Lecture commune théâtre avec L’ogrelet…en duo

Il est un genre littéraire dont on ne parle pas souvent  A l’ombre du grand arbre et qui pourtant renferme une infinité de possibles : c’est le théâtre. Le théâtre jeunesse foisonne de pièces bouleversantes, d’une précieuse poésie. C’est le cas de L’ogrelet de Suzanne Lebeau, pièce adorée, que je partage dès que je le peux avec mes élèves. Et que j’ai partagée récemment avec Pépita en glissant le subtil opuscule vert entre les papiers de soie de son swap anniversaire.

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Colette : “L’ogrelet “: déroutant comme titre de pièce de théâtre, non ? On n’est loin de la référence mythologique du théâtre classique, on n’est pas dans un titre de la modernité, on pense au conte bien sûr mais tout de même ce néologisme est étrange : à quoi as- tu pensé toi ?

Pépita : J’ai pensé à un petit mot doux, d’une maman à son enfant, de ces petits mots affectueux, un petit enfant aimant dévorer ses petits plats préparés avec amour. Et en même temps, vu que tu as parlé de cette pièce lors de la lecture commune sur D’entre les ogres, je savais qu’il y avait autre chose. Mais tout de même à cette lecture, cette première image m’est restée et la façon dont la maman s’adresse à son enfant va aussi dans ce sens mais pour une autre raison.
Et toi qui connait si bien cette pièce, te souviens-tu de ta première impression à ce titre ?

C : Au début ce mot évoquait pour moi quelque chose proche du sucre d’orge et du grelot, j’ai tout de suite aimé les sonorités de ce petit nom… je ne me souviens absolument pas comment j’ai découvert cette pièce, gros trou de mémoire ! Peut-être était-ce ma tutrice de collège, passionnée de littérature jeunesse, qui me l’a prêté. Bien sûr depuis le temps que je fais lire cette pièce à mes sixièmes, l’ogrelet s’est incarné dans tous les sens du terme et à chaque lecture il prend un peu plus d’épaisseur.
Car finalement qu’as-tu trouvé sous ce joli sobriquet ?

P : Un enfant d’abord, plein de curiosité sur le monde, impatient d’aller à l’école, déjà affublé du sobriquet d’ogrelet, mais comme un petit mot doux d’une maman à son petit. Et puis peu à peu un ogrelet est apparu dans ma rétine de lectrice, encore humain tout de même, mais ayant changé de façon imperceptible d’abord puis plus nette et très volontaire dans son envie de prendre son destin entre ses mains et de le renverser. L’auteure joue en permanence sur cette ambivalence, ça se sent dans la manière qu’il s’adresse à sa mère, le mot maman disparaît, il lui échappe. J’avoue que j’ai eu peur pour lui. Est-ce que tu l’as ressenti pareil ou différemment ?

C : Comme pour toi, au début l’ogrelet c’est un petit bonhomme qui se prépare pour aller à l’école pour la première fois, un petit bonhomme curieux de tout, avide de connaissances, mais surtout avide des autres. Et puis dès le premier jour c’est sur lui qu’il va apprendre des choses. En apprenant son vrai prénom. Dès la scène 3, on comprend que tout ne va être qu’une question d’identité et même si c’est une pièce qui se joue du merveilleux, on entre de plein pied dans des questionnnements drôlement proches de nous ! Qu’as-tu pensé de cette scène où l’ogrelet apprend son vrai prénom ? J’adore quand il demande à sa mère si sur son cahier il doit écrire ” Logrelet, Togrelet, Nogrelet” !

P : Tu as totalement raison de mettre en avant ce passage car il est fondateur : à la fois de cette recherche d’identité mais aussi de l’apprentissage à l’école, nouvel univers pour lui. Etre nommé de son vrai prénom est une étape indispensable. Que la maman y soit associée est très fort. On dirait un jeu mais en fait c’est plus que ça. D’ailleurs, les lettres échangées entre la maman et l’institutrice sont très touchantes. Toi qui es enseignante, tu as du l’être aussi non ?

C : Tu ne peux pas imaginer à quel point la figure de la maîtresse m’influence encore aujourd’hui ! Jeudi dernier, j’ai d’ailleurs écrit un mot dans le carnet de liaison d’un élève en commençant par “Madame, je m’inquiète pour B…” comme la maîtresse de l’ogrelet le fait pour son étrange élève. En effet j’ai été particulièrement touchée par le soucis de cette enseignante de comprendre son élève et de s’adresser à sa mère à travers une véritable correspondance, “véritable” dans le sens de “sincère”, bien loin des mots notés rapidement, un peu aveuglément dans les carnets qui “lient” soit disant au quotidien les familles et l’école… La maîtresse est une figure féminine éminemment bienveillante, rayonnante, elle joue un rôle essentiel dans le cheminement de l’ogrelet car elle lui prouve avant même qu’il ne sache qui il est vraiment, qu’il peut être accepté comme il est, quelle que que soit sa véritable nature.

P : Oui ce dialogue entre ces deux femmes au sujet de cet enfant différent est si juste, sans jugement mais s’attache à l’accompagner au mieux, à le faire grandir. Avec beaucoup de respect entre elles. J’ai vraiment beaucoup aimé ces passages.
Et justement, cet ogrelet, du moment où il apprend sa véritable nature, entre dans un parcours initiatique, avec un virage assez radical non ?

C : Oh que j’aime la scène 6, la scène de révélation, la scène du grand tournant radical, la scène de rupture, l’acmé, le nœud de l’histoire de notre ogrelet (du pain béni pour faire comprendre à mes élèves ce qu’est le nœud au théâtre 😉 ) Cette scène, qui en passant se nourrit des contes anciens, est d’une intensité incroyable, l’ogrelet y apprend tout de son père, de ses origines et de… ses sœurs. Que de découvertes ! Non seulement ce que nous pressentions se confirme mais la vérité est encore plus sombre qu’on ne l’imaginait. Et en même temps c’est aussi le début d’une nouvelle vie…

P : Je te rejoins totalement ! Oui nouvelle vie mais pas sans étapes. Je l’ai trouvé drôlement volontaire dans son choix. Respect ! Mais là aussi l’auteure joue sur deux registres : vérité ou arrangement avec la vérité. Sur la place du père aussi subsiste un doute…le lecteur est en permanence dans l’interrogation. Déstabilisant non ?

C : Oui complètement déstabilisant : on se sait jamais vraiment la vérité dans cette pièce, on ne sait rien au final sur les origines de l’ogrelet, sur son père -est-il oui ou non un criminel ?-, sur l’ogrelet lui même – réussit-il vraiment les 3 épreuves qui lui permettent de vaincre son ogreté ?- et les jeunes lecteurs sont très sensibles à cette “ambigüité” qui persiste jusqu’aux derniers mots du texte (je souligne le mot “ambigüité” car c’est un mot sur lequel nous débattons beaucoup avec mes élèves en ce moment !). D’ailleurs ils demandent souvent s’il y a une suite à L’Ogrelet car ils voudraient être fixés sur la véritable nature du père et surtout surtout sur celle de Simon. Mais au fond, ogre ou humain, est-ce que cela a vraiment de l’importance ?

P : Très bonne remarque ! Ogre ou humain….c’est ça justement le fond de cette pièce : celui de pousser la normalité ou l’anormalité jusqu’à son point ultime et d’en affranchir la frontière. J’ai beaucoup aimé aussi la réflexion sur le regard de l’autre mais dans les deux sens. L’auteure interroge ces points là avec le point de vue de l’enfance qui est toujours très instructif et révélateur.

C : L’Ogrelet est en effet avant tout une pièce sur ce moment de l’enfance où le basculement s’opère, où le petit apprend à devenir grand, à devenir soi. C’est une pièce que l’on dévore avec gourmandise comme l’ogre se repaît de l’odeur de la chair fraîche !  Une pièce qui donne à aimer, à penser, à jouer.

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Bonus : sur le site des excellentes éditions théâtrales jeunesse vous trouverez un extrait de la pièce et le carnet artistique et pédagogique : c’est par .

Nos chroniques :

-Celle de Pépita

-Dans le top 5 de Colette

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Et si nous allions au théâtre ?

Deux romans sur la même thématique parus à la même période (août 2013) :

3000 façons de dire je t’aime de Marie-Aude Murail- Ecole des loisirs

Double jeu de Jean-Philippe Blondel-Actes sud junior

On est trois à les avoir lus…

La révélation de jeunes gens par le théâtre, mais pas que…

Lectures croisées…

3000 façons de dire je t'aime

Double jeu

Les trois coups ont frappé…

Vous avez entendu ?

RIDEAU !

Pépita : “3000 façons de dire Je t’aime” et “Double jeu” : deux romans parus à la même période…Pourtant, rien n’indique dans ces titres le thème principal qu’ils abordent tous les deux : le théâtre. Est-ce seulement cette thématique qui vous a attiré ou y a-t-il eu autre chose pour vous ?

Nathan : Le beau titre de l’un et son auteur culte pour le  Murail, la couverture superbe de l’autre et ses bonnes chroniques …
Mais oui sinon c’est le théâtre qui m’a attiré. Le théâtre qui depuis deux ans rythme ma vie de lycéen et me passionne énormément. Comme Quentin j’ai été en 1èreL spécialité théâtre … et comme ces trois jeunes dans le roman de Murail, le théâtre porte mon épanouissement.

Bouma : Comment dire… (je ne voudrais pas blesser Nathan) mais ce n’est pas du tout le théâtre qui m’a attiré dans la lecture de ces deux romans. Je dirais même que je les ai lus MALGRÉ le fait qu’ils abordent ce sujet. Pourquoi ? Parce qu’ils ont été écrit par deux auteurs que j’affectionne pour leur plume et leur talent : je ne rate pas un Blondel et j’essaie de lire un maximum de Murail.

Pépita : Non pas que je cherche à faire le compromis, mais pour ma part, c’est à la fois le théâtre et les deux auteurs qui m’ont attirée dans ces deux romans et je ne suis pas du tout déçue !

Rentrons dans le vif du sujet : Deux très beaux titres de romans : pouvez-vous, à partir de ces deux titres, donner un aperçu de chacun ?

Nathan : On a deux cas très différents dans ces romans …
D’une part, trois adolescents qui entrent dans les études supérieures et aimeraient bien renouer avec leur amour du théâtre, et celui-ci pourrait bien leur fournir … 3000 façons de dire je t’aime.
D’autre part, un jeune adolescent qui entre en Terminale mais dans un nouveau lycée, où à cause de sa turbulence, il doit repartir de zéro, va découvrir le théâtre et va découvrir qu’il n’y a pas qu’au théâtre qu’on peut être acteur; aussi le lecteur suit-il ce personnage et son … double jeu.

Et puis moi j’aimerais ajouter les mots de Marie-Aude Murail sur la très jolie dédicace qui était déjà sur le livre quand je l’ai reçu …

Bouma : Très belle description Nathan.
Pour Double jeu de Blondel, je suis plutôt partie sur un jeu de mots entre le “Jeu” scénique propre au théâtre (que va découvrir Quentin, le héros) et le double “Je” qu’il va éprouver, partagé entre ses origines modestes et le milieu huppé dans lequel il évolue désormais.
Pour 3000 façons de dire je t’aime, j’avoue ne pas avoir très bien compris la symbolique au premier coup d’œil. Le titre m’a paru très mystérieux car un peu trop girly pour le style de Murail. Et puis au fil de ma lecture, j’ai compris qu’elle souhaitait montrer qu’il n’y avait pas une seule façon d’aimer (une personne ou une passion) tout comme il n’y en a pas une seule pour le déclarer.
Et toi Pépita, comment tu les as vus ?

Pépita : Pour 3000 façons de dire je t’aime, je l’ai vu comme plusieurs entrées pour un comédien : lorsqu’il endosse un personnage, il va le faire avec son vécu, sa personnalité et ce qu’il projette comme émotions sur ce personnage. D’où pour un personnage donné, 3000 façons, voire plus, de lui donner corps. On le voit très bien dans ce roman : les trois adolescents n’en sont pas du tout au même stade : il y a Bastien, très dilettante, Chloé très scolaire et Neville, très idéaliste. Ce qui est intéressant, c’est de voir leur évolution et qu’ils finissent tous les trois par converger vers un amour du théâtre dans sa globalité. Finalement, une conception assez éloignée de ce qu’ils pensaient être le théâtre à leurs débuts. Et en cela, je rejoins la belle citation qu’évoque Nathan !
Pour Double jeu, l’approche est différente : Quentin n’a pas choisi de monter sur les planches. C’est l’énergie de sa professeure qui va le pousser à y aller. Il découvre le jeu sur scène, apprend qu’il peut devenir un autre “je” et cela l’aide finalement à surmonter cette année de transition, où, déraciné de son milieu social, il devient par la force des choses quelqu’un d’autre. Le théâtre l’aide alors à l’accepter. Certes, dans une certaine souffrance mais aussi une soupape. D’où ce double jeu. Je rejoins en cela ton analyse Bouma.

Continuons : Dans ces deux romans, il y a à chaque fois un adulte “guide” : M. Jeanson pour le Murail et Mme Fernandez pour le Blondel. De mon point de vue, ils partagent une énergie incroyable tous les deux et un amour inconditionnel du théâtre. Mais qu’avez-vous pensé de leur investissement à chacun auprès de ces jeunes ?

Nathan : Il faut bien se lancer à un moment ou un autre, la question est pointue ! Mais très intéressante … parce que je n’avais pas fait le rapprochement. Et il se révèle troublant.
C’est vrai que les deux ont une énergie débordante, une certaine distance et sévérité qui imposent l’ordre, l’admiration mais aussi la qualité de l’enseignement.
Pourtant, ils investissent différemment cette énergie.
Il m’a semblé que Mr. Jeanson avait un côté un peu plus paternel. Il s’attache à ces trois adolescents comme à ses propres enfants et voit en eux le potentiel (ou pas …) et est prêt à tout, même enfreindre les règles, pour les emmener vers le succès … et se lier d’amitié avec eux.
Alors que Mme Fernandez, elle, ne franchit pas les frontières des règles et essaye de garder un côté plus strict, et professoral.
Mais finalement, les deux s’investissent corps et âme pour ces adolescents … et tous deux posent là le point final d’une étape de leur vie avant de tourner une page. Mais chut, je n’en dis pas plus !

Bouma : Ces deux professeurs m’ont simplement rappelé que lorsqu’on est passionné par un domaine (quel qu’il soit), on a aussi envie de le partager, d’en discuter… Comme nous le faisons, nous, à l’ombre du grand arbre.

Pépita : Au risque de jeter un pavé dans la mare, je suis très critique vis-à-vis de M. Jeanson : pas son côté paternaliste, non, mais j’ai trouvé qu’il “utilise” en quelque sorte deux des jeunes pour porter sur la scène son “préféré” (ou du moins celui dans lequel il voit le meilleur potentiel) et se sachant malade, arriver enfin à son but : faire entrer un de ses protégés au Conservatoire. Ça m’a un peu gênée cet aspect-là… Quant à l’autre professeure, c’est tout le contraire : elle laisse une liberté à Quentin qui lui permet de trouver par lui-même son propre chemin. Il peut exercer son libre-arbitre alors que les trois autres sont davantage dans une rivalité, même si je suis parfaitement consciente que dans un groupe, elle existe forcément et peut être motrice (ou le contraire…).

Qu’auriez-vous à dire de la construction des deux romans : celui de Murail me semble plus conventionnel alors que celui de Blondel est beaucoup plus élaboré. Est-aussi votre ressenti ?

Bouma : Effectivement, la construction du livre de Blondel est plus subtile. Les sentiments de Quentin se lisent entre les lignes, tout comme les choix qui s’offrent à lui. Le fait d’avoir construit le livre en actes et en scènes montre clairement que Blondel a cherché à exploiter les codes du théâtre dans le genre plus linéaire qu’est le roman. Son texte est court, comme d’habitude, et met en scène, c’est le cas de le dire, des moments cruciaux dans la vie de son héros. Je pense d’ailleurs que ce roman pourrait être adapté au théâtre sans trop de difficulté.
Pour Murail, on est dans quelque chose de plus conventionnel. Les chapitres ont des citations théâtrales pour en-têtes, on suit chacun des personnages dans son intimité et dans sa vie sociale. Le véritable intérêt vient dans la confrontation des univers de chacun. Son style est fluide, compréhensible et peut-être plus facilement accessible pour un lectorat plus jeune.
On voit bien avec ces deux auteurs qu’avec une thématique commune le résultat est très différent.

Pépita : J’ajouterais que dans le roman de Blondel, le fait que Quentin écrive un journal de cette année scolaire charnière, qu’il a laissé tombé puis repris, donne une autre profondeur au roman. Comme si lui-même jouait son propre rôle et se mettait en scène intimement. Face à face avec lui-même.

Nathan : Et je pense aussi que cela place le roman de Murail du côté d’un public plus jeune alors que Double jeu, plus intense, plus ancré dans la réalité, vise un public vraiment adolescent.
Et je suis totalement d’accord avec Pépita … alors que 3000 façons de dire je t’aime, écrit à la troisième personne du singulier … comme du pluriel, correspond plutôt à la personnalité d’écrivain de Chloé et aux trois voix de ces adolescents, aux voix de trois acteurs.

Pépita : Justement, parlons de l’écriture, transition parfaite : Murail cite plein de références théâtrales alors que Blondel ne part que d’un texte. Vous qui êtes des lecteurs actifs, vous les avez lus ces textes ou est-ce que ce roman vous a donné envie de vous y plonger ? Ce qui me pousse à poser une autre question : est-ce que vous pensez que la thématique du théâtre pourrait être transposable à d’autres passions artistiques ?

Nathan: Oui, mais je ne me suis pour autant pas plus plongé sur la question … d’autant plus que j’ai lu 3000 façons de dire je t’aime l’été dernier et qu’entre temps j’ai approfondi ma formation d’acteur-lycéen et étudié Lorenzaccio … peut-être relirai-je le roman, pour avoir un œil neuf dessus ?

Bouma : Je ne suis pas une grande amatrice de théâtre (comme je le soulignais plus haut). Je n’ai donc pas lu ou vu la plupart des pièces évoquées dans ces romans. Je les connaissais de nom, toutefois, suffisamment pour que les références me parlent. Je serais donc tentée d’aller en voir quelques unes mais de là à les lire… Faut pas pousser mémé dans les orties !

Concernant ton autre question, je pense bien évidemment que la thématique peut être transposée à d’autres passions. Et l’on trouve déjà beaucoup de romans qui en parlent. La danse est abordée dans Les Ailes de la Sylphide de Pascale Maret et la musique dans Jolene de Shaïne Cassim par exemple. Deux romans dont nous avons fait des lectures communes A l’Ombre du Grand Arbre parce qu’elles touchaient là aussi à la passion humaine pour la création sous toutes ses formes.

Pépita : Pour le Murail, sans hésitation, je dirais que ces trois jeunes pourraient être aussi bien férus de peinture, de musique ou autre passion artistique et on les verrait évoluer selon la même trajectoire ou presque. Pour le Blondel, c’est différent : l’identification au personnage de la pièce choisie est trop forte pour Quentin. Ce personnage le révèle à lui-même. La professeure lui sert ce personnage sur un plateau. A lui de saisir ou pas. C’est la grande force du théâtre je trouve que de permettre cela, cette incarnation totale et absolue. Je n’ai jamais lu cette pièce (La ménagerie de verre de Tennessee Williams), et cela m’a donné envie de la découvrir. Dans mes lectures de cet été. Les pièces citées dans le Murail, j’en connais pas mal. De culture littéraire, certaines me laissent plus ou moins de bons souvenirs (ah ! la prescription scolaire !).

Nathan : Je suis d’accord avec toi Pépita, le parcours de Quentin est tout à fait particulier. Mais pour moi c’est pareil dans 3000 façons de dire je t’aime. J’ai perçu l’épanouissement qui éclaire les personnages dans le théâtre et c’est ce que j’ai vécu ces trois années de lycée. La musique, la peinture, chaque art est différent, chaque aventure est différente, leur parcours aurait été différent, bien qu’épanouissant aussi ! Seulement le théâtre est une aventure collective, une fusion des êtres dans un même texte et les pousse derrière un personnage à s’exposer aux yeux du monde. Selon moi, rien n’aurait été pareil avec un autre art.

Pépita : Justement, et ce sera ma dernière question, avant que vous ne donniez votre dernière impression sur ces deux romans, parlons de l’identification au personnage : y en a-t-il un qui vous a particulièrement touché, parlé, ému ? Et pourquoi ? Comme au théâtre finalement …

Nathan : C’est Quentin qui m’a le plus ému. Il est en première littéraire théâtre comme je l’ai été, il se cherche, il veut trouver qui il est et l’affirmer et par-dessus il s’épanouit dans le théâtre alors qu’il a tendance à tâtonner dans la vie. C’est magnifique et parfois il était un peu comme moi.

Bouma : Difficile pour moi de m’identifier à un personnage en particulier. En tout cas si j’avais du choisir une vision de l’adolescence parmi ces quatre personnages j’aurai choisi celle de Bastien dans le Murail, pour l’énergie, l’écoute et l’humour dont il fait preuve à chaque nouveau pas.

Pépita : Ces personnages m’ont tous émue, à leur façon. Dans le Murail, j’ai cependant trouvé qu’ils manquaient peu à peu de consistance. Le roman perd de son énergie, un peu à l’image de leur découragement, inévitable par moments. Puis, il rebondit vers la fin avec le sacre de l’un d’entre eux. Comme toi Bouma, Bastien, je l’ai trouvé juste tout du long. Et comme toi, Nathan, j’ai été emportée par Quentin, dans ce bouillonnement intérieur qui le caractérise, par son énergie, sa lucidité et son choix.

Un mot de la fin de chacun(e), sur ces deux lectures ?

Bouma : Le thème du théâtre n’était pas porteur pour moi au départ. Cependant, le talent de ces deux auteurs m’a permis de prendre plaisir à redécouvrir cet art. Deux belles lectures qui trouveront échos chez les adolescents et leurs parents.

Nathan : Comme on a (j’ai ?) parlé théâtre toute la discussion je finirai juste sur ces quelques mots : quel qu’il soit, l’art est un épanouissement et une ouverture au monde. C’est lui qui nous fait voir les choses différemment. Il est la liberté, il est salvateur … et il est notre passion : la littérature avant tout.

Pépita : Mes quatre enfants montant sur les planches depuis quelques années, je dirais que le théâtre, c’est l’école de la vie ! Ce que démontre finalement fort bien ces deux magnifiques romans.

Alors ? Prêt(e)s à aller au théâtre ?

Pour vous en convaincre, nos liens sur ces lectures :

BoumaUn petit bout de bib(liothèque) : 3000 façons de dire je t’aimeDouble jeuUne interview de J.P Blondel

-Nathan-Le cahier de lecture de Nathan : 3000 façons de dire je t’aime-Double jeu et son blog sur le théâtre

-Pépita-Méli-Mélo de livres : 3000 façons de dire je t’aimeDouble jeu