Billet d’été : cartographier nos âmes.

Il est un endroit où il est heureux de se réfugier quand le monde entier semble hostile à l’escapade. Et ce monde c’est notre âme. Car notre âme est un labyrinthe incroyable, un dédale formidable, une jungle insondable. Et quoi de mieux pour tenter cet exil improbable que d’essayer d’en cartographier les contours ?

Cartographie créative, manuel d’illustration, Helen Cann, Eyrolles, 2018.

C’est à ce projet insensé que le magnifique album Museum, petite collection d’ailes et d’âmes trouvées sur l’Amazone de Frédéric Clément, nous invite.

Museum, petite collection d’ailes et d’âmes trouvées sur l’Amazone,
Frédéric Clément, Ipomée, Albin Michel, 1999.

Soulever le couvercle de la boîte en carton. Y découvrir un carnet orange, aux coins abîmés, à l’étiquette déchirée, à la couverture égratignée. Un carnet qui aurait beaucoup voyagé. L’ouvrir. Y lire un texte tapé à la machine à écrire. Une lettre datée du 4 janvier 1996. Une lettre écrite à Tabatinga au Brésil. Une lettre qui annonce une incroyable découverte : sur les ailes des papillons d’Amazonie, on pourrait lire les cartes des âmes de femmes et d’hommes du temps passé.

L’entomologiste de l’album découvre tour à tour la carte de l’âme de Kubilaï Khan, empereur mongol ; de Yoshe, jeune immigré russe ; de Zygaena, écuyère tzigane ; d’Itzpapatotl, artisan plumassier aztèque ; d’Utamaro, peinte des beautés d’Edo ; de Photinoula et Kassandrea, deux soeurs grecques ; de Marco Polo ; de Lola, demoiselle d’Avignon ; de Tashi, Tibétain, tailleur de pierres ; d’Anko, pêcheur de perles en mer rouge ; de Jacaouna, chaman indien ; et de Vladimir Nabokov. 12 papillons, 12 cartes, 12 âmes à explorer. Ce livre a complètement influencé ma vision de l’âme humaine, il m’a permis de l’incarner à travers ce symbole poétique de la carte géographique miniature, visible seulement à la loupe binoculaire. Visible seulement à qui prend le temps de l’observer. Et c’est ainsi que commença ma collection de papillons.

C’est pourquoi quand quelques années plus tard, un ami m’a offert Notre continent intérieur, l’atlas imaginaire de Louise Van Swaaij et Jean Klare, il m’a semblé enfin trouver l’outil idéal pour partir à la conquête de cette âme qui m’habite et m’échappe tout à la fois. Au gré de 21 cartes, nous parcourons la mer des possibles, le pays du secret, le marais de l’ennui, l’archipel de l’oubli, les montagnes de travail, la capitale du changement et tous ces endroits qui émergent au fil des années, là, quelque part, en nous. Quel ravissement de pouvoir donner à ce “quelque part” une forme, des reliefs, des rivages.

Notre continent intérieur, l’atlas imaginaire, Louise Van Swaaij et Jean Klare, Autrement, 2000.

Alors, avec ce billet d’été, je vous invite à cartographier votre âme. Pour partir en voyage là où vous seul.e.s pouvez vous rendre.

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Et pour vous aider à vous lancer, ouvrons le livre Cartographie créative d’Helen Cann.

Cartographie créative, manuel d’illustration, Helenn Cann, Eyroles, 2018.

Analysons d’abord l’anatomie d’une carte : la rose des vents, les lettrages, le cartouche, la légende et les symboles et puis le plan. Puis choisissons notre type de carte : carte illustrée, carte textuelle, plan axonométrique, plan en espace négatif, plan d’architecte, carte de jeu de plate-forme. Et lançons-nous ! Pourquoi ne pas tenter, pour commencer, une carte inspirée de la phrénologie, théorie scientifique en vogue au XIXe siècle selon laquelle la personnalité d’un individu pouvait être déterminée par la mesure des zones de son crâne correspondant à différents tempéraments ?

Cartographie créative, Helenn Cann, Eyrolles, 2018, p. 98-99.

Je vous laisse donc avec ces quelques indications, et si vous vous lancez, n’hésitez pas à partager vos créations sur nos réseaux sociaux en indiquant #alodgamap

Il me tarde de suivre du doigt les fleuves, les rivières et les ruisseaux qui irriguent vos coeurs.