Récits épistolaires : la ronde des points de vue.

Écrire un roman uniquement basé sur l’échange de lettres est un exercice compliqué. Mais c’est l’occasion de confronter deux points de vue, deux styles, et surtout de lire ce qui est tu entre les lignes.

Si la littérature a ses propres classiques, voici nos préférés à destination des plus jeunes. Pour leur donner envie de prendre la plume à leur tour ?

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Lucie vous propose le classique Inconnu à cette adresse. Le titre fait référence à la mention apposée sur les lettres dont les destinataires avaient quitté leur domicile. Avec tout les sous-entendus qu’elle peut revêtir en temps de guerre. Car c’est en pleine montée du nazisme que prend place cette correspondance entre Max, juif installé à San Fransciso et Martin, retourné vivre en Allemagne. Dix-neuf lettres d’une lucidité effrayante.

Inconnu à cette adresse de K. Kressman Taylor

Son avis ICI.

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Linda propose également un classique, Papa-Longues-Jambes où l’histoire de Judy, jeune orpheline, qui voit son destin changé lorsqu’un bienfaiteur l’adopte et l’envoie étudier à l’université pour en faire une auteure. Leur relation ne se fera que par le biais d’une correspondance à sens unique menée par Judy qui raconte son quotidien et sa vie d’étudiante. Un roman touchant qui amène de belles idées sur la place des femmes dans une société patriarcale très forte, malheureusement pas exploitées à leur paroxysme.

Papa-Longues-Jambes de Jean Webster, Gallimard, 2007

Son avis ICI.

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Parce que c’est bientôt la saison, dans Lettres à qui vous savez c’est au Père Noël que Jérémy écrit. Mais s’il n’oublie pas sa liste de cadeaux, il raconte surtout son quotidien, ses relations à l’école, ses peurs et ses espoirs.
Car Jérémy est séropositif.
Quinze lettres pour aborder un sujet difficile et inviter à la tolérance.

Lettres à qui vous savez de Hervé Debry, Casterman

L’avis de Lucie ICI.

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Pépita dans son MéLI-MéLO de livres propose ces deux romans de Coline Pierré et Martin Page (Ecole des loisirs, Médium +) : échange épistolaire entre Flora et Max, deux cabossés de la vie, qui vont se libérer peu à peu, s’ouvrir à la vie, à la solidarité. Très touchants.

Ses avis ici et là.

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Isabelle vous propose de découvrir un classique du roman épistolaire, par ailleurs fondateur de la littérature fantastique, qui a fait de Bram Stoker un maître du genre : il s’agit bien sûr de Dracula ! L’histoire du vampire le plus célèbre du monde est restituée sous forme de courriers, de télégrammes, de fragments de journaux intimes et de coupures de presse, organisés de façon chronologique. Cela permet à Bram Stoker d’entretenir le suspense en brossant le portrait de Dracula par petites touches qui se superposent au fur et à mesure que les différents narrateurs le rencontrent. La version abrégée et illustrée par François Roca qu’a publiée L’école des loisirs est une belle occasion de découvrir ce texte culte !

Dracula, de Bram Stoker (illustré par François Roca), L’école des loisirs, 2019.

Son avis ICI.

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Mais il n’y a pas que les humains et les terrifiantes créatures qui peuvent s’écrire des lettres. Chez Duncan, ce sont les crayons de cire qui prennent la plume. Et oui, ils ne sont pas contents du tout du sort que leur jeune propriétaire leur fait subir ! Chacun à leur tour, crayon rouge, violet, beige, gris, blanc noir, vert, jaune, orange, bleu, rose, pêche, lui font part de ses doléances. Tout à tour jaloux, fatigué, délaissé, ils expriment leurs émotions et leurs revendications. Un album créatif, ingénieux et particulièrement ludique pour faire découvrir l’écriture épistolaire aux plus jeunes et … qui donne envie de rouvrir d’urgence sa boîte en métal de crayons de couleurs !

Rebellion chez les crayons, Drew Day Walt,
illustré par Olivier Jeffers, école des loisirs, 2016.

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Et voici… un album épistolaire ! Le texte écrit d’une écriture ronde pourrait être celui d’une carte postale envoyée par une petite fille à sa grand-mère. Elle raconte le voyage en train, l’animatrice, les autres enfants, le campement, les baignades, les rencontres, les jeux et les veillées… Chacun des ces mots est sublimé par les illustrations qui les revisitent pour nous entraîner dans un univers fabuleux digne des films de Miyazaki. La réponse de la grand-mère, dans les dernières pages, nous prend de court de façon toute réjouissante. Drôle et splendide !

Des vacances timbrées, de Mathilde Poncet,
Les fourmis rouges, 2020

Les avis d’Isabelle et de Linda

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ALODGA s’engage – pour les droits de l’enfant.

Le 20 novembre 1989, l’ONU adoptait à l’unanimité la Convention relative aux droits de l’Enfant : les droits de chaque enfant du monde étaient désormais reconnus par un traité international, ratifié par 195 états ! Depuis, le 20 novembre a été déclaré “Journée internationale des droits de l’enfant”. C’est cet immense progrès du XXe siècle que nous voulions célébrer avec vous, chères lectrices, chers lecteurs, en vous proposant une sélection de livres qui, à un moment ou à un autre de notre vie, nous ont permis d’aborder cette question primordiale avec les enfants de notre entourage.

Editions du Chêne
L’avis de Pépita

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J’ai le droit… à une identité

Un album fort qui montre l’importance d’avoir une identité : une petite fille et son papa, migrants, vont être reconduits à la frontière car sans papiers.

Sans papiers, Rascal, Ane bâté

L’avis de Pépita

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J’ai le droit… de vivre en famille

Dans Quatre sœurs, Malika Ferdjoukh partage le quotidien des sœurs Verdelaine, fraichement orphelines. Si cette tétrade met surtout l’accent sur la vie de cette famille, sa joie, ses peines et ses amours naissants, on perçoit en toile de fond le combat de l’aînée pour maintenir son droit de tutelle sur ses cadettes et leur permettre de rester ensemble dans la maison de leurs parents. Une série dont l’éditeur publie cette semaine une édition poche collector en un seul volume.

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J’ai le droit… à l’éducation

Les deux romans de Jacqueline Kelly : Calpurnia et Calpurnia et Travis sont captivants pour leur intérêt scientifique et culturel mais également pour la question qu’ils soulèvent sur la place des filles dans la société et leur accès à l’éducation. En effet, si Calpurnia rêve de recherches scientifiques et d’études, encouragée par un grand-père qui partage son amour de la nature et des découvertes, elle se confronte à la réalité d’une société qui relègue les femmes à la cuisine et à une mère qui veut que son unique fille reçoive une éducation simple pour en faire une parfaite petite ménagère.

Les avis de Lucie, Pépita, Isabelle et Linda sur Calpurnia. Et leurs avis sur Calpurnia et Travis ICI, ICI, ICI et LA.

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J’ai le droit… aux loisirs

Le temps libre est crucial pour grandir et se développer. Ce temps que les enfants doivent pouvoir utiliser pour jouer, faire du sport ou d’autres activités, ou même ne rien faire, est mis en péril par la pauvreté et la guerre dans certains pays, mais aussi par la course la performance et les mode de vie moderne. Il est important d’en prendre conscience. Et il est un roman qui, s’il a été rédigé en 1973, met très bien le doigt sur la valeur du temps et les dérives liées à la course à la productivité, au consumérisme et aux écrans qui semblent voués à combler chaque vide. À travers les aventures d’une petite fille aux prises avec une bande de « voleurs de temps », Michael Ende nous fait prendre conscience de la valeur inestimable du trésor que représente le temps de toute notre vie. L’intrigue est de celles qui vous accrochent de la première à la dernière page : la vie de jeux et de partages de Momo et ses amis est menacée par des messieurs gris qui convainquent les habitants de gérer le temps comme un capital à faire fructifier. Page après page, on prend conscience de la valeur de notre temps – des moments de partage, de rêve, d’ennui, de jeu et d’inaction.

Momo, de Michael Ende, Bayard Jeunesse, 2009.

Les avis de Lucie et d’Isabelle.

Un magnifique album qui nous emmène au pays de la culture : musique, théâtre, lecture, danse, peinture….Une ronde joyeuse et poétique pour rappeler ce droit fondamental.

Tous les enfants ont droit à la culture, Alain Serres et Aurélia Fronty, Rue du monde

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J’ai le droit… d’avoir un toit

Partis sans laisser d’adresse est un livre captivant et bouleversant, mais aussi une lecture qui invite à réfléchir à plusieurs droits, notamment au logement, puisque le jeune protagoniste et sa mère vivent dans un camion. Ce texte suscite la soif de connaître le fin mot de l’histoire, l’envie de céder à l’humour irrésistible de Susin Nielsen et une vraie prise de conscience de ce que signifie la pauvreté. La misère se matérialise de façon très concrète, douloureuse et stigmatisante. On réalise la valeur d’un réfrigérateur plein, d’une prise électrique, de toilettes à disposition. On accueille mille autres réflexions sur la famille, l’entraide, la tolérance, les dilemmes moraux aussi. Et pourtant, à chaque page, le roman est lumineux et plein d’espoir.

Partis sans laisser d’adresse, de Susin Nielsen. Helium, 2019

Les avis de Pépita et d’Isabelle

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J’ai le droit… d’être soigné et d’être nourri

C’est l’histoire d’un homme pas tout à fait comme les autres. Je dirais même : c’est l’histoire d’un homme extraordinaire. C’est l’histoire de Janusz Korczak. Dans cet album, nous découvrons comment le jeune homme, né Henryk Goldszmit, va se passionner d’éducation en observant les enfants autour de lui, dans les rues de Varsovie. Il décide d’abord d’apprendre à les soigner en devenant médecin “parce que le premier des droits des enfants est celui d’être en bonne santé”. Puis il fonde la Maison de l’orphelin, un endroit où libertés, droits et devoirs prennent sens, définis par les enfants eux-mêmes. Hélas, le monde dans lequel vit Korczak est un monde au bord de la guerre et le pire va arriver. Mais jamais Korczak n’a abandonné les enfants à qui il a dédié sa vie.

Korczak pour que vivent les enfants, Philippe Meirieu, Pef,
Rue du monde, 2012.

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J’ai le droit… d’avoir mon avis et de l’exprimer

Et oui, les enfants ont le droit d’avoir leur propre opinion, y compris lorsque celle-ci diffère de celle de leurs parents ! Pour réfléchir aux implications de ce droit, pourquoi ne pas lire cette histoire décapante où une femme au caractère excentrique reçoit un paquet contenant un enfant en conserve, garanti par le fabricant « joyeux, agréable et prometteur », « facile à prendre en main et à surveiller ». Les petits lecteurs riront aux éclats des situations ubuesques créées par le décalage entre la fantaisie de Mme Bartolotti et les bonnes manières de Frédéric. Les plus grands apprécieront aussi, de la part d’une autrice qui a grandi dans l’Autriche national-socialiste, une réflexion distanciée sur l’éducation et les qualités des « bons » parents, le mythe de l’enfant-modèle tourné en dérision et la morale de l’histoire, résolument anticonformiste et anti-autoritaire. Un livre qui fait plaisir à tout le monde !

Le môme en conserve, de Christine Nöstlinger, Le Livre de Poche, 2014.

L’avis d’Isabelle.

Devenir délégué de classe, représenter ses camarades auprès des adultes, porter leur parole, n’est-ce pas là exercer ce droit de l’enfant ? La série culte- Max et Lili- des enfants aborde ce sujet.

Max veut être délégué de classe/D. de Saint Mars et Serge Bloch, Calligram

Chez les poules aussi, on donne son avis ! Quand une poule disparue donne lieu à des avis contraires, comment s’y prendre pour aller dans le même sens ? Un album épatant pour aborder ce droit.

S’unir, c’est se mélanger : une histoire de poules, Laurent Cardon, Le père fouettard

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J’ai le droit… à la protection de ma vie privée

Une petite fille poste des photos et des vidéos à partir de son portable…sauf qu’elle ne le fait pas bien. Une revisite du conte Boucle d’or sur les réseaux sociaux et c’est bien vu. “Car avant de poster , réfléchis !”. Cela engage d’autres personnes qui ont le droit de ne pas vouloir.

#boucledor de Jeanne Willis et Tony Ross, Little Urban

Et si exercer ce droit, c’est aussi apprendre aux enfants et en famille à réguler leur consommation des écrans ! 10 jours sans écrans, vous essayez ?

Dix jours sans écrans de Sophie Rigal-Goulard, Rageot

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J’ai le droit… d’être protégé de l’exploitation

De façon très subtile, Fish Girl nous parle de captivité, d’exploitation et de maltraitance. On voit combien il est difficile d’en prendre conscience lorsqu’elle est exercée par quelqu’un qui se présente comme protecteur, qu’on vit captive, qu’on n’a pas trop confiance en soi et qu’on se sent différente… S’il est pas évident de parler de tout cela de manière frontale avec des enfants, Fish Girl permet de le faire, sous une forme largement métaphorique et grâce à la pincée de magie et de merveilleux qui rendent un livre adapté à de jeunes lecteurs. Il faut reconnaître la prouesse des auteurs qui parviennent, avec beaucoup de sensibilité, à nous montrer le cheminement interne de Fish Girl vers la l’émancipation et la liberté.

Fish Girl, de David Wiesner & Donna Jo Napoli, Éditions du Genévrier, 2017.

L’avis d’Isabelle

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J’ai le droit… d’être protégé de la violence

L’histoire de BOO se destine aux adolescents et aborde à leur niveau le problème du harcèlement scolaire, les violences que peuvent subir les jeunes et les conséquences dramatiques que cela a sur leur développement et sur leur vie. Sans porter de jugement, l’auteur soulève la question de la responsabilité et de la protection des enfants et adolescents.

BOO de Neil Smith, éditions L’école des loisirs, 2019

Les avis d’Isabelle, #Céline et Linda.

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J’ai le droit… d’être protégé des discriminations

L’histoire des Little Rock Nine est particulièrement inspirante pour évoquer la lutte contre les discriminations. Suite à un arrêt de la cour suprême qui mit légalement fin à la ségrégation raciale dans les écoles publiques américaines, ces neuf élèves noirs s’inscrivirent dans un lycée jusque-là réservé aux Blancs. Neuf adolescents qui rêvaient d’une éducation digne de ce nom et d’égalité, mais c’était sans compter la violence des manifestations racistes qui embrasèrent toute la ville. Avec Sweet Sixteen, Annelise Heurtier montre le courage immense des pionniers de la conquête de nouveaux droits, qui s’exposent en première ligne pour permettre à d’autres d’être acceptés, respectés et éduqués. On prend aussi la mesure de la difficulté de faire évoluer les esprits, même lorsqu’on a la loi de son côté. Mais ce texte montre surtout comment, pas à pas, les luttes émancipatrices peuvent faire bouger les lignes, y compris dans un contexte où l’obscurantisme règne en maître.

Sweet Sixteen, d’Annelise Heurtier, Casterman, 2015.

Les avis de Bouma, d’Isabelle et de Pépita.

Les discriminations entre filles et garçons sont aussi un sujet à aborder.
Les éditions Cache-cailloux proposent deux albums sur ce thème : La plus belle des Moutardes pour les petits (niveau maternelle), et CAMILLE ou Camille ? plus adaptés aux enfants en primaire. Ces deux albums ont aussi l’intérêt de se terminer avec une page documentaire : sur les femmes dans le sport pour le premier et leur accès à l’éducation dans le second.

Les avis de Lucie ici et .

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Et si vous souhaitez faire réfléchir les enfants et les adolescent.e.s autour de vous à leurs droits, n’hésitez pas à leur proposer de participer à la consultation nationale d’UNICEF France : les enfants ont la parole !


Lecture d’enfant #35: La trilogie de la Poussière

Gabrielle a onze ans et aime la lecture de romans fantastiques. Après avoir dévoré la trilogie de Pullman A la croisée des mondes, elle s’est tout naturellement tournée vers la nouvelle trilogie de l’auteur, celle de la Poussière. Aujourd’hui elle nous présente les deux premiers volumes publiés: La Belle Sauvage et La communauté des esprits.

Ces livres sont-ils la suite de la trilogie A la croisée des mondes?

Le premier tome de la série se passe quand Lyra était un bébé, durant le Déluge. Le deuxième tome quant à lui se passe sept ans après la fin de Le Miroir d’Ambre. Lyra est adulte.

Peut-on dire qu’ils abordent le même sujet? Ont-ils un fil conducteur entre eux?

Pas trop car on suit deux époques de la vie de Lyra mais, on y retrouve le Magisterium et on entend parler de la “Poussière”.

De quoi parle cette nouvelle série?

Dans La Belle sauvage, nous suivons les évènements qui ont conduit Lord Asriel à placer Lyra à Jordan Collège pour la protéger.

Alors que dans La Communauté des Esprits. On parle des Daemons et leur origine et de la Communauté des Esprits.

Tu avais adoré Les Royaumes du Nord. Que penses-tu de cette suite?

J’ai adoré car cela part dans tout les sens. Ca crée du suspens et on se pose beaucoup de questions ce que j’aime beaucoup. On suit plusieurs personnages et cela fait que chaque chapitre nous laisse sur notre faim et donne envie de continuer la lecture.

Quel(s) personnage(s) aimes-tu suivre le plus?

Lyra bien sûr car c’est l’héroïne et que j’aime sa personnalité. J’aime aussi Pantalaimon car il suit plusieurs parcours en même temps.

As-tu un passage préféré?

Pas spécialement, surtout des scènes que j’aime moins bien…

Quel genre de scènes?

Généralement les passages où Lyra et Pantalaimon ont des difficultés et subissent des violences.

Recommanderais-tu ces livres? Pourquoi? A qui?

Je recommanderai ces livres car ils sont géniaux, il s’y passe beaucoup de choses. Il faut du temps pour obtenir ses réponses. J’aime beaucoup l’univers fantastique. Je les conseille aux enfants à partir de onze ans plutôt bons lecteurs car certains passages sont durs. Et à maman à qui je sais que cela va plaire.

Merci.

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Pour découvrir un peu plus La Belle Sauvage, vous pouvez lire l’avis de Pépita.

Journaux : des narrateurs de tout poil se livrent au fil des pages !

Qu’ils soient autobiographiques ou inventés, tenus sur une courte ou une longue période, les journaux proposent des récits du quotidien, un “je” assumé, un caractère qui s’exprime dans des moments graves ou anodins. Ils font un vrai carton en librairie et sont considérés comme une forme de “littérature-miroir” favorisant l’identification des lecteurs et une excellente porte d’entrée dans la lecture. Voici une sélection de nos chouchous du genre.

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Lucie vous propose des journaux d’animaux. Ou quand un auteur se met dans la peau de son animal de compagnie et imagine ses réflexions quotidiennes…

Dans Je mange, je dors, je me gratte, je suis un wombat, Jackie French relate avec humour le programme de ce petit marsupial dé-bor-dé. Le texte, très accessible est complété par les illustrations toutes douces de Bruce Whatley.

Je mange, je dors, je me gratte, je suis un wombat, Jackie French, Albin Michel Jeunesse

Son avis ICI.

C’est un tout autre ton qu’ont choisi Miriam et Ezra Elia pour donner la parole à leur hamster. Pour Edward chaque événement est source de réflexion, souvent amère, sur sa condition de captif. On s’y croirait.

Le journal d’Edward, hamster nihiliste, Miriam et Ezra Elia, Flammarion

Son avis ICI.

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Les jeunes enfants aussi peuvent tenir des journaux, surtout quelques jours avant un anniversaire important comme celui des 7 ans, quand sonne l’âge de raison. Dans le très bel album Le Jour de l’âge de raison de Didier Lévy et Thomas Baas publié par Sarbacane en 2017, nous suivons durant 7 jours le compte-à-rebours que le jeune narrateur lance avant sa fête d’anniversaire.

Vous retrouverez l’avis de la collectionneuse de papillons par ici.

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Les journaux intimes ne sont pas l’apanage des romans ou des albums.
La bande-dessinée s’est elle-aussi emparée du sujet pour proposer une forme hybride où l’on entre dans la peau du personnage sans pour autant voir (au sens propre) par ses yeux.

Un trait délicat accompagne la rentrée de la jeune Brune dans un nouveau collège. L’occasion d’un nouveau départ mais également beaucoup d’angoisse.

Les Secrets de Brune T.1 de Bruna Vieira et Lu Cafaggi, Sarbacane, 2017

L’avis de Bouma par ici

A travers un journal intime découvert derrière un radiateur, la jeune Morgane entre sans la savoir dans la vie et les secrets de son propriétaire. Une lecture fluide autour de personnages attachants et sensibles.

Journal d’un enfant de lune de Joris Chamblain et Anne-Lise Nalain, Kennes éditions, 2017

L’avis de Bouma par ici

Sans oublier l’adaptation de romans où le journal intime est au centre de l’histoire tel Calpurnia ou Le journal d’Aurore.

Calpurnia T.1 de Daphné Collignon d’après Jacqueline Kelly, Rue de Sèvres, 2018
Le Journal ‘Aurore T.1 par Agnès Maupré d’après Marie Desplechin, Rue de Sèvres, 2016

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Hisse & Ho, larguons les amarres ! Journal intime à quatre mains, la série Hisse & Ho en 5 volumes (écrite par Anne Loyer, éditions Bulles de savon) emporte le lecteur dans le quotidien d’une famille qui a décidé de faire le tour du monde en voilier. A son bord, papa cuisinier, maman prof de latin-grec et les faux jumeaux fille -garçon : Hisse et Ho. Chacun à leur tour, ils relatent leurs journées mais surtout leurs aventures puisque chaque escale est prétexte à résoudre une enquête. On voyage, on s’inquiète du dénouement, on se régale !

Retrouvez les chroniques de Pépita

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Si on parle de “narrateurs de tous poils” dans le titre de ce billet, comment ne pas célébrer Gurty, le premier chien écrivain de l’histoire de la littérature ? Son journal est désopilant, plein de sagesse, d’humour et d’odeurs délicieusement nauséabondes !

Le journal de Gurty, de Bertrand Santini, 8 tomes parus aux éditions Sarbacane.

Les avis d’Isabelle et de Linda

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Et pour terminer en beauté, voici un roman hors-classe qui se donne à lire comme un rapport de police – enfin, du commissariat du peuple aux affaires intérieures, puisque nous sommes propulsés dans l’Union soviétique de l’année 1941, au moment où le pays est attaqué par l’Allemagne national-socialiste. Rapport de police lui-même essentiellement composé par les fameux « cahiers », sorte de journal tenu par les jumeaux Viktor et Nadia, annotés avec beaucoup de zèle par le colonel Smirnov, en charge de l’enquête concernant leur « affaire ». Une lecture captivante, intelligente, bouleversante.

L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges. L’affaire des cahiers de Viktor et Nadia, de Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2019.

Les avis d’Isabelle et de Linda

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Et vous ? Aimez-vous la forme littérature du journal et quel serait votre chouchou ?

Lecture commune : Nos chemins.

Et si aujourd’hui, en rentrant du boulot, vous fonciez dans la médiathèque la plus proche de chez vous, vous empruntiez l’album Nos chemins d’Irène Bonacina publié chez Albin Michel, vous rentriez chez vous avant l’heure du couvre-feu, vous vous installiez sous un plaid, une couverture, une couette bien douillette et partagiez cette lecture avec les enfants autour de vous. Et si après, vous profitiez de la chaleur des seules personnes avec qui il vous est permis d’avoir un contact physique pour discuter. Discuter de la direction à prendre. Comme nous l’avons fait avec Linda.

Nos chemins, Irène Bonacina,
Albin Michel, 2019.

Colette.Si le chemin est un lieu archétypal de la littérature, lieu de transition par excellence, lieu de tous les possibles, en général on l’envisage au singulier. Et là, dès le titre de l’album, le voici au pluriel. Que s’est-il passé dans ta tête quand tu as découvert ce titre associé à cet étrange duo d’ours blancs marchant dans cette magnifique nuit constellée d’étoiles arc-en-ciel ?

Ladythat.- J’ai été plus interpellée par l’illustration que par le titre. Ces deux ours m’ont semblé emprunter des chemins différents (rapports aux nombreuses couleurs qui se déploient à leurs pieds), éclairés par une lampe à huile et les étoiles de la nuit. Le titre pose cependant la question de ces chemins pluriels : sont-ils identiques à l’ourse adulte et son petit? Ou doit-on imaginer qu’ils vont chacun emprunter un chemin différent ?

Colette.– Tu soulignes d’entrée de jeu les nombreuses couleurs sous les pieds des deux ours, auxquelles s’ajoutent les nombreuses couleurs des étoiles au dessus de leurs têtes : je ne sais pas si tu es comme moi et que tu feuillettes d’abord les albums avant de t’y plonger, mais un des aspects qui m’a tout de suite ravie dans cet album, c’est la technique de l’illustratrice, Irène Bonacina, une technique qui permet à la lumière de jaillir littéralement du livre. Est-ce que tu veux bien décrire cette technique et partager l’impression que cela a créé en toi ?

Ladythat.– Je ne feuillette pas forcément un album avant de le lire, j’aime m’y plonger directement et laisser mes émotions venir comme elles se présentent. Et ici c’est clairement la luminosité des illustrations qui m’a attrapé et ébloui tout au long de ma lecture. Quand je parle d’illustrations ce n’est d’ailleurs pas le terme approprié car Irène Bonacina a choisi une technique de collages rétroéclairés par une boîte à lumière. L’association des dessins des ours et de cette superposition de papiers déchirés, collés et peints, est dynamisée par la lumière qui crée un jeu d’ombres et lumières particulièrement saisissant. J’ai d’ailleurs trouvé que la progression du gris vers les couleurs donne vraiment le rythme du cheminement de Petite Ourse. Qu’en penses-tu?

Colette.- Je viens de relire l’album à partir de ta remarque et tu as vraiment raison, on peut lire l’histoire de Petite Ourse à travers le cheminement et la progression des couleurs ! Du gris du début de la marche vers le jaune incroyablement chaleureux de la rencontre avec Oumi pour aller jusqu’au rouge brûlant de la solitude et terminer avec l’arc-en-ciel des retrouvailles finales ! Quelle prouesse esthétique ! Merci de me l’avoir fait remarquer et appécier ! J’ai commencé à dévoiler l’intrigue de cet album à travers le déploiement des couleurs, mais toi, comment le résumerais-tu ?

Ladythat. – Je dirais qu’il s’agit d’un récit initiatique au cours duquel Petite Ourse traverse des épreuves et fait l’expérience du deuil et de la solitude avant de se relever grâce à une rencontre, une amitié qui laisse place à l’espoir d’un avenir radieux. Un avenir qui sera riche des expériences passées et de la mise en commun de deux héritages différents. Je me trompe peut-être mais c’est “l’éveil de la lanterne” avec son double reflet qui me donne cette impression de passé/futur imbriqué au cœur de la lanterne – une symbolique du foyer ? – renforcé par l’invitation de Petite Ourse à Oumi de partager ses souvenirs.En parcourant à nouveau l’album j’en viens à me demander si les oiseaux qui viennent se mélanger aux couleurs arc-en-ciel ne sont pas la matérialisation des souvenirs de Oumi.

Colette.- C’est une très belle interprétation en tout cas, ces oiseaux-souvenirs qui se mêlent aux couleurs arc-en-ciel de la lanterne transmise par Mamie Babka à Petite-Ourse. Ce qui est aussi très original, me semble-t-il dans cet album c’est la perception de l’espace : c’est comme si on était plongé dans un espace immense, naturel, minéral où s’explorent le vide, l’eau, la lumière, dans une sorte de retour à un monde primordial, élémentaire. Un monde qui pourrait aussi être un monde intérieur. On oscille pendant toute la lecture entre dépaysement et retour aux origines, non ?

Ladythat. – Oui! Absolument. On ressent un sentiment d’immensité tout en cherchant quelque chose de plus exiguë, à l’image de l’amour entre Petite Ourse et Mamie Babka qui est énorme dans le ressenti, et plus intime puisqu’il n’appartient qu’à elles deux. Aussi, lorsque Petite Ourse se retrouve seule, elle se retrouve face à l’immensité du monde et des possibles tout en recherchant la chaleur d’un sentiment d’amitié ou d’amour à partager avec quelqu’un de spécial.

Colette.- Que penses-tu de la citation de Lhasa en exergue de l’album :
« Je poserai mon pied
Sur la route vivante
Et je serai portée d’ici
Jusqu’au cœur du monde »
En quoi cette citation résonne-t-elle pour toi avec cet album si particulier ?

Ladythat.- Il me semble qu’au même titre que l’histoire de Petite Ourse ou du titre de l’album, cette citation de Lhasa parle du voyage qu’est la vie.

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Et si, sous votre plaid, votre couverture, votre couette bien douillette, vous souhaitez prolonger ce moment hors du temps, à réfléchir à la bonne direction, la vôtre, on vous propose de vous plongez dans les méandres de la voix envoûtante de Lhasa.