Entretien avec Séverine Vidal

Il y a des autrices dont on aime lire les écrits et dont on suit les parutions avec impatience. Séverine Vidal est de celle-là. J’ai eu la chance de la rencontrer, elle réside en plus dans la même région que moi, et en plus, c’est une fidèle du blog ! Ayant gentiment commenté notre article consacré aux plaisirs minuscules qui comportait deux de ses ouvrages, nous avons saisi l’occasion de lui proposer un entretien. Voici le résultat !

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De quelle manière choisissez-vous le sujet de vos histoires ? Vous partez d’un mot, d’une situation ? Est-ce qu’il s’impose ? Est-ce que vous écrivez avec un lecteur en tête ?

Je ne choisis jamais un sujet, ni un message à faire passer. Je choisis un personnage. Je l’invente (c’est une étape, cette rencontre, qui ne se passe que dans ma tête ; je ne prends aucune note à ce stade), nous faisons connaissance. Puis je le suis, je la suis, je les suis. Ils m’embarquent, ces personnages, vraiment. L’idée de ce personnage peut surgir, de façon presque brutale, sans préavis, d’un mot entendu, d’une silhouette, d’une histoire qu’on me raconte, d’une chanson. Ou elle peut naître d’une construction lente, comme si je tournais autour des semaines avant de l’atteindre. Je ne suis pas sûre d’être très claire, là ! Il y a des personnages qui s’imposent, oui, parce que je les rencontre dans la « vraie vie » et que j’ai envie d’inventer l’histoire qui « va » avec. Récemment, le personnage d’Yvonne dans notre BD Le Plongeon (avec Victor Pinel, Grand Angle), ou Pierrot dans mon roman Soleil Glacé  (coll R) : je me suis inspirée de résidents d’EHPAD (pour l’une) ou de foyers pour adultes en situation de handicap (pour l’autre). De nos échanges lors d’ateliers d’écriture que j’y ai menés. Ces personnages sont le fruit d’une matière brute : l’émotion.

Je n’écris pas avec un lecteur en tête. Jamais. Je n’y pense pas. C’est plus tard, ça. Au moment de la parution, quand je lâche mon livre, quand il n’est plus tout à fait à moi, que je dois le partager. Là, j’attends les premiers retours fébrilement. Il y a un vrai vertige, là. D’ailleurs, j’ai l’impression que si on n’aime pas mon livre, c’est moi qu’on rejette. Ça ne s’arrange ni avec les années, ni avec les succès, les prix… Si j’ai un article négatif et deux cents coups de cœur, ce qui tourne le soir dans ma tête, hélas, c’est l’article négatif.

Vous sentez-vous reconnue comme une autrice à part entière ?

Heureusement, oui. C’est mon métier depuis 2011. Et même si j’ai commencé tard (à 40 ans), même si je ne viens pas de ce milieu (j’étais enseignante), même si j’ai pu me laisser grignoter, parfois, par le fameux syndrome de l’imposteur (il faudra que je cherche le féminin de ce mot), je sais que je suis à ma place. Ça n’empêche ni les doutes (j’aime douter), ni la peur.

Vous touchez à tout : albums, premières lectures, bandes dessinées, romans.  Est-ce un travail différent ? Avez-vous une préférence ? Ou avez-vous besoin de toucher à tout ?

C’est un travail différent, on n’aborde pas de la même façon un album pour les tout-petits et un roman pour ados ou encore un scénario de BD adulte. C’est ça qui me plaît  ! La richesse, la variété, le fait de mener, toujours, plusieurs projets de front, de ne rien me refuser, et qu’une journée ne ressemble pas à la précédente, ce sont des choses que je recherche. Je travaille en général sur six ou sept projets en même temps, un roman qui occupe mes après-midis, plusieurs projets BD à différents stades d’avancement (prise de note pour l’un, étape du séquencier pour un autre, écriture du scénario et travail sur le découpage pour un autre encore…), la rédaction de synopsis pour mes prochains romans (de façon à les proposer à mes éditeurs ou éditrices), l’écriture d’albums. J’aime écrire. C’est mon moteur. Et j’aime varier les plaisirs 🙂

Parlons de vos romans dans lesquels il y a beaucoup d’humour. Est-ce pour dédramatiser certaines situations ?

Souvent, oui. J’aborde parfois des thèmes qu’on pourrait considérer comme lourds, difficiles. L’humour permet d’en alléger la charge, permet la respiration. C’est le cas dans la vie  : l’humour nous sauve. Rire de soi, rire avec les autres, tordre le quotidien pour le rendre drôle, même dans les pires moments. On expérimente ça tous les jours, surtout en ce moment. Heureusement qu’il reste ça, l’humour, qui est contagieux lui aussi.
Mon envie, quand j’écris, c’est de suivre mes personnages, de créer des situations « justes ». Je vis la scène, de l’intérieur, je mets les dialogues en voix, et l’humour, un certain décalage, viennent spontanément.

Le thème du road trip revient souvent dans vos textes : avez-vous, vous-même, entrepris ce genre de voyage et si oui, est-ce votre propre expérience qui vous a inspirée ? Est-ce un ressort narratif particulièrement “pratique” pour s’extraire de la réalité et du quotidien afin de permettre à des liens familiaux (intergénérationnels ou générationnels) de se construire ?

Oui, vous avez raison, mes personnages sont presque toujours en mouvement ! Je ne m’en étais pas spécialement rendu compte, quand un élève en classe me l’a fait remarquer il y a quelques années. Il avait lu Quelqu’un qu’on aime et Lâcher sa main. Il m’arrive quand même d’avoir des personnages statiques, ha ha, dans Pëppo ou dans La Maison de la Plage, par exemple. Mais, naturellement, j’ai envie de les faire voyager, bouger, comme si leur évolution passait par là. Pour Quelqu’un qu’on aime, oui, je me suis inspirée d’un voyage que j’ai eu la chance de faire en 2013, aux États-Unis. Le livre est né en route, là-bas. Mais, dans d’autres cas, au contraire, je fais voyager mes personnages alors que je suis plutôt casanière et que j’adore, tout simplement, être chez moi ! Je fais parfois faire à mes personnages les voyages dont je rêve, ou les voyages que je n’ai pas faits.

Dans   votre dernier roman L’été des Perséides, vous rédigez un joli paragraphe sur votre mari Jérôme dans les remerciements. Vous indiquez que c’est lui qui a cru en votre écriture et n’a cessé de vous “remettre au travail lorsque vous pensiez que tout était foutu”. Est-ce que la famille vous donne cette force pour écrire ? Sont-elles des personnes ressources ?

La famille au sens large, oui. Je fais lire mes manuscrits à pas mal de monde avant de les envoyer à mes éditeurs ou éditrices. Des collègues auteurs.trices, des bookstagrameurs.euses… et à mes enfants ou mon mari. A quelques ami.es. Jérôme lit tout ce que j’écris, chaque jour. Il lit ou il m’écoute lui lire à haute voix, à l’apéro (il est brasseur, on teste ses bières en même temps), le chapitre du jour ! C’est essentiel pour moi. Le « cas » de L’été des Perséides est un peu particulier dans ma bibliographie. C’est le seul de mes romans que j’ai écrit en deux fois, avec un intermède d’un an et demi entre la première partie du roman et la dernière. Le seul que j’ai pensé abandonner parce que j’avais l’impression de ne pas y arriver. Je faisais un vrai pas de côté avec ce roman, en touchant à la science fiction, et je sortais clairement de ma zone de confort (je n’aime pas beaucoup cette expression mais là, je n’en trouve pas d’autre). Jérôme m’a aidée, nous avons décortiqué encore et encore la trame narrative, qui s’étend sur plusieurs siècles, les enjeux, la cohérence. Puis mon éditrice, Alice Aschéro, a pris le relais et m’a redonné confiance, elle-même convaincue par ce qu’elle avait lu. J’avais arrêté en octobre 2016, en pleine phrase. J’ai repris au début de l’année 2018, exactement où je m’étais interrompue. Alors oui, les gens qui m’entourent, les amis, la famille, sont très importants. Je compte sur leurs retours honnêtes mais bienveillants.

Est-ce que les rencontres dans les classes ont quelque chose de particulier pour vous ? Qu’est-ce que cela vous apporte ? Cela vous inspire-t-il ?

J’ai beaucoup aimé cela, beaucoup. J’en ai fait. Beaucoup… trop peut-être ? Il m’est arrivé d’être un peu lassée, de répondre aux mêmes questions, parfois trois fois sur le même livre dans la même journée. Il m’est arrivé d’en avoir assez de parler de moi. J’ai pas mal cherché d’autres façons d’aborder les rencontres, de proposer des lectures, des lectures musicales, une expo reprenant, justement, les questions qui reviennent le plus en rencontre, et, bien sûr, des ateliers. C’est ce que je préfère, en fait, lors des rencontres, faire écrire les autres, créer un espace chaleureux où ils pourront s’exprimer et partager. Ces rencontres-là, oui, sont de vraies sources d’inspiration.

La pandémie a -t-elle bousculé profondément votre travail ? Apparemment, la visio est pour vous un bon moyen de rester en contact : y trouvez-vous votre compte ?

On a tous essayé de réinventer quelque chose. Sinon, quoi ? On arrête tout et on change de métier ? Lors du premier confinement, librairies fermées et monde artistique à l’arrêt, salons annulés, rencontres scolaires impossibles, j’ai eu l’impression que je n’avais plus de métier. Tout simplement. Et avec la sidération, j’ai passé deux mois sans écrire une ligne. C’est là que j’ai compris qu’une des solutions pouvait être à chercher du côté des animations virtuelles. J’avais commencé à en mettre en place en 2019 (surtout parce que les trajets à l’autre bout de la France, répétés, me fatiguaient vraiment et que j’avais envie de rester un peu chez moi !) et ce sont les seules qui ont pu aboutir au printemps 2020. Cette année, j’ai la chance d’avoir à nouveau été sollicitée, pour des ateliers en ligne, pour des rencontres via Zoom ou Skype, pour des ateliers d’écriture avec le réseau Canopé, la Bataille des Livres, en Suisse. C’est riche, chaleureux, on construit malgré tout quelque chose de beau, on rigole bien, on touche à des sujets intimes aussi. Le virtuel n’étouffe pas toujours l’humain : en ce moment, si on ne développe pas ça, on ne voit personne. J’y trouve donc mon compte, comme vous dites. Même si les deux uniques ateliers que j’ai menés cet automne en présentiel (à l’Université de Bordeaux et dans le cadre du salon Lire en poche) m’ont fait du bien. J’étais heureuse de me déplacer et de rencontrer des élèves « pour de vrai ».

EN BONUS

Que lisez-vous aujourd’hui ?

La quinzaine de BD que j’ai reçues ces jours-ci pour le Prix BD Lecteurs.com / CNL dont j’ai la chance inouïe d’être Présidente du jury cette année. Une très belle sélection, je suis ravie.

Avez-vous des projets en cours ou à-venir ?

Oui ! J’écris en ce moment la biographie d’Isabella Bird, une aventurière du XIXè siècle au parcours très enthousiasmant. C’est pour Albin Michel. Je travaille aussi sur trois projets de BD, une historique qui se passe au XVIIè siècle dans une colonie britannique (je vous préviens, ça ne sera pas très feel good, ha ha), une qui raconte le parcours d’un migrant et parle pas mal de cuisine, et une autre, imaginée à partir des dessins d’un artiste que j’aime beaucoup. Les parutions sont nombreuses en 2021 (il y a les reports de 2020 et les titres prévus initialement !)  : est-ce que je peux vous les récapituler  ?

A venir
En BD
Une biographie de George Sand (dessinée par Kim Consigny)  : George Sand, la fille du siècle, et qui va paraître en avril chez Delcourt. Un énorme boulot que cette BD de 310 planches : on a tellement hâte de la partager enfin  !

Et une autre BD, chez Glénat, dessinée par Vincent Sorel, Naduah, cœur enterré deux fois (la vie de Cynthia Anne Parker, mère du dernier chef Comanche, Quanah Parker).

En roman : dans la collection Court Toujours, en mai, Tu reverras ton frère.
Un roman pour ado (toujours chez Nathan) à la rentrée de septembre, Sous ta peau, le feu.

Des albums : Ma timidité (chez Milan, avec Marie Leghima), On a fait un vœu (chez Mango, avec Clémence Monnet) et un superbe pop-up avec Adolie Day chez Marcel et Joachim.

Je travaille aussi beaucoup sur des BD jeunesse, autour de personnages féminins forts. Il y aura en 2022 plusieurs adaptations en BD de mes romans chez Bayard, Nos cœurs tordus, co-écrit avec Manu Causse et Pëppo (la BD sera dessinée par Elodie Durand).

Et il y aura une surprise en janvier 2022  !

Merci, Séverine Vidal, pour ces réponses pleines de générosité !
Toute l’équipe va suivre ces sorties avec un grand intérêt !

Câlins, bisous, tendresse… et sexe !

On ne l’avait jamais fait ! Une sélection ÉROTISME et SEXUALITÉ en littérature jeunesse !

L’idée de cette sélection nous est venue suite à la lecture commune de lundi sur Le Goût du baiser, mais aussi d’une discussion autour des Liaisons dangereuses au moment de préparer notre sélection sur les récits épistolaires. Nous nous étions posé la question (récurrente) de l’âge auquel proposer la lecture de ce type de roman et avions cherché des romans et documentaires jeunesse abordant la sexualité de manière explicite.

Attention, chaud là-dessous !

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Voilà un album tout en poésie, découvert lors de mon premier salon de livre de Montreuil en… 2003 ! Un album osé dont seules les éditions du Rouergue avaient alors le secret, un album qui inaugurait une collection qui ne semble plus exister mais qui était un pari innovant, une collection dédiée aux albums pour adolescent.e.s : doAdo image . Tout d’abord, il y a ce titre merveilleux, une injonction si lumineuse : Amourons-nous ! Et puis ensuite il y a ce format : un grand format carré. Rare, précieux. Ensuite bien entendu il y a le graphisme si particulier de Sabien Clement, ses amoureux aux corps tracés au stylo, en noir et blanc la plupart du temps. Et puis il y a le texte tout en poésie de Geert De Kockere. Un texte qui dit la relation amoureuse dans toute sa sensualité et surtout dans toute sa générosité. On est bien loin du guide pratico-pratique, de l’encylopédie de la sexualité épanouie. C’est juste une histoire d’amour qui s’écrit au fil des caresses, des baisers, des murmures, de ce temps passé à découvrir chaque grain de peau, chaque cil, chaque creux, chaque pli. Une histoire de partage. De confiance.

“Tu portes une chemise
une chemise de nuit,
et tu l’ôtes elle aussi.
Te voilà nuit,
une nuit sans chemise.

Tout au creux de la nuit,
qu’il fait bon ne pas dormir.”

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Un texte fort sur la force du premier amour entravé par des adultes qui font eux-mêmes les réponses sans comprendre. Un texte aussi qui aborde la sexualité, quand elle se découvre et s’expérimente, avec infiniment de réalisme et de beauté mêlés. 

Rien que ta peau, Cathy Ytak,
Actes sud junior, D’une seule voix

L’avis de Pépita

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16 auteur(e)s, 16 nouvelles sur la première fois d’adolescent(e)s.
16 histoires qui abordent tout sans tabou, certaines glauques, d’autres érotiques, jamais pornographiques, toutes sortes de situations voulues, pas voulues, provoquées : l’attente, le coup de foudre, faire comme les autres, dire non et n’être pas entendue ni respectée, la déception ou l’éblouissement, la perte de contrôle, l’abolissement du temps et des corps.

16 nuances de première fois, Collectif, Eyrolles

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A l’occasion de notre lecture commune du Goût du baiser, nous avons présenté la nouvelle collection “L’Ardeur” de Thierry Magnier dont l’ambition est de proposer des romans jeunesse pour “lire, oser, fantasmer”.

Le goût du baiser de Camille Emmanuelle, Thierry Magnier

Retrouvez les avis de PépitaLiraloin et Lucie.

Ce roman nous ayant vraiment plu, nous avons lu deux autres titres qui ne nous ont malheureusement pas autant convaincues que celui de Camille Emmanuelle, mais dont nous souhaitions vous parler dans cette sélection.

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Pépita et Lucie ont ainsi découvert Touche-moi, de Susie Morgenstern.

Touche-moi de Susie Morgenstern, Thierry Magnier

Mais elles n’ont pas retrouvé l’énergie et la liberté de ton qui les avait emballées dans leur première lecture. Si l’auteure aborde avec naturel les rêves érotiques de son héroïne, elles ont été dérangées par les nombreux clichés tant dans la galerie des personnages que dans les situations, et ne voient pas en quoi ce roman pourrait répondre aux questionnements des ados.

Retrouvez l’avis de Lucie.

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De son côté, Colette a lu Toute à vous de Maïa Brami.

Toute à vous de Maïa Brami, Thierry Magnier

Dans ce roman, la narratrice se livre à un jeu littéraire particulier : elle écrit des lettres érotiques à son voisin d’en face, dont les gestes et le corps la font fantasmer alors qu’elle vient de rompre avec son colocataire. Si les choix narratifs me semblaient tout à fait percutants pour évoquer ce qui relève du fantasme et du rôle de la vie psychique dans la sexualité, j’ai été très vite déçue par les clichés que la narratrice alignait dans ses missives. Pas de coup de cœur au rendez-vous, donc. Mais cela ne nous empêche pas de guetter avec curiosité les prochains titres de cette collection audacieuse.

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Pour compléter cette ST, nous vous avons concocté une liste de nos documentaires préférés sur le sujet, dont plusieurs à destination des ados, certains aussi pour leurs parents ! Tous savent trouver les mots justes pour répondre aux interrogations relatives au genre et la sexualité, accompagner, rassurer, sensibiliser aux risques, aux discriminations genrées et au consentement, mais aussi montrer que la sexualité n’est pas un tabou mais quelque chose de naturel et de positif ! Sur un ton naturel et factuel, à la fois simple et précis, qui instaure immédiatement la confiance, ils informent sans détour et déconstruisent les idées reçues avec bienveillance. Des must-have !

Peut-être le plus complet, ce dictionnaire bienveillant de la sexualité qui porte bien son nom est attrayant, instructif et bien construit autour d’entrées alphabétiques.

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité, par Myriam Daguzan Bernier, illustrations de Cécile Gariépy (Éditions du Ricochet, 2020)

L’avis d’Isabelle

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Le suivant aborde de façon plus ciblée les questionnements liés au genre et à l’orientation sexuelle en faisant la part belle aux témoignages et à une iconographie très variée… tout en permettant de faire le plein de bonnes ondes grâce à ses petits mots optimistes !

Je suis qui ? Je suis quoi ? de Jean-Michel Billioud, Sophie Nanteuil, Terkel Risbjerg et Zelda Zonk (Casterman, 2019)

L’avis d’Isabelle

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La première fois que j’ai eu ce livre entre les mains, je me suis dit : waouh !!!! Enfin, un livre qui aborde tout sans complexes, en toute simplicité, avec des questionnements, des réponses, sans tabous, pour découvrir et vivre sa sexualité dans le respect de l’autre. Un must !

Ceci n’est pas un livre de sexe, Chusita, Nathan

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On ne présente plus Isabelle Filliozat ! Sortir en août dernier, ce livre-version poche de Sexpérience sorti en 2019- aborde avec clarté et simplicité les questions des ados sur ce sujet souvent sensible.

Amour, sexe, les réponses aux questions des ados,
Isabelle Filliozat et Margot Fried Filliozat,
Pocket

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Et un livre pour aider les parents ? Quand il s’agit de parler de sexualité, ce n’est pas toujours aussi évident que de leur apprendre à nager ou à marcher ! Comment aborder ce sujet souvent tabou avec eux ? Un livre qui aide à dédramatiser le sujet.

La sexualité de vos ados : en parler, ce n’est pas si compliqué ? Samuel Comblez, Solar

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Voici d’autres références incontournables sur le sujet que nous classons à part car pour la plupart, elles ne sont plus disponibles. Cela dit, elles restent sûrement empruntables dans votre bibliothèque préférée !

Un documentaire épatant qui pose 70 questions de filles et de garçons sur l’amour, le baiser, la sexualité, les sentiments, sans aucun tabou, puisque ces questions, on se les pose tous sans oser forcément les formuler. Les réponses sont très claires et décomplexées. Il en émane également beaucoup de respect et de dédramatisation. Les photographies qui mettent en scène les trente jeunes sont bourrées d’humour et apportent une note de fraicheur que nos ados ne bouderont pas ! Un documentaire au poil !

Est-ce que ça arrive à tout le monde ? Syros

L’avis de Pépita

Entre album et documentaire, voici un ouvrage qui aborde une multiplicité de thèmes : de la procréation aux relations amoureuses avec des illustrations riches. Dommage qu’elle ne soit plus éditée car vraiment elle est top ! Parue en 2013, cette encyclopédie “qui parle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants” a obtenu le Prix Sorcières Documentaires en 2014.

C’est ta vie ! Thierry Lenain et Benoît Morel, Oskar

Un documentaire déjanté qui plait dès dix ans pour son approche décalée, ce qui ne l’empêche pas d’être complet.

Zizi, lolos, smack !! Delphine Godard et Nathalie Weil, Nathan

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Et vous, votre référence sur le sujet ?

Nos coups de cœur de 2020

Chaque premier lundi du mois donne ici lieu à nos coups de cœurs du mois passé ! Pour commencer l’année, voici notre coup de cœur de l’année 2020, parmi ces coups de cœur mensuels.

N’hésitez pas à partager les vôtres !

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Malgré son genre de prédilection qu’est le roman (et elle en a lu tellement de bons en 2020 que ce serait trop difficile de choisir !), c’est un album que Pépita dans son MéLi-MéLo de livres décide de faire sortir du lot pour cette année 2020 si particulière : car, oui, la lecture m’a sortie du marasme ambiant (mais que peuvent donc bien faire les gens qui ne lisent pas ?). Une ode à la lecture, à l’évasion qu’elle procure, à sa faculté de nous transporter : “Un livre est une fenêtre par laquelle on s’évade”, une citation que j’aime et qui prend tout son sens encore plus aujourd’hui.

Où tu lis, toi ? Cécile Bergame et Magali Dulain, Didier jeunesse

Sa chronique ici.

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Sur son île qui a débordé de trésors en cette année où la lecture a pris une dimension et une intensité particulières, c’est L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace, de Thomas Gerbeaux, qui a le plus marqué Isabelle. Un petit livre qui se lit comme un roman d’aventure, une perche tendue à nos consciences, un hymne à la liberté, à la joie de la rencontre et à la solidarité. Une pépite haute en couleurs qui divertit et donne de l’espoir ! Car « qui sauve un homard, sauve l’océan ».

L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace, de Thomas Gerbeaux. La Joie de Lire, 2020.

Sa chronique ici.

♥♥♥♥♥♥

Pour les ladies dont l’année fut riche en découvertes, c’est L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan Gemeinhart, qui a laissé une emprunte forte. Lu à la levée du confinement de mars/avril qui nous avait limité dans l’acquisition de nouvelles lectures, ce road-trip émouvant et inoubliable, est une véritable ode à la résilience.

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, de Dan Gemeinhart. PKJ, 2020

Sa chronique ICI, ainsi que celles de Bouma, Isabelle, Lucie et Pépita.

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Pour Liraloin, c’est l’amour toujours et encore qui a parlé cette année avec Mon Bison de Gaya Wisniewski.

Le printemps s’installe, un bison se cache dans les hautes herbes, ce qui émerveille cette toute petite fille de 4 ans. Petit à petit, l’un et l’autre s’apprivoisent jusqu’à devenir inséparable : “Ces moments en sa compagnie me réchauffaient. J’aimais écouter le bruit de ses pas dans la neige poudreuse. J’aimais cette goutte gelée au bout du museau. J’aimais sa respiration. Simplement je l’aimais tout entier.”

Chaque hiver, que ce soit dans le silence ou dans l’évocation de leurs souvenirs, la petite fille et le bison vieillissent ensemble. Pourtant un jour, le bison ne réapparaît pas : “Le soir, je revins épuisée et le cœur lourd.”

Cet album est d’une belle douceur. Gaya Wisniewski nous livre une histoire d’amour pur et sensible entre deux êtres que tout oppose et qui finalement ne font plus qu’un. Les illustrations toutes de nuances noires et grises sont habilement rehaussées d’un filet bleuté. Ce bleu qui évoque l’hiver et la présence éternelle de l’amour entre ces deux-là :

Dans mon cœur, je l’entendais. “Je serais dans chaque fleur que tu découvriras au printemps, dans chaque bruit de la forêt, dans la chaleur du feu, dans la caresse du vent dans chaque flocon qui tombera…” Mon bison était là.”

Mon Bison de Gaya Wisniewski, Mémo, 2018

L’avis de Pépita.

♥♥♥♥♥♥

Sur les étagères de la collectionneuse de papillons pour laquelle 2020 a été l’année de la renaissance bloguesque, c’est l’album paru chez Rue du monde dédié à cette figure incroyable qu’est Janusz Korczak qui aura guidé de nombreuses réflexions. Réflexions de mère, d’enseignante, de citoyenne dans une société en crise. Parce qu’il n’y a pas souhait plus urgent : pour que vivent les enfants !

Korczak, pour que vivent les enfants, Meirieu, Pef, Rue du monde, 2012.

Sa chronique ici.

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Si on a déjà beaucoup parlé de ce roman à l’ombre du Grand Arbre, notamment dans une lecture commune, Lucie est toujours sous le charme d’Alma, Le vent se lève. Le souffle épique de ce récit de Timothée de Fombelle a été une bénédiction à la sortie du confinement. D’ailleurs, le premier tome de cette grande fresque sur l’esclavage a déjà été lu et relu par toute la famille.

Alma, Le vent se lève de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse, 2020

Sa chronique ici, ainsi que ceux d’Isabelle et Pépita.

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Pour Solectrice, c’est une belle découverte tirée d’un swap, qui l’a marquée cette année. Une improbable aventure pour deux jeunes abîmés. Un roman qui nous propulse dans une étrange réalité, par moments douloureuse, mais salvatrice. Une histoire qui nous fait voyager aussi, au ralenti, vers les terres peu connues des réserves indiennes. Une invitation à écouter l’autre et à lui donner une place dans notre vie.

Les Petits Orages de Marie Chartres, l’école des loisirs, 2016.

L’avis de Pépita.

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Et pour finir ce tour d’horizon, Bouma a ressorti de son petit bout de bibliothèque Les Enfants des Feuillantines. Un roman reçu A l’Ombre du Grand Arbre qui a su trouver sa place parmi les pépites lues cette année. Si jamais vous aviez besoin d’une lecture lumineuse la voici, toute aussi ensoleillée que sa couverture malgré les sujets abordés.

Les Enfants des Feuillantines de Célia Garino, Sarbacane, 2020

Son avis par ici.

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Et vous, quel est le livre qui vous a le plus fait vibrer cette année ?

NOËL dans le Grand Arbre

Pour varier des sélections et divers conseils de livres sur Noël, on a eu envie ici d’écrire collectivement un CONTE DE NOËL, illustré par nos artistes en herbe, à savoir nos propres enfants, d’âges différents. Le voici !

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“Mais ça existe un coiffeur pour arbre?”

“Il était une fois un grand arbre, qui durant l’année écoulée, avait essuyé une terrible tempête. Il était tout ébouriffé, beaucoup de ses épines étaient tombées sous le souffle du vent, celles qui restaient étaient tordues. “Il faudrait que je trouve un coiffeur ! se disait-il. Mais ça existe ça, un coiffeur pour arbre ? De plus, son tronc était penché, il avait peur de s’écrouler. Les oiseaux ne venaient presque plus se poser dans ses branches. Il était triste et seul. En plus, ce qui l’angoissait, c’est que Noël approchait ! Et pour lui, Noël, c’était Noël !

Au loin, durant la journée il pouvait entendre les bruits de la ville. La nuit c’était pire que tout, les lumières dressées ici et là éveillaient la quiétude du soir. Leur brillance l’émerveillait car lui aussi souhaitait se parer de milles couleurs. Le grand arbre se souvint du temps où ses branches auraient pu porter ses lumières fièrement. Maintenant, elles ne ressemblaient à rien. Il avait bien entendu parler d’un coiffeur pour arbre mais n’était pas très sûr de savoir comment s’y prendre pour le trouver ? Alors il interrogea les oiseaux nichés sur ses branches. Eux qui survolaient les villes et les villages de long en large avaient peut-être entendu parler d’un coiffeur de brindilles, d’un expert des ramures, d’un enchanteur de folioles ? L’arbre interrogea pies bavardes, merles, merlettes et rouges-gorges.

Chaque jour de cet automne si particulier, d’étranges bruissement de feuilles et de pépiements pouvaient s’entendre à qui prêtait l’oreille…Cela faisait un tel raffut que des enfants, qui jouaient non loin de là, s’approchèrent et se mirent à écouter les oiseaux tintinnabuler. Parmi eux, une jeune fille. Elle se nommait Samaa. Elle était intriguée. Ce n’était pas normal tous ces oiseaux dans un seul arbre ! Cela cachait quelque chose ! Était-ce dû au réchauffement climatique ? Son père lui en parlait souvent. Elle décida de lui en toucher un mot le soir en rentrant. Car il était jardinier et peut-être saurait-il trouver une explication à ce phénomène. En attendant, elle s’émerveillait de ce spectacle. C’était si féérique ! Ce n’était plus un arbre mais un arbre-oiseau ! Comme si chacune de ses branches n’existait plus ! Pour un peu il aurait pu s’envoler ! On ne remarquait même pas son tronc un peu penché. Le soir même, elle en parla à son père qui était intrigué et lui promit d’aller voir le lendemain. Il tint sa promesse. Au petit matin, devant cet arbre décharné, il comprit. Il comprit que les oiseaux l’embellissaient en attendant qu’il soit soigné. Alors, il s’attela à le remettre en état. Samaa, quand elle l’apprit, voulut l’aider et elle mobilisa ses amis et des gens du quartier. C’était beau à voir toutes ces personnes taillant, ramassant, redressant cet arbre affaibli. Ils lui demandèrent l’autorisation de brûler ses anciens atours mais Samaa eut une meilleure idée : et si on se retrouvait sous cet arbre tous ensemble pour la nuit de Noël ? On pourrait faire un feu de joie, lire des histoires, partager nos spécialités culinaires ? Et c’est ce qu’ils firent. Jamais on n’avait vu arbre plus heureux que de se se sentir si bien entouré… Il existait bel et bien un coiffeur pour arbres !”.

Un arbre-oiseau !

Nous vous souhaitons de belles fêtes de fin d’année !

Billet d’été : éveiller ses sens …

Ce n’est vraiment pas facile de passer la dernière pour ces billets d’été 2020 tous aussi passionnants les uns que les autres !

Vous avez dû remarquer que deux fils ont été déroulés : focus sur des livres reçus lors de notre Green swap d’été et le monde d’après (confinement oblige !). Au choix pour nous toutes.

J’ai donc décidé, étant la dernière, de relier les deux, comme une façon de fermer cette période ou au contraire de l’ouvrir vers d’autres perspectives.

Tout est donc venu du superbe swap que j’ai reçu de la part de Frédérique du blog Liraloin avec un livre comme une bombe : Le goût du baiser de Camille Emmanuelle Editions Thierry Magnier, collection L’Ardeur.

“Regarder la vie en face, toujours la vie et la reconnaître pour ce qu’elle est.
Enfin, l’aimer pour ce qu’elle est et la mettre derrière soi.”
Virginia WOOLF
Editions Thierry Magnier

Je ne vais pas ici ré-écrire une chronique (elle est déjà sur mon blog LA) ni m’improviser Maïa Mazaurette ! (Voir ses superbes chroniques dans le journal Le Monde) mais tenter de prendre de la hauteur : car des baisers, on en a manqué. Collectivement je veux dire. Du tactile, de la douceur, de la barbe qui pique, de la peau qui colle, de la bave de tout-petit, de rides comme des parchemins, …de l’humain quoi ! Car oui, ce que nous a enseigné cette période, c’est cela : ce besoin viscéral de se toucher, de se sourire, de s’écouter (en dehors des écrans), de se rencontrer sans arrière-plan de scenarii catastrophes,..alors que le machin nous en empêche.

Nous étions amputés et le sommes toujours. Sens dessus dessous. Comme Aurore dans le roman, qui n’a plus ni goût ni odorat.

En même temps, c’est une période qui nous a mené à pas mal d’introspection : à savourer le rythme de la nature, à écouter le silence (sans avions ni voitures), à observer la renaissance du printemps, à réfléchir à son mode de vie, à se prendre la tête entre quatre murs (quand on n’a pas la chance d’avoir un jardin mais c’est aussi contraignant un jardin, bref, je m’égare), à jongler entre enfants et boulot, à avoir envie de jeter les écrans trop chronophages et qui “remplaçaient” tout ça, (vraiment ?)…

A redéfinir ses priorités en fait. Comme Aurore dans le roman, qui décide de prendre sa vie en main, de sortir de sa coquille, d’aller vers l’inconnu et de re-naître.

Et de s’apercevoir qu’avec une certaine forme de liberté retrouvée, le naturel risque de revenir au galop : j’essaie de me souvenir de cette période qui a certes été violente, longue et incertaine, mais qui avait aussi un autre GOÛT.

Celui d’un espoir. Comme Aurore, qui en rencontrant d’autres personnes -et un en particulier-s’autorise enfin une autre forme de plaisir, bien au-delà de son propre espoir.

Pour le monde d’aujourd’hui, éveillons donc nos sens au sens large, même s’ils sont anesthésiés par les gestes barrières (elle est pas top cette expression hein ? Et si on disait plutôt gestes protecteurs ?), même s’ils constituent le seul rempart connu et qu’il est donc nécessaire de les appliquer.

N’ajoutons pas d’autres barrières mais au contraire transformons-les en du positif ! Ce n’est rien d’autre que le message de ce magnifique roman à travers le parcours de son héroïne. Alors à défaut de s’embrasser, EmbraSons-nous !

Il me reste à vous souhaiter une belle rentrée ! Pleine de nouveautés, de retrouvailles, d’envies, de sourires avec les yeux, de bonjours avec les mains (LSF), de baisers comme des papillons, et de patience… vers des jours meilleurs que nous devons espérer et surtout construire par nos comportements plus responsables envers la nature et les autres.

Et ça, c’était le but de notre Green Swap ! La boucle est bouclée ? … Non, elle chemine !