C’est la rentrée ! Nos tables de chevet…

… s’écroulent sous le poids des lectures à venir. Entre la rentrée littéraire, le retour en médiathèque et les PAL déjà bien remplies, nous ne manquons jamais de livres.

Il y en a pour tous les goûts, dans les rayons jeunesse (ou non) et nous avions envie de partager avec vous les photos de nos tables de chevet et celle(s) de nos enfants : ces lectures que nous allons dévorer prochainement !

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Sur Sirthis&Ladythat, la rentrée se prépare depuis un moment et les PAL de Linda et sa demoiselle sont déjà bien remplies. La priorité ira aux classiques entre l’étude du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux au programme de 4e (nous sommes en instruction à la maison) et la lecture de La ferme des animaux de George Orwell avant d’attaquer l’adaptation en BD aux éditions Jungle dans le cadre d’un partenariat et une adaptation plus libre Le Château des Animaux. Et c’est très probablement 1984, d’Orwell toujours, qui suivra, en roman et en BD. De son côté la demoiselle a déjà attaqué Le syndrôme du spaghetti de Marie Vareille dans sa version ebook et compte bien mener en lecture à deux voix La cité des livres qui rêvent de Walter Moers, La cavale d’Ulf Stark et Le phare aux oiseaux de Morpurgo. Elles ont aussi prévu quelques albums qui respirent encore l’été et les vacances ainsi que quelques romans graphiques que la demoiselle a déjà commencé à lire de son côté.

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Chez la collectionneuse de papillons, la rentrée est toujours un évènement puisqu’il faut reprendre le chemin du collège et quoi de mieux que de puiser dans les livres des idées nouvelles pour susciter l’enthousiasme de ses futur.e.s élèves. Ce qui explique pourquoi les livres théoriques et les journaux de profs ont une place particulière dans sa PAL de septembre ! Mais la littérature jeunesse n’est pas en reste pour faire découvrir la langue, les grand.e.s auteur.e.s ou la mythologie grecque aux ados masqué.e.s qu’elle va rencontrer dans quelques jours !

Quant à son plus jeune fils, il a dévalisé la médiathèque pour faire le plein de livres sur… les animaux, encore et toujours ! Que de belles soirées lectures en prévision !

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Dans la PAL de Lucie se trouvent les rescapés de son dernier passage en librairie : Esther Andersen, qui permettra de patienter jusqu’à la sortie du deuxième tome d’Alma et L’enfant, la taupe, le renard et le cheval dont les illustrations l’ont charmée. Le hasard y a aussi réuni deux romans en lien avec le Canada : le quatrième tome du Royaume de Pierre d’Angle et Sauvages. Et, pour finir, Sous un ciel d’or, un livre qui se trouve sur sa liste depuis la critique d’Isabelle.

Après avoir dévoré Esther Andersen et L’enfant, la taupe, le renard et le cheval, son fils a eu envie de faire durer l’ambiance sportive des JO en lisant des biographies de sportifs. Cette rentrée lui permettra de découvrir les parcours de Cristiano Ronaldo et d’Usain Bolt, mais aussi les toujours impressionnants Records du monde du football. La série des romans du Petit Nicolas, commencée cet été, lui permettra de comparer l’école et la société des années soixante avec sa propre expérience entre deux éclats de rire !

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Pour la rentrée Liraloin a décidé de présenter une série d’articles sur le thème de la Lune. Pop-Up Lune de A. Jankeliowitch, O. Charbonnel et A. Buxton ainsi que Pleine Lune de A. Guilloppé viendront compléter d’autres lectures en cours.

Deux BD, pour varier les plaisirs :  Incroyable de Zabus & Hippolyte et sa superbe couverture d’un petit personnage lisant dans une immense bibliothèque. Elise de F. Menor au sujet, lui, plus grave.

Enfin, une série de romans conseillés, chroniqués par mes très chères copinautes du blog. La Maison au 36 clés de N. Debertolis et Tumée, l’enfant élastique de M. Achard tous deux font partie de la sélection Grandes Feuilles (romans jeunesse) du blog.

En mai 2021, Flore Vesco s’est amusée à répondre à nos questions et donc D’or et d’oreillers et venu s’installer sur ma table de chevet. Enfin pour compléter cette sélection, trois romans d’aventures tous très différents. Il s’agit de Robot sauvage de P. Brown que je ne connais qu’à travers ses albums jeunesse, vivement conseillé par Isabelle. Les Willoughby de L. Lowry car c’est un roman « abominablement écrit et ignominieusement illustré par l’autrice », intriguant non ? La Rivière à l’envers de J-C Mourlevat, un auteur incontournable dont je n’ai lu qu’un seul roman pour le moment, aïe : personne n’est parfait.

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En période de rentrée comme le reste de l’année (avec seulement un peu plus de difficultés que d’habitude pour trouver du temps !), Isabelle se plonge avec curiosité dans les coups de cœur de ses enfants. Dans les semaines à venir, cela lui donnera le plaisir de découvrir Biotanistes, une dystopie ancrée dans une société matriarcale aux prises avec d’immenses défis, piquée à l’aîné des moussaillons, mais aussi la BD 5 mondes et le roman La folle épopée de Victor Samson, road-trip à travers le monde et l’histoire qui a enchanté son petit frère. Les lectures à voix haute ne seront pas en reste et navigueront entre mystère et louffoquerie, avec L’île aux mensonges de Frances Hardinge et Félicratie de H. Lenoir. Cerise sur le gâteau, deux guides parus récemment sur la littérature jeunesse et la littérature ado, indispensables pour les passionné.e.s que nous sommes !

Et de leurs côtés, les moussaillons continuent leurs explorations, chacun dans son univers à lui. En ce moment, l’un se régale de bandes-dessinées – prochaine sur la liste, Créatures, de Stéphane Betbeder – et de romans animaliers. Il a pour l’heure jeté son révolu sur le raton-laveur de Rascal, de Sterling North, en attendant de lire Le fils de l’Ursari de Xavier-Laurent Petit, que nous avons justement initialement découvert grâce à ses “histoires naturelles”. Son frère nage en pleine littérature de l’imaginaire, à la frontière entre dystopies – The Ones, Grisha – et science-fiction, un genre qu’il a découvert ces derniers mois et qu’il continue d’explorer avec le classique Dune et un titre plus récent de Brandon Sanderson, Vers les étoiles.

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LA PAL de rentrée de Blandine est aussi haute et variée que réconfortante. Quel plaisir d’avoir un horizon de lectures! Autant de promesses d’évasions, d’ailleurs, de découvertes et de palpitations… Avec, toujours, une possibilité de surprise, d’imprévu!

Des lectures éclectiques, qu’elle compte bien partager avec ses garçons en lecture du soir (Sous les arbres, Malenfer ou Ne te retourne pas!); en Lecture Commune pour le challenge sur l’Inde qu’elle co-anime (Mes sacrées tantes); pour découvrir des destins (Eiffel ou Une fille en or); retrouver des plumes aimées et avoir les émotions chamboulées (Les fins de moi sont difficiles – non mais quel titre!!; Un simple soupçon, En finir avec le Groc, ou encore Faire chavirer les icebergs), lire un auteur adoré quand il signe de son nom et qui a “grandi” avec Six pieds sur terre; ou encore entretenir le suspense avec un titre mystère… Ce mois de septembre s’annonce vraiment très bien!

N’hésitez pas à partager vos lectures à venir avec nous !

ALODGA s’engage – pour le prix UNICEF de littérature jeunesse

Dans le cadre de notre rubrique “ALODGA s’engage”, comme l’année dernière, nous avons lu les titres de la sélection du prix UNICEF de littérature jeunesse. Ce prix permet de sensibiliser les enfants à leurs droits grâce à la lecture, un sujet qui touche particulièrement les branches du Grand Arbre. L’édition 2021 était centrée sur la gestion des émotions et la santé mentale sous le titre “Au fil des émotions”.

Catégorie 3-5 ans

Dans mon corps

Dans mon corps, Mirjana Farkas, La Joie de Lire

Voilà un album qui chante le mouvement et les émotions qui y sont liées.

” Dans mon corps,
ça fourmille et ça vrombit
du soir au matin.”

À travers tous les menus évènements qui tricotent la journée de l’enfant, l’autrice nous donne à voir en transparence toutes les sensations, les sentiments qui s’agitent, s’élancent et s’envolent dans son corps. Un album qui chante les émotions agréables mais aussi les désagréables et qui rend hommage à l’essentielle coopération entre adultes et enfants pour apprendre à nommer, apprivoiser et calmer tout ce qui nous envahit.

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Bienvenue Tristesse

Bienvenue Tristesse, Eva Eland, Les éditions des éléphants

Pas toujours facile de comprendre la tristesse et son origine. Eva Eland invite à accueillir cette émotion comme une amie et propose des pistes pour l’apaiser en encourageant à trouver la méthode qui fonctionnera le mieux pour soi. Le sujet est traité avec sensibilité et les illustrations dégagent une infinie douceur qui donne à réfléchir à la gestion de cette émotion si particulière.

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Louise ou l’enfance de Bigoudi

Louise ou l’enfance de Bigoudi, Delphine Perret et Sébastien Mourrain, Les fourmis rouges

Vous souvenez-vous de Bigoudi, cette attachante vieille dame ? Dans cet album rose, nous remontons le temps pour découvrir comment, enfant, elle gagna ce surnom après avoir quitté sa campagne où elle s’épanouissait pour la grande ville qui la dépassait, ternissant son humeur. Jusqu’à une rencontre!

Louise ou l’enfance de Bigoudi est une ode à l’amitié et au bonheur qu’elle procure, donnant à la vie des couleurs et saveurs jusque-là dissimulées, servie par des mots joueurs et poèmes.

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Mousse

Mousse, Estelle Billon-Spagnol, Talents Hauts

Si les adultes peuvent rester perplexes à la lecture de Mousse, les enfants s’identifient immédiatement à ce petit poisson qui affronte ses peurs. Il est tour à tour avalé par un gros poisson, rejeté par des coéquipiers, disputé pour une maladresse… Autant de situations qui parlent aux jeunes enfants. L’apparition du serpent multicolore, bienveillance incarnée, est rassurante et réjouissante.

Un bel album pour aborder la confiance en soi et les incidents de parcours qui font grandir !

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Catégorie 6-8 ans

Du vent dans la tête

Du vent dans la tête, Marjolaine Nadal et Marianne Pasquet, Voce Verso

Un livre intéressant car il rend l’enfant acteur de son bien-être mais qui soulève des doutes quand à la tranche d’âge conseillée dans la façon dont le sujet est traité. Si le texte se destine parfaitement à de jeunes lecteurs, il n’est pas certain qu’ils en comprendront toutes les nuances. Les illustrations sont très jolies, elles dégagent beaucoup de poésie dans la simplicité du trait et du choix des couleurs.

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La maîtresse me stresse, et alors ?

La maîtresse me stresse, et alors ?, Elisabeth Brami et Christophe Besse, PKJ

Tom est tétanisé par sa maîtresse, qui ne cesse de crier sans raison apparente. Il va donc à l’école à reculons, ne parvient pas à se concentrer sur son travail et accumule les mauvaises notes. Comme on le comprend ! Heureusement, arrive une douce remplaçante qui va permettre au garçon de chercher une solution à son problème.

Ce livre est une invitation au dialogue pour les enfants stressés par l’école ou par leur enseignant. Aux adultes qui les accompagnent de jouer le rôle de cette remplaçante à l’écoute, pour les aider à résoudre cette situation.

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Zarbi, enfant zèbre

Zarbi, enfant zèbre, Suzanne Galéa et Floriane Ricard, Rue de l’échiquier jeunesse

Pas forcément facile d’être un « enfant zèbre » ! Loin des clichés, Zarbi nous raconte son état permanent de surchauffe, l’intensité de ses émotions, ses difficultés à « filtrer » et surtout, son douloureux sentiment de décalage par rapport aux autres… Mettre en mots ces spécificités, qui peuvent correspondre à ce que vivent les enfants à haut potentiel, mais aussi par exemple les personnages avec un TDAH, est souvent salvateur. C’est l’objectif parfaitement atteint de ce bel album aux motifs zébrés : Zarbi évoque ses différences avec ses mots à elle, évocateurs et accessibles, portés par des illustrations pleines de sensibilité et d’images très parlantes. Elle dit aussi ce que lui a apporté la compréhension et l’acceptation de sa différence. Un album optimiste et vraiment intéressant, qu’on se sente concerné ou non !

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Odette fait des claquettes

Odette fait des claquettes, Davide Cali et Clothilde Delacroix, Sarbacane

Odette est une enfant optimiste et pleine de joie de vivre qui subit le regard des autres pour qui elle est toujours trop ceci ou pas assez cela. Davide Cali rappelle que pour être heureux, le regard que l’on a sur soi est essentiel. Il y aura toujours quelqu’un pour critiquer ce que nous sommes. Le trait tout en rondeurs de Clothilde Delacroix sublime l’histoire par sa simplicité et la richesse des expressions des personnages.

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Catégorie 9-12 ans

Le train fantôme

Le train fantôme, Didier Levy et Pierre Vaquez, Sarbacane

C’est l’histoire d’un voyage. Celui de Jonas, 17 ans, “sorte de grand échalas qui parle peu, lit beaucoup. Ses parents aimeraient bien qu’il s’habille autrement, qu’il se coiffe autrement. Ses parents aimeraient bien qu’il soit un peu comme tout le monde. Mais Jonas reste lui-même.” C’est l’histoire du voyage de Jonas donc et surtout celui de Lina, sa petite sœur, “7 ans, bientôt 8”. Un voyage qu’ils ne font pas ensemble. Un voyage que Lina entreprend pour retrouver Jonas, disparu. Un voyage en train fantôme.

Cet album aux illustrations “à la manière noire” absolument envoûtantes nous entraîne dans les tréfonds d’une éclatante obscurité de l’adolescence malmenée.

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Je suis Camille

Je suis Camille, Jean-Loup Felicioli, Syros

Camille est une jeune fille transgenre. Camille est Camille. Mais ce n’est pas si simple. En tout cas, cela ne l’était pas dans son ancienne école aux Etats-Unis. A la rentrée, elle arrive en France dans un nouvel établissement scolaire. Elle s’y fait très vite une amie Zoé, avec laquelle elle partage la même passion pour la musique. Les deux amies ont de beaux projets, elles sortent ensemble, vont à des fêtes, chantent, dansent, se confient. Camille lui raconte son parcours. Mais une histoire de jalousie manque de faire voler en éclats leur amitié nouvelle.

Il est rare que des albums abordent la question de la transidentité, c’est un sujet en général réservé à de plus grand.e.s lectrices, lecteurs. Ce livre permet donc de lancer la discussion et il fut particulièrement plébiscité par mes élèves de 6e inscrit.e.s au prix de littérature jeunesse de l’UNICEF.

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La BD qui t’aide à avoir confiance en toi

La BD qui t’aide a avoir confiance en toi, Géraldine Bindi et Adrienne Barman, Casterman

Entraîné.e.s par Gigi, Sarah, Charlie, Tom, Lise et Oscar, le chat, nous voilà invité.es à nous interroger sur la manière dont nous pourrions nourrir notre confiance en nous. Après avoir défini ce qu’est la confiance en soi, les personnages de la BD nous livrent 4 trucs pour travailler ce sentiment essentiel pour affronter toutes les tourmentes. Une BD joyeuse, au ton enlevé qui peut cependant paraître parfois péremptoire, pour aborder un besoin fondamental, notamment à l’adolescence.

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Les fabuleuses aventures d’Aurore

Les fabuleuses aventures d’Aurore, Douglas Kennedy et Joann Sfar, PKJ

Aurore est autiste. Elle ne parle pas et s’exprime en écrivant sur une tablette. Différente, elle pose sur le monde un regard unique qui voit au-delà des apparences. Dans notre société individualiste, la différence suscite encore trop souvent le rejet et les moqueries. Pour ce premier titre jeunesse, Douglas Kennedy signe un titre intelligent qui fait de la différence une force. On pourra cependant regretter la rapidité avec laquelle certaines scènes sont traitées, laissant peu de place à l’imagination. Les illustrations de Joann Sfar sont lumineuses et mettent en avant l’optimisme de l’héroïne et du récit.

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Catégorie 13-15 ans

C’est pas ma faute

C’est pas ma faute, Anne-Fleur Multon et Samantha Bailly, PKJ

Prudence est fan de la youtubeuse Lolita. Mais un jour, celle-ci disparaît des réseaux sociaux. Prudence s’inquiète et décide d’enquêter.
Imaginé à la manière d’un thriller, ce roman montre la dualité d’Internet. Entre reconnaissance, exposition de la vie privée, manifestations d’amour, jugements à l’emporte-pièces, diverses formes d’amitiés, commentaires haineux et pressions diverses, le constat n’est pas rose.
Ce roman écrit à quatre mains expose de manière quasiment exhaustive les risques liés au réseaux sociaux, trop souvent ignorés des ados. Mais les auteures ont encombré leurs personnages de difficultés financières, familiales, raciales et sexuelles, certes réalistes, mais qui nuisent à la clarté du message.
Pourtant ce roman peut être un point de départ pertinent pour une discussion sur la vie privée et les réseaux sociaux, l’amitié et la responsabilité.

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Les mystères de la peur

Les mystères de la peur, Bruno Pellegrino et Rémi Farnos, La Joie de Lire

Qu’elle soit ou non rationnelle, la peur est là pour nous aider à nous surpasser mais surtout, pour nous protéger des dangers auxquels nous sommes parfois confrontés. Pour Lou, douze ans, la peur est une inconnue. Son cerveau ne traite pas les informations correctement et ne lui envoie jamais de petit signal pouvant la mettre en garde contre le monde qui l’entoure. Elle devient de fait, un danger pour elle-même. Inquiets, ses deux papas l’emmènent faire des tests chez un spécialiste qui l’envoie à l’institut P.E.T.O.C.H.E où, se confrontant aux peurs de ses camarades, elle va devoir apprendre la peur…

Les illustrations de Rémi Farnos séduisent par le trait et le choix d’alterner entre des illustrations classiques et des cases de bande dessinée. Ce format dynamise le texte de Bruno Pellegrino qui, richement informé en amont auprès de spécialistes, chercheurs et médecins, s’inspire d’un cas réel pour nourrir son récit. Au travers de Lou et de ses camarades, il explique cette émotion saisissante mais non moins indispensable qu’est la peur et comment elle fonctionne, ce qu’elle provoque, pourquoi et comment.

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Dans, A quoi rêvent les étoiles

… ils sont cinq, cinq presque unis comme les doigts de la main. Dans ce roman, il y a quelques personnes « connectées » entre elles. Elles se connaissent, se côtoient tous les jours. D’autres ne se fréquentent qu’à travers un petit laps de temps, un rendez-vous en ligne, des échanges de SMS…

Un point commun relie parfaitement Titouan, Alix, Luce, Gabrielle et Armand : leur relation au monde. Leur façon si particulière de trouver une place en eux et chez les autres.

A quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton, Gallimard Jeunesse

A la manière d’une pièce de théâtre, Manon Fargetton fait entrer en scène le refus de grandir et d’affronter le monde, le deuil et l’envie d’en finir. L’espoir, cet espoir d’y arriver et de s’accrocher pour vivre son rêve. La finesse et la subtilité de l’écriture s’infiltre épousant chaque personnage. Le lecteur peut alors donner libre cours à ses émotions. Quelle richesse humaine !

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21 jours avant la fin du monde

21 jours avant la fin du monde, Silvia Vecchini et Sulzo, Rue de Sèvres

Lisa vit dans un camping avec sa mère qu’elle aide à tenir son café. Ses voisins changent régulièrement de visage mais dans l’ensemble les touristes se ressemblent tous un peu. Cet été là, elle occupe son temps entre le café et son cours de karaté. Lorsque réapparait Aless, son ami d’enfance, les souvenirs ressurgissent.

Différents thèmes traversent cette bande dessinée – la famille, l’amitié, l’avenir, le secret – mais c’est avant tout la perte d’un être cher qui est au cœur. En revenant sur le lieu de son enfance, Aless cherche à comprendre le mystère qui entoure la mort de sa mère. Mais son père souhaiter le préserver des circonstances qui lui ont enlevé ce parent dont il n’arrive pas surmonter la perte. Avec beaucoup de tact, Silvia Vecchini soulève l’importance du dialogue et de l’accompagnement dans le processus du deuil.

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En attendant le résultat des votes des enfants demain sur le site de l’UNICEF, n’hésitez pas à partager vos coups de cœur !

Billet d’été : Jane Austen versus Margaux Motin

Quand Margaux rencontre Jane…

L’été est une saison propice pour se plonger dans des classiques à lire ou à relire. Sous l’Ombre du Grand Arbre nous aimons beaucoup les autrices et auteurs intemporels et c’est toujours un grand bonheur que de partager les dix bonnes raisons qui vous pousserons à les lire !

Cet été Liraloin vous donne cinq bonnes raisons de lire Jane Austen. Cette grande dame de la littérature anglaise s’est éteinte le 18 juillet 1817 et ses romans continuent encore et toujours à fasciner. À tel point que les éditions Tishina ont publié trois ouvrages des œuvres incontournables de Miss Austen. Cerise sur le gâteau : ces romans sont illustrés de façon très décalée et humoristique par Margaux Motin.

Le premier roman publié par les éditions Tibert a été Orgueil et Préjugés qui est mon roman préféré de tous les temps. Suivra Persuasion, et Raison et sentiment.

Des goodies à en perdre la raison ...

Cinq bonnes raisons d’aimer Pride and préjudice, publié en 1813 :

  1. Pour son héroïne, Elisabeth une badass comme on en fait en 1813
  2. Pour sa critique sociale :  ses personnages croustillants et ultra énervants !
  3. Pour l’amour : que celui qui n’a jamais vu, dès la première rencontre, Mr Darcy succomber au charme d’Elisabeth lève la main.
  4. Pour l’écriture de Jane Austen : « Il n’exprimait aucun regret qui la satisfît, au sujet de ce qu’il avait fait ; son style n’était point pénitent, mais hautain. Il n’y avait là qu’orgueil et insolence. »
  5. Car vous avez la chance de pouvoir lire ce roman et à chaque lecture, les détails n’en sont que sublimes.

Cinq raisons d’aimer Persuasion, publié en 1817 à titre posthume :

  1. Pour les raisons qui poussent Anne Elliot a oublier Wentworth depuis huit ans.
  2. Pour la timidité d’Anne qui contraste avec le reste des personnages.
  3. Pour le dévouement de notre héroïne et son abnégation.
  4. Pour les quiproquos et les dialogues parfois très cinglants.
  5. Pour le père et les sœurs d’Anne Elliot, complétement antipathiques !

Cinq raisons d’aimer Sense and sensibility, publié en 1811 :

  1. Pour la complicité, la force émanant des sœurs Elinor et Marianne.
  2. Pour Marianne, une jeune femme volcanique et amoureuse.
  3. Pour Elinor, une femme d’une belle et rare force.
  4. Pour Colonel Brandon, un de mes personnages masculins préférés, vous découvrirez pourquoi…
  5. Pour cette mère et ses trois filles : une famille unie et solidaire.

Pour conclure, je dirais que Margaux Motin a vu tout ce qui était propice à la moquerie dans les œuvres de Jane Austen.

Billet d’été : cartographier nos âmes.

Il est un endroit où il est heureux de se réfugier quand le monde entier semble hostile à l’escapade. Et ce monde c’est notre âme. Car notre âme est un labyrinthe incroyable, un dédale formidable, une jungle insondable. Et quoi de mieux pour tenter cet exil improbable que d’essayer d’en cartographier les contours ?

Cartographie créative, manuel d’illustration, Helen Cann, Eyrolles, 2018.

C’est à ce projet insensé que le magnifique album Museum, petite collection d’ailes et d’âmes trouvées sur l’Amazone de Frédéric Clément, nous invite.

Museum, petite collection d’ailes et d’âmes trouvées sur l’Amazone,
Frédéric Clément, Ipomée, Albin Michel, 1999.

Soulever le couvercle de la boîte en carton. Y découvrir un carnet orange, aux coins abîmés, à l’étiquette déchirée, à la couverture égratignée. Un carnet qui aurait beaucoup voyagé. L’ouvrir. Y lire un texte tapé à la machine à écrire. Une lettre datée du 4 janvier 1996. Une lettre écrite à Tabatinga au Brésil. Une lettre qui annonce une incroyable découverte : sur les ailes des papillons d’Amazonie, on pourrait lire les cartes des âmes de femmes et d’hommes du temps passé.

L’entomologiste de l’album découvre tour à tour la carte de l’âme de Kubilaï Khan, empereur mongol ; de Yoshe, jeune immigré russe ; de Zygaena, écuyère tzigane ; d’Itzpapatotl, artisan plumassier aztèque ; d’Utamaro, peinte des beautés d’Edo ; de Photinoula et Kassandrea, deux soeurs grecques ; de Marco Polo ; de Lola, demoiselle d’Avignon ; de Tashi, Tibétain, tailleur de pierres ; d’Anko, pêcheur de perles en mer rouge ; de Jacaouna, chaman indien ; et de Vladimir Nabokov. 12 papillons, 12 cartes, 12 âmes à explorer. Ce livre a complètement influencé ma vision de l’âme humaine, il m’a permis de l’incarner à travers ce symbole poétique de la carte géographique miniature, visible seulement à la loupe binoculaire. Visible seulement à qui prend le temps de l’observer. Et c’est ainsi que commença ma collection de papillons.

C’est pourquoi quand quelques années plus tard, un ami m’a offert Notre continent intérieur, l’atlas imaginaire de Louise Van Swaaij et Jean Klare, il m’a semblé enfin trouver l’outil idéal pour partir à la conquête de cette âme qui m’habite et m’échappe tout à la fois. Au gré de 21 cartes, nous parcourons la mer des possibles, le pays du secret, le marais de l’ennui, l’archipel de l’oubli, les montagnes de travail, la capitale du changement et tous ces endroits qui émergent au fil des années, là, quelque part, en nous. Quel ravissement de pouvoir donner à ce “quelque part” une forme, des reliefs, des rivages.

Notre continent intérieur, l’atlas imaginaire, Louise Van Swaaij et Jean Klare, Autrement, 2000.

Alors, avec ce billet d’été, je vous invite à cartographier votre âme. Pour partir en voyage là où vous seul.e.s pouvez vous rendre.

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Et pour vous aider à vous lancer, ouvrons le livre Cartographie créative d’Helen Cann.

Cartographie créative, manuel d’illustration, Helenn Cann, Eyroles, 2018.

Analysons d’abord l’anatomie d’une carte : la rose des vents, les lettrages, le cartouche, la légende et les symboles et puis le plan. Puis choisissons notre type de carte : carte illustrée, carte textuelle, plan axonométrique, plan en espace négatif, plan d’architecte, carte de jeu de plate-forme. Et lançons-nous ! Pourquoi ne pas tenter, pour commencer, une carte inspirée de la phrénologie, théorie scientifique en vogue au XIXe siècle selon laquelle la personnalité d’un individu pouvait être déterminée par la mesure des zones de son crâne correspondant à différents tempéraments ?

Cartographie créative, Helenn Cann, Eyrolles, 2018, p. 98-99.

Je vous laisse donc avec ces quelques indications, et si vous vous lancez, n’hésitez pas à partager vos créations sur nos réseaux sociaux en indiquant #alodgamap

Il me tarde de suivre du doigt les fleuves, les rivières et les ruisseaux qui irriguent vos coeurs.

Billet d’été : de l’éternité des vacances et des rencontres qui nous changent à jamais

Quelle soif d’été et de rencontres après les longs mois d’isolement de cette année ! Ce n’est sans doute pas le hasard qui a guidé, ces dernières semaines, Isabelle et ses moussaillons vers des lectures aux parfums d’iode et de pinède, bercées par le chant des cigales, les deux pieds résolument enfoncés dans la dune et le visage tourné vers les embruns. Des livres qui transportent au cœur des vacances. Des grandes ! Celles qui, dans l’enfance, semblaient durer une éternité. Une parenthèse hors du temps où explorer de nouvelles contrées. Céder à la promesse de rencontres aussi éphémères qu’intenses. Et grandir en accéléré. Ce vertige estival relie les lectures de L’île aux trésors comme un fil conducteur : des pages qui subliment les vacances et en distillent les émotions les plus universelles.

Esther Andersen, de Timothée de Fombelle, illustré par Irène Bonacina (Gallimard Jeunesse, 2021)

Chaque mot de cet album, chaque trait des illustrations restitue dans son entier l’intensité des vacances d’été : le paysage qui défile par la vitre du train, la chaleur qui baigne les champs de maïs, le bonheur d’enfourcher son vélo, l’éternité de cette parenthèse et le temps qui se déforme… Et cette magie qui rend les sensations, les expériences si puissantes, nous transformant à jamais. Enveloppé.e dans le délicat décor de carte postale composé par Irène Bonacina et sublimé par le grand format à l’italienne de l’album, on sait parfaitement de quoi il s’agit. Parce qu’on a un jour été époustouflé.e par la beauté de l’océan et la rencontre avec une Esther Andersen.
C’est beau, mélancolique aussi. Parce que l’album nous parle d’un monde révolu où l’on n’achète rien mais on rêve beaucoup, où l’enfance est synonyme de journées entières passées dehors, à pédaler toujours plus loin, jusqu’à l’inconnu qui nous exalte, ébranle nos repères et nous fait nous sentir plus vivant.e que jamais.
Un album doux et intense, gorgé de soleil, de sel marin et d’émotions.

Une photo de vacances, de Jo Witek (Actes Sud Junior, 2020)

On lit ce livre comme on feuilletterait l’album photo de la famille Manzatti. Jo Witek trouve les mots justes pour dire l’ennui et les sorties, les relations élastiques entre sœurs et le baume des tranches de rigolade, la famille qui prend ses marques et invente ses petits rituels dans un tendre ballet. On rit, on s’attendrit de voir cette famille composer avec un budget limité et avec les envies de chacun pour faire des deux précieuses semaines de vacances annuelles un formidable moment partagé. Et Eugénie en équilibre à la charnière entre enfance et adolescence que la rencontre avec Léo va faire vaciller… Un roman frais, entraînant et émouvant.

Souvenirs de Marnie, de Joan G. Robinson (Monsieur Toussaint Louverture, 2021 pour la traduction française)

En marge du monde, la petite Anna vient panser son mal-être dans un village côtier du Norfolk où elle aime déambuler à travers dunes et marais. Elle y est envoutée par une maison où surgit un jour Marnie, jeune fille mystérieuse et insaisissable…

Joan G. Robinson mène sa barque en eaux troubles pour mieux nous intriguer : la Villa du marais est-elle hantée ? Anna sombre-t-elle dans la folie ? Les paysages anglais, entre collines et littoral nacré, ont beau être esquissés d’une plume délicieuse, on se demande si on a plongé dans un conte fantastique, voire un thriller où le mystère qui entoure le personnage d’Anna se mêle à celui de la maison. Pourtant, il émane aussi de ce texte une douceur infinie, le calme étrange d’un monde en suspension où le temps s’écoule différemment, rythmé uniquement par les marées et les cris des oiseaux. Le roman évoque avec une grande justesse les étés et les rencontres qui font grandir d’un coup. L’intensité de l’enfance, ses amitiés, ses colères et ses questionnements. Le besoin vital d’être accepté.e qui ne peut s’assouvir qu’en prenant le risque, le temps d’un été, de laisser les autres venir à soi. Un classique intemporel à la saveur iodée, troublant, envoutant et étrangement réconfortant.

Sous un ciel d’or, de Laura Wood (PKJ, 2021)

L’été 1929, vécu du point de vue d’une jeune fille à l’aube de l’âge adulte, face à la « terrifiante page blanche » de l’avenir. En attendant, Lou aime s’introduire dans la villa déserte des Cardew pour y lire, écrire et rêver. Soudain de retour, les propriétaires lui ouvrent une brèche vers un fascinant univers de nuits blanches plongées dans le champagne et les paillettes. Pourquoi les Cardew s’intéressent-ils tant à elle ? Quels secrets dissimulent-ils sous leur éclatant vernis ?

Quelle escapade dans l’âge follement romanesque qui fait la charnière entre années folles et Grande dépression ! En lisant ce livre, nous avons eu envie d’écouter des enregistrements de Jelly Roll Morton pour mieux nous plonger dans cette époque qui tourne la page de la Grande guerre : les filles découvrent leurs mollets et coupent leurs cheveux, on savoure les virées en automobile et les romans d’Agatha Christie… C’est aussi un roman initiatique : que ce soit chez les Cardew ou dans sa famille nombreuse, Lou semble dans l’ombre des autres ; mais à la charnière entre ces deux mondes, elle se découvre des ressources, des envies et même des passions. Un roman pétillant et fiévreux comme une fête, parfait pour s’évader de la morosité ambiante et rêver un peu !

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Que votre été soit infini et riche de rencontres. Et, évidemment, de belles lectures estivales !

Extrait de Esther Andersen