs qui se disent « Je vais écrire ça parce que ça marche » (même s’il y en a sans doute) mais plutôt des éditeurs « Je vais éditer ça parce que ça marche ». Et il y a toujours dans ces vagues là des ovnis, des romans qui sortent du lot et font vraiment plaisir à lire tant ils sont originaux.

3 étoiles : Pour moi, la littérature se ne cherche pas, elle se dévoile et se réinvente sous toutes ses formes. L’effet de mode de certains genres est indéniable. Mais je crois aussi qu’il répond à une demande du lectorat. Depuis la saga et le succès d’Harry Potter, certains ont (re)découvert le plaisir de lire et ça c’est une très bonne chose. On ne peut faire abstraction de la crise économique qui touche l’édition papier, c’est un fait. L’éditeur prend un risque, calculé possiblement, et tente de publier ce qui va plaire et donc se vendre. Mais ce procédé lui permettra d’éditer par la suite d’autres livres moins  » à la mode « . Je crois surtout que la littérature est vivante et suit l’air du temps. Et ce depuis toujours. Souvenez-vous des grands romans du XIX ème siècle : le Romantisme, le Réalisme, le Parnasse, le Naturalisme, le Symbolisme. L’histoire littéraire suit son cours. A chacun de trouver ce qui lui plaît, et la qualité ne manque vraiment pas !

A lire au pays des merveilles : Depuis peu apparait la littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société … » Tu crois qu’elle est nouvelle cette littérature réaliste ? Moi je crois qu’elle a toujours été là, mais peut être moins mise en avant et moins demandée par le lectorat.

Méli-Mélo de livres : Je voulais dire la littérature réaliste pour les ados…elle prend de l’ampleur non ? Et elle aborde des sujets très difficiles qu’on n’aurait certainement pas fait lire à ma génération par exemple : le viol, l’inceste, la maladie, et j’en passe ! Certes, la littérature dite classique n’est pas rose non plus, je vous l’accorde (Germinal par exemple !). Mais est-ce des thématiques réellement demandées par les ados ? Ne leur impose-t-on pas une certaine littérature ?. Elle est certainement plus mise en avant aujourd’hui, c’est certain (rôle des médias). Et amplifiée par les adaptations cinématographiques qui en sont faites à grand renfort de marketing. J’ai l’impression qu’on fabrique du coup des goûts très stéréotypés chez eux aujourd’hui et dont on ne sort pas avant 30 ans (les « Young adults »).

Le cahier de lecture de Nathan : J’ai du mal à prendre du recul par rapport à ça. Les livres réalistes existaient déjà et j’en lisais avec plaisir mais j’ai l’impression qu’ils correspondaient plus à de la littérature dite « pour filles » comme les « Quatre filles et un jean ». Cela vient-il de mes goûts qui ont changé au fil des ans ou des la littérature YA qui évolue ? A vrai dire, je pense que ce sont un peu des deux. Les souvenirs qui me reviennent sont essentiellement des livres de chez Milan Macadam qui ont toujours proposé des sujets assez forts. (Judy portée disparue par exemple) Après la vague fantastique, puis celle de vampires, on est un peu revenu à la réalité avec la dystopie. Mais après avoir exploré le futur, on en revient au présent qui devient de plus en plus plébiscité. Je pense qu’en tant qu’adolescents entre la nostalgie de l’enfance et la peur du futur, on a besoin de ressentir beaucoup de choses tout en étant confronté au monde avec la sécurité des mots sur une page. Il suffit de voir Revanche de Cat Clarke qui est une véritable claque quant au sujet de l’homosexualité et du rejet dont sont victimes beaucoup de jeunes, Nos étoiles contraires de John Green l’histoire d’amour de deux malades…

Un petit bout de (bib) : Pour répondre à la première question de Pépita, je pense effectivement comme Carole que cette segmentation résulte plus de choix éditoriaux que d’une production orientée des auteurs. La bit-lit (littérature vampirique, anges, loup-garous…) n’est pas un phénomène propre aux ados, on la retrouve dans littérature dite adulte, tout comme la chick-litt (littérature de poulette). La littérature adolescente résulte d’influence diverses (en jeunesse et en adulte, un croisement nécessaire) mais je trouve que la segmenter serait surtout la restreindre.
Enfin pour revenir sur la littérature dite réaliste, je me rappelle de mon adolescence à lire « Junk » de Melvin Burgess ou encore « Zarbie les yeux verts » de Joyce Carol Oates dans la collection Scripto de Gallimard. Ils parlent de la consommation de drogue à 13 ans ou de la violence conjugale et la pression familiale. J’en garde des souvenirs forts et encore vivace. Je ne trouve donc pas qu’elle soit plus présente aujourd’hui qu’à mon époque, ni qu’il y a 10 ans.

Méli-Mélo de livres : En vous lisant, je perçois forcément les écarts de générations et c’est normal. Alors disons que la littérature de jeunesse divertit et fait réfléchir à la fois. Mais en tant qu’adultes et jeunes adultes, avez-vous parfois des réticences à proposer une lecture portant sur des sujets difficiles ou graves ou tout simplement à en parler (pas forcément des romans, cela peut concerner aussi des albums ou des documentaires par exemple) ? Quel est votre état d’esprit dans ce cas ?

Le cahier de lecture de Nathan : Malgré mes 17 ans, c’est vrai que j’ai déjà été confronté à cela … et justement pour Revanche ! Une jeune lectrice m’a demandé en commentaire si à mon avis elle pouvait le lire, je lui ai donné une réponse hésitante mais finalement j’étais quand même dans ce cas: à 12 ans peut-elle lire un livre au style si cru, aux thèmes graves (ça oui c’était plus sur le point précédent que se fondait l’hésitation) et aux personnages ayant quelques années de plus qu’elle et donc pas la même mentalité ?

Méli-Mélo de livres : Je te rejoins Nathan et je suis contente que tu sois à l’aise pour répondre à ma question car je ne voulais pas t’exclure. Je suis souvent confrontée à cela dans mon métier (bibliothécaire jeunesse) et je me suis comme toi interrogée sur une lecture récente que tu as lu aussi : « Le cœur des louves » de Stéphane Servant au Rouergue. L’éditeur avait envisagé de l’éditer dans un premier temps dans sa collection pour adultes « La Brune » et finalement, le choix s’est porté sur la collection DoAdo. Mais je pense pour ma part que s’agissant de ce roman, et pour ne pas passer à côté je dirais, 13-14 ans, c’est bien trop jeune. Si la littérature jeunesse s’empare de sujets de société, souvent empruntés à la littérature adultes, (la frontière est de moins en moins poreuse depuis 10 ans environ je trouve. Lorsque j’étais libraire il y a 20 ans, on n’entrait pas du tout dans ce débat), on peut légitimement se poser la question de la prescription. Je veux bien que la littérature permette d’échapper à la réalité, ce que remplit fort bien le fantastique, la fantasy, la bit-lit, la chick-lit, etc,…mais il ne faut pas qu’elle devienne plus glauque que la réalité lorsqu’elle s’adresse à un jeune public, non ? Perso, ça m’interroge beaucoup.

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Cela m’est arrivé aussi d’aimer beaucoup un livre que ce soit album ou roman mais de ne pas être à l’aise pour le conseiller car le sujet était difficile. La question que tu poses Pépita est une grande question en effet. Que faire de ces livres, en tant que bibliothécaire, j’ose les proposer, les avoir en rayon même si les conseiller est difficile, peut-être trouveront-ils leurs lecteurs plus par hasard ou répondront-ils à une recherche précise.
Certains sont-ils plus « glauque » (dur ?) que la réalité ? Oui certainement mais peut-être ainsi rejoignent-ils le même objectif que des romans fantastiques, distraire en sortant du réel ?

Un petit bout de (bib) : Moi je trouve que c’est à l’adolescence que l’on est capable de lire les choses les plus dures par curiosité, défi ou tout simplement parce qu’on recherche le choc (qu’il soit stylistique ou thématique). Après c’est la notion même d’adolescence qu’il faut interroger. Pour certains livres on me demande mon avis (en tant que bibliothécaire jeunesse), je demande l’âge du lecteur et son niveau de lecture. Effectivement, je ne conseillerais pas la lecture de Hunger Games de Suzanne Collins à 10 ans mais pourtant des jeunes lecteurs viennent me demander la suite…

3 étoiles : Je rejoins Bouma sur le fait que les ados sont attirés par les romans réalistes, ceux qui traitent de sujets parfois durs, et je crois tout simplement que ceci s’explique par l’essence  » violente  » de l’adolescence même. Quoi de plus terrifiant que de grandir, de subir les changements de son corps, de ne pas toujours contrôler ses émotions, de faire des choix, de découvrir l’Amour ? Ces romans leur parlent, et parfois la littérature permet de se sentir moins seul(e) face à tout ça.

Le cahier de lecture de Nathan : Qu’on le veuille ou non, que cela soit inconscient ou conscient on se rapproche plus des romans qui sont proches de nous. Et ceux qui nous touchent le plus sont finalement ceux qui sont proches de nous et sont comme un miroir, même si le miroir est parfois déformant.

Méli-Mélo de livres : Si je synthétise en une phrase vos propos fort intéressants, la littérature de jeunesse constitue un miroir indispensable aux émotions vécues par les adolescents d’aujourd’hui. Est-ce pour vous amplifié par le pouvoir de l’image omni-présent dans nos vies ? Je pense en particulier aux séries cultes toutes adaptées au cinéma. Qu’avez-vous à dire de ce phénomène ?

Le cahier de lecture de Nathan : Non. Le pouvoir des mots est tout bonnement différent de celui des images.Le premier me semble bien plus bouleversant et capable tant dans le fond que la forme de faire passer des émotions fortes.Le second joue certes sur l’adaptation mais surtout sur une histoire souvent imaginaire, prenant et sur un forme accrocheur et captivant de l’attente addictive du prochain épisode … un bouquin joue beaucoup sur les émotions, une série sur l’addiction.

Un petit bout de (bib) : Les adaptations littéraires au cinéma sont devenues monnaies courantes (et pas qu’en jeunesse). Je les voies d’une manière optimiste comme un appel à la lecture. Je ne compte plus le nombre de jeunes filles/femmes qui se sont remises à la lecture grâce à Twilight. J’espère que cela continuera.

3 étoiles : Amplification du phénomène par les adaptations ciné et tv, oui très possiblement. En revanche, je n’oppose pas les deux : certains d’entre nous sont plus sensibles aux mots, d’autres aux images. Il n’y a qu’à voir comment nous chroniquons les albums et les romans. Ce qui m’intéresse c’est de savoir quel rebond les films/séries ont sur la lecture… Lire un livre ne mobilise pas les mêmes compétences que regarder un film, actif vs passif. C’est surtout comment l’imaginaire, et donc les images que nous créons en lisant des romans, est selon moi beaucoup moins limité qu’en fixant des films aux images imposées.

La littérature jeunesse de Judith et Sophie : On sait que les ados décrochent de la lecture et je pense qu’il découvre certains univers, qui étaient des livres au départ, au cinéma. L’aspect commercial est beaucoup plus développé avec le cinéma (et ça déteint en général ensuite sur les livres qui pourtant précédaient) et je pense que du coup, ça fait connaître des romans qui n’auraient pas percer à ce point sans l’adaptation.

Méli-Mélo de livres : On le constate donc : la porosité de lecture est de plus en plus ténue dans les publics jeunesse d’aujourd’hui : ados, jeunes adultes, adultes. J’aurai presque envie de dire qu’avant, les jeunes lisaient de temps en temps des livres pour adultes et que maintenant, les adultes dévorent la littérature pour ados. Sans doute le miroir de la société actuelle…Un dernier mot pour conclure ce débat ?

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Je pense que la littérature ado est une littérature très ouverte tant sur des sujets que sur des styles. J’aurai bien du mal à l’expliquer mais il y a quelque chose que je ne retrouve pas dans la littérature adulte (les rares fois où j’en lis). Je pense que c’est surtout sur le ressenti, la force des émotions qui ont une dimension particulière dans des romans pour ados… peut-être simplement parce qu’il s’agit de personnages en construction pour leur vie d’adulte.

3 étoiles : Comme Sophie, je lis de moins en moins de littérature adulte, je ne m’y retrouve plus. J’ai l’impression que les romans ados sont plus riches en diversité des sujets abordés, moins téléscopés donc plus surprenants, et mieux écrits. Disons que depuis 3 ans, ma sensibilité de lectrice est davantage nourrie par cette littérature.

Un petit bout de (bib) : Mes copinautes ont traduit ce que je ressens aussi. Rien à rajouter.

Le cahier de lecture de Nathan : Je viens poser la clef de voûte à l’édifice avec mon point de vue d’ado ! Je lis parfois des livres pour adulte et il m’arrive de beaucoup aimer mais c’est plus rare. Lorsque c’est le cas c’est en effet parce que je suis très sensible au style et parce que cela me permet de ressentir beaucoup d’émotion. La littérature ado, me semble-t-il, ose beaucoup et nous, « jeunes adultes » (ou grands enfants ?) aimons être pris au dépourvu comme cela, surpris, étonnés et bouleversés. On se construit à notre âge … alors sans doute faut-il construire avec notre sensibilité au monde ?

Et vous ? Votre avis sur la question ?

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Les blogs participant à ce débat :

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Le cahier de lecture de Nathan

A lire aux pays des merveilles

Un petit bout de (Bib)

Méli-Mélo de livres

3 étoiles

Des souris et des enfants

Nous nous sommes penchés sur les chats
Il y a eu les escargots
Bientôt il y aura les écureuils…
Et les souris et les rats alors ?
La littérature de jeunesse est riche sur ces petits animaux, pas toujours les bienvenus…

En voici une sélection pour vous réconcilier (ou pas !) avec ces petites bêtes !

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  • A petits pas de souris chez Sophie

Une souris verte
Lisa Sanchis

Tourbillon

J’avais eu un joli coup de cœur à l’époque de la sortie de cet album en tissu. On peut passer la petite souris de page en page pour la mettre en situation… et elle fait même les trois petites crottes à la fin ! C’est adorable.

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  • Des souris et des loups chez Bouma

9782844552099FS

9782844551726FS

L’heure rouge et Première neige de Marie-Astrid Bailly-Maître, illustré par Antoine Guilloppé, L’Elan Vert

Une amitié improbable entre un loup et une souris… Sous le talent de conteuse de Marie-Astrid Bailly-Maître et celui de raconteur d’Antoine Guilloppé, tout devient possible. Deux albums à lire et à relire.

 

 

 

  • Les lutines ont trouvé des souris en Inde

9782809701357FSLa Souris de Vishnou de Muriel Carminati et Frédéric Mansot

 Editions Picquier Jeunesse

Un bel album qui nous emmène en Inde, au royaume du puissant Maharajah de Maratpur. Des souris prennent le contrôle du palais, compromettent un banquet, font enrager le seigneur des lieux et amusent les enfants.

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  • Un Méli-Mélo de souris

Les quatre saisons de la famille souris de Kazuo Iwamura

École des loisirs

Une compilation pleine de charme des aventures au fil des saisons de cette famille souris si attachante !

 

La bonne farce d’Eric Battut

Didier jeunesse

Quand une souris crie au loup bleu… cela donne cette histoire jubilatoire à la chute inoubliable !

  • Les rats s’éclatent chez Sophie

                            Le rap des rats de Michel Besnier et Henri Galeron
                                                                 Motus

S’ il y a bien un endroit où on ne s’attend pas à retrouver des rats, c’est dans un poème, associé à du rap en plus ! Chez Motus, ils l’ont fait et pour mon plus grand plaisir. Loin d’eux l’envie d’accabler encore ces formidables rongeurs, ils en prennent la défense et luttent contre les idées reçues.

 

  • Des rats inquiétants chez Céline

Les enfants-rats-Françoise Jay- Plon jeunesse, 2009

France – Viels – 2025 – La dérive économique a poussé les familles dans les rues. Nombre d’adultes n’ont pas survécu. Des hordes d’enfants se sont réfugiés dans les égouts où, pour survivre, il n’y a qu’une seule loi – celle du plus fort!
Dans ce récit de science-fiction (d’anticipation ?) qui pose pas mal de questions sur notre devenir, comment ne pas tomber sous le charme d’Irielle, cette jeune héroïne qui se raccroche aux livres pour ne pas perdre son humanité ?

  • Souris et Science-Fiction chez Bouma

Les Légendes de la Garde de David Petersen
Gallimard jeunesse

La Garde existe pour protéger le peuple des souris des multiples ennemis qui peuvent surgir à tout moment. Voici son histoire. Ainsi pourrait commencer la bande dessinée de David Petersen. Cet américain nous livre ici une chronique chevaleresque majestueuse de virtuosité tant au dessin que dans le scénario. Le tome 3 vient de sortir, il serait dommage de vous priver de cette découverte.

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  • Souris et dents de lait chez Kik 

La dent de Balthazar de Christelle Vallat et Sophie Rastégar
Alice Jeunesse

Quand la souris est La Petite Souris, quand elle a le rôle de ramasser les dents de lait, quand il y a le chat pour l’en empêcher, quand les enfants essayent de rester éveiller pour la rencontrer, il y a des histoires croustillantes à lire. Cet album est le plus récemment paru sur ce sujet, mais il y en a beaucoup d’autres à découvrir dans Les Lectures de Kik, ICI et .

Un grand merci aux bestioles de Sophie
d’avoir posé pour les besoins de cet article !

Zelda la rouge

Et voici le retour des lectures communes sur notre blog collectif avec un roman haut en couleurs, coup de cœur 2013 de trois d’entre nous :

Zelda la rouge de Martine Pouchain

Aux éditions Sarbacane

Collection EXprim’.

9782848656472FS

Un roman qui a su nous toucher par son franc-parler, par les thématiques fortes qu’il aborde et dont les personnages ne laissent pas indifférent.

Au cours de notre discussion, nous n’avons pas souhaité trop en dévoiler sur l’intrigue…

Céline du blog Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait Livresse, Sophie de la Littérature de jeunesse de Judith et Sophie, Nathan du Cahier de lecture de Nathan, ont répondu à mes questions (Pépita-Méli-Mélo de livres).

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Pépita : Il y a toujours un petit quelque chose qui nous pousse à lire un livre par rapport à un autre : quel a été pour vous l’élément déclencheur pour vous donner envie de lire celui-là ?

Sophie : Tibo Bérard, le directeur de la collection eXprim’, m’avait parlé de ce livre lors de l’interview que j’ai fait cet été. À la simple mention du nom de l’auteure, Martine Pouchain, j’ai eu envie de le lire. Le premier roman que j’ai lu d’elle m’a beaucoup marqué et depuis, je la suis toujours avec plaisir et je n’ai jamais été déçue.

Nathan : C’est pour moi aussi le nom de l’auteure qui m’a poussé à le lire, mais aussi tout simplement celui de la collection. Il faut savoir que le premier roman que m’a envoyé Exprim’, c’était un de cette auteure, alors il y a comme un lien un peu particulier qui me lie à elle. De plus, Tibo Bérard nous avait proposé à quelques blogueurs de choisir la couverture du roman, entre deux différentes, alors j’avais hâte de savoir ce que ça allait donner, le texte !

Céline : J’ai été attirée de prime abord par la couverture (c’est celle-là que tu avais choisie Nathan ?) et par le titre qui suggèrent une histoire de guerrière comme je les aime et puis, ai été saisie par l’accroche intrigante de l’éditeur « Une comédie romantique émouvante, abordant le thème de la vengeance et du handicap » et vos commentaires élogieux ont fait le reste…

Pépita : Si vous deviez définir ce roman en trois mots, quels seraient-ils ?

Céline : C’est court trois mots ! Il y a tellement de sentiments qui se bousculent dans ce roman… Amour fraternel, vengeance et pardon…

Nathan : Je trouve les mots de Céline très bien choisis … mais je dirais amour, tout simplement et ajouterais différence et espoir.

Sophie : Amour, c’est incontournable en effet. Handicap parce que ça pose des questions intéressantes sur ce sujet. Et Pardon pour terminer.

Pépita : J’ajouterais famille, solidarité et écoute de l’autre.

Beaucoup de thématiques en effet dans ce roman. Mais seulement six personnages principaux : les deux sœurs, Zelda et Julie, Paul, le voisin âgé, Jojo et Kathy les colocataires, et Baptiste. Lequel vous a le plus touché ?  

Nathan : Chacun d’eux a un petit quelque chose qui m’a touché … et si j’ai failli pencher pour la joie de vivre de Zelda, je choisirais finalement Paul. Il y a beaucoup à dire de ce vieil homme qui vit seul. Cet amour de la solitude. Son chat pour compagnie. Et cet arbre. Cet arbre qu’il peint depuis des années, sans jamais changer de sujet. Ce symbole de force et de stabilité. La vie à l’état pur. Le temps qui passe et ne mourir qu’après des années. Un vieil homme plein de vie et de beauté.

Sophie : J’ai pas mal réfléchi à ta question et ce n’est pas facile. Ce n’est pas très original mais c’est Zelda que j’ai préféré. J’ai trouvé très beau la force qu’elle avait, déjà de vivre avec son handicap et puis aussi d’accepter de ne plus chercher le coupable, pour enfin pouvoir revivre.

Céline : Ils étaient tous attachants, touchants et criants de vérité… J’ai admiré Julie pour l’empathie qu’elle témoigne à ses « petits vieux », été époustouflée par la maturité de Zelda et mon cœur s’est serré pour Paul, ce papy de substitution qui pose sur la vie un regard bienveillant d’artiste et de philosophe. Baptiste ne m’a pas laissée indifférente non plus, loin de là ! Il cherche la rédemption en se lançant dans un métier qui le tue à petit feu et en se confrontant délibérément à sa victime. Même s’il est le « méchant » de l’histoire, il a des circonstances atténuantes et son sort ne peut que nous interpeller. A-t-on tous droit à une seconde chance ?

Pépita : Tout comme vous, j’ai été touchée par chacun des personnages chacun à leur façon. Mais peut-être davantage par ces deux sœurs, très différentes mais ce sont les circonstances de la vie qui ont forgé leur caractère. Julie m’a emballée par son côté garçon manqué et par sa sensibilité à fleur de peau qu’elle cache sous sa carapace. Et que dire de Zelda ? Tout comme toi, Sophie, j’ai été très touchée par son approche de la vie, par sa grande tolérance et par son côté très réaliste, prendre les choses comme elles viennent et par son franc-parler. Elles s’équilibrent ces deux sœurs. Elles se portent mutuellement quand l’une flanche et elles se connaissent si bien. Et Paul ! Quelle bienveillance ! Et Jojo et Kathy, quel bonheur ! C’est un livre qui m’a fait penser à « Ensemble, c’est tout  » d’Anna Gavalda, où on se choisit une famille quand elle fait défaut et où on apprend à vivre avec les autres. Est-ce un aspect du roman qui vous a convaincu(e)s ?

Sophie : Je n’avais pas fait le rapprochement avec « Ensemble, c’est tout » mais en effet, il y a des points communs. J’ai beaucoup aimé ce regroupement familial de toutes ces personnalités si différentes qui ont été en quelque sorte abandonnées par leur famille d’origine. C’est un aspect qui m’a bien plu en tout cas.

Nathan : Je ne dirai pas qu’elle « fait défaut » cette petite famille. Sauf si tu entends par là qu’ils sont tous bien différents et doivent apprendre à s’unir, alors oui, sans doute. Ils sont tous un peu sur des planètes éloignées et pourtant il se trouve finalement qu’ils vont vivre ensemble et, peut-être s’aimer. C’est ça une famille après tout : ensemble contre le reste du monde.

Pépita : Faisons un petit focus sur les deux sœurs : Zelda et Julie. Le roman est tout de même construit sur la presque-alternance de leurs deux voix. Une relation fraternelle très forte façonnée par les aléas de la vie et quels drames elles ont dû affronter ! Qu’auriez-vous à dire de leurs liens : fusion, dépendance, bienveillance, besoin d’émancipation,…?

Sophie : Je trouve ces deux sœurs très complémentaires. L’une est dure et ne rêve que de vengeance. L’autre est pleine de vie et d’une force incroyable. Pour ça, elles ont une relation très proche pas loin d’être fusionnelle, elles ont besoin l’une de l’autre pour « s’équilibrer ». Et pourtant pour les mêmes raisons, elles ont besoin de s’éloigner l’une de l’autre. Julie a besoin de vivre sa vie qu’elle avait mis en parenthèse pour sa sœur et Zelda se sent freinée par la haine de sa sœur pour le responsable de l’accident.
En fait, elles font penser un peu à des jumelles, très proches mais avec un besoin de se forger leurs propres expériences.

Céline : Les circonstances de la vie les ont soudées. L’aînée a dû endosser le rôle de la maman, mettant sa vie entre parenthèses. Zelda, quant à elle, a mûri bien plus vite qu’une autre adolescente de son âge. Ce qui fait que la différence d’âge entre elles deux s’est gommée peu à peu et que, lorsque l’une flanche, l’autre prend le relais. Pour avancer, elles doivent chacune régler leurs conflits internes. Sur ce chemin, Zelda semble plus avancée. C’est à ce prix et avec l’aide des personnes bienveillantes qui les entourent qu’elles vont pouvoir enfin prendre leur envol, s’émanciper et vivre leurs vies de femmes. A ce titre, une phrase du récit me plait tout particulièrement : « L’union de plusieurs impuissances produit parfois des miracles ».

Nathan : Je suis très d’accord avec les deux avis de Sophie et Céline. C’est vrai que sur ce point là, l’auteur est très forte: on n’est pas dans la caricature, dans l’amour fou ou les disputes incessantes, on est dans une justesse de sentiments épatante.

Pépita : En dehors des deux sœurs, la figure de ce jeune homme Baptiste qui arrive dans leur vie dévoile peu à peu ses parts de lumière et d’ombre. Je rebondis sur une question qu’a évoqué Céline plus haut : le droit à une seconde chance et pour aller plus loin, la place du pardon dans nos vies. Et en particulier dans celles de Zelda et Julie, qu’elles n’abordent pas de la même façon. Comment avez-vous trouvé cet aspect-là du roman ? La façon dont le traite l’auteure ? Cette part de voyeurisme qu’elle y a induite ? Car finalement, le lecteur veut savoir lui aussi « Qui a fait ça à Zelda  » ?

Nathan : Pour le « Qui a fait ça à Zelda », je n’appellerais pas ça du voyeurisme. On est une présence insaisissable pour nos deux soeurs mais pourtant on vit avec elle, on est pris d’affection et l’auteure fait planer un suspense autour de cette question qui revient souvent alors forcément, on a envie de savoir aussi.
Quant au pardon, j’ai trouvé cela assez marquant. Zelda est passée à autre chose, elle. Elle n’a peut-être pas pardonné, mais elle continue à vivre, se bat. Julie, elle, est détruite par l’infirmité de sa sœur, elle ne peut pas oublier, elle ne peut pas passer à autre chose. Elle y repense à chaque regard posé sur Zelda. On rejoint sans doute là la question précédente. Il faudrait que Julie prenne du recul et s’éloigne un peu de sa sœur, pour laisser le temps à son cœur d’oublier un peu. Je garde un souvenir un peu confus de la fin, peut-être cela vient-il du livre, mais pourtant, j’en garde un sentiment de forte émotion. Je vous laisse la découvrir …

Céline : C’est pour moi un des thèmes porteurs de l’histoire. Toutes proportions gardées, cela me fait penser à la chanson de Goldman « Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt ». Plutôt que de porter des jugements, le lecteur s’interroge : comment aurais-je réagi à la place de Baptiste, de ses parents, de Zelda et de sa sœur ?. Les réponses sont loin d’être simples, la question ne l’est pas non plus. Ce n’est que confronté à la situation qu’on peut vraiment voir ce qu’on a dans nos ventres !

Pépita : Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi Nathan sur le « voyeurisme » : j’ai trouvé l’auteur très forte sur ce point-là. Elle arrive à mener le lecteur vers une sorte de compassion, non pas pour Zelda (qui a acquis une maturité hors du commun face à son handicap), mais pour Julie ! La fin du roman est tout même très forte dans le suspense ! Le lecteur retient son souffle, se demande si Julie ne va pas aller au bout de son délire, j’avoue avoir eu de l’empathie pour elle, cette colère rentrée depuis des années qui ressort enfin. Elle le tient « son » meurtrier parce que c’est le sien, c’est entre lui et elle, c’est lui ou c’est elle. Au paroxysme de la fin, on en est là et le lecteur en est tout pantelant d’émotions, non ? Et tout comme dans une des nouvelles de Jean-Claude Mourlevat dans « Silhouette », j’avoue m’être surprise moi-même à vouloir l’y aider, …mais est-ce la solution ? Je te rejoins dans ton analyse Céline. Qu’aurions-nous fait à sa place ? On n’est jamais totalement à la place de, et plus que le handicap, ce roman parle bel et bien de Pardon d’une manière magnifique.

Nathan : Alors peut-être ne réagissons pas tous de la même manière. Après tout, là est la beauté de la lecture non ? Moi j’étais un peu entre deux positions, à la fois compatissant et en même temps un peu effrayé par sa réaction …

Sophie : Le pardon est une question importante dans ce roman. Il y a Julie qui ne pardonne pas et Zelda, qui sans pardonner, choisit un peu d’occulter le chauffard de sa vie pour pouvoir la poursuivre sans la haine qu’elle voit au quotidien dans le regard de sa sœur. On peut en effet voir une part de voyeurisme dans la présence de Baptiste au sein de la famille. Il a connaissance d’évènement qu’il cache volontairement et regarde la détresse de Julie sans jamais se manifester. Forcément, à un moment donné, on se dit « Mais quel lâche ! ». Rapidement, on peut aussi comprendre sa position : la culpabilité, la peur, la maladresse peut-être tout simplement, mais une forme de courage aussi car il aurait pu rester chez lui avec ses remords et ne jamais se confronter à ses responsabilités.

Pépita : Personnellement, j’ai été littéralement embarquée par le style d’écriture très direct de Martine Pouchain. Est-ce aussi votre cas ? Vous connaissiez cette auteure ?

Nathan : De mon côté, j’avais déjà lu « Traverser la nuit », et le style de « Zelda la rouge », bien que beau et touchant, est loin d’être aussi puissant que celui, renversant, passionnel, de cet autre roman qui m’a sacrément secoué ! A lire donc !

Céline : Même ressenti de mon côté. J’ai plus particulièrement été touchée par les mots de son héroïne qui analyse froidement la manière dont on traite nos ainés. Non, je ne la connaissais pas mais si vous avez d’autres titres à me proposer, je suis preneuse… Je note déjà celui proposé par Nathan !

Sophie : J’avais déjà lu plusieurs livres de cette auteure dont un m’avait particulièrement bouleversé. À chaque fois, j’ai été totalement captivé par son style et ses histoires. Elle amène toujours à se questionner, à se mettre à la place des personnages et elle le fait remarquablement bien.

Pépita : Est-ce pour vous un roman plutôt optimiste ou pessimiste ? Une dernière impression ?

Sophie : Pour moi, c’est sans aucun doute un roman optimiste, au moins pour Zelda. Elle a réussi à passer au-dessus de son handicap, à vivre sa vie pleinement, c’est une belle leçon de courage. Pour Julie et Baptiste, c’est plus partagé, ils ont atteint le pardon mais ça ne s’est pas fait sans peine loin de là, puisqu’on a largement dépassé le parcours le plus court vers celui-ci. Ce que je veux dire, c’est qu’en plus de l’accident qui les avait brisé, cette quête du pardon les a aussi amené vers d’autres blessures.

Nathan : Optimiste ! Un roman qui invite à se battre. Parce que si la vie nous met parfois des obstacles en travers de notre chemin, et à certains plus qu’à d’autres, il n’y a qu’une seule chose à faire : se battre. Pour surmonter les obstacles, pour aller mieux, pour avoir ce qu’on veut, pour bien se comporter, pour être une « bonne » personne. Pour vivre comme on l’entend.

J’aimerais pour ma part finir sur une citation d’un autre Exprim’, le superbe « Frangine » de Marion Brunet:  « Quand on a une vie différente, on prend ces risques-là : rejets, ruptures, critiques. On peut regretter, se cacher dans un trou. Ou alors on décide d’être bien, on se bat, on mène la vie qu’on veut, la vie comme on l’aime. »

 En espérant que notre échange vous donnera envie de le lire à votre tour…

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Nos chroniques respectives :

Céline-Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait Livresse

Sophie-La littérature de Judith et Sophie

Nathan-Le cahier de lecture de Nathan

Pépita-Méli-Mélo de livres

Ana Ana

Pour cette lecture commune, l’envie nous est venue d’aborder un genre différent : la bande dessinée pour jeunes enfants !

Et je suis tombée « par hasard » sur celle-ci : Ana Ana, la petite sœur de Pico Bogue, publiée par Dargaud en 2012.

Et vous allez voir : c’est malicieux, gai et enlevé à l’image des deux couvertures !

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Sophie de La Littérature de jeunesse de Judith et Sophie, Céline du Tiroir à histoires et  Bouma de Un petit Bout de (Bib)liothèque ont répondu aux questions de Pépita-Méli-Mélo de livres.

Pépita : Deux tomes pour ces histoires : Douce nuit et Déluge de chocolat, aux titres évocateurs. Pour ma part, j’ai beaucoup ri et passé un excellent moment de lecture ! Est-ce le cas pour vous aussi ?

Céline : C’est frais, léger, drôle, j’ai l’impression de retrouver mon âme d’enfant en les lisant ! Tendres et facétieuses, les aventures d’Ana Ana et sa ribambelle de doudous fripons et rigolos m’ont détendue, enchantée, et je me suis régalée des illustrations savoureuses. Le ton est beaucoup moins acide que celui des BD de son préado de frère Pico Bogue, c’est plus candide, plus mignon, mais j’ai beaucoup ri !

Sophie : J’ai aussi beaucoup aimé. C’est drôle, pétillant, plein de candeur et ce personnage seul avec ses doudous, c’est un régal pour les enfants à mon avis.

Bouma : Petites BD bien sympathiques pour une première approche du 9ème art dès le plus jeune âge. La trombine de cette petite fille, avec ses bouclettes blondes et son nez retroussé, et les peluches hautes en couleurs donnent envie d’en découvrir le contenu.

Pépita : Un petit topo rapide sur chacun des titres, juste pour donner envie à nos petits et grands lecteurs ?

Céline : Dans Douce Nuit, Ana Ana lis un livre captivant, laissant la lumière allumée alors que tous ses doudous veulent dormir. Alors, quand à son tour elle tombe de sommeil, ils ne l’entendent pas de cette oreille ! Comment dormir avec six zigotos à poils bien décidés à faire la java ?
Dans Déluge de chocolat, on prend les mêmes et on les met dans la cuisine : mission gâteau au chocolat !
Avec une bande de doudous facétieux comme ça, on ne s’ennuie pas les mercredis, c’est moi qui vous le dit !

Pépita : Pour ma part aussi, j’ai beaucoup aimé l’approche : en particulier cette façon d’entrer dans l’imaginaire des enfants. Et la spontanéité qui s’en dégage. Le renversement des rôles aussi. Tout le monde peut s’y retrouver : les enfants et les parents. Du vécu quoi !

Et les illustrations ? Vous ont-elles convaincues ? Leur mise en page, leur colorisation, le rapport avec le texte ?

Sophie : J’ai bien aimé le format à l’italienne et d’ailleurs ça m’a fait pensé que c’était des petites histoires à l’intérieur, je ne m’attendais pas à en avoir une seule. Mais pas déçue pour autant. Le style des illustrations m’a bien plu, c’est dynamique, tout ce que j’aime. Le texte est assez court et l’illustration complète très bien et ajoute encore à l’humour des situations.

Bouma : Pas du tout surprise par le format et son contenu car j’ai déjà lu P’tit Boule et Bill sur le même format. Chaque livre présente l’équivalent d’une planche (cela vaut pour les deux titres) donc de grandes cases organisées de manière linéaire unilatérale. On est loin de la gymnastique intellectuelle que peuvent parfois représenter pour les enfants les bandes-dessinées.

Céline : Les illustrations sont irrésistibles, gracieuses, fraiches, avec des petits détails vraiment comiques, un un talent très BD sur les mimiques, expressions de visage, et le mouvement.

Pépita : Derrière l’humour de ces deux tomes de Ana Ana se « cachent » aussi des petits messages éducatifs : pour ma part, ça m’a bien plu parce que c’est fait d’une manière positive. Est-ce aussi votre avis ?

Sophie : Oui, ces petits messages sont intégrés sans la présence moralisatrice de l’adulte. L’idée est plus de faire prendre conscience aux enfants, de les aider à se construire par eux-mêmes. Et puis la place des doudous est un soutien pour ces messages à la hauteur de l’enfant.

Bouma : Je vous rejoins sur ce point. Les messages éducatifs sont appris par l’expérience d’Ana Ana et comme dans la réalité certaines choses sont mieux retenues après les avoir expérimentées…

Pépita : Parlons maintenant du genre : Dargaud est un éditeur de bandes dessinées. Ce livre se situe pour moi entre l’album et la BD. Etes-vous de cet avis ?

Céline : Entre l’album et la BD ? Je ne sais pas, moi je vois là une BD à proprement parler, avec ses codes et son esthétique, simplement accessible à des plus jeunes que le public BD classique. Le texte est en bulles, il y a dans le scénario et les vignettes une forme très « sketch » qui est pleinement dans l’esprit BD je trouve.

Bouma : Rien à rajouter car je suis totalement d’accord avec Céline.

Pépita : Effectivement, ce genre de BD constitue une initiation au genre, une immersion disons.

La production éditoriale en ce sens abonde : il existe maintenant pas mal de séries de BD pour la tranche d’âge des 3 à 6 ans. Qu’en pensez-vous ?

Sophie : C’est vrai que ce type de BD se développe beaucoup. Je n’ai rien contre, c’est un style différent et ce qui se fait est plutôt de bonne qualité donc tant mieux. Après il faudrait savoir si au niveau de l’acquisition de la lecture, cette forme est adaptée ou non.

Bouma : Personnellement je ne considère pas ce genre de bd pour les 3/6 ans mais plutôt pour les 6/8 ans en ce qui concerne l’acquisition de la lecture. Elles font parties de ces « premiers » livres que les lecteurs débutants vont pouvoir lire et finir complètement seuls. L’attrait de la bd dans ce que le genre apporte est surtout du (selon moi) à une envie de « faire comme les grands » (grands étant les enfants un peu plus âgés et maîtrisant un minimum la lecture). Parce que pour moi la bande dessinée est loin d’être réservée aux « non-lecteurs » ou aux « mauvais lecteurs », au contraire elle nécessite une double lecture pas si évidente celle du texte et celle de l’image. En cela, je conseillerais plutôt Ana Ana en début d’école élémentaire.

Pépita : Avez-vous eu l’occasion de lire ces BD avec des enfants ? Si oui, leurs réactions à chaud ?

Céline : Oui ! ça rigole, et pour le message caché éducatif, ça fait mouche effectivement. Aucun adulte n’intervient pour remettre les pendules à l’heure, du coup, le petit lecteur le fait lui-même (solidarité avec les doudous qui veulent dormir, air presque scandalisé en voyant l’état de la cuisine pleine de chocolat), etc ) Mais justement, c’est parfait, suffisamment léger pour que ça reste drôle et pas moralisateur. Grand succès lu à voix haute à des enfants non lecteurs !

On vous avait prévenu…Il n’est pas trop tard pour vous régaler de cette lecture !

Pour en savoir plus, voici nos avis sur nos blogs respectifs :

Sophie-La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Céline- Le Tiroir à histoires

Bouma-Un  petit bout de (Bib)liothèque

Pépita-Méli-Mélo de livres

Nos préférés du mois d’Octobre

Même s’ils sont tous nos préférés, certains livres nous traversent et nous habitent plus que d’autres…

La récolte sous notre grand arbre a été une fois de plus fructueuse : il est loin d’avoir perdu toutes ses feuilles en dépit de la saison !

En espérant que vous aussi, vous y rencontrerez vos pépites pour vos futures lectures…

Pour Alice-A lire aux pays des merveilles

9782352901112FSLouise de New-York, la détective / Jean Poderos et Gaia Guarino. Editions Courtes et longues, 2013 : Un petit saut de l’autre côté de l’atlantique grâce à cet album original où le lecteur se laisse embarquer dans une aventure improbable menée par une grand-mère loufoque.

Son avis

Pour Céline-Le tiroir à histoires

9782330022341FSLe bureau des papas perdus de Eric Veuillé et Pauline Martin chez Actes Sud Junior : Un titre drôle et poétique, à l’image d’un album un peu décalé et plein d’humour. Venez découvrir ce bric-à-brac de papas en tous genres.

Son avis

Pour Kik-Les lectures de kik

9782203064560FSJe t’aime tellement que j’ai les chaussures qui vont toutes seules d’Anne Herbauts, Casterman, 2013 : Une histoire d’amour. L’impossibilité de dire à quel point on aime l’autre. De la poésie à chaque page dans le texte et dans les illustrations.

Son avis

Pour Carole-3 étoiles

9782211213608FS

Le premier roman jeunesse de Coline Pierré, Apprendre à ronronner, chez l’Ecole des Loisirs : Quand un jeune garçon curieux se met à observer son chat dans les moindres détails afin de ronronner à son tour pour apaiser les blessures de son amie…

Son avis

Pour Nathan-Le cahier de lecture de Nathan

9782221136447Revanche de Cat Clarke – Robert Laffont, collection R : Revanche est un roman coup de poing. Un de ces romans qu’on dévore en deux jours et dont on ressort changé. Un de ces romans aux personnages attachants, à l’intrigue passionnante, à la puissance inoubliable. Les mots sont crus, forts, et résonnent en nous longtemps. Les émotions sont torrentielles. Revanche m’a remué au plus profond de moi-même.

Son avis

Pour Céline-Qu’importe le flacon  pourvu qu’on ait LIVREsse 

Pour Pépita-Méli-Mélo de livres

9782848656472FSUn coup de cœur commun : Zelda la rouge de Martine Pouchain, Sarbacane, collection Exprim’, 2013 : Un roman fort où il est question de handicap, d’un chauffard et d’un délit de fuite, d’amour et de vengeance…  Une histoire qui recèle des tonnes de tendresse et de coups de pied au cul !  Un style mordant et innovant !

L’avis de Céline L’avis de Pépita

 Pour Sophie-La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

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Le grand livre des bêtes d’Emily Gravett, Kaléidoscope, Octobre 2013 : Avec tout leur talent, leur dynamisme et leur originalité, Emily Gravett et sa fidèle Petite Souris nous offre un superbe bestiaire d’animaux plus ou moins gros ! Vous saurez tout sur le lion, le requin, l’abeille, le hibou et quelques autres grâce à cet album plus drôle que jamais…

Son avis

 Pour Bouma-Un petit bout de (Bib)liothèque

9782749919737FSLe Dernier royaume Acte I de Morgan Rhodes, Michel Lafon, 2013 : Trois royaumes qui au départ n’en formait qu’un. Trois peuples aux convictions différentes. Trois histoires qui se croisent et vont faire trembler la terre, goutter le sang et tomber les têtes. Dans la pure tradition des épopées fantasy, voici un roman qui tient toutes ses promesses. Vivement la suite !

Son avis

Pour Drawoua-Maman Baobab

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Ce mois-ci a été riche en coups de cœur. D’une pierre plusieurs coups de cœur, je vous emmène vers la chronique qui présente des monstres monstrueusement gentils et des albums monstrueusement réussis, dont Vive la différence de Leigh Hodgkinson, aux Editions Gallimard Jeunesse.

Son avis

 

Et voilà ! Les coups de cœur se lisent à la pelle sur A l’Ombre du Grand Arbre !