Carte postale de Dordogne en compagnie de…

La Dordogne ©Méli-Mélo de livres

La Dordogne
©Méli-Mélo de livres

Aujourd’hui, continuons notre petit voyage estival avec :

une carte postale envoyée de Dordogne par…

CHRISTOPHE LEON

J’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur son parcours, son actualité et ses projets (Pépita-Méli-Mélo de livres).

Pour avoir lu plusieurs de ses romans (liens en bas de cet article), je peux vous dire qu’ils ne laissent pas indifférents. Ils font réfléchir à des sujets de société et creusent les relations humaines. Son écriture, très ciselée, va pourtant toujours à l’essentiel et laisse au lecteur une large liberté d’interprétation.

« Je ne crois pas à « l’inspiration » au sens où on l’entend généralement, comme une illumination qui viendrait d’on ne sait où. Je remplace volontiers ce mot par celui de «curiosité». Être curieux, s’intéresser aux autres, me semble une bonne source à laquelle puiser. »

Chritophe_Leon_Christophe Léon est né en 1959. Il se consacre à l’écriture et vit actuellement en Dordogne. Il a pourtant exercé une multitude de métiers avant. Son premier roman, « Tu t’appelles Amandine Keddha », est publié aux Éditions du Rouergue en 2002.

Voici donc ses réponses à mes questions et je le remercie très sincèrement pour sa disponibilité.

-Quel est votre parcours ? Et comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Mon premier livre est paru en 2002 et s’intitule « Tu t’appelles Amandine Keddha », dans la collection La brune des éditions du Rouergue, en littérature générale. J’avais 43 ans. Auparavant, je suis passé du tennis à l’appareillage orthopédique puis à la peinture, sans oublier une longue période de père au foyer. Bref un parcours plutôt éclectique dû surtout aux hasards de la vie. Je suis venu à l’écriture en lisant — très précisément par l’intermédiaire d’André Gide et de ses Journaux —, presque naturellement, comme si cela allait de soi et sans me poser trop de questions.

-Comment écrivez-vous (dans le calme, le bruit, à quel moment de la journée, sur ordinateur,…) ?

Il fut un temps où j’avais besoin de silence pour écrire et où je m’étais inventé un rituel : travailler le matin, à l’ordinateur, à mon bureau et à heures fixes. Puis il y a eu les déplacements pour les rencontres et les salons, le temps de plus en plus long passé dans les transports (surtout le train), ce qui m’a obligé à travailler un peu partout, — dans le train donc, à l’hôtel, dans les salles d’attente, les médiathèques… J’écris maintenant davantage hors de chez moi, et me suis rendu compte que je n’avais besoin ni d’un environnement calme ni d’être « à l’aise » pour écrire.

-A la lecture de vos romans, j’ai toujours été frappée par une certaine forme d’engagement et de dénonciation de dérives de notre société. Les thématiques de vos romans sont en effet en prise direct avec la réalité. D’où vous vient votre inspiration ? De faits divers, de vos lectures du moment, de votre indignation personnelle ?

Je ne crois pas à « l’inspiration » au sens où on l’entend généralement, comme une illumination qui viendrait d’on ne sait où. Je remplace volontiers ce mot par celui de «curiosité». Être curieux, s’intéresser aux autres, me semble une bonne source à laquelle puiser. Les sujets que j’aborde dans mes livres sont ceux qui m’occupent au quotidien, comme par exemple l’écologie, le nucléaire, l’injustice sociale ou encore la désobéissance civile. Le thème de la résistance (aux médias, à la surconsommation, au système économique…) mérite aussi sa place dans la littérature jeunesse actuelle. Bref, vous ne trouverez pas dans mes livres de Voldemort ou de dragons péteurs, tout simplement parce que je suis incapable d’écrire ce genre de textes.

 – Votre roman « Délit de fuite » a été adapté au cinéma et vous avez fait la démarche inverse en adaptant en roman « Le petit criminel » de Doillon. Quel est votre lien à l’image ? Comment avez-vous vécu ces expériences ?

En fait, Délit de fuite vient d’être adapté et tourné pour France 2. Le téléfilm sera diffusé dans le courant du second semestre 2013 par la chaîne. Il a pour principaux acteurs Éric Cantona, Mathilda May, Jérémie Duvall, Tom Hudson et Isabelle Candelier. Une expérience plutôt schizophrène pour quelqu’un qui a écrit des livres « contre » la télévision et qui se méfie de l’usage que nous en faisons… Mais j’ai eu la chance que Julie Jézéquel — en qui j’avais toute confiance quant à la qualité de son travail et sa rigueur professionnelle — accepte d’adapter mon livre.

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Pour Le petit criminel, c’est mon éditeur du Seuil qui m’a proposé de m’attaquer au film de Jacques Doillon pour en faire un roman à part entière, qui s’intéresse aux personnages (leur vie off, leur psychologie, etc.) tout en suivant le scénario original. Une aventure nouvelle pour moi, à la fois excitante et compliquée.

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Mon rapport à l’image est complexe. Comme je vous le disais, je m’en méfie mais ne peux pas y échapper. Il faudrait revenir, je crois, à des notions aussi simples que celles de l’usage et du besoin. Godard a dit : « Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse.», ce qui me paraît être juste et de l’ordre du symbole. A-t-on besoin d’une télé allumée du matin au soir ? Sommes-nous capables de choisir les images que nous regardons, qu’on nous impose ? Quel impact ont les images sur nos enfants ? Je conseille à ce sujet la lecture du livre de Michel Desmurget : TV Lobotomie, qui a apporté de nombreuses réponses à beaucoup de mes interrogations.

-Quelles ont été vos lectures enfant et adolescent ? Et aujourd’hui ?

Mes lectures d’adolescent étaient surtout consacrées à des journaux tels que Hara-Kiri ou bien Pilote. En fait, je lisais peu. Je n’ai commencé réellement à lire que vers l’âge de 40 ans. Aujourd’hui je lis surtout des Sciences humaines, des documents et des essais, mais je fus un temps un grand lecteur de littérature japonaise, avec des auteurs comme Osamu Dazaï, Jun’ichirō Tanizaki, Yasushi Inoue ou encore Yasunari Kawabata.

 -Que pensez-vous de la littérature jeunesse actuelle ?

La littérature jeunesse actuelle, du moins la française que je connais le mieux, me semble très diverse et riche — un grand nombre d’excellents auteurs participe à cette diversité (Mikaël Ollivier, Fred Paronnuzzi, Pascale Maret, Agnès Aziza, Guillaume Guéraud, Cécile Chartre, Florence Hinckel, Gilles Abier… pour ne citer que les quelques-uns qui me viennent à l’esprit). En ce qui me concerne, ce sont les auteurs qui écrivent sur la jeunesse et non pas pour elle, qui attirent particulièrement mon attention.

Tant par les thèmes abordés que par les formes adoptées, la littérature jeunesse permet d’offrir aux lecteurs un large échantillon du monde. Lire est essentiel pour grandir et s’opposer. Un livre jeunesse devrait permettre à la fois d’allier le plaisir de la lecture et l’ouverture à la vie. D’ailleurs, lire est, j’en suis convaincu le dernier acte révolutionnaire, en cela qu’il fait peur à tous les pouvoirs. Les mots sont comme des graines, ils ne demandent qu’à pousser en nous ; et une certaine littérature jeunesse, celle qui m’intéresse du moins, est un terreau fertile à de belles plantes.

  -Est-ce difficile d’écrire pour les adolescents ? Qu’y trouvez-vous ?

Pas plus ni moins que d’écrire des textes de littérature générale. Ce que j’y trouve ? Impossible de répondre précisément à cette question. Je n’ai pas l’impression d’écrire en direction de la jeunesse. J’écris des textes et certains sont publiés en littérature jeunesse. Écrire pour la jeunesse serait, me semble-t-il, une contrainte qui limiterait le champ de mon travail. Ni le lexique ni les formes de narration que j’emploie dans mes textes ne sont définis par une quelconque destination.

-D’après votre agenda (mis en ligne sur votre site), vous êtes très souvent en déplacement. Aimez-vous ces rencontres avec votre public ?

Depuis deux ans, effectivement je réponds plus favorablement aux invitations qui me sont faites. Il est évident que j’aime rencontrer les lecteurs et discuter avec eux des livres, de la société et de diverses « petites choses » qui me tiennent à cœur. Ces échanges me sont même devenus en quelque sorte indispensables et font partie de ma pratique d’écrivain. Et puis, assez souvent, ces rencontres sont aussi l’objet d’autres rencontres avec des collègues auteurs à l’occasion desquelles nous refaisons le monde de l’édition et le monde tout court…

  -Quels sont vos projets en cours ?

 À la rentrée, fin août début septembre, deux livres vont paraître. L’un, aux éditions La joie de lire, s’intitule La vie est belle, dans la collection Encrage, et l’autre Mon père n’est pas un héros, dans la collection Court métrage des éditions Oskar. Pour 2014, plusieurs textes sont sur les rails et devraient paraître dans le courant cette année-là.

LA VIE EST BELLE_RVB

Parution le 23 août 2013-La Joie de lire-Encrage

Fukushima

Parution le 30 août 2013-Oskar jeunesse-Court-métrage

 

N’hésitez pas à lire les romans de cet auteur engagé…

Ses deux prochains romans « La vie est belle » et « Mon père n’est pas un héros » seront chroniqués dès leur parution sur mon blog.

 

Pour en savoir plus : 

Le site de l’auteur

Mes billets sur ses romans :

-Désobéis ! Délit de fuiteLa randonnéeDernier métro

Et de mes collègues d’A l’Ombre Du Grand Arbre :

Chez Bouma-Un petit bout de (Bib) Délit de fuiteLe goût de la tomate

Chez Alice-A lire aux pays des merveilles (Une grande fan !) : La randonnéeEngrenagesDésobéisJordan et LucieArgentina, ArgentinaQui va loin revient près

Bel été à vous et belles lectures !

2 réflexions au sujet de « Carte postale de Dordogne en compagnie de… »

  1. Bonjour,

    J’ai lu Qui va loin, revient près de Christophe Léon et j’ai beaucoup aimé. J’ai adoré les thèmes traités comme l’esclavagisme domestique.
    C’est super d’en savoir un peu plus sur l’auteur, merci.
    Et j’ai très envie de lire la vie est belle.
    Bonne continuation
    Chardonette

    • Merci ! Contente que vous ayez pu en savoir davantage sur cet auteur tout comme moi. J’apprécie aussi son approche des thèmes qu’il choisit de traiter. Et « La vie est belle » est dans la même veine. A lire.

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