Lecture commune Le rire de Camille

Le rire de Camille où l’on découvre qu’il n’ y a pas de petits chagrins de Mathis et Emilie Harel, numéro 8 de la collection Trimestre, publiée par Oskar jeunesse.

Entre roman et album…
L’histoire porte sur le chagrin et de l’importance de trouver une oreille attentive quand c’est trop lourd à porter… même pour un enfant.

C’est une collection qui me touche tout particulièrement et j’ai eu envie de partager celui-ci avec quatre blogueurs : Carole3étoiles, Drawoua, Nathan et SophieLJ.

Le rire de Camille

Pépita : Une couverture avec du orange, du noir et du blanc, une petite fille et un chien qui se regardent dans les yeux, les mots « Rire » et « Chagrin » dans le titre et sous-titre…Que vous ont d’abord inspiré tous ces éléments ?

Carole3étoiles : Pour ma part, je découvre cette collection et je dois avouer que cette couverture interpelle l’œil directement ! Et puis l’association rire/chagrin donne tout de suite envie de l’ouvrir et de le lire ! Et c’est exactement ce que j’ai fait.

Nathan : Je n’ai pas vraiment fait attention à cette opposition rire/chagrin. Par contre, j’aime beaucoup la couverture et la bouille de ce drôle de chien … et puis tout en orange fluo ça pète, moi je dis ça donne envie ! Par contre si j’ai eu envie de participer à cette lecture commune, c’est pour le nom de l’auteur : Mathis que je connais déjà un peu et que je verrai à Montreuil ! Et puis le livre n’est pas gros, je pouvais le caser facilement dans mon planning de lectures… et quand c’est pour retomber en enfance, je suis toujours partant !

SophieLJ : Connaissant la collection, je n’ai pas été surprise par la couleur dominante, puisqu’il y en a une sur chaque livre. Sinon, je ne me suis pas non plus arrêtée sur l’opposition rire/chagrin. En revanche, je me suis demandée en quoi consistait ces petits chagrins (qui n’existent pas en fait !).

Drawoua : J’ai été très intriguée par la couverture et j’aime beaucoup le coup de crayon d’Emilie Harel. Comme vous, je l’ai reçu… et je n’ai pas tardé à le lire par la suite car ce livre, comme objet-livre est très incitatif. Avec lui, je découvre la maison d’édition et la collection par conséquent.

Pépita : « Le rire de Camille où l’on découvre qu’il n’y a pas de petits chagrins » : les « sous-titres » ou plutôt chaque précision du titre de cette collection en disent souvent plus long sur l’histoire à venir et sont comme une promesse. Pour nos lecteurs, pouvez-vous raconter cette histoire (sans trop la dévoiler…) ?

Nathan : Camille, elle a un rire. Mais ce rire il se cache, il se dissimule, il se voile, il prend comme cape d’invisibilité un chagrin. Camille, elle a perdu, elle a perdu la solution qui la mènera jusqu’à son rire. Et pour ça, il lui faudra l’aide d’un drôle de chien, qui deviendra un drôle de cheval et d’un chat qui a oublié. Une courte épopée, aventure, un court voyage mais une sacrée quête !

Pépita : Que vous a inspiré cette histoire ? Enfantine, sublime, déconcertante, troublante…Quels sentiments et émotions a-t-elle suscités ?

Nathan : Je ne sais pas trop si c’est aussi dû à mon état de fatigue lors de ma lecture, mais j’ai été très touché par ce livre. Je ne saurais trop expliquer mais il a déclenché en moi des petits rires, surtout aux vues de ce drôle de chien (adorable !) et de ce chat rigolo ! Mais il m’a aussi ému, je me sentais vraiment touché en refermant le livre parce qu’il parle de ces chagrins qu’on a petit. Il n’a pas forcément de véritable raison, parfois on a juste besoin d’un câlin, de son papa, de sa maman, et de rire un coup. C’est une histoire simple qui est mise sous la forme d’une aventure mais elle n’en reste pas moins, bien que quotidienne, une jolie vue sur l’enfance.

Carole3étoiles : Cette histoire par sa simplicité m’a fait plonger dans la petite enfance. On s’identifie facilement à cette petite Camille et son chagrin. Pas besoin d’en connaître les raisons, il est là et c’est comme ça. On se surprend à éclater de rire aussi. C’est simple et efficace quelque soit l’âge du lecteur, pour peu qu’il ait gardé son âme d’enfant, et c’est ça qui m’a plu par-dessus tout !

Drawoua : J’ai un ressenti assez partagé sur le livre. L’illustration de couverture m’a donné très envie de le lire, et je l’ai d’ailleurs lu assez rapidement après réception. La première lecture en a nécessité une seconde. Je garde en tête quelques passages intéressants, d’autres aussi beaux qu’ils sont simples. Par contre il y a des choses auxquelles je n’ai pas adhéré… cela ne m’a pas parlé du tout. Par exemple je n’ai pas compris le rôle du chat…

SophieLJ : Connaissant et appréciant d’autres titres de la collection, j’ai été un peu déçue par celui-ci. J’ai trouvé le thème très simple même si je pense qu’il est très parlant pour les enfants. En fait, ça m’a gênée de ne pas pouvoir identifier la cause du chagrin et, par conséquent, je n’ai pas réussi à me plonger dans l’histoire. Par contre, j’ai tout de même aimé la quête pour sortir de la tristesse.

Pépita : Déception et enthousiasme, nous sommes comme Camille finalement, partagés entre deux sentiments. Il est vrai que ce dernier numéro de la collection est plus simple que les précédents. Plus qu’il n’ y parait cependant. Parlons des illustrations : qu’en avez-vous pensé ? Vous ont-elles touchées ? Sont-elles trop simples ?

Carole3étoiles :Concernant les illustrations, j’avoue que je déteste la couleur orange…mais ici j’ai adoré ! Je ne sais pas comment l’expliquer ! Ce que je sais en revanche, c’est que les illustrations se fondent parfaitement au texte. Je les ai perçues comme naturelles, logiques, simples, en prolongement du texte. Et je me rends compte à quel point trois couleurs peuvent tout faire !

Nathan : Ah je suis d’accord : trois couleurs peuvent tout faire ! J’ai ADORE ces illustrations, j’admire franchement ! Le chien est trop mignon, le chat est trop rigolo et Camille par contre, je n’ai pas trop pu m’attacher à elle par les illustrations … mais il y a une illustration que je montre à tout le monde (page 24) : c’est lorsqu’ils sont sur une colline et qu’ils voyagent et le paysage et son reflet dans l’eau se fondent dans une superbe illustration !

SophieLJ : J’ai aimé les illustrations en particulier celles avec l’arbre. Par contre, j’ai trouvé que le chien ne se ressemblait pas sur toutes.

Drawoua : L’illustration de couverture et la première page en bichromie avec le orange flashy m’ont aimantée ! Pour moi, les illustrations de ce livre sont réussies. Tu dis simples, peut-être, mais sans être si simplistes non plus. C’est vrai que le chien n’est jamais le même. Mais peut-être que le chagrin non plus n’est pas le même à chaque fois qu’on en parle ? L’illustration où l’on ne voit que les yeux de Camille entre ses bras est très chouette, ainsi que la suivante, la petite fille est enveloppée dans une couverture. J’ai particulièrement aimé aussi celle du canal et les détails qui sont présents dans les paysages.

Pépita : Ce livre, c’est aussi la complicité entre un animal et un enfant. Camille, face à ce chagrin qu’elle ne sait trop nommer, ne se confie pas à ses parents, du moins pas tout de suite, mais trouve une oreille attentive et réconfort auprès de ce chien (Bernard, comme par hasard !). Qu’auriez-vous à dire de cette relation à l’animal ?

Carole3étoiles : Effectivement, le lien entre Camille et le chien est omniprésent. Ils communiquent ensemble par leur sensibilité, ils se comprennent même. Camille transfère ses émotions sur le chien, notamment son chagrin au moment de leur rencontre. Le chien absorbe peu à peu ce chagrin et le dissout dans son humour. Où l’on découvre qu’il n’y a pas de faux amis….

SophieLJ : Je suis d’accord avec Pépita, c’est une belle histoire cette amitié. D’ailleurs, c’est plus ça qui m’a touchée dans le livre que cette histoire de chagrin. J’ai aimé la force de leur complicité, et leur confiance l’un envers l’autre.

Nathan : Je suis d’accord mais comme je le disais, j’ai eu du mal avec Camille alors plus que leur histoire d’amitié, c’est le chien qui m’a charmé !

Drawoua : J’aime beaucoup la complicité qui se tisse entre le chien et la petite fille. L’animal éponge, aspire le chagrin de la petite fille sans presque qu’elle ne lui ait dit un mot dessus. C’est comme dans la vie, ça, non ?

Pépita : Et justement, ce chagrin, parlons-en. Pour vous, existe-t-il vraiment, comment l’avez-vous perçu ?

SophieLJ : Oui il existe. Je trouve qu’on le ressent dans le texte comme dans les illustrations. Par contre comme je l’ai dit, ça m’a gênée de ne pas pouvoir mettre un nom dessus.

Carole3étoiles : Oui, je pense aussi qu’il existe. Quand Camille dit au chien lors de leur rencontre qu’il a l’air triste, c’est d’elle qu’elle parle. On ne parle jamais que de soi… Peu m’importe si l’on ne sait pas pourquoi elle est triste, c’est un fait puisqu’elle le ressent. On n’a pas toujours besoin de raison pour être triste ou heureux, si ?

Pépita : Cela ne m’a pas gênée qu’on ne sache pas le pourquoi du chagrin de Camille. Déjà qu’elle puisse exprimer ce sentiment de tristesse, même sans savoir pourquoi, j’ai trouvé cela très positif. Qu’elle trouve une oreille attentive aussi : elle l’a sollicitée auprès du chien, comme si elle avait senti qu’il était là juste pour elle et lui, lui renvoie son propre sentiment pour qu’elle le prenne vraiment en compte. J’ai trouvé cela très juste et très humble. Une belle façon d’aborder les émotions qui nous submergent, même quand on est un enfant.

Drawoua : Pour moi le chagrin, c’est un mot fort. Dans le dictionnaire, il prend une palette plus large, du déplaisir à la douleur, de la tristesse à la souffrance, de la déception au gros chagrin, au chagrin d’amour. Dans le livre, il n’y a tout simplement pas de petit chagrin. Il y a un chagrin, le chagrin. L’auteur en parle sans nous dire de quoi il s’agit. Une quête d’universalité, peut-être. Une façon pour le lecteur de se retrouver dans le personnage de la petite fille.

Nathan : Je suis plutôt d’accord : pas de problème si on ne connaît pas la raison du chagrin … mais sinon il n’existe selon moi qu’à la fin ce chagrin, quand je l’ai vraiment perçu, c’est quand elle est avec son papa et sa maman. Avant c’était l’aventure, les sourires, le chat et le drôle de chien.

Pépita : Pour celles et ceux qui ne connaissaient pas : Est-ce que ce numéro vous a donné envie d’en découvrir d’autres de la collection Trimestre ?

SophieLJ : Je peux dire que pour moi, il y en a d’autres encore mieux !

Carole3étoiles : Moi je ne connaissais pas du tout cette collection, donc MERCI Pépita pour cette découverte et cette lecture commune ! J’ai eu envie d’en savoir davantage, donc j’en ai quatre sur ma PAL ! Et déjà les titres et les couvertures me plaisent ! A suivre donc…

Drawoua : Absolument, c’est une belle découverte pour moi et je suis partante bien sûr pour intégrer Oskar dans l’univers de mon blog.

Nathan : Oui ça m’a bien donné envie ! Surtout les illustrations en deux couleurs en fait c’est très original …

Pépita : Votre passage préféré ? Votre illustration préférée ? Dites pourquoi.

SophieLJ : J’ai bien aimé le premier chapitre du livre. Ce début, je pense qu’on l’a tous vécu. Camille est triste, barbouillée, pas bien, alors que tout autour est comme d’habitude ! On a envie que ça s’arrête mais on ne sait pas comment faire !

Carole3étoiles : Mon illustration favorite est celle de la page 32, celle où Camille se met à pleurer devant l’arbre, et où ce dernier lui dit :  » C’est bien, tu commences à trouver. Chaque larme, c’est un peu de chagrin qui s’en va. » Je trouve cette réflexion très juste, et ça illustre bien le fait que ce chagrin est bien réel puisque ressenti.

Drawoua : La même citation que Carole qui sonne comme une autorisation de pleurer, comme une façon de trouver par les larmes, un apaisement.

Nathan : Et justement ma préférée, c’est la page 24 : celle où elle est sur le dos du chien, ils sont avec le chat et entre deux collines. Le paysage se reflète dans l’eau et tout cela est fait avec tellement de simplicité mais de beauté aussi que je la montre à tous ceux à qui je parle du livre.

Pépita : Mon passage préféré est sans conteste le dialogue qui s’installe entre l’arbre et la petite fille autour du chagrin. J’ai trouvé cela tellement juste. Mon illustration préférée est celle de la page 30 : les mains de Camille caressant l’écorce de l’arbre comme pour y puiser une force. Cette image me fait frissonner.

Pépita : Si vous deviez définir ce livre par une seule émotion, quelle serait-elle ?

Nathan : J’ai envie de dire l’enfance mais bon … ;-) Mes sentiments envers ce livre sont nostalgiques mais le livre en lui-même dégage plutôt … le rire, la joie ! D’où le titre quoi.

Carole3étoiles : Si je devais ne choisir qu’un ressenti, ce serait l’humilité : celle de Camille dans ce que son chagrin a d’authentique, celle de l’auteur et de l’illustrateur dans leurs choix des mots et des couleurs, celle de cette collection dans ce qu’elle propose aux lecteurs. Pour moi, c’est un gros coup de cœur !

Drawoua : Pour moi ce ne serait pas la tristesse, mais la tendresse…

Nathan : Ah ben voilà EXACTEMENT le mot que je cherchais !

Pépita : Pour moi, ce livre évoque la confiance, mais sans doute est-ce plus un sentiment qu’une émotion. Confiance en l’autre et confiance en soi. Des socles indispensables pour gérer ses émotions.

SophieLJ : L’émotion que j’ai envie de retenir, c’est le réconfort que s’apportent mutuellement Camille et le chien. C’est toujours plus facile de se sortir d’une émotion triste quand on a le soutien de quelqu’un.

Pour aller plus loin dans cette découverte, nous avons souhaité contacter Thierry Lenain, le directeur de cette collection avec Benoît Morel. Il a très gentiment accepté de répondre à nos questions et nous le remercions chaleureusement.

Voici ses réponses concernant la collection Trimestre :

-Comment est née cette collection ?

Quand Oskar a accepté le texte de « La dernière année », je leur ai demandé de me laisser carte blanche pour le choix de l’illustrateur et la réalisation de l’objet livre. Ils ont été OK. Puis quand Benoit et moi avons terminé notre livre, l’expérience nous a tant plu que nous avons proposé à Oskar de créer une collection à l’image du livre que nous venions de créer… Ils ont été OK, malgré le coût (papier de grande qualité, suivi de l’impression….).

-Comment choisissez-vous les auteurs et illustrateurs ?

Nous choisissons d’abord le texte (qui nous est envoyé spontanément ou que nous avons sollicité auprès d’auteurs que nous apprécions) en fonction de deux critères : l’émotion (d’un ordre ou d’un autre) qu’il porte;  son accessibilité, par une voie ou une autre, pour des enfants de 8/10 ans. Puis nous choisissons un illustrateur dont nous apprécions l’œuvre et l’univers, et qui nous semble pouvoir répondre à la ligne graphique de la collection : bichromie et style « gravure ».

 -Quelles grandes lignes et limites leur donnez-vous pour chaque livre ?

Il y a une contrainte de nombre de signes : entre 9000 et 19000 signes . Après… il n’y a pas de grandes lignes ni de limites sinon le respect des deux critères évoqués.

 -Comment choisissez-vous LA couleur du livre puisqu’à chacun une est attribuée ?

En fonction du thème du récit, et de son articulation avec les couleurs des autres titres, l’un de ces critères pouvant emporter sur l’autre.

-Quels auteurs aimeriez-vous faire participer à cette collection ?

 Alexandre Romanès. Je lui ai proposé, mais je n’ai pas obtenu de réponse. Qui sait, un jour…

Voici ses réponses concernant plus particulièrement ce numéro 8 de la collection :

  -Le livre tout en orange blanc et noir : est-ce un choix de l’illustratrice ?

A vrai dire je ne m’en souviens plus, mais je trouve le résultat super 🙂

-Est-ce Mathis qui vous a envoyé ce texte ? Dans quelles circonstances ?

Non, c’est moi qui lui ai demandé. Le texte que j’ai reçu m’a beaucoup plu, il était un peu court, Mathis l’a allongé d’ un tiers.

-Quels sont vos prochains projets pour cette collection ?

La bouche de l’ogre, un texte de Benoit Broyard illustré par Donatien Mary dont nous avons découvert le travail sur le net, et Elle est où la ligne, un texte de Davide Cali illustré… par une illustratrice qui devrait se dépêcher sinon nous allons devoir la remplacer au pied levé !!!!

Quelques éléments pour poursuivre votre lecture :
Le blog de la collection Trimestre, pour tout savoir sur son actualité : http://collectiontrimestre.blogspot.fr/

Et les billets sur ce livre (et d’autres de la collection) des participants à cette lecture :

-3 étoiles : http://blog.3-etoiles.fr/2013/01/un-jou … trimestre/
-La littérature jeunesse de Judith et Sophie : http://litterature-jeunesse.over-blog.fr/article-le-rire-de-camille-112234529.html
-Maman Baobab: http://maman-baobab.blogspot.fr/2013/01/deux-camille-et-du-chagrin.html
-Le cahier de lecture de Nathan : http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/11/de-magnifiques-romans-pour-petits-et.html
-Méli-Mélo de livres :http://melimelodelivres.blogspot.fr/2012/11/le-rire-de-camille.html

Un grand merci à tous les participants autour de cette lecture riche en émotions  et nous avons hâte de découvrir les prochains numéros de cette collection.

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