Les ailes de la Sylphide de Pascale Maret

 Elle s’appelle Lucie. Elle nous embarque dans son monde peuplé d’êtres féériques,  mais dés le premier chapitre on pressent le drame, sans jamais le deviner.

Aussi chamboulées que moi, mes complices, Pépita, Lucie et Carole ont bien voulu se prêter à une lecture commune des Ailes de la Sylphide de Pascale Maret.

Alice : [Retour dans le passé], souvenez-vous de vos premières impressions avant de dévorer ce livre : qu’imaginiez-vous à la vue de la couverture, à la lecture du titre et du résumé?

Pépita : Je m’attendais à un roman en rapport avec la danse, mais beaucoup plus léger qu’il ne l’est en réalité. Et je trouve la couverture superbe !

Bouma : Je m’attendais à un roman fantastique dans la ligne de Maupassant après avoir vu une vidéo de Pascale Maret résumant son roman. Je m’attendais à retrouver la plume délicate et sensible de cette auteure. Je m’attendais à beaucoup de choses et pas forcément à ce que j’ai eu entre les mains.

Carole :  J’ai vu la sublime couverture, et attirée comme un papillon, j’ai pris le roman ! Je connaissais le ballet donc j’ai compris que la danse serait la toile de fond…mais j’étais loin de me douter du reste. Très belle surprise côté style, et évidemment troublée par le sujet.

Alice : En effet, une grosse surprise, ce livre ! Mais puisque Carole l’évoque, quel est le sujet du livre ? Qui se lance dans un petit résumé pour continuer ?

Pépita : C’est l’histoire d’une jeune fille passionnée de danse, un absolu pour elle, une exigence qu’elle s’impose au-delà du raisonnable. Les ailes de la sylphide est SON ballet et elle obtient le rôle principal pour le spectacle du Conservatoire. La concurrence est très rude et le monde de la danse impitoyable. C’est l’histoire d’une souffrance très intime que ce rôle va sortir des limbes de l’inconscient et qui va mener cette jeune fille jusqu’au pouvoir salvateur des mots. C’est une histoire métaphorique remarquablement bien maîtrisée et qui mène le lecteur en apnée dans sa révélation.

Carole : Pas mieux ! C’est sublimement et subtilement dit Pépita !

Bouma : Très bien dit mais pour moi tu occultes toute la partie fantastique du livre (qui représente bien la moitié du récit tout de même).
En effet, la jeune Lucie est tellement faite pour être la Sylphide que des ailes apparaissent sur son dos peu de temps après l’obtention du rôle. Désireuse de savoir si ce qu’elle voit est bien réel, elle se rend au cœur de la forêt bordant la maison familiale et y découvre un monde féerique. Celui-ci n’est pas celui auquel elle s’attendait et elle va même y découvrir un puissant être maléfique qui lui veut du mal…

Alice : Bouma évoque à deux reprises cette incursion du fantastique dans le récit. Pour Pépita et Carole, a priori, ça passe au second plan …. à moins que cela ne se confonde complètement avec la réalité ? Votre avis sur ce mélange des genres ?

Pépita : Je l’ai en effet vu davantage comme un moyen d’échapper au réel. Ce que vit Lucie, là, dans la forêt, c’est le fruit de son imagination pour moi. Le tour de force de l’auteure est de mêler si bien les deux que le lecteur oscille lui aussi entre les deux mondes, comme l’héroïne, dans un va-et-vient permanent. Ce serait de mon point de vue du fantasmagorique et non du fantastique.

Bouma : Moi je trouve qu’on est clairement dans le fantastique. Car avant la fin et l’épilogue, qui nous en explique trop à mon goût (je reviendrai la dessus plus tard), Lucie finit par croire aux sylphides et à l’univers féerique dans lequel elle évolue. Pour elle, c’est la réalité et elle hésite même, à un moment, à fuir dans cet univers.

Carole : Cette discussion prend une tournure qui me plaît beaucoup ! De mon côté, je suis plutôt comme Pépita, j’envisage les éléments extra-ordinaires d’un point de vue fantasmagorique. Lucie se crée des remparts psychologiques très forts pour se protéger, en vain, du moins pour tenter de créer une distance avec sa vie et ses horreurs. C’est une question de survie pour elle. Elle me fait penser à Alice par moments avec cet esprit suffisamment fort pour transcender la réalité et en même temps s’en échapper pour ne pas sombrer. Cela me rappelle cette phrase prononcée par Alice  : “If I had a world of my own, everything would be nonsense. Nothing would be what it is, because everything would be what it isn’t. And contrary wise, what is, it wouldn’t be. And what it wouldn’t be, it would. You see?”

Alice : [Un petit clin d’œil à Alice aux pays des merveilles ? Merci Carole !] Personnellement si Bouma écrit « elle finit par croire aux sylphides », comme l’héroïne, je me suis aussi surprise à douter et à croire à cette existence d’êtres illusoires. Je n’ai pas seulement oscillé comme le dit Pépita, mais je me suis agréablement laissée glisser dans ce trouble, sans une seule seconde imaginer l’épilogue (mais on y reviendra plus tard, comme dirait Bouma !)
Mais que ce soient les éléments merveilleux, la présence des gentils et des méchants, la situation familiale de Lucie (enfant adoptée), le prince charmant amoureux (Théo), n’avez-vous jamais pensé être au milieu d’un conte ?

Pépita : Quand je disais « osciller », c’est pour signifier dans ce récit cette alternance entre l’attirance de la forêt pour Lucie et la réalité de la danse, qu’elle finit du coup par avoir plus que du mal à gérer. Je ne me suis jamais sentie dans un conte mais dans une histoire sublimée au départ, et très vite, je me suis dit qu’elle était la traduction d’une souffrance psychologique très dure à supporter pour cette jeune fille que la préparation du ballet a remonté à la surface. Les ailes de la sylphide ne sont que la partie immergée de l’iceberg : Lucie a besoin de prendre son envol, de rompre les chaines de son silence. S’identifier à la sylphide lui permet de s’affranchir un peu de la réalité mais qui la rattrape et tomber fait mal. Très mal. Son mal-être, son anorexie, ses blessures physiques sont autant de signaux envoyés que l’entourage n’a pas su voir. J’ai trouvé cet aspect-là terrible. Tout comme l’épilogue. Mais j’aimerais qu’on ne le dévoile pas trop à nos lecteurs sinon c’est enlever tout intérêt à la lecture de ce roman !

Bouma : Mais quel débat ! Je suis restée franchement fixée au texte comparée à vous. Je n’ai pas deviné la fin avant de lire l’avant-dernier chapitre (celui juste avant l’épilogue). Mais bon, passons à la suite.

Alice : Avançons donc et abordons enfin cet épilogue qui a déjà été évoqué à plusieurs reprises. Attention, il ne s’agit pas de dévoiler le dénouement et de donner la clé du livre (ce serait dommage), mais plutôt de dire comment vous l’avez « accueilli » ? Vous y attendiez-vous ? Comment l’avez vous vécu ?

Pépita : L’épilogue, je l’ai reçu en plein ventre. Je suis tombée, comme Lucie. Littéralement. Je me doutais qu’une révélation allait expliquer ce refuge dans le surnaturel mais je n’ai absolument pas vu venir, comme toi Bouma. Puis, le choc passé, j’ai eu envie de comprendre. J’ai eu envie d’entendre ce que Lucie avait à dire. Du coup, lorsqu’on apprend sa vérité, on relit le roman d’une autre façon. C’est remarquablement bien mené. Autant la révélation est rude, autant j’ai trouvé que Lucie était bien accompagnée, là, à ce moment crucial pour elle. Elle ne peut plus s’échapper et on l’aide à accoucher d’elle-même à la fois avec tact (la femme policier) et fermeté (l’homme policier). C’est un roman bouleversant à bien des égards.

Carole : Sensiblement comme Pépita. Je suis tombée aussi. Je redoutais l’issue, je n’ai pas été déçue. La Sylphide prend alors toute son ampleur symboliquement parlant : sorte d’ange-gardien chargé de protéger les jeunes filles. Elle se rêve légère dans une vie plombée. C’est vraiment un roman qui bouleverse.

Bouma : Allez, bah moi cet épilogue il m’a déçu. Oui, il en fallait un, mais fallait-il tout nous expliquer dans les moindre détails… J’aurais aimé quelque chose de plus léger qui laisse soin aux lecteurs de reconstruire le récit à la lumière de ces révélations. Résultat : j’ai refermé le roman en étant en colère contre cette auteure qui me gâchait une si belle lecture. J’ai été totalement frustrée, comme lorsque qu’on vous donne de quoi réaliser un objet et qu’on le fait à votre place…

Alice : C’est vrai que ce dernier chapitre est un long retour en arrière qui défait tous les nœuds un par un. Il renvoie à des événements racontés précédemment que l’on comprend maintenant différemment. Carole et Pépita, avez-vous aussi vécu tout cela comme un trop plein d’explication, après la surprise du dénouement ?

Carole :  Et bien non pour ma part. Rien de trop. La juste dose d’éclaircissement, la juste dose de pudeur aussi.

Pépita : Pas un trop plein d’explication mais plutôt une réponse à ce que je pressentais : une souffrance incommensurable qui enfin trouve le chemin pour se déverser et offrir à Lucie une renaissance. Et je rejoins Carole dans la pudeur. J’y ajouterais la dignité.

Alice : La dignité ? Que veux-tu dire par là, Pépita ?

Pépita : La dignité parce que le choc passé de l’histoire de Lucie, on ne tombe pas dans le sordide. Du tout. Lucie est accompagnée dans sa parole qui se libère et les dernières pages indiquent que sa reconstruction est possible et qu’elle va pouvoir vivre, enfin. Elle n’est pas jugée, elle est respectée : on ne met pas en doute sa parole, on l’écoute, on l’aide à préciser, et tout s’enclenche alors.

Alice : On a pas mal discuté de ce livre sur son fond et sur sa forme et pourtant je me rend compte que l’on a à peine évoqué les personnages. Lucie, bien sûr, mais aussi son entourage : ses parents, sa cousine, le prof de danse, l’amoureux, …. et leurs rôles auprès de Lucie. Parler de chacun d’entre eux prendrait un temps fou, à votre choix, je vous laisse me parler de qui vous voulez …

Bouma : En grande amatrice de bluettes, je retiendrai l’amoureux, celui qui séduit, qui vous donne envie de connaître de nouveaux endroits, de nouvelles normes, celui pour lequel on doit faire des choix, pas forcément les bons. J’ai trouvé sa relation avec Lucie très ancrée dans la réalité. Il ne tourne pas autour du pot, sait affronter le quotidien d’une relation, sait prendre des décisions. Un personnage qui a son importance tant à la fin il ressemble à une bouée de sauvetage.

Pépita : Les personnages ….Alors, curieusement, je ne m’y suis pas trop attardée sur les autres personnages durant ma lecture. Ses parents sont aimants et protecteurs, maladroits, inquiets, comme peuvent l’être des parents. Sa cousine : un personnage diamétralement opposé qui vit sa vie d’étudiante. Son prof de danse : exigeant mais normal vu son cursus. Ce qui m’a interpellée, c’est qu’aucun des adultes ne perçoit sa souffrance malgré les signaux que Lucie envoie. Il n’ y a que l’amoureux qui lui, l’ancre dans la réalité. Je rejoins Bouma là-dessus. Mais Lucie le refuse, elle n’est pas prête, elle ne peut pas. J’ai même été étonnée qu’elle puisse s’autoriser une histoire d’amour. C’est très déstabilisant pour elle. Je l’ai trouvé formidable ce jeune homme !

Carole : Je retiens aussi la grande maturité de l’amoureux, et sa prise de risque. Il capte quelques signaux, à la différence des adultes comme le souligne Pépita.

Alice : AAAAh Théo ! Tout le monde tombe sous le charme de l’amoureux éconduit mais toujours là.
Je pensais que quelqu’un parlerait de la cousine. Je pense que c’est celle que j’aurais choisie. A la fois si présente et absente.  Celle qui pourrait être la confidente, la copine, la « chaperonne » passe complètement à côté et pourtant j’ai un sentiment qu’elle a toute son importance.  « Un personnage diamétralement opposé. » comme le dit Pépita et qui bouscule la vie réglée de Lucie par son indifférence.  Comment l’avez-vous ressentie Carole et Bouma ?

Bouma : Elles m’ont donné l’impression d’être colocs avant cousines. On retrouve alors dans leur relation l’intimité due à la promiscuité mais une totale absence de partage réel. Elles vivent côte à côte, pas ensemble.

Carole : A bien y réfléchir, je ne suis pas si sûre de l’indifférence affichée par la cousine. Ne serait-ce pas une stratégie d’évitement ? Par là j’entends, un réflexe inconscient qui consiste à se préserver soi-même. Est-elle si aveugle au mal-être de sa petite cousine ? N’a-t-elle vraiment rien vu ? Parfois il est difficile de se confronter aux problèmes de l’autre, parce que ça renvoie à notre propre vie et nos blessures…

Alice : Que de différences d’interprétations suscitées par cette lecture ! Parce que je pense que l’on a bien fait le tour, je finirai en vous demandant à chacune de donner un mot, et un seul. Un mot qui traduise une émotion ressentie à la lecture de ce livre

Pépita : Pas facile comme question …une sorte de peur diffuse.

Carole : J’ai bien réfléchi et je dis la pudeur.

Bouma : Je choisis le doute ( parce que j’ai déjà dit la colère…)

Alice : Et moi je rajoute le piège…

Une lecture riche qui nous a sacrément interpellées. Beaucoup d’interprétations différentes et pas mal de questions en suspens. Pour lever quelques interrogations, Pascale Maret a accepté de répondre à nos questions : ses réponses dans la chronique de demain A l’ombre du grand arbre !

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Et pour aller plus loin, voici nos avis sur nos blogs respectifs :

Pépita – Méli-Mélo de livres

Carole – Blog-3etoiles

Alice – Alireauxpaysdesmerveilles

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Ce qu’on retient de nos lectures de Janvier

Le mois de janvier,
31 jours à lire,
31 jours pour lire,
31 jours à la découverte de nouveaux livres.

Voilà ce qu’on retient de ce mois de Janvier 2014 à l’Ombre du Grand Arbre.

Pour À lire au Pays des Merveilles, il s’agit de …

Vivre l’inimaginable présent et envisager l’avenir.
Prendre LA décision de toute une vie.
Un roman à la fois formidable et troublant abordé tout en délicatesse et en pudeur.

La décision de Isabelle Pandazopoulos. Gallimard Scripto, 2013.

D’autres avis pour ce livre, sur le blog Qu’importe le flacon, et chez Bouma.

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Au mois de janvier Kik a découvert les ouvrages d’Élise Fontenaille avec plaisir …

Ils sont tous les deux (trop) courts,
Ils sont tous les deux poignants, et émouvants,
Ils interrogent tous les deux sur la vie d’adolescents, dans deux contextes très différents,
Ils sont tous les deux un coup de poing porté à l’autorité …
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Et même que dans Le Tiroir à Histoires, on a aussi lu Le Garçon qui volait des Avions.
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« Dés les premières phrases, on est happé dans un récit à cent à l’heure aussi bouleversant que haletant, une fuite comme un pied de nez farouche à la justice. »
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Un double coup de coeur pour ce mois de janvier à l’ombre du grand arbre, et vous vous ne l’avez toujours pas lu ?!
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Les trois soeurs et le dictateur d’Élise Fontenaille, Le Rouergue, 2014, coll. Doado.
Le garçon qui volait des avions d’Élise Fontenaille, Le Rouergue, 2011, coll. Doado.
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Fin Janvier, Pépita a eu un Coup de Coeur pour ce livre sur les livres …
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Un livre-accordéon remarquablement bien conçu. Un côté qui vous dit tout sur les acteurs de la chaîne du livre et de l’autre, c’est vous qui devenez acteur. En 10 points, vous pourrez réaliser votre premier chef d’oeuvre ! Très bien documenté, clair et dynamique, un livre sur les livres.
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Pour faire un livre d’Alain Serres et Solenn Larnicol, Rue du monde, 2014.
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En janvier, il y a eu cet album en particulier, chez Sophie
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Cet album imprimé sur du papier épais est un jeu avec les formes et les couleurs qui se superposent de page en page. On se balade autour d’un étang avec une histoire qui évolue au fil des découpages. C’est graphique, c’est bien fait, c’est un petit chef-d’œuvre.
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2 yeux ?,  de Lucie Félix, Les Grandes Personnes, 2012.
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Au mois de janvier, Céline a pris le temps de rêver …
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Une petite pilule colorée à avaler le soir avant de dormir pour passer une douce nuit peuplée de beaux rêves et se réveiller frais et dispos le lendemain, prêt à croquer le monde à belles dents, à soulever des montagnes et à dire oui à l’amour !
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Dans mes rêves, Juliette Parachini-Dony & Lucie Vandevelde, Editions des Minots, 2013
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Chez Bouma, en janvier, on retient encore un peu le froid de l’hiver …
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Inspirée de plusieurs contes de fées traditionnels, la plume de Sylvie Delom met en avant toute la magie et la cruauté de tels univers. Racontée aussi à travers les pinceaux d’Aurélia Fronty, cette belle histoire se raconte bien emmitouflé, pourquoi pas au coin du feu, pour laisser loin derrière vous le gel et le froid.
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Le Roi de la montagne en hiver, texte de Sylvie Delom, illustrations d’Aurélie Fronty, Didier Jeunesse, coll. Contes du monde, 2013.
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Peu ou pas d’étoiles en janvier, sur le blog 3 étoiles, et pourtant ça scintille de partout …
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C’est beau ! Un inventaire fantaisiste, un imaginaire débordant, un univers onirique : magique !
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Dans mes rêves de Juliette Parachini-Deny, illustré par Lucie Vandevelde, éditions Les Minots, 2013.
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De ce mois de janvier, Nathan se souvient de son anniversaire et retient ce roman …
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Un coup de ♥. Pour Quentin d’abord, pour cette adolescent auquel je m’identifie, auquel je m’attache, que j’apprends à aimer et à soutenir de mon simple et maigre pouvoir de lecteur, pour ce personnage qui m’émeut beaucoup. Pour l’histoire poignante, pour le style sincère et puissant qui porte ce texte fort. Pour 150 pages qui dégagent une émotion dévastatrice qui m’a beaucoup marqué. Pour tout ça dans si peu.
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Double jeu de Jean-Philippe Blondel – Actes sud junior, 2013
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Tout est blanc. Il fait si froid

Lorsqu’il fait si froid,
Lorsque la neige crisse sous nos pas,
Lorsque le paysage est blanc,
Lorsque il fait bon lire, au chaud …

Une sélection hivernale, conçue À l’ombre du grand arbre

Il neige dans les bois chez Kik …

Il y a du blanc partout. Les flocons tombent de plus en plus. Il y a un tapis épais de neige sur le sol. Les animaux laissent des traces repas, qui mènent à cette maison remplie de chaleur. On y lit une histoire. J’aimerai bien être avec eux, à écouter moi aussi.
Jour de neige de Delphine Chedru, Autrement, 2013.
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Il fait un peu froid Dans le tiroir à histoires …

Une promenade sous la neige dans un univers fourmillant et coloré. De superbes planches illustrées, une atmosphère pétillante et déjantée, le plein de peps dans la froidure de l’hiver !

Il Neige dans la Ville des Animaux de Hannamari Ruohonen, Syros, 2008.

 

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On se les gèle carrément Dans le tiroir à histoires,

Retrouvez votre coeur d’enfant, et revivez cette excitation bouillonnante de l’attente de la neige tant espérée et la joie folle dés les premiers flocons tombés : Un bel album, comique, poétique, et plein de joie !

Il Neige de Uri Shulevitz, Kaléidoscope, 1998.

 

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Je crois que l’on aime la neige Dans le tiroir à histoires,

Quand il fait nuit et froid dehors, et qu’on se recroqueville dans les maisons tout près du feu, un petit lutin veille sur tout le monde. Dans le silence de la nuit, à petits pas dans la neige, il va faire son tour de bonne nuit. Un doux conte d’hiver à l’atmosphère un peu magique, servi par les illustrations particulièrement réussies de Kitty Crowther.

Lutin veille, Astrid Lindgren et Kitty Crowther, Pastel, 2012

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Décidément … il y a encore de la neige à déblayer Dans le tiroir à histoires,

Dans le silence feutré de la forêt enneigée, chacun voudrait bien se faire une petite place au chaud. Alors on se serre un peu pour se réchauffer le corps et le coeur. Des illustrations absolument magnifiques pour cette version méconnue de La moufle.

Une petite place pour moi ? de Loek Koopmans, Editions Iona, 2009.

 

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Il y a un échange de boules de neige avec  Kik,

 

Une autre version du conte russe La Moufle, illustré par Cécile Hudrisier.

La Moufle de Florence Desnouveaux et de Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse, 2013.

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La neige il y aurait pu en avoir à Noël chez Kik,

Une petit fille, un pull à col montant (il semble chaud), des joues rougies (par le froid ?), sur un fond noir, elle donne l’impression de poser pour l’objectif d’un photographe. Ce ne sont pas les cadeaux qui sont attendus avec impatience, mais Martin, ce cousin coiffé d’un bonnet rouge. Ils avaient prévu une nuit de Noël pleine de suspens, pleine d’aventures, liées à la venue du Père Noël.

Il n’y a jamais eu autant de neige de Fabienne Burckel, Sarbacane, 2013.

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Mais il ne faisait pas assez froid cette année. Une histoire qui réchauffe le coeur chez Kik ,

Il n’y a pas que Martin qui est bloqué par la neige le soir de Noël. Un petit roman, sur Noël,  la neige et les hasards de la vie. Parfois être bloqué avec des inconnus, ce n’est pas si mal. Cela peut même être très plaisant !

Le problème avec Noël d’Agnès de Lestrade
illustré par Clémence Pollet, Le Rouergue, 2012.

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Un livre plein de neige raconté par les lutines,

Les flocons évoquent souvent ces bonheurs d’enfants (glissades, boules et bonhommes de neige), mais cet album nous raconte une tout autre histoire où la neige et le froid deviennent bien angoissants.

Un jour de neige, de Fujiwara Kazue et Koshiro Hata, Bayard Jeunesse

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Une bibliothèque enneigée, ça donne un autre livre raconté par les lutines,

Lucie a choisi un album bien différent. Un conte initiatique où l’on rencontre des animaux du grand froid, tantôt des obstacles tantôt des guides pour le jeune héros.

Ushi, de François Roca et Frédéric Bernard, Albin Michel.

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Saviez-vous qu’il neige aussi dans le terrier du Lapin Blanc ? À lire au pays des merveilles …

Anoki ne se laissera pas chiper le joli poisson qu’il vient de pêcher, par les animaux de la banquise alléchés ! Il a hâte de rentrer chez lui et de le préparer pour dîner à ses enfants qui « adooooooooorent » le poisson, …bien évidement !
Hilarant !

Anoki de Jean Leroy et Emmanuelle Eeckhout. Pastel, 2013

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Dans les romans,  il y a du givre,
On y retrouve aussi l’hiver …

De la neige, À lire au pays des merveilles,

Juillet 2035 à Aurillac : le soleil a disparu laissant place au froid intense. Petit à petit les pins grignotent l’espace, rongeant au fur et à mesure l’espèce humaine. Comment alors survivre à cette atmosphère apocalyptique ?

Le dernier hiver de Jean-Luc Marcastel. Hachette , 2011 (Black Moon)

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Nathan a sorti ses gants, son écharpe, et affronte le froid …

Un décor neigeux, froid et hivernal pour placer une histoire d’amour douce et sucrée. A déguster dans un fauteuil devant une cheminée, un poêle (ou au chaud dans son lit au pire) avec un bon chocolat chaud.

Entre toi et moi de Stephen Emond – Albin Michel Wiz, 2013

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Qu’importe le flacon pourvu qu’on est l’ivresse du froid, et de la neige …

« Neige » est une peinture. Celle d’un Japon raffiné et d’une sagesse centrée sur la beauté, la nature, la philosophie.
« Neige » est une danse. Une danse sur le fil de la vie où se côtoie la vie, la mort et l’amour.
« Neige » est une musique. Celle des mots ciselés à la perfection, à l’image des haïku que vénère Yuko, le poète de la neige.
« Neige » est une calligraphie qui en quelques traits d’une pureté inouïe nous trace le destin croisé de deux hommes, l’un au crépuscule de sa vie, l’autre à l’aube de la sienne.
« Neige » est une poésie en prose qui enchantera votre âme.

Un conte philosophique pour plus grands, à partir de 15-16 ans.

Neige, Maxence Fermine, Editions Arléa, 1999 (version audio, Le livre qui parle, 2012) Qu’importe le flacon au sujet de la version audio

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Qu’importe le flacon nous embarque de l’autre côté de l’Atlantique …

Sous des apparences de bluette à la mode, matinée de fantastique, ce titre va en bluffer plus d’un ! Et si, derrière les rêves, se profilait la pire des réalités, un des événements qui a à jamais bouleversé le monde ? Un titre qui ne manquera pas de vous faire frisonner ! A ne surtout pas lâcher avant la fin !

Bal de Givre à New York de Fabrice Colin, Albin Michel Wiz, 2011.

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Bonus offerts par des bonhommes de neige …
Des sélections hivernales, avec d’autres livres à découvrir …

Chez Méli-mélo de livres,  Monsieur Hiver prend ses quartiers pour quelques mois : une sélection méli-mélo pour rendre cette saison bien plus sympathique

Maman Baobab, Brrrrrrr Il fait si froid !

Bouma, un deuxième lot de neige chez Bouma …

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Et puis un petit dernier flocon pour le plaisir  ! 

Dés que les premiers flocons commencent à tourbilloner, l’excitation grandit. Pour Archi l’ours, impossible de trouver le sommeil sans imaginer toutes les aventures qui l’attendent le lendemain. Un album de saison ….

Joyeuse neige de Martine Laffon et Chloé du Combier, Éditions du ricochet, 2013.

Zelda la rouge

Et voici le retour des lectures communes sur notre blog collectif avec un roman haut en couleurs, coup de cœur 2013 de trois d’entre nous :

Zelda la rouge de Martine Pouchain

Aux éditions Sarbacane

Collection EXprim’.

9782848656472FS

Un roman qui a su nous toucher par son franc-parler, par les thématiques fortes qu’il aborde et dont les personnages ne laissent pas indifférent.

Au cours de notre discussion, nous n’avons pas souhaité trop en dévoiler sur l’intrigue…

Céline du blog Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait Livresse, Sophie de la Littérature de jeunesse de Judith et Sophie, Nathan du Cahier de lecture de Nathan, ont répondu à mes questions (Pépita-Méli-Mélo de livres).

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Pépita : Il y a toujours un petit quelque chose qui nous pousse à lire un livre par rapport à un autre : quel a été pour vous l’élément déclencheur pour vous donner envie de lire celui-là ?

Sophie : Tibo Bérard, le directeur de la collection eXprim’, m’avait parlé de ce livre lors de l’interview que j’ai fait cet été. À la simple mention du nom de l’auteure, Martine Pouchain, j’ai eu envie de le lire. Le premier roman que j’ai lu d’elle m’a beaucoup marqué et depuis, je la suis toujours avec plaisir et je n’ai jamais été déçue.

Nathan : C’est pour moi aussi le nom de l’auteure qui m’a poussé à le lire, mais aussi tout simplement celui de la collection. Il faut savoir que le premier roman que m’a envoyé Exprim’, c’était un de cette auteure, alors il y a comme un lien un peu particulier qui me lie à elle. De plus, Tibo Bérard nous avait proposé à quelques blogueurs de choisir la couverture du roman, entre deux différentes, alors j’avais hâte de savoir ce que ça allait donner, le texte !

Céline : J’ai été attirée de prime abord par la couverture (c’est celle-là que tu avais choisie Nathan ?) et par le titre qui suggèrent une histoire de guerrière comme je les aime et puis, ai été saisie par l’accroche intrigante de l’éditeur « Une comédie romantique émouvante, abordant le thème de la vengeance et du handicap » et vos commentaires élogieux ont fait le reste…

Pépita : Si vous deviez définir ce roman en trois mots, quels seraient-ils ?

Céline : C’est court trois mots ! Il y a tellement de sentiments qui se bousculent dans ce roman… Amour fraternel, vengeance et pardon…

Nathan : Je trouve les mots de Céline très bien choisis … mais je dirais amour, tout simplement et ajouterais différence et espoir.

Sophie : Amour, c’est incontournable en effet. Handicap parce que ça pose des questions intéressantes sur ce sujet. Et Pardon pour terminer.

Pépita : J’ajouterais famille, solidarité et écoute de l’autre.

Beaucoup de thématiques en effet dans ce roman. Mais seulement six personnages principaux : les deux sœurs, Zelda et Julie, Paul, le voisin âgé, Jojo et Kathy les colocataires, et Baptiste. Lequel vous a le plus touché ?  

Nathan : Chacun d’eux a un petit quelque chose qui m’a touché … et si j’ai failli pencher pour la joie de vivre de Zelda, je choisirais finalement Paul. Il y a beaucoup à dire de ce vieil homme qui vit seul. Cet amour de la solitude. Son chat pour compagnie. Et cet arbre. Cet arbre qu’il peint depuis des années, sans jamais changer de sujet. Ce symbole de force et de stabilité. La vie à l’état pur. Le temps qui passe et ne mourir qu’après des années. Un vieil homme plein de vie et de beauté.

Sophie : J’ai pas mal réfléchi à ta question et ce n’est pas facile. Ce n’est pas très original mais c’est Zelda que j’ai préféré. J’ai trouvé très beau la force qu’elle avait, déjà de vivre avec son handicap et puis aussi d’accepter de ne plus chercher le coupable, pour enfin pouvoir revivre.

Céline : Ils étaient tous attachants, touchants et criants de vérité… J’ai admiré Julie pour l’empathie qu’elle témoigne à ses « petits vieux », été époustouflée par la maturité de Zelda et mon cœur s’est serré pour Paul, ce papy de substitution qui pose sur la vie un regard bienveillant d’artiste et de philosophe. Baptiste ne m’a pas laissée indifférente non plus, loin de là ! Il cherche la rédemption en se lançant dans un métier qui le tue à petit feu et en se confrontant délibérément à sa victime. Même s’il est le « méchant » de l’histoire, il a des circonstances atténuantes et son sort ne peut que nous interpeller. A-t-on tous droit à une seconde chance ?

Pépita : Tout comme vous, j’ai été touchée par chacun des personnages chacun à leur façon. Mais peut-être davantage par ces deux sœurs, très différentes mais ce sont les circonstances de la vie qui ont forgé leur caractère. Julie m’a emballée par son côté garçon manqué et par sa sensibilité à fleur de peau qu’elle cache sous sa carapace. Et que dire de Zelda ? Tout comme toi, Sophie, j’ai été très touchée par son approche de la vie, par sa grande tolérance et par son côté très réaliste, prendre les choses comme elles viennent et par son franc-parler. Elles s’équilibrent ces deux sœurs. Elles se portent mutuellement quand l’une flanche et elles se connaissent si bien. Et Paul ! Quelle bienveillance ! Et Jojo et Kathy, quel bonheur ! C’est un livre qui m’a fait penser à « Ensemble, c’est tout  » d’Anna Gavalda, où on se choisit une famille quand elle fait défaut et où on apprend à vivre avec les autres. Est-ce un aspect du roman qui vous a convaincu(e)s ?

Sophie : Je n’avais pas fait le rapprochement avec « Ensemble, c’est tout » mais en effet, il y a des points communs. J’ai beaucoup aimé ce regroupement familial de toutes ces personnalités si différentes qui ont été en quelque sorte abandonnées par leur famille d’origine. C’est un aspect qui m’a bien plu en tout cas.

Nathan : Je ne dirai pas qu’elle « fait défaut » cette petite famille. Sauf si tu entends par là qu’ils sont tous bien différents et doivent apprendre à s’unir, alors oui, sans doute. Ils sont tous un peu sur des planètes éloignées et pourtant il se trouve finalement qu’ils vont vivre ensemble et, peut-être s’aimer. C’est ça une famille après tout : ensemble contre le reste du monde.

Pépita : Faisons un petit focus sur les deux sœurs : Zelda et Julie. Le roman est tout de même construit sur la presque-alternance de leurs deux voix. Une relation fraternelle très forte façonnée par les aléas de la vie et quels drames elles ont dû affronter ! Qu’auriez-vous à dire de leurs liens : fusion, dépendance, bienveillance, besoin d’émancipation,…?

Sophie : Je trouve ces deux sœurs très complémentaires. L’une est dure et ne rêve que de vengeance. L’autre est pleine de vie et d’une force incroyable. Pour ça, elles ont une relation très proche pas loin d’être fusionnelle, elles ont besoin l’une de l’autre pour « s’équilibrer ». Et pourtant pour les mêmes raisons, elles ont besoin de s’éloigner l’une de l’autre. Julie a besoin de vivre sa vie qu’elle avait mis en parenthèse pour sa sœur et Zelda se sent freinée par la haine de sa sœur pour le responsable de l’accident.
En fait, elles font penser un peu à des jumelles, très proches mais avec un besoin de se forger leurs propres expériences.

Céline : Les circonstances de la vie les ont soudées. L’aînée a dû endosser le rôle de la maman, mettant sa vie entre parenthèses. Zelda, quant à elle, a mûri bien plus vite qu’une autre adolescente de son âge. Ce qui fait que la différence d’âge entre elles deux s’est gommée peu à peu et que, lorsque l’une flanche, l’autre prend le relais. Pour avancer, elles doivent chacune régler leurs conflits internes. Sur ce chemin, Zelda semble plus avancée. C’est à ce prix et avec l’aide des personnes bienveillantes qui les entourent qu’elles vont pouvoir enfin prendre leur envol, s’émanciper et vivre leurs vies de femmes. A ce titre, une phrase du récit me plait tout particulièrement : « L’union de plusieurs impuissances produit parfois des miracles ».

Nathan : Je suis très d’accord avec les deux avis de Sophie et Céline. C’est vrai que sur ce point là, l’auteur est très forte: on n’est pas dans la caricature, dans l’amour fou ou les disputes incessantes, on est dans une justesse de sentiments épatante.

Pépita : En dehors des deux sœurs, la figure de ce jeune homme Baptiste qui arrive dans leur vie dévoile peu à peu ses parts de lumière et d’ombre. Je rebondis sur une question qu’a évoqué Céline plus haut : le droit à une seconde chance et pour aller plus loin, la place du pardon dans nos vies. Et en particulier dans celles de Zelda et Julie, qu’elles n’abordent pas de la même façon. Comment avez-vous trouvé cet aspect-là du roman ? La façon dont le traite l’auteure ? Cette part de voyeurisme qu’elle y a induite ? Car finalement, le lecteur veut savoir lui aussi « Qui a fait ça à Zelda  » ?

Nathan : Pour le « Qui a fait ça à Zelda », je n’appellerais pas ça du voyeurisme. On est une présence insaisissable pour nos deux soeurs mais pourtant on vit avec elle, on est pris d’affection et l’auteure fait planer un suspense autour de cette question qui revient souvent alors forcément, on a envie de savoir aussi.
Quant au pardon, j’ai trouvé cela assez marquant. Zelda est passée à autre chose, elle. Elle n’a peut-être pas pardonné, mais elle continue à vivre, se bat. Julie, elle, est détruite par l’infirmité de sa sœur, elle ne peut pas oublier, elle ne peut pas passer à autre chose. Elle y repense à chaque regard posé sur Zelda. On rejoint sans doute là la question précédente. Il faudrait que Julie prenne du recul et s’éloigne un peu de sa sœur, pour laisser le temps à son cœur d’oublier un peu. Je garde un souvenir un peu confus de la fin, peut-être cela vient-il du livre, mais pourtant, j’en garde un sentiment de forte émotion. Je vous laisse la découvrir …

Céline : C’est pour moi un des thèmes porteurs de l’histoire. Toutes proportions gardées, cela me fait penser à la chanson de Goldman « Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt ». Plutôt que de porter des jugements, le lecteur s’interroge : comment aurais-je réagi à la place de Baptiste, de ses parents, de Zelda et de sa sœur ?. Les réponses sont loin d’être simples, la question ne l’est pas non plus. Ce n’est que confronté à la situation qu’on peut vraiment voir ce qu’on a dans nos ventres !

Pépita : Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi Nathan sur le « voyeurisme » : j’ai trouvé l’auteur très forte sur ce point-là. Elle arrive à mener le lecteur vers une sorte de compassion, non pas pour Zelda (qui a acquis une maturité hors du commun face à son handicap), mais pour Julie ! La fin du roman est tout même très forte dans le suspense ! Le lecteur retient son souffle, se demande si Julie ne va pas aller au bout de son délire, j’avoue avoir eu de l’empathie pour elle, cette colère rentrée depuis des années qui ressort enfin. Elle le tient « son » meurtrier parce que c’est le sien, c’est entre lui et elle, c’est lui ou c’est elle. Au paroxysme de la fin, on en est là et le lecteur en est tout pantelant d’émotions, non ? Et tout comme dans une des nouvelles de Jean-Claude Mourlevat dans « Silhouette », j’avoue m’être surprise moi-même à vouloir l’y aider, …mais est-ce la solution ? Je te rejoins dans ton analyse Céline. Qu’aurions-nous fait à sa place ? On n’est jamais totalement à la place de, et plus que le handicap, ce roman parle bel et bien de Pardon d’une manière magnifique.

Nathan : Alors peut-être ne réagissons pas tous de la même manière. Après tout, là est la beauté de la lecture non ? Moi j’étais un peu entre deux positions, à la fois compatissant et en même temps un peu effrayé par sa réaction …

Sophie : Le pardon est une question importante dans ce roman. Il y a Julie qui ne pardonne pas et Zelda, qui sans pardonner, choisit un peu d’occulter le chauffard de sa vie pour pouvoir la poursuivre sans la haine qu’elle voit au quotidien dans le regard de sa sœur. On peut en effet voir une part de voyeurisme dans la présence de Baptiste au sein de la famille. Il a connaissance d’évènement qu’il cache volontairement et regarde la détresse de Julie sans jamais se manifester. Forcément, à un moment donné, on se dit « Mais quel lâche ! ». Rapidement, on peut aussi comprendre sa position : la culpabilité, la peur, la maladresse peut-être tout simplement, mais une forme de courage aussi car il aurait pu rester chez lui avec ses remords et ne jamais se confronter à ses responsabilités.

Pépita : Personnellement, j’ai été littéralement embarquée par le style d’écriture très direct de Martine Pouchain. Est-ce aussi votre cas ? Vous connaissiez cette auteure ?

Nathan : De mon côté, j’avais déjà lu « Traverser la nuit », et le style de « Zelda la rouge », bien que beau et touchant, est loin d’être aussi puissant que celui, renversant, passionnel, de cet autre roman qui m’a sacrément secoué ! A lire donc !

Céline : Même ressenti de mon côté. J’ai plus particulièrement été touchée par les mots de son héroïne qui analyse froidement la manière dont on traite nos ainés. Non, je ne la connaissais pas mais si vous avez d’autres titres à me proposer, je suis preneuse… Je note déjà celui proposé par Nathan !

Sophie : J’avais déjà lu plusieurs livres de cette auteure dont un m’avait particulièrement bouleversé. À chaque fois, j’ai été totalement captivé par son style et ses histoires. Elle amène toujours à se questionner, à se mettre à la place des personnages et elle le fait remarquablement bien.

Pépita : Est-ce pour vous un roman plutôt optimiste ou pessimiste ? Une dernière impression ?

Sophie : Pour moi, c’est sans aucun doute un roman optimiste, au moins pour Zelda. Elle a réussi à passer au-dessus de son handicap, à vivre sa vie pleinement, c’est une belle leçon de courage. Pour Julie et Baptiste, c’est plus partagé, ils ont atteint le pardon mais ça ne s’est pas fait sans peine loin de là, puisqu’on a largement dépassé le parcours le plus court vers celui-ci. Ce que je veux dire, c’est qu’en plus de l’accident qui les avait brisé, cette quête du pardon les a aussi amené vers d’autres blessures.

Nathan : Optimiste ! Un roman qui invite à se battre. Parce que si la vie nous met parfois des obstacles en travers de notre chemin, et à certains plus qu’à d’autres, il n’y a qu’une seule chose à faire : se battre. Pour surmonter les obstacles, pour aller mieux, pour avoir ce qu’on veut, pour bien se comporter, pour être une « bonne » personne. Pour vivre comme on l’entend.

J’aimerais pour ma part finir sur une citation d’un autre Exprim’, le superbe « Frangine » de Marion Brunet:  « Quand on a une vie différente, on prend ces risques-là : rejets, ruptures, critiques. On peut regretter, se cacher dans un trou. Ou alors on décide d’être bien, on se bat, on mène la vie qu’on veut, la vie comme on l’aime. »

 En espérant que notre échange vous donnera envie de le lire à votre tour…

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Nos chroniques respectives :

Céline-Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait Livresse

Sophie-La littérature de Judith et Sophie

Nathan-Le cahier de lecture de Nathan

Pépita-Méli-Mélo de livres

Des escargots glissent tranquillement sous l’Arbre

Deux Namurois qui surveillent leurs escargots de peur qu’ils ne se sauvent !
Une statut qui symbolise la lenteur légendaire des habitants qui prennent le temps de vivre, de flâner dans les rues de leur ville, de discuter de la pluie et du beau temps, de méditer et de regarder les bateaux glisser sur la Meuse et la Sambre (et de lire !..)… Mais surtout ne dites pas aux Namurois qu’ils sont lambins ! Ils vous rétorqueront que c’est pour permettre aux autres de les rattraper !

Belgique, Namur, place d’Armes.

Un tour en Belgique, comme une bonne excuse pour partir à la chasse aux escargots. C’est sûr, certains seront mangés pendant les fêtes, mais nous on les préfère sans beurre persillé, dans les livres, c’est là qu’ils sont le plus croustillants !

Et puis … »Petit escargot porte sur son dos sa maisoneeeetttte, aussitôt qu’il pleut, il est tout heureux, il sort sa tête ! » Ils ont décidé de tous sortir à l’Ombre du Grand Arbre.

Le Héron et l’escargot
de Marie-France Chevron, illustré par Mathilde Magnan, éditions courtes et longues, 2013.

Quand un héron affamé croise un escargot cloué au sol, le trépas de ce dernier n’est qu’une histoire de temps.

La coquille tremble chez 3 étoiles, et aussi chez Za

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Bébert l’escargot
de Jean-François Dumont et d’Andrée Prigent, Kaléidoscope, 2013.

Bébert l’escargot porte sur son dos sa maisonnette.
Mais un jour, il en a assez de tourner en rond dans son logis rikiki sans fenêtre.
Et savez-vous ce qu’il a fait ?

Découvrons les travaux de rénovation chez À lire au pays des merveilles

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Petit escargot
illustré par Christian Voltz, Editions Didier Jeunesse, 2005 / réédité en 2012.
Vrai gazon, pâte à modeler, fil de fer et diverses matières, il en rencontre du monde. Il ?Appelez-le Monsieur, Petit  ou Oh : il est toujours escargot, mais un drôle d’escargot et il se joue bien des choses dans l’histoire.
Il y a cet escargot, et pleins d’autres petites bêtes chez Maman Baobab
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Molly mollo
d’Orit Bergman, Editions du Rouergue, mars 2013
Molly Mollo l’escargot a un rendez-vous, un rendez-vous important et il doit être à l’heure. Comme il ne va pas très vite, il est parti de bonne heure.
La pendule est ronde comme la coquille de l’escargot.
Les aiguilles tournent chez Maman Baobab
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Qui a mangé ?
de Anne Crausaz, MeMo
Il y a un intrus bien gourmand dans ce potager ? Il a tout boulotté ! On le devine peu à peu et à la fin, il est démasqué…bien repu et rosissant. Un album pour les petits qui invite au jeu de cache cache, non pas entre un chat et une souris mais entre l’escargot et le petit lecteur. De la très belle qualité.
Que mange-t-on chez Méli-mélo de livres, et  Bouma ? Des escargots ?
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Victor et Philomène
de Claire Renaud, Ecole des loisirs, coll. Neuf
Le crabe et l’escargot, tels sont les surnoms de Victor et Philomène. Le premier à cause de son handicap à la main et la seconde de ses difficultés à l’école. Ces deux-là vont se trouver et se soutenir, avec dans le regard, cette différence qui ne stigmatise pas. Un fort joli roman…
Un escargot dans un roman, ça change et c’est chez Méli-Mélo de livres
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Lettres de l’escargot à la limace
in Lettres à plumes et à poils
par Philippe Lechermeier, Thierry Magnier, 2011.
Quand un escargot déclare sa flamme à une limace, cachant sa timidité de la voire nue sur les prospectus de désherbants…
Un récit drôle et amusant pour les enfants dés 9 ans.
Les escargots et les limaces s’échangent des courriers chez Bouma, Méli-mélo de livres, et Kik
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Une vie d’escargot
d’Anne Cortey, et Janik Coat, Autrement, 2008, réédité en 2013.
Un escargot qui rêve d’ailleurs au milieu de l’hiver. Un escargot qui est bien au chaud chez lui, mais qui a envie de partir, car ici il fait trop froid, et tout est trop blanc à cause de la neige.
Les escargots prennent le train pour découvrir l’Ailleurs chez Kik, et À lire au pays des merveilles
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Le Voyage de Nay
de Bénédicte Boullet et de Bénédicte Lefeuvre, éditions Henry, 2011.
Nay est un escargot menant une vie paisible au bord d’un chemin. Tout bascule quand des hommes arrivent pour détruire sa terre natale !
Cet escargot bave le long du chemin chez Sophie …
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La dernière coquille est un bonus, pour vous inviter à vous baisser et à regarder si vous découvrez un escargot au milieu des herbes du jardin …
Article 309 du code pénal du jardin
de Thierry Dedieu , Seuil Jeunesse, 2003.
Ca ne se passera pas comme ça ! Monsieur Escargot a décidé de saisir la justice car on lui a, soi-disant, volé sa maison ! Trop c’est trop ! Voilà une bonne raison pour le Crapaud-procureur de mener l’enquête. Mais entre mensonge et vérité, escargot ou limace, il n’y a qu’une coquille de différence.
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Car il faut faire attention, un escargot, peut en cacher un autre …
Le voyage de l’escargot
par Ruth Brown, Gallimard jeunesse, 2001.

Suivez le périple impressionnant de cet escargot, gravissant les montagnes, traversant des ponts et des torrents… Pour lui, c’est le parcours du combattant et pour un enfant c’est un petit bout de jardin.
Un album sympathique qui permet aux enfants de comprendre facilement les jeux d’échelles.