Lecture commune théâtre avec L’ogrelet…en duo

Il est un genre littéraire dont on ne parle pas souvent  A l’ombre du grand arbre et qui pourtant renferme une infinité de possibles : c’est le théâtre. Le théâtre jeunesse foisonne de pièces bouleversantes, d’une précieuse poésie. C’est le cas de L’ogrelet de Suzanne Lebeau, pièce adorée, que je partage dès que je le peux avec mes élèves. Et que j’ai partagée récemment avec Pépita en glissant le subtil opuscule vert entre les papiers de soie de son swap anniversaire.

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Colette : “L’ogrelet “: déroutant comme titre de pièce de théâtre, non ? On n’est loin de la référence mythologique du théâtre classique, on n’est pas dans un titre de la modernité, on pense au conte bien sûr mais tout de même ce néologisme est étrange : à quoi as- tu pensé toi ?

Pépita : J’ai pensé à un petit mot doux, d’une maman à son enfant, de ces petits mots affectueux, un petit enfant aimant dévorer ses petits plats préparés avec amour. Et en même temps, vu que tu as parlé de cette pièce lors de la lecture commune sur D’entre les ogres, je savais qu’il y avait autre chose. Mais tout de même à cette lecture, cette première image m’est restée et la façon dont la maman s’adresse à son enfant va aussi dans ce sens mais pour une autre raison.
Et toi qui connait si bien cette pièce, te souviens-tu de ta première impression à ce titre ?

C : Au début ce mot évoquait pour moi quelque chose proche du sucre d’orge et du grelot, j’ai tout de suite aimé les sonorités de ce petit nom… je ne me souviens absolument pas comment j’ai découvert cette pièce, gros trou de mémoire ! Peut-être était-ce ma tutrice de collège, passionnée de littérature jeunesse, qui me l’a prêté. Bien sûr depuis le temps que je fais lire cette pièce à mes sixièmes, l’ogrelet s’est incarné dans tous les sens du terme et à chaque lecture il prend un peu plus d’épaisseur.
Car finalement qu’as-tu trouvé sous ce joli sobriquet ?

P : Un enfant d’abord, plein de curiosité sur le monde, impatient d’aller à l’école, déjà affublé du sobriquet d’ogrelet, mais comme un petit mot doux d’une maman à son petit. Et puis peu à peu un ogrelet est apparu dans ma rétine de lectrice, encore humain tout de même, mais ayant changé de façon imperceptible d’abord puis plus nette et très volontaire dans son envie de prendre son destin entre ses mains et de le renverser. L’auteure joue en permanence sur cette ambivalence, ça se sent dans la manière qu’il s’adresse à sa mère, le mot maman disparaît, il lui échappe. J’avoue que j’ai eu peur pour lui. Est-ce que tu l’as ressenti pareil ou différemment ?

C : Comme pour toi, au début l’ogrelet c’est un petit bonhomme qui se prépare pour aller à l’école pour la première fois, un petit bonhomme curieux de tout, avide de connaissances, mais surtout avide des autres. Et puis dès le premier jour c’est sur lui qu’il va apprendre des choses. En apprenant son vrai prénom. Dès la scène 3, on comprend que tout ne va être qu’une question d’identité et même si c’est une pièce qui se joue du merveilleux, on entre de plein pied dans des questionnnements drôlement proches de nous ! Qu’as-tu pensé de cette scène où l’ogrelet apprend son vrai prénom ? J’adore quand il demande à sa mère si sur son cahier il doit écrire ” Logrelet, Togrelet, Nogrelet” !

P : Tu as totalement raison de mettre en avant ce passage car il est fondateur : à la fois de cette recherche d’identité mais aussi de l’apprentissage à l’école, nouvel univers pour lui. Etre nommé de son vrai prénom est une étape indispensable. Que la maman y soit associée est très fort. On dirait un jeu mais en fait c’est plus que ça. D’ailleurs, les lettres échangées entre la maman et l’institutrice sont très touchantes. Toi qui es enseignante, tu as du l’être aussi non ?

C : Tu ne peux pas imaginer à quel point la figure de la maîtresse m’influence encore aujourd’hui ! Jeudi dernier, j’ai d’ailleurs écrit un mot dans le carnet de liaison d’un élève en commençant par “Madame, je m’inquiète pour B…” comme la maîtresse de l’ogrelet le fait pour son étrange élève. En effet j’ai été particulièrement touchée par le soucis de cette enseignante de comprendre son élève et de s’adresser à sa mère à travers une véritable correspondance, “véritable” dans le sens de “sincère”, bien loin des mots notés rapidement, un peu aveuglément dans les carnets qui “lient” soit disant au quotidien les familles et l’école… La maîtresse est une figure féminine éminemment bienveillante, rayonnante, elle joue un rôle essentiel dans le cheminement de l’ogrelet car elle lui prouve avant même qu’il ne sache qui il est vraiment, qu’il peut être accepté comme il est, quelle que que soit sa véritable nature.

P : Oui ce dialogue entre ces deux femmes au sujet de cet enfant différent est si juste, sans jugement mais s’attache à l’accompagner au mieux, à le faire grandir. Avec beaucoup de respect entre elles. J’ai vraiment beaucoup aimé ces passages.
Et justement, cet ogrelet, du moment où il apprend sa véritable nature, entre dans un parcours initiatique, avec un virage assez radical non ?

C : Oh que j’aime la scène 6, la scène de révélation, la scène du grand tournant radical, la scène de rupture, l’acmé, le nœud de l’histoire de notre ogrelet (du pain béni pour faire comprendre à mes élèves ce qu’est le nœud au théâtre 😉 ) Cette scène, qui en passant se nourrit des contes anciens, est d’une intensité incroyable, l’ogrelet y apprend tout de son père, de ses origines et de… ses sœurs. Que de découvertes ! Non seulement ce que nous pressentions se confirme mais la vérité est encore plus sombre qu’on ne l’imaginait. Et en même temps c’est aussi le début d’une nouvelle vie…

P : Je te rejoins totalement ! Oui nouvelle vie mais pas sans étapes. Je l’ai trouvé drôlement volontaire dans son choix. Respect ! Mais là aussi l’auteure joue sur deux registres : vérité ou arrangement avec la vérité. Sur la place du père aussi subsiste un doute…le lecteur est en permanence dans l’interrogation. Déstabilisant non ?

C : Oui complètement déstabilisant : on se sait jamais vraiment la vérité dans cette pièce, on ne sait rien au final sur les origines de l’ogrelet, sur son père -est-il oui ou non un criminel ?-, sur l’ogrelet lui même – réussit-il vraiment les 3 épreuves qui lui permettent de vaincre son ogreté ?- et les jeunes lecteurs sont très sensibles à cette “ambigüité” qui persiste jusqu’aux derniers mots du texte (je souligne le mot “ambigüité” car c’est un mot sur lequel nous débattons beaucoup avec mes élèves en ce moment !). D’ailleurs ils demandent souvent s’il y a une suite à L’Ogrelet car ils voudraient être fixés sur la véritable nature du père et surtout surtout sur celle de Simon. Mais au fond, ogre ou humain, est-ce que cela a vraiment de l’importance ?

P : Très bonne remarque ! Ogre ou humain….c’est ça justement le fond de cette pièce : celui de pousser la normalité ou l’anormalité jusqu’à son point ultime et d’en affranchir la frontière. J’ai beaucoup aimé aussi la réflexion sur le regard de l’autre mais dans les deux sens. L’auteure interroge ces points là avec le point de vue de l’enfance qui est toujours très instructif et révélateur.

C : L’Ogrelet est en effet avant tout une pièce sur ce moment de l’enfance où le basculement s’opère, où le petit apprend à devenir grand, à devenir soi. C’est une pièce que l’on dévore avec gourmandise comme l’ogre se repaît de l’odeur de la chair fraîche !  Une pièce qui donne à aimer, à penser, à jouer.

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Bonus : sur le site des excellentes éditions théâtrales jeunesse vous trouverez un extrait de la pièce et le carnet artistique et pédagogique : c’est par .

Nos chroniques :

-Celle de Pépita

-Dans le top 5 de Colette

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Lecture Commune : Rouge de Mathieu Pierloot

La collection Petite Poche chez Thierry Magnier regorge de titres de qualité, qui, en quelques pages, nous transportent dans des univers bien dessinés.

Rouge de Mathieu Pierloot m’a fait forte impression par la qualité de son écriture et l’ambiance qui s’en détachait. J’ai donc forcément eu envie d’en discuter avec les membres du Grand Arbre.

Retour sur notre échange :

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Bouma : Rouge. Un titre énigmatique pour une courte lecture. A quoi vous attendiez vous ?

Colette : Le titre évoque pour moi beaucoup de choses, j’adore le rouge : le rouge aux joues, le rouge à lèvres des baisers les plus fous, le rouge du soleil qui se couche sur la mer. Et puis le rouge c’est surtout l’amour.
Le mot “rouge” est extrêmement riche de connotations poétiques et vivantes. J’aime ce mot. Il me réchauffe. Je n’ai pas tout de suite pensé au petit chaperon rouge car je ne m’attendais pas du tout à une réécriture d’un conte dans la désormais chérie collection “petite poche”. Et puis les premières pages ne nous laissent pas tout de suite comprendre que l’on va rentrer dans un jeu de références intertextuelles… Comme toujours dans cette collection la subtilité prime…

Sophie : Rouge, pour moi, faisait référence à la colère. Je ne sais pas pourquoi mais c’était à une histoire sur ce sujet à laquelle je m’attendais.

Bouma : Avez-vous tout de suite pensé au célèbre Petit Chaperon Rouge ?

Sophie : Pas du tout. C’est d’ailleurs plutôt la Belle et la Bête qui m’est venu en premier à cause des objets qui parlent.

Colette : Même après relecture je ne trouve pas la référence au petit chaperon rouge si évidente… elle y est en filigrane c’est sûr mais Rouge n’est pas cette petite fille choyée par sa mère et sa grand mère qui lui cousent des habits uniques et lui préparent des pâtisseries maison. Loin de là. Rouge est une orpheline, une rescapée, un fantôme.

Bouma : D’accord avec toi Colette, la filiation avec le conte de Perrault n’est pas si évidente mais la relation entre le rouge et le loup est intrinsèquement lié à ce classique pour moi. Mais au fait, quel est votre personnage préféré ?

Sophie : Le loup, enfin on ne le présente jamais clairement comme ça, mais c’est lui que j’ai trouvé le plus intéressant

Colette : Mon personnage préféré c’est Seymour sans aucun doute. Parce qu’il aime la poésie. Et qu’il panse les blessures avec.

Bouma : Vous avez retenu le même personnage mais pas de la même manière à ce que je vois. L’une y a surtout vu l’animal quand l’autre y a vu la personne. Moi c’est finalement la petite fille qui m’a le plus intriguée, le plus questionnée même si on ne sait finalement pas grand chose d’elle. En tout cas, il y a une réelle richesse dans la narration et la profondeur des caractères.

Aviez-vous déjà lu cet auteur ? Que retenez-vous de son écriture ?

Sophie : Non je ne l’avais jamais lu. Ce que je garde en tête de son écriture, c’est surtout une ambiance. Quelque chose d’un peu énigmatique, mystérieux, poétique aussi.

Colette : Jamais lu non plus et j’ai vraiment aimé ce récit étrange, à la lisière du conte philosophique, de la poésie, du rêve…

Bouma : Au final, vous parlez beaucoup de poésie dans vos réponses. Comment la décririez-vous, si c’est possible ? D’où vient-elle selon vous ?

Colette : La poésie de ce texte pour moi est intiment liée au personnage de Seymour, à sa délicatesse, à sa particularité, à l’infinie douceur avec laquelle il prend soin de Rouge…

Sophie : Avec un peu de recul, sans rouvrir le livre, je dirais que ce qu’il me reste de poétique, c’est l’ambiance : quelque chose de mystérieux, d’étonnant et de beau en même temps.

Bouma : Dernière question : Recommanderiez-vous ce texte ? Et à qui ?

Colette : Au plus grand nombre et à mes élèves surtout ! Mes 6e adorent cette collection. Et la 4e de couverture de celui ci les a beaucoup intrigués.

Sophie : Oui je le conseillerais sans doute à des enfants à partir de 9-10 ans. Je me vois bien le lire en accueil de classe avec des CM pour écouter tout ce qu’ils pourraient capter de ce texte.

Bouma : D’accord avec vous, un texte pour les plus grands car il y a un paratexte plus complexe que dans d’autres titres de la collection.

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Nous espérons que cette lecture commune vous aura donné l’envie de découvrir ce court roman, fort et mystérieux, dans lequel chacun peut faire une lecture différente.

Lecture commune : “La leçon” de Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo

Un loup et une maison sur la couverture, un homme armé d’un fusil dès les premières pages, un titre assez vague La leçon et une collection au nom très ouvert La question. Et pour tout ça un auteur Michaël Escoffier et une illustratrice Kris Di Giacomo pour un duo plutôt coutumier des livres humoristiques. Mais attention, là on change de style pour passer à une histoire plus sombre et philosophique…

Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo - La leçon.

Commençons avec l’auteur et l’illustratrice de cet album. Connaissiez-vous déjà Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo et en particulier les albums qu’ils ont déjà réalisé ensemble ? Qu’en pensiez-vous ?

Pépita : Oui je les connais et c’est toujours un duo de choc qui se complète à merveille.

Aurélie : Oui je les adore. J’ai pu travailler avec Kris di Giacomo il y a plusieurs années avec des classes. Des livres aux chutes incroyables.

Colette : Et bien non, à part La tarte aux fées que nous avons découvert dans un “casier surprise”, nous ne connaissions pas ce duo.

Penchons-nous maintenant sur la couverture. À quoi vous attendiez-vous avec cet album au titre énigmatique accompagné d’une silhouette de loup inquiétante ?

Aurélie : J’ai pensé à une histoire de bête un peu mystique, un peu à la manière de la bête du Gévaudan. J’aurais bien vu un conte reprenant cette histoire du XVIIIe avec des illustrations moins vieillottes.

Colette : Je m’attendais à une histoire de cauchemar car cette longue et immense ombre de loup qui encercle cette petite maison orange évoquait pour moi plutôt un danger irréel, fantasmé qui planerait, tel un fantôme, plutôt qu’une menace concrète.

Pépita : À une histoire de loup, d’inquiétude aussi, de mort même. À quelque chose amenant une réflexion aussi.

Effectivement, l’idée est de nous faire réfléchir. En lisant l’histoire, vous avez réfléchi sur quoi vous ?

Aurélie : L’histoire m’a fait réfléchir sur le fait qu’il y a toujours deux versions d’une même scène. Nous sommes focalisés sur notre vision des choses pensant être la bonne sans se mettre à la place de l’autre. Nous sommes souvent égocentriques en oubliant que l’autre agit parfois par nécessité et pas par pur envie de nous faire du mal.

Pépita : En lisant, j’avais toujours en tête le titre : La leçon. Et je m’attendais à la voir surgir d’un moment à l’autre. Et ce n’est pas tout à fait celle que j’attendais. Elle a dépassé mon intuition première, est allée beaucoup plus loin dans la complexité. Et je rejoins Aurélie sur les deux versions d’une même scène. Cela est renforcé par les illustrations et par les mots dits avec précision et justesse.

Colette : Comme une fable, cet album nous annonce d’entrée de jeu que nous allons recevoir une “leçon”. Pour l’enseignante que je suis la “leçon” est quelque chose d’éminemment sacrée. Dans une leçon on souhaite transmettre quelque chose, une vérité, une connaissance qui permettra à notre interlocuteur de progresser, d’avancer, de mieux connaître un aspect du monde. Et c’est effectivement ce qui se passe ici. Il y a les êtres et les préjugés qui les entourent, des préjugés véhiculés par l’expérience au départ, peut-être, puis bien souvent seulement par le bouche à oreille. Si on dit que la bête est dangereuse, c’est qu’elle doit être dangereuse, même si finalement on n’y a jamais été confronté… Et puis vient le jour de la rencontre véritable. Et dans la rencontre véritable apparaît la vérité. L’homme en fait l’expérience et sa réalité en est toute bouleversée. Il progresse. Je trouve cette “leçon” formidable, d’un optimisme incroyable malgré la noirceur des illustrations. Je m’accroche à cette petite lumière à la fenêtre sur la dernière page qui n’y était pas au début. La bête a gagné sur l’obscurantisme et c’est pour moi l’objectif principal des “leçons”.

Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo - La leçon.

©Librairie Decitre

Comme Colette, j’ai interprété la fin de l’histoire grâce à cette lumière à la fin. Mais tout le monde ne voit pas la même chose, qu’en avez-vous pensé ?

Pépita : On peut voir cette fin de différentes façons en effet. La lumière donne un indice par rapport à la première page qui a la même image. Ce que j’ai aimé c’est la force tranquille de la bête en contraste de l’absolue supériorité de l’homme qui ne croit pas ce qui va lui arriver. J’ai eu aussi le réflexe de me dire : oh non ! pas ça ! pas de violence ! tout ça pour posséder ! C’est une belle leçon en effet qui nous dit que tout peut être remis en cause à tout moment. Le suspense est à son comble à un moment donné, on a presque peur de tourner la page !

©Blog Vivrelivre

Aurélie : La leçon nous montre que nous ne sommes au-dessus du monde mais un maillon comme les autres, nous avons tous besoin les uns les autres. Si un maillon disparaît, l’équilibre est bouleversé. J’ai beaucoup aimé la façon dont les auteurs amènent la prise de conscience du lecteur. Elle est bouleversante mais progressive. Et la sagesse de la bête qui s’oppose tout à fait au nom qu’on lui donne. Ça me fait beaucoup penser à Yakouba de Dedieu.

J’aimerais revenir sur ce que dit Pépita au sujet de la violence. Elle est très présente dans cet album, déjà dans l’ambiance sombre et pesante, mais aussi très clairement avec le fusil, le sang, les pièges, le tir laissé en suspend… Qu’en avez-vous pensé ?

Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo - La leçon.

©Librairie Decitre

Pépita : C’est une violence à la fois symbolique (dans ce qu’elle suggère) et explicite (dans ce qu’elle représente) : l’effet est double je trouve, à la fois terrible au sens de ce qui va surgir et impensable au sens de ce qui ne peut se réaliser. Le lecteur oscille entre les deux et l’imaginaire fait le reste comme une soupape nécessaire.

Colette : Cette violence subtilement suggérée sert la leçon de manière symbolique. C’est très efficace sans être choquant.

Aurélie : Je partage l’avis de Colette, ils ont fait ça tout en finesse. La violence est là et bouscule juste comme il faut sans que cela choque. Je reviens juste sur le fait que c’est assez inhabituel dans l’univers des deux auteurs.

Je vous propose maintenant de conclure avec LE mot que vous a inspiré cet album.

Pépita : Liberté sera mon mot. Cette leçon interroge cette notion pour moi.

Colette : Altérité serait pour moi le mot-clé.

Aurélie : Respect, arrêtons de nous croire au dessus du lot.

 

Pour en savoir encore plus sur ce qu’on a pensé de cet album, retrouvez les avis de Pépita et Sophie.

Lecture en duo : Zoé Zizanie

Une lecture commune en duo, oui, on aime bien changer le format de temps en temps !

Colette et moi-même, des blogs La collectionneuse de papillons et MéLi-MéLo de livres, on a lu et échangé sur cet album : ZOE ZIZANIE de Yann Walcker et Tristan Mory, Milan.

Pépita : Qu’est-ce qui t’a attirée d’abord dans ce livre ?

Colette : J’avoue le titre : j’adore les allitérations rares et celles en [z] ont toujours exercé une grande fascination sur moi ! J’aime le prénom Zoé et encore plus le mot étrange, un peu zigzagant de “zizanie”, il a quelque chose d’un peu désuet ce mot et surtout de terriblement enfantin ! Et toi Pépita, qu’est-ce qui t’a attirée dans ce livre ?

Pépita : Pas la couverture c’est certain ! mais le titre plein de punch ! et qui donne déjà une petite idée sur les jeux de mots qu’on va trouver à l’intérieur. Et justement, qu’est-ce qu’on y trouve ?

Colette : On y trouve cinq petites aventures vécues par notre dynamique Zoé qui prend tout au pied de la lettre ! Quand au réveil, sa voix est toute bizarre, et qu’on luit dit qu’elle a “un chat dans la gorge”, la demoiselle se met à préparer tout ce qu’il faut pour accueillir le petit félin caché au fond de son gosier ! Alors quand ensuite on lui annonce qu’elle a un “appétit d’oiseau”, que son oncle “un vrai ours” débarque ou encore qu’elle a “des fourmis dans les jambes”, son imagination ne fait qu’un tour et toute l’animalerie des expressions françaises prennent corps dans son quotidien joyeux ! Au début je me suis dit “c’est du déjà vu” car pendant un trimestre quand mon Grand-Pilote-de Balançoire était en GS on a du écouter en boucle “Quelle Chatastrophe” de Maureen Dor qui joue sur le même principe. Et puis le fait d’enchaîner 4 petites scénettes change la donne et on se laisse séduire par cette petite Zoé à l’imagination si fertile. Il y a quelque chose de jubilatoire dans ce personnage.

Pépita : Oui je me suis faite la même réflexion : c’est l’enchaînement des petites histoires autour des expressions qui rend le procédé vraiment intéressant. Zoé arrive à nous emmener dans le tourbillon de son imagination, à donner corps à ces phrases bien énigmatiques avouons-le ! Ce regard d’enfant permet à nous adultes d’être plus à l’écoute et de se mettre à leur hauteur dans l’appropriation du langage et ça j’ai trouvé ça chouette ! Et les illustrations, t’en as pensé quoi ?

Colette : Je dois avouer que je ne suis pas fan du tout… j’ai trouvé très étrange que l’illustrateur colle un gros nez rond et rose au milieu de la figure de notre petite Zoé… est-ce pour accentuer son côté “clownesque” ? Dans la mise en page, j’aime la dynamique qui se joue des codes de la bd et de l’album, je trouve ce mélange intéressant même si du coup une telle “complexité ” ne rend pas la lecture facile pour de jeunes enfants. Par contre je l’ai lu à mon Grand-Pilote-de Balançoire alors qu’il ne regardait pas les images et il a goûté à l’humour du texte. Et toi tu les trouves comment les illustrations ?

Pépita : J’ai nettement préféré le texte aux illustrations mais bon, ce n’est que mon avis. Ceci dit, c’est gai et coloré, ça attire l’œil, c’est déjà ça. Peut-être que c’est voulu ce côté décalé pour mieux faire passer un texte sur des jeux linguistiques. Moi ce qui m’a gênée, même si c’est détourné, c’est l’allusion à des marques de produits mais peut-être que je suis ringarde….tu as eu ce sentiment aussi ?

Colette : J’avoue que cela ne m’a pas frappée. J’ai trouvé le format proche de la BD très agréable à lire. Une jolie lecture pour se divertir mais pas de celles qui me font réfléchir.

Et vous, vous l’avez-lu ?

La chronique de MéLi-MéLo de livres 

Lecture commune : Je suis ton soleil de Marie Pavlenko

Quand on lit la 4ème de couverture de Je suis ton soleil de Marie Pavlenko, on ne comprend pas immédiatement le rapport avec le titre, ni son succès. Et pourtant, les premières pages tournées, on est complétement séduit par cette fiction divertissante qui nous émeut du rire aux larmes.

De quoi nous questionner et organiser une Lecture commune entre copinautes

A l’ombre du grand arbre.

Alice : Je suis ton soleil ….. un titre plein de promesses pour une lecture estivale, non ? 

Pépita : Oui complètement ! Pas de meilleur moment pour le lire il semblerait mais en plein hiver, ça doit être pas mal non plus ! Je me suis dit d’emblée : le soleil de qui ?

Colette : Alors moi qui aime tant la poésie, ce titre m’a tout de suite évoqué le vers d’Eluard, poète de l’amour par excellence : “Tu es le grand soleil qui me monte à la tête quand je suis sûr de moi”… 

Bouma  : Un titre mystérieux et lumineux à mon sens, je m’attendais à une lecture rafraîchissante et légère.

Solectrice : Oh, oui, quel titre ! Il me fait penser au chant des oiseaux, aux murmures amoureux. Il réveille aussi en moi l’écho d’une voix chère. Alors, bien sûr, j’étais déjà tentée d’ouvrir le livre pour découvrir qui prononçait ces mots.

Alice : Oui, un titre qui demande a être élucidé, d’autant que la couverture est quand même parsemée de plein de coquillettes !!! De quoi se poser des questions … On se lance dans un petit résumé pour essayer d’en savoir plus ? 

Pépita : Déborah entre en terminale cette année. Elle n’a pas si hâte d’ailleurs mais bon, quand faut y aller, faut y aller ! Elle retrouve sa meilleure amie, un drôle de garçon qui donne vraiment pas envie de s’y frotter, et tiens un nouveau ! Ce qui l’inquiète surtout, c’est le comportement énigmatique de sa mère depuis peu, et ce qui l’énerve le plus c’est de devoir gérer ce sac à puces de chien qu’elle ne supporte pas. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que cette année va être plus que surprenante.

Solectrice : C’est un roman qui semble se résumer facilement : une lycéenne se rend compte que ses parents s’éloignent. Elle remet sa vie et ses amitiés en question. Mais grâce à de nouveaux amis, ses journées s’illuminent et elle parvient à aider ceux qu’elle aime.
Cette intrigue peut sembler un peu mièvre, si on tait l’autodérision de la narratrice, le « chien de la honte » et les moments de complicité décrits avec tant de sincérité qu’ils nous font fondre.
Quant aux coquillettes de la couverture, qui m’intriguaient bien aussi, ce n’est pourtant pas un grand mystère !

Alice : A première vue, vous en conviendrez rien de très marquant ( histoire d’amitié, familiale, ..) et pourtant….Peut-être que pour comprendre la pépite qui se cache sous cette couverture très neutre et ce résumé un peu vague, nous pouvons faire plus ample connaissance avec Déborah ?
Je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de la qualifier d’anti-héroïne ou d’héroïne imparfaite, cela vous conviendrait-il ?

Pépita : Exactement, elle donne l’impression d’être la fille lambda mais très vite, on perçoit chez elle autre chose….sa vision du quotidien mélangé à de l’autodérision et pointes d’humour, on s’attache de suite à cette fille et on se laisse prendre par la main.

Colette : Oui Déborah c’est une adolescente “normale” à première vue mais qui porte des bottes en plastique au faciès de grenouille à sa rentrée en terminale tout de même, ce qui d’entrée de jeu nous indique qu’en Déborah couve un joli petit feu de fantaisie.

Bouma : La perfection n’est-elle pas synonyme d’ennui ? Pour moi tous les héros de roman sont imparfaits sinon il n’y aurait rien à raconter. Sinon, en ce qui concerne le personnage de Déborah, j’ai trouvé qu’elle était à la fois très ancrée dans son époque mais avec ce décalage propre à l’humour et à l’impertinence. On s’attache très vite à elle et on a envie de découvrir ce que recèle sa vie.

Solectrice : « Anti-héroïne », c’est exactement le qualificatif qui m’est venu après quelques pages, un peu agacée par cette tendance aux personnages féminins qui n’acceptent pas leur physique, se plaignent de leur problèmes de cœur et se trouvent malmenées par le destin. Puis on s’attache, on comprend la gêne de Déborah à porter des bottes vertes à 17 ans, à traîner ce misérable chien, qu’elle fustige tant. On comprend son malaise à accompagner une amie qui ne l’écoute pas et ne voit que son petit plaisir. On comprend sa tristesse face à des parents qui ne s’aiment plus. Et on reprend confiance quand elle forme un trio avec deux surprenants camarades, qui deviennent de précieux amis.

Alice : Oui c’est un peu ça, cette imperfection permanente, qui nous rend chaque protagoniste très proche et très réel. Hormis Déborah, qui aimeriez vous présenter comme autre personnage ? Lequel vous a marqué spécifiquement et pourquoi ? 

Colette :  J’ai été particulièrement touchée par la mère de Déborah pour de multiples et intimes raisons. L’histoire de Déborah est étroitement liée à celle de sa mère, elle est le mystère qu’il faut comprendre, elle est l’intrigue, elle est l’énigme. Elle est la clé. Que seul le soleil peut faire briller.

Pépita : Oui moi aussi la mère de Déborah m’a profondément touchée et démontre à quel point on peut se révéler à tout âge, qu’il faut oser aller au fond de soi, au prix de grandes souffrances, pour affronter et exprimer ses vrais désirs. J’ai trouvé leur relation pleine de respect. Et puis cette façon d’introduire de l’art, partant de la vie, j’ai trouvé cela particulièrement beau. Les deux garçons aussi m’ont touchées, par leur présence, leur humour, même si leur mode de vie, je l’ai trouvé pas très crédible. Mais bon la fiction sert aussi à ça ! Le père aussi, je l’ai trouvé juste : il aurait pu quitter le navire définitivement mais non, lui aussi il fait un choix douloureux mais c’est son choix et il est là quand il faut. Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est ça : on est toujours le soleil de quelqu’un.

Solectrice : Difficile de choisir un personnage en particulier tant ils semblent s’imbriquer, rayonner les uns sur les autres. C’est donc plus les échanges, les moments entre les personnages qui m’ont plu que des caractères en particulier.

Bouma : Moi j’avoue que ce sont les amis de Déborah qui me restent en mémoire. Les nouveaux bien sûr qui l’aident à rester la tête hors de l’eau mais également sa meilleure amie/ennemie si proche et en même temps avec des centres d’intérêt différents. J’ai trouvé leur relation très crédible car elle montre que la sortie de l’enfance peut parfois laisser les amitiés sur le carreau malgré toute l’envie que l’on peut avoir de s’y accrocher.

Alice : C’est exactement ça Pépita : on a tous une place dans ce monde ! Qui que l’on soit, qu’elles que soient nos faiblesses, soyons sûr d’une chose, nous avons tous à apprendre des autres et à les accepter tels qu’ils sont. Cette humilité et cette empathie nous font sûrement grandir ! Soyons sûr d’autre chose, il y a du “beau” en chacun d’entre nous !
J’ai aussi pensé que ce livre était une belle histoire de respect. Est ce un mot qui vous conviendrait à vous aussi ?

Solectrice : Une histoire de respect, mais surtout de tendresse. Entre amis, entre une fille et sa mère, entre une adolescente… et son chien.

Colette : Je ne parlerai pas de respect, parce que ce mot a été mille fois galvaudé par la sainte église laïque de l’éducation morale et civique ! A ce mot là je préfère le mot “amour”. Pour moi ce roman est un roman qui tisse les liens des amours qui nous lient à nos animaux, à nos anciens amis, à nos nouveaux amis, à notre père, à notre mère, à nos professeurs ! Quels professeurs au passage ! La prof de philo de Déborah, elle est absolument géniale tout de même ! Quelle attention portée à ses élèves, quelle ambition pour eux, quel dévouement… quel AMOUR !!!!

Alice : C’est vrai que la relation fille-mère est très importante dans ce livre. Finalement presque plus capitale que les relations entre les ados – ou bien elle nous touche à nous qui sommes des adultes ! Il y a entre elles une sorte de compréhension dans le silence. Voulez-vous creuser cet aspect du roman ?

Pépita : Respect car elles sont délicates entre elles, pas de jugement non plus, pas de rancoeur ( alors que Déborah pourrait entrer dans ce trip-là je trouve) , elles respectent chacune l’espace vital de l’autre, sans effraction et se parlent avec infiniment de tact. Sans le savoir, l’une ses découpages mystérieux l’autre ses cadavres exquis , elles se rejoignent, ce qui va devenir une forme sublimée de l’art. C’est un aspect du roman qui m’a vraiment bouleversée. Et j’ai trouvé que cette révélation de la mère à son ex-mari, à sa fille et ses amis est faite avec beaucoup de simplicité, de résonance et d’humilité.

Solectrice : La relation entre la mère et la fille est étrange : je n’ai d’abord pas compris pourquoi Déborah n’arrivait pas à entrer en contact avec sa mère, à l’interroger sur ce qui la préoccupait, à lui confier ses peines aussi. J’ai partagé la souffrance de Déborah quand sa mère, aspirée par la dépression, la trahit ou l’abandonne. Puis j’ai aimé qu’elles s’écrivent, qu’elles se rapprochent, qu’elles se soutiennent.

Colette : Je comprends parfaitement que Déborah ne puisse pas parler à sa mère, se préoccuper de sa mère à 17 ans c’est inverser les rôles, c’est prendre une responsabilité qui n’est pas la sienne, c’est accepter… de laisser irrémédiablement son enfance derrière soi et j’avoue que c’est un moment qui -quelle que soit l’époque de notre vie où cela arrive – est assez insupportable. Alors oui, c’est dur de franchir le pas, et je trouve que ce roman montre bien que c’est une étape, que cela ne peut pas se faire un jour, qu’il faut du temps et … des drames. Et puis chacun de nous se doute que lorsque l’un de nos proches ne va pas bien, c’est qu’il y a un secret qui se cache dessous la douleur, le silence, la peine. Est-on prêt à 17 ans à affronter les secrets, les douleurs,les silences, les peines de nos parents ? Il faut être sacrément courageux tout de même !

Bouma : Effectivement, cette relation mère / fille prend une part importante dans le récit et comme Colette, et pour répondre à Pépita, je pense que nous nous y retrouvons autant dans la place du parent que de celle de l’enfant à notre âge. On comprend alors plus facilement leur relation “muette” qui n’est pas exempte d’attention ou de tendresse.

Alice : Rappelons-le, le père a quitté le domicile conjugal. Il semble bien loin de ce duo mère-fille… ou pas … Sa place, son rôle, son choix … sont autant d’éléments déclencheurs, qu’en pensez-vous ?

Colette : En effet le père de Déborah a un rôle très important, il incarne un équilibre, c’est à cause de lui que tout bascule mais en même temps il sait être là, présent et solide quand les femmes de sa vie en ont besoin, pour s’effacer quand elles se reconstruisent sans lui. Et puis les coquillettes… c’est lui !

Pépita : Oui ce père il assume je trouve, il est responsable aussi. Malgré le fait qu’il provoque la situation il ne se défile pas, j’ai beaucoup aimé le passage où il découvre une autre facette de son ex.

Solectrice : C’est un personnage ambivalent, que l’on est tenté de détester au début mais que l’on découvre plutôt fiable et aimant ensuite. Je trouve intéressant de le découvrir sous un autre jour et de voir que les tensions peuvent s’apaiser quand Deborah se rend compte qu’il prend soin d’elle et de sa mère finalement.

Alice :  Et le chien, il a toute sa place le chien ! Sans lui, pas de promenades, pas de câlins réconfortants, … Il ne vous inspire pas le chien ?

Pépita : Tu as tout à fait raison de le souligner : le chien a toute son importance. Sa présence et les obligations qu’il induit obligent Déborah à rester dans le réel, à se sentir responsable d’un être vivant et elle perçoit combien ce n’est pas facile tous les jours. C’est une sorte d’effet miroir des failles de ses propres parents. Et puis ces passages sont si drôles ! Le lecteur en a besoin car mine de rien, cette histoire n’est pas si gaie.

Solectrice : Ah, le chien ! Dès les premières pages, j’ai aimé les respirations qu’il apportait dans l’histoire, toute fétide que soit son haleine. J’ai aimé le fil conducteur de ce personnage qui reprend du poil de la bête au fur et à mesure de l’histoire, tout rêche que soit son pelage. J’ai aimé aussi le réconfort qu’il apporte et le lien qu’il établit entre les personnages, tout envahissant qu’il soit.

Colette : Alors je suis désolée, je n’ai pas été particulièrement sensible au personnage canin de ce livre. Il est vrai qu’il introduit une note d’humour dans des moments de tension mais je lui ai préféré Gertrude.

Bouma : Alors ça doit être mon côté “je n’aime pas les animaux, ils me font peur” mais j’avoue ne pas avoir succombé au personnage canin. Je dirais même plus que je l’avais oublié avant que vous en parliez.

Alice : On a déjà évoqué le découpage, et maintenant Pépita parle des cadavres exquis, ne parlerait-on pas alors simplement d’art-thérapie en ce qui concerne nos personnages ? De construction ? De re-construction ? D’apaisement ? De moyens de communication ? D’aide à la transformation ?

Bouma : Le roman parle de tout ça effectivement, et je pense qu’on peut inclure l’écriture dans cette forme de reconstruction et de thérapie. Un peu comme si on bouclait la boucle.

Solectrice :  J’ai une préférence pour le mot « construction » car Déborah et ses amis n’ont pas conscience du bien qu’ils font à sa mère : c’est un jeu, une exploration et une œuvre collective au final. Comme elle est belle, en tous cas, cette construction !

Pépita : Oui un retour aux sources pour la maman et pour Déborah un jeu intellectuel entre copains. Le plus beau c’est qu’ils se rejoignent. Dans une forme d’art originale et résiliente pleine de reconnaissance naturelle.

Colette :  L’écriture, la poésie, les collages permettent de se révéler à soi, aux autres, à nos proches, il y a une sorte d’ode à la création dans ce roman, toute en simplicité, sans prétention, j’ai vraiment apprécié que cela se glisse dans la narration comme une évidence. J’espère que les jeunes qui liront ce livre-là s’essaieront aux cadavres exquis ! Moi cela m’a rappelé plein de souvenirs de lycée.

Il y a de nombreux autres sujets passionnants abordés dans le livre dont on a déjà parlé pour d’autres lectures coup de cœur, notamment le poids des secrets de famille. Ici le thème de l’avortement est vécu à travers le prisme tragique du traumatisme vécu par la mère de Déborah et en même temps complètement dédramatisé avec l’expérience d’Eloïse, si tendrement accompagnée dans cette épreuve. J’ai trouvé ces histoires qui se font écho de génération en génération, sans pour autant, se répéter vraiment bouleversantes. Et en même temps comme tu le soulignes Céline le style vivant, énergique, drôle nous entraîne au delà toujours des pires tourments. Il y a du jeu permanent dans cette écriture comme en témoignent notamment les titres des chapitres qui se jouent des citations, titres, poèmes et chansons.

Et puis quand même je suis ton soleil c’est aussi une histoire d’amour qui se construit sous nos yeux…

Alice : On a pas mal creusé le fond – à moins que vous ne souhaitiez rajouter quelque chose- mais il y a un autre élément qui m’a paru tout autant essentiel dans ce roman, c’est l’ écriture, le ton donné au texte, quelque chose qui participe au plaisir de la lecture, qui rend le contenu flamboyant alors que qu’il aurait pu être plombant.
Cela vous a-t-il autant emballé autant que moi ? Qu’en diriez-vous de plus ? 

Bouma : Moi j’ai adoré les titres de chapitres. A chaque fois je me disais “mais ça vient d’où cette référence ???” Et en règle générale je la trouvais trois chapitres plus loin  En tous cas, j’ai apprécié que Marie Pavlenko détaille en fin de livre ces références, ça permet d’enrichir sa culture à défaut de rappeler des souvenirs de lecture et de musique.

Pépita : Oui vous avez raison : ce livre réchauffe ! Il parle de la vie, de l’amour et ce à tous les âges. Le ton est jubilatoire !

Solectrice : Oh, oui, c’est décidément le ton complice et désabusé, et plus encore, toutes ces références (listées à la fin), clins d’œil aux lectures et à l’univers de l’adolescente qui m’ont séduite dans ce lumineux roman !

Alice : Une héroïne plutôt sympathique, un roman qui sous un ton agréable et plein d’humour est parsemé de petits drames du quotidien mais aussi de beaux rendez-vous sentimentaux …. Un dernier petit qualificatif pour clôturer cette lecture commune ?

Bouma : A lire Absolument (et recommandé par Yves Grevet dans Je Bouquine  )

Pépita : Du bonheur en barres qui réchauffe le cœur !

Solectrice  : Vivifiant ! A lire par tous les temps, même si vous ne mangez pas de coquillettes…

Colette : en parlant de coquillettes, franchement, je n’ai pas compris pourquoi on insistait autant sur ce plat-là, pour moi le plat fétiche de Déborah ce sont les PIZZAS !!!!

Alors comme qualificatif, je dirai “tourbillonnant” !

Solectrice : Je suis bien d’accord Colette, mon attente (de lectrice bêtement apatée par la couverture) a été déçue sur ce point  Je m’attendais vraiment à une révélation de plus grande envergure sur les coquillettes !

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Si vous aussi, vous voulez percer le mystère des coquillettes, des pizzas, des bottes en plastiques, de Mygale-man, du chien Isidore, des post-it sur le miroir de l’entrée, d’un mystérieux numéro de téléphone … Laissez-vous illuminer par Je suis ton soleil de Marie Pavlenko !

Nos chroniques :

-Alice sur son blog Alireauxpaysdesmerveilles

-Pépita sur son blog MéLi-MéLo de livres