Les livres et les émotions

Déjà la troisième semaine de notre rendez-vous estival qui cherche chaque lundi de bonnes raisons de dire qu’un livre est bon. La semaine dernière, Pépita vous parlait du plaisir de la relecture ICI, plaisir que j’exerce très rarement avec les romans mais que je partage avec plaisir avec mon petit garçon pour les albums. Avant, Chlop introduisait cette série de lundi avec les livres qui mettent en mouvement l’intelligence de l’enfant . Elle a beaucoup hésité avec un autre sujet : les livres qui suscitent des émotions, et comme l’un de mes critères favoris pour qualifier un bon livre, c’est celui-ci, je ne pouvais pas ne pas vous en parler.

 Qu’ils fassent rire, peur, pleurer, s’énerver, il arrive qu’on ressorte d’une lecture avec une ou plusieurs émotions très marquées. Car si elles sont toujours présentes, certaines nous submergent tout particulièrement.

Pour commencer, parlons un peu de sentiments contradictoires car il m’est arrivé de terminer des livres avec un avis plutôt négatif mais pas sans émotion ni questionnement. Je pense particulièrement l’album Me voici qui avait fait l’objet d’un débat sur ce blog. Je ne referai pas le sujet ici, mais quand j’ai eu fini cette histoire, je suis restée perplexe et surtout mal à l’aise. Déjà, si on reste dans le premier degré de l’histoire, voir le destin de ces chats m’a atteinte en plein cœur. C’était trop pour moi et mon amour des animaux. En revanche, je reste persuadée que beaucoup de choses se cachent dans cette histoire que l’on peut sûrement interpréter de bien des manières. C’est pour ça que j’avais proposé cette lecture commune, je ne pouvais pas dire que j’avais aimé ce livre à cause du malaise qu’il me donnait mais je ne pouvais pas non plus le mettre de côté et le considérer comme mauvais.

Dans le genre, “ça me laisse un drôle de goût”, il y a aussi l’univers de Emmanuelle Houdart. Pendant longtemps, je ne comprenais pas ses illustrations sombres voire glauques parfois. Ça me semblait effrayant et peu adapté aux petits. Et puis est venu le jour où j’ai mis La boîte à images dans les mains de Morgan qui avait 2 ans à l’époque. J’ai été stupéfaire par l’intérêt que ces petits livres suscitaient chez lui. Moi qui les estimait effrayants pour des petits, j’ai été surprise de voir que pour lui, c’était surtout une source de découverte et de questionnement. Il voyait des choses bien mieux que moi.

Par la suite, j’ai commencé à regarder les illustrations d’Emmanuelle Houdart d’un autre œil et mon avis a considérablement changé avec Ma mère. Aidée par le nom de Stéphane Servant qui est un auteur que j’apprécie particulièrement, je me suis plongée dans cet album avec plus d’intérêt et j’ai compris ce qui me manquait peut-être pour les autres livres de l’illustratrice : la relecture. Clairement, il m’a fallu lire l’album plusieurs fois pour être fondamentalement touchée par le texte et les images. J’ai eu besoin de les digérer et cet album est maintenant un vrai coup de cœur dans lequel je me retrouve beaucoup. J’aime l’émotion intense que suscite chez moi cette mère sauvage et poétique et je me replonge toujours dans ce livre avec plaisir.

Ils ne sont pas très nombreux les livres qui me tiennent éveillée jusqu’en pleine nuit. Je ne m’attendais pas vraiment à ça quand j’ai ouvert Eleanor & Park. En apparence, c’est une histoire d’amour entre deux ados mais quand j’ai commencé cette lecture, j’ai été emportée par le texte. J’étais séduite par l’amour passionnel de ces deux jeunes comme si j’étais moi-même amoureuse de leur histoire. Les heures pouvaient toujours filer, je relevais les yeux à contre cœur à 2 ou 3 heures du matin pour me forcer à fermer le livre avant la nuit blanche. La lecture s’est finie en quelques jours et ce n’est pas sans regret que j’ai quitté Eleanor et Park.

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Ces deux livres ont eu un impact particulier sur moi. Si on peut pleurer facilement sur un film, sur un livre c’est différent et pas forcément si fréquent. Pourtant, je me souviens avoir eu bien du mal sur certains passages de ces romans, pas facile de lire les larmes aux yeux ! Il y en a certains comme ça, qui raisonnent particulièrement avec ce qu’on a pu vivre et où l’émotion devient plus forte que la fiction.

Vous allez me dire que je n’ai pas des lectures très joyeuses mais si j’ai choisi ces exemples, c’est juste personnel parce que je suis plus sensible aux lectures qui vont me rendre triste, en colère ou me faire peur. J’ai un intérêt très particulier pour les histoires qui finissent mal. Pas que j’aime les fins tristes mais ce sont elles que je retiens le mieux et qui restent gravées ensuite dans ma mémoire de lectrice.

Évidemment, il y a aussi des livres qui me font rire. Je me souviens de ma première découverte avec les albums de Gilles Bachelet et son chat, du duo Michaël Escoffier et Matthieu Maudet toujours hilarant ou encore du roman de Pierre Delye qui est un concentré d’humour moqueur.

des nouvelles de mon chat

Si je voulais vous parler des émotions que procurent les histoires, c’est simplement parce que pour moi c’est un signe très concret de qualité. Comme le disait Chlop dans son article, mettre en mouvement l’intelligence du lecteur est un bon gage de qualité et c’est un peu ce qui se joue avec les émotions. Je peux aimer un livre, le lire, le fermer et l’oublier avec le temps mais une histoire qui m’aura fait rire ou pleurer, je suis sûre de m’en souvenir. Finalement, c’est ça tout l’intérêt de la littérature, c’est d’agir sur le lecteur pour qu’il ne soit pas le même en ouvrant le livre et en le refermant…

Les livres qu’on a envie de relire

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Les dix droits du lecteur-Daniel Pennac

Après le développement de lundi dernier de Chlop sur les livres qui mettent en marche la pensée de l’enfant, de mon point de vue, s’il est un signe de la qualité d’un livre, l’envie de le relire en est un, car il est des livres comme des bons plats : certains, on a envie d’y regoûter, histoire de vérifier si on aurait loupé un élément ou tout simplement parce qu’on y est bien, qu’on a envie de retrouver cet univers qui nous a enchanté à la première lecture. Et qu’est-ce que c’est bon ! Il y a des livres aussi qu’on relit bien plus tard et là, c’est encore meilleur. Comme la madeleine de Proust.

Cela vaut pour les adultes mais aussi pour les enfants. Surtout pour les enfants aurais-je envie d’insister. Et je ne sais pas pourquoi : ça agace souvent l’adulte de relire la même histoire. “Mais on l’a déjà lue celle-là, des centaines de fois !”. Cette remarque pleine d’exaspération, je l’entends souvent dans ma vie de bibliothécaire et… elle m’exaspère.

Je ne suis pas une spécialiste du livre, mais c’est quand même un peu mon métier. Etre blogueuse aussi m’a permis d’affiner mon jugement, car virtuellement on fait de belles rencontres sources d’échanges enrichissants, comme en témoigne ce blog collectif.

Voici donc dans ce billet mes observations de terrain (et de maman lectrice) concernant les livres que les enfants ont envie-voire besoin- de relire, en me basant sur des exemples de livres relus et encore relus, gages de leur qualité car appréciés encore et encore par différentes personnes à différents moments de leur vie.

Le processus de l’histoire partagée

Des toutes premières histoires racontées dans la chaleur de vos bras, la sécurité de vos genoux, ou le soir au creux de son lit, l’enfant va en retirer un plaisir des plus intenses.

Le bébé a besoin de lait, de caresses et d’histoires.

Dominique Rateau

Redemander pour lui la même histoire participe du fait qu’il a envie de recréer ce moment avec cette histoire-là en particulier. Un peu comme quand on regarde une photographie qui donne à voir un moment heureux de son existence : en s’y plongeant, on en ressent encore l’atmosphère, on entend les bruits, on revit le moment comme si on n’y était à nouveau. Peu à peu, l’enfant va lâcher-prise en quelque sorte et accepter qu’on lui lise une autre histoire et agrandir peu à peu sa culture littéraire. Ensuite, si la fratrie s’agrandit , quel plaisir de constater que les plus grands vont transmettre à leur tour leurs histoires qu’ils ont aimé petits !

C’est un cadeau formidable que fait l’adulte à l’enfant quand il lui renvoie un écho de ses petits discours.

Evelio Cabrejo-Parra

Le processus de travail intérieur

Souvent, chez l’enfant, les livres accompagnent un travail intérieur. Quand le travail intérieur est terminé, l’attrait du livre aussi se termine. Cela peut porter sur la séparation, la peur du noir, l’arrivée d’un petit dans la fratrie ou bien toute autre chose parfois bien mystérieuse. L’enfant perçoit qu’il se joue-là quelque chose qu’il ressent confusément intérieurement. Alors, ne perdez pas patience : relisez cette histoire que votre enfant réclame. Il en a besoin. Je ne parle pas là de livre “médicament” : les livres ne guérissent pas, ils accompagnent. Ils sont un vecteur formidable.

Frédéric Stehr - Coin-coin.

Lorsque mes enfants étaient petits, et pour chacun on a observé le même phénomène, ils ne se lassaient de Coin-Coin de Frédéric Stehr. A première vue, cette histoire a quelque chose de peu rassurant : ce petit canard qui vient de naître et qui sort de son nid à la recherche de sa maman. Mais elle le sauve des pattes du renard in extremis et tout s’apaise. C’est une histoire que j’ai lu des milliers de fois ! Je la connais par cœur. Je me souviens de la gravité du visage de chacun de mes enfants au passage critique mais de la confiance qu’ils avaient en la maman canard. Ils percevaient d’emblée le lien qui unit la maman à son petit. Et toujours, dans la répétition, le besoin de mettre à l’épreuve la permanence de ce lien.

Kitty Crowther - .

C’est ce qu’exprime aussi fort bien ma copinaute Sophie qui l’a expérimenté récemment avec son jeune garçon  : “Je ne m’attendais pas à autant de succès avec ce livre et Morgan (3,5 ans). J’ai bien vu dès la première lecture que les inquiétudes de cette petite grenouille lui parlaient, même s’il n’est pas spécialement terrifié par la nuit. Il s’est très vite reconnu dans le rituel du coucher et s’est pris de compassion pour Jérôme et ses peurs nocturnes. Le livre à peine terminé, il a fallu le relire, trois fois dans la même soirée et tous les soirs pendant quelques jours jusqu’à ce que je le rapporte à la bibliothèque.”

Le processus d’identification

L’enfant va revivre dans l’histoire des situations vécues ou bien se reconnaître dans les personnages. C’est un jeu pour lui de les repérer dans la page et de pouvoir anticiper sur leur apparition. Une sorte de pouvoir qu’il posséderait. La répétition va alors amplifier ce pouvoir puisqu’il sait ! C’est le même processus sur une histoire lue et re-re-relue. En grandissant, il va lui-même tourner les pages, vous dire les phrases, rire des passages drôles, vous faire ses propres commentaires : il vous redonne à sa façon ce que vous lui avez donné et c’est un vrai bonheur.

Kazuo Iwamura - Les 4 saisons de la famille souris.

S’il y a bien une série qui a joué ce rôle chez nous, c’est bien celle de la Famille Souris de Kazuo Iwamura. Quelles heures délicieuses nous avons passé à lire ces histoires et péripéties ! Chacun de nos enfants s’est alors identifié à un personnage souris et s’amusait à réinventer l’histoire à l’aune de ce qu’il avait vécu dans sa propre journée. Cela donnait d’autres aventures et invariablement se terminait par des fous rires partagés. Même encore aujourd’hui, ils se souviennent de leur souris ! Le même processus s’est produit avec l’excellente Famille Passiflore de Loïc Jouannigot, que nous avons eu beaucoup de plaisir à retrouver dans les dernières bandes dessinées parues.

Loïc Jouannigot et Geneviève Huriet - La famille Passiflore : En ballon, les Passiflore !.

Une maman de la bibliothèque où je travaille l’a fort bien exprimé lors d’un partage de coups de cœur entre parents : son petit Zacharie de 22 mois s’est délecté d’un livre plein de surprises qu’elle avait emprunté au point qu’il ne voulait plus s’en séparer. Trouver le chat sur chaque page lui a procuré une telle joie de jouer que même dans la lecture répétée, il s’en réjouissait et jouait de cette surprise renouvelée.

Cédric Ramadier et Vincent Bourgeau - Qui donc a vu passer le chat ?.

Le processus de l’intérêt particulier et…inépuisable sur un sujet

Il y a des enfants aussi qui se passionnent pour un sujet donné ou pour un genre en particulier. Ils sont alors capables de lire tout ce qu’ils peuvent trouver sur ce sujet ou genre. Il y a des âges aussi pour ça et des sujets récurrents : les dinosaures, les animaux, les chevaliers, les activités manuelles; les loups, la fantasy, les journaux intimes,….Ce besoin correspond alors à l’envie de tout explorer, de tout connaitre et je vous assure que certains enfants deviennent de véritables spécialistes au désespoir de leurs parents qui n’en peuvent plus. Mais je les rassure : ça passe, ça revient, ça se lasse, mais c’est indispensable !

C’est le cas du petit Kaïs, 4 ans, lecteur assidu à la médiathèque et qui toujours a une idée bien en tête. Sa dernière passion : les animaux de la savane. Je crois qu’il a lu tout ce que je pouvais lui proposer. Cela a nourri son insatiable curiosité jusqu’au prochain sujet…

Mes filles, maintenant adolescentes, relisent très souvent des œuvres qu’elles ont particulièrement aimé : comme les séries de Pierre Bottero, ou bien Harry Potter, Timothée de Fombelle, Tolkien…Le dernier roman en date est celui de Marie-Aude Murail : Sauveur & Fils, dont elles attendent la suite avec impatience. En attendant, elles relisent le premier tome avec gourmandise. Elles me disent que c’est un besoin irrépressible et qu’elles découvrent toujours du nouveau, qu’elles ont alors l’occasion de cocher des passages préférés ou d’échanger entre elles sur les personnages qui les touchent au point d’avoir envie de les rencontrer-en vrai (Et ce roman-là, nous l’offrons à tour de bras !).

Marie-Aude Murail - Sauveur & Fils Saison 1 : .

Le droit et le plaisir de relire …tout simplement !

Relire, c’est toujours lire, c’est toujours éprouver cette plongée dans l’imaginaire et l’envie de prolonger cette rencontre unique entre un livre et son lecteur, petit ou grand. Et puis, certains livres possèdent cette alchimie particulière qu’ils seront toujours relus et donc transmis de lecture en lecture. C’est ce que je constate dans mon travail de bibliothécaire au quotidien, ainsi que dans mon cercle familial : certains livres possèdent une transcendance qui ravit, qui donne envie de les lire et les partager à nouveau, signe évident de leur qualité, au point qu’ils deviennent nos préférés, puis des classiques, au sens universel.

Alors ne vous lassez pas de relire et tirez-en plaisir, tout comme on a envie de manger à nouveau un plat qui nous a plu, ENCORE !

 Pour conclure…

Ce texte d’une grande dame de la littérature jeunesse

que j’ai eu l’immense chance de rencontrer récemment :

La fréquentation précoce des livres offre à l’enfant des modèles et des références […] qui l’aident à comprendre le monde et à en surmonter les difficultés… Et puis, à force de fréquenter les fées, les ogres, les fantômes et les animaux qui parlent, il apprend à faire la différence entre le réel et l’imaginaire. Plus on est tôt imprégné de culture populaire et enfantine, plus on a d’épaisseur d’imaginaire, moins on sera perméable aux faux enchantements, que ce soit ceux des politiciens fascinants ou des gourous sectaires. Avoir la tête dans les étoiles à trois ans, c’est avoir les pieds sur terre à vingt ans.

Marie-Aude Murail

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©Ana Pez

Lundi prochain, Sophie nous parlera

des émotions que peuvent provoquer les livres.

A suivre…

Qu’est ce qui fait que ce livre est bon ?

C’est une bonne question, n’est ce pas? A la quelle nous n’avons pas la prétention d’apporter une réponse, mais que nous avons toujours plus ou moins en tête au moment de rédiger nos billets de blog. A l’ombre du grand arbre, on aime bien échanger sur le sujet, confronter nos points de vue. Et nous avons pensé que vous aimeriez profiter de notre réflexion, ce qui va donner lieu à une série de billets cet été.

Aujourd’hui, c’est moi qui ouvre le bal.
J’ai longuement hésité entre deux critères qui, à mes yeux, sont à l’origine de tous les autres. Le premier, c’est qu’un livre doit susciter des émotions. Il n’y a rien de pire pour moi qu’un livre qui laisse indifférent.

Mais ce que j’ai finalement choisi de développer c’est le second. Un livre qui peut mettre en mouvement l’intelligence de l’enfant. Un livre qui fait penser. Qui, de ce fait, place le lecteur en position de sujet.

Bien entendu, écouter une histoire est toujours bon pour le développement psychologique des enfants. Mais il y a  certains albums qui favorisent particulièrement la réflexion. C’est généralement ce que je recherche dans les livres.

Ce qui se raconte, entre le texte et l’image

Le texte raconte quelque chose au lecteur. L’image aussi. L’histoire, naît entre les deux, dans leur rencontre.

Bien sûr, parfois, il y a redondance entre l’un et l’autre. Le texte nous raconte par exemple que petit ours met ses bottes et l’image confirme. Ainsi, l’auteur s’assure que l’enfant à bien compris. Des fois que ce pauvre enfant ait du mal avec des concepts aussi compliquées que “petit ours” ou “bottes”, sait-on jamais. Mais il peut arriver que l’image complète et enrichisse ce que dit le texte. Par exemple, on peut voir à coté de petit ours sa petite soeur occupée à dessiner sur le mur. Le petit lecteur reçoit deux messages en même temps, il s’arrête sur l’un, l’autre ou les deux, il a déjà la possibilité de faire un choix.

Quand les auteurs font confiance aux lecteurs, ils laissent parfois l’image prendre en charge une partie du récit. Il est alors nécessaire de voir le livre pour comprendre ce qu’il se passe. C’est le cas par exemple dans cette illustration de l’album Mizu et Yoko de Laurie Cohen et Marjorie Béal, édité par la toute nouvelle maison Eliza

Muzu et yoko intérieurOn trouve de très nombreux albums qui vont ainsi montrer plus de choses qu’ils n’en disent: c’est en lisant l’image que l’enfant comprend ce qu’il se passe. Ca tombe bien, les enfants sont des lecteurs de l’image étonnamment performant (il faut dire que pendant que nos yeux se posent essentiellement sur le texte, eux ont le temps de balayer toute la page et parfois de s’attarder sur un détail qui nous a échappé)

Dans La vie domestique, Jean Bossard (Pastel) n’insiste pas sur la maladresse commise par Lütti, le petit garçon, il se contente de le montrer et les enfants ne s’y trompent pas.

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Et puis il y a le cas où l’image et le texte se contredisent totalement. Du grand n’importe quoi en somme. Mon exemple préféré c’est la série “Mon chat le plus bête du monde”. Parce que, avouez le, quand le texte nous parle d’un chat et que l’image nous montre ça:

on est bien obligé de se poser des questions. Je préfère largement les albums qui vont inciter l’enfant à se poser des questions à ceux qui lui donnent des réponses toutes faites.

J’ai lu cet album à de nombreux enfants, chacun à sa propre façon de réagir. Généralement, ils tendent à croire ce qu’ils voient, donc il ne fait pas de doute pour eux qu’il y a un truc qui cloche. Il y a ceux qui me corrigent poliment (“heu, tu t’es trompée, t’as dit chat…”), ceux qui pensent que je débloque mais qui n’osent pas me reprendre, ceux qui ont déjà passé ce cap et que ça fait franchement rire, ceux qui trouvent que non, vraiment, ce n’est pas sérieux, et qui ferment le livre. Dans cette multiplicité de réaction, chaque personnalité s’exprime.

L’élipse

Il y a ce qui est dit par le texte, par l’image, par leur rencontre, mais il y a aussi ce qui n’est tout bonnement pas dit dans le livre. Ce qui se joue pour les personnages juste au moment où on tourne la page. Le petit bout manquant qu’on va devoir deviner pour comprendre la suite.

L’album “moi grand, toi petit” ressemble au premier abord à un livre sur les contraires. Mais dans la succession de certaines pages, une petite histoire se tisse. Si chacune des doubles pages suivantes est déjà une petite scène de la vie quotidienne, c’est en les lisant à la suite l’une de l’autre que l’enfant comprend la succession des évènements. Il se raconte ce que personne ne lui a raconté. Il analyse le texte, les images, les met en relations, en tire une conclusion. Il pense

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Une fin ouverte

Un des meilleurs moyens de laisser l’enfant libre de son interprétation, c’est de laisser une fin ouverte, sans imposer la chute. Parfois d’ailleurs les enfants changent d’avis au fil des lectures (ou de leur humeur). Ainsi, certains jeunes lecteurs n’ont aucun doute sur l’attitude que va voir George le chien une fois que l’album est refermé. lls affirment que la poubelle sera épargnée ou au contraire qu’il ne va pas tarder à fouiller dedans. D’autres préfèrent laisser planer un doute: “on sait pas”. Je ne leur donne jamais mon point de vue mais à vous je peux le dire: je suis convaincue que le cabot ne résistera pas à la tentation.

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Ce ne sont là que quelques éléments de réponses à la grande question de la qualité des livres, vous en trouverez d’autres tous les lundis de l’été, qui exploreront les albums mais aussi les romans. Rendez vous donc lundi prochain, ,avec Pépita qui nous parlera des livres qu’on a envie de relire.

La figure maternelle dans des albums

Trois albums qui ont fait débat entre nous lors de la pré-sélection pour notre prix ALODGA 2016. C’est comme ça sous le Grand Arbre, ça bouillonne, ça échange, ça partage dans une belle diversité de points de vue !

Selon nos sensibilités, ils trouvent, ou moins, ou pas du tout un écho en nous.

 

Ma mère de Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart.-Thierry Magnier

Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart - Ma mère.

Mon amour de Astrid Desbodes et Pauline Martin.-Albin Michel jeunesse

Astrid Desbodes - Mon amour.

Mère méduse de Kitty Crowther.- Ecole des Loisirs

Kitty Crowther - Mère méduse.

Pépita : Quelles sont vos premières impressions sur ces albums ?

Colette : Je dirai que la figure maternelle dans Mon amour est plus consensuelle que dans Ma Mère… Je vais vous dire un truc étrange, intime peut-être : la mère de Mon amour, je m’y reconnais totalement, la mère de Ma mère et bien justement j’y reconnais la mienne…

Pépita : Mon amour ne m’a pas fait vibrer, je le trouve tendre oui mais…Ma mère m’a tourneboulée, j’y ai vu la filiation à travers les générations. Je pense aussi que les livres font écho en nous à certaines périodes de notre vie : Mon amour m’aurait davantage touchée je pense en tant que jeune maman alors que Ma Mère, il est arrivé dans ma vie alors que je venais de perdre une grand-mère en juin et mon autre grand-mère était sur le point de nous quitter…

Ma mère a cela d’unique qu’il montre aussi la part ambivalente de l’amour maternel. Mon amour est beaucoup plus lisse. Les illustrations de Ma Mère ont une force incroyable, elles racontent une histoire à elles toutes seules. Mais je comprends tout à fait qu’elles puissent déranger.

Pépita : Voici donc nos impressions d’adultes. Comment sont-ils perçus par les enfants du coup ?

Bouma : Effectivement, il est sûrement question de période de vie. Mon amour je l’ai lu avec mes enfants et nous en sommes ressortis émus tous les 3. Axel (7 ans), notamment, à qui de nombreuses questions sont venues : tu nous aimes même quand tu nous grondes ? et quand on est pas avec toi ? et quand on sera grand ? les réponses étaient évidentes pour moi mais a priori pas pour lui.

Quant à Ma Mère, j’ai une relation plutôt compliquée avec la mienne personnellement mais je ne l’ai pas retrouvé dans celle de Servant… Et je ne pense pas le lire à Axel pour le moment car je n’ai pas envie de remettre des doutes là où il vient seulement d’être rassuré…

Parfois, les émotions ne viennent pas, tout simplement.

Pépita : oui,  c’est ça Bouma. Les livres entrent en résonance ou pas. Et c’est ça leur richesse. Et celle de l’humain aussi.

Céline : Très intéressant, comme échange. C’est vrai que l’univers de Houdart est plus sombre, plus métaphorique, plus ambivalent aussi que le côté très “lisse” de Mon amour. Mes filles n’ont pas du tout accroché à Ma Mère, même si elles sont assez fascinées par les illustrations. Peut- être que comme Mon tout petit, il parle plus aux adultes aussi. Sur le thème, j’ai été assez bouleversé (et là, c’est unanime avec les papooses) par Mère Méduse de Kitty Crowther.

Colette : En effet, inconsciemment ou pas, je n’ai pas lu Ma Mère à mes garçons, c’est mon livre à moi, mon univers à moi (comme souvent les livres d’Emmanuelle Houdart) alors que Mon amour je l’ai offert à Nathanaël pour ses 2 ans. Quant à Mère méduse, il m’a d’abord profondément dérangée mais comme presque tous les livre de Kitty Crowther dont l’univers est vraiment étrangement fort. Et c’est vrai qu’avec celui-là qui passe peut-être plus par le biais de l’imaginaire, du merveilleux, toute ma petite famille a accroché… Hum, hum… intéressant

Pépita : On voit donc à ces premiers échanges que la figure maternelle est perçue bien différemment parmi nous. Comment l’expliquez-vous ?

Colette : Sans aucun doute cela dépend d’abord de nos propres expériences personnelles, à la fois d’enfant et de mère. Mais cela dépend aussi de nos projections, de nos fantasmes, de la symbolique que nous accordons à cette figure emblématique au cœur de la construction -ou déconstruction- de chacun de nous. Cette symbolique nous nous la sommes construite au fil de nos rencontres, avec toutes ces figures maternelles qui nous entourent, la mère des amis, les grands-mères, les tantes, et puis les mères croisées dans les œuvres d’art, dans les livres ou dans les films qui nous détournent souvent du modèle rencontré à la maison (je pense à deux mères que j’aime d’amour : Hannah dans Les enfants loups et Diane dans Mommy, figures maternelles assez antithétiques mais qui me parlent tout autant). Moi, j’avoue, c’est un sujet qui me passionne depuis que je suis mère, parce que je le dis avec tout l’enthousiasme possible, devenir mère a donné une épaisseur de sens à mon existence que je ne soupçonnais même pas ! Que de remise en question en permanence qui m’ont fait grandir bien plus que je ne pouvais encore l’espérer.

Bouma : Je rejoins Colette dans ses propos. La figure maternelle est une chose à la fois universelle et très personnelle. On a donc chacun une vision différente d’un même propos à ce sujet.

Chlop : Entre la mère qu’on a eu, celle qu’on aurait aimé avoir, celle qu’on est éventuellement, celle qu’on voudrait être, celles, nombreuses, qu’on ne veut surtout pas être mais dans lesquelles on se reconnait pourtant parfois… Et en plus de toutes celles- là il faut ajouter les mères symboliques, celles des contes qui ont bercé notre enfance, la marâtre, la rivale, la bonne fée qui est souvent la marraine.

Non seulement on a chacun sa vision mais on en a plusieurs, qui évoluent selon où on se place, selon les moments. Un kaléidoscope dans lequel on essaye de se frayer un chemin.

Dans les trois albums dont nous avons choisi de parler, il y a aussi des visions très différentes de la figure maternelle, est ce que vous y retrouvez votre vision de la mère ?

Bouma : Mon amour m’a beaucoup touché parce qu’il montrait pour moi l’universalité et l’intemporalité de l’amour parental. Pour moi on aurait parfaitement pu remplacer la mère par le père dans cette histoire sans que cela pose problème et je suis fortement convaincue de cette égalité parentale. Alors que pour les deux autres albums on est plus dans la figure de la maternité au sens propre. On est dans un discours plus intimiste et plus personnel, qui, pour le coup, ne me correspondait pas.

Pépita :  Je dirais que je me retrouve dans les trois albums pour ce qui est de ma vision de la mère, mais à des degrés différents. Chacun à leur façon m’ont touchée différemment, mais je me retrouve plus dans l’un d’entre eux en particulier dans la mère que je suis devenue aujourd’hui, sans doute que les deux autres m’auraient plus correspondu il y a quelques années. “On ne nait pas mère, on le devient” pour reprendre et modifier une citation de Simone de Beauvoir. Et puis je pense que ce qui joue aussi-et c’est ce qui fait la très grande et belle spécificité de l’album-c’est la force des illustrations.

Mon amour ne m’a pas embarquée de ce point de vue-là. Sa vision de la mère très rassurante -et tu as raison de parler du père aussi Bouma-je l’ai trouvée très belle bien sûr, on ne peut pas rester insensible- mais aussi plus universelle, presque plus consensuelle. Et cette vison-là est primordiale je trouve dans la construction de l’enfant (on le perçoit très bien dans la réaction de ton jeune garçon Bouma). Cet album a pris le parti de ne rester que sur vision-là.

Mère méduse, je le trouve très fort dans sa métaphore de la possession, du lien entre la mère et l’enfant, de la question de la séparation qui arrive toujours un jour et de façon répétée mais jamais la même que vivent parents et enfants. Il nous rappelle que nos enfants ne nous appartiennent pas. Il aborde donc déjà une des réalités de cette relation mère/enfant ou parent/enfant. Cet album a pris le parti d’aborder cette vision douloureuse de la séparation.

Ma mère m’a profondément remuée car voici un album aux illustrations ambivalentes renforcées par un texte qui s’autorise à “écorner” (enfin !) l’image de la mère idéale, sa part d’ombre, son égoïsme, son agacement, son envie aussi de sortir du carcan de son rôle de mère tout en voulant aussi préserver son enfant et le mettre lui aussi sur le chemin de la vie.

Il m’a touchée car je m’y retrouve aussi bien dans la relation avec ma propre mère (très conflictuelle) que dans ma propre impression d’être mère avec mes propres enfants. Une mère n’est jamais parfaite… Cet album a pris le parti d’aborder une grand part des ambivalences de cette relation.

Leur comparaison montre qu’ils sont progressifs et que chacun tente à sa façon de circonscrire la figure maternelle.

Est-ce intentionnel de la part des auteurs ? Ou projettent-ils eux aussi leur vision de la mère ?

Chlop : A la lecture de l’ensemble, ce qui m’a frappé c’est que, si j’aime autant ces trois albums, ils ne résonnent pas du tout de la même façon en moi.

J’aime infiniment Ma Mère parce qu’il montre une mère avec ses failles et ses fragilités, ça me rassure énormément et je pense que ça doit aussi rassurer les enfants de voir que les incertitudes ou les faiblesses qu’ils ont pu percevoir chez leur propres mères ne sont pas exceptionnelles.

J’aime infiniment Mon amour, parce qu’il montre une mère solide comme un roc, à l’amour sans faille, celui là est également très rassurant: Il est lumineux, doux, j’ai l’impression que quand on le lit à son enfant il met un coup de projecteur sur la confiance qu’on peut avoir l’un en l’autre.

Quand je lis Ma Mère, comme quand je lis Mère méduse d’ailleurs, je peux facilement avoir la chair de poule, voire les larmes aux yeux. Ce sont des livres qui suscitent des émotions très fortes.Quand je lis Mon amour, je suis plus sereine, je me sens en terrain connu. Mais j’ai moins l’impression de pénétrer dans l’univers de l’auteur.

La question que je me pose maintenant c’est : Est-il nécessaire qu’on se reconnaisse dans un livre pour l’apprécier ? Ou tout au moins qu’il résonne en nous ?

Comme vous le constatez, un débat fort en émotions !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Nos liens respectifs sur ces albums :

Pépita : Ma mèreMère Méduse

Bouma : Mon amour et Ma Mère

Céline : Ma mèreMère Méduse et Mon amour

Chlop : Mon amour

 Et la lecture d’ados #4 avec un beau regard sur Mon amour

 

Les imagiers sonores

Aujourd’hui, place aux bébés lecteurs !

Nous vous parlons d’une collection qui fait débat A l’ombre du grand arbre : Mes Petits imagiers sonores publiés chez Gallimard Jeunesse. Cette collection propose aux bébés de petits imagiers cartonnés à travers lesquels ils découvrent instruments de musique, animaux du monde entier, jouets, comptines et autres berceuses à la fois par le biais des illustrations mais surtout, belle invention, par le biais des sons. L’enfant en effet trouvera à chaque page une petite puce sur laquelle appuyer pour découvrir tout un univers de sonorités.

instruements du monde

Mais sur cette collection les avis divergent,entre coup de coeur et coup de griffes ! Découvrez pourquoi !

Pépita :

Au risque de jeter un pavé dans la mare, mon avis est assez tranché car en bibliothèque cette collection est une “catastrophe”, car ces livres ne sont pas assez solides et en plus pas moyen de trouver les piles. J’ajouterais que leur qualité est très inégale : les sons sur le Papa et maman par exemple sont assez horribles.

papa mamanEt globalement comme initiation aux sons il y a mieux…. Mais on me les réclame en permanence ! Je ne pense pas les racheter ….désolée. Presque 10€ pour une durée de vie de 6 mois et sans piles dans le commerce : ben non !

Colette :

Oui je confirme que pour les bibliothèques ce n’est pas l’idéal, on ne les emprunte plus car il y a souvent des sons qui ne fonctionnent pas. Je suis désolée d’apprendre que l’on ne trouve pas les piles dans le commerce, je suis lectrice novice de ces petits livres objets, en tous cas une chose est sûre : mon Petit-Pilote-de-Berceau les adore ! Ceux sur les instruments sont très chouettes, mais le préféré de mon bébé lecteur c’est celui sur la ferme ! Quelle joie de le voir rigoler en écoutant meuglement et bêlement !

la ferme

Pépita :

Je les teste page par page à chaque fois en ce qui me concerne quand ils reviennent et je suis obligée de les enlever un par un du fonds. D’autant que je n’ai pas trouvé les piles. Et puis en collectivité, c’est le parcours du combattant : avoir un compte dans le magasin en question, aller voir le prix, faire le bon de commande, attendre le retour du bon (souvent long), retourner au magasin et oups ! entre-temps plus le produit ! Et il faut recommencer…Et en plus pas données ces piles, j’ai fait des recherches. ça ne vaut même pas le coup de les remplacer sur 10 livres… Du coup, je ne les ai plus en bibliothèque, je suis obligée de faire des choix…  au détriment des petits lecteurs, je sais, mais j’explique toujours.

Kik :

L’avis de Pépita est très intéressant.  J’ai remarqué la disparité de la qualité des enregistrements . J’aime beaucoup ceux sur les instruments de musique, mais un avis plus mitigé pour ceux avec des comptines.

Colette :

Quoiqu’il en soit, c’est une collection qui plaît aux bébés et je trouve important d’en parler car les bébés lecteurs sont en effet rarement à l’honneur (et même sur ALOGDA) alors que c’est dès la naissance que le goût de lire, d’analyser, de comprendre doit avoir le droit de germer ! Et au lieu d’en faire un vœu pieux, notre débat peut être l’occasion de démontrer à quel point le tout petit est très vite acteur de sa lecture, car malgré les défaillances techniques soulignées par Pépita, ces imagiers sonores ont le mérite de pouvoir être vraiment LUS par le bébé lecteur. En effet comme il le fera plus tard pour suivre les lettres, les mots, les lignes sur la page, le bébé peut suivre avec son doigt le son qui fait sens, qui donne vie à l’image et au texte que l’adulte qui l’accompagne ne manquera pas de lui lire. L’enfant y découvre des sons qui pourraient lui rester longtemps inconnus (Les oiseaux exotiques) ou encore se remémore ceux qu’il a pu entendre dans son environnement proche (les animaux de la ferme par exemple). Il fait le lien entre le son et l’image, il apprend à lire. Et en plus il s’amuse car il imite, il répète, il appuie sans se lasser sur le son qui l’a le plus interpellé. Et il “apprend à faire seul” (pour citer Maria Montessori) : ces imagiers là sont de petits tremplins vers l’autonomie et vers le langage. Faisons lire les bébés ! Vive les bébés lecteurs !

mes-petits-imagiers-sonores-les-oiseaux-exotiques

Pépita :
Quel enthousiasme ! Je suis d’accord avec toi Colette sur le principe (tu prêches une convaincue !) mais quand même, j’insiste, il y a mieux comme initiation aux sons et puis quelle frustration quand ça ne marche plus !!! C’est du livre jouet pour moi, assez commercial en plus… Les imagiers CD de Gallimard jeunesse sont bien meilleurs, certes, on n’appuie pas sur la petite pastille (et franchement, vous la trouvez toujours vous dans la page ???) mais la qualité sonore est de loin bien meilleure. Mais je comprends tout à fait que ce type de petits livres puissent séduire, je les ai bien achetés !
Et au fait Kik, c’est quoi ton avis à toi sur ses imagiers ? Pourquoi voulais-tu en parler ? J’imagine que toi aussi tu es convaincue de ce qu’ils apportent aux tout-petits ?
Kik : 
J’ai découvert ces imagiers par le biais de deux mamans, qui avaient des enfants en bas âge (1-3 ans). Elles m’ont présenté cette collection, comme un incontournable pour leur enfant. Toutes les deux avaient des titres concernant les instruments de musique. C’est cette facette que j’apprécie particulièrement : la découverte sonore des instruments de musique. ( Le ukulélé hawaïen, je l’adore ! )
Les enregistrements sont de qualité à mon avis sur ces titres. Les couleurs des illustrations et le choix des animaux pour les personnages me plaisent également.
Après je ne dis pas que cette collection est parfaite, et une des mamans avait même évoqué la tonne de scotch utilisée pour réparer le livre préféré de son fils.
Ni l’une ni l’autre ne m’ont parlé de ce souci de pile. Que font tes lecteurs avec ces livres Pépita !!???
Pépita :
Je me le demande ce qu’ils en font ! Tu sais, je remarque que tous les enfants ne sont pas forcément accompagnés dans leurs lectures, on les laisse seuls bien souvent, le livre devient un jouet, et ces imagiers sont entre les deux (livre et jouet). Les enfants en raffolent, je sais ! Après, il y a le principe de réalité de la gestion d’un fonds en bibliothèque, je gère de l’argent public, et je ne peux pas passer mon temps à acheter des livres qui ont une durée de vie limitée. Je suis bien ennuyée d’ailleurs, des nouveaux titres viennent de sortir, des parents vont les demander et je fais quoi ? Je vais en racheter mais par choix de titres pertinents pour mon fonds et en petite quantité.Et tu as raison de souligner aussi la qualité inégale des sons que j’ai constatée aussi.
Colette :
Hier soir, à l’heure des histoires, devinez ce que mon Petit-Pilote-de-Berceau est allé chercher dans sa petite bibliothèque ? Son imagier sonore sur La ferme !!! En fait ces imagiers font vraiment lire les bébés et ça, vraiment, cela n’a pas de prix ! J’ai pu le constater pendant les vacances avec un autre petit bout d’un an qui a le volume 2 sur les instruments : c’est un livre qu’elle manipule en toute autonomie et qui la fait beaucoup rire. Même si ces imagiers sont plus “populaires” que d’autres livres sonores, ils ont vraiment le mérite de rendre accessible le monde des sons à nos plus petits lecteurs et cela quelque soit le rapport de leur famille aux livres ! Et j’aime aussi beaucoup la collection initiée par Zebulo Editions qui suit le même principe que la collection de Gallimard mais pour découvrir tout le patrimoine musical d’une île chère à mon cœur : La Réunion. L’enfant y découvre au fil des pages les instruments des genres musicaux de l’île (le maloya et le séga notamment) et à la fin les instruments sont mis en scène dans une image qui illustre un moment musical et on peut écouter une berceuse pour laquelle tous les instruments sont utilisés. J’aime beaucoup la qualité des sons et de la voix.
maloya
Mais Pépita, tu as parlé de collections que tu trouves plus adaptées pour faire découvrir les sons aux bébés lecteurs : à quoi penses-tu ?
Pépita :
J’aime beaucoup les imagiers chez Gallimard jeunesse aussi (livre avec un CD). Des gros cartonnés, des belles illustrations, des thématiques en lien avec le quotidien du tout-petit y compris jusque la maternelle. Et là il faut l’intervention d’un adulte, ne serait-ce que pour glisser le CD dans le lecteur
Mon préféré c’est l’imagier sonore : j’aime car on n’enferme pas dans une thématique dans cet imagier, 32 sons du quotidien de très bonne qualité, beaucoup de jeu induit aussi dans la découverte. J’ai testé, ça marche !
imagiergrand1
Et puis du côté du numérique, il y a aussi : Le jeu du livre des bruits. Dont il existe aussi le livre cartonné et un jeu.
 imagier des bruits
Colette :
Que de livres à expérimenter de ses deux petites oreilles ! Et puis pour jouer avec les sonorités, rien de mieux que la voix de papa ou maman et nombreux sont les livres qui nous invitent à jouer avec les onomatopées et les sons du quotidien.
A la maison, on a “lu” pendant longtemps L’imagier des bruits illustré par Bruno Heitz et c’était un vrai plaisir de jouer ainsi avec les mots, les cris d’animaux et les bruitages ! Le Pop up des bruits chez Nathan est aussi un vrai régal pour le tout petit !
Alors continuons d’explorer la musicalité de la langue et du monde sous toutes les formes possibles et ce dès le plus jeune âge !