Des livres et des titres

Cet été, à l’ombre de l’arbre, nous poursuivons la thématique : c’est quoi un bon livre ? Après les beaux billets de Chlop, Pépita, Sophie, Colette, et Bouma, voici mon tour.

Qu’il soit court ou long, implicite ou explicite, énigmatique ou direct, dans le mille ou à côté de la plaque, le titre d’un livre est souvent la première entrée dans le récit. Comment l’auteur/e le choisit-il ? Quel est le rôle de l’éditeur/éditrice ? C’est quoi un bon titre ?

Pour répondre à ces questions, j’ai proposé à des auteurs et éditeurs de nous expliquer les coulisses et le travail éditorial en équipe, avec en bonus quelques anecdotes bien sympathiques ! Un immense merci à Gilles Bachelet, Cécile Roumiguière, Alice Brière-Haquet, Maryvonne Rippert, côté écrivain, et à Tibo Bérard et Brune Bottero, côté édition, pour leur pause estivale et leur disponibilité !

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Entretien avec Gilles Bachelet, auteur et illustrateur, bibliographie ici.

extrait de Mon Chat le plus bête du monde, Seuil Jeunesse, 2004.

extrait de Mon Chat le plus bête du monde, Seuil Jeunesse, 2004.

– Comment choisissez-vous vos titres ? Est-ce le point de départ ou l’évidence de la fin du processus d’écriture ? A quel moment l’éditeur intervient-il ?

Pas de méthode particulière. Le titre peut aussi bien s’imposer comme une évidence dès le départ que donner lieu à de longues recherches, hésitations, remises en cause, sondage de l’entourage etc…Une règle de base quand même : quand on a trouvé le super titre, (drôle, intelligent et qui sonne bien), vérifier que d’autres ne l’ont pas utilisé avant vous… c’est souvent le cas. L’éditeur va, bien sûr, donner son avis ou même son veto…

Deux anecdotes : Je téléphone à mon éditeur, Patrick Couratin, pour lui faire part de ma nouvelle idée d’album. Je lui explique en gros l’idée et je conclus « ça s’appellera Napoléon Champignon ». Il me répond du tac-au-tac : « non, Champignon Bonaparte ». Il avait raison bien sûr, ça sonne beaucoup mieux…

Pour le troisième album du Chat qui devait clore la trilogie, j’avais initialement prévu comme titre « Pour en finir avec mon Chat ». Ce choix n’a pas emballé mon éditeur qui a jugé cela un peu radical et expéditif. Après avoir établi toute une liste de titres possibles j’ai fini par m’arrêter sur Des nouvelles de mon Chat , plus neutre et passe-partout, mais c’est ce refus qui m’a donné l’idée d’ajouter à la fin du livre une page des « albums qui ne paraîtront pas » pour bien marquer l’idée que l’ouvrage serait le dernier de la série.

– Vous êtes à la fois l’auteur et l’illustrateur de vos albums, qui des deux choisit le titre ?

Ah, ah ! Le grand bonheur d’être à la fois l’auteur et l’illustrateur, c’est précisément de ne pas être confronté à ce genre de problèmes… Le titre et l’image de couverture sont indissociables. C’est la cohérence, le décalage ou même la contradiction entre les deux qui va donner envie (ou pas) d’en savoir plus et d’aller plus loin dans la découverte de l’album. On va dire que c’est donc un choix collégial entre le moi-auteur et le moi-illustrateur…

– L’humour est omniprésent chez vous : l’ironie, l’absurde, le burlesque, le décalé. Pouvez-vous nous raconter le choix du Chat le plus bête du monde ? et le décalage entre le texte et l’image ?

L’idée de ce livre est partie d’un vrai chat, très gros et très bête, que j’avais adopté à l’époque. Le fait qu’il faisait ses besoins à côté de sa litière, en toute innocence, parce qu’il ne s’apercevait pas que son derrière dépassait de la caisse, le fait qu’il pouvait rester une heure en contemplation devant une boite de croquettes ouverte sans avoir l’idée de donner un coup de patte pour se servir, sont authentiques. Ma première intention était de l’illustrer avec un vrai gros chat. C’est la juxtaposition fortuite, dans un carnet de croquis, de phrases parlant de ce chat et de dessins d’éléphants que je faisais pour m’amuser, sans intention particulière, qui m’a donné l’idée de le traiter de cette façon.

– Vous êtes traduit à l’étranger, que pensez-vous des traductions des titres ?

Je peux difficilement en juger, ne parlant pas moi-même ces langues. Quelquefois les traductions littérales des titres sont assez éloignées du titre original mais j’imagine que les traducteurs et les éditeurs ont leurs raisons et je suis bien obligé de faire confiance. (On ne me demande pas mon avis de toute façon, en général… )

 – Et enfin, peut-on connaître votre prochain titre ?

Dès que je le connaîtrai moi-même, je ne manquerai pas de vous en faire part… 😉

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Entretien avec Cécile Roumiguière, auteure d’albums et de romans, bibliographie ici. 

Une Princesse au Palais illustré par Carole Chaix, Thierry Magnier, 2012

– Comment choisissez-vous vos titres ? Est-ce le point de départ ou l’évidence de la fin du processus d’écriture ?

Ça dépend. Parfois le titre est une évidence, dès les premières lignes d’écriture ou même dès l’idée du projet. Plus souvent, c’est tout un processus, le titre évolue au long de l’écriture, puis change.

 – A quel moment l’éditeur intervient-il ?

Il intervient si le titre ne lui plaît pas, ou s’il y a déjà un titre identique dans la collection, comme pour L’école du désert (mon premier livre), qui devait s’appeler “Le tablier de Noura”, mais un roman chez Magnard avait déjà le mot “tablier” dans son titre.
Si je patauge à la recherche d’un titre, je demande à mon éditeur s’il n’a pas une idée, et on fait avancer le titre ensemble.
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 – Concernant vos albums, choisissez-vous avec l’illustrateur ? 
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Parfois.
Pour Une Princesse au Palais, pour le titre comme pour tout le reste, on en a discuté ensemble avec Carole Chaix, avoir le mot “princesse” dans le titre nous faisait sourire, et “Le Palais” est le nom du café où “la princesse” passe ses mercredis à attendre.
Pour Entre deux rives, Noël 43, l’album avec Natali Fortier qui ressort en octobre, lors de sa première publication (chez Gautier-Languereau), il devait s’appeler “Noël 43”, mais ça ne plaisait pas à l’éditrice. On a cherché longtemps pour finir par un compromis qui n’était bon pour personne et qui n’était pas un bon titre… Quand Laurence Nobécourt, l’éditrice de À pas de loups, a eu envie de republier cet album, changer le titre était évident, mais il fallait garder une trace de l’ancien titre pour ne pas occulter le fait que c’est une deuxième publication d’un même album, même si la mise en page change. On a discuté avec Natali et Laurence, et on a fini par trouver D’une rive à l’autre, qui garde l’idée de la rive, et éclaire l’idée de lien, pour l’amitié entre les deux personnages principaux (amitié qui est le thème du livre).
En fait, cela dépend du moment où l’illustrateur arrive dans l’aventure du livre. S’il arrive après que le titre se soit imposé, je lui présente le projet avec le titre, et il ne m’est jamais arrivé que le titre gêne l’illustrateur ou lui déplaise. Si ça arrivait, on en discuterait, bien sûr. Rien n’est jamais figé, et un album est une œuvre à deux, voire trois et plus avec l’éditeur et son équipe.
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Le fil de Soie, illustré par Delphine Jacquot, Thierry Magnier, 2013.

Le fil de Soie, illustré par Delphine Jacquot, Thierry Magnier, 2013.

– Vous écrivez des albums et des romans. Le choix du titre est-il différent selon le genre ?

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Non, je ne pense pas.

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 – Pouvez-vous nous raconter le choix du titre de l’album Le fil de Soie ? et celui du roman Les Fragiles
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Le fil de soie est un “titre évidence”, dès que j’ai eu la trame de l’album, le passage d’un secret lié aux racines familiales entre une grand-mère et sa petite-fille par la broderie, la couture, les mots “fil » et “soi/soie” se sont imposés. Je n’ai jamais eu l’idée d’un autre titre pour cet album, et c’est avec une certaine anxiété que j’ai vérifié sur internet s’il n’y avait pas déjà un album qui s’appellerait comme ça, j’aurais vraiment eu du mal à nommer cet album autrement…
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Les Fragiles, X'prim Sarbacane, 2016.

Les Fragiles, X’prim Sarbacane, 2016.

Pour Les Fragiles, c’est une toute autre histoire. Pendant l’écriture, le roman s’appelait “Le bruit que font les ailes”, mais je savais que l’éditeur, Tibo Bérard, aurait un hoquet en lisant ce titre… C’était une sorte de clin d’œil : il y a deux ou trois ans, j’ai assisté à une rencontre où Tibo et Axel Cendres parlaient de leur façon de travailler, Axel avait raconté comment Tibo refusait tous ses titres pour en trouver un autre, arguant que le titre est du domaine de l’éditeur, c’est un argument commercial, ce qui est vrai ! Même si l’auteur doit forcément avoir son mot à dire et au final aimer le titre. Avec “Le bruit que font les ailes”, je savais que j’étais loin du “commercial”, et je faisais confiance à Tibo. Au final, on a eu du mal, jusqu’à ce qu’il m’appelle un jour, survolté : le titre était là, depuis le départ, et on ne le voyait pas… ma dédicace : “Aux fragiles”, a donné le titre.

Et enfin, peut-on connaitre votre prochain titre ? 
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Dans le ventre de la Terre, le titre de mon prochain album à paraître en octobre au Seuil, un album avec Fanny Ducassé…
Et le titre d’un album collectif aux éditions À pas de loups (en octobre aussi)… S’aimer. Sur ce titre, juste sur ce titre, un format et l’idée d’un fil, d’une ligne qui traverse l’image, une quarantaine d’illustrateurs m’ont envoyé des images. Je suis en train de finaliser l’histoire qui va courir sous ces images, un projet un peu fou, comme je les aime ! Et là, tout est parti du titre.
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 Entretien avec Alice Brière-Haquet, auteure d’albums et de romans, bibliographie ici. 

Le violon de Nicolas, illustré par Clotilde Perrin, à paraître chez Feuilles de menthe cet automne.

Le violon de Nicolas, illustré par Clotilde Perrin, à paraître chez Feuilles de menthe cet automne.

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– Comment choisissez-vous le titre ? Est-ce le point de départ ou l’évidence de la fin dans le processus d’écriture ? A quel moment l’éditeur intervient-il ?
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Désolée, je vais te faire une réponse de Normande, mais vraiment, il y a deux cas.        Cas n°1, c’est celui où le titre nait en même temps que l’histoire, il en est le point de départ, le germe. Là c’est évident et c’est génial, parce que toute l’histoire tient dedans, elle n’a plus qu’à se déployer… C’est le cas par exemple du Petit Prinche. Et puis il y a le cas n°2, on arrive à la fin, les commerciaux pressent : il FAUT un titre. Là c’est terrible, parce que je n’y arrive jamais. Dans ce cas tout le monde s’y met, éditeur, illustrateur, famille, copains, voisins, friends de FB, tout le monde. On passe par tous les stades, et on finit par choisir avec l’éditeur et l’illustrateur celui qui nous semble le mieux. C’est toujours un peu douloureux sur le coup, même si en général je m’y fais et je finis par l’aimer. Par exemple, Pierre la Lune était à l’origine le nom de mon fichier, à aucun moment le petit garçon est nommé dans le texte ! Mais finalement ce titre choisi par défaut a donné à l’histoire une touche d’humanité et de mystère… On me demande souvent pourquoi  Pierre la Lune  et non pas « de la Lune » ou « dans la Lune ». Je n’ose pas répondre 😀

Collection Mode d'emploi, illustré par Mélanie Allag, P'tit Glénat, 2015.

Collection Mode d’emploi, illustrée par Mélanie Allag, P’tit Glénat, 2015.

– Concernant vos albums, vous arrive-t-il de choisir avec l’illustrateur ?

Oui, et avec l’éditeur aussi. Je crois vraiment qu’un album a trois parents…

– Pour les collections Mode d’emploi chez Glénat et Au secours chez Castor Poche, les titres vous ont-ils été imposés ? Quelle est votre marge de liberté lors d’une commande ?

Collection Au Secours, illustré par Eglantine Ceulemans, Castor poche flammarion, 2016.

Collection Au Secours, illustrée par Eglantine Ceulemans, Castor poche flammarion, 2016.

La série (en tout cas dans ces deux cas) est un cas un peu à part, parce qu’elle se construit sur un concept, et que ce concept doit être contenu le titre. Pour ces deux séries, il s’agit du cas n°1, c’est-à-dire que les titres ont été les germes de leur série… Après il me suffit de proposer des thèmes qui peuvent se décliner sur le-dit concept, et nous les choisissons avec mon éditeur. Mais avec mon autre série, « Collège Art », chez Castor Poche, on a nettement plus galéré, et je ne suis toujours pas convaincue de notre choix. Heureusement, il y a les sous-titres, que je trouve plus intéressants, mais quand même : le titre doit donner une personnalité à la série, c’est son logo, son identité. C’est super important.

– Et enfin, peut-on connaître votre prochain titre ?

Bien sûr, et c’est un joli cas n°2… Je me suis cassée la tête pendant des semaines. Je voulais que ça parle du monde, des sensations, de la lutherie, de la musique… de beaucoup trop de choses ! Les trucs que je trouvais étaient soient lyrico-cuculs soient pédanto-pénibles. L’horreur. À la fin, on a brainstormé, Clotilde a proposé Nicolas, Anne le violon, et hop ça a donné Le Violon de Nicolas  ! J’en suis ravie ! En fait, je crois que c’est la seule recette infaillible en matière de titre : la simplicité !

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Entretien avec Maryvonne Rippert, auteure d’albums et de romans, bibliographie ici.  

L’amour en cage Seuil jeunesse, 2008

 – Comment choisissez-vous vos titres ? Est-ce le point de départ ou l’évidence de la fin du processus d’écriture ? A quel moment l’éditeur intervient-il ?

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Le titre de mes livres me vient la plupart du temps à la fin du premier jet de mon texte. Soit comme une évidence (l’amour en cage) soit après une longue réflexion (Différents). Mais parfois, dès le début de l’ébauche de la première idée, j’ai en tête un titre provisoire qui ne sera sûrement pas celui que l’éditeur privilégiera.
L’éditeur intervient au moment de la signature du contrat, et il valide…. ou pas.
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Série Blue Cerises de Jean-Michel Payet, Sigrid Baffert, Cécile Roumiguière, Maryvonne Rippert, Milan, 2009-2012.

Série Blue Cerises de Jean-Michel Payet, Sigrid Baffert, Cécile Roumiguière, Maryvonne Rippert, Milan, 2009-2012.

Pour la série Blue Cerises co-écrite avec Jean-Michel Payet, Sigrid Baffert, et Cécile Roumiguière, comment avez-vous choisi le titre de la série et chacun des 4 romans ? 

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Pour le titre de la série, c’est typiquement un nom de code, car il en fallait bien un pour pouvoir parler de notre projet entre nous. Par ailleurs, nous savons que les ados donnent souvent un nom à leurs bandes de potes.
Pour les BC, je crois que c’était le nom du forum sur lequel nous, les auteurs, nous échangions. Puis le titre s’est imposé. Quant aux titres de chaque épisode, nous étions libres de choisir et il n’y a eu aucun doute à chaque fois, tant nous étions en phase, mes co-auteurs et moi. Mais bien sûr l’éditeur aurait pu intervenir, ce qu’il n’a pas fait.
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Metal Mélodie, Milan Macadam, 2010.

Metal Mélodie, Milan Macadam, 2010.

Votre roman Metal Mélodie est pour moi l’incarnation du titre parfait. Comment l’avez-vous trouvé ? 

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Eh bien pas de chance, ce n’est pas moi qui l’ai choisi ! J’admets que c’est une belle proposition, mais j’ai eu longtemps beaucoup de mal à accepter ce titre qui m’a été imposé par l’éditeur. J’aurais préféré LUZ, un titre tout simple. Mais oui, c’est un bon choix, même si ce titre a emmené pas mal de lecteurs sur une fausse piste, parce qu’ils supposaient à tort que le roman parlait de musique métal !
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 – Et enfin, peut-on connaître votre prochain titre ?
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Dans la série Les cercles de Goldie, sous le pseudo Billie Cairn, j’ai choisi La tour des Nuages et pour un roman ado ayant pour thème sous-jacent le harcèlement que je suis en train d’écrire, J’rigole , mais c’est sûrement un titre provisoire !
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Entretien avec Tibo Bérard, éditeur chez Sarbacane pour les collections X’prim et Pépix. 

A paraître le 7 septembre.

A paraître le 7 septembre.

 – A quel moment l’éditeur intervient-il concernant le titre ? Est-ce toujours lui qui a le dernier mot ?
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En fait, on est confronté à de nombreux cas de figure. Quand un auteur que je ne connais pas encore m’envoie un manuscrit, généralement, il y a un titre – que l’on pourra garder ou pas. À l’inverse, du côté des auteurs avec qui on a l’habitude de travailler, il arrive que les projets ne portent pas de titre, car l’auteur sait qu’il sera lu, il n’a pas « besoin » d’en trouver absolument un pour convaincre l’éditeur d’ouvrir son manuscrit… car oui, le titre peut être une sorte de clef dès l’étape de l’envoi à l’éditeur (même si, au final, c’est la qualité du texte qui tranchera). Le titre, c’est une invitation, un outil de séduction. Tous les auteurs n’ont pas le même talent pour cela : certains sont très à l’aise pour le trouver, d’autres moins ; certains conçoivent leur roman « autour » d’un titre qu’ils ont trouvé dès l’origine, et qui va même orienter leur projet dans une certaine direction (vers l’émotion, ou vers la comédie, ou vers la critique sociale, etc), d’autres vont jusqu’au bout du texte et, là seulement, se mettent en quête du titre. Je crois que l’expérience peut aussi aider : les auteurs qui ont pris l’habitude de rencontrer leurs lecteurs, de parler de leur travail, parviennent souvent mieux à proposer de bons titres, car ils ont une vision plus « en hauteur » de leurs livres. Le but étant de parvenir à ces titres qui nous paraissent évidents, qui sauront appeler le lecteur, qui seront une première entrée dans le récit.

Dans le désordre de Marion Brunet Sarbacane, 2016

Contractuellement, c’est l’éditeur qui est en droit de choisir le titre définitif. Mais je ne crois pas qu’il faille l’imposer, de la même façon qu’on n’impose pas une couverture non plus. C’est un dialogue, un échange de propositions entre l’auteur et l’éditeur. Parfois, c’est un miracle, une évidence, et parfois ça prend plus de temps. Quoi qu’il en soit, le titre reste une étape capitale… Je pense même que les titres « disent » déjà quelque chose de ce qu’est le roman, mais aussi de la collection dans laquelle ils paraissent, parfois ; ainsi les titres des romans de la collection EXPRIM’, assez percutants, sonores, sont déjà la marque d’un certain projet romanesque, un indicateur sur la nature même des textes (Les Géants, Dans le désordre ou Les petites reines, ce sont des titres qui évoquent presque des affiches de films, on sent qu’on entre dans du roman de personnages et de narration plutôt que dans un roman psychologique, par exemple).

– Vous dirigez 2 collections importantes, Pépix et X’prim, pouvez-vous nous expliquer la ligne éditoriale de chacune concernant le choix des titres ?
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X’prim, c’est l’énergie, la vigueur, la narration, l’impact, la force des personnages.
Pépix, c’est l’aventure et l’humour, la malice, la fantaisie. Avec un ricochet « image-son » très clair entre la couverture colorée, agitée, vive, et le titre qui pétille, qui sonne de façon joyeuse et vivante.
Ce sont 2 collections différentes, avec un public différent, néanmoins très marquées.
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– En termes de communication, pensez-vous que le titre est primordial ? 
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Oui, c’est certain… mais cela va même plus loin, en un sens. Dès lors qu’on a le titre, le livre commence à exister. Cela fait toujours un drôle d’effet quand, après avoir travaillé sur un manuscrit sans titre avec l’auteur, on « voit » enfin un titre émerger parce qu’on se rend compte qu’on prend plaisir à appeler le texte par son titre (au lieu de dire « ton prochain roman », etc.). Il faut parfois du temps pour l’apprivoiser. Et il arrive aussi qu’on s’aperçoive au final que ça ne fonctionne pas, justement parce qu’il ne nous vient pas spontanément à la bouche, même au bout de plusieurs jours… alors on continue d’y réfléchir. Jusqu’à l’évidence.
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A paraître le 24 août.

A paraître le 24 août.

– Une anecdote à nous raconter ?

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Hé bien, parfois, c’est le monde extérieur qui s’immisce dans nos réflexions autour du titre et joue un certain rôle. C’est ce qu’il s’est produit pour le titre du prochain X’prim de Clémentine Beauvais. Elle m’avait proposé très tôt ce titre : Songe à la douceur. Or, en l’entendant pour la première fois, je n’étais pas entièrement convaincu – non que le titre m’ait déplu, mais je n’étais pas certain qu’il « dise » suffisamment le roman. Il faut préciser que ce roman-là est un projet tellement ambitieux, tellement puissant (adaptation en vers libres d’Eugène Onéguine de Pouchkine) qu’on avait un peu l’impression qu’aucun titre ne serait à la hauteur, qu’aucun ne saurait « l’englober ». On a donc laissé la question en suspens, Clémentine a avancé dans le travail du texte… et puis il y a eu les terribles attentats à Paris, en novembre. Et là, l’impératif de la douceur est apparu. On en a parlé dans l’équipe, chez Sarbacane, et d’un coup tout le monde était d’accord : ce titre était beau, et surtout il devenait nécessaire, essentiel. On s’était vraiment mis à l’entendre au double sens baudelairien : à la fois verbe et nom, dans l’Invitation au Voyage. Le roman de Clémentine, à la lumière de ce titre, nous apparaissait donc à la fois comme un songe – un autre monde –, et dans un autre sens, comme une injonction à la douceur, une invitation puissante et même « gonflée » à oser la douceur… oui, c’était bien le roman de Clémentine. Aujourd’hui, je n’imagine aucun autre titre pour ce livre.
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– Peut-on connaître les prochains titres à paraître chez Sarbacane ?
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Chez X’prim :
  • Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, le 24 août.
  • Les évadés du bocal, Bruno Lonchamps, le 7 septembre.
  • Les Belles Vies, Benoît Minville, le 5 octobre.
  • Samedi 14 novembre, Vincent Villeminot, le 2 novembre.
Chez Pépix :
  • Super-Vanessa et la crique aux fantômes, Florence Hinckel (ill. Caroline Ayrault), le 24 août.
  • L’ogre à poil(s), Marion Brunet (ill. Joëlle Dreidemy), le 7 septembre.
  • Victor Tombe-Dedans sur L’île au Trésor, Benoît Minville (ill. Terkel Risbjerg), le 5 octobre.
  • Le Journal de Gurty – parée pour l’hiver !, Bertrand Santini, le 2 novembre.
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Entretien avec Brune Bottero, éditrice chez Les Fourmis Rouges. 

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toujours en exclu et à paraître aussi le 20 octobre !

pour nous en exclu et à paraître le 20 octobre, le prochain album de Delphine Jacquot !

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  – A quel moment l’éditeur/l’éditrice intervient-il concernant le titre ? Est-ce lui/elle qui a toujours le dernier mot ?
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En général, l’auteur arrive avec son projet et le titre qu’il lui a choisi. Nous n’y touchons pas au début du travail éditorial, et gardons le titre comme « titre de travail ». Il arrive que le titre de travail convienne et dans ce cas, nous le gardons, tout simplement. C’est au moment de la finalisation du livre que nous nous penchons davantage sur le titre. Lorsqu’on nous entamons la maquette de la couverture, il faut que nous soyons sûrs du titre. Si le titre de travail ne nous convient pas, nous semble trop faible, ou pas à l’image du livre, nous en proposons d’autres. Juridiquement, c’est l’éditeur qui a le dernier mot, mais on fait quand même en sorte d’être toujours en accord avec l’auteur et de ne pas lui imposer un titre qui ne lui plaise pas. On reconnait souvent qu’un titre est bon parce qu’il fait l’unanimité.
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– Vous est-il déjà arrivé de devoir batailler/imposer un titre ? 
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Nous ne sommes jamais allées jusqu’à la vraie bataille… Mais il arrive que nous ne soyons pas d’accord, soit avec l’auteur, soit même entre nous (Valérie, à l’édito, et moi à la com). Certains auteurs sont également très attachés à leur titre de travail, et il est parfois difficile pour eux d’en faire le deuil. Cela dit, nous n’avons jamais eu de conflit avec un auteur au sujet d’un titre. Les petits différents qu’il a pu y avoir ont été très rapidement résolus avec la trouvaille du titre « évident ».
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Premier Matin de Fleur Oury, 2015

– En termes de communication, pensez-vous que le choix du titre est primordial ?

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OUI ! Le titre, tout comme l’image de couverture, sont les premiers outils de communication. Un titre doit être à la fois « commercial » (ou en tout cas pas anti-commercial) et coller au livre. Mais il faut également qu’il s’inscrive bien dans le catalogue d’une maison d’édition. L’album Premier matin, de Fleur Oury, aurait très bien pu s’appeler « La rentrée de petit ours » : un titre commercial et qui colle au sujet du livre. Mais « La rentrée de petit ours », ça ne ressemble pas aux Fourmis Rouges, ni au travail de Fleur Oury… Il fallait quelque chose de poétique et sensible, qui puisse évoquer le premier jour d’école, mais de manière subtile, sans être niais… C’est donc devenu Premier Matin.
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– Une anecdote à nous raconter ?
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Dans une maison d’édition, on se mélange parfois les pinceaux sur nos propres titres… Les prénoms, notamment, nous donnent parfois un peu de fil à retordre, et nous mélangeons allègrement le « Pedro » de Pedro Crocodile et George Alligator au « Pablo » de Pablo et la chaise, deux albums de Delphine Perret. Il y a aussi ceux qu’on a du mal à prononcer comme Didgeridoo, ou ceux qui sont à rallonge et qu’on raccourcit : Les aventures de Peter et Herman (Delphine Jacquot) est devenu chez nous « Les aventures » et La maman de la maman de mon papa (Gaëtan Dorémus), « La maman »…
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en exclusivité pour nous, à paraître le 20 octobre !

Le prochain bijou d’Emmanuelle Houdart en exclusivité pour nous, à paraître le 20 octobre !

– Peut-on connaître les prochains titres à paraître chez Les Fourmis Rouges ?

Alors nous aurons
  • des titres simples : Ma Planète (Emmanuelle Houdart), Bjorn, 6 histoires d’ours (Delphine Perret),
  • des titres jeux de mots : Le petit pou sait et Le petit pou rit (Mathis et Aurore Petit), Réclamez des contes (Delphine Jacquot),
  • des titres de série : Till et les tricheurs et Till joueur de flûte (Philippe Lechermeier et Gaëtan Dorémus),
  • et des titres mystérieusement imprononçables : Hernig & Zébraël (Victor Boissel et Beax).

 

Encore un très grand MERCI à vous toutes et tous ! Qu’elle est belle cette littérature jeunesse ! Vive la rentrée littéraire 2016 et tous ces nouveaux titres, non ?

Une réflexion au sujet de « Des livres et des titres »

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