La figure maternelle dans des albums

Trois albums qui ont fait débat entre nous lors de la pré-sélection pour notre prix ALODGA 2016. C’est comme ça sous le Grand Arbre, ça bouillonne, ça échange, ça partage dans une belle diversité de points de vue !

Selon nos sensibilités, ils trouvent, ou moins, ou pas du tout un écho en nous.

 

Ma mère de Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart.-Thierry Magnier

Stéphane Servant et Emmanuelle Houdart - Ma mère.

Mon amour de Astrid Desbodes et Pauline Martin.-Albin Michel jeunesse

Astrid Desbodes - Mon amour.

Mère méduse de Kitty Crowther.- Ecole des Loisirs

Kitty Crowther - Mère méduse.

Pépita : Quelles sont vos premières impressions sur ces albums ?

Colette : Je dirai que la figure maternelle dans Mon amour est plus consensuelle que dans Ma Mère… Je vais vous dire un truc étrange, intime peut-être : la mère de Mon amour, je m’y reconnais totalement, la mère de Ma mère et bien justement j’y reconnais la mienne…

Pépita : Mon amour ne m’a pas fait vibrer, je le trouve tendre oui mais…Ma mère m’a tourneboulée, j’y ai vu la filiation à travers les générations. Je pense aussi que les livres font écho en nous à certaines périodes de notre vie : Mon amour m’aurait davantage touchée je pense en tant que jeune maman alors que Ma Mère, il est arrivé dans ma vie alors que je venais de perdre une grand-mère en juin et mon autre grand-mère était sur le point de nous quitter…

Ma mère a cela d’unique qu’il montre aussi la part ambivalente de l’amour maternel. Mon amour est beaucoup plus lisse. Les illustrations de Ma Mère ont une force incroyable, elles racontent une histoire à elles toutes seules. Mais je comprends tout à fait qu’elles puissent déranger.

Pépita : Voici donc nos impressions d’adultes. Comment sont-ils perçus par les enfants du coup ?

Bouma : Effectivement, il est sûrement question de période de vie. Mon amour je l’ai lu avec mes enfants et nous en sommes ressortis émus tous les 3. Axel (7 ans), notamment, à qui de nombreuses questions sont venues : tu nous aimes même quand tu nous grondes ? et quand on est pas avec toi ? et quand on sera grand ? les réponses étaient évidentes pour moi mais a priori pas pour lui.

Quant à Ma Mère, j’ai une relation plutôt compliquée avec la mienne personnellement mais je ne l’ai pas retrouvé dans celle de Servant… Et je ne pense pas le lire à Axel pour le moment car je n’ai pas envie de remettre des doutes là où il vient seulement d’être rassuré…

Parfois, les émotions ne viennent pas, tout simplement.

Pépita : oui,  c’est ça Bouma. Les livres entrent en résonance ou pas. Et c’est ça leur richesse. Et celle de l’humain aussi.

Céline : Très intéressant, comme échange. C’est vrai que l’univers de Houdart est plus sombre, plus métaphorique, plus ambivalent aussi que le côté très “lisse” de Mon amour. Mes filles n’ont pas du tout accroché à Ma Mère, même si elles sont assez fascinées par les illustrations. Peut- être que comme Mon tout petit, il parle plus aux adultes aussi. Sur le thème, j’ai été assez bouleversé (et là, c’est unanime avec les papooses) par Mère Méduse de Kitty Crowther.

Colette : En effet, inconsciemment ou pas, je n’ai pas lu Ma Mère à mes garçons, c’est mon livre à moi, mon univers à moi (comme souvent les livres d’Emmanuelle Houdart) alors que Mon amour je l’ai offert à Nathanaël pour ses 2 ans. Quant à Mère méduse, il m’a d’abord profondément dérangée mais comme presque tous les livre de Kitty Crowther dont l’univers est vraiment étrangement fort. Et c’est vrai qu’avec celui-là qui passe peut-être plus par le biais de l’imaginaire, du merveilleux, toute ma petite famille a accroché… Hum, hum… intéressant

Pépita : On voit donc à ces premiers échanges que la figure maternelle est perçue bien différemment parmi nous. Comment l’expliquez-vous ?

Colette : Sans aucun doute cela dépend d’abord de nos propres expériences personnelles, à la fois d’enfant et de mère. Mais cela dépend aussi de nos projections, de nos fantasmes, de la symbolique que nous accordons à cette figure emblématique au cœur de la construction -ou déconstruction- de chacun de nous. Cette symbolique nous nous la sommes construite au fil de nos rencontres, avec toutes ces figures maternelles qui nous entourent, la mère des amis, les grands-mères, les tantes, et puis les mères croisées dans les œuvres d’art, dans les livres ou dans les films qui nous détournent souvent du modèle rencontré à la maison (je pense à deux mères que j’aime d’amour : Hannah dans Les enfants loups et Diane dans Mommy, figures maternelles assez antithétiques mais qui me parlent tout autant). Moi, j’avoue, c’est un sujet qui me passionne depuis que je suis mère, parce que je le dis avec tout l’enthousiasme possible, devenir mère a donné une épaisseur de sens à mon existence que je ne soupçonnais même pas ! Que de remise en question en permanence qui m’ont fait grandir bien plus que je ne pouvais encore l’espérer.

Bouma : Je rejoins Colette dans ses propos. La figure maternelle est une chose à la fois universelle et très personnelle. On a donc chacun une vision différente d’un même propos à ce sujet.

Chlop : Entre la mère qu’on a eu, celle qu’on aurait aimé avoir, celle qu’on est éventuellement, celle qu’on voudrait être, celles, nombreuses, qu’on ne veut surtout pas être mais dans lesquelles on se reconnait pourtant parfois… Et en plus de toutes celles- là il faut ajouter les mères symboliques, celles des contes qui ont bercé notre enfance, la marâtre, la rivale, la bonne fée qui est souvent la marraine.

Non seulement on a chacun sa vision mais on en a plusieurs, qui évoluent selon où on se place, selon les moments. Un kaléidoscope dans lequel on essaye de se frayer un chemin.

Dans les trois albums dont nous avons choisi de parler, il y a aussi des visions très différentes de la figure maternelle, est ce que vous y retrouvez votre vision de la mère ?

Bouma : Mon amour m’a beaucoup touché parce qu’il montrait pour moi l’universalité et l’intemporalité de l’amour parental. Pour moi on aurait parfaitement pu remplacer la mère par le père dans cette histoire sans que cela pose problème et je suis fortement convaincue de cette égalité parentale. Alors que pour les deux autres albums on est plus dans la figure de la maternité au sens propre. On est dans un discours plus intimiste et plus personnel, qui, pour le coup, ne me correspondait pas.

Pépita :  Je dirais que je me retrouve dans les trois albums pour ce qui est de ma vision de la mère, mais à des degrés différents. Chacun à leur façon m’ont touchée différemment, mais je me retrouve plus dans l’un d’entre eux en particulier dans la mère que je suis devenue aujourd’hui, sans doute que les deux autres m’auraient plus correspondu il y a quelques années. “On ne nait pas mère, on le devient” pour reprendre et modifier une citation de Simone de Beauvoir. Et puis je pense que ce qui joue aussi-et c’est ce qui fait la très grande et belle spécificité de l’album-c’est la force des illustrations.

Mon amour ne m’a pas embarquée de ce point de vue-là. Sa vision de la mère très rassurante -et tu as raison de parler du père aussi Bouma-je l’ai trouvée très belle bien sûr, on ne peut pas rester insensible- mais aussi plus universelle, presque plus consensuelle. Et cette vison-là est primordiale je trouve dans la construction de l’enfant (on le perçoit très bien dans la réaction de ton jeune garçon Bouma). Cet album a pris le parti de ne rester que sur vision-là.

Mère méduse, je le trouve très fort dans sa métaphore de la possession, du lien entre la mère et l’enfant, de la question de la séparation qui arrive toujours un jour et de façon répétée mais jamais la même que vivent parents et enfants. Il nous rappelle que nos enfants ne nous appartiennent pas. Il aborde donc déjà une des réalités de cette relation mère/enfant ou parent/enfant. Cet album a pris le parti d’aborder cette vision douloureuse de la séparation.

Ma mère m’a profondément remuée car voici un album aux illustrations ambivalentes renforcées par un texte qui s’autorise à “écorner” (enfin !) l’image de la mère idéale, sa part d’ombre, son égoïsme, son agacement, son envie aussi de sortir du carcan de son rôle de mère tout en voulant aussi préserver son enfant et le mettre lui aussi sur le chemin de la vie.

Il m’a touchée car je m’y retrouve aussi bien dans la relation avec ma propre mère (très conflictuelle) que dans ma propre impression d’être mère avec mes propres enfants. Une mère n’est jamais parfaite… Cet album a pris le parti d’aborder une grand part des ambivalences de cette relation.

Leur comparaison montre qu’ils sont progressifs et que chacun tente à sa façon de circonscrire la figure maternelle.

Est-ce intentionnel de la part des auteurs ? Ou projettent-ils eux aussi leur vision de la mère ?

Chlop : A la lecture de l’ensemble, ce qui m’a frappé c’est que, si j’aime autant ces trois albums, ils ne résonnent pas du tout de la même façon en moi.

J’aime infiniment Ma Mère parce qu’il montre une mère avec ses failles et ses fragilités, ça me rassure énormément et je pense que ça doit aussi rassurer les enfants de voir que les incertitudes ou les faiblesses qu’ils ont pu percevoir chez leur propres mères ne sont pas exceptionnelles.

J’aime infiniment Mon amour, parce qu’il montre une mère solide comme un roc, à l’amour sans faille, celui là est également très rassurant: Il est lumineux, doux, j’ai l’impression que quand on le lit à son enfant il met un coup de projecteur sur la confiance qu’on peut avoir l’un en l’autre.

Quand je lis Ma Mère, comme quand je lis Mère méduse d’ailleurs, je peux facilement avoir la chair de poule, voire les larmes aux yeux. Ce sont des livres qui suscitent des émotions très fortes.Quand je lis Mon amour, je suis plus sereine, je me sens en terrain connu. Mais j’ai moins l’impression de pénétrer dans l’univers de l’auteur.

La question que je me pose maintenant c’est : Est-il nécessaire qu’on se reconnaisse dans un livre pour l’apprécier ? Ou tout au moins qu’il résonne en nous ?

Comme vous le constatez, un débat fort en émotions !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Nos liens respectifs sur ces albums :

Pépita : Ma mèreMère Méduse

Bouma : Mon amour et Ma Mère

Céline : Ma mèreMère Méduse et Mon amour

Chlop : Mon amour

 Et la lecture d’ados #4 avec un beau regard sur Mon amour

 

Les imagiers sonores

Aujourd’hui, place aux bébés lecteurs !

Nous vous parlons d’une collection qui fait débat A l’ombre du grand arbre : Mes Petits imagiers sonores publiés chez Gallimard Jeunesse. Cette collection propose aux bébés de petits imagiers cartonnés à travers lesquels ils découvrent instruments de musique, animaux du monde entier, jouets, comptines et autres berceuses à la fois par le biais des illustrations mais surtout, belle invention, par le biais des sons. L’enfant en effet trouvera à chaque page une petite puce sur laquelle appuyer pour découvrir tout un univers de sonorités.

instruements du monde

Mais sur cette collection les avis divergent,entre coup de coeur et coup de griffes ! Découvrez pourquoi !

Pépita :

Au risque de jeter un pavé dans la mare, mon avis est assez tranché car en bibliothèque cette collection est une “catastrophe”, car ces livres ne sont pas assez solides et en plus pas moyen de trouver les piles. J’ajouterais que leur qualité est très inégale : les sons sur le Papa et maman par exemple sont assez horribles.

papa mamanEt globalement comme initiation aux sons il y a mieux…. Mais on me les réclame en permanence ! Je ne pense pas les racheter ….désolée. Presque 10€ pour une durée de vie de 6 mois et sans piles dans le commerce : ben non !

Colette :

Oui je confirme que pour les bibliothèques ce n’est pas l’idéal, on ne les emprunte plus car il y a souvent des sons qui ne fonctionnent pas. Je suis désolée d’apprendre que l’on ne trouve pas les piles dans le commerce, je suis lectrice novice de ces petits livres objets, en tous cas une chose est sûre : mon Petit-Pilote-de-Berceau les adore ! Ceux sur les instruments sont très chouettes, mais le préféré de mon bébé lecteur c’est celui sur la ferme ! Quelle joie de le voir rigoler en écoutant meuglement et bêlement !

la ferme

Pépita :

Je les teste page par page à chaque fois en ce qui me concerne quand ils reviennent et je suis obligée de les enlever un par un du fonds. D’autant que je n’ai pas trouvé les piles. Et puis en collectivité, c’est le parcours du combattant : avoir un compte dans le magasin en question, aller voir le prix, faire le bon de commande, attendre le retour du bon (souvent long), retourner au magasin et oups ! entre-temps plus le produit ! Et il faut recommencer…Et en plus pas données ces piles, j’ai fait des recherches. ça ne vaut même pas le coup de les remplacer sur 10 livres… Du coup, je ne les ai plus en bibliothèque, je suis obligée de faire des choix…  au détriment des petits lecteurs, je sais, mais j’explique toujours.

Kik :

L’avis de Pépita est très intéressant.  J’ai remarqué la disparité de la qualité des enregistrements . J’aime beaucoup ceux sur les instruments de musique, mais un avis plus mitigé pour ceux avec des comptines.

Colette :

Quoiqu’il en soit, c’est une collection qui plaît aux bébés et je trouve important d’en parler car les bébés lecteurs sont en effet rarement à l’honneur (et même sur ALOGDA) alors que c’est dès la naissance que le goût de lire, d’analyser, de comprendre doit avoir le droit de germer ! Et au lieu d’en faire un vœu pieux, notre débat peut être l’occasion de démontrer à quel point le tout petit est très vite acteur de sa lecture, car malgré les défaillances techniques soulignées par Pépita, ces imagiers sonores ont le mérite de pouvoir être vraiment LUS par le bébé lecteur. En effet comme il le fera plus tard pour suivre les lettres, les mots, les lignes sur la page, le bébé peut suivre avec son doigt le son qui fait sens, qui donne vie à l’image et au texte que l’adulte qui l’accompagne ne manquera pas de lui lire. L’enfant y découvre des sons qui pourraient lui rester longtemps inconnus (Les oiseaux exotiques) ou encore se remémore ceux qu’il a pu entendre dans son environnement proche (les animaux de la ferme par exemple). Il fait le lien entre le son et l’image, il apprend à lire. Et en plus il s’amuse car il imite, il répète, il appuie sans se lasser sur le son qui l’a le plus interpellé. Et il “apprend à faire seul” (pour citer Maria Montessori) : ces imagiers là sont de petits tremplins vers l’autonomie et vers le langage. Faisons lire les bébés ! Vive les bébés lecteurs !

mes-petits-imagiers-sonores-les-oiseaux-exotiques

Pépita :
Quel enthousiasme ! Je suis d’accord avec toi Colette sur le principe (tu prêches une convaincue !) mais quand même, j’insiste, il y a mieux comme initiation aux sons et puis quelle frustration quand ça ne marche plus !!! C’est du livre jouet pour moi, assez commercial en plus… Les imagiers CD de Gallimard jeunesse sont bien meilleurs, certes, on n’appuie pas sur la petite pastille (et franchement, vous la trouvez toujours vous dans la page ???) mais la qualité sonore est de loin bien meilleure. Mais je comprends tout à fait que ce type de petits livres puissent séduire, je les ai bien achetés !
Et au fait Kik, c’est quoi ton avis à toi sur ses imagiers ? Pourquoi voulais-tu en parler ? J’imagine que toi aussi tu es convaincue de ce qu’ils apportent aux tout-petits ?
Kik : 
J’ai découvert ces imagiers par le biais de deux mamans, qui avaient des enfants en bas âge (1-3 ans). Elles m’ont présenté cette collection, comme un incontournable pour leur enfant. Toutes les deux avaient des titres concernant les instruments de musique. C’est cette facette que j’apprécie particulièrement : la découverte sonore des instruments de musique. ( Le ukulélé hawaïen, je l’adore ! )
Les enregistrements sont de qualité à mon avis sur ces titres. Les couleurs des illustrations et le choix des animaux pour les personnages me plaisent également.
Après je ne dis pas que cette collection est parfaite, et une des mamans avait même évoqué la tonne de scotch utilisée pour réparer le livre préféré de son fils.
Ni l’une ni l’autre ne m’ont parlé de ce souci de pile. Que font tes lecteurs avec ces livres Pépita !!???
Pépita :
Je me le demande ce qu’ils en font ! Tu sais, je remarque que tous les enfants ne sont pas forcément accompagnés dans leurs lectures, on les laisse seuls bien souvent, le livre devient un jouet, et ces imagiers sont entre les deux (livre et jouet). Les enfants en raffolent, je sais ! Après, il y a le principe de réalité de la gestion d’un fonds en bibliothèque, je gère de l’argent public, et je ne peux pas passer mon temps à acheter des livres qui ont une durée de vie limitée. Je suis bien ennuyée d’ailleurs, des nouveaux titres viennent de sortir, des parents vont les demander et je fais quoi ? Je vais en racheter mais par choix de titres pertinents pour mon fonds et en petite quantité.Et tu as raison de souligner aussi la qualité inégale des sons que j’ai constatée aussi.
Colette :
Hier soir, à l’heure des histoires, devinez ce que mon Petit-Pilote-de-Berceau est allé chercher dans sa petite bibliothèque ? Son imagier sonore sur La ferme !!! En fait ces imagiers font vraiment lire les bébés et ça, vraiment, cela n’a pas de prix ! J’ai pu le constater pendant les vacances avec un autre petit bout d’un an qui a le volume 2 sur les instruments : c’est un livre qu’elle manipule en toute autonomie et qui la fait beaucoup rire. Même si ces imagiers sont plus “populaires” que d’autres livres sonores, ils ont vraiment le mérite de rendre accessible le monde des sons à nos plus petits lecteurs et cela quelque soit le rapport de leur famille aux livres ! Et j’aime aussi beaucoup la collection initiée par Zebulo Editions qui suit le même principe que la collection de Gallimard mais pour découvrir tout le patrimoine musical d’une île chère à mon cœur : La Réunion. L’enfant y découvre au fil des pages les instruments des genres musicaux de l’île (le maloya et le séga notamment) et à la fin les instruments sont mis en scène dans une image qui illustre un moment musical et on peut écouter une berceuse pour laquelle tous les instruments sont utilisés. J’aime beaucoup la qualité des sons et de la voix.
maloya
Mais Pépita, tu as parlé de collections que tu trouves plus adaptées pour faire découvrir les sons aux bébés lecteurs : à quoi penses-tu ?
Pépita :
J’aime beaucoup les imagiers chez Gallimard jeunesse aussi (livre avec un CD). Des gros cartonnés, des belles illustrations, des thématiques en lien avec le quotidien du tout-petit y compris jusque la maternelle. Et là il faut l’intervention d’un adulte, ne serait-ce que pour glisser le CD dans le lecteur
Mon préféré c’est l’imagier sonore : j’aime car on n’enferme pas dans une thématique dans cet imagier, 32 sons du quotidien de très bonne qualité, beaucoup de jeu induit aussi dans la découverte. J’ai testé, ça marche !
imagiergrand1
Et puis du côté du numérique, il y a aussi : Le jeu du livre des bruits. Dont il existe aussi le livre cartonné et un jeu.
 imagier des bruits
Colette :
Que de livres à expérimenter de ses deux petites oreilles ! Et puis pour jouer avec les sonorités, rien de mieux que la voix de papa ou maman et nombreux sont les livres qui nous invitent à jouer avec les onomatopées et les sons du quotidien.
A la maison, on a “lu” pendant longtemps L’imagier des bruits illustré par Bruno Heitz et c’était un vrai plaisir de jouer ainsi avec les mots, les cris d’animaux et les bruitages ! Le Pop up des bruits chez Nathan est aussi un vrai régal pour le tout petit !
Alors continuons d’explorer la musicalité de la langue et du monde sous toutes les formes possibles et ce dès le plus jeune âge !

Quand l’entourage des blogueurs est contaminé…

Pour cet été, on a envie de vous faire partager

notre passion de la littérature jeunesse autrement…

Ça a commencé comme ça, notre discussion :

-Bon, on fait quoi sur le blog cet été ?

Là, temps de réflexion….

Et quelques blas-blas plus tard…

-Et… si on faisait genre carte postale de notre lieu de vacances ou d’un lieu du livre qu’on a envie de mettre en avant (bibliothèques, librairies…) ? 

Et comme on est toujours très enthousiastes, l’idée est partie !

Cet été donc, vous allez voyager au fil de nos pérégrinations de blogueurs et blogueuses.

Mais on ne part pas seul(e)s…

Notre entourage suit et quand on blogue, on les contamine… VRAIMENT.

Petits, moyens et grands.

Alors, comme entrée en matière de ce voyage bloguesque,

voici ce qui se passe chez nous…

Chez Sophie

Le papa, je n’ai pas réussi à le contaminer, pas faute d’avoir essayer (trop ?), et à part un léger intérêt pour des livres qui se rapprochent de ce qu’il aime, je n’ai pas pu faire mieux… pour l’instant ! Sauf peut-être d’avoir réussi à le faire accepter toutes ces piles qui trainent un peu partout dans la maison, la voiture…

En revanche, avec le fils, c’est un succès ! Il faut dire qu’avec mes antécédents de lectrice, des bouquins, il en voit tous les jours depuis son premier ! Qu’est-ce qui me réjouit plus que de le voir, l’air concentré, le nez dans un livre ? Peut-être cette habitude qu’on a pris tous les deux, d’aller chercher le couyier (comme il dit du haut de ses presque trois ans)  à la boîte aux lettres. Peut-être sa fierté quand il ramène le paquet, parfois lourd, sous son bras. Peut-être ses yeux qui pétillent et ses mains qui s’agacent quand il se déchaîne sur les enveloppes à bulles. Peut-être ce moment où, ensemble, on prend le temps de faire ce nouveau voyage au pays des livres…

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Chez Céline du flacon

Ça y est, ma cadette l’est, enfin… Après avoir visionné tous les Harry Potter en français puis en VO, elle s’est enfilé les 7 tomes.  Depuis, elle a enchaîné avec les trilogies L’Epreuve (Labyrinthe) et Les Insoumis… Frustrée que ça s’achève et un peu sur sa faim quant au final, elle jette à présent son dévolu sur la série Le Tourneur de Page… Bref, je ne la reconnais plus.  Pendant ce temps, l’aînée arpente les allées de la Japan Expo à Paris à la recherche de perles rares.  Reste plus que le petit mari à contaminer !

Chez Colette

Pour les services de presse, comme c’est très nouveau ici, et encore assez rare c’est encore moi qui les ouvre . Mais pour la contamination, il n’y a plus un seul membre de la famille qui ne connaît pas Claude Ponti, Rebecca Dautremer ou Emmanuelle Houdart. Mon boys band me suit dans mes aventures à la médiathèque avec Pépita et c’est Papa-Poil-de-Pinceau qui fait la queue en dédicace à l’escale du livre pour discuter avec Janik Coat ou Ronan Badel .

un croquis de Delphine Garcia dessiné lors d'une pépinière organisée par Pépita en 2013 : toute la famille y était, même mon Petit-Pilote-de-Berceau caché dans mon ventre :)

un croquis de Delphine Garcia dessiné lors d’une pépinière organisée par Pépita en 2013 : toute la famille y était, même mon Petit-Pilote-de-Berceau caché dans mon ventre 🙂

Chez Kik

Retour de deux jours de formation. Première chose que mon fiancé me dit: “T’es pas là deux jours et la boîte aux lettres s’encombre. Il aime recevoir du courrier mon fiancé . Il est toujours ravi quand je reçois de colis des éditeurs !.

Chez Chlop

Quand j’ai commencé à faire mon métier de lectrice, je n’avais pas encore d’enfant. Quand je rentrais à la maison avec un nouvel album, je le lisais donc à Mr Chlop. Il s’est toujours prêté au jeu avec plaisir. Après plus de quinze ans de ce traitement, il devient un véritable expert en livres pour les moins de 3 ans. Quand ma mouflette est née, il lui a lu très tôt des livres longs, je me souviens qu’elle avait à peine 6 mois quand il lui lisait les histoires de Zuza. Et quand j’avais un nouvel album, on se chamaillait parfois pour savoir qui allait lui lire en premier.
Maintenant, quand il faut choisir un album à offrir, c’est souvent lui qui va à la librairie, et il revient toujours avec des livres qui me plaisent aussi. Mais il est très critique, plus que moi d’ailleurs.
Pour ce qui est de mes mouflettes, elles sont vraiment tombées dedans quand elles étaient petites. La mouflette lit tout ce qui lui tombe sous la main, à nous de veiller à mettre certains livres hors de sa portée, sinon elle ira les feuilleter, c’est certain. Un jour comme ça, je l’ai trouvée en train de lire un roman adulte, je ne me souviens plus lequel. Je lui ai demandé “mais, tu comprends quelque chose à ce livre?!” Elle m’a répondu “non, mais c’est des mots!” et dans son œil, j’ai vu des étoiles. Elle aime les mots, peu importe qu’elle en comprenne le sens, le plaisir de lire est là.
La cadette, du haut de ses 4 ans et demis, est moins accroc que sa sœur au même âge. Même si elle aussi, elle écoute toujours avec plaisir un livre qu’on lui propose, même si c’est pas vraiment adapté à son âge. Je viens de recevoir “Mon oiseau” et “Le monde t’appartient”, elle me les a réclamé plusieurs fois. Je me demande bien ce qu’elle en comprend, mais pour l’instant, elle n’a rien dit. En général, si elle à besoin de comprendre, c’est au bout de plusieurs lectures qu’elle commence à poser des questions.

Chez Pépita

Ici les services de presse sont ouverts avant que j’arrive et déjà en lecture….le comble du blogueur ! Je passe souvent après ! Et j’ai les commentaires qui vont avec : “J’aime pas les illustrations, celui-là il est super,….”

Et comme je suis bibliothécaire jeunesse, je renfloue régulièrement la boulimie de lecture de mes enfants et de mon mari. Mes collègues ont l’habitude de me voir trimbaler mon panier plein de livres…

Dernièrement,  j’ai réellement contaminé ma p’tite famille avec les romans de Pascal Ruter, surtout Pépito (pseudo rentré dans les mœurs maintenant !) à tel point qu’en fin d’année je l’entends dire innocemment à la prof de latin de nos filles “Vous avez lu L’amour au subjonctif ?”. Maintenant, ce sont eux qui courent les salons littéraires… Mes filles ont été enchantées par les 30 ans du salon du livre de Montreuil  et veulent y retourner !

Chez Carole 

Mon amoureux découvre petit à petit les trésors de la littérature jeunesse. Il connaissait ma passion puisque je lui dois mon blog ! A la dernière rentrée littéraire, il a lu deux ou 3 trois romans ados que je lui avais conseillés, et… il a aimé ! Maintenant, je lui fais une pile à lire quand je pense qu’il aimera. Dernièrement, je l’ai entendu rire à la lecture du Chevalier de Ventre-à-terre du grand Gilles Bachelet, St Procrastin et sa page facebook n’y sont pas étrangers… et il a même reconnu le clin d’oeil aux Trois brigands d’Ungerer, Elmer, Hello Kitty version escargot et où est Charlie sur un champ de bataille ! Je dois avouer que tout ceci me fait très plaisir 😉

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Chez Solectrice et ses lutines

Une passion envahissante qui a commencé très tôt chez nous aussi. Les étagères débordent de livres, les sacs des 3 médiathèques que nous fréquentons se remplissent et se vident à toute vitesse et les Services Presse, attendus avec beaucoup d’impatience, sont avidement déballés à 6 mains !
Quant à mon mari, qui était ravi de lire les histoires du soir, il reste curieux et nous écoute amusé. Mais il préfère cultiver son jardin que de nous prendre nos bouquins. Quoique, Côté BD, c’est plutôt lui qui nous apporte ses trouvailles.

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Triptyque de notre passage à Saint-Malo pour le salon du livre : toute la famille s’est laissé embarquer pour une journée au festival Etonnants Voyageurs.

Quand j’ai lancé l’idée du blog pour nous occuper pendant des vacances de nouvel an, je ne pensais pas que mes filles seraient aussi enthousiastes. Depuis, je tente de suivre leur rythme de lecture et de coups de cœur pour les mises à jour. Que de plaisir partagé à échanger sur les livres dévorés et à lire les commentaires des auteurs sur notre blog !

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Alors, bon voyage en notre compagnie tout cet été et BONNES VACANCES !

Discussion sur les livres sans texte

Pas de mots mais pourtant beaucoup de choses à dire : ce sont les livres sans texte. Ce n’est pas toujours facile pour les adultes de s’approprier des livres où l’image règne, et pourtant ces albums sont porteurs d’une imagination sans fin ! En quelques questions, nous allons tenter de vous faire découvrir ce genre si spécial qui mérite de passer dans les mains des enfants… et des parents !

Sophie : Les livres sans texte, ce sont souvent des albums, parfois des BD, fait uniquement d’illustrations. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais savoir si vous-mêmes vous êtes ou avez été lecteurs de ce genre de livres ?

  9782355040030FSColette : Oui je suis lectrice d’albums sans texte même si ce ne fut pas une évidence au départ : c’est avec Le Colis rouge de Clotilde Perrin que tout a commencé ! Je l’ai découvert par hasard à la bibliothèque il y a presque 6 ans et j’ai été complètement happée par les illustrations si dynamiques, si poétiques, tourbillonnantes de détails tous plus magiques les uns que les autres. Et c’est complètement enchantée par un livre dont j’avais l’impression qu’il pouvait être 1000 fois exploré sans jamais raconter la même histoire, que je me suis mise en quête d’autres images !

9782211048040Céline du Tiroir : L’Arche de Noé, de Peter Spier a marqué mon enfance. Comme Colette, la richesse et la magie des illustrations m’enchantaient, leur pouvoir évocateur décuplé par le fait qu’il n’y ait pas de texte, ou très peu. C’est moi qui me construisait mon histoire, en observant d’autant plus attentivement ces illustrations, et des années après, je me souviens encore avec beaucoup de précision de ces images…

5552869410032FSChlop : Quand j’étais petite, j’avais Le petit chaperon rouge de Warja Lavaster, cet album est incroyable et avec mon père et ma sœur, on se le racontait longuement, prenant toujours un grand plaisir à réinventer l’histoire. Je n’ai pas d’autre souvenir d’albums sans texte dans mon enfance, j’ai retrouvé ce type de livres beaucoup plus tard dans ma vie professionnelle et j’ai mis un moment à être à l’aise avec.

Pépita : On peut être déconcerté par les livres sans texte en effet ! Pour moi, aucun souvenir d’enfance en rapport avec eux, ils n’existaient pas encore ? C’est avec les éditions Autrement (malheureusement disparues…) que j’ai découvert ce nouveau genre d’albums, notamment avec Le voleur de poule. Quelle liberté dans la narration ! Quelle appropriation par l’image ! Et autant d’histoires à chaque fois qu’on ouvre ce type de livres ! Et il y en a pour tous les âges maintenant… Les livres sans texte sont des chemins ouverts vers l’imaginaire, celui que nous avons tous en nous sans forcément le savoir… Si on en prend la peine, ils permettent de révéler cette part de nous, ce que les enfants ont encore. Ils peuvent aussi être très utiles pour des personnes en situation d’illettrisme ou d’analphabétisme ou de handicap. Ils sont une porte vers l’écrit.

Kik : Ce ne sont pas les livres que je lis en premier, mais j’aime les découvrir par hasard et me laisser prendre par surprise. Récemment, j’ai conseillé ce type de livres à une psychomotricienne qui travaille avec des enfants sourds/muets.

2592094190.jpgSophie : Souvent les livres sans texte bloquent le lecteur adulte. Comment expliquez-vous cela ?

Pépita : Ils ont tout simplement l’impression que sans texte, ils n’auront pas la ressource nécessaire pour imaginer l’histoire suggérée par les images. Et puis ça prend plus de temps, plus d’investissement le soir au moment du coucher après une journée de travail. ça ressort déjà avec le texte cette barrière ; combien de fois j’entends : “une histoire pas trop longue hein ?”…Ceci dit, ça peut déconcerter les enfants aussi. J’ai une anecdote à ce sujet : dans la bibliothèque où je travaillais avant, j’avais des albums prêtés par la BDP (NDLR : bibliothèque départementale de prêt), notamment Le voleur de poule dans la collection histoires sans parole chez Autrement. Un enfant avait écrit au crayon à papier toute son histoire en bas de chaque page ! j’ai dû rembourser le livre bien entendu. Je me pose la question : y a-t-il une réelle éducation à l’image alors que paradoxalement on baigne en permanence dedans ?

Colette : Très bonne question que celle de l’éducation à l’image Pépita ! En effet, je pense qu’à part peut-être ceux qui ont eu la chance de faire de l’histoire de l’art, c’est un domaine très peu exploré, auquel le lecteur lambda n’a pas accès facilement. Et même quand tu es censé(e) l’enseigner -et que tu n’as aucune formation pour le faire – c’est vraiment un univers très particulier, riche de codes, de références, d’un langage propre.
Nouveaux CartoonsPetite anecdote à mon tour : le soir chez nous c’est Papa-Poil-de-Pinceau qui lit et il n’aime pas du tout les albums sans texte et me les laisse ! Et pourtant tous les soirs depuis 3 ans il invente une histoire de A à Z pour notre grand-Pilote-de-Balançoire, mais à partir de rien, alors que l’album sans texte l’oblige à se conformer à une trame à laquelle il n’adhère pas spontanément. Alors que moi j’aime être guidée par l’image, c’est mon filet de sécurité pour mon grand saut dans le vide des histoires-du-soir !

Bouma : Je rejoins les réponses de mes copinautes. Il est difficile de s’approprier un album sans texte car aucun mot ne vient guider notre lecture. Personnellement, j’adorais ces albums étant enfant notamment quand je ne savais pas encore lire car j’avais l’impression de pouvoir les lire toute seule, sans adulte pour DIRE l’histoire. Et du coup, j’en lis peu voire pas du tout à mes propres enfants, pour les mêmes raisons. Je les pense à même de se créer leur trame narrative et de la raconter. En fait, on échange un peu les places dans ces moments-là. J’écoute leurs histoires et j’adore ça.

Chlop : Je pense que les adultes ont l’habitude de poser leurs yeux sur le texte, quand il n’y en a pas, ils ne savent pas où regarder! C’est d’ailleurs pour ça que souvent, dans les albums avec du texte, ils passent à coté de certaines subtilités de l’image. Les enfants, eux, ont l’habitude de regarder et d’interpréter les images, dès la naissance, ils lisent les émotions sur le visage des adultes, ils communiquent beaucoup comme ça. Je crois que les adultes ont du mal avec ces livres, parce qu’ils n’ont pas le mode d’emploi, ils ne savent pas quoi en faire. Mais il n’y a pas besoin d’en faire quelque chose, il suffit d’admettre que, pour une fois, les enfants sont les experts et les laisser nous guider, ils savent, eux.

Carole : Je vous rejoins sur le manque d’assurance des adultes, sur le peu de confiance qu’on accorde aux petits pour nous guider aussi ! J’en fais d’ailleurs partie, petite je ne lisais aucun album sans texte, et toujours pas de BD. J’explique ça par le fait d’une part que je suis beaucoup plus sensible aux mots qu’aux images, et d’autre part je ne sais pas lire les images. En maternelle, j’ai bien essayé pour ouvrir le champ des possibles à mes élèves et pour les sensibiliser aux arts visuels, mais j’avoue n’avoir jamais été confortable. L’album sans texte me fait sortir de ma zone de confort de lectrice, clairement !

IMG_0117Sophie : Peut-être que les livres sans texte pourraient être une première approche de la lecture autonome, qu’en pensez-vous ? L’illustration est travaillée pour suffire à comprendre l’histoire, on pourrait très bien imaginer que l’adulte, surtout s’il n’est pas à l’aise avec ce genre, laisse l’enfant libre de sa “lecture”.

Chlop : Absolument, c’est d’ailleurs mon approche, je me laisse guider par les enfants et je suis généralement émerveillée de constater à quel point leur lecture de l’image est pertinente.
D’ailleurs, le mécanisme qui est en jeu quand ils regardent un album sans texte me semble proche de celui de la lecture: associer des images pour faire émerger le sens, combiner les signes, c’est semblable.

Pépita : Je te rejoins Chlop, les enfants sont très à l’aise, ils n’ont pas encore les filtres qui nous encombrent nous adultes. Comme je le disais plus haut, les livres sans texte sont une porte vers l’écrit, ils permettent la verbalisation en partant de l’image, et donc de s’approprier le langage.

Sophie : Pour terminer, comment conseilleriez-vous un album sans texte à un adulte réticent ?

Pépita : De se laisser mener par son imagination, de lâcher prise, de partager ce moment avec son enfant qui va lui apprendre…Et si ça a marché, de revenir en emprunter d’autres et si ça n’a pas pas marché, de revenir aussi…

Carole : Oui de faire confiance à l’enfant, de se laisser guider par ses émotions, et de convoquer l’enfant qu’il était…

Colette : Demandez à votre enfant d’inverser les rôles pour une fois : c’est lui qui raconte et vous qui l’écoutez, un vrai délice !!!

Chlop : Si ce sont des gens qui travaillent avec des enfants, je leur dirais d’observer les enfants à des moments où leur collègues présentent des albums sans texte. En général, c’est magique.
Pour tous je dirais que les enfants sont des lecteurs de l’image très performants, il ne faut pas les sous-estimer, ils ont les capacités pour entrer dans un récit tout en image, ils savent se passer de mots.

Merci à Colette, Céline du Tiroir, Chlop, Pépita, Kik, Bouma, Carole d’avoir participé à cette discussion. Et si le sujet vous intéresse, voilà quelques articles en ligne très intéressants sur les livres sans texte.

Un album sans texte est-il sans intérêt ?, Marie-José Parisseaux, 2011
Albums sans texte : la preuve par l’image, Sophie Van Der Linden, 2010
Les albums sans texte sont de grands bavards, Anne Rabany, 2010

Et on vous retrouve jeudi avec une sélection de nos livres sans texte préférés !

La littérature jeunesse, miroir de la société ?

562378_323563657713814_1149707705_n.jpgSur A l’Ombre du Grand Arbre, on a envie parfois de débattre sur des sujets liés à la littérature jeunesse.

Nos expériences de lecture, nos parcours de vie, nos identités de blogueurs et blogueuses donnent un très large aperçu de sa richesse.

Aujourd’hui, nous parlons de ces albums, romans, contes, documentaires,.. qui abordent des thématiques de la société actuelle et qu’on n’ose pas toujours mettre entre toutes les mains…et notamment de la littérature adolescente et jeunes adultes.

Alors, la littérature de jeunesse aujourd’hui, est-elle un miroir de la société ?

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Méli-Mélo de livres : La littérature pour adolescents est aujourd’hui de plus en plus segmentée : depuis Harry Potter, il y a le fantastique qui depuis, a pris de l’ampleur et on parle désormais de dystopies qui inondent le marché. Depuis Twilight, il y a la littérature vampirique qui submerge les librairies. Depuis Hunger Games,véritable tsunami en terme de ventes, il y a la littérature guerrière pseudo-futuriste. Depuis peu apparait la littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société, parfois même assez morbides. Du coup, la littérature pour ados est qualifiée de plus en plus de littérature “Young adults”. Difficile de s’y retrouver, encore plus de réduire une littérature aussi vaste dans des cases !


En tant qu’observateurs avertis de la littérature jeunesse au sens large, est-ce pour vous une littérature qui se cherche ou un phénomène purement commercial ?

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Je dirais oui et non pour répondre à ta question. En fait, pour moi, tous ces genres comme la littérature vampirique, la dystopie me semblent être des phénomènes de mode, d’ailleurs l’apogée des vampires m’a l’air d’être passée. Sauf quelques exceptions, et heureusement qu’il y en a, j’ai l’impression que ces genres sont utilisés à des fins commerciales. Ce sont des romans avec beaucoup d’artifices où on délaisse parfois le style.
Au contraire, les romans plus réalistes sont obligés d’avoir des sujets de fond et une certaine qualité littéraire s’ils veulent une chance de percer.

En tout cas, c’est mon ressenti de lectrice, je lisais beaucoup de fantastique avant mais je la délaisse parce que je ne m’y retrouve plus contrairement à la littérature réaliste qui me procure maintenant plus d’émotions. Peut-être est-ce aussi moi qui n’ai plus les mêmes goûts.

Le cahier de lecture de Nathan : Littérature qui se cherche ? Je ne pense pas. Elle restera toujours changeante comme cela. Après Harry Potter cette littérature a vraiment pris une grande ampleur et beaucoup d’auteurs ont enfin pu faire éditer leurs livres fantastiques parce qu’Harry Potter avait marché et que les éditeurs cherchaient d’autres Harry. Après Twilight ça a été la vague vampirique qui a tout submergé si bien qu’au bout d’un moment on ne savait plus où donner de la tête et on s’est mis à le dédaigner … Enfin depuis Hunger Games, les éditeurs ont compris qu’il fallait éditer de la dystopie et on en a eu à la pelle … Donc oui cela marche par phénomènes, mais je refuse de dire comme Sophie “Ce sont des romans avec beaucoup d’artifices où on délaisse parfois le style.” Bien sûr il y en a, ne le nions pas, mais je pense aussi que cela ne part pas forcément des auteurs qui se disent “Je vais écrire ça parce que ça marche” (même s’il y en a sans doute) mais plutôt des éditeurs “Je vais éditer ça parce que ça marche”. Et il y a toujours dans ces vagues là des ovnis, des romans qui sortent du lot et font vraiment plaisir à lire tant ils sont originaux.

3 étoiles : Pour moi, la littérature se ne cherche pas, elle se dévoile et se réinvente sous toutes ses formes. L’effet de mode de certains genres est indéniable. Mais je crois aussi qu’il répond à une demande du lectorat. Depuis la saga et le succès d’Harry Potter, certains ont (re)découvert le plaisir de lire et ça c’est une très bonne chose. On ne peut faire abstraction de la crise économique qui touche l’édition papier, c’est un fait. L’éditeur prend un risque, calculé possiblement, et tente de publier ce qui va plaire et donc se vendre. Mais ce procédé lui permettra d’éditer par la suite d’autres livres moins ” à la mode “. Je crois surtout que la littérature est vivante et suit l’air du temps. Et ce depuis toujours. Souvenez-vous des grands romans du XIX ème siècle : le Romantisme, le Réalisme, le Parnasse, le Naturalisme, le Symbolisme. L’histoire littéraire suit son cours. A chacun de trouver ce qui lui plaît, et la qualité ne manque vraiment pas !

A lire au pays des merveilles : Depuis peu apparait la littérature dite réaliste qui s’empare de sujets de société …” Tu crois qu’elle est nouvelle cette littérature réaliste ? Moi je crois qu’elle a toujours été là, mais peut être moins mise en avant et moins demandée par le lectorat.

Méli-Mélo de livres : Je voulais dire la littérature réaliste pour les ados…elle prend de l’ampleur non ? Et elle aborde des sujets très difficiles qu’on n’aurait certainement pas fait lire à ma génération par exemple : le viol, l’inceste, la maladie, et j’en passe ! Certes, la littérature dite classique n’est pas rose non plus, je vous l’accorde (Germinal par exemple !). Mais est-ce des thématiques réellement demandées par les ados ? Ne leur impose-t-on pas une certaine littérature ?. Elle est certainement plus mise en avant aujourd’hui, c’est certain (rôle des médias). Et amplifiée par les adaptations cinématographiques qui en sont faites à grand renfort de marketing. J’ai l’impression qu’on fabrique du coup des goûts très stéréotypés chez eux aujourd’hui et dont on ne sort pas avant 30 ans (les “Young adults”).

Le cahier de lecture de Nathan : J’ai du mal à prendre du recul par rapport à ça. Les livres réalistes existaient déjà et j’en lisais avec plaisir mais j’ai l’impression qu’ils correspondaient plus à de la littérature dite “pour filles” comme les “Quatre filles et un jean”. Cela vient-il de mes goûts qui ont changé au fil des ans ou des la littérature YA qui évolue ? A vrai dire, je pense que ce sont un peu des deux. Les souvenirs qui me reviennent sont essentiellement des livres de chez Milan Macadam qui ont toujours proposé des sujets assez forts. (Judy portée disparue par exemple) Après la vague fantastique, puis celle de vampires, on est un peu revenu à la réalité avec la dystopie. Mais après avoir exploré le futur, on en revient au présent qui devient de plus en plus plébiscité. Je pense qu’en tant qu’adolescents entre la nostalgie de l’enfance et la peur du futur, on a besoin de ressentir beaucoup de choses tout en étant confronté au monde avec la sécurité des mots sur une page. Il suffit de voir Revanche de Cat Clarke qui est une véritable claque quant au sujet de l’homosexualité et du rejet dont sont victimes beaucoup de jeunes, Nos étoiles contraires de John Green l’histoire d’amour de deux malades…

Un petit bout de (bib) : Pour répondre à la première question de Pépita, je pense effectivement comme Carole que cette segmentation résulte plus de choix éditoriaux que d’une production orientée des auteurs. La bit-lit (littérature vampirique, anges, loup-garous…) n’est pas un phénomène propre aux ados, on la retrouve dans littérature dite adulte, tout comme la chick-litt (littérature de poulette). La littérature adolescente résulte d’influence diverses (en jeunesse et en adulte, un croisement nécessaire) mais je trouve que la segmenter serait surtout la restreindre.
Enfin pour revenir sur la littérature dite réaliste, je me rappelle de mon adolescence à lire “Junk” de Melvin Burgess ou encore “Zarbie les yeux verts” de Joyce Carol Oates dans la collection Scripto de Gallimard. Ils parlent de la consommation de drogue à 13 ans ou de la violence conjugale et la pression familiale. J’en garde des souvenirs forts et encore vivace. Je ne trouve donc pas qu’elle soit plus présente aujourd’hui qu’à mon époque, ni qu’il y a 10 ans.

Méli-Mélo de livres : En vous lisant, je perçois forcément les écarts de générations et c’est normal. Alors disons que la littérature de jeunesse divertit et fait réfléchir à la fois. Mais en tant qu’adultes et jeunes adultes, avez-vous parfois des réticences à proposer une lecture portant sur des sujets difficiles ou graves ou tout simplement à en parler (pas forcément des romans, cela peut concerner aussi des albums ou des documentaires par exemple) ? Quel est votre état d’esprit dans ce cas ?

Le cahier de lecture de Nathan : Malgré mes 17 ans, c’est vrai que j’ai déjà été confronté à cela … et justement pour Revanche ! Une jeune lectrice m’a demandé en commentaire si à mon avis elle pouvait le lire, je lui ai donné une réponse hésitante mais finalement j’étais quand même dans ce cas: à 12 ans peut-elle lire un livre au style si cru, aux thèmes graves (ça oui c’était plus sur le point précédent que se fondait l’hésitation) et aux personnages ayant quelques années de plus qu’elle et donc pas la même mentalité ?

Méli-Mélo de livres : Je te rejoins Nathan et je suis contente que tu sois à l’aise pour répondre à ma question car je ne voulais pas t’exclure. Je suis souvent confrontée à cela dans mon métier (bibliothécaire jeunesse) et je me suis comme toi interrogée sur une lecture récente que tu as lu aussi : “Le cœur des louves” de Stéphane Servant au Rouergue. L’éditeur avait envisagé de l’éditer dans un premier temps dans sa collection pour adultes “La Brune” et finalement, le choix s’est porté sur la collection DoAdo. Mais je pense pour ma part que s’agissant de ce roman, et pour ne pas passer à côté je dirais, 13-14 ans, c’est bien trop jeune. Si la littérature jeunesse s’empare de sujets de société, souvent empruntés à la littérature adultes, (la frontière est de moins en moins poreuse depuis 10 ans environ je trouve. Lorsque j’étais libraire il y a 20 ans, on n’entrait pas du tout dans ce débat), on peut légitimement se poser la question de la prescription. Je veux bien que la littérature permette d’échapper à la réalité, ce que remplit fort bien le fantastique, la fantasy, la bit-lit, la chick-lit, etc,…mais il ne faut pas qu’elle devienne plus glauque que la réalité lorsqu’elle s’adresse à un jeune public, non ? Perso, ça m’interroge beaucoup.

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Cela m’est arrivé aussi d’aimer beaucoup un livre que ce soit album ou roman mais de ne pas être à l’aise pour le conseiller car le sujet était difficile. La question que tu poses Pépita est une grande question en effet. Que faire de ces livres, en tant que bibliothécaire, j’ose les proposer, les avoir en rayon même si les conseiller est difficile, peut-être trouveront-ils leurs lecteurs plus par hasard ou répondront-ils à une recherche précise.
Certains sont-ils plus “glauque” (dur ?) que la réalité ? Oui certainement mais peut-être ainsi rejoignent-ils le même objectif que des romans fantastiques, distraire en sortant du réel ?

Un petit bout de (bib) : Moi je trouve que c’est à l’adolescence que l’on est capable de lire les choses les plus dures par curiosité, défi ou tout simplement parce qu’on recherche le choc (qu’il soit stylistique ou thématique). Après c’est la notion même d’adolescence qu’il faut interroger. Pour certains livres on me demande mon avis (en tant que bibliothécaire jeunesse), je demande l’âge du lecteur et son niveau de lecture. Effectivement, je ne conseillerais pas la lecture de Hunger Games de Suzanne Collins à 10 ans mais pourtant des jeunes lecteurs viennent me demander la suite…

3 étoiles : Je rejoins Bouma sur le fait que les ados sont attirés par les romans réalistes, ceux qui traitent de sujets parfois durs, et je crois tout simplement que ceci s’explique par l’essence ” violente ” de l’adolescence même. Quoi de plus terrifiant que de grandir, de subir les changements de son corps, de ne pas toujours contrôler ses émotions, de faire des choix, de découvrir l’Amour ? Ces romans leur parlent, et parfois la littérature permet de se sentir moins seul(e) face à tout ça.

Le cahier de lecture de Nathan : Qu’on le veuille ou non, que cela soit inconscient ou conscient on se rapproche plus des romans qui sont proches de nous. Et ceux qui nous touchent le plus sont finalement ceux qui sont proches de nous et sont comme un miroir, même si le miroir est parfois déformant.

Méli-Mélo de livres : Si je synthétise en une phrase vos propos fort intéressants, la littérature de jeunesse constitue un miroir indispensable aux émotions vécues par les adolescents d’aujourd’hui. Est-ce pour vous amplifié par le pouvoir de l’image omni-présent dans nos vies ? Je pense en particulier aux séries cultes toutes adaptées au cinéma. Qu’avez-vous à dire de ce phénomène ?

Le cahier de lecture de Nathan : Non. Le pouvoir des mots est tout bonnement différent de celui des images.Le premier me semble bien plus bouleversant et capable tant dans le fond que la forme de faire passer des émotions fortes.Le second joue certes sur l’adaptation mais surtout sur une histoire souvent imaginaire, prenant et sur un forme accrocheur et captivant de l’attente addictive du prochain épisode … un bouquin joue beaucoup sur les émotions, une série sur l’addiction.

Un petit bout de (bib) : Les adaptations littéraires au cinéma sont devenues monnaies courantes (et pas qu’en jeunesse). Je les voies d’une manière optimiste comme un appel à la lecture. Je ne compte plus le nombre de jeunes filles/femmes qui se sont remises à la lecture grâce à Twilight. J’espère que cela continuera.

3 étoiles : Amplification du phénomène par les adaptations ciné et tv, oui très possiblement. En revanche, je n’oppose pas les deux : certains d’entre nous sont plus sensibles aux mots, d’autres aux images. Il n’y a qu’à voir comment nous chroniquons les albums et les romans. Ce qui m’intéresse c’est de savoir quel rebond les films/séries ont sur la lecture… Lire un livre ne mobilise pas les mêmes compétences que regarder un film, actif vs passif. C’est surtout comment l’imaginaire, et donc les images que nous créons en lisant des romans, est selon moi beaucoup moins limité qu’en fixant des films aux images imposées.

La littérature jeunesse de Judith et Sophie : On sait que les ados décrochent de la lecture et je pense qu’il découvre certains univers, qui étaient des livres au départ, au cinéma. L’aspect commercial est beaucoup plus développé avec le cinéma (et ça déteint en général ensuite sur les livres qui pourtant précédaient) et je pense que du coup, ça fait connaître des romans qui n’auraient pas percer à ce point sans l’adaptation.

Méli-Mélo de livres : On le constate donc : la porosité de lecture est de plus en plus ténue dans les publics jeunesse d’aujourd’hui : ados, jeunes adultes, adultes. J’aurai presque envie de dire qu’avant, les jeunes lisaient de temps en temps des livres pour adultes et que maintenant, les adultes dévorent la littérature pour ados. Sans doute le miroir de la société actuelle…Un dernier mot pour conclure ce débat ?

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie : Je pense que la littérature ado est une littérature très ouverte tant sur des sujets que sur des styles. J’aurai bien du mal à l’expliquer mais il y a quelque chose que je ne retrouve pas dans la littérature adulte (les rares fois où j’en lis). Je pense que c’est surtout sur le ressenti, la force des émotions qui ont une dimension particulière dans des romans pour ados… peut-être simplement parce qu’il s’agit de personnages en construction pour leur vie d’adulte.

3 étoiles : Comme Sophie, je lis de moins en moins de littérature adulte, je ne m’y retrouve plus. J’ai l’impression que les romans ados sont plus riches en diversité des sujets abordés, moins téléscopés donc plus surprenants, et mieux écrits. Disons que depuis 3 ans, ma sensibilité de lectrice est davantage nourrie par cette littérature.

Un petit bout de (bib) : Mes copinautes ont traduit ce que je ressens aussi. Rien à rajouter.

Le cahier de lecture de Nathan : Je viens poser la clef de voûte à l’édifice avec mon point de vue d’ado ! Je lis parfois des livres pour adulte et il m’arrive de beaucoup aimer mais c’est plus rare. Lorsque c’est le cas c’est en effet parce que je suis très sensible au style et parce que cela me permet de ressentir beaucoup d’émotion. La littérature ado, me semble-t-il, ose beaucoup et nous, “jeunes adultes” (ou grands enfants ?) aimons être pris au dépourvu comme cela, surpris, étonnés et bouleversés. On se construit à notre âge … alors sans doute faut-il construire avec notre sensibilité au monde ?

Et vous ? Votre avis sur la question ?

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Les blogs participant à ce débat :

La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

Le cahier de lecture de Nathan

A lire aux pays des merveilles

Un petit bout de (Bib)

Méli-Mélo de livres

3 étoiles