Qu’est ce qui fait que ce livre est bon ?

C’est une bonne question, n’est ce pas? A la quelle nous n’avons pas la prétention d’apporter une réponse, mais que nous avons toujours plus ou moins en tête au moment de rédiger nos billets de blog. A l’ombre du grand arbre, on aime bien échanger sur le sujet, confronter nos points de vue. Et nous avons pensé que vous aimeriez profiter de notre réflexion, ce qui va donner lieu à une série de billets cet été.

Aujourd’hui, c’est moi qui ouvre le bal.
J’ai longuement hésité entre deux critères qui, à mes yeux, sont à l’origine de tous les autres. Le premier, c’est qu’un livre doit susciter des émotions. Il n’y a rien de pire pour moi qu’un livre qui laisse indifférent.

Mais ce que j’ai finalement choisi de développer c’est le second. Un livre qui peut mettre en mouvement l’intelligence de l’enfant. Un livre qui fait penser. Qui, de ce fait, place le lecteur en position de sujet.

Bien entendu, écouter une histoire est toujours bon pour le développement psychologique des enfants. Mais il y a  certains albums qui favorisent particulièrement la réflexion. C’est généralement ce que je recherche dans les livres.

Ce qui se raconte, entre le texte et l’image

Le texte raconte quelque chose au lecteur. L’image aussi. L’histoire, naît entre les deux, dans leur rencontre.

Bien sûr, parfois, il y a redondance entre l’un et l’autre. Le texte nous raconte par exemple que petit ours met ses bottes et l’image confirme. Ainsi, l’auteur s’assure que l’enfant à bien compris. Des fois que ce pauvre enfant ait du mal avec des concepts aussi compliquées que « petit ours » ou « bottes », sait-on jamais. Mais il peut arriver que l’image complète et enrichisse ce que dit le texte. Par exemple, on peut voir à coté de petit ours sa petite soeur occupée à dessiner sur le mur. Le petit lecteur reçoit deux messages en même temps, il s’arrête sur l’un, l’autre ou les deux, il a déjà la possibilité de faire un choix.

Quand les auteurs font confiance aux lecteurs, ils laissent parfois l’image prendre en charge une partie du récit. Il est alors nécessaire de voir le livre pour comprendre ce qu’il se passe. C’est le cas par exemple dans cette illustration de l’album Mizu et Yoko de Laurie Cohen et Marjorie Béal, édité par la toute nouvelle maison Eliza

Muzu et yoko intérieurOn trouve de très nombreux albums qui vont ainsi montrer plus de choses qu’ils n’en disent: c’est en lisant l’image que l’enfant comprend ce qu’il se passe. Ca tombe bien, les enfants sont des lecteurs de l’image étonnamment performant (il faut dire que pendant que nos yeux se posent essentiellement sur le texte, eux ont le temps de balayer toute la page et parfois de s’attarder sur un détail qui nous a échappé)

Dans La vie domestique, Jean Bossard (Pastel) n’insiste pas sur la maladresse commise par Lütti, le petit garçon, il se contente de le montrer et les enfants ne s’y trompent pas.

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Et puis il y a le cas où l’image et le texte se contredisent totalement. Du grand n’importe quoi en somme. Mon exemple préféré c’est la série « Mon chat le plus bête du monde ». Parce que, avouez le, quand le texte nous parle d’un chat et que l’image nous montre ça:

on est bien obligé de se poser des questions. Je préfère largement les albums qui vont inciter l’enfant à se poser des questions à ceux qui lui donnent des réponses toutes faites.

J’ai lu cet album à de nombreux enfants, chacun à sa propre façon de réagir. Généralement, ils tendent à croire ce qu’ils voient, donc il ne fait pas de doute pour eux qu’il y a un truc qui cloche. Il y a ceux qui me corrigent poliment (« heu, tu t’es trompée, t’as dit chat… »), ceux qui pensent que je débloque mais qui n’osent pas me reprendre, ceux qui ont déjà passé ce cap et que ça fait franchement rire, ceux qui trouvent que non, vraiment, ce n’est pas sérieux, et qui ferment le livre. Dans cette multiplicité de réaction, chaque personnalité s’exprime.

L’élipse

Il y a ce qui est dit par le texte, par l’image, par leur rencontre, mais il y a aussi ce qui n’est tout bonnement pas dit dans le livre. Ce qui se joue pour les personnages juste au moment où on tourne la page. Le petit bout manquant qu’on va devoir deviner pour comprendre la suite.

L’album « moi grand, toi petit » ressemble au premier abord à un livre sur les contraires. Mais dans la succession de certaines pages, une petite histoire se tisse. Si chacune des doubles pages suivantes est déjà une petite scène de la vie quotidienne, c’est en les lisant à la suite l’une de l’autre que l’enfant comprend la succession des évènements. Il se raconte ce que personne ne lui a raconté. Il analyse le texte, les images, les met en relations, en tire une conclusion. Il pense

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Une fin ouverte

Un des meilleurs moyens de laisser l’enfant libre de son interprétation, c’est de laisser une fin ouverte, sans imposer la chute. Parfois d’ailleurs les enfants changent d’avis au fil des lectures (ou de leur humeur). Ainsi, certains jeunes lecteurs n’ont aucun doute sur l’attitude que va voir George le chien une fois que l’album est refermé. lls affirment que la poubelle sera épargnée ou au contraire qu’il ne va pas tarder à fouiller dedans. D’autres préfèrent laisser planer un doute: « on sait pas ». Je ne leur donne jamais mon point de vue mais à vous je peux le dire: je suis convaincue que le cabot ne résistera pas à la tentation.

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Ce ne sont là que quelques éléments de réponses à la grande question de la qualité des livres, vous en trouverez d’autres tous les lundis de l’été, qui exploreront les albums mais aussi les romans. Rendez vous donc lundi prochain, ,avec Pépita qui nous parlera des livres qu’on a envie de relire.

La figure maternelle dans des albums

Trois albums qui ont fait débat entre nous lors de la pré-sélection pour notre prix ALODGA 2016. C’est comme ça sous le Grand Arbre, ça bouillonne, ça échange, ça partage dans une belle diversité de points de vue !

Selon nos sensibilités, ils trouvent, ou moins, ou pas du tout un écho en nous.

 

Ma mère de Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart.-Thierry Magnier

Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart - Ma mère.

Mon amour de Astrid Desbodes et Pauline Martin.-Albin Michel jeunesse

Astrid Desbodes - Mon amour.

Mère méduse de Kitty Crowther.- Ecole des Loisirs

Kitty Crowther - Mère méduse.

Pépita : Quelles sont vos premières impressions sur ces albums ?

Colette : Je dirai que la figure maternelle dans Mon amour est plus consensuelle que dans Ma Mère… Je vais vous dire un truc étrange, intime peut-être : la mère de Mon amour, je m’y reconnais totalement, la mère de Ma mère et bien justement j’y reconnais la mienne…

Pépita : Mon amour ne m’a pas fait vibrer, je le trouve tendre oui mais…Ma mère m’a tourneboulée, j’y ai vu la filiation à travers les générations. Je pense aussi que les livres font écho en nous à certaines périodes de notre vie : Mon amour m’aurait davantage touchée je pense en tant que jeune maman alors que Ma Mère, il est arrivé dans ma vie alors que je venais de perdre une grand-mère en juin et mon autre grand-mère était sur le point de nous quitter…

Ma mère a cela d’unique qu’il montre aussi la part ambivalente de l’amour maternel. Mon amour est beaucoup plus lisse. Les illustrations de Ma Mère ont une force incroyable, elles racontent une histoire à elles toutes seules. Mais je comprends tout à fait qu’elles puissent déranger.

Pépita : Voici donc nos impressions d’adultes. Comment sont-ils perçus par les enfants du coup ?

Bouma : Effectivement, il est sûrement question de période de vie. Mon amour je l’ai lu avec mes enfants et nous en sommes ressortis émus tous les 3. Axel (7 ans), notamment, à qui de nombreuses questions sont venues : tu nous aimes même quand tu nous grondes ? et quand on est pas avec toi ? et quand on sera grand ? les réponses étaient évidentes pour moi mais a priori pas pour lui.

Quant à Ma Mère, j’ai une relation plutôt compliquée avec la mienne personnellement mais je ne l’ai pas retrouvé dans celle de Servant… Et je ne pense pas le lire à Axel pour le moment car je n’ai pas envie de remettre des doutes là où il vient seulement d’être rassuré…

Parfois, les émotions ne viennent pas, tout simplement.

Pépita : oui,  c’est ça Bouma. Les livres entrent en résonance ou pas. Et c’est ça leur richesse. Et celle de l’humain aussi.

Céline : Très intéressant, comme échange. C’est vrai que l’univers de Houdart est plus sombre, plus métaphorique, plus ambivalent aussi que le côté très « lisse » de Mon amour. Mes filles n’ont pas du tout accroché à Ma Mère, même si elles sont assez fascinées par les illustrations. Peut- être que comme Mon tout petit, il parle plus aux adultes aussi. Sur le thème, j’ai été assez bouleversé (et là, c’est unanime avec les papooses) par Mère Méduse de Kitty Crowther.

Colette : En effet, inconsciemment ou pas, je n’ai pas lu Ma Mère à mes garçons, c’est mon livre à moi, mon univers à moi (comme souvent les livres d’Emmanuelle Houdart) alors que Mon amour je l’ai offert à Nathanaël pour ses 2 ans. Quant à Mère méduse, il m’a d’abord profondément dérangée mais comme presque tous les livre de Kitty Crowther dont l’univers est vraiment étrangement fort. Et c’est vrai qu’avec celui-là qui passe peut-être plus par le biais de l’imaginaire, du merveilleux, toute ma petite famille a accroché… Hum, hum… intéressant

Pépita : On voit donc à ces premiers échanges que la figure maternelle est perçue bien différemment parmi nous. Comment l’expliquez-vous ?

Colette : Sans aucun doute cela dépend d’abord de nos propres expériences personnelles, à la fois d’enfant et de mère. Mais cela dépend aussi de nos projections, de nos fantasmes, de la symbolique que nous accordons à cette figure emblématique au cœur de la construction -ou déconstruction- de chacun de nous. Cette symbolique nous nous la sommes construite au fil de nos rencontres, avec toutes ces figures maternelles qui nous entourent, la mère des amis, les grands-mères, les tantes, et puis les mères croisées dans les œuvres d’art, dans les livres ou dans les films qui nous détournent souvent du modèle rencontré à la maison (je pense à deux mères que j’aime d’amour : Hannah dans Les enfants loups et Diane dans Mommy, figures maternelles assez antithétiques mais qui me parlent tout autant). Moi, j’avoue, c’est un sujet qui me passionne depuis que je suis mère, parce que je le dis avec tout l’enthousiasme possible, devenir mère a donné une épaisseur de sens à mon existence que je ne soupçonnais même pas ! Que de remise en question en permanence qui m’ont fait grandir bien plus que je ne pouvais encore l’espérer.

Bouma : Je rejoins Colette dans ses propos. La figure maternelle est une chose à la fois universelle et très personnelle. On a donc chacun une vision différente d’un même propos à ce sujet.

Chlop : Entre la mère qu’on a eu, celle qu’on aurait aimé avoir, celle qu’on est éventuellement, celle qu’on voudrait être, celles, nombreuses, qu’on ne veut surtout pas être mais dans lesquelles on se reconnait pourtant parfois… Et en plus de toutes celles- là il faut ajouter les mères symboliques, celles des contes qui ont bercé notre enfance, la marâtre, la rivale, la bonne fée qui est souvent la marraine.

Non seulement on a chacun sa vision mais on en a plusieurs, qui évoluent selon où on se place, selon les moments. Un kaléidoscope dans lequel on essaye de se frayer un chemin.

Dans les trois albums dont nous avons choisi de parler, il y a aussi des visions très différentes de la figure maternelle, est ce que vous y retrouvez votre vision de la mère ?

Bouma : Mon amour m’a beaucoup touché parce qu’il montrait pour moi l’universalité et l’intemporalité de l’amour parental. Pour moi on aurait parfaitement pu remplacer la mère par le père dans cette histoire sans que cela pose problème et je suis fortement convaincue de cette égalité parentale. Alors que pour les deux autres albums on est plus dans la figure de la maternité au sens propre. On est dans un discours plus intimiste et plus personnel, qui, pour le coup, ne me correspondait pas.

Pépita :  Je dirais que je me retrouve dans les trois albums pour ce qui est de ma vision de la mère, mais à des degrés différents. Chacun à leur façon m’ont touchée différemment, mais je me retrouve plus dans l’un d’entre eux en particulier dans la mère que je suis devenue aujourd’hui, sans doute que les deux autres m’auraient plus correspondu il y a quelques années. « On ne nait pas mère, on le devient » pour reprendre et modifier une citation de Simone de Beauvoir. Et puis je pense que ce qui joue aussi-et c’est ce qui fait la très grande et belle spécificité de l’album-c’est la force des illustrations.

Mon amour ne m’a pas embarquée de ce point de vue-là. Sa vision de la mère très rassurante -et tu as raison de parler du père aussi Bouma-je l’ai trouvée très belle bien sûr, on ne peut pas rester insensible- mais aussi plus universelle, presque plus consensuelle. Et cette vison-là est primordiale je trouve dans la construction de l’enfant (on le perçoit très bien dans la réaction de ton jeune garçon Bouma). Cet album a pris le parti de ne rester que sur vision-là.

Mère méduse, je le trouve très fort dans sa métaphore de la possession, du lien entre la mère et l’enfant, de la question de la séparation qui arrive toujours un jour et de façon répétée mais jamais la même que vivent parents et enfants. Il nous rappelle que nos enfants ne nous appartiennent pas. Il aborde donc déjà une des réalités de cette relation mère/enfant ou parent/enfant. Cet album a pris le parti d’aborder cette vision douloureuse de la séparation.

Ma mère m’a profondément remuée car voici un album aux illustrations ambivalentes renforcées par un texte qui s’autorise à « écorner » (enfin !) l’image de la mère idéale, sa part d’ombre, son égoïsme, son agacement, son envie aussi de sortir du carcan de son rôle de mère tout en voulant aussi préserver son enfant et le mettre lui aussi sur le chemin de la vie.

Il m’a touchée car je m’y retrouve aussi bien dans la relation avec ma propre mère (très conflictuelle) que dans ma propre impression d’être mère avec mes propres enfants. Une mère n’est jamais parfaite… Cet album a pris le parti d’aborder une grand part des ambivalences de cette relation.

Leur comparaison montre qu’ils sont progressifs et que chacun tente à sa façon de circonscrire la figure maternelle.

Est-ce intentionnel de la part des auteurs ? Ou projettent-ils eux aussi leur vision de la mère ?

Chlop : A la lecture de l’ensemble, ce qui m’a frappé c’est que, si j’aime autant ces trois albums, ils ne résonnent pas du tout de la même façon en moi.

J’aime infiniment Ma Mère parce qu’il montre une mère avec ses failles et ses fragilités, ça me rassure énormément et je pense que ça doit aussi rassurer les enfants de voir que les incertitudes ou les faiblesses qu’ils ont pu percevoir chez leur propres mères ne sont pas exceptionnelles.

J’aime infiniment Mon amour, parce qu’il montre une mère solide comme un roc, à l’amour sans faille, celui là est également très rassurant: Il est lumineux, doux, j’ai l’impression que quand on le lit à son enfant il met un coup de projecteur sur la confiance qu’on peut avoir l’un en l’autre.

Quand je lis Ma Mère, comme quand je lis Mère méduse d’ailleurs, je peux facilement avoir la chair de poule, voire les larmes aux yeux. Ce sont des livres qui suscitent des émotions très fortes.Quand je lis Mon amour, je suis plus sereine, je me sens en terrain connu. Mais j’ai moins l’impression de pénétrer dans l’univers de l’auteur.

La question que je me pose maintenant c’est : Est-il nécessaire qu’on se reconnaisse dans un livre pour l’apprécier ? Ou tout au moins qu’il résonne en nous ?

Comme vous le constatez, un débat fort en émotions !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Nos liens respectifs sur ces albums :

Pépita : Ma mèreMère Méduse

Bouma : Mon amour et Ma Mère

Céline : Ma mèreMère Méduse et Mon amour

Chlop : Mon amour

 Et la lecture d’ados #4 avec un beau regard sur Mon amour

 

Les imagiers sonores

Aujourd’hui, place aux bébés lecteurs !

Nous vous parlons d’une collection qui fait débat A l’ombre du grand arbre : Mes Petits imagiers sonores publiés chez Gallimard Jeunesse. Cette collection propose aux bébés de petits imagiers cartonnés à travers lesquels ils découvrent instruments de musique, animaux du monde entier, jouets, comptines et autres berceuses à la fois par le biais des illustrations mais surtout, belle invention, par le biais des sons. L’enfant en effet trouvera à chaque page une petite puce sur laquelle appuyer pour découvrir tout un univers de sonorités.

instruements du monde

Mais sur cette collection les avis divergent,entre coup de coeur et coup de griffes ! Découvrez pourquoi !

Pépita :

Au risque de jeter un pavé dans la mare, mon avis est assez tranché car en bibliothèque cette collection est une « catastrophe », car ces livres ne sont pas assez solides et en plus pas moyen de trouver les piles. J’ajouterais que leur qualité est très inégale : les sons sur le Papa et maman par exemple sont assez horribles.

papa mamanEt globalement comme initiation aux sons il y a mieux…. Mais on me les réclame en permanence ! Je ne pense pas les racheter ….désolée. Presque 10€ pour une durée de vie de 6 mois et sans piles dans le commerce : ben non !

Colette :

Oui je confirme que pour les bibliothèques ce n’est pas l’idéal, on ne les emprunte plus car il y a souvent des sons qui ne fonctionnent pas. Je suis désolée d’apprendre que l’on ne trouve pas les piles dans le commerce, je suis lectrice novice de ces petits livres objets, en tous cas une chose est sûre : mon Petit-Pilote-de-Berceau les adore ! Ceux sur les instruments sont très chouettes, mais le préféré de mon bébé lecteur c’est celui sur la ferme ! Quelle joie de le voir rigoler en écoutant meuglement et bêlement !

la ferme

Pépita :

Je les teste page par page à chaque fois en ce qui me concerne quand ils reviennent et je suis obligée de les enlever un par un du fonds. D’autant que je n’ai pas trouvé les piles. Et puis en collectivité, c’est le parcours du combattant : avoir un compte dans le magasin en question, aller voir le prix, faire le bon de commande, attendre le retour du bon (souvent long), retourner au magasin et oups ! entre-temps plus le produit ! Et il faut recommencer…Et en plus pas données ces piles, j’ai fait des recherches. ça ne vaut même pas le coup de les remplacer sur 10 livres… Du coup, je ne les ai plus en bibliothèque, je suis obligée de faire des choix…  au détriment des petits lecteurs, je sais, mais j’explique toujours.

Kik :

L’avis de Pépita est très intéressant.  J’ai remarqué la disparité de la qualité des enregistrements . J’aime beaucoup ceux sur les instruments de musique, mais un avis plus mitigé pour ceux avec des comptines.

Colette :

Quoiqu’il en soit, c’est une collection qui plaît aux bébés et je trouve important d’en parler car les bébés lecteurs sont en effet rarement à l’honneur (et même sur ALOGDA) alors que c’est dès la naissance que le goût de lire, d’analyser, de comprendre doit avoir le droit de germer ! Et au lieu d’en faire un vœu pieux, notre débat peut être l’occasion de démontrer à quel point le tout petit est très vite acteur de sa lecture, car malgré les défaillances techniques soulignées par Pépita, ces imagiers sonores ont le mérite de pouvoir être vraiment LUS par le bébé lecteur. En effet comme il le fera plus tard pour suivre les lettres, les mots, les lignes sur la page, le bébé peut suivre avec son doigt le son qui fait sens, qui donne vie à l’image et au texte que l’adulte qui l’accompagne ne manquera pas de lui lire. L’enfant y découvre des sons qui pourraient lui rester longtemps inconnus (Les oiseaux exotiques) ou encore se remémore ceux qu’il a pu entendre dans son environnement proche (les animaux de la ferme par exemple). Il fait le lien entre le son et l’image, il apprend à lire. Et en plus il s’amuse car il imite, il répète, il appuie sans se lasser sur le son qui l’a le plus interpellé. Et il « apprend à faire seul » (pour citer Maria Montessori) : ces imagiers là sont de petits tremplins vers l’autonomie et vers le langage. Faisons lire les bébés ! Vive les bébés lecteurs !

mes-petits-imagiers-sonores-les-oiseaux-exotiques

Pépita :
Quel enthousiasme ! Je suis d’accord avec toi Colette sur le principe (tu prêches une convaincue !) mais quand même, j’insiste, il y a mieux comme initiation aux sons et puis quelle frustration quand ça ne marche plus !!! C’est du livre jouet pour moi, assez commercial en plus… Les imagiers CD de Gallimard jeunesse sont bien meilleurs, certes, on n’appuie pas sur la petite pastille (et franchement, vous la trouvez toujours vous dans la page ???) mais la qualité sonore est de loin bien meilleure. Mais je comprends tout à fait que ce type de petits livres puissent séduire, je les ai bien achetés !
Et au fait Kik, c’est quoi ton avis à toi sur ses imagiers ? Pourquoi voulais-tu en parler ? J’imagine que toi aussi tu es convaincue de ce qu’ils apportent aux tout-petits ?
Kik : 
J’ai découvert ces imagiers par le biais de deux mamans, qui avaient des enfants en bas âge (1-3 ans). Elles m’ont présenté cette collection, comme un incontournable pour leur enfant. Toutes les deux avaient des titres concernant les instruments de musique. C’est cette facette que j’apprécie particulièrement : la découverte sonore des instruments de musique. ( Le ukulélé hawaïen, je l’adore ! )
Les enregistrements sont de qualité à mon avis sur ces titres. Les couleurs des illustrations et le choix des animaux pour les personnages me plaisent également.
Après je ne dis pas que cette collection est parfaite, et une des mamans avait même évoqué la tonne de scotch utilisée pour réparer le livre préféré de son fils.
Ni l’une ni l’autre ne m’ont parlé de ce souci de pile. Que font tes lecteurs avec ces livres Pépita !!???
Pépita :
Je me le demande ce qu’ils en font ! Tu sais, je remarque que tous les enfants ne sont pas forcément accompagnés dans leurs lectures, on les laisse seuls bien souvent, le livre devient un jouet, et ces imagiers sont entre les deux (livre et jouet). Les enfants en raffolent, je sais ! Après, il y a le principe de réalité de la gestion d’un fonds en bibliothèque, je gère de l’argent public, et je ne peux pas passer mon temps à acheter des livres qui ont une durée de vie limitée. Je suis bien ennuyée d’ailleurs, des nouveaux titres viennent de sortir, des parents vont les demander et je fais quoi ? Je vais en racheter mais par choix de titres pertinents pour mon fonds et en petite quantité.Et tu as raison de souligner aussi la qualité inégale des sons que j’ai constatée aussi.
Colette :
Hier soir, à l’heure des histoires, devinez ce que mon Petit-Pilote-de-Berceau est allé chercher dans sa petite bibliothèque ? Son imagier sonore sur La ferme !!! En fait ces imagiers font vraiment lire les bébés et ça, vraiment, cela n’a pas de prix ! J’ai pu le constater pendant les vacances avec un autre petit bout d’un an qui a le volume 2 sur les instruments : c’est un livre qu’elle manipule en toute autonomie et qui la fait beaucoup rire. Même si ces imagiers sont plus « populaires » que d’autres livres sonores, ils ont vraiment le mérite de rendre accessible le monde des sons à nos plus petits lecteurs et cela quelque soit le rapport de leur famille aux livres ! Et j’aime aussi beaucoup la collection initiée par Zebulo Editions qui suit le même principe que la collection de Gallimard mais pour découvrir tout le patrimoine musical d’une île chère à mon cœur : La Réunion. L’enfant y découvre au fil des pages les instruments des genres musicaux de l’île (le maloya et le séga notamment) et à la fin les instruments sont mis en scène dans une image qui illustre un moment musical et on peut écouter une berceuse pour laquelle tous les instruments sont utilisés. J’aime beaucoup la qualité des sons et de la voix.
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Mais Pépita, tu as parlé de collections que tu trouves plus adaptées pour faire découvrir les sons aux bébés lecteurs : à quoi penses-tu ?
Pépita :
J’aime beaucoup les imagiers chez Gallimard jeunesse aussi (livre avec un CD). Des gros cartonnés, des belles illustrations, des thématiques en lien avec le quotidien du tout-petit y compris jusque la maternelle. Et là il faut l’intervention d’un adulte, ne serait-ce que pour glisser le CD dans le lecteur
Mon préféré c’est l’imagier sonore : j’aime car on n’enferme pas dans une thématique dans cet imagier, 32 sons du quotidien de très bonne qualité, beaucoup de jeu induit aussi dans la découverte. J’ai testé, ça marche !
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Et puis du côté du numérique, il y a aussi : Le jeu du livre des bruits. Dont il existe aussi le livre cartonné et un jeu.
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Colette :
Que de livres à expérimenter de ses deux petites oreilles ! Et puis pour jouer avec les sonorités, rien de mieux que la voix de papa ou maman et nombreux sont les livres qui nous invitent à jouer avec les onomatopées et les sons du quotidien.
A la maison, on a « lu » pendant longtemps L’imagier des bruits illustré par Bruno Heitz et c’était un vrai plaisir de jouer ainsi avec les mots, les cris d’animaux et les bruitages ! Le Pop up des bruits chez Nathan est aussi un vrai régal pour le tout petit !
Alors continuons d’explorer la musicalité de la langue et du monde sous toutes les formes possibles et ce dès le plus jeune âge !

Quand l’entourage des blogueurs est contaminé…

Pour cet été, on a envie de vous faire partager

notre passion de la littérature jeunesse autrement…

Ça a commencé comme ça, notre discussion :

-Bon, on fait quoi sur le blog cet été ?

Là, temps de réflexion….

Et quelques blas-blas plus tard…

-Et… si on faisait genre carte postale de notre lieu de vacances ou d’un lieu du livre qu’on a envie de mettre en avant (bibliothèques, librairies…) ? 

Et comme on est toujours très enthousiastes, l’idée est partie !

Cet été donc, vous allez voyager au fil de nos pérégrinations de blogueurs et blogueuses.

Mais on ne part pas seul(e)s…

Notre entourage suit et quand on blogue, on les contamine… VRAIMENT.

Petits, moyens et grands.

Alors, comme entrée en matière de ce voyage bloguesque,

voici ce qui se passe chez nous…

Chez Sophie

Le papa, je n’ai pas réussi à le contaminer, pas faute d’avoir essayer (trop ?), et à part un léger intérêt pour des livres qui se rapprochent de ce qu’il aime, je n’ai pas pu faire mieux… pour l’instant ! Sauf peut-être d’avoir réussi à le faire accepter toutes ces piles qui trainent un peu partout dans la maison, la voiture…

En revanche, avec le fils, c’est un succès ! Il faut dire qu’avec mes antécédents de lectrice, des bouquins, il en voit tous les jours depuis son premier ! Qu’est-ce qui me réjouit plus que de le voir, l’air concentré, le nez dans un livre ? Peut-être cette habitude qu’on a pris tous les deux, d’aller chercher le couyier (comme il dit du haut de ses presque trois ans)  à la boîte aux lettres. Peut-être sa fierté quand il ramène le paquet, parfois lourd, sous son bras. Peut-être ses yeux qui pétillent et ses mains qui s’agacent quand il se déchaîne sur les enveloppes à bulles. Peut-être ce moment où, ensemble, on prend le temps de faire ce nouveau voyage au pays des livres…

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Chez Céline du flacon

Ça y est, ma cadette l’est, enfin… Après avoir visionné tous les Harry Potter en français puis en VO, elle s’est enfilé les 7 tomes.  Depuis, elle a enchaîné avec les trilogies L’Epreuve (Labyrinthe) et Les Insoumis… Frustrée que ça s’achève et un peu sur sa faim quant au final, elle jette à présent son dévolu sur la série Le Tourneur de Page… Bref, je ne la reconnais plus.  Pendant ce temps, l’aînée arpente les allées de la Japan Expo à Paris à la recherche de perles rares.  Reste plus que le petit mari à contaminer !

Chez Colette

Pour les services de presse, comme c’est très nouveau ici, et encore assez rare c’est encore moi qui les ouvre . Mais pour la contamination, il n’y a plus un seul membre de la famille qui ne connaît pas Claude Ponti, Rebecca Dautremer ou Emmanuelle Houdart. Mon boys band me suit dans mes aventures à la médiathèque avec Pépita et c’est Papa-Poil-de-Pinceau qui fait la queue en dédicace à l’escale du livre pour discuter avec Janik Coat ou Ronan Badel .

un croquis de Delphine Garcia dessiné lors d'une pépinière organisée par Pépita en 2013 : toute la famille y était, même mon Petit-Pilote-de-Berceau caché dans mon ventre :)

un croquis de Delphine Garcia dessiné lors d’une pépinière organisée par Pépita en 2013 : toute la famille y était, même mon Petit-Pilote-de-Berceau caché dans mon ventre 🙂

Chez Kik

Retour de deux jours de formation. Première chose que mon fiancé me dit: « T’es pas là deux jours et la boîte aux lettres s’encombre. Il aime recevoir du courrier mon fiancé . Il est toujours ravi quand je reçois de colis des éditeurs !.

Chez Chlop

Quand j’ai commencé à faire mon métier de lectrice, je n’avais pas encore d’enfant. Quand je rentrais à la maison avec un nouvel album, je le lisais donc à Mr Chlop. Il s’est toujours prêté au jeu avec plaisir. Après plus de quinze ans de ce traitement, il devient un véritable expert en livres pour les moins de 3 ans. Quand ma mouflette est née, il lui a lu très tôt des livres longs, je me souviens qu’elle avait à peine 6 mois quand il lui lisait les histoires de Zuza. Et quand j’avais un nouvel album, on se chamaillait parfois pour savoir qui allait lui lire en premier.
Maintenant, quand il faut choisir un album à offrir, c’est souvent lui qui va à la librairie, et il revient toujours avec des livres qui me plaisent aussi. Mais il est très critique, plus que moi d’ailleurs.
Pour ce qui est de mes mouflettes, elles sont vraiment tombées dedans quand elles étaient petites. La mouflette lit tout ce qui lui tombe sous la main, à nous de veiller à mettre certains livres hors de sa portée, sinon elle ira les feuilleter, c’est certain. Un jour comme ça, je l’ai trouvée en train de lire un roman adulte, je ne me souviens plus lequel. Je lui ai demandé « mais, tu comprends quelque chose à ce livre?! » Elle m’a répondu « non, mais c’est des mots! » et dans son œil, j’ai vu des étoiles. Elle aime les mots, peu importe qu’elle en comprenne le sens, le plaisir de lire est là.
La cadette, du haut de ses 4 ans et demis, est moins accroc que sa sœur au même âge. Même si elle aussi, elle écoute toujours avec plaisir un livre qu’on lui propose, même si c’est pas vraiment adapté à son âge. Je viens de recevoir « Mon oiseau » et « Le monde t’appartient », elle me les a réclamé plusieurs fois. Je me demande bien ce qu’elle en comprend, mais pour l’instant, elle n’a rien dit. En général, si elle à besoin de comprendre, c’est au bout de plusieurs lectures qu’elle commence à poser des questions.

Chez Pépita

Ici les services de presse sont ouverts avant que j’arrive et déjà en lecture….le comble du blogueur ! Je passe souvent après ! Et j’ai les commentaires qui vont avec : « J’aime pas les illustrations, celui-là il est super,…. »

Et comme je suis bibliothécaire jeunesse, je renfloue régulièrement la boulimie de lecture de mes enfants et de mon mari. Mes collègues ont l’habitude de me voir trimbaler mon panier plein de livres…

Dernièrement,  j’ai réellement contaminé ma p’tite famille avec les romans de Pascal Ruter, surtout Pépito (pseudo rentré dans les mœurs maintenant !) à tel point qu’en fin d’année je l’entends dire innocemment à la prof de latin de nos filles « Vous avez lu L’amour au subjonctif ? ». Maintenant, ce sont eux qui courent les salons littéraires… Mes filles ont été enchantées par les 30 ans du salon du livre de Montreuil  et veulent y retourner !

Chez Carole 

Mon amoureux découvre petit à petit les trésors de la littérature jeunesse. Il connaissait ma passion puisque je lui dois mon blog ! A la dernière rentrée littéraire, il a lu deux ou 3 trois romans ados que je lui avais conseillés, et… il a aimé ! Maintenant, je lui fais une pile à lire quand je pense qu’il aimera. Dernièrement, je l’ai entendu rire à la lecture du Chevalier de Ventre-à-terre du grand Gilles Bachelet, St Procrastin et sa page facebook n’y sont pas étrangers… et il a même reconnu le clin d’oeil aux Trois brigands d’Ungerer, Elmer, Hello Kitty version escargot et où est Charlie sur un champ de bataille ! Je dois avouer que tout ceci me fait très plaisir 😉

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Chez Solectrice et ses lutines

Une passion envahissante qui a commencé très tôt chez nous aussi. Les étagères débordent de livres, les sacs des 3 médiathèques que nous fréquentons se remplissent et se vident à toute vitesse et les Services Presse, attendus avec beaucoup d’impatience, sont avidement déballés à 6 mains !
Quant à mon mari, qui était ravi de lire les histoires du soir, il reste curieux et nous écoute amusé. Mais il préfère cultiver son jardin que de nous prendre nos bouquins. Quoique, Côté BD, c’est plutôt lui qui nous apporte ses trouvailles.

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Triptyque de notre passage à Saint-Malo pour le salon du livre : toute la famille s’est laissé embarquer pour une journée au festival Etonnants Voyageurs.

Quand j’ai lancé l’idée du blog pour nous occuper pendant des vacances de nouvel an, je ne pensais pas que mes filles seraient aussi enthousiastes. Depuis, je tente de suivre leur rythme de lecture et de coups de cœur pour les mises à jour. Que de plaisir partagé à échanger sur les livres dévorés et à lire les commentaires des auteurs sur notre blog !

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Alors, bon voyage en notre compagnie tout cet été et BONNES VACANCES !

Discussion sur les livres sans texte

Pas de mots mais pourtant beaucoup de choses à dire : ce sont les livres sans texte. Ce n’est pas toujours facile pour les adultes de s’approprier des livres où l’image règne, et pourtant ces albums sont porteurs d’une imagination sans fin ! En quelques questions, nous allons tenter de vous faire découvrir ce genre si spécial qui mérite de passer dans les mains des enfants… et des parents !

Sophie : Les livres sans texte, ce sont souvent des albums, parfois des BD, fait uniquement d’illustrations. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais savoir si vous-mêmes vous êtes ou avez été lecteurs de ce genre de livres ?

  9782355040030FSColette : Oui je suis lectrice d’albums sans texte même si ce ne fut pas une évidence au départ : c’est avec Le Colis rouge de Clotilde Perrin que tout a commencé ! Je l’ai découvert par hasard à la bibliothèque il y a presque 6 ans et j’ai été complètement happée par les illustrations si dynamiques, si poétiques, tourbillonnantes de détails tous plus magiques les uns que les autres. Et c’est complètement enchantée par un livre dont j’avais l’impression qu’il pouvait être 1000 fois exploré sans jamais raconter la même histoire, que je me suis mise en quête d’autres images !

9782211048040Céline du Tiroir : L’Arche de Noé, de Peter Spier a marqué mon enfance. Comme Colette, la richesse et la magie des illustrations m’enchantaient, leur pouvoir évocateur décuplé par le fait qu’il n’y ait pas de texte, ou très peu. C’est moi qui me construisait mon histoire, en observant d’autant plus attentivement ces illustrations, et des années après, je me souviens encore avec beaucoup de précision de ces images…

5552869410032FSChlop : Quand j’étais petite, j’avais Le petit chaperon rouge de Warja Lavaster, cet album est incroyable et avec mon père et ma sœur, on se le racontait longuement, prenant toujours un grand plaisir à réinventer l’histoire. Je n’ai pas d’autre souvenir d’albums sans texte dans mon enfance, j’ai retrouvé ce type de livres beaucoup plus tard dans ma vie professionnelle et j’ai mis un moment à être à l’aise avec.

Pépita : On peut être déconcerté par les livres sans texte en effet ! Pour moi, aucun souvenir d’enfance en rapport avec eux, ils n’existaient pas encore ? C’est avec les éditions Autrement (malheureusement disparues…) que j’ai découvert ce nouveau genre d’albums, notamment avec Le voleur de poule. Quelle liberté dans la narration ! Quelle appropriation par l’image ! Et autant d’histoires à chaque fois qu’on ouvre ce type de livres ! Et il y en a pour tous les âges maintenant… Les livres sans texte sont des chemins ouverts vers l’imaginaire, celui que nous avons tous en nous sans forcément le savoir… Si on en prend la peine, ils permettent de révéler cette part de nous, ce que les enfants ont encore. Ils peuvent aussi être très utiles pour des personnes en situation d’illettrisme ou d’analphabétisme ou de handicap. Ils sont une porte vers l’écrit.

Kik : Ce ne sont pas les livres que je lis en premier, mais j’aime les découvrir par hasard et me laisser prendre par surprise. Récemment, j’ai conseillé ce type de livres à une psychomotricienne qui travaille avec des enfants sourds/muets.

2592094190.jpgSophie : Souvent les livres sans texte bloquent le lecteur adulte. Comment expliquez-vous cela ?

Pépita : Ils ont tout simplement l’impression que sans texte, ils n’auront pas la ressource nécessaire pour imaginer l’histoire suggérée par les images. Et puis ça prend plus de temps, plus d’investissement le soir au moment du coucher après une journée de travail. ça ressort déjà avec le texte cette barrière ; combien de fois j’entends : « une histoire pas trop longue hein ? »…Ceci dit, ça peut déconcerter les enfants aussi. J’ai une anecdote à ce sujet : dans la bibliothèque où je travaillais avant, j’avais des albums prêtés par la BDP (NDLR : bibliothèque départementale de prêt), notamment Le voleur de poule dans la collection histoires sans parole chez Autrement. Un enfant avait écrit au crayon à papier toute son histoire en bas de chaque page ! j’ai dû rembourser le livre bien entendu. Je me pose la question : y a-t-il une réelle éducation à l’image alors que paradoxalement on baigne en permanence dedans ?

Colette : Très bonne question que celle de l’éducation à l’image Pépita ! En effet, je pense qu’à part peut-être ceux qui ont eu la chance de faire de l’histoire de l’art, c’est un domaine très peu exploré, auquel le lecteur lambda n’a pas accès facilement. Et même quand tu es censé(e) l’enseigner -et que tu n’as aucune formation pour le faire – c’est vraiment un univers très particulier, riche de codes, de références, d’un langage propre.
Nouveaux CartoonsPetite anecdote à mon tour : le soir chez nous c’est Papa-Poil-de-Pinceau qui lit et il n’aime pas du tout les albums sans texte et me les laisse ! Et pourtant tous les soirs depuis 3 ans il invente une histoire de A à Z pour notre grand-Pilote-de-Balançoire, mais à partir de rien, alors que l’album sans texte l’oblige à se conformer à une trame à laquelle il n’adhère pas spontanément. Alors que moi j’aime être guidée par l’image, c’est mon filet de sécurité pour mon grand saut dans le vide des histoires-du-soir !

Bouma : Je rejoins les réponses de mes copinautes. Il est difficile de s’approprier un album sans texte car aucun mot ne vient guider notre lecture. Personnellement, j’adorais ces albums étant enfant notamment quand je ne savais pas encore lire car j’avais l’impression de pouvoir les lire toute seule, sans adulte pour DIRE l’histoire. Et du coup, j’en lis peu voire pas du tout à mes propres enfants, pour les mêmes raisons. Je les pense à même de se créer leur trame narrative et de la raconter. En fait, on échange un peu les places dans ces moments-là. J’écoute leurs histoires et j’adore ça.

Chlop : Je pense que les adultes ont l’habitude de poser leurs yeux sur le texte, quand il n’y en a pas, ils ne savent pas où regarder! C’est d’ailleurs pour ça que souvent, dans les albums avec du texte, ils passent à coté de certaines subtilités de l’image. Les enfants, eux, ont l’habitude de regarder et d’interpréter les images, dès la naissance, ils lisent les émotions sur le visage des adultes, ils communiquent beaucoup comme ça. Je crois que les adultes ont du mal avec ces livres, parce qu’ils n’ont pas le mode d’emploi, ils ne savent pas quoi en faire. Mais il n’y a pas besoin d’en faire quelque chose, il suffit d’admettre que, pour une fois, les enfants sont les experts et les laisser nous guider, ils savent, eux.

Carole : Je vous rejoins sur le manque d’assurance des adultes, sur le peu de confiance qu’on accorde aux petits pour nous guider aussi ! J’en fais d’ailleurs partie, petite je ne lisais aucun album sans texte, et toujours pas de BD. J’explique ça par le fait d’une part que je suis beaucoup plus sensible aux mots qu’aux images, et d’autre part je ne sais pas lire les images. En maternelle, j’ai bien essayé pour ouvrir le champ des possibles à mes élèves et pour les sensibiliser aux arts visuels, mais j’avoue n’avoir jamais été confortable. L’album sans texte me fait sortir de ma zone de confort de lectrice, clairement !

IMG_0117Sophie : Peut-être que les livres sans texte pourraient être une première approche de la lecture autonome, qu’en pensez-vous ? L’illustration est travaillée pour suffire à comprendre l’histoire, on pourrait très bien imaginer que l’adulte, surtout s’il n’est pas à l’aise avec ce genre, laisse l’enfant libre de sa « lecture ».

Chlop : Absolument, c’est d’ailleurs mon approche, je me laisse guider par les enfants et je suis généralement émerveillée de constater à quel point leur lecture de l’image est pertinente.
D’ailleurs, le mécanisme qui est en jeu quand ils regardent un album sans texte me semble proche de celui de la lecture: associer des images pour faire émerger le sens, combiner les signes, c’est semblable.

Pépita : Je te rejoins Chlop, les enfants sont très à l’aise, ils n’ont pas encore les filtres qui nous encombrent nous adultes. Comme je le disais plus haut, les livres sans texte sont une porte vers l’écrit, ils permettent la verbalisation en partant de l’image, et donc de s’approprier le langage.

Sophie : Pour terminer, comment conseilleriez-vous un album sans texte à un adulte réticent ?

Pépita : De se laisser mener par son imagination, de lâcher prise, de partager ce moment avec son enfant qui va lui apprendre…Et si ça a marché, de revenir en emprunter d’autres et si ça n’a pas pas marché, de revenir aussi…

Carole : Oui de faire confiance à l’enfant, de se laisser guider par ses émotions, et de convoquer l’enfant qu’il était…

Colette : Demandez à votre enfant d’inverser les rôles pour une fois : c’est lui qui raconte et vous qui l’écoutez, un vrai délice !!!

Chlop : Si ce sont des gens qui travaillent avec des enfants, je leur dirais d’observer les enfants à des moments où leur collègues présentent des albums sans texte. En général, c’est magique.
Pour tous je dirais que les enfants sont des lecteurs de l’image très performants, il ne faut pas les sous-estimer, ils ont les capacités pour entrer dans un récit tout en image, ils savent se passer de mots.

Merci à Colette, Céline du Tiroir, Chlop, Pépita, Kik, Bouma, Carole d’avoir participé à cette discussion. Et si le sujet vous intéresse, voilà quelques articles en ligne très intéressants sur les livres sans texte.

Un album sans texte est-il sans intérêt ?, Marie-José Parisseaux, 2011
Albums sans texte : la preuve par l’image, Sophie Van Der Linden, 2010
Les albums sans texte sont de grands bavards, Anne Rabany, 2010

Et on vous retrouve jeudi avec une sélection de nos livres sans texte préférés !

La littérature jeunesse, miroir de la société ?

562378_323563657713814_1149707705_n.jpgSur A l’Ombre du Grand Arbre, on a envie parfois de débattre sur des sujets liés à la littérature jeunesse.

Nos expériences de lecture, nos parcours de vie, nos identités de blogueurs et blogueuses donnent un très large aperçu de sa richesse.

Aujourd’hui, nous parlons de ces albums, romans, contes, documentaires,.. qui abordent des thématiques de la société actuelle et qu’on n’ose pas toujours mettre entre toutes les mains…et notamment de la littérature adolescente et jeunes adultes.

Alors, la littérature de jeunesse aujourd’hui, est-elle un miroir de la société ?

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Méli-Mélo de livres : La littérature pour adolescents est aujourd’hui de plus en plus segmentée : depuis Harry Potter, il y a le fantastique qui depuis, a pris de l’ampleur et on parle désormais de dystopies qui inondent le marché. Depuis Twilight, il y a la littérature vampirique qui submerge les librairies. Depuis Hunger Games,véritable tsunami en terme de ventes, il y a la littérature guerrière pseudo-futuriste. Depuis peu apparait la littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société, parfois même assez morbides. Du coup, la littérature pour ados est qualifiée de plus en plus de littérature « Young adults ». Difficile de s’y retrouver, encore plus de réduire une littérature aussi vaste dans des cases !


En tant qu’observateurs avertis de la littérature jeunesse au sens large, est-ce pour vous une littérature qui se cherche ou un phénomène purement commercial ?

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Je dirais oui et non pour répondre à ta question. En fait, pour moi, tous ces genres comme la littérature vampirique, la dystopie me semblent être des phénomènes de mode, d’ailleurs l’apogée des vampires m’a l’air d’être passée. Sauf quelques exceptions, et heureusement qu’il y en a, j’ai l’impression que ces genres sont utilisés à des fins commerciales. Ce sont des romans avec beaucoup d’artifices où on délaisse parfois le style.
Au contraire, les romans plus réalistes sont obligés d’avoir des sujets de fond et une certaine qualité littéraire s’ils veulent une chance de percer.

En tout cas, c’est mon ressenti de lectrice, je lisais beaucoup de fantastique avant mais je la délaisse parce que je ne m’y retrouve plus contrairement à la littérature réaliste qui me procure maintenant plus d’émotions. Peut-être est-ce aussi moi qui n’ai plus les mêmes goûts.

Le cahier de lecture de Nathan : Littérature qui se cherche ? Je ne pense pas. Elle restera toujours changeante comme cela. Après Harry Potter cette littérature a vraiment pris une grande ampleur et beaucoup d’auteurs ont enfin pu faire éditer leurs livres fantastiques parce qu’Harry Potter avait marché et que les éditeurs cherchaient d’autres Harry. Après Twilight ça a été la vague vampirique qui a tout submergé si bien qu’au bout d’un moment on ne savait plus où donner de la tête et on s’est mis à le dédaigner … Enfin depuis Hunger Games, les éditeurs ont compris qu’il fallait éditer de la dystopie et on en a eu à la pelle … Donc oui cela marche par phénomènes, mais je refuse de dire comme Sophie « Ce sont des romans avec beaucoup d’artifices où on délaisse parfois le style. » Bien sûr il y en a, ne le nions pas, mais je pense aussi que cela ne part pas forcément des auteurs qui se disent « Je vais écrire ça parce que ça marche » (même s’il y en a sans doute) mais plutôt des éditeurs « Je vais éditer ça parce que ça marche ». Et il y a toujours dans ces vagues là des ovnis, des romans qui sortent du lot et font vraiment plaisir à lire tant ils sont originaux.

3 étoiles : Pour moi, la littérature se ne cherche pas, elle se dévoile et se réinvente sous toutes ses formes. L’effet de mode de certains genres est indéniable. Mais je crois aussi qu’il répond à une demande du lectorat. Depuis la saga et le succès d’Harry Potter, certains ont (re)découvert le plaisir de lire et ça c’est une très bonne chose. On ne peut faire abstraction de la crise économique qui touche l’édition papier, c’est un fait. L’éditeur prend un risque, calculé possiblement, et tente de publier ce qui va plaire et donc se vendre. Mais ce procédé lui permettra d’éditer par la suite d’autres livres moins  » à la mode « . Je crois surtout que la littérature est vivante et suit l’air du temps. Et ce depuis toujours. Souvenez-vous des grands romans du XIX ème siècle : le Romantisme, le Réalisme, le Parnasse, le Naturalisme, le Symbolisme. L’histoire littéraire suit son cours. A chacun de trouver ce qui lui plaît, et la qualité ne manque vraiment pas !

A lire au pays des merveilles : Depuis peu apparait la littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société … » Tu crois qu’elle est nouvelle cette littérature réaliste ? Moi je crois qu’elle a toujours été là, mais peut être moins mise en avant et moins demandée par le lectorat.

Méli-Mélo de livres : Je voulais dire la littérature réaliste pour les ados…elle prend de l’ampleur non ? Et elle aborde des sujets très difficiles qu’on n’aurait certainement pas fait lire à ma génération par exemple : le viol, l’inceste, la maladie, et j’en passe ! Certes, la littérature dite classique n’est pas rose non plus, je vous l’accorde (Germinal par exemple !). Mais est-ce des thématiques réellement demandées par les ados ? Ne leur impose-t-on pas une certaine littérature ?. Elle est certainement plus mise en avant aujourd’hui, c’est certain (rôle des médias). Et amplifiée par les adaptations cinématographiques qui en sont faites à grand renfort de marketing. J’ai l’impression qu’on fabrique du coup des goûts très stéréotypés chez eux aujourd’hui et dont on ne sort pas avant 30 ans (les « Young adults »).

Le cahier de lecture de Nathan : J’ai du mal à prendre du recul par rapport à ça. Les livres réalistes existaient déjà et j’en lisais avec plaisir mais j’ai l’impression qu’ils correspondaient plus à de la littérature dite « pour filles » comme les « Quatre filles et un jean ». Cela vient-il de mes goûts qui ont changé au fil des ans ou des la littérature YA qui évolue ? A vrai dire, je pense que ce sont un peu des deux. Les souvenirs qui me reviennent sont essentiellement des livres de chez Milan Macadam qui ont toujours proposé des sujets assez forts. (Judy portée disparue par exemple) Après la vague fantastique, puis celle de vampires, on est un peu revenu à la réalité avec la dystopie. Mais après avoir exploré le futur, on en revient au présent qui devient de plus en plus plébiscité. Je pense qu’en tant qu’adolescents entre la nostalgie de l’enfance et la peur du futur, on a besoin de ressentir beaucoup de choses tout en étant confronté au monde avec la sécurité des mots sur une page. Il suffit de voir Revanche de Cat Clarke qui est une véritable claque quant au sujet de l’homosexualité et du rejet dont sont victimes beaucoup de jeunes, Nos étoiles contraires de John Green l’histoire d’amour de deux malades…

Un petit bout de (bib) : Pour répondre à la première question de Pépita, je pense effectivement comme Carole que cette segmentation résulte plus de choix éditoriaux que d’une production orientée des auteurs. La bit-lit (littérature vampirique, anges, loup-garous…) n’est pas un phénomène propre aux ados, on la retrouve dans littérature dite adulte, tout comme la chick-litt (littérature de poulette). La littérature adolescente résulte d’influence diverses (en jeunesse et en adulte, un croisement nécessaire) mais je trouve que la segmenter serait surtout la restreindre.
Enfin pour revenir sur la littérature dite réaliste, je me rappelle de mon adolescence à lire « Junk » de Melvin Burgess ou encore « Zarbie les yeux verts » de Joyce Carol Oates dans la collection Scripto de Gallimard. Ils parlent de la consommation de drogue à 13 ans ou de la violence conjugale et la pression familiale. J’en garde des souvenirs forts et encore vivace. Je ne trouve donc pas qu’elle soit plus présente aujourd’hui qu’à mon époque, ni qu’il y a 10 ans.

Méli-Mélo de livres : En vous lisant, je perçois forcément les écarts de générations et c’est normal. Alors disons que la littérature de jeunesse divertit et fait réfléchir à la fois. Mais en tant qu’adultes et jeunes adultes, avez-vous parfois des réticences à proposer une lecture portant sur des sujets difficiles ou graves ou tout simplement à en parler (pas forcément des romans, cela peut concerner aussi des albums ou des documentaires par exemple) ? Quel est votre état d’esprit dans ce cas ?

Le cahier de lecture de Nathan : Malgré mes 17 ans, c’est vrai que j’ai déjà été confronté à cela … et justement pour Revanche ! Une jeune lectrice m’a demandé en commentaire si à mon avis elle pouvait le lire, je lui ai donné une réponse hésitante mais finalement j’étais quand même dans ce cas: à 12 ans peut-elle lire un livre au style si cru, aux thèmes graves (ça oui c’était plus sur le point précédent que se fondait l’hésitation) et aux personnages ayant quelques années de plus qu’elle et donc pas la même mentalité ?

Méli-Mélo de livres : Je te rejoins Nathan et je suis contente que tu sois à l’aise pour répondre à ma question car je ne voulais pas t’exclure. Je suis souvent confrontée à cela dans mon métier (bibliothécaire jeunesse) et je me suis comme toi interrogée sur une lecture récente que tu as lu aussi : « Le cœur des louves » de Stéphane Servant au Rouergue. L’éditeur avait envisagé de l’éditer dans un premier temps dans sa collection pour adultes « La Brune » et finalement, le choix s’est porté sur la collection DoAdo. Mais je pense pour ma part que s’agissant de ce roman, et pour ne pas passer à côté je dirais, 13-14 ans, c’est bien trop jeune. Si la littérature jeunesse s’empare de sujets de société, souvent empruntés à la littérature adultes, (la frontière est de moins en moins poreuse depuis 10 ans environ je trouve. Lorsque j’étais libraire il y a 20 ans, on n’entrait pas du tout dans ce débat), on peut légitimement se poser la question de la prescription. Je veux bien que la littérature permette d’échapper à la réalité, ce que remplit fort bien le fantastique, la fantasy, la bit-lit, la chick-lit, etc,…mais il ne faut pas qu’elle devienne plus glauque que la réalité lorsqu’elle s’adresse à un jeune public, non ? Perso, ça m’interroge beaucoup.

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Cela m’est arrivé aussi d’aimer beaucoup un livre que ce soit album ou roman mais de ne pas être à l’aise pour le conseiller car le sujet était difficile. La question que tu poses Pépita est une grande question en effet. Que faire de ces livres, en tant que bibliothécaire, j’ose les proposer, les avoir en rayon même si les conseiller est difficile, peut-être trouveront-ils leurs lecteurs plus par hasard ou répondront-ils à une recherche précise.
Certains sont-ils plus « glauque » (dur ?) que la réalité ? Oui certainement mais peut-être ainsi rejoignent-ils le même objectif que des romans fantastiques, distraire en sortant du réel ?

Un petit bout de (bib) : Moi je trouve que c’est à l’adolescence que l’on est capable de lire les choses les plus dures par curiosité, défi ou tout simplement parce qu’on recherche le choc (qu’il soit stylistique ou thématique). Après c’est la notion même d’adolescence qu’il faut interroger. Pour certains livres on me demande mon avis (en tant que bibliothécaire jeunesse), je demande l’âge du lecteur et son niveau de lecture. Effectivement, je ne conseillerais pas la lecture de Hunger Games de Suzanne Collins à 10 ans mais pourtant des jeunes lecteurs viennent me demander la suite…

3 étoiles : Je rejoins Bouma sur le fait que les ados sont attirés par les romans réalistes, ceux qui traitent de sujets parfois durs, et je crois tout simplement que ceci s’explique par l’essence  » violente  » de l’adolescence même. Quoi de plus terrifiant que de grandir, de subir les changements de son corps, de ne pas toujours contrôler ses émotions, de faire des choix, de découvrir l’Amour ? Ces romans leur parlent, et parfois la littérature permet de se sentir moins seul(e) face à tout ça.

Le cahier de lecture de Nathan : Qu’on le veuille ou non, que cela soit inconscient ou conscient on se rapproche plus des romans qui sont proches de nous. Et ceux qui nous touchent le plus sont finalement ceux qui sont proches de nous et sont comme un miroir, même si le miroir est parfois déformant.

Méli-Mélo de livres : Si je synthétise en une phrase vos propos fort intéressants, la littérature de jeunesse constitue un miroir indispensable aux émotions vécues par les adolescents d’aujourd’hui. Est-ce pour vous amplifié par le pouvoir de l’image omni-présent dans nos vies ? Je pense en particulier aux séries cultes toutes adaptées au cinéma. Qu’avez-vous à dire de ce phénomène ?

Le cahier de lecture de Nathan : Non. Le pouvoir des mots est tout bonnement différent de celui des images.Le premier me semble bien plus bouleversant et capable tant dans le fond que la forme de faire passer des émotions fortes.Le second joue certes sur l’adaptation mais surtout sur une histoire souvent imaginaire, prenant et sur un forme accrocheur et captivant de l’attente addictive du prochain épisode … un bouquin joue beaucoup sur les émotions, une série sur l’addiction.

Un petit bout de (bib) : Les adaptations littéraires au cinéma sont devenues monnaies courantes (et pas qu’en jeunesse). Je les voies d’une manière optimiste comme un appel à la lecture. Je ne compte plus le nombre de jeunes filles/femmes qui se sont remises à la lecture grâce à Twilight. J’espère que cela continuera.

3 étoiles : Amplification du phénomène par les adaptations ciné et tv, oui très possiblement. En revanche, je n’oppose pas les deux : certains d’entre nous sont plus sensibles aux mots, d’autres aux images. Il n’y a qu’à voir comment nous chroniquons les albums et les romans. Ce qui m’intéresse c’est de savoir quel rebond les films/séries ont sur la lecture… Lire un livre ne mobilise pas les mêmes compétences que regarder un film, actif vs passif. C’est surtout comment l’imaginaire, et donc les images que nous créons en lisant des romans, est selon moi beaucoup moins limité qu’en fixant des films aux images imposées.

La littérature jeunesse de Judith et Sophie : On sait que les ados décrochent de la lecture et je pense qu’il découvre certains univers, qui étaient des livres au départ, au cinéma. L’aspect commercial est beaucoup plus développé avec le cinéma (et ça déteint en général ensuite sur les livres qui pourtant précédaient) et je pense que du coup, ça fait connaître des romans qui n’auraient pas percer à ce point sans l’adaptation.

Méli-Mélo de livres : On le constate donc : la porosité de lecture est de plus en plus ténue dans les publics jeunesse d’aujourd’hui : ados, jeunes adultes, adultes. J’aurai presque envie de dire qu’avant, les jeunes lisaient de temps en temps des livres pour adultes et que maintenant, les adultes dévorent la littérature pour ados. Sans doute le miroir de la société actuelle…Un dernier mot pour conclure ce débat ?

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Je pense que la littérature ado est une littérature très ouverte tant sur des sujets que sur des styles. J’aurai bien du mal à l’expliquer mais il y a quelque chose que je ne retrouve pas dans la littérature adulte (les rares fois où j’en lis). Je pense que c’est surtout sur le ressenti, la force des émotions qui ont une dimension particulière dans des romans pour ados… peut-être simplement parce qu’il s’agit de personnages en construction pour leur vie d’adulte.

3 étoiles : Comme Sophie, je lis de moins en moins de littérature adulte, je ne m’y retrouve plus. J’ai l’impression que les romans ados sont plus riches en diversité des sujets abordés, moins téléscopés donc plus surprenants, et mieux écrits. Disons que depuis 3 ans, ma sensibilité de lectrice est davantage nourrie par cette littérature.

Un petit bout de (bib) : Mes copinautes ont traduit ce que je ressens aussi. Rien à rajouter.

Le cahier de lecture de Nathan : Je viens poser la clef de voûte à l’édifice avec mon point de vue d’ado ! Je lis parfois des livres pour adulte et il m’arrive de beaucoup aimer mais c’est plus rare. Lorsque c’est le cas c’est en effet parce que je suis très sensible au style et parce que cela me permet de ressentir beaucoup d’émotion. La littérature ado, me semble-t-il, ose beaucoup et nous, « jeunes adultes » (ou grands enfants ?) aimons être pris au dépourvu comme cela, surpris, étonnés et bouleversés. On se construit à notre âge … alors sans doute faut-il construire avec notre sensibilité au monde ?

Et vous ? Votre avis sur la question ?

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Les blogs participant à ce débat :

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Le cahier de lecture de Nathan

A lire aux pays des merveilles

Un petit bout de (Bib)

Méli-Mélo de livres

3 étoiles

Us et coutumes de la blogosphère

Blog_(1)La blogosphère a fêté sa journée mondiale le samedi 31 août dernier.

Selon son parcours, ses motivations, le temps dont il dispose, tout blogueur ou blogueuse qui se lance dans l’aventure de la blogosphère découvre très rapidement un monde un peu « à part », avec ses codes, son langage, ses habitudes, mais finalement pas plus ni moins que n’importe quel microcosme.

A l’Ombre du Grand Arbre étant un blog collectif réunissant des blogs aux identités différentes mais complémentaires, nous avons donc eu envie de décrypter les us et coutumes de cette blogosphère que nous côtoyons quotidiennement, à travers ce débat.

Illustration : Guillaume Nédellec

PAL, BAL,SWAP, TAG, SP, …et j’en passe ! Un jargon propre aux blogueurs…

Alors, c’est parti, décryptons !

Pépita : Le monde des blogueurs s’invente lui aussi son jargon. Comme si, pour appartenir à un groupe, il fallait absolument se créer une identité langagière. Nous sommes tous sur A l’ombre du grand arbre de plus ou moins jeunes blogueurs. Avant de répertorier et décrypter les sigles les plus utilisés, amusons-nous à revenir en arrière. Quand vous avez commencé à vous intéresser à la blogosphère, quelles ont été vos premières réactions face à ces termes ? Rejet, amusement, appropriation ?

Drawoua : SP. Service de presse est un terme que je connaissais étant auparavant journaliste. La PAL, Pile à Lire, aussi, mon conjoint étant un lecteur de polars, membre actif d’un forum spécifique, j’avais assimilé et digéré ce terme avant de me lancer dans la création de Maman Baobab. Mon blog a un an et demi, et j’ai appris d’autres termes au fur et à mesure, en demandant leur signification aux autres blogueurs le plus souvent. Ce sont effectivement des codes liés à une communauté à laquelle il est bon d’appartenir pour comprendre le fonctionnement, entretenir le réseau, le développer et faire de nouvelles rencontres. Vous remarquerez que j’ai directement expliqué les termes que j’ai utilisés car autant le côté ludique de l’utilisation de ce vocabulaire ne me dérange pas, pour être ce qu’il est, la codification qui donne appartenance à une communauté, autant je ne supporte pas ne pas les expliquer aux néophytes. ALODGA, A l’Ombre du Grand Arbre : nous sommes les premiers à utiliser et à créer du jargon, nous aussi ! Et en même temps les utilise-t-on réellement sur nos blogs sans les expliquer ? Je ne crois pas.

Carole : J’ai déboulé dans la blogosphère il y a deux ans, et avec mon blog j’ai appris le jargon et WordPress simultanément. J’ai demandé parfois quand je ne comprenais pas, j’ai réfléchi aussi ! En ce qui concerne les termes, je ne les utilise pas dans mes chroniques, je les réserve aux réseaux sociaux et à notre forum pour aller plus vite ( c’est avec vous que j’ai découvert le SWAP par exemple ). Mais je suis encore débutante, il y en a plein que je ne maîtrise pas encore. En revanche, je suis assez fière de mon ALOGDA POWER :ghee:

Drawoua : Chère Carole, ta réponse est typique de ce qui n’appartient qu’à nous blogueurs alors que ce débat est destiné à être publié sur notre blog collaboratif à destination de personnes qui ne le sont pas forcément. ALODGA POWER, SWAP… Mais de quoi parles-tu ?

Carole : Je suis si déformée que ça ?! ALOGDA c’est l’abréviation d’ A l’Ombre Du Grand Arbre, POWER c’est le pouvoir en anglais, c’est une sorte de cri de ralliement pour nous ! Quant au SWAP, c’est l’échange de colis auquel nous avons participé il y a quelques mois. Pardon, je vais faire attention…

Drawoua : Excellent exercice, ou la preuve par l’exemple que nous vivons peut-être parfois dans un autre monde, hors IRL ! In Real Life !

Sophie : Quand j’ai commencé à véritablement me plonger dans la blogosphère, je ne connaissais aucun de ces termes. En revanche ils étaient proches de pratiques que j’avais déjà. Je pense par exemple à ces listes multiples de livres que nous aimons tant faire. Ma PAL et ma bibliothèque existaient , je les ai virtualisées grâce à la base de données Bibliomania du forum Livraddict. J’y ai ajouté la LAL ou wish-list, (livres à lire) et j’ai continué à noter chaque livre que je lisais sur mon fidèle tableur. Pour ce qui est des SP (exemplaire offert pour donner connaissance d’un livre en vue de sa promotion), j’en avais déjà entendu parlé pour les librairies et j’ai donc rapidement cerné ce terme dans la blogosphère.Tout cet apprentissage s’est fait en grande partie dans ma phase « la blogo c’est nouveau, la blogo c’est tout beau ! » que j’ai débuté sur Livraddict et pendant laquelle je me suis inscrite à de multiples challenges de lecture. Je ne les ai bien sûr pas tenu mais en revanche, ça m’a permis de connaître d’autres blogueurs et de voir toutes les relations complexes qui existaient dans cet univers virtuel.

Pépita : Justement, l’expression est lâchée : hors IRL ! La blogosphère me donne parfois cette impression…Quand j’ai commencé à bloguer il y a deux ans, j’étais à des années lumière de soupçonner tout cela ! Encore aujourd’hui, j’ai bien du mal à me familiariser avec tous ces codes langagiers et us et coutumes : PAL (pile à lire), LAL (Livres à lire) , TAG (sorte de questionnaire à thèmes le plus souvent, où le blogueur se cache un peu moins que derrière ses chroniques…ne pas confondre avec le tag comme mot-clé, (ça aussi les blogueurs s’en servent), SWAP (j’ai découvert avec les blogueurs d’A l’ombre du grand arbre), les challenges, les In My Mailbox (vous comprenez ?),etc… et j’en passe ! Le seul sigle que je connaissais, c’est SP pour Service de presse. C’est vous dire tout ce que j’ai dû ingurgiter :) Au début, je n’y ai pas prêté attention, trop occupée à me dépatouiller avec ma plateforme, ma page facebook, les images et leurs droits,…et puis mes billets ou chroniques ! Parce que le nerf de la guerre , c’est quand même ça et c’est très chronophage…Déjà, il faut lire les livres, (ah bon ! y en a qui chronique sans les lire ???) et on ne les chronique pas tous…Puis peu à peu, on se laisse rattraper par tout ce jargon, on participe un peu parce que être blogueur, ça crée des liens, certes virtuels, mais quand même, c’est source d’échanges. Pour ma part, je ne rejette donc pas mais j’utilise avec circonspection. Et puis, il faut vivre avec son temps, non ?

Sophie : C’est difficile de partager cet univers avec des gens qui en ignorent tout et je parle du virtuel en général, pas que de la blogosphère. Combien d’entre nous ont eu le droit aux remarques qui sous entendaient (ou non) qu’on ne faisait rien en étant sur l’ordinateur. Personnellement, j’ai du mal à faire comprendre à mes proches que j’aime ce que je fais avec mon blog, que je produis quelque chose, que je réfléchis, que j’analyse et même, si si, que j’ai des relations humaines. Ce que l’on fait avec A l’ombre du grand arbre le prouve. Quand on a connu les coulisses du blog, on comprend à quel point nous sommes venus avec nos expériences, notre caractère, nos envies avec toutes les conséquences que cela entrainent. Comme dans la vraie vie, quand un groupe se réunit dans une pièce, il faut des meneurs, des suiveurs, des gens plus calmes pour apaiser les plus animés…
Pépita l’a dit, il faut vivre avec son temps et le net en fait maintenant totalement partie. Ceux qui pensent que le net ce n’est que virtuel donc inexistant et inutile se trompent pour moi.

Bouma : Alors pour répondre à la question de Pépita, cela fait trois ans que mon blog existe, mais au moins le double que je vogue sur la blogosphère. J’en maîtrisais donc déjà le vocabulaire avant de lancer mon petit bout de bib. J’aime l’hypertexte, cliquer sur un lien, découvrir de nouveaux univers, de nouvelles écritures. On croit avoir fait le tour et finalement on se trompe. Car quand j’ai rejoint le collectif d’ALODGA (si en tant que lecteur de cet article vous n’avez pas encore compris ce sigle, recommencez depuis le début), je me suis rendue compte que je ne connaissais que deux ou trois de ses chroniqueurs… Parce que pour moi, bloguer, ce n’est pas réaliser une critique d’un livre mais en donner un avis… Parce que pour moi faire des challenges (un défi lecture sur une thématique en règle générale), participer à des échanges de commentaires, tisser des liens sur la toile (même virtuels) sont fondamentaux. Il n’y a pas de bons ou de mauvais blogueurs : ceux qui utilisent ou non le jargon, ceux qui font ou pas des swaps… mais il est vrai que nous appartenons à une communauté avec ses clans, ses rivalités, ses habitudes, ses joies et coups de gueule et aussi son jargon… Donc In My Mail Box (ou IMM pour Pépita), ce sont souvent des articles d’introduction qui présentent ce que le blogueur a reçu dans sa boîte aux lettres (ou BAL pour les intimes) tout simplement.

Alice : Je crois que mon premier MP ( message privé) quand je suis arrivée sur le forum était adressé a Draouwa pour lui demander ce que voulait dire SP. Rhoooo la lose !
En naviguant sur d’autres blogs, j’avais déduit BAL et PAL mais je suis assez d’accord pour dire que ce n’est pas clair pour tous les internautes et que cela rend le contenu souvent hermétique. C’est comme quand on cause de Dewey, Rameau, désherbage …. en bibliothèque à des néophytes. Forcément, c’est du charabia. Chaque « domaine » de connaissance, chaque profession a son vocabulaire qui crée ses propres frontières et sa spécificité. Il en est de même pour la blogosphère, c’est la pratique qui permet la compréhension.

Céline : Que pourrais-je ajouter ? Par chance, mon entrée dans la blogosphère a coïncidé avec mon adhésion à notre blog collectif. Parrainée par les anciens, j’ai eu droit à un cours accéléré de ses us et coutumes, jargon compris. Non, « SP » n’évoquait pas le parti socialiste flamand, « PAL » encore moins une célèbre marque de nourriture pour chiens ! A tous ces termes un peu barbares (je découvre à l’instant le fameux « IRL »), s’ajoutent parfois les quiproquos liés aux différences entre le français de France et le français de Belgique ! De quoi compliquer parfois les choses… Mais toute cette terminologie n’est finalement qu’un vernis ! Le plus important, c’est de ne pas oublier pourquoi on est là : pour partager une passion commune, la lecture !

Kik : Je souris, en vous écoutant expliquer tous les signes, abréviations de ce microcosme qu’est la blogosphère littéraire. Il a ses influences, ses habitudes. Je vous écoute, et je me dis que nous pourrions avoir ce genre de discussion autour d’un café, et que les voisins à la table d’à côté pourraient ne rien y comprendre.
Pour moi, tout a commencé sur internet, avec un RPG, dans lequel on fait du RP avec ses persos, à partir d’un BG commun. Comme quoi, chaque domaine a ses propres abréviations ! Lorsque j’ai arrêté de jouer, puis que je suis revenue plus tard avec un blog littéraire, il a fallu apprendre d’autres expressions. Mais je savais qu’il ne fallait pas avoir peur de ce monde qui pouvait paraître d’apparence hostile. Le vocabulaire appris, tout devient plus limpide.

Pépita : Ce début de débat a permis déjà de pas mal débroussailler…D’autres expressions ou sigles ou habitudes de blogueurs vous viennent-elles à l’esprit ? Lesquel(le)s vous plaisent ou vous agacent ? Selon vous, l’identité d’un blog peut-elle se construire indépendamment de ce jargon ou est-il difficile d’y échapper ? Comment le vivez-vous au quotidien en tant que blogueur ?

Sophie : Je suis une addict des listes donc PAL et LAL me comblent de joie… et un peu de désespoir aussi vu le nombre. Les SWAP, c’est très sympa, on se fait plaisir en faisant le colis et après en en recevant : que du bonheur ! Les SP, je serais mal placée pour ne pas les apprécier. Là encore de longs débats peuvent être menés (un blogueur est-il légitime pour demander des SP à un éditeur ?). Je ne suis pas fan des IMM, je ne vois pas trop l’intérêt. Les tags, j’aime bien mais je n’ai jamais rien d’intéressant à y mettre donc je participe très rarement. En tant que blogueuse, ce jargon ne me gêne pas. En revanche, je n’adhère pas à tout. Si chacun est libre de faire ce qu’il veut de son blog, je tiens à ce que le mien reste un blog d’avis.

Bouma : Sans que ce soit une obligation, j’ai trouvé ma place dans la blogosphère grâce à ce jargon. Le maîtriser et l’utiliser permet une communication plus aisée. Personnellement, je trouve que cela nous diffère des « critiques littéraires » à proprement parlé puisque comme le souligne Sophie, nous ne faisons que donner notre avis, même en recevant des services de presse.

Kik : Je ne vois pas d’autres sigles que tout ceux déjà cités. Aucun ne me plait, aucun ne me déplait. Ils doivent seulement être utilisés avec modération !
Un blog peut se construire sans sigle, ils peuvent être évités, « Pile à lire » à la place de PAL, ce n’est pas si long à écrire sur le clavier. Par contre, je pense que les concepts sont difficilement évitables, sauf en restant isolé du reste des autres blogueurs littéraires. On peut ne pas utiliser PAL, mais avoir envie de partager sa pile de livres à lire, ceux qui attendent au pied de la table de chevet. On peut résister aux initiales SWAP, mais après avoir sympathisé avec d’autres blogueurs sur des forums ou des réseaux sociaux, est-il possible de résister à l’envie de s’échanger des cadeaux ?

Céline : Ai vu récemment PAC (Pile à chroniquer)… L’emploi de ces termes ne me gêne pas a priori. Ce qui est gênant parfois, c’est l’excès et son corollaire : le fait qu’il enferme un peu cette communauté de blogueurs et l’empêche peut-être de s’ouvrir davantage vers l’extérieur ! Or, notre objectif n’est-il pas de partager avec le plus grand nombre plutôt que de vivre en vase clos ?

Pépita : Je ne dirai pas que ça m’agace les sigles et tout le reste, cela m’a surprise au début, et puis on s’habitue. Par contre, ce qui me gêne, c’est quand certains blogs ne sont construits que sur ça. Et oui, on peut très bien s’en passer. Par contre, comme dans tout groupe, en utilisant cette forme de communication, on est davantage reconnu.

Continuons : Recensement des sigles et tour d’horizon des habitudes bloguistiques étant terminés, abordons maintenant le fait de bloguer : quelles sont vos motivations affichées pour bloguer ? Et les autres ? Qu’est-ce que bloguer vous apporte ? 

Kik : Partager des lectures, dans tous les sens. De moi vers les autres. Des autres pour moi. Me forcer à écrire mon avis sur les livres que je lis m’incite à me renseigner plus amplement sur l’auteur, à lire ce que les autres en disent. Et de fil en aiguille je fais en sorte d’être au courant des nouvelles sorties, des actualités des auteurs.

Sophie : Mon « objectif » rejoint celui de Kik. Tout d’abord, l’idée est de partager mes lectures avec d’autres. Ensuite, de m’aider à les retenir en écrivant et donc en poussant un peu ma réflexion sur les livres. Moi qui n’est pas une très bonne mémoire, ça m’aide bien.

Bouma : Tout comme mes camarades précédentes, mon blog est un mélange entre mon petit carnet de lectures (parce que j’ai une tête de passoire) et l’occasion d’échanger avec d’autres lecteurs, de mettre des mots sur un ressenti, de partager une passion.

Pépita : Pour moi, au début, c’était juste d’aller plus loin que mon carnet que j’avais fini par abandonner et du coup, je n’avais pas une mémoire écrite de mes lectures. Et puis, évidemment, le plaisir de partager avec d’autres, ce que je ressens encore plus depuis que je partage des lectures communes ou des sélections avec d’autres blogueurs comme vous. Je trouve ça génial ! Et quand je lis mes premières chroniques, j’ai maintenant envie de toutes les reprendre ! Un blog vous fait évoluer aussi dans les recherches sur les auteurs, les illustrateurs, les sorties, etc,…comme le dit Kik. ça entretient la curiosité. Et en ce qui me concerne, c’est mon évasion sur la littérature jeunesse qui me passionne. Mais…je pense aussi, et il faut être honnête, il y a aussi une part de narcissisme là-dedans, le besoin d’être lu…et c’est plus facile derrière un ordinateur !

Céline : Finalement, mon blog est un retour aux sources, aux marottes de l’enfance où j’attribuais à chacun de mes livres un code d’identification et rédigeais une petite fiche de lecture… Bien évidemment, avec l’âge et les nouvelles technologies, tout cela prend une autre dimension mais l’idée reste la même : laisser une trace de mes lectures. Et si ces petites bafouilles plaisent à d’autres, c’est encore mieux ! Au plaisir de la lecture du livre et de l’écriture du billet s’ajoute le bonheur du partage ! Et c’est plutôt addictif !

Alice : Totalement addict ! D’un œil surveiller les stats et le cumul des livres pas encore chroniqués et de l’autre alimenter la page FB ….. Le partage est chronophage mais tellement gratifiant !

Drawoua : J’ai commencé à faire ce blog quand j’ai radicalement changé de profession pour des raisons familiales. Je n’ai plus dans mon travail actuel ni le rapport à la lecture ni celui à l’écriture comme je l’avais auparavant quand j’étais journaliste. Il y avait donc à la base ce besoin d’écrire mais je me rends compte aussi qu’il y a ce besoin d’être lue. Certaines maisons d’édition m’ont suivie dans l’aventure avant publication du blog en me transmettant leurs nouveautés comme quand je parlais de leurs ouvrages dans les magazines pour lesquels je bossais, je pense à Gallimard Jeunesse, à Larousse, à Thierry Magnier. Mais mon blog n’est pas uniquement basé sur des chroniques de livres Jeunesse. Et mes chroniques ne ressemblent pas à celles que j’écrivais en presse écrite. Je retrouve aujourd’hui dans mon blog l’essentiel de ce que j’ai perdu en changeant d’orientation professionnelle.

Carole : J’ai commencé mon blog il y a 2 ans, le but étant de créer une communauté de gens qui s’intéressent à la littérature jeunesse. Et là j’ai découvert à quel point il y a des vrais passionnés ! Le plaisir de partager, de donner mon avis, de conseiller, de faire des thématiques et de relayer les actualités via les réseaux sociaux. En gros promouvoir cette littérature vivante et riche à mon humble niveau.

Pépita : Intéressantes ces réponses avec un point commun : le partage. Je rebondis néanmoins sur l’expression d’Alice : « totalement addict ». Pensez-vous qu’un blogueur puisse en quelque sorte devenir « esclave » de son blog ?

Sophie : Soyons honnête, je pense que oui et par extension d’internet et du petit réseau que l’on se créer. Tant que ça reste raisonnable, ça ne me gêne pas. Par exemple, j’ai pris l’habitude de publier une chronique par jour mais il peut m’arriver d’être en retard et de tomber sur un soir où j’ai la flemme et donc je laisse tomber pour une journée. Je ne vais pas me coucher à 3h du mat’ parce que j’ai pas fini une chronique ! Il faut aussi « s’autoriser » à déconnecter. Quelques jours sans écran de temps en temps, ça fait du bien et on revient plus motivé que jamais… Et puis ça permet de se souvenir que ça nous fait plaisir et que l’on a envie de continuer parce qu’on a encore beaucoup à partager.

Kik : En lisant les propos de Sophie, je ne peux rien dire de mieux. Je fonctionne selon le même principe. Quand j’ai envie je blogue, quand je n’ai pas le temps ou lorsque la flemme l’emporte, je déconnecte et je fais autre chose.

Bouma : Il a été un temps où je voulais absolument poster une chronique par jour. Et puis la vie en dehors de la blogosphère nous rattrape souvent, je me suis rendue compte que je ne lisais pas forcément les articles de blogs qui publiaient quotidiennement… alors j’ai levé le pied. Il ne faut pas que cela devienne une contrainte, au contraire il faudrait toujours rester dans le domaine du plaisir… sinon ça revient à avoir un autre travail, non rémunéré en plus !

Céline : Me sens assez proche du ressenti de Bouma. Je ne cours pas après les records, ne me retourne plus lorsque je perds un « fan » ou que les stats sont un peu moins favorables. Bloguer doit rester un plaisir, tout comme la lecture d’ailleurs ! Qui trop embrasse mal étreint comme on dit !

Carole : Je vous rejoins les filles, le mot d’ordre c’est plaisir !! Tout ceci demande du temps, entre lecture, digestion et recul, analyse, recherche parfois, et rédaction. Sans compter, le temps passé sur notre forum, et les lectures de vos billets aussi !

Pépita : Exactement ! Je ne me suis jamais posée la question du nombre de billets par semaine, c’est venu tout seul …et puis, c’est vrai que parfois certaines lectures, on n’arrive pas tout de suite à trouver les mots, que d’autres on ne les trouve pas du tout..Le but n’étant pas de chroniquer tout ce que je lis, pas le temps ! Mais de partager ce que j’ai envie quand j’en ai envie. Et de me nourrir des blogs des autres, ceux que j’aime suivre. C’est important de ne pas rester dans sa bulle.

Drawoua : Non clairement, je ne peux plus m’en passer. J’aime écrire, j’aime être lue, recevoir des mails, des commentaires, échanger, partager avec une petite part d’ego que je ne nie pas. Je ne suis pas esclave de mon blog, mais je ne peux pas m’en éloigner trop longtemps, sinon il pleure, je lui manque, il perd ses lecteurs… Je me rends compte en écrivant cette réponse : oh non ! Mon blog est esclave de moi !

Pépita : le mot de la fin ?

Sophie : Evidemment, je suis d’accord avec ce qui a été dit précédemment donc le mot de la fin c’est PLAISIR. On fait des listes, des IMM, swap et autres, on blogue quotidiennement ou non, tant que ça nous plait, c’est ce qui compte. Et si ça plaît à d’autres en plus, c’est le bonus qui fait plaisir.

Carole : Allez pour rester dans les sigles, pour moi ce sera PPP : passion, partage, plaisir ! Et aussi un ptit ALOGDA POWER :ghee:

Alice : Bloguer ? C’est plus que j’en espérais. Je pensais juste faire un petit truc dans mon coin, pour mes proches, et cela prend une ampleur inespérée : complètement grisant !

Céline : Comme l’habit ne fait pas le moine, le jargon ne fait pas le blogueur ! Tous ces sigles et ces us et coutumes de la blogosphère ne sont que la partie visible de l’iceberg. Si en profondeur il n’y a pas un lecteur/une lectrice animé(e) du feu sacré, tout cela n’est alors que poudre aux yeux !

Drawoua : Mon blog ? C’est beaucoup de travail et d’endurance, beaucoup de plaisir et de reconnaissance…

Pépita : Pour moi, Méli-Mélo de livres, c’est mon évasion quotidienne, mon truc à moi. Je ne pensais pas du tout il y a deux ans vivre tout cela car même derrière son ordinateur, on en vit des rencontres, des partages ! Ce qui me plait aussi, c’est de mettre en valeur cette belle littérature jeunesse. Et je pense que tout blogueur a toujours en toutes circonstances son blog en tête, c’est un peu comme un « bébé » virtuel qu’il faut nourrir, faire grandir, faire évoluer pour se surprendre soi-même d’abord et partager avec d’autres ce plaisir d’écrire et d’être lu.

Drawoua : Absolument ! Et recevoir les mails des lecteurs, les messages laissés, ceux des auteurs et des illustrateurs avec lesquels on échange, les propositions et les discussions que l’on peut avoir avec les attachés, c’est un vrai plaisir également !

Bouma : Moi ce que j’aime par dessus tout, c’est pouvoir mettre un visage sur un blogueur. Quand on passe du virtuel au réel, quand on se dit « ah tient c’est toi ça ! »… parce qu’au final, la lecture reste aussi un moyen de rencontre pour passionnés, du moins pour moi c’est ce que représente la blogosphère littéraire.

Et vous, vous bloguez ?

Voici les liens des blogs qui ont participé à ce débat :

Alice-A lire aux pays des merveilles

Bouma-Un petit Bout de bib(liothèque)

Carole-3 étoiles

Céline-Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait Livresse

Drawoua-Maman Baobab

Kik-Les lectures de Kik

Pépita-Méli-Melo de livres

Sophie-La littérature jeunesse de Judith et Sophie