Le corps dans tous ses états

Notre corps nous accompagne tout au long de notre vie.

On en fait d’abord connaissance, on l’habite, on le découvre.

Et puis en grandissant, il se transforme. Parfois il nous tiraille ou nous encombre. La cohabitation devient difficile.

C’est une sacrée aventure que de vivre avec son corps ! Voici une sélection d’ouvrages qui explore cette relation permanente, entre nous et lui.

 

***Mon corps, c’est moi !________________________________________________

fouDictionnaire fou du corps de Katy Couprie. Thierry Magnier, 2012.

Ce livre étonne, surprend, intrigue. Je dois avouer
que lorsque je l’ai vu pour la première fois, il ne m’a pas plu. Je l’ai feuilleté sans conviction. Je l’ai reposé, j’étais très sceptique. Puis on me l’a prêté. Je me suis assise, et j’ai plongé à l’intérieur de ces pages pleines de corps, qui dansent, parlent, font l’amour, des galipettes, de la gonflette. J’ai refait surface, bien plus tard, longtemps après. J’avais été happée.

Retrouvez l’avis complet de Kik

.

Letresors trésors du corps de Delphine Badreddine et Séverine Cordier. Gallimard jeunesse, 2013.

Un premier documentaire ludique pour comprendre son corps et les différences dès le plus jeune âge.

.

Retrouvez l’avis complet de Sophie

.

 toutEst-ce que ça arrive à tout le monde ? de Jan von Holleben et Antje Helms. Syros, 2014.

Un documentaire drôlement bien fait sur toutes ces questions qu’on se pose à l’adolescence sur le corps, celles qu’on n’ose pas formuler par peur du ridicule mais que pourtant…tout le monde se pose !

.

Retrouvez l’avis complet de Pépita

.

orteilLes Orteils n’ont pas de nom de Jean Leroy, illustrations de Matthieu Maudet – École des Loisirs, 2010.

C’est bien vrai ça, les doigts de la main ont des noms et pas ceux du pied. Quelle honte !
Amusez-vous à en trouver en toute simplicité avec cet album cartonné, au pied !

Retrouvez l’avis complet de Bouma

.
petit2 petites mains et 2 petits pieds de  Mem Fox, illustré par Helen Oxenbury. Gallimard, 2009

Qu’ils soient nés au pays des pingouins ou dans le désert lointain, d’un bout à l’autre du monde, les bébés sont les mêmes. Ils ont deux petites mains, deux petits pieds, et une bouille adorable.

Retrouvez l’avis complet de Chlop

.

creuxLe Creux de ma main de Laëtitia Bourget, illustrations d’Alice Gravier – Sarbacane, 2010.

On peut tenir beaucoup de choses au creux d’une main… De la grenouille, à l’eau tranquille en passant par les pétales de fleur, voici un album poétique et plein de grâce tant dans le texte que dans les illustrations.

Retrouvez l’avis complet de Bouma

.

Des livres avec des dents, il pourrait y en avoir beaucoup dans les étagères de Kik. Dur, dur pour elle, pour cette sélection , elle en a choisi de n’en choisir qu’un !

balthazarLa dent de Balthazar de Christelle Vallat et Sophie Rastégar. Alice editions, 2014.

Un dragon perd sa dent et attend avec impatience l’arrivée de la Petite Souris. Une attente excitante et l’arrivée d’un problème qui ne fera que la prolonger … En effet c’est grand une dent de dragon !

Retrouvez l’avis complet avis complet de Kik

Et pour découvrir ses étagères pleines de dents, allez donc par ici. 

.

yogaLe yoga des petits : une collection sympa pour s’initier au yoga et partager un moment de tendre complicité avec votre petit car le corps, ce n’est pas si facile de se repérer dans tout ce bazar !

Il existe aussi le yoga des petits pour bien s’endormir.

.

Retrouvez l’article complet de Pépita

.

***Mon corps et son image_______________________________________________

irisMoi Iris, ma vie, mes pieds de Marie Bertherat
Eveil et découvertes, 2009.

Quand un complexe prend une tournure maladive pour l’héroïne de ce roman, jusqu’à la conduire à l’anorexie…

Retrouvez l’avis complet de Sophie
 

.

Wonder de Raquel Jaramillo Palacio. Pocket jeunesse, 2012.wonder

Le corps, c’est notre enveloppe, ce que les autres perçoivent de nous en premier. Quand le corps est abimé, déformé, c’est difficile de se faire accepter. August souffre d’une malformation cranio-faciale. Lorsqu’il entre en 6è dans un collège « normal », il sait qu’il va devoir se confronter à la gêne, la cruauté et la lâcheté. Un roman choral plein d’amour, d’humour et d’humanité.

Retrouvez l’avis complet de Céline et Pépita

.

etoilesNos étoiles contraires de John Green. Nathan, 2013.

Le corps nous lâche parfois, terrible, implacable. Au delà de la souffrance, il peut aussi permettre de vivre de nouvelles aventures… Un magnifique roman, sélectionné par le Prix des Incorruptibles cette année et déjà adapté au cinéma depuis l’été.

Retrouvez les avis de Nathan, de Bouma et de Pépita

.

***Mon corps, mes complexes et mes exigences_____________________________

vieLa vie en gros de Mickaël Ollivier. Thierry Magnier, 2001

Quand la balance est son pire ennemi, que le regard des autres est trop dur, comment ne pas en vouloir à ce corps trop lourd ?

.

Retrouvez l’avis d’Alice

.

ailesLes ailes de la sylphide de Pascale Maret. Thierry Magnier, 2013.

Le corps parle et nous dit des choses qu’on n’a pas toujours envie d’accepter. Un roman très fort sur le destin d’une jeune fille danseuse rattrapée par son passé.

Retrouver l’avis complet de Pépita, Bouma, Carole et Alice
 

pointkik.

Point de côté d’Anne Percin. Thierry Magnier, 2006.
Il n’aime pas son corps. Alors il court, il le fait souffrir pour faire passer sa tristesse. Un corps que les autres admirent et que lui ne supporte pas.

Retrouvez l’avis de Kik

.

antonioLe grand Antonio, Elise Gravel. La Pastèque, 2014.

Le grand Antonio, c’est Antonio Barachievich, l’homme le plus fort du monde.  L’auteure qui l’a croisé dans la rue comme de nombreux Montréalais, lui rend hommage à sa façon, mêlant fantaisie joyeuse et réalité biographique.  Un hommage drôle et triste à la fois…

Retrouvez l’avis de Céline

.

communiste

La petite communiste qui ne souriait jamais / Lola Laffon. Actes Sud, 2014

Pour réussir ses prouesses sportives,  Nadia Comanecci a imposé à son corps fragile un traitement et des pratiques exigeantes.

Retrouvez l’avis d’Alice

 

***Mon corps piégé_____________________________________________________

escalierLa maison sans escalier de Juliette Parachini-Deny, illustré par Thierry Manes. Des ronds dans l’O, 2014.

Une maison aux volets bleus, une famille de 3 personnes : c’est ici que commence la nouvelle vie de cette fillette en chaise roulante. Elle va explorer cette maison sans escalier.

Retrouvez l’avis de Carole
 .

kmile Kmille fait son blog de Cécile Le floch. Rageot, 2009.

Un accident de voiture et la vie de cette jeune fille de 13 ans bascule. Sur fond de divorce annoncé, tout s’enchaîne : retour à la maison, paralysie et fauteuil roulant, retour au collège. Camille décide d’ouvrir un blog, journal intime virtuel où elle dépose ses humeurs, ses émotions, ses questionnements.

Retrouvez l’avis de Carole
 

.
leonieLe lion de Léonie d’Aude Maurel. Editions D’Orbestier, 2007.

Léonie est née avec un étrange jupon à la place des jambes. Plus elle grandit, plus le jupon s’alourdit. De volière en cage de fer. Son papa trouve un moyen pour l’alléger…

Retrouver l’avis de Carole
 .

zeldaZelda la rouge de Martine Pouchain. Sarbacane collection Exprim’ 2013.
Le parcours fort d’une jeune adolescente qui vit avec joie et intensité malgré son handicap. Comme quoi le handicap physique est aussi voire plus douloureux pour son entourage que pour soi…

Retrouver l’avis de Nathan, Céline, de Pépita et la lecture commune A l’ombre du grand arbre

mur.

De l’autre côté du mur de Yaël Hassan. Casterman Poche, 2015 (réédition de 2003).

Rien n’est jamais plié dans la vie !  Derrière les coups bas, les coups durs, il y a une possible résilience. Tous les personnages de ce récit en font l’expérience !  A commencer par cette jeune fille clouée sur une chaise roulante après un accident de cheval…

Retrouvez l’avis de Céline

Et pour une sélection complète sur le handicap, allez donc faire un tour sur le blog de Pépita qui vous a préparé une belle sélection ici.

***Et demain :  et si c’était possible ?_____________________________________

bzBZRK T.1 texte de Michael Grant – Gallimard jeunesse, 2012
Attention, il se pourrait que des technophiles envahissent votre corps et en prennent le contrôle via les nano-technologies. Plongez au cœur d’une bataille microscopique qui se joue au sein même du corps humain.

Retrouvez l’avis de Bouma

.
 

acommeA comme aujourd’hui de David Levithan. Les grandes personnes, 2013.
L’histoire délicate, touchante et palpitante d’A, un personnage qui change de corps chaque matin … l’amour peut-il transcender la réalité physique ? C’est une des grandes questions que soulève ce grand roman.

Retrouvez l’avis de Nathan
.

animaleAnimale et Jack Spark de Victor Dixen. Gallimard jeunesse, 2013.
Dans l’une comme dans l’autre de ces deux séries, Victor Dixen aborde avec sensibilité l’adolescence, ses émois et ses changements à travers des métamorphoses fantastiques sans pour autant perdre son talent de conteur puisqu’il propose de sombres et ensorcelantes réécritures de contes

Retrouvez l’avis de Nathan

.

theaThéa pour l’éternité de Florence Hinckel. Syros, 2012

.
Ne pas vieillir, est-ce vraiment une vie pour le corps ? Ou quand on demande au corps de tenir une éternité.

Retrouvez l’avis de Nathan et de Kik

.

enfantL’enfant nucléaire de Daph Nobody. Sarbacane collection Exprim’, 2012.

.
Et si un enfant était capable d’absolument tout avaler et manger ? Un roman unique, parfois très cru et difficile mais aussi résonnant d’une certaine profondeur, d’une poésie touchante et d’émotions en tourbillon.

Retrouvez l’avis de Nathan

.

***************

« Nous habitons notre corps bien avant de le penser. »

(Albert Camus)

.

.
 

Lectures d’ados [2]

Partager ses lectures avec son ado et pouvoir en parler ensemble, ça c’est plutôt chouet’  !

Alice et sa fille, Mathilde, nous proposent aujourd’hui un court roman attendrissant.

seins2
.

Tes seins tombent de Susie Morgenstern

Actes Sud, 2010.

.

 

Une grand-mère et sa petite-fille de 13 ans partent ensemble en vacances. Elles partagent la même petite chambre ; une proximité très  intime.

Mais malgré ce rapprochement physique, elles ont  beaucoup de mal à se parler. Elles n’ont pas toutes les deux les mêmes préoccupations !

Un monologue tendre et drôle, nostalgique et touchant qui forcément se partage… entre générations !

– Alice –

*********.

 «  Yona aurait pu être moi !

Parce que moi aussi j’ai une grand-mère.

Parce que moi aussi j’ai une grand-mère déjantée, mais géniale.

Parce que moi aussi j’ai une grand-mère qui aurait pu être Scherlock Holmes.

Parce que moi aussi ma grand-mère lit et cuisine (comme un pied, c’est vrai mais cuisine quand même !) .

Parce que moi aussi ma grand-mère aime voyager.

Parce que moi aussi j’emmenerai ma grand-mère au bout du monde, jusqu’en Corse.

Parce que moi aussi j’ai une grand-mère qui m’aime et que j’aime aussi.

Alors pourquoi Susie Morgenstern ne m’a pas choisi ?  « 

😉

-Mathilde –

 

 

 

« Mado m’a dit » de Christophe Léon

C’est un conte.IMG_3129[1]

Un conte doux-dingue.

Un conte entre ciel et terre.

Un conte improbable et déconcertant.

Un conte qui nous a interpellé.

Un conte que l’on a voulu partager.

*******

Alice : Mado m’a dit, un titre tout en sonorité. Est-ce cela qui vous a interpellé autant que moi ?

Kik : [Réflexion de quelques secondes] … Non. En fait, non. C’est la couverture qui m’a interpellée. Mais le titre, pas plus que ça.

Pépita : Moi non plus, pas le titre. Mais l’auteur ! Et puis ta chronique dont le sujet m’a interpellée aussi.

Alice : Ah bon ? Moi, j’ai vraiment été interpellée par ce jeu de langue autant que par le  message : mais que lui a dit Mado ? Me voilà curieuse … Bon après, j’avoue, pour ceux qui ne le savent pas encore, peu de livres de Christophe Léon ne me sont pas passés entre les mains. C’est un auteur que je suis avec assiduité.
La couverture ? Là, …si je ne la regarde pas, je ne m’en souviens pas… une photo en noir et blanc… mais rien de plus…
Alors, Kik, je te laisse page blanche pour nous en raconter un peu plus sur ce qui t’a précisément attiré… Bien sûr Pépita, tu n’hésites pas à donner ton avis …

Kik : Trois lectrices, trois accroches différentes qui nous ont poussé à lire ce livre !
C’est le vert, ce vert très très vert qui m’a attiré, car associé à la photo en noir et blanc, il tranche. De plus, elle m’a fait un peu peur cette poupée, un peu seule sur sa chaise.
Après réflexion, je me dis même que cette couverture ne va pas si bien que ça avec le roman, mais c’est elle qui a été le déclencheur.

Alice : Du coup, j’ai pris le temps de regarder une nouvelle fois la couverture et au contraire, j’ai trouvé qu’elle s’accordait bien au contenu du livre. J’y vois de la solitude (une chaise seule), une enfance brisée ( poupée), une personne âgée (pelote de laine +  papier peint désuet) et la présence d’une mouche (que l’on comprend quand on a lu le livre …). Suis-je trop terre à terre ?
Un avis Pépita, peut-être ?

Pépita : Je n’ai pas du tout cherché à analyser la couverture. Mais je ne trouve pas que tu sois terre à terre ! Une couverture est importante pour un livre et les éléments tels que tu les décris donnent des indications sur l’histoire à lire avec une part de mystère. Pour ma part, dès les premières lignes, j’ai trouvé ce livre très « extraterrestre » (à comprendre aussi si on le lit !). Alors, de quoi ça parle ? D’une rencontre très improbable entre un petit caïd qui se la pète un peu et Mado, une vieille femme obèse à la voix haut perchée. Sur le trottoir à l’arrêt de bus, Boby va la défendre contre des petits voyous. Contre toute attente. Même lui ne s’explique pas ce geste. Il va donc se retrouver chez la dame devant un chocolat chaud et là, il va découvrir une facette insoupçonnée de cette personne en même temps que des sentiments très ambivalents chez lui.

Kik : Une rencontre improbable, c’est ça ce roman. Deux personnes là, en même temps, avec des circonstances particulières qui ont fait que leurs vies se sont croisées.

Alice : Oui, bien sur que cette improbable rencontre est la situation initiale du roman. Pour autant, je pense qu’elle ne serait rien, qu’elle perdrait de sa substance si l’originalité, l’individualité et le caractère des personnages étaient tout autre ! Je trouve d’ailleurs que Christophe Léon s’est vraiment lâché pour nous offrir des Personnages carrément décalés ! ( Et j’écris volontairement Personnage avec un P majuscule).
On parle plus précisément de Boby ? Petit Caïd disais-tu Pépita ? Comment évolue-t-il au fil des pages ?

Pépita : Tout à fait d’accord avec toi. Nous sommes des grandes lectrices toutes deux de cet auteur et cette fois, les personnages sont plus dans le psychologique et à l’opposé. Et il ne sont que deux. Alors Boby ? P’tit caïd, oui, mais au cœur tendre. Il joue les gros durs mais au fond, c’est un marshmallow ! Déjà, il est incapable de comprendre pourquoi il a défendu Mado, encore moins pourquoi il la suit chez elle, et encore encore moins pourquoi il y retourne et accepte même d’y dormir. Là, il va avoir la trouille le gros dur. Il découvre une vieille dame encore plus avide d’amour que lui. Et ça, ça le perturbe, ça l’interroge, ça le met mal à l’aise. Parce que rappelons que Boby est né « souzixe » comme il dit et qu’il s’est inventé tout un monde…Et là, chez Mado, pareil, un monde bizarre aussi peuplé de mouches et de plantes carnivores…Chacun ses passions…Et une dame dévoreuse de chair fraîche ? Il y a pensé à un moment non ? D’un Boby sûr de lui en apparence se dévoile peu à peu un jeune garçon avec ses peurs, ses questionnements, sur la vie et le monde des adultes.

Kik : La personnalité des personnages est bien marquée. Ils sont deux, mais tellement complexes et complets. Ils sont paradoxaux.
On peut lire pour Boby
« Petit
Teigneux
Le poil roux
Le genou cagneux
Des dents plantées de travers
Crache toutes les deux minutes entre ses pieds
Dit avoir quinze ans mais n’en a que treize. « 
Mais aussi : « Cependant, Boby est un gars à la coule. Au fond de lui se dissimule un coeur tendre qui ne demande qu’à ‘épanouir. »
C’est Mado, qui va révéler ce coeur tendre. Ce gros dur va porter secours à cette dame, embêtée par d’autres gros durs.
Ce roman est une rencontre entre deux êtres cabossés par la vie.

Alice : C’est tout a fait ça, les filles, deux personnages verrouillés dans leur solitude qui vont petit à petit faire sauter leurs appréhensions pour laisser parler leur cœur. L’histoire devient émouvante et l’on est touché par cette relation qu’ils construisent ensemble où chacun puise en l’autre le manque affectif de toute une vie. On découvre alors la grande force intérieure qui les anime et on se prend totalement d’affection pour eux.
Enfin, moi ça a été mon cas ? Pas vous ?

Pépita : Oui, c’est vrai, on se dit qu’ils se sont trouvés en quelque sorte mais quand même chez Boby, il y a  une appréhension, non ? Ou plutôt une interrogation face au mystère de cette femme.

Kik : Affection n’est pas forcément le mot que j’aurai utilisé. Les descriptions qui sont faites d’eux ne sont pas très valorisantes. J’ai été attirée par leur relation l’un avec l’autre. Je voulais savoir comment tout cela allait évoluer. Elle est quand même très improbable cette rencontre a priori. Et pourtant …

Alice : … et pourtant…leur bout de route ensemble n’est pas bien long. Alors que l’on commence à s’approprier l’atmosphère singulière du livre, la fin arrive comme une cassure, subitement ;  presque trop vite. Est-ce comme ça que vous l’avez vécue aussi ?

Kik : Complètement. Je voulais en savoir plus. Qu’ils se revoient, qu’elle l’aide peut-être, ou l’inverse.

Pépita : Oui, cette fin est déstabilisante. Très. Je ne sais d’ailleurs pas du tout comment l’interpréter. C’est souvent le cas avec cet auteur qui laisse ouvert pour toute interprétation. D’ailleurs, je ne suis pas sûre de l’avoir bien comprise cette fin ou alors j’y vois quelque chose que mon imagination a envie de voir ou pas. Cette fin arrive trop vite en plus. Le lecteur en est tout abasourdi. On commence à être bien dans cette histoire, à se dire que cette rencontre improbable va déboucher sur une histoire d’adoption réciproque et l’auteur joue avec nos nerfs…

Alice :  Des personnages singuliers, une rencontre improbable,  une fin subit(e)… est-ce tout cela qui nous dérange dans la lecture de ce roman? Qui nous fait le définir comme un OVNI littéraire ? Comme un extra-terrestre ? Ou bien voyez-vous d’autres choses encore ?

Pépita : Roman extraterrestre, c’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit. Car quand même cette fin ? Elle m’a perturbée…Je n’en dirais pas plus. C’est à la fois un roman humaniste et psychologique.

Kik : Non. Oui. Non. Peut être … C’est difficile à dire. Je ne saurais pas dire exactement d’où le roman tire sa force. Il m’a émue, chamboulée, tout de suite j’ai voulu en discuter avec vous, ici, A l’ombre de notre grand arbre. Il n’est pas tant OVNI que ça, car il n’y a pas de particularité d’écriture, ou une forme très spécifique. Il sort du lot, tant par sa qualité d’écriture, que par le choix des personnalités de Mado et Boby, un mélange improbable, qui fonctionne très bien.

Alice : Un livre dérangeant, déroutant, détonant … et une fin dramatique en effet.
Et quand je relis l’ensemble de notre discussion je me dis plus largement :  » Nous vivons dans une drôle de société quand même ! ». Une société retranscrite par Christophe Léon, dont la plume incisive ne nous autorise pas à lâcher le livre.
Mais je ne reste pas sur une note pessimiste, ce livre offre aussi une lueur de fraternité et d’espoir  :  Boby n’est pas vraiment un dur et Mado pas vraiment un monstre …
Et vous, que souhaiteriez vous rajouter à cette lecture ? Un mot de la fin ?

Pépita : Je dirais juste que ce livre reste tout de même dans la même veine que les précédents de Christophe Léon, qui dénonce les dérives de notre société. Là, il parle du fait que l’on juge souvent selon les apparences et qu’on ne prend pas toujours le temps de connaitre les personnes de notre entourage, qui souvent cachent bien des petits secrets…Il parle aussi de la solitude que cela engendre. Autre spécialité de l’auteur et qui peut agacer d’ailleurs : ses fins ne sont jamais vraiment des fins, le lecteur doit se débrouiller et reste souvent dans l’expectative. Alors, toutes les interprétations sont possibles…et dans ce roman court, c’est le cas. Je ne sais toujours pas comment dire comment ce livre se termine vraiment.

Kik : Pépita a tout dit. Pour conclure, moi je conseillerai de lire Demain, Promis ! du même auteur, qui m’a également soufflé. Cet auteur, je le connais moins que Pépita et toi Alice, mais je n’hésiterais pas si je croise un de ses livres en librairie !

A VOS LECTURES !

*******

Retrouvez la chronique de  :

– Kik sur son blog Les lectures de Kik

-Pépita sur son blog Meli-Melo de livres

– Alice sur son blog A lire aux pays des merveilles

*******leon

Christophe Léon, un auteur que vous pouvez découvrir en suivant son blog :

http://www.christophe-leon.fr/

Drôles d’animaux de compagnie

 La littérature jeunesse regorge d’animaux qui tiennent les premiers rôles.

Animaux classiques ou parfois étranges et hors normes, A l’ombre du grand arbre, nous avons souhaité regarder d’un peu plus près ce bestiaire, et surtout, ces drôles d’animaux qui sont les éternels compagnons de l’enfance.

IMG_2312IMG_2965IMG_2964IMG_2975

 Le chien et le chat  ? De grands classiques ??? Quoique.. !

.

georges

Oh Non Georges ! texte et illustrations de Chris Haughton
Thierry Magnier, 2012

Georges est un chien irrévérencieux et farceur. Il a beaucoup de mal à écouter son maître ou le lecteur qui lui indique de ne pas faire de bêtise !
Tout le talent de Chris Haughton croque avec humour la dure réalité de la vie domestique, ou comment essayer de faire respecter des règles à un animal.

  PépitaKik, Chlop, Bouma et Céline  aiment Georges.

.

barLe chien avec une maison sur la tête, d’Ingrid Chabbert et Barroux. Kilowatt, 2013

Un chien comme animal de compagnie, rien de plus ordinaire … mais celui-ci n’est pas tout à fait comme les autres. Il a une drôle de maison sur la tête. Il n’aboie pas, mais fait des « Bla ! bla ! bla ! ». Singulière rencontre avec un meilleur ami.

Céline et Kik aiment ce drôle d’animal.

.

pourriChien Pourri de Colas Gutman & Marc Boutavant. Mouche de l’Ecole des loisirs, 2013

.
Lorsqu’on est moche, bête et puant…  pas simple de trouver un maître qui décèlera votre beauté intérieure !
Dans sa quête de la perle rare, Chien Pourri tombe le plus souvent sur un os !  Va-t-il enfin trouver une famille qui l’accepte comme il est ?  Heureusement, d’ici-là, il peut compter sur le soutien de son meilleur ami, guère mieux loti que lui, Chaplapla.

Céline, Sophie, Bouma et Kik aiment cet attachant toutou que l’on peut retrouver à la plage ou fêtant Noël !

.

Kiki et Rosalie de Ronan Badel, Sarbacanekiki, 2013

Ces deux-là s’aiment, c’est sûr !

Beaucoup d’humour dans cet album et de joie de vivre.

Pépita aime ce chiot plein d’entrain.

.

zigueBonZigue et Clotaire de Pascale Maret, Thierry Magnier, 2014

Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer…Du langage fleuri, de l’aventure, de l’amitié faite pour durer !

Pépita et Alice aiment de satané clébard.

.

.

bacheletDes nouvelles de mon chat de Gilles Bachelet
Seuil jeunesse, 2009

Un peintre nous raconte l’adaptation de son chat à leur nouvelle maison. Le chat découvre le jardin, se trouve une copine, dort, joue, se lave (ou se fait laver)… Tout semble normal mais regardez bien la couverture de ce livre, ce chat ne vous rappelle-t-il pas autre chose ?
Une situation totalement décalée pour le plus grand plaisir du lecteur.

Sophie et Chlop aiment cet  étonnant gros matou.

.

simlerTête-à-tête avec mon chat d’Isabelle Simler. Editions courtes et longues, 2013

Un tête-à-tête entre un chat et un enfant qui va jusqu’à entrer dans la peau de l’autre et voir comment ça fait ! De magnifiques couleurs chatoyantes rendent cette expérience fascinante pour le lecteur qui rêverait bien d’en faire autant !

Pépita et Alice aiment ce chat siamois.

.

persoMon chat personnel et privé spécialement réservé à mon usage particulier de Rémy Charlyp. Editions MeMo, 2012

Quel bonheur de posséder un chat, de pouvoir en faire absolument ce qu’on veut, l’emprise du jeune maître sur le sien est totale. Mais le félin est indépendant et il saura rapidement remettre les choses à leur place. Un très bel album sur la relation à l’autre, l’identité, l’indépendance, qu fait réfléchir les plus jeunes comme les plus grands.

Chlop aime ce chat, rien que pour soi.

.

chatLe Chat de Mathilde d’Emily Gravett. Kaléidoscope, 2012

Le chat de Mathilde aime beaucoup de choses : pelote de laine, dessins, ficelles… mais il aime surtout Mathilde ! Un album tendre sur le lien maître/animal.

Bouma aime cet affectueux miaou.

.

.

IMG_2312IMG_2965IMG_2964IMG_2975

Puis, il y a les -TOSAURES !

.

mammComment bien laver son mammouth laineux de Michelle Robinson et Kate Hudley. Milan, 2013.

Un animal de compagnie, ça demande un peu d’ entretien : mode d’emploi illustré et délirant pour laver votre mammouth, étape par étape. Absolument délicieux !

Céline aime ce vieux pachyderme.

.

Lulu et le brontosaure de Judith Viorst et Lane Smith. Milan, 2012

.lulu

Un dinosaure chez soi, est-ce vraiment raisonnable ?…

.

.

Kik, Bouma et Pépita aiment cet animal au long cou.

.

dinoDino et nous d’Anne Loyer et Ingrid Chabbert, illustrations d’Estelle Billon-Spagnol, éditions Frimousse, 2014.

Un dinosaure dans une chambre d’enfants, vous n’y pensez pas ? Mais si… parents, si vous recherchiez vraiment l’origine des bêtises au lieu d’accuser toujours votre progéniture ? Un peu d’imagination ! Un petit roman plein de fraicheur qui rend hommage à l’imaginaire des enfants. On attend la suite !

Pépita et Alice aiment ce dino jaune.

.

.

IMG_2312IMG_2965IMG_2964IMG_2975

 Et des animaux plus étonnants encore !

.

pandaPan’Pan Panda T.1, Une vie en douceur scénario et dessins de Sato Horokura.Nobi nobi ! – manga, 2013

Et si votre voisin était un panda géant ? S’il devenait votre ami ?
Au final, dans ce manga accessible dès 7 ans, on voit que l’animal est un homme comme les autres… ou presque.

Bouma et Céline aiment ce gros nounours

.

crictorCrictor deTomi Ungerer. L’école des loisirs, 1980.

Quand Madame Louise Bodot reçoit un cadeau de son fils, elle ne s’attend pas à découvrir un serpent ! D’abord surprise, elle va apprendre à l’aimer, à l’apprivoiser, à l’éduquer. Comment un boa constrictor (oui oui) va réussir à se faire apprécier de tous…

Sophie  et Céline aiment ce sssssserpent.

.

Le singbuffone à Buffon de Gilles Bachelet. Seuil, 2002.

Un album plein d’humour, qui joue sur les anachronismes et le décalage entre le très sérieux naturaliste Buffon et son animal de compagnie, un singe qui ferait passer le pire des bambins pour un petit ange.

Chlop et Céline aiment cet incorrigible primate.

 

emileEmile de Tony Ungerer. Ecole des loisirs, 2010

Se faire sauver la vie par un poulpe, c’est pas commun. L’adopter, ça l’est encore moins ! Pourtant, sachez que le poulpe a le bras long (haha !). C’est un musicien hors pair, et il peut s’avérer d’un courage incroyable. Mais même aimé et confortablement installé dans une baignoire d’eau salée, il se sent à l’étroit… Peut-être vaut il mieux alors repartir en mer et devenir son homme de compagnie !

Céline aime cet animal du fond des mers.

 

hippoHyper l’hippo de Nicolas Nemiri et Jean-David Morvan. Delcourt, 2005

Arthur a un ami un peu encombrant : Hyper l’hippo. Ensemble, ils jouent, vont à l’école, se lavent … Et ce n’est pas toujours facile de cacher aux parents un animal si encombrant !

Les lutines aiment cet hyper-hippopotamus.

.

minutes

Au lit dans 10 minutes de Peggy Rathman. Ecole des loisirs, 2000.

Le coucher, quand on a dix petits hamsters à la maison, c’est toute une histoire. Une histoire qui se raconte presque sans texte, avec des images foisonnantes et loufoques dans lesquelles le rituel du coucher prend des proportions étonnantes.

Chlop aime ces 10 petits rongeurs.

.

avrilAvril le poisson rouge de Marjolaine Leray. Actes Sud Junior, 2013

Quand Marjolaine Leray croque les émotions et intonations d’un poisson rouge, cela donne un album forcément drôle, impertinent et 100 % addictif !

.

Bouma et Kik aiment ce tourneur en rond.

.

emileEmile veut une chauve-souris de Vincent Cuvelier. Gallimard, 2012

Emile veut une chauve-souris. Oui, oui, vous avez bien entendu une CHAUVE-SOURIS ! Voilà un petit garçon bien déterminé à atteindre son objectif ! Alors l’aura-t-il ? L’aura-t-il pas ?

Colette aime cette souris ailée.

.

grompfGrompf de Nob. Glénat, 2006.

Quand c’est tout petit, un yéti, ça boit 20 litres de lait par jour, mais quand ça grandit, ça devient un grand ami qui chasse les taupes et qui est bien plus affectueux qu’un chien ou un chat.

Les lutines aime ce gros doudou.

.

Cet élan est à moi d’Oliver Jeffers. Kaléidoscope, 2013elan

Quand Wilfrid et une vieille dame se disputent la propriété du même animal de compagnie : un élan !

Alice aime cet animal des pays froids.

.

.

Votre enfant vous réclame un animal de compagnie ? Voilà, il ne vous reste plus qu’à faire votre choix !

.

IMG_2312IMG_2965IMG_2964IMG_2975

La fille seule dans le vestiaire des garçons d’Hubert Ben Kemoun

« Si j’avais eu un père, il serait venu rectifier la tronche de ces quatre salopards. Il les aurait chopés un par un ou ensemble pour leur faire payer l’affront fait à sa fille. Ensuite, en quelques mots justes, pour me rassurer, il aurait aussi su me faire croire que je valais mille fois mieux qu’eux et que je restais la plus exceptionnelle du monde. Et j’aurais tout gobé, de la première à la dernière syllabe.
Si j’avais eu un père, je n’aurais pas fait cela. Ou pas ainsi. Seule, je devais me débrouiller seule. »

Extrait de : « La fille seule dans le vestiaire des garçons » d’Hubert Ben Kemoun,     Editions Flammarion

fille1

Edition, 2013

J’ai lu ce livre comme un choc émotionnel. Une fois la denière page tournée, je n’avais qu’un besoin : en parler. Mes complices, Pépita, Sophie et Céline ont alors bien voulu se prêter à une lecture commune.

≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡

*Alice :  Tout commence par un baiser …..  tout finit dans des paillettes….. et pourtant ce n’est pas une bleuette que ce roman.
Un petit résumé pour commencer ?

Pépita : Marion et Enzo : ils se cherchent, se tournent autour, se trouvent et s’évitent. Jeu de séduction ou jeu de persécution ? On sent d’emblée qu’entre ces deux-là, rien n’est simple. Un baiser volé oui, une riposte mal placée et c’est l’escalade. Des comportements de harcèlement, des comportements de voyeurisme et tout dérape. On tremble dans ce roman, on a peur pour ces jeunes qui sont en fait incapables de réfléchir aux conséquences de leurs actes.

Alice : Je reprends tes mots Pepita « …Marion et Enzo : ils se cherchent, se tournent autour, se trouvent et s’évitent. »
En effet dés le premier chapitres, on entre dans le vif. On assiste à un jeu de chien et chat entre deux ados. Ils se vannent, se provoquent, s’insultent, jusqu’à aller au geste violent déplacé. Et franchement c’est pas de l’amour entre eux. C’est mordant, c’est piquant, c’est sec, …. de quoi se demander comment le baiser évoqué dans ma première question peut arriver, tellement il parait improbable, à la lecture de ces premières lignes, que ces deux ados se rapprochent.

*Quel est alors l’élément qui fait tout basculer ?

Pépita : L’élément qui fait tout basculer, c’est le fait qu’Enzo, en volant ce baiser, fait aussi renverser le contenu du sac de Marion. Elle lui décoche un coup bien placé, il promet de se venger. En rentrant chez elle, Marion s’aperçoit que son carnet intime, là où elle note ses chansons, ses pensées, n’est plus dans son sac. Elle pense tout de suite que c’est Enzo qui le lui a pris. Elle aussi promet de se venger. Une rage sourde gronde en elle. C’en est bien plus qu’elle ne peut supporter. C’est son intimité qui lui a été volée. En plus par ce garçon justement ! Double peine !

Sophie :  Et pourtant Enzo saura trouver les mots pour apaiser sa colère…

Alice : Dure dure et complexe en effet la relation entre ces deux ados. Un baiser volé, un baiser filmé, une jeune fille humiliée et trahie.

*Quelle est alors la réaction de Marion ? La trouvez-vous réellement justifiée ?

Sophie : On pourrait penser que le changement d’attitude de Marion est exagéré. En effet, elle le déteste, et dès qu’il commence à lui dire des mots doux, elle fond comme neige au soleil. Pourtant ça ne m’a pas choquée. Finalement c’est une adolescente solitaire, qui a envie d’être aimée alors si les sentiments viennent de son pire ennemi, tant pis, peut-être avait-elle fait erreur sur la personne. Il y a en fait beaucoup de naïveté dans cette histoire mais on ne peut pas lui en vouloir.

Céline : Justement, j’ai trouvé ce début de roman trop abrupt et je n’ai pas du tout adhéré. La scène du baiser, ce coup monté, n’est pas très bien amené… Le brusque changement d’attitude de Marion à l’égard de cet Enzo qui la persécute ne fonctionne pas du tout je trouve, on a du mal à y croire. Du coup, j’ai l’impression d’avoir suivi tout le reste de l’histoire avec incrédulité et un regard très détaché.

Pépita : Marion est  une jeune fille à laquelle je me suis de suite attachée. Et je rejoins Sophie pour sa naïveté : son père parti pour une autre, une mère qui collectionne des amours malheureux, quel modèle pour elle ? Elle a un immense besoin d’être aimée pour ce qu’elle est, une jeune fille artiste, la tête pleine de mots et de musique. Alors, oui, elle tombe dans le piège d’Enzo et sa colère lorsqu’elle s’en aperçoit est finalement aussi dirigée contre elle-même. Elle s’en veut terriblement. Mais elle le fera payer. J’avais envie de lui dire d’arrêter cette escalade, que ça ne servait à rien. En même temps, cette trahison est terrible pour elle. Je le conçois aussi. Elle n’a pas véritablement d’adulte à qui se confier, à part son petit frère, cela a ses limites.

Alice :  En effet, une jeune fille pleine de mots et de maux : ce père absent et cette relation difficile avec les hommes. Pour elle les garçons sont une espèce dangereuse avec qui la communication est fermée et inenvisageable. Son seul refuge, une de ses raisons de vivre  : la musique ! Ce n’est pas la première fois qu’en littérature jeunesse, on voit un(e) ado se sortir d’un mal-être grâce à une pratique artistique.

*Comment cela sert-il l’histoire ici ?

Sophie : Sa passion, elle l’exerce à la guitare mais aussi en écrivant des chansons. Chansons qu’elle consigne dans un carnet. Et c’est justement la perte de ce carnet qui va être l’élément déclencheur pour la suite de l’histoire. Sans en dire trop,  la musique va aussi jouer un rôle dans le dénouement du roman…

Pépita : La musique est son refuge, son jardin secret. Mais curieusement, elle ne s’en sert pas pour aller vraiment mieux. Elle s’en cache. Par timidité ? Par manque de confiance ? Ou par manque d’un regard bienveillant ? Je pencherais pour la troisième réponse. Il lui suffit d’une rencontre, qui met du temps à émerger, à s’accepter, pour que Marion se dévoile artistiquement. La musique est comme un fil dans ce roman, ténu au départ, mais qui prend de l’ampleur pour se révéler dans le beau dénouement de l’histoire. C’est un aspect que j’ai beaucoup aimé,-la musique adoucit vraiment les mœurs !- et tu as raison de souligner que la musique est souvent présente dans les romans pour ados.

Alice : Je repense à  ce passage du livre où Marion découvre la vidéo sur You tube et ou elle déverse toute sa rage sur sa guitare, alors je me dis que la musique lui sert sacrément à s’exprimer. Sa musique est tellement puissante et tellement hargneuse, qu’à ce moment là elle ne voit pas/ elle n’entend pas son petit frère, Barnabé qui vient la chercher pour le repas. D’ailleurs, un attachant personnage ce petit frère : toujours le mot juste, toujours le mot pour rire et une sacrée sensibilité. *Adorable, non ?

Pépita : Son petit frère  Barnabé ? C’est sûrement celui qui  la comprend mieux que quiconque ! Marion est souvent surprise de sa perspicacité même si elle le trouve souvent prévisible (son côté ado qui ressort !). De part sa maturité, ce jeune garçon apporte une note d’humour mais aussi de recul sur ce que vit sa grande sœur. Il est toujours là, a toujours les mots qu’il faut quand elle en a besoin sans le solliciter. Il a comme un sixième sens ! Et le fait qu’il soit un garçon la réconcilie en quelque sorte avec la gent masculine en général avec laquelle elle a tant de soucis relationnels, du moins quelques-uns. Pour autant, je n’ai absolument pas perçu que Barnabé prenait la place du père absent dans la vie de Marion.

Céline  :  Le personnage de Barnabé est à mon sens le personnage le mieux écrit du roman. Il est drôle, il est attachant, et très vivant ! La relation frère-soeur qui les unit  me semble pleine de justesse et apporte beaucoup d’humanité à ce roman.

Sophie : Son frère est un petit garçon très intelligent probablement mûri par la situation familiale. J’ai beaucoup aimé leur relation : il est tantôt le confident, tantôt le petit frère qui agace. On sent qu’il est un peu le centre de sa vie,  celui qui compte pour lui donner la force d’exister.

Alice : Oh oui moi aussi j’ai adoré Barnabé  : ce petit grain de fraîcheur qui permettait au fil de la lecture d’alléger certaines situations ! Une place primordiale, pas celle du père comme le note Pépita, mais un personnage indispensable qui donne une autre dimension au livre.
Tiens, j’y pense ! On n’a pas du tout parlé du titre ! Et je sais sûrement pourquoi. J’ai un avis radical dessus, je trouve qu’il ne reflète pas du tout le contenu du livre. On peut s’imaginer tellement autre chose et la scène de « La fille seule dans le vestiaire des garçons » est tellement brève, que je ne le trouve pas forcément approprié. Et vous ?

Pépita : Oui, complètement d’accord ! Ce titre induit tellement de choses…et du coup, quand la scène arrive, on la minimise. Alors que ce n’est quand même pas très glorieux l’acte de Marion dans ce vestiaire…parce que c’est bien d’elle qu’il s’agit, alors que le titre laisserait à penser que c’est à elle qu’on fait du mal dans ce lieu.

Sophie : Comme vous deux, j’étais partie sur l’inverse de ce qui  va se passer dans ce fameux vestiaire. Le titre induit en erreur mais il reflète aussi une étape importante du roman, même si je ne pense pas que ce soit la principale.

Pépita :  En effet, la scène du vestiaire n’est pas la plus importante. Elle n’est qu’une conséquence d’une autre scène à la violence cynique et qui va à son tour déboucher sur une autre scène de violence, limite torture (qui m’a fait dresser les cheveux sur la tête !). Ce qui me donne l’occasion de parler de la violence dans ce roman : elle est omni-présente, diffuse, claque à la figure, donne la chair de poule, donne l’impression d’une escalade sans fin. Et aucun adulte auquel ces jeunes pourraient se raccrocher. Ce manque de gardes-fous, c’est un aspect du roman que j’ai trouvé interrogateur.

Sophie : En effet, la violence est omni-présente et sous de nombreuses formes en plus : la psychologique avec la trahison d’Enzo, la physique avec la scène dont tu parles, et puis la violence qui transparaît dans la vengeance de Marion aussi et qui est plus de l’humiliation.
C’est un roman très sombre en fait et l’issue est incertaine et angoissante.

*Alice : Vous ne mettriez pas cette violence en parallèle avec le mot « rage » qui borde toute la couverture du livre ?

Pépita : Oui, en effet ! Et aussi, si on en revient au titre, je trouve que le mot le plus important est « seule ». Il en est beaucoup question pour Marion.

Sophie : C’est vrai que « rage » est un mot qui convient parfaitement.

Alice : Personnellement, j’ai aussi vécu cette violence par le ton employé, l’auteur n’hésite pas à utiliser un vocabulaire familier et un ton incisif, comme un cri. *L’avez- vous aussi ressenti comme tel ?

Pépita : Le style colle parfaitement bien à ce qui se joue dans ces pages j’ai trouvé. Incisif oui mais pas familier. Je ne dirais pas ça. Un style contemporain disons.

Céline : Peut-être justement trop incisif et familier tout de suite. Et en ce qui me concerne, dés le début j’ai trouvé que ça sonnait un peu faux, comme un ton au dessus de l’histoire. Mais c’est un ressenti très personnel.

Sophie : Ce style ne me gène pas tant que ça ne tombe pas dans l’extrême, ici ça me semble plutôt cohérent avec l’adolescence et la cruauté de l’histoire.

*Alice : Un autre aspect du livre qui a à peine été évoqué et qui pourtant a son importance : l’usage dangereux des réseaux sociaux par les ados. Un sujet actuel, n’est ce pas ?

Sophie : De plus en plus de romans avertissent sur l’usage des réseaux sociaux, on a déjà eu l’occasion d’en parler dans d’autres lectures communes. Cela fait en effet partie du monde des ados, donc c’est difficile de l’éviter et c’est encore un usage nouveau pour la société et les adultes ont un rôle de prévention. Une prévention qui peut aussi passer par la fiction.

Pépita : Vaste débat à lui tout seul ! Les ados s’en servent tous les jours, en font une marque d’intégration alors qu’ils ne savent pas toujours bien s’en servir ou plutôt ne mesurent pas assez les conséquences de ce qu’ils y postent. Mais ce n’est pas vraiment de leur faute : leur a-t-on seulement expliqué comment ça marche ? Je trouve que cette formation devrait faire partie intégrante du programme au collège et au lycée, au même titre que l’éducation au genre, à la sexualité. On plonge tous dans le numérique, on en fait tous sans le savoir, même en s’en défendant mais on n’a pas les clés pour bien appréhender car la technologie va trop vite. Il y a un grand vide là-dedans et il serait temps de le combler.

Céline : Oui, c’est une nouvelle composante du monde des ados, (enfin nouvelle… disons par rapport à l’ado que j’étais moi !)  et beaucoup d’auteurs les incluent dans leurs histoires à juste titre : ce sont des miroirs grossissant qui multiplient et diffusent des images et des propos à l’infini. A l’âge où l’image de soi se construit et se questionne par rapport au regard de l’autre, c’est à la fois un outil inévitable et un piège auquel on peut facilement être pris… et pas sans conséquences !

*Alice : Un roman très sombre en somme, sans trop en dire, peut-être pouvons-nous évoquer la fin afin de ne pas « effrayer » nos lecteurs…

Pépita : Une partie de la fin est suffocante de violence mais l’arrivée d’un autre garçon va tout apaiser. Je dirais cela finalement : l’apaisement pour Marion et la réconciliation avec elle-même, et finalement les autres. Mais j’ai eu très peur pour elle, je l’avoue.

Céline : Oui, suffocante, je l’ai lu vite mais péniblement, avec hâte d’en finir. Et j’ai moi aussi été soulagée…

Sophie : Suffocant, ça me semble très juste pour décrire la « pré » fin. J’ai d’ailleurs longtemps douté sur l’issue de cette histoire qui s’annonçait sordide. Le dénouement final était en effet un soulagement et une bonne bouffée d’espoir.

≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡≡

Retrouver nos chroniques individuelles sur chacun de nos blogs :

– Celui de Pepita – Meli-Melo de livres

– Celui de Sophie – La littérature jeunesse de Judith et Sophie

– Celui d’Alice – A lire aux pays des merveilles