Nos arbres préférés

« J’aime appuyer ma main sur le tronc d’un arbre devant lequel je passe, non pour m’assurer de l’existence de l’arbre – dont je ne doute pas – mais de la mienne ».  (Christian Bobin).

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Photo de Pépita

On a tous un arbre préféré : soit il évoque un souvenir d’enfance, soit il rappelle  une émotion, soit c’est une rencontre faite au détour d’un chemin, ou au cours de vacances, soit l’un d’entre eux est devenu un confident au fil du temps…

Les arbres sont comme des socles dans la vie de chacun. La sélection de livres jeunesse présentée hier autour de cette thématique montre combien les arbres nous inspirent.

A l’occasion du premier anniversaire du blog, l’envie est venue de révéler cette petite part d’intime car on a tous au fond de soi un arbre qui nous appartient…

Voici un petit tour d’horizon de « nos » arbres :

Pour Céline – Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse : Mon arbre préféré est « Monsieur le Chêne » comme l’ont appelé mes filles (Eh ! oui ! Il y a du Chantal Goya là-dessous !), un arbre centenaire qui trônait majestueux au cœur du jardin de mes grands-parents. Il a été le témoin privilégié de mes jeux, de mes premiers chagrins d’amour, de mes lectures d’adolescente, de mes rêves, de l’élargissement de la famille aussi… Les circonstances de la vie ont fait que cet arbre ne nous « appartient » plus désormais mais sa FORCE EST TOUJOURS AVEC NOUS !

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPour Pépita-Méli-Mélo de livres : Mon arbre vraiment préféré, c’est l’olivier : sa silhouette robuste et noueuse évoque la chaleur et le chant des cigales. Symbole de paix, c’est un arbre dont les feuilles scintillent. C’est un arbre généreux : olives et huile, bénéfiques pour la santé. Et un arbre économe : sol aride et très peu d’eau. Il évoque aussi pour moi de belles vacances au soleil reposantes. J’espère pouvoir en planter un bientôt.

Pour AliceArbre voyageur-A lire aux pays des merveilles : C’est en posant mes valises sur l’Ile de la Réunion, que j’ai découvert « L’arbre du voyageur ». De part sa taille et sa forme, il se repère de loin. Imaginez un palmier aplati, d’un aspect très décoratif dont le tronc imposant est surmonté d’un éventail ouvert qui s’étire vers le ciel. Une sorte de flabellum géant, dont le vent bruisse dans la couronne de verdure au chant des alizées qui balayent l’île. Telle une huppe, sa tête émerge derrière une case créole et le soleil luit sur ses palmes symétriques parfaitement imbriquées les unes dans les autres. C’est un trésor inestimable pour tout voyageur des régions tropicales qui trouvera entre ses feuilles l’eau prisonnière de réservoirs naturels.
Arbre du globe trotteur, il m’accompagne souvent dans mon âme pleine de rêve, et je parcours avec lui des kilomètres de monde intemporel.

saulePour Sophie-La littérature jeunesse de Judith et Sophie : Le saule pleureur porte ce nom pour ces longues branches qui retombent vers le sol. Malgré ce nom, pour moi cet arbre ne représente pas la tristesse mais le bonheur des souvenirs de mon enfance. Je me souviens de celui qui était chez mes parents et sous lequel j’appréciais de m’installer pour lire. Les chaudes journées d’été, son ombre imposante était un oasis de bien-être. Je me souviens lui avoir volé quelques feuilles pour les donner à grignoter à mon cochon d’Inde.J’aime la splendeur de cet arbre aux allures si douces en même temps. C’est un arbre que je regarde toujours avec nostalgie en attendant d’avoir un chez moi où en planter un.

Pour Carole-toiles : Quand je songe à mon arbre IMG_1847préféré, je pars forcément au soleil, en vacances, dans mes souvenirs de très beaux moments avec des gens que j’aime. Il s’agit du palmier ! Symbole de chaleur, de plage, de vent qui souffle dans ses palmes. Il en existe plus de 2600 espèces aux noms plus exotiques les uns que les autres. Comme lui je supporte mal les hivers rigoureux, et je m’épanouis dans un climat chaud et sec ! Le palmier dattier me rappelle mes voyages en Afrique et au Maghreb, et le palmier méditerranéen mes séjours dans ce Sud que j’aime tant. Ceux-ci viennent de Martinique, il y a 2 ans, sur la plage de sable noir de Anse Couleuvre. Magique !

Pour Zaxmastree(1)-Le cabas de Za : Mon arbre favori est vert toute l’année, c’est un arbre d’intérieur auquel je suis très attachée. Il se plait l’hiver, lorsque les températures baissent et que les jours raccourcissent car il est le seul arbre du monde dont les fruits s’illuminent à la nuit tombée. On lui a d’ailleurs donné le nom du jour précis où il produit ses plus beaux fruits. C’est l’arbre de Noël.

 

Pour Kik - Les Lectures de Kik : Pour moi, cet arbre, c’est en premier un nom étrange. Un mot qui chante dans la bouche de mon père, lorsqu’il annonce fièrement, qu’un arbre de cet espèce trône désormais dans notre jardin. Je lui ai fait répété plusieurs fois. Pour moi, cet arbre, c’est aussi une photo que mon frère a ramené de Chine. Une feuille posée sur le goudron. Un morceau de vert qui semble se gondoler au soleil.
Pour moi, l’Arbre, celui que l’on observe patiemment prendre son ampleur pendant des années, c’est le Ginkgo Biloba.

arbres a contesPour Bouma-Un petit bout de (bib)liothèque : Il est des graines qui germent quelque soit le sol et j’ai toujours été émerveillée de voir les trottoirs de béton craquelés, soulevés par les racines de ces arbres, moi qui ait été élevée dans la banlieue parisienne. Plus que les feuilles, c’est le tronc, solide, insubmersible et pérenne qui me vient à l’esprit quand je dois représenter un arbre. D’ailleurs, comme vous le montre ma réalisation, je ne représente que lui. Ici, il est le point de départ à toutes les histoires : l’imagination…

bouleaux 1Pour Dorot-Les livres de Dorot : Le bouleau est un arbre que j’affectionne particulièrement…Pourquoi? Je ne sais pas trop. Il est beau, gracieux, semble délicat et fragile, et pourtant…
Mon affection pour cet arbre vient peut être de ma lecture préféré, oh, il y a longtemps, quand j’étais une ado. Anne, de la saga « Anne, la maison aux pignons verts », romantique, rêveuse, les aimait beaucoup . Je me suis mise à mon tour d’imaginer des personnages féeriques, emprisonnés sous cette forme éthérée.
Depuis, je les regarde comme les amis, pleins de beauté et des mystères…

maincelestinarbre1

Pour Drawoua-Maman Baobab : Il n’y a pas photo. Et pourtant j’en fais beaucoup. Mais je n’ai pas de photo de cet arbre-là. Mais d’un tronc un peu abîmé et robuste malgré tout, d’une petite main qui se pose délicatement pour l’apaiser. Oui. La voici. C’est mon image à moi du baobab. Le baobab, c’est aussi le nom que j’ai choisi pour mon blog, alors inévitablement s’il me faut vous parler d’un arbre c’est celui-ci. Un arbre qui est plus relié pour moi à un tronc fort et puissant, solide et indétrônable, indéracinable, devrais-je dire. Plus qu’à l’univers tropical qu’il peut connoter. Un tronc indéfinissable. Et des branches, multiples, multiformes, tortueuses, accidentées parfois, mais toujours là, vives, denses, offrant des fruits. Et ces animaux qui y vivent, qui y jouent, qui y mangent. Le baobab c’est l’arbre de la vie. Tortueuse, accidentée parfois, multiforme, solide, enracinée, comme doit l’être la maman que je suis devenue, celle dont les enfants n’ont plus de papa, le baobab c’est la vie, c’est mon avis.

Pour Nathan-Le cahier de lecture de Nathan : J’adhère à l’été de l’olivier, au voyage choisi par Céline, au paradis d’un palmier, à la beauté de la photo offerte par Kik, l’imagination louée par Bouma, la fragilité du bouleau et la force du baobab… j’adhère à la beauté du saule pleureur, à la nostalgie de l’arbre de Noël … au chêne car c’est là que vit Tobie.
Mais je décide de ne pas choisir un arbre en particulier. Mais l’Arbre.
L’Arbre: force, beauté, fragilité, vulnérabilité, victime. L’Arbre déchiré par l’Homme. L’Arbre qui existe depuis la nuit des temps et fournit émerveillement, inspiration, vie.
L’Arbre. Notre Arbre. Sous lequel nous aimons lire et parler, bouquiner et discuter, nous réunir, prendre du bon temps. Sous lequel nous sommes, sous lequel vous nous lisez.
L’Arbre, cet arbre, que j’ai pris en photo dans un parc en Irlande. Cet arbre qui m’a émerveillé.
Cet arbre grand, noueux, superbe.
Et c’est là que j’ai lu un peu, allongé sur un banc : A l’ombre du grand arbre.

Photo par Nathan

 

Et vous, quel est votre arbre préféré ?

L’anniversaire continue !

Demain, jour anniversaire du blog, rendez-vous vous est donné pour gagner de magnifiques livres sur le thème…de l’arbre…

A vous de jouer !

Swap en tête-à-tête

Si vous suivez assidûment ce blog (et on l’espère !), vous avez assisté au premier Swap organisé sous notre bel arbre. Swappés, swappeurs, parfois rejoints par d’autres membres du blog, discutent maintenant à bâtons rompus de titres qu’ils n’auraient peut-être jamais lus, thématique de ce swap…

Céline - Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse a reçu de la part de Pépita - Méli-Mélo de livres… un album : Tête-à-tête : 15 petites histoires pas comme les autres de Geert de Kockere et Klaas Verplancke, édité par Milan jeunesse.

Leurs échanges autour de ce livre ont donné à leur tour ce petit tête-à-tête …

Suivez bien ! Il y en aura d’autres…

 

Pépita : Quelle a été ta première réaction quand tu as découvert ce titre ?

Céline : Je me suis d’abord dit : « Tiens ! Un album jeunesse ! Pas vraiment mon créneau… » mais ai très vite changé d’avis dès le premier « tête-à-tête » lu…

Pépita : Ces petits contes philosophiques t’ont-ils convaincue ou non ? Et pourquoi ?

Céline : Tout à fait ! Je les ai trouvés originaux et modernes (ça nous change des Fables de La Fontaine), humoristiques et emplis de sagesse ! Chacun aborde une question existentielle : l’amour, l’amitié, la beauté, la mort, l’intelligence, le savoir, la différence… Petits et grands peuvent y trouver leur compte et déguster avec bonheur ces dialogues de bêtes, loin de l’être ! D’ailleurs, je l’ai déjà conseillé à plusieurs de mes collègues…
Et toi, Pépita ?

Pépita : Trop bien que tu l’aies conseillé à plusieurs de tes collègues ! Pour ma part, c’est un livre que je conseille souvent, que personne ne connait et je trouve comme toi qu’il en vaut vraiment la peine et qu’il s’adresse aux petits comme aux grands…  J’ai eu l’occasion de le tester avec des adultes en hôpital psychiatrique en atelier à voix haute et ça marche ! De même comme conteuse avec des enfants, et ça marche ! Chacun peut y prendre ce dont il a besoin, y trouver quelques réponses à des expériences de sa vie, à ce moment T. Ce sont des contes très modernes et universels, dans lesquels chacun d’entre nous peut se reconnaître.

Lesquels sont tes préférés ? Et peux-tu dire pourquoi ils t’ont touchée ?

Céline : Cela ne m’étonne pas que ces histoires pas comme les autres trouvent écho auprès de tout un chacun. Comme tu le fais remarquer, chacun peut y trouver des réponses aux questions qu’il se pose.
Aussi, mes trois préférées du moment (peut-être que quand je les relirai, ce sera d’autres…) font référence à mes préoccupations d’aujourd’hui ou à mes thèmes de prédilection…
- La première intitulée Le papillon et le rhinocéros renvoie directement à la question : pourquoi suis-je blogueuse ? Dans cette histoire, le papillon trouve son poème beau mais il le serait davantage si le rhinocéros le trouvait beau lui aussi ! Et, finalement, pour être honnête, je ne suis guère différente de ce petit papillon car quoi de plus agréable qu’un billet qui plait ! Bien sûr, on ne tombe pas toujours sur un rhinocéros aussi bienveillant !
- La seconde, Le hérisson et l’écureuil, traite de l’amitié. Sa morale est très proche de la leçon donnée par le Petit Prince et le renard de Saint-Exupéry. Comment savoir si on est vraiment amis ? La réponse est simple et évidente : quand l’endroit où l’on est ensemble est le plus bel endroit de la terre !
- La leçon de la troisième, Le moustique et l’araignée, vaut également son pesant d’or et renvoie d’une part à la devise de mon plat pays : « L’union fait la force » et, d’autre part, à la morale de La fourmilière de Jenny Valentine, un titre qui nous a énormément plu à toi comme à moi : « Ensemble, on peut soulever des montagnes ! ». Ici, le moustique et l’araignée, après avoir dressé la liste de leurs différences, se rendent compte, qu’ensemble (encore ce mot clé), ils sont les plus forts du monde !

Et toi, Pépita , je crois savoir que tu en as pointé d’autres ?!

Pépita : Comme toi, je pense que ces histoires trouvent écho à différents moments. Ce que j’aime aussi, c’est le contraste entre chaque animal choisi pour faire la paire. Ils n’ont rien en commun et pourtant…
Pour l’avoir maintes et maintes fois lu, et je l’emporterai sur une île déserte ce livre sans hésiter !, j’aime particulièrement trois de ces têtes-à-têtes :
- la première entre l’escargot et l’éléphant : l’éléphant vient annoncer à l’escargot qu’il va mourir…  et l’escargot l’écoute…  compatit…  Il avait pourtant quelque chose d’important à dire à l’éléphant mais non, il sent que son ami a besoin de lui comme ça, à ce moment-là. Et la chute, je la trouve géniale ! Il y a une telle candeur, une telle spontanéité ! Je ne m’en lasse pas.
- la seconde, c’est le dialogue entre le criquet et la coccinelle sur le sentiment amoureux. Le criquet ne tient plus en place : il est a-mou-reux ! Mais la coccinelle, avec son bon sens, va lui casser un peu son bel élan. Comment sait-on qu’on aime quelqu’un ? La réciproque est-elle toujours de mise ? Ils sont irrésistibles ces deux-là.
- La troisième entre l’ours polaire et le pingouin : un dialogue haut en couleurs (c’est le cas de le dire) qui vire à la chamaillerie mais un phoque au soi-disant goût douteux va les réconcilier sans le savoir. Une belle leçon de tolérance ! Ne jugeons pas sur les apparences…
Des petites histoires vraiment pleines de saveur, modernes et subtiles.

Poursuivons notre petit tête-à-tête Céline…
Qu’as-tu pensé de l’aspect extérieur de ce livre : la présentation, la mise en page, les illustrations,…  as-tu été séduite ou as-tu des remarques ?

Céline : Finalement, j’aime énormément ces trois-là aussi !!!! Bref, ces tête-à-tête sont tous à croquer !
Pour la mise en page, là, je ne suis pas une pro. Pour moi, elle est très soignée et les illustrations sont particulièrement réussies. Comme je le notais dans mon billet, les animaux représentés sont presque humains dans leurs regards et dans leurs gestes. La poule bernée par le ver de terre parait bien écervelée ; le pingouin et l’ours polaire, bien complices malgré leurs goûts différents ; le rhinocéros d’une gentillesse à faire fondre le petit papillon poète, etc… L’image colle donc parfaitement au texte et aide à faire passer la morale de l’histoire.
Mais, tu es bien plus habituée aux albums que moi…  Qu’en as-tu pensé toi ?

Pépita : Très belle analyse ! La mise en page est très belle : du beau papier glacé, une page pour annoncer le titre de la nouvelle paire d’animaux, une histoire ramassée en deux pages, ce qui donne un bon rythme et des illustrations d’animaux presque humains en effet, avec leurs traits de caractère bien en adéquation avec leur rôle. Un très bel ensemble.

Cet album correspondait à la thématique du swap « Sans moi, tu ne l’aurais pas lu ! » mais c’était aussi pour moi un clin d’œil à ta belgitude comme tu dis, car l’auteur et l’illustrateur sont belges.
Les connaissais-tu et as-tu eu envie de faire des recherches sur eux ? Et si c’est le cas, qu’as-tu appris ?

Céline : Non, je ne les connaissais pas. Je ne me suis plus guère intéressée aux albums depuis que les filles ont grandi ! Mais grâce aux membres d’A l’ombre du grand arbre, je m’y remets !!!  Effectivement, j’ai fait quelques recherches. Il s’agit en fait d’un auteur et d’un illustrateur néerlandophones (une de nos trois communautés en Belgique). Tête-à-tête est donc d’abord sorti en néerlandais sous le titre « Allemaal praatjes ! » en 1999 puis a été repris en français par les éditions Milan en 2003. Il semblerait que la traduction soit restée la plus fidèle possible. Seule la couverture a été changée. L’auteur, Geert De Kockere, a écrit de nombreux poèmes pour enfants. Il est également rédacteur en chef d’un magazine destiné aux 11-14 ans. Quant à l’illustrateur, Klaas Verplancke, il a été nominé quatre fois pour le prix Astrid Lindgren, le Nobel de la littérature de jeunesse, et lauréat du Grand Prix de Bologne en 2001. Il a publié près de 150 albums en Belgique, dont certains traduits en France, comme Le géant et le vent, chez Milan et Les Nouveaux Dinosaures aux éditions Sarbacane. Connais-tu ces titres ?

Pépita : Tes recherches sont très précises ! Le premier album, non, je ne le connais pas mais le second, oui, je l’ai même chroniqué, un album très drôle. Toi qui est enseignante, il y a l’inspectosaure …
Il y a aussi une suite à ce Tête-à-Tête qui s’appelle : Jamais content : 15 nouvelles histoires pas comme les autres, du même auteur mais avec un autre illustrateur. Pour ma part, je l’ai trouvé moins réussi. La magie du premier n’a pas opéré.

 

Pour l’avoir expérimenté, lire ces histoires à voix haute, en duo, est un vrai régal. As-tu eu envie de les lire comme tel ? Ou le proposeras-tu à tes élèves par exemple ?

Céline : L’inspectosaure ! Héhé ! ça m’intéresse ça…
Pour la lecture, je pense effectivement en proposer quelques-uns à mes élèves. Après Pâques, je prévois une séquence de cours « Ecrire un sketch et l’interpréter ». Ces tête-à-tête seront une bonne entrée en matière pour découvrir la construction d’un dialogue, la création d’une voix humoristique, la gestuelle, la gestion des silences, etc. Mes élèves ont 13 ans mais ces textes sont assez rigolos et porteurs d’un message, ils peuvent tout à fait leur convenir. Maintenant, je ne vais pas non plus leur demander de se déguiser en éléphant ou en escargot ! Ils ne le verraient pas d’un bon œil je pense ! Mais, avec des plus petits, pourquoi pas…
Et toi, je suppose que tu l’as maintes fois conté… Quelles étaient les réactions des plus jeunes comme des plus vieux ?

Pépita : Intéressant ! Tu me feras part de leurs réactions ? Pour répondre à ta question, ces petites histoires interpellent toujours, enfants comme adultes. Elles surprennent, font rire, font réfléchir et en général, une ne suffit pas ! Et le livre est toujours emprunté par la suite, ce qui est un signe infaillible.

Ton mot de la fin pour ce tête-à-tête ?

Céline : Je l’emprunte au rhinocéros. Ce Tête-à-tête ?
- Eh bien… Franchement, je l’ai trouvé très beau.

Pépita : Pour moi, très beau aussi ! Très heureuse d’échanger sur ce livre particulier avec toi en particulier…  Merci !

Céline : Encore merci pour cette belle découverte Pépita. C’était un excellent choix, tant sur le plan personnel (moment de lecture très agréable) que professionnel (pourrai l’utiliser en classe). Il a d’ailleurs trouvé une place de choix dans ma bib, à portée de main car, comme toi, je pense souvent y revenir !
Quand tu veux pour un nouveau tête-à-tête !

Pour en savoir plus, voici nos chroniques respectives :

- Céline-Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVREsse

- Pépita-Méli-Mélo de livres

Et n’oubliez pas…

D’autres tête-à-tête vont suivre…  sur d’autres livres échangés !
N’hésitez pas non plus à échanger avec nous sur ces titres…  Plus on est de fous, plus on lit !

Lecture commune : Colin Fischer, un garçon extraordinaire

Une lecture commune intergénérationnelle, c’est ce que vous proposent Pépita et Nathan, la plus âgée et le plus jeune de l’équipe d’A l’ombre du grand arbre, qui se sont retrouvés autour d’un point commun : inconditionnels des romans de la maison d’édition Hélium.

Voici donc une lecture à quatre mains autour du roman «Colin Fischer : un garçon extraordinaire» paru en octobre dernier, écrit aussi à quatre mains par Ashley Edward-Miller et Zack Stentz.

Colin est autiste et il s’est mis en tête de résoudre une énigme policière….

Bouma et Céline se sont prises au jeu de cette lecture et en ont débattu avec nous.


Pépita : Connaissiez-vous les romans de la maison d’édition Hélium avant de lire celui-là ? Et si oui, lesquels ?

Céline : Non, je ne connaissais pas… Cap du 1er rendez-vous réussi haut la main !

Bouma : Oui je connaissais déjà cette maison d’édition pour avoir lu le roman le Worldshaker de Richard Harland, un roman de science-fiction bien ficelé mais un peu lent à mon goût. Si vous voulez en savoir plus vous pouvez lire mon avis par ici.
Et puis surtout Hélium c’est LA maison d’édition de DELPHINE CHEDRU et comme j’adore tout le travail de cette illustratrice et auteure de génie (même si je me rends compte maintenant que je n’ai jamais parlé d’elle sur mon blog). Bref, une maison d’édition qui produit peu mais de qualité selon moi.

Pépita : Oui, je les ai tous lus à ce jour sauf La Fugue d’Alexandre Rimbaud encore en attente sur ma table de nuit mais ça va venir. Avec des auteurs pas forcément connus, et de belles couvertures ! Des univers intéressants aussi : du fantastique, de l’humour, du policier, de l’histoire, de la réflexion. Des romans qui ne laissent pas indifférents. Et de beaux objets romans. On a bien un livre dans les mains !

Nathan : Oh oui ! Hélium c’est un coup de cœur depuis que j’ai découvert Le Worldshaker ! Un très beau graphisme, une grande qualité et des romans passionnants ! Des petites perles dont deux restent à découvrir : La fugue d’Alexandre Rimbaud dont l’auteur (Rose Philippon) est très sympa et Brigade des crimes imaginaires, un recueil de nouvelles apparemment délurées ! De plus, ils m’ont offert l’immense chance d’interviewer Richard Harland en personne au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil de 2011 et j’ai organisé une semaine spéciale pour l’édition en décembre 2011 ! EXTRA !

Nathan : Le roman débute, comme chaque chapitre, sur un extrait du carnet de Colin. Qu’avez-vous pensé de cette construction qui insérait parfois des extraits du fameux carnet, et de ce qu’elle apportait à l’histoire ?

Céline : J’ai trouvé ces passages « théoriques » très intéressants (parfois un peu compliqués, il faut bien l’avouer). Ils permettent d’entrer un peu plus dans le mode de fonctionnement du narrateur, autiste de haut niveau, et de mieux comprendre sa manière de penser. Certains m’ont complètement remuée comme cette histoire des deux médecins viennois sous le régime nazi, Hans Asperger et Heinrich Gross… D’autres m’ont fait sourire ou m’ont passionnée comme les histoires de requins ou les nombreuses études psychologiques ou éthologiques, … Enfin, ceux qui évoquaient des problèmes logico-mathématiques m’ont rappelé les fameuses prises de tête de l’époque où j’étais étudiante… Par contre, en raison de ces apartés, il me semble qu’un lecteur trop jeune pourrait vite décrocher !

Bouma : Si j’ai trouvé le fond très intéressant de ces débuts de chapitres (et en effet on y apprend beaucoup d’anecdotes souriantes), j’ai moins aimé la forme qui se rapproche de celle du texte général, tout comme les notes de bas de page. J’aurais préféré une autre typographie permettant au premier coup d’œil de faire la distinction entre les deux, surtout au vu de l’âge auquel je conseillerais ce livre (à partir de 10/11 ans).

Pépita : Cela m’a beaucoup intriguée au début, puis amusée et un peu lassée ensuite. Ces extraits sont parfois un peu longs. Ils apportent néanmoins toujours un éclairage sur ce qui va être développé dans le chapitre en question et permettent de mieux comprendre le système de réflexion de Colin, fait d’un sens de l’observation hors du commun, de connaissances encyclopédiques sur des sujets très pointus et d’une intelligence particulière. J’ai été par contre davantage gênée par les notes en bas de page, que je finissais par ne plus lire car trop, c’est trop ! Cela interrompt trop cette enquête menée au millimètre et où tout s’enchaine à la perfection comme dans le cerveau de Colin.

Nathan : Moi personnellement j’ai beaucoup aimé ce principe ! Ça apporte des pauses dans l’histoire, des anecdotes amusantes et des informations très intéressantes, une profondeur au personnage de Colin qui s’intéresse à ces anecdotes scientifiques et qui nous expose aussi ses pensées très matures.

Pépita : Pour nos lecteurs, pouvez-vous nous relater cette histoire dans ses grandes lignes ? Vous a-t-elle embarqué ou au contraire vous a-t-elle rebuté ? Vos premières impressions ?

Céline : Cette histoire m’a directement embarquée et je n’ai lâché le livre qu’une fois la dernière page tournée. S’y mêle à la fois un récit de vie hors du commun et une enquête policière. Ce mélange des genres confère beaucoup de rythme à l’ensemble du récit. Les explications théoriques de Colin – ses fameuses notes explicatives – qui habituellement me rebutent dans un livre m’ont vraiment intéressée car elles permettent d’appréhender au plus près son mode de pensée…
Ce texte m’a donc séduite tant sur le fond que sur la forme. Il propose, à mon sens, plusieurs lectures selon les âges. Si l’ado y verra tout d’abord l’histoire d’un jeune différent qui, par ses particularités devient un garçon extraordinaire, à l’instar d’un super héros en quelque sorte; l’adulte, lui, se posera davantage de questions sur l’envers du décor et sera interpellé par la gestion d’un tel handicap au quotidien. De même, il s’inquiétera sans doute du mal-être du frère cadet qui est amené à des extrémités pour trouver sa place aux côtés de ce frère qui monopolise (toute) l’attention familiale. Ces interrogations ont encore pris plus de poids lorsque quelques jours après ma lecture, j’ai appris par la presse que le responsable de la tuerie de Newtown était atteint du même syndrome que notre héros… Depuis, j’ai été heureuse de lire l’opinion des spécialistes pour qui les personnes atteintes d’autisme ou de ses dérivés peuvent être irritables et perturbatrices mais qu’il est rarement question de violence planifiée et intentionnelle.

Bouma : Colin assiste malgré lui à un incident dans la cafétéria. Un coup de feu est tiré, un revolver retrouvé à terre. Aucun blessé mais il n’en faut pas plus à ce grand amateur d’enquêtes, fan de Sherlock Holmes, pour essayer de remonter la piste et découvrir le coupable. Le fil conducteur de ce livre est donc cette enquête que mène Colin en parallèle à sa vie de lycéen américain. Pour moi, il s’agit surtout d’un prétexte pour parler du handicap de Colin et de ce que cela entraîne sur sa vie quotidienne, ses relations avec sa famille mais aussi ses camarades d’école. Je ne suis pas autant emballée que Céline car j’ai eu une impression de déjà-vu… Monk, la série américaine, vous connaissez ? Et bien voilà à quoi ce roman m’a fait irrémédiablement penser. Et honnêtement, je me suis même arrêtée à la moitié du roman pour en lire un autre.

Pépita : Je ne vais pas refaire de résumé… Oui, cette histoire m’a plu mais peut-être pas autant que je m’y attendais ou d’autres romans de la même maison. Justement à cause de ces apartés. L’histoire en elle-même est pourtant bien construite, le moindre détail a son importance et cela n’échappe pas à Colin. Certains passages m’ont beaucoup plu : les dialogues avec le prof de sport et la façon dont Colin renverse les certitudes de la directrice du lycée… J’ai souffert aussi (comme Céline) pour le frère de Colin, qui reproche à ses parents leur manque d’attention à son égard. J’ai aimé voir Colin évoluer et apprivoiser ses peurs. Tenir tête à ses camarades. Aller au-delà des préjugés dans son amitié avec le « bourreau » de ses années collège. Sa recherche constante de la vérité et de la justice. C’est un très beau personnage, attachant et sensible. On a de l’empathie pour lui.

Nathan : J’ai été vite embarqué par cette histoire ! L’intrigue principale en fait, c’est cette histoire de pistolet qui se retrouve dans le self du lycée de Colin, une balle est tirée et ce personnage autiste qui va mener l’enquête. J’ai adoré son observation très précise et son enquête bien réfléchie et pleine de rebondissements ! Mais en même temps il y a la vie du personnage qui est autiste, ne l’oublions pas. Ses relations au lycée, qui ne sont pas toujours faciles … et avec sa famille: surtout son frère. Tout plein de belles choses intéressantes et/ou amusantes à découvrir en somme !

Nathan : Pouvez-vous nous parler du personnage de Colin ? Vous a-t-il plu ? Avez-vous trouvé son autisme « bien exploité » pour l’intrigue ?

Céline : Colin est un ado pas comme les autres. Il souffre du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme où le langage et le développement cognitif sont particulièrement préservés. Par contre, il éprouve d’énormes difficultés à gérer les événements inattendus du quotidien comme les contacts physiques par exemple. Jusque-là, il avait une « ombre », une personne qui était chargée de l’aider au quotidien. Mais, depuis son entrée au lycée, il doit se débrouiller seul ! Hermétique aux émotions des autres, il se réfère à ses fiches légendées : « amical », « nerveux », etc. Ne le quitte pas non plus, son carnet, où il note toutes ses observations, à la manière d’un anthropologue… Cette façon de procéder va lui être bien utile pour son enquête… Son « handicap » en fait un héros atypique et confère à l’enquête une approche très originale. Une image pour résumer : celle où Colin relie toutes ses informations sur un panneau à la manière de ceux utilisés par le FBI !

Bouma : Colin est un héros particulier. J’ai aimé découvrir sa façon d’organiser son quotidien, de s’attacher à des détails tout en passant à côté des émotions humaines. Son handicap est particulièrement bien décrit et surtout exploité pour en faire une force. Mais le fait qu’il ait du mal à comprendre les sentiments des autres le rend aussi assez froid, distant. Il est alors plus difficile de s’identifier au personnage principal, de s’y attacher et donc d’être touché. Colin est un personnage attachant (comme un enfant dont on prend soin) mais dont l’univers reste bien loin du lecteur.

Pépita : Colin est vraiment un adolescent très attachant. Son autisme est très bien décrit dans le livre : angoisses, obsessions, difficultés d’intégration, manies contre-balançées par une mémoire exceptionnelle et un sens de l’observation hors norme. J’ai aimé le voir évoluer au fil de l’enquête et se dépasser, par exemple lorsqu’il découvre le pouvoir du mensonge.

Nathan : Je crois que mes comparses ont déjà tout dit, mais je vais insister sur ce point qui m’a le plus plus et que j’ai déjà un peu développé plus haut : l’importance des détails. Son syndrome d’Asperger fait que Colin a un très bon sens de l’observation … il calcule tout avec précision, réfléchit sans rien oublier et ne laisse aucune miette de côté ! Cela apporte beaucoup de richesse au roman et à l’enquête …

Nathan : Et que pensez-vous de l’aspect policier du roman ? Vous a-t-il emporté ? A-t-il installé un certain suspense ?

Céline : En réalité, j’ai davantage été séduite par la méthode que par l’enquête elle-même ! Colin s’inscrit dans la lignée des détectives gentlemen qui résolvent les énigmes « sans faire intervenir les émotions ou les ambitions personnelles ». Et de citer le chevalier Dupin d’Edgar Allan Poe, le Hercule Poirot d’Agatha Christie et le fameux Sherlock Holmes de Conan Doyle ! Le suspense réside d’ailleurs plutôt dans la réussite ou non du duo improbable qu’il forme avec son meilleur ennemi qu’il a décidé d’innocenter ! Tous deux m’ont un peu évoqué l’excellent film Les Puissants.

Bouma : Ce livre est vraiment un roman policier, pas un thriller. Le suspense n’est pas insoutenable, dans le sens où il n’y a pas mort d’homme, je n’ai pas attendu le dénouement la boule au ventre. Pourtant l’enquête est bien ficelée et la lectrice que je suis ne l’aurait pas résolu sans le personnage de Colin. Je rejoins l’avis de Céline : Colin ressemble beaucoup à son idole Sherlock Holmes et de ce fait mène ses réflexions avec précision et concision. Nous suivons l’esprit logique de Colin qui se focalise sur cette histoire de pistolet, cela aurait pu être autre chose…

Pépita : Ah oui, un roman policier de fin limier. La perspicacité de Colin et son sens de l’observation très aiguisé (presque malgré lui finalement) font que cette histoire est passionnante et complexe. A un moment donné, on est un peu dans le brouillard et puis sur la fin, tout s’imbrique avec une précision parfaite. J’ai trouvé cet aspect du roman fascinant moi qui ne suis pas une férue du genre.

Nathan : Je rejoins vos avis et n’ai rien à ajouter !

Pépita : La fin du roman laisse entrevoir une suite : la lirez-vous ? Et quel est votre mot de la fin sur cette lecture ?

Céline : Oui, s’il y a une suite, je la lirai avec plaisir. Ce titre m’a agréablement surprise, tant sur le fond que sur la forme. Le niveau est assez poussé et le lecteur apprend des tonnes de choses intéressantes dans de multiples domaines. De plus, le héros et sa manière d’aborder le monde rendent ce roman attachant et intriguant à la fois. Je ne peux m’empêcher de me poser un tas de questions sur la gestion au quotidien de ce syndrome, notamment en ce qui concerne la fratrie. S’il y a un deuxième tome, je pense qu’il sera moins « rose »… Cela pourrait relancer l’intérêt de lecture, l’effet de surprise concernant la manière d’être de Colin étant un peu éventée !

Bouma : Une suite ? Je n’avais pas compris alors. Et je pense que je ne la lirais pas, il y a suffisamment d’autres lectures que j’attends avec impatience pour que je passe sur celle-là. Quand à mon avis général sur ce roman, ce fut une lecture agréable tant sur le style que sur la thématique mais il ne fera pas parti de mes coups de cœur de l’année, c’est sûr.

Pépita : Si suite il y a, je la lirai. J’ai plutôt hâte de voir comment Colin va s’en sortir car je partage l’avis de Céline, j’ai comme l’impression que ce sera assez mouvementé…
Comme mot de la fin, je dirais que ce roman est très dense et qu’il vaut mieux le lire sur un temps court pour ne pas perdre le fil de l’histoire. Je le conseillerais à de très bons lecteurs à partir de 11-12 ans.

Nathan : Moi non plus je n’avais pas vu de suite se présager … et au fond, un one-shot c’est toujours bien ! Mais de toutes façons, s’ils sortent vraiment une suite, je la lirai avec plaisir ! … Aucun roman Hélium ne m’échappera !
Celui-ci, pas un coup de cœur, m’a passionné ! L’écriture de l’auteur a su rendre avec beaucoup de richesse la précision de l’esprit d’observation de Colin, créant ainsi un personnage vivant, une enquête bien ficelée et dépeint par la même occasion la vie d’une famille touchée en partie par l’autisme …

Colin Fischer un garçon extraordinaire a offert à quatre lecteurs de tous âges un roman très plaisant, récemment d’actualité avec la fusillade d’enfants dans une école des États-Unis. Bien mené, on s’attache à un héros pour le moins original, et très intelligent … On a une Bouma mitigée, une Céline surprise, une Pépita fascinée et un Nathan passionné !

Pour aller plus loin dans cette lecture :

Le blog de la maison d’édition Hélium

Les billets des participants à cette lecture :

- Céline : Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse

- Bouma : un petit bout de Bib(liothèque)

- Pépita : Méli-Mélo de livres

D’autres liens vers d’autres romans de cette maison d’édition :

Bouma : Un petit bout de Bib(liothèque)

-Le Worldshaker

Pépita : Méli-Mélo de livres
-Rien de plus précieux que le repos
-Le Libérator
-Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère
-Une tribu dans la nuit
-Moi Ambrose roi du Scrabble

Nathan : Le cahier de lecture de Nathan
-Rien de plus précieux que le repos
-Le Worldshaker et Le Libérator
-Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère
-Une tribu dans la nuit
-Moi Ambrose roi du Scrabble

 

Lecture commune Le rire de Camille

Le rire de Camille où l’on découvre qu’il n’ y a pas de petits chagrins de Mathis et Emilie Harel, numéro 8 de la collection Trimestre, publiée par Oskar jeunesse.

Entre roman et album…
L’histoire porte sur le chagrin et de l’importance de trouver une oreille attentive quand c’est trop lourd à porter… même pour un enfant.

C’est une collection qui me touche tout particulièrement et j’ai eu envie de partager celui-ci avec quatre blogueurs : Carole3étoiles, Drawoua, Nathan et SophieLJ.

Le rire de Camille

Pépita : Une couverture avec du orange, du noir et du blanc, une petite fille et un chien qui se regardent dans les yeux, les mots « Rire » et « Chagrin » dans le titre et sous-titre…Que vous ont d’abord inspiré tous ces éléments ?

Carole3étoiles : Pour ma part, je découvre cette collection et je dois avouer que cette couverture interpelle l’œil directement ! Et puis l’association rire/chagrin donne tout de suite envie de l’ouvrir et de le lire ! Et c’est exactement ce que j’ai fait.

Nathan : Je n’ai pas vraiment fait attention à cette opposition rire/chagrin. Par contre, j’aime beaucoup la couverture et la bouille de ce drôle de chien … et puis tout en orange fluo ça pète, moi je dis ça donne envie ! Par contre si j’ai eu envie de participer à cette lecture commune, c’est pour le nom de l’auteur : Mathis que je connais déjà un peu et que je verrai à Montreuil ! Et puis le livre n’est pas gros, je pouvais le caser facilement dans mon planning de lectures… et quand c’est pour retomber en enfance, je suis toujours partant !

SophieLJ : Connaissant la collection, je n’ai pas été surprise par la couleur dominante, puisqu’il y en a une sur chaque livre. Sinon, je ne me suis pas non plus arrêtée sur l’opposition rire/chagrin. En revanche, je me suis demandée en quoi consistait ces petits chagrins (qui n’existent pas en fait !).

Drawoua : J’ai été très intriguée par la couverture et j’aime beaucoup le coup de crayon d’Emilie Harel. Comme vous, je l’ai reçu… et je n’ai pas tardé à le lire par la suite car ce livre, comme objet-livre est très incitatif. Avec lui, je découvre la maison d’édition et la collection par conséquent.

Pépita : « Le rire de Camille où l’on découvre qu’il n’y a pas de petits chagrins » : les « sous-titres » ou plutôt chaque précision du titre de cette collection en disent souvent plus long sur l’histoire à venir et sont comme une promesse. Pour nos lecteurs, pouvez-vous raconter cette histoire (sans trop la dévoiler…) ?

Nathan : Camille, elle a un rire. Mais ce rire il se cache, il se dissimule, il se voile, il prend comme cape d’invisibilité un chagrin. Camille, elle a perdu, elle a perdu la solution qui la mènera jusqu’à son rire. Et pour ça, il lui faudra l’aide d’un drôle de chien, qui deviendra un drôle de cheval et d’un chat qui a oublié. Une courte épopée, aventure, un court voyage mais une sacrée quête !

Pépita : Que vous a inspiré cette histoire ? Enfantine, sublime, déconcertante, troublante…Quels sentiments et émotions a-t-elle suscités ?

Nathan : Je ne sais pas trop si c’est aussi dû à mon état de fatigue lors de ma lecture, mais j’ai été très touché par ce livre. Je ne saurais trop expliquer mais il a déclenché en moi des petits rires, surtout aux vues de ce drôle de chien (adorable !) et de ce chat rigolo ! Mais il m’a aussi ému, je me sentais vraiment touché en refermant le livre parce qu’il parle de ces chagrins qu’on a petit. Il n’a pas forcément de véritable raison, parfois on a juste besoin d’un câlin, de son papa, de sa maman, et de rire un coup. C’est une histoire simple qui est mise sous la forme d’une aventure mais elle n’en reste pas moins, bien que quotidienne, une jolie vue sur l’enfance.

Carole3étoiles : Cette histoire par sa simplicité m’a fait plonger dans la petite enfance. On s’identifie facilement à cette petite Camille et son chagrin. Pas besoin d’en connaître les raisons, il est là et c’est comme ça. On se surprend à éclater de rire aussi. C’est simple et efficace quelque soit l’âge du lecteur, pour peu qu’il ait gardé son âme d’enfant, et c’est ça qui m’a plu par-dessus tout !

Drawoua : J’ai un ressenti assez partagé sur le livre. L’illustration de couverture m’a donné très envie de le lire, et je l’ai d’ailleurs lu assez rapidement après réception. La première lecture en a nécessité une seconde. Je garde en tête quelques passages intéressants, d’autres aussi beaux qu’ils sont simples. Par contre il y a des choses auxquelles je n’ai pas adhéré… cela ne m’a pas parlé du tout. Par exemple je n’ai pas compris le rôle du chat…

SophieLJ : Connaissant et appréciant d’autres titres de la collection, j’ai été un peu déçue par celui-ci. J’ai trouvé le thème très simple même si je pense qu’il est très parlant pour les enfants. En fait, ça m’a gênée de ne pas pouvoir identifier la cause du chagrin et, par conséquent, je n’ai pas réussi à me plonger dans l’histoire. Par contre, j’ai tout de même aimé la quête pour sortir de la tristesse.

Pépita : Déception et enthousiasme, nous sommes comme Camille finalement, partagés entre deux sentiments. Il est vrai que ce dernier numéro de la collection est plus simple que les précédents. Plus qu’il n’ y parait cependant. Parlons des illustrations : qu’en avez-vous pensé ? Vous ont-elles touchées ? Sont-elles trop simples ?

Carole3étoiles :Concernant les illustrations, j’avoue que je déteste la couleur orange…mais ici j’ai adoré ! Je ne sais pas comment l’expliquer ! Ce que je sais en revanche, c’est que les illustrations se fondent parfaitement au texte. Je les ai perçues comme naturelles, logiques, simples, en prolongement du texte. Et je me rends compte à quel point trois couleurs peuvent tout faire !

Nathan : Ah je suis d’accord : trois couleurs peuvent tout faire ! J’ai ADORE ces illustrations, j’admire franchement ! Le chien est trop mignon, le chat est trop rigolo et Camille par contre, je n’ai pas trop pu m’attacher à elle par les illustrations … mais il y a une illustration que je montre à tout le monde (page 24) : c’est lorsqu’ils sont sur une colline et qu’ils voyagent et le paysage et son reflet dans l’eau se fondent dans une superbe illustration !

SophieLJ : J’ai aimé les illustrations en particulier celles avec l’arbre. Par contre, j’ai trouvé que le chien ne se ressemblait pas sur toutes.

Drawoua : L’illustration de couverture et la première page en bichromie avec le orange flashy m’ont aimantée ! Pour moi, les illustrations de ce livre sont réussies. Tu dis simples, peut-être, mais sans être si simplistes non plus. C’est vrai que le chien n’est jamais le même. Mais peut-être que le chagrin non plus n’est pas le même à chaque fois qu’on en parle ? L’illustration où l’on ne voit que les yeux de Camille entre ses bras est très chouette, ainsi que la suivante, la petite fille est enveloppée dans une couverture. J’ai particulièrement aimé aussi celle du canal et les détails qui sont présents dans les paysages.

Pépita : Ce livre, c’est aussi la complicité entre un animal et un enfant. Camille, face à ce chagrin qu’elle ne sait trop nommer, ne se confie pas à ses parents, du moins pas tout de suite, mais trouve une oreille attentive et réconfort auprès de ce chien (Bernard, comme par hasard !). Qu’auriez-vous à dire de cette relation à l’animal ?

Carole3étoiles : Effectivement, le lien entre Camille et le chien est omniprésent. Ils communiquent ensemble par leur sensibilité, ils se comprennent même. Camille transfère ses émotions sur le chien, notamment son chagrin au moment de leur rencontre. Le chien absorbe peu à peu ce chagrin et le dissout dans son humour. Où l’on découvre qu’il n’y a pas de faux amis….

SophieLJ : Je suis d’accord avec Pépita, c’est une belle histoire cette amitié. D’ailleurs, c’est plus ça qui m’a touchée dans le livre que cette histoire de chagrin. J’ai aimé la force de leur complicité, et leur confiance l’un envers l’autre.

Nathan : Je suis d’accord mais comme je le disais, j’ai eu du mal avec Camille alors plus que leur histoire d’amitié, c’est le chien qui m’a charmé !

Drawoua : J’aime beaucoup la complicité qui se tisse entre le chien et la petite fille. L’animal éponge, aspire le chagrin de la petite fille sans presque qu’elle ne lui ait dit un mot dessus. C’est comme dans la vie, ça, non ?

Pépita : Et justement, ce chagrin, parlons-en. Pour vous, existe-t-il vraiment, comment l’avez-vous perçu ?

SophieLJ : Oui il existe. Je trouve qu’on le ressent dans le texte comme dans les illustrations. Par contre comme je l’ai dit, ça m’a gênée de ne pas pouvoir mettre un nom dessus.

Carole3étoiles : Oui, je pense aussi qu’il existe. Quand Camille dit au chien lors de leur rencontre qu’il a l’air triste, c’est d’elle qu’elle parle. On ne parle jamais que de soi… Peu m’importe si l’on ne sait pas pourquoi elle est triste, c’est un fait puisqu’elle le ressent. On n’a pas toujours besoin de raison pour être triste ou heureux, si ?

Pépita : Cela ne m’a pas gênée qu’on ne sache pas le pourquoi du chagrin de Camille. Déjà qu’elle puisse exprimer ce sentiment de tristesse, même sans savoir pourquoi, j’ai trouvé cela très positif. Qu’elle trouve une oreille attentive aussi : elle l’a sollicitée auprès du chien, comme si elle avait senti qu’il était là juste pour elle et lui, lui renvoie son propre sentiment pour qu’elle le prenne vraiment en compte. J’ai trouvé cela très juste et très humble. Une belle façon d’aborder les émotions qui nous submergent, même quand on est un enfant.

Drawoua : Pour moi le chagrin, c’est un mot fort. Dans le dictionnaire, il prend une palette plus large, du déplaisir à la douleur, de la tristesse à la souffrance, de la déception au gros chagrin, au chagrin d’amour. Dans le livre, il n’y a tout simplement pas de petit chagrin. Il y a un chagrin, le chagrin. L’auteur en parle sans nous dire de quoi il s’agit. Une quête d’universalité, peut-être. Une façon pour le lecteur de se retrouver dans le personnage de la petite fille.

Nathan : Je suis plutôt d’accord : pas de problème si on ne connaît pas la raison du chagrin … mais sinon il n’existe selon moi qu’à la fin ce chagrin, quand je l’ai vraiment perçu, c’est quand elle est avec son papa et sa maman. Avant c’était l’aventure, les sourires, le chat et le drôle de chien.

Pépita : Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas : Est-ce que ce numéro vous a donné envie d’en découvrir d’autres de la collection Trimestre ?

SophieLJ : Je peux dire que pour moi, il y en a d’autres encore mieux !

Carole3étoiles : Moi je ne connaissais pas du tout cette collection, donc MERCI Pépita pour cette découverte et cette lecture commune ! J’ai eu envie d’en savoir davantage, donc j’en ai quatre sur ma PAL ! Et déjà les titres et les couvertures me plaisent ! A suivre donc…

Drawoua : Absolument, c’est une belle découverte pour moi et je suis partante bien sûr pour intégrer Oskar dans l’univers de mon blog.

Nathan : Oui ça m’a bien donné envie ! Surtout les illustrations en deux couleurs en fait c’est très original …

Pépita : Votre passage préféré ? Votre illustration préférée ? Dites pourquoi.

SophieLJ : J’ai bien aimé le premier chapitre du livre. Ce début, je pense qu’on l’a tous vécu. Camille est triste, barbouillée, pas bien, alors que tout autour est comme d’habitude ! On a envie que ça s’arrête mais on ne sait pas comment faire !

Carole3étoiles : Mon illustration favorite est celle de la page 32, celle où Camille se met à pleurer devant l’arbre, et où ce dernier lui dit :  » C’est bien, tu commences à trouver. Chaque larme, c’est un peu de chagrin qui s’en va. » Je trouve cette réflexion très juste, et ça illustre bien le fait que ce chagrin est bien réel puisque ressenti.

Drawoua : La même citation que Carole qui sonne comme une autorisation de pleurer, comme une façon de trouver par les larmes, un apaisement.

Nathan : Et justement ma préférée, c’est la page 24 : celle où elle est sur le dos du chien, ils sont avec le chat et entre deux collines. Le paysage se reflète dans l’eau et tout cela est fait avec tellement de simplicité mais de beauté aussi que je la montre à tous ceux à qui je parle du livre.

Pépita : Mon passage préféré est sans conteste le dialogue qui s’installe entre l’arbre et la petite fille autour du chagrin. J’ai trouvé cela tellement juste. Mon illustration préférée est celle de la page 30 : les mains de Camille caressant l’écorce de l’arbre comme pour y puiser une force. Cette image me fait frissonner.

Pépita : Si vous deviez définir ce livre par une seule émotion, quelle serait-elle ?

Nathan : J’ai envie de dire l’enfance mais bon … ;-) Mes sentiments envers ce livre sont nostalgiques mais le livre en lui-même dégage plutôt … le rire, la joie ! D’où le titre quoi.

Carole3étoiles : Si je devais ne choisir qu’un ressenti, ce serait l’humilité : celle de Camille dans ce que son chagrin a d’authentique, celle de l’auteur et de l’illustrateur dans leurs choix des mots et des couleurs, celle de cette collection dans ce qu’elle propose aux lecteurs. Pour moi, c’est un gros coup de cœur !

Drawoua : Pour moi ce ne serait pas la tristesse, mais la tendresse…

Nathan : Ah ben voilà EXACTEMENT le mot que je cherchais !

Pépita : Pour moi, ce livre évoque la confiance, mais sans doute est-ce plus un sentiment qu’une émotion. Confiance en l’autre et confiance en soi. Des socles indispensables pour gérer ses émotions.

SophieLJ : L’émotion que j’ai envie de retenir, c’est le réconfort que s’apportent mutuellement Camille et le chien. C’est toujours plus facile de se sortir d’une émotion triste quand on a le soutien de quelqu’un.

Pour aller plus loin dans cette découverte, nous avons souhaité contacter Thierry Lenain, le directeur de cette collection avec Benoît Morel. Il a très gentiment accepté de répondre à nos questions et nous le remercions chaleureusement.

Voici ses réponses concernant la collection Trimestre :

-Comment est née cette collection ?

Quand Oskar a accepté le texte de « La dernière année », je leur ai demandé de me laisser carte blanche pour le choix de l’illustrateur et la réalisation de l’objet livre. Ils ont été OK. Puis quand Benoit et moi avons terminé notre livre, l’expérience nous a tant plu que nous avons proposé à Oskar de créer une collection à l’image du livre que nous venions de créer… Ils ont été OK, malgré le coût (papier de grande qualité, suivi de l’impression….).

-Comment choisissez-vous les auteurs et illustrateurs ?

Nous choisissons d’abord le texte (qui nous est envoyé spontanément ou que nous avons sollicité auprès d’auteurs que nous apprécions) en fonction de deux critères : l’émotion (d’un ordre ou d’un autre) qu’il porte;  son accessibilité, par une voie ou une autre, pour des enfants de 8/10 ans. Puis nous choisissons un illustrateur dont nous apprécions l’œuvre et l’univers, et qui nous semble pouvoir répondre à la ligne graphique de la collection : bichromie et style « gravure ».

 -Quelles grandes lignes et limites leur donnez-vous pour chaque livre ?

Il y a une contrainte de nombre de signes : entre 9000 et 19000 signes . Après… il n’y a pas de grandes lignes ni de limites sinon le respect des deux critères évoqués.

 -Comment choisissez-vous LA couleur du livre puisqu’à chacun une est attribuée ?

En fonction du thème du récit, et de son articulation avec les couleurs des autres titres, l’un de ces critères pouvant emporter sur l’autre.

-Quels auteurs aimeriez-vous faire participer à cette collection ?

 Alexandre Romanès. Je lui ai proposé, mais je n’ai pas obtenu de réponse. Qui sait, un jour…

Voici ses réponses concernant plus particulièrement ce numéro 8 de la collection :

  -Le livre tout en orange blanc et noir : est-ce un choix de l’illustratrice ?

A vrai dire je ne m’en souviens plus, mais je trouve le résultat super :-)

-Est-ce Mathis qui vous a envoyé ce texte ? Dans quelles circonstances ?

Non, c’est moi qui lui ai demandé. Le texte que j’ai reçu m’a beaucoup plu, il était un peu court, Mathis l’a allongé d’ un tiers.

-Quels sont vos prochains projets pour cette collection ?

La bouche de l’ogre, un texte de Benoit Broyard illustré par Donatien Mary dont nous avons découvert le travail sur le net, et Elle est où la ligne, un texte de Davide Cali illustré… par une illustratrice qui devrait se dépêcher sinon nous allons devoir la remplacer au pied levé !!!!

Quelques éléments pour poursuivre votre lecture :
Le blog de la collection Trimestre, pour tout savoir sur son actualité : http://collectiontrimestre.blogspot.fr/

Et les billets sur ce livre (et d’autres de la collection) des participants à cette lecture :

-3 étoiles : http://blog.3-etoiles.fr/2013/01/un-jou … trimestre/
-La littérature jeunesse de Judith et Sophie : http://litterature-jeunesse.over-blog.fr/article-le-rire-de-camille-112234529.html
-Maman Baobab: http://maman-baobab.blogspot.fr/2013/01/deux-camille-et-du-chagrin.html
-Le cahier de lecture de Nathan : http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/11/de-magnifiques-romans-pour-petits-et.html
-Méli-Mélo de livres :http://melimelodelivres.blogspot.fr/2012/11/le-rire-de-camille.html

Un grand merci à tous les participants autour de cette lecture riche en émotions  et nous avons hâte de découvrir les prochains numéros de cette collection.