Lecture commune : Colin Fischer, un garçon extraordinaire

Une lecture commune intergénérationnelle, c’est ce que vous proposent Pépita et Nathan, la plus âgée et le plus jeune de l’équipe d’A l’ombre du grand arbre, qui se sont retrouvés autour d’un point commun : inconditionnels des romans de la maison d’édition Hélium.

Voici donc une lecture à quatre mains autour du roman «Colin Fischer : un garçon extraordinaire» paru en octobre dernier, écrit aussi à quatre mains par Ashley Edward-Miller et Zack Stentz.

Colin est autiste et il s’est mis en tête de résoudre une énigme policière….

Bouma et Céline se sont prises au jeu de cette lecture et en ont débattu avec nous.


Pépita : Connaissiez-vous les romans de la maison d’édition Hélium avant de lire celui-là ? Et si oui, lesquels ?

Céline : Non, je ne connaissais pas… Cap du 1er rendez-vous réussi haut la main !

Bouma : Oui je connaissais déjà cette maison d’édition pour avoir lu le roman le Worldshaker de Richard Harland, un roman de science-fiction bien ficelé mais un peu lent à mon goût. Si vous voulez en savoir plus vous pouvez lire mon avis par ici.
Et puis surtout Hélium c’est LA maison d’édition de DELPHINE CHEDRU et comme j’adore tout le travail de cette illustratrice et auteure de génie (même si je me rends compte maintenant que je n’ai jamais parlé d’elle sur mon blog). Bref, une maison d’édition qui produit peu mais de qualité selon moi.

Pépita : Oui, je les ai tous lus à ce jour sauf La Fugue d’Alexandre Rimbaud encore en attente sur ma table de nuit mais ça va venir. Avec des auteurs pas forcément connus, et de belles couvertures ! Des univers intéressants aussi : du fantastique, de l’humour, du policier, de l’histoire, de la réflexion. Des romans qui ne laissent pas indifférents. Et de beaux objets romans. On a bien un livre dans les mains !

Nathan : Oh oui ! Hélium c’est un coup de cœur depuis que j’ai découvert Le Worldshaker ! Un très beau graphisme, une grande qualité et des romans passionnants ! Des petites perles dont deux restent à découvrir : La fugue d’Alexandre Rimbaud dont l’auteur (Rose Philippon) est très sympa et Brigade des crimes imaginaires, un recueil de nouvelles apparemment délurées ! De plus, ils m’ont offert l’immense chance d’interviewer Richard Harland en personne au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil de 2011 et j’ai organisé une semaine spéciale pour l’édition en décembre 2011 ! EXTRA !

Nathan : Le roman débute, comme chaque chapitre, sur un extrait du carnet de Colin. Qu’avez-vous pensé de cette construction qui insérait parfois des extraits du fameux carnet, et de ce qu’elle apportait à l’histoire ?

Céline : J’ai trouvé ces passages “théoriques” très intéressants (parfois un peu compliqués, il faut bien l’avouer). Ils permettent d’entrer un peu plus dans le mode de fonctionnement du narrateur, autiste de haut niveau, et de mieux comprendre sa manière de penser. Certains m’ont complètement remuée comme cette histoire des deux médecins viennois sous le régime nazi, Hans Asperger et Heinrich Gross… D’autres m’ont fait sourire ou m’ont passionnée comme les histoires de requins ou les nombreuses études psychologiques ou éthologiques, … Enfin, ceux qui évoquaient des problèmes logico-mathématiques m’ont rappelé les fameuses prises de tête de l’époque où j’étais étudiante… Par contre, en raison de ces apartés, il me semble qu’un lecteur trop jeune pourrait vite décrocher !

Bouma : Si j’ai trouvé le fond très intéressant de ces débuts de chapitres (et en effet on y apprend beaucoup d’anecdotes souriantes), j’ai moins aimé la forme qui se rapproche de celle du texte général, tout comme les notes de bas de page. J’aurais préféré une autre typographie permettant au premier coup d’œil de faire la distinction entre les deux, surtout au vu de l’âge auquel je conseillerais ce livre (à partir de 10/11 ans).

Pépita : Cela m’a beaucoup intriguée au début, puis amusée et un peu lassée ensuite. Ces extraits sont parfois un peu longs. Ils apportent néanmoins toujours un éclairage sur ce qui va être développé dans le chapitre en question et permettent de mieux comprendre le système de réflexion de Colin, fait d’un sens de l’observation hors du commun, de connaissances encyclopédiques sur des sujets très pointus et d’une intelligence particulière. J’ai été par contre davantage gênée par les notes en bas de page, que je finissais par ne plus lire car trop, c’est trop ! Cela interrompt trop cette enquête menée au millimètre et où tout s’enchaine à la perfection comme dans le cerveau de Colin.

Nathan : Moi personnellement j’ai beaucoup aimé ce principe ! Ça apporte des pauses dans l’histoire, des anecdotes amusantes et des informations très intéressantes, une profondeur au personnage de Colin qui s’intéresse à ces anecdotes scientifiques et qui nous expose aussi ses pensées très matures.

Pépita : Pour nos lecteurs, pouvez-vous nous relater cette histoire dans ses grandes lignes ? Vous a-t-elle embarqué ou au contraire vous a-t-elle rebuté ? Vos premières impressions ?

Céline : Cette histoire m’a directement embarquée et je n’ai lâché le livre qu’une fois la dernière page tournée. S’y mêle à la fois un récit de vie hors du commun et une enquête policière. Ce mélange des genres confère beaucoup de rythme à l’ensemble du récit. Les explications théoriques de Colin – ses fameuses notes explicatives – qui habituellement me rebutent dans un livre m’ont vraiment intéressée car elles permettent d’appréhender au plus près son mode de pensée…
Ce texte m’a donc séduite tant sur le fond que sur la forme. Il propose, à mon sens, plusieurs lectures selon les âges. Si l’ado y verra tout d’abord l’histoire d’un jeune différent qui, par ses particularités devient un garçon extraordinaire, à l’instar d’un super héros en quelque sorte; l’adulte, lui, se posera davantage de questions sur l’envers du décor et sera interpellé par la gestion d’un tel handicap au quotidien. De même, il s’inquiétera sans doute du mal-être du frère cadet qui est amené à des extrémités pour trouver sa place aux côtés de ce frère qui monopolise (toute) l’attention familiale. Ces interrogations ont encore pris plus de poids lorsque quelques jours après ma lecture, j’ai appris par la presse que le responsable de la tuerie de Newtown était atteint du même syndrome que notre héros… Depuis, j’ai été heureuse de lire l’opinion des spécialistes pour qui les personnes atteintes d’autisme ou de ses dérivés peuvent être irritables et perturbatrices mais qu’il est rarement question de violence planifiée et intentionnelle.

Bouma : Colin assiste malgré lui à un incident dans la cafétéria. Un coup de feu est tiré, un revolver retrouvé à terre. Aucun blessé mais il n’en faut pas plus à ce grand amateur d’enquêtes, fan de Sherlock Holmes, pour essayer de remonter la piste et découvrir le coupable. Le fil conducteur de ce livre est donc cette enquête que mène Colin en parallèle à sa vie de lycéen américain. Pour moi, il s’agit surtout d’un prétexte pour parler du handicap de Colin et de ce que cela entraîne sur sa vie quotidienne, ses relations avec sa famille mais aussi ses camarades d’école. Je ne suis pas autant emballée que Céline car j’ai eu une impression de déjà-vu… Monk, la série américaine, vous connaissez ? Et bien voilà à quoi ce roman m’a fait irrémédiablement penser. Et honnêtement, je me suis même arrêtée à la moitié du roman pour en lire un autre.

Pépita : Je ne vais pas refaire de résumé… Oui, cette histoire m’a plu mais peut-être pas autant que je m’y attendais ou d’autres romans de la même maison. Justement à cause de ces apartés. L’histoire en elle-même est pourtant bien construite, le moindre détail a son importance et cela n’échappe pas à Colin. Certains passages m’ont beaucoup plu : les dialogues avec le prof de sport et la façon dont Colin renverse les certitudes de la directrice du lycée… J’ai souffert aussi (comme Céline) pour le frère de Colin, qui reproche à ses parents leur manque d’attention à son égard. J’ai aimé voir Colin évoluer et apprivoiser ses peurs. Tenir tête à ses camarades. Aller au-delà des préjugés dans son amitié avec le “bourreau” de ses années collège. Sa recherche constante de la vérité et de la justice. C’est un très beau personnage, attachant et sensible. On a de l’empathie pour lui.

Nathan : J’ai été vite embarqué par cette histoire ! L’intrigue principale en fait, c’est cette histoire de pistolet qui se retrouve dans le self du lycée de Colin, une balle est tirée et ce personnage autiste qui va mener l’enquête. J’ai adoré son observation très précise et son enquête bien réfléchie et pleine de rebondissements ! Mais en même temps il y a la vie du personnage qui est autiste, ne l’oublions pas. Ses relations au lycée, qui ne sont pas toujours faciles … et avec sa famille: surtout son frère. Tout plein de belles choses intéressantes et/ou amusantes à découvrir en somme !

Nathan : Pouvez-vous nous parler du personnage de Colin ? Vous a-t-il plu ? Avez-vous trouvé son autisme “bien exploité” pour l’intrigue ?

Céline : Colin est un ado pas comme les autres. Il souffre du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme où le langage et le développement cognitif sont particulièrement préservés. Par contre, il éprouve d’énormes difficultés à gérer les événements inattendus du quotidien comme les contacts physiques par exemple. Jusque-là, il avait une “ombre”, une personne qui était chargée de l’aider au quotidien. Mais, depuis son entrée au lycée, il doit se débrouiller seul ! Hermétique aux émotions des autres, il se réfère à ses fiches légendées : “amical”, “nerveux”, etc. Ne le quitte pas non plus, son carnet, où il note toutes ses observations, à la manière d’un anthropologue… Cette façon de procéder va lui être bien utile pour son enquête… Son “handicap” en fait un héros atypique et confère à l’enquête une approche très originale. Une image pour résumer : celle où Colin relie toutes ses informations sur un panneau à la manière de ceux utilisés par le FBI !

Bouma : Colin est un héros particulier. J’ai aimé découvrir sa façon d’organiser son quotidien, de s’attacher à des détails tout en passant à côté des émotions humaines. Son handicap est particulièrement bien décrit et surtout exploité pour en faire une force. Mais le fait qu’il ait du mal à comprendre les sentiments des autres le rend aussi assez froid, distant. Il est alors plus difficile de s’identifier au personnage principal, de s’y attacher et donc d’être touché. Colin est un personnage attachant (comme un enfant dont on prend soin) mais dont l’univers reste bien loin du lecteur.

Pépita : Colin est vraiment un adolescent très attachant. Son autisme est très bien décrit dans le livre : angoisses, obsessions, difficultés d’intégration, manies contre-balançées par une mémoire exceptionnelle et un sens de l’observation hors norme. J’ai aimé le voir évoluer au fil de l’enquête et se dépasser, par exemple lorsqu’il découvre le pouvoir du mensonge.

Nathan : Je crois que mes comparses ont déjà tout dit, mais je vais insister sur ce point qui m’a le plus plus et que j’ai déjà un peu développé plus haut : l’importance des détails. Son syndrome d’Asperger fait que Colin a un très bon sens de l’observation … il calcule tout avec précision, réfléchit sans rien oublier et ne laisse aucune miette de côté ! Cela apporte beaucoup de richesse au roman et à l’enquête …

Nathan : Et que pensez-vous de l’aspect policier du roman ? Vous a-t-il emporté ? A-t-il installé un certain suspense ?

Céline : En réalité, j’ai davantage été séduite par la méthode que par l’enquête elle-même ! Colin s’inscrit dans la lignée des détectives gentlemen qui résolvent les énigmes “sans faire intervenir les émotions ou les ambitions personnelles”. Et de citer le chevalier Dupin d’Edgar Allan Poe, le Hercule Poirot d’Agatha Christie et le fameux Sherlock Holmes de Conan Doyle ! Le suspense réside d’ailleurs plutôt dans la réussite ou non du duo improbable qu’il forme avec son meilleur ennemi qu’il a décidé d’innocenter ! Tous deux m’ont un peu évoqué l’excellent film Les Puissants.

Bouma : Ce livre est vraiment un roman policier, pas un thriller. Le suspense n’est pas insoutenable, dans le sens où il n’y a pas mort d’homme, je n’ai pas attendu le dénouement la boule au ventre. Pourtant l’enquête est bien ficelée et la lectrice que je suis ne l’aurait pas résolu sans le personnage de Colin. Je rejoins l’avis de Céline : Colin ressemble beaucoup à son idole Sherlock Holmes et de ce fait mène ses réflexions avec précision et concision. Nous suivons l’esprit logique de Colin qui se focalise sur cette histoire de pistolet, cela aurait pu être autre chose…

Pépita : Ah oui, un roman policier de fin limier. La perspicacité de Colin et son sens de l’observation très aiguisé (presque malgré lui finalement) font que cette histoire est passionnante et complexe. A un moment donné, on est un peu dans le brouillard et puis sur la fin, tout s’imbrique avec une précision parfaite. J’ai trouvé cet aspect du roman fascinant moi qui ne suis pas une férue du genre.

Nathan : Je rejoins vos avis et n’ai rien à ajouter !

Pépita : La fin du roman laisse entrevoir une suite : la lirez-vous ? Et quel est votre mot de la fin sur cette lecture ?

Céline : Oui, s’il y a une suite, je la lirai avec plaisir. Ce titre m’a agréablement surprise, tant sur le fond que sur la forme. Le niveau est assez poussé et le lecteur apprend des tonnes de choses intéressantes dans de multiples domaines. De plus, le héros et sa manière d’aborder le monde rendent ce roman attachant et intriguant à la fois. Je ne peux m’empêcher de me poser un tas de questions sur la gestion au quotidien de ce syndrome, notamment en ce qui concerne la fratrie. S’il y a un deuxième tome, je pense qu’il sera moins “rose”… Cela pourrait relancer l’intérêt de lecture, l’effet de surprise concernant la manière d’être de Colin étant un peu éventée !

Bouma : Une suite ? Je n’avais pas compris alors. Et je pense que je ne la lirais pas, il y a suffisamment d’autres lectures que j’attends avec impatience pour que je passe sur celle-là. Quand à mon avis général sur ce roman, ce fut une lecture agréable tant sur le style que sur la thématique mais il ne fera pas parti de mes coups de cœur de l’année, c’est sûr.

Pépita : Si suite il y a, je la lirai. J’ai plutôt hâte de voir comment Colin va s’en sortir car je partage l’avis de Céline, j’ai comme l’impression que ce sera assez mouvementé…
Comme mot de la fin, je dirais que ce roman est très dense et qu’il vaut mieux le lire sur un temps court pour ne pas perdre le fil de l’histoire. Je le conseillerais à de très bons lecteurs à partir de 11-12 ans.

Nathan : Moi non plus je n’avais pas vu de suite se présager … et au fond, un one-shot c’est toujours bien ! Mais de toutes façons, s’ils sortent vraiment une suite, je la lirai avec plaisir ! … Aucun roman Hélium ne m’échappera !
Celui-ci, pas un coup de cœur, m’a passionné ! L’écriture de l’auteur a su rendre avec beaucoup de richesse la précision de l’esprit d’observation de Colin, créant ainsi un personnage vivant, une enquête bien ficelée et dépeint par la même occasion la vie d’une famille touchée en partie par l’autisme …

Colin Fischer un garçon extraordinaire a offert à quatre lecteurs de tous âges un roman très plaisant, récemment d’actualité avec la fusillade d’enfants dans une école des États-Unis. Bien mené, on s’attache à un héros pour le moins original, et très intelligent … On a une Bouma mitigée, une Céline surprise, une Pépita fascinée et un Nathan passionné !

Pour aller plus loin dans cette lecture :

Le blog de la maison d’édition Hélium

Les billets des participants à cette lecture :

Céline : Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse

Bouma : un petit bout de Bib(liothèque)

Pépita : Méli-Mélo de livres

D’autres liens vers d’autres romans de cette maison d’édition :

Bouma : Un petit bout de Bib(liothèque)

Le Worldshaker

Pépita : Méli-Mélo de livres
Rien de plus précieux que le repos
Le Libérator
Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère
Une tribu dans la nuit
Moi Ambrose roi du Scrabble

Nathan : Le cahier de lecture de Nathan
Rien de plus précieux que le repos
Le Worldshaker et Le Libérator
Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère
Une tribu dans la nuit
Moi Ambrose roi du Scrabble

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *