5 ans de lecture pour Morgan

Pour cet article estival, j’ai choisi de partager avec vous les romans que j’ai envie de proposer à mon fils, Morgan, pour ces cinq prochaines années… Le CP est tout juste terminé et la lecture a pris une nouvelle place dans son quotidien. Je suis donc très impatiente de lui faire découvrir des livres que j’ai aimé dans mon enfance ou plus récemment. Voilà donc une valise de partage pour quelques années…

 

7 ans : Chien pourri de Colas Gutman et Journal d’un chat assassin de Anne Fine

Ces deux là, je les côtoie quasi quotidiennement et je les conseille très souvent aux jeunes lecteurs de la bibliothèque à la recherche de romans drôles. J’ai mis les deux parce que je ne peux pas choisir entre ce chien nigaud et cet espiègle chat. Ces livres-là, je les proposerais très prochainement à Morgan qui aura 7 ans dans quelques semaines. On commencera sûrement par une lecture à deux voix mais peut-être sera-t-il tenté pour poursuivre ces séries en solo !

Mes chroniques sur ces livres ici et

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8 ans : Matilda de Roald Dahl

Je n’ai découvert l’univers de Roald Dahl que tardivement. J’étais étudiante et j’avais une amie qui adorait ces romans. J’ai testé et adoré au point d’en lire plusieurs en peu de temps. Mon incontournable, c’est clairement celui-là et c’est le premier que je proposerais à Morgan… avant tous les autres !

Ma chronique sur ce livre

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9 ans : Chair de Poule de R. L. Stine

Je ne saurais pas dire exactement combien de livres de cette série j’ai pu lire enfant, mais on ne doit pas être loin de la cinquantaine. Jeune, j’aimais les histoires qui faisaient peur. Je me souviens avoir dévoré en une soirée plus d’un de ces livres et avoir frissonné au fil des pages. Encore maintenant, j’adore me plonger dans des histoires terrifiantes mais je n’ai jamais retrouvé les sensations que me donnaient les romans de R.L. Stine ! Je ne suis pas certaine que Morgan adhérera à cette série car actuellement les histoires qui font peur, ce n’est pas trop son truc mais je suis obligée d’au moins lui la proposer un jour…

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10 ans : Tobie Lolness de Timothée de Fombelle

Tobie Lolness fait aussi partie de ces indispensables de la littérature jeunesse que j’ai découvert après avoir passé l’âge du public cible. Mais à ma décharge, il est sorti trop tard pour que je le lise dans mon enfance. J’en garde l’image d’un superbe voyage en pleine nature et des sensations apaisantes. J’ai hâte que Morgan puisse découvrir ce chouette personnage !

Ma chronique sur ce livre

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11 ans : Sans-Atout et le cheval fantôme de Boileau-Narcejac

J’ai lu ce livre au collège et j’en ai gardé un très bon souvenir au point de le redécouvrir en livre audio plusieurs années après. C’était peut-être un livre lu pour l’école mais je n’en suis plus sûre. En tout cas, cette enquête sur fond de château hanté m’avait beaucoup plus. On verra si Morgan l’apprécie aussi à son entrée au collège !

Ma chronique sur ce livre

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Et je ne pouvais pas ne pas les mettre alors ils seront le bonus à découvrir tome par tome au fil des mois ou des années, avec ou sans moi selon son envie : Harry Potter !

En réalité, je lui ai déjà offert le premier tome Harry Potter à l’école des sorciers pour ses 6 ans l’année dernière, en version illustrée ! J’ai commencé à le lui lire mais on prend notre temps, on y revient par période et on poursuit l’aventure tranquillement…

Lecture commune : Nos éclats de miroir

On se retrouve ce lundi avec une lecture commune sur le roman Nos éclats de miroir de Florence Hinckel publié chez Nathan.

Florence Hinckel - Nos éclats de miroir.

Sophie : Ce roman raconte l’adolescence de Cléo sous forme de lettres dans son journal intime. Pouvez-vous me parler un peu de cette jeune fille ?

Pépita : Cléo est une jeune fille d’aujourd’hui mais qui est fascinée par le journal d’Anne Frank. C’est toute l’originalité de ce roman, de faire le pont entre deux journaux intimes, le second s’adressant au premier, avec le même principe que l’amie imaginaire d’Anne. Cléo raconte donc son quotidien, entre sa famille (mère et grande sœur), le collège et ses amies, les garçons, le manque de son père, les absences de sa mère. J’ai eu un peu de mal au début à entrer dans la construction mais le roman a pris de l’épaisseur au fur et à mesure.

Bouma : Cléo est un personnage intrigant. Elle est à la fois très ancrée dans les préoccupations adolescentes (amitié, romance, scolarité) et fascinée par la figure d’Anne Frank. Ajoutons par ailleurs que sa famille prend beaucoup de place par son absence. La jeune fille se sert de ce journal intime comme l’objet qu’il est : à savoir un confident, ici du nom d’Anne Frank.

Sophie : Et justement, qu’avez-vous pensé de cette idée d’entretenir une correspondance par journal intime avec Anne Frank ?

Bouma : En toute honnêteté, j’ai été complètement prise au dépourvu, ne comprenant pas la fascination de Cléo pour ce personnage historique. Je pourrais dire aussi que le procédé stylistique m’a désarçonné et qu’il m’a fallu quelques lettres avant de vraiment rentrer dans l’histoire.

Pépita : Je rejoins Bouma, au début, j’ai eu un peu de mal à m’y retrouver : Anne, son amie imaginaire, celle de Cléo, je ne savais plus très bien qui s’adressait à qui. J’ai trouvé le style d’écriture assez enfantin au départ mais peu à peu, le personnage de Cléo s’étoffe et j’y ai retrouvé les préoccupations d’une jeune fille d’aujourd’hui. À vrai dire, je ne sais pas si les jeunes filles écrivent toujours des journaux intimes… et je ne sais pas plus si elles vont s’identifier à ce journal intime via Anne Frank. J’ai eu parfois le sentiment que l’autrice voulait “caser” absolument des éléments qu’elle avait en tête au départ, du coup ça parait parfois un peu décousu. Cependant, une fois qu’on rentre dedans, il y a de très beaux passages, très touchants.

#Céline : C’est cela qui m’a aussi un peu déstabilisée. Je trouve, comme le dit Pépita, qu’on s’y perd un peu. Cléo est une jeune fille mature, curieuse et passionnée par l’histoire d’Anne Frank mais certains rappels historiques (certes intéressants) m’ont semblé un peu en décalage avec le reste. Mais au final, au fur et à mesure de l’histoire, on y prête moins attention, d’autant que l’histoire personnelle de Cléo prend le pas sur le reste. Cette forme permet de replacer le quotidien d’Anne Frank par rapport à celui des adolescents d’aujourd’hui. En cela, c’est très bien vu. Et, ça m’a amusée, car j’avoue que moi aussi j’ai tenu des journaux intimes dont un s’est appelé Kitty…

Sophie : En effet, il y a beaucoup d’émotions dans ce roman et notamment quand cela concerne la famille de Cléo. Elle vit avec sa grande sœur et sa mère, dépressive depuis la mort de son mari au point de fuguer pendant plusieurs jours parfois. Qu’avez-vous pensé/retenu de la relation entre ces trois personnages ?

Bouma : C’est une belle histoire de femmes. Chacune ressent un profond vide même s’il s’exprime de manière différente en fonction de leur âge et de leur caractère. Mon regard sur leur famille a changé au fur et à mesure des pages… Au final, je dirais que la mère est le centre de leur vie, la sœur aînée son pilier et Cléo en est le cœur : une combinaison parfois instable mais rassurante.

#Céline : Cléo est une jeune fille un peu déstabilisante qui analyse beaucoup les choses autour d’elle tout en les tenant à distance. J’ai eu du mal à voir le lien entre Cléo et sa mère. Celui avec sa sœur m’a semblé plus fort et plus net même si Cléo reconnaît qu’elle s’est aussi éloignée d’elle avec le temps. Au fur et à mesure qu’avance le récit, on saisit mieux le pourquoi de cette relation compliquée entre les trois figures féminines qui gèrent chacune la disparition du père, du mari de façon très différente. Et c’est au final très touchant et plutôt juste.

Cléo se livre à son journal mais n’a pas beaucoup d’amis au collège à part Bérénice. Cette amitié m’a beaucoup dérangée mais je l’ai trouvée très réaliste. Et pour vous ?

Pépita : Elle t’a dérangée en quel sens ? Moi pas du tout, je l’ai trouvée très réaliste au contraire. Cléo est une solitaire, Bérénice non. Leurs milieux sociaux sont différents. Mais cela n’empêche pas la rencontre et l’amitié ! Mais cela n’empêche pas non plus une prise de conscience de l’éloignement qui peut arriver aussi dans l’amitié. Pour découvrir autre chose. D’ailleurs, c’est ce qui arrive à Cléo. Quand on veut trop se conformer à quelqu’un, parfois on s’oublie soi-même.

#Céline : Bérénice est assez odieuse avec Cléo. Elle s’en sert comme faire-valoir et la rabaisse beaucoup. C’est en cela que j’ai parfois eu mal pour Cléo, même si je sais bien que l’amitié, ça peut aussi être ça. Le principal, c’est que Cléo prend peu à peu conscience de cet état de fait et finit par trouver le courage d’affronter et tenir tête à Bérénice.

Sophie : Cette amitié avec Bérénice m’a rappelé des choses que j’ai vécues plus jeune. Je pense que ça m’aurait fait du bien de lire ça à une époque donc je me dis que ça peut aider à mettre des mots sur ce genre de relation toxique.

Pépita : Leur relation ? Je ne sais pas si on peut parler de relation en fait. J’ai trouvé Cléo bien seule mais ma foi, elle s’en accommode. Son journal lui occupe l’esprit et lui permet de mettre de la distance sur cette solitude.

Bouma : Comme Céline j’ai eu du mal à comprendre cette relation amicale que je trouvais très déséquilibrée. Il y a un rapport de force qui se créer à chacune de leurs interactions, de manière très réaliste certes, mais qui est loin de l’amitié sereine que l’on pourrait attendre pour l’héroïne.

Sophie : Parlons un peu du titre, Nos éclats de miroir, il fait référence à la passion de la maman pour la mosaïque. Vous en avez pensez quoi ?

#Céline : Je l’ai trouvé assez poétique et très beau. Il fait référence à l’activité qui apaise sa mère mais aussi à cette espèce d’obsession pour son propre reflet et les miroirs. “… je n’ai pas cessé d’entretenir une relation très compliquée avec les miroirs, les vitrines, et tous les regards.” J’y ai vu cela aussi. Et puis, le côté “éclaté” qui se ressent au sein même de cette famille, brisée, en morceaux. Ce titre m’a semblé plutôt juste par rapport à mon ressenti du roman.

Bouma : C’est parce que vous venez de l’expliquer que je comprends la référence à la passion de la maman. J’étais complètement passée à côté. Pour moi on était dans quelque chose de plus métaphorique, comme si les différentes personnalités représentaient des parties qui rassemblées formaient le miroir…

Pépita : J’ai beaucoup aimé ce procédé. Justement pour sa dimension métaphorique et la beauté des mots. Je trouve qu’il colle parfaitement à la fois à la maman pour ce qu’elle renvoie à travers son échappatoire (la mosaïque) et à la recherche de Cléo de son identité. Plus profondément, c’est un roman qui en appelle l’image de soi. On a tous des faces cachées, des faces éclatées, des faces mouvantes et parfois la vie nous oblige à recoller les morceaux épars.

Sophie : Ce journal tient son originalité de sa destinatrice Anne Frank, mais il joue aussi avec la typographie comme sur cette photo. Qu’en avez-vous pensé ?

Bouma : Ça m’a surtout rappelé les romans de Clémentine Beauvais, qui joue également beaucoup avec ce procédé littéraire. Après ça ne m’a pas plus marqué que ça (je dirais même que j’avais oublié cet aspect du roman).

Pépita : J’ai bien aimé le jeu sur la typographie qui entrait en écho avec les sentiments de Cléo.

 

Pour retrouver nos chroniques, c’est par ici : Pépita, Bouma, #Céline et Sophie.

Prix A l’Ombre du Grand Arbre 2019 : Branches dessinées

EN cette fin de mois de février, nous venons vous proposer une troisième catégorie du Prix À l’Ombre du Grand Arbre 2019 : les Branches dessinées. Vous l’aurez compris, il s’agit des bandes-dessinées. Nous en avons sélectionné trois et c’est maintenant à vous de choisir celle que vous préférez.

Le principe est simple, c’est au public de faire son choix parmi les livres proposés.
Pendant les prochains mois, nous vous proposerons au vote les différentes catégories du Prix. Vous aurez donc jusqu’au dimanche 5 mai pour voter ! Les résultats seront diffusés le jour des 7 ans du blog, le 9 mai.

Prix ALOGDA 2019, catégorie Branches dessinées

Daphné Collignon - Calpurnia Tome 1 : .

Frédéric Bernard et Benjamin Flao - Le secret de Zara.

Loïc Clément - Chaque jour Dracula.

Quelle est votre bande-dessinée jeunesse préférée ?

  • "Chaque jour Dracula" de Loïc Clément et Clément Lefèvre chez Delcourt (75%, 70 Votes)
  • "Calpurnia 1" de Daphné Collignon chez Rue de sèvres (14%, 13 Votes)
  • "Le secret de Zara" de Frédéric Bernard et Benjamin Flao chez Delcourt (11%, 10 Votes)

Total Voters: 93

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A vos lectures et… à vos votes !

Prochain rendez-vous le lundi 25 mars pour les sélections Brindilles (albums petite enfance) et Petite feuilles (albums).

Dans le cabas de voyage de Sophie…

Ahh l’été, le soleil, les vacances ! C’est pourtant à ce moment de l’année qu’il faut résoudre la plus difficile des équations !

[Temps de lecture estimé * (Volume de la voiture – Volume des valises et des personnes)] / Nombre d’enfants à s’occuper = Nombre de livres emportés

À cela, on peut rajouter des variables du genre, et si on tombe en panne au bord de la route, il va falloir s’occuper ou encore s’il pleut ou s’il fait trop chaud, un temps de sieste littéraire s’imposera (de toute façon avec un bébé, il y en aura forcément des siestes).

Concrètement, je ne prends jamais cette équation en compte et j’ai toujours une pile de livres qui ne fait que voyager, mais on ne sait jamais…

Après avoir fait 36 piles sur le lit et m’être dit que non, Monsieur n’acceptera jamais que je prenne tout ça (en plus on n’a pas de remorque), je fais appel à la part “raisonnable” de mon cerveau qui limite le nombre de livres à la quantité pouvant être contenue dans le fameux cabas de voyage qui devra lui-même tenir à mes pieds (oui parce que déjà dans la voiture, j’ai besoin d’avoir du choix parce que je ne lirais pas la même chose entre la radio, la musique, la discussion avec les enfants et celle avec Monsieur, et les rares périodes de silence).

Donc, trions mais comment ? Après avoir hésité à choisir mes livres par couleurs, genres, formats… J’ai opté pour ce subtil dégradé entre le jaune soleil, le bleu mer/ciel et le rose lune d’éclipse.

Ensuite, il y a les lectures plus rapides, pour moi c’est surtout des BD (je vais sans doute ajouter aussi un ou deux documentaires jeunesse que j’ai envie de découvrir).

Avec tout ça, je devrais tenir une bonne partie des vacances et puis si jamais je me retrouvais en rupture de stock, je croiserais bien une librairie sur mon chemin…

Bonnes vacances !

 

Lecture commune de l’album “Caché”

Il y a quelques mois, un OLNI est arrivé dans les livres pour les tout-petits : le premier roman des bébés “Caché”. Écrit par Corinne Dreyfuss et publié chez Thierry Magnier, c’est un album sans image qui nous a fortement intrigué À l’ombre du grand arbre !

Nous en avons donc discuté ensemble et voilà ce qu’on en dit…

Corinne Dreyfuss - Caché !.

 

Sophie : Les albums pour les tout-petits, on connait bien sous notre arbre, mais celui-ci avait une petite particularité ! Sur sa couverture, un bandeau annonce “Le 1er roman des bébés”, vous vous attendiez à quoi avant de l’ouvrir ?

Pépita : À un roman ! Donc des chapitres, une histoire et des mots. L’idée de ce bandeau est d’ailleurs géniale. Ça intrigue ce mélange de livre pour adultes notifié par ce bandeau et un cartonné épais à la couleur pêchue. Et franchement, on n’est pas déçu !

Alice : Ah ben moi, je n’avais pas le bandeau… Donc, au visuel, j’ai été un peu décontenancée. Je savais que c’était “Le 1er roman des bébés” et pourtant je voyais là, un album cartonné petite enfance.

Bouma : J’ai été dans la même position qu’Alice. Sans le bandeau, pas d’indication autre part de cette spécificité, je l’ai donc ouvert comme n’importe quel album cartonné à destination des tout-petits.

Colette : Au départ je n’ai pas craqué pour la première de couverture essentiellement basée sur le graphisme des lettres du titre qui apparaissent et disparaissent au milieu des zzzz en ribambelles, mais je connaissais, grâce à vous mes copinautes, l’auteure et je savais à quel point ses livres permettent d’heureux moments de lecture avec des tout-petits. J’avais eu l’occasion de partager notamment un joyeux moment de lecture de Pomme pomme pomme lors d’une session de l’excellente lectrice des Petites Pousses ! Ce qui m’a le plus intrigué comme vous ce fut le bandeau qui accompagnait le livre en indiquant “premier roman pour bébés”.

Sophie : Alors qu’elle a été votre réaction en ouvrant le livre et en ne découvrant pas le début de l’histoire comme d’habitude, mais une préface ? Chose que personnellement je n’avais jamais vu dans un album cartonné pour les tout-petits.

Bouma : Étonnée, forcément. Et puis… je le dis ou pas… J’ai sauté la préface. Je ne lis jamais les préfaces. Je n’ai pas envie qu’on m’explique quelque chose avant d’avoir essayé moi-même de la comprendre.

Pépita : Je l’ai lue de suite… Patrick Ben Soussan ! Je ne peux pas dire que j’ai appris quelque chose au sens où je suis déjà profondément convaincue de ce qu’il y dit mais j’ai bien aimé sa façon de le dire : c’est juste, poétique et frais ! Et puis je savais que ce livre allait me plaire, beaucoup, beaucoup, beaucoup, alors cette préface c’est une mise en bouche qui m’a permis à la fois de me mettre dans le bain de ma lecture et d’en retarder le moment. Oui, tu as raison de le souligner Sophie que ce n’est pas commun une préface dans un cartonné pour tout-petits ! Mais tout n’est pas commun dans ce livre. Il a des allures de grand : bandeau, préface, typographies diverses, chapitres, pas d’images. une bien belle cohérence avec le concept affiché !

Alice : Une préface intéressante, mais qui me pose question. Elle ne nous apprend rien, à nous professionnelles convaincues, du rôle du livre dans le développement de l’enfant.
Mais justement, sera-t-elle lue et comprise ? Ne fera-t-elle pas peur à des parents “éloignés ” de cette approche ?
Je me pose alors la question : ce livre ne devient -il pas élitiste ?

Pépita : Oui je vois l’idée et tu as raison de la poser. En même temps je trouve que cette préface est adaptée justement aux parents : elle pose les bienfaits de la lecture au tout tout petit tout en esquissant ce qu’ils vont trouver dans ce livre. Car sinon je me dis qu’en le feuilletant, ils ne le liraient même pas ! Pas d’images, un I, II et III, des onomatopées, une typographie en zigzags, mais c’est quoi ce truc ? Au contraire, il s’adresse d’abord aux parents pour leur donner envie de lire ce livre. Je l’ai vu comme ça pour ma part. Et puis osons espérer qu’un roman ne leur soit pas inconnu ! Je trouve ça fort comme concept.

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Sophie : Je comprends ce que tu veux dire Alice. Mais comme Pépita, je l’ai trouvé bien écrite et j’ai aimé que ça aborde des choses simples de la lecture. En fait si je devais lui faire un reproche, c’est peut-être qu’elle est un peu longue ce qui peut rebuter un peu.

Bouma : La longueur de cette préface dans un livre pour les tout-petits peut en effet avoir quelque chose de repoussant pour certains parents. C’est une forme de médiation écrite, qui peut peut-être être complétée par une orale de la part des professionnels du livre puisque comme vous le dites nous sommes déjà convaincue des bienfaits de la lecture dès le plus jeune âge.

Colette : Je trouve la préface de Patrick Ben Soussan importante pour comprendre le concept du livre de Corinne Dreyfus, parce qu’il faut bien le dire, on est du côté de l’expérimental avec ce livre là ! Comme vous, je ne pense pas qu’un parent non averti aille vers Caché sans savoir ce qui s’y joue. Ce qu’il dit du regard du tout petit, de son attention porté aux signes sur la page, au visage et à la voix de ses parents quand ils lisent, est vraiment clair sans être jargonnant. Grâce à cette préface le parent est invité à lire, encore et encore, et de TOUT à son petit (même Le petit livre Rouge et le Dalloz !) et cette parole on ne l’entend pas souvent en tant que parent. C’est une belle invitation que cette préface, une invitation à lire Caché mais surtout à lire tout court avec son bébé.

Sophie : Il est maintenant temps de passer à la lecture du livre à proprement parler. Quelles ont été vos réactions en découvrant l’histoire, le fond comme la forme ?

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Pépita : Une bien belle narration découpée en 3 chapitres avec la porte qu’on ouvre et ferme pour marquer le passage entre le dedans et le dehors, une typographie qui suit ce qui est dit dans le texte, c’est un régal à lire à haute voix, un album qui induit du jeu dans le jeu. Perso, je suis totalement fan. Une façon de renouveler ce jeu du coucou-caché si apprécié des petits, qui symbolise à merveille la séparation et les retrouvailles.

Colette : Si on ne fait que survoler le livre on passe complètement à côté de son inventivité – ce qui a failli être mon cas si vous n’aviez pas lancé une lecture commune sur ce livre hors du commun – des mots qui partent dans tous les sens, du noir et blanc, aucune image, voilà bien un livre pour tout-petit très étrange. Comment vont-ils s’y retrouver nos bébés lecteurs ? Et bien ils vont s’y retrouver parce qu’ils vont y être accompagnés. Ce livre recèle des pouvoirs magiques, il nous invite à proclamer à haute voix de drôles de formulettes. Car une chose est sûre ce livre là est fait pour être joué, comme une pièce de théâtre en quelque sorte, plus qu’un roman d’ailleurs.

Bouma : J’ai été happée par la forme, peut-être un peu au détriment du fond puisqu’il m’a fallu une seconde lecture pour apprivoiser le sens de ce “coucou-caché-je suis là”. On est sur une situation très commune chez le tout-petit qui adore cette forme de jeu, le contexte de ce roman est donc partie prenante de son intérêt. Du côté forme, la typographie permet à tout adulte, même non initié, de mettre facilement les intonations. C’est très intuitif.
Et petit plus, il y a vraiment toute la forme du roman : en plus du découpage en chapitre, on retrouve dans l’en-tête de chaque page la pagination et un rappel du titre du chapitre.

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Alice : La première page surprend et ce n’est qu’à partir de l’interrogation de la deuxième page que l’on comprend le mécanisme de ce roman. De suite, notre cerveau entre en action et on a envie de le lire à voix haute. La typographie y est pour beaucoup et les intonations sont faciles à mettre en place. Arrive le deuxième chapitre et l’on comprend alors le jeu de l’auteur et tout est si complémentaire que les images viennent à nous sans qu’il y ai besoin d’illustrations. le livre pend vie sous nos yeux et dans notre tête : ce procédé est très fort !
Si la forme est indiscutable, le fonds l’est tout autant. On sait bien que ce jeu de coucou-caché fonctionnera parfaitement bien auprès des tout-petits. Bref, rien à redire sur cet album-roman innovant et tellement bien maitrisé !

Sophie : Vous êtes toutes assez conquises par ce livre mais l’avez-vous testé avec des enfants ? Pour quel âge le conseilleriez-vous ?

Bouma : Testé deux fois cette semaine avec des petites sections et leurs accompagnants et je dois dire que j’ai été assez bluffée par son impact.
Les enfants avaient du mal à se centrer autour des livres et des histoires lues jusqu’à ce que je leur sorte. Dès les premiers mots, ils se sont tus et on regardé le livre avec curiosité. J’ai senti que les adultes étaient également intrigués par le principe du livre. Et quand je leur ai demandé qu’elle était la différence avec les autres livres (c’était une animation autour des livres extraordinaires que l’on trouve à la bibliothèque), ils m’ont répondu qu’il n’y en avait pas. De même, ils pensaient tous qu’il y avait des images… La typographie leur apparait donc telle qu’elle est : une représentation graphique du texte.

Sophie : Oui l’effet est chouette ! Je l’ai lu hier et aujourd’hui avec des maternelles, ça les captive. Et on dirait qu’il voit le personnage jouer à cache-cache, c’est marrant, le fait que ce ne soit pas représenter ne les perturbe pas du tout.

Colette : Je pense que ce livre se savoure dès la naissance grâce à ses beaux contrastes en noir et blanc, ses lettres de toutes les tailles, ses signes qui captent le regard. Et je pense qu’il sera pleinement apprécié par les enfants de 3-4 ans qui en saisiront toute la dimension ludique qui fait écho à ce jeu adoré du cache-cache, avec son inquiétant compte à rebours, sa mystérieuse attente, ses étranges déambulations. Et même plus grand, l’enfant pourra apprécier l’ingéniosité de l’auteure qui se joue de nous dans cette mise en abyme finale qui referme la quête sur son lecteur.

 

Si vous voulez en lire encore plus sur cet album, voilà nos avis : Pépita, Bouma et Sophie.

Et vous l’aurez compris, on vous invite très fortement à lire cet album et à le partager avec les enfants… et les adultes !