Carte postale qui en eXprim’…

Pour les vacances, j’ai eu envie de vous faire découvrir une collection que j’affectionne tout particulièrement : eXprim’ publiée aux éditions Sarbacane.

Voilà trois ans que je suis régulièrement les parutions et j’ai eu quelques coups de cœur que je me devais de partager avec vous. Au fil de mes lectures, j’ai saisi plus précisément l’identité de cette collection qui ne cesse de me surprendre. Pour vous en parler, j’ai posé quelques questions à celui qui l’a créée et qui la dirige encore aujourd’hui Tibo Bérard. Vous pourrez donc retrouver ses réponses juste après trois titres que j’ai sélectionnés rien que pour vous…

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La ballade de Sean Hopper
, Martine Pouchain
Une histoire très humaine pour laquelle j’ai versé quelques larmes.

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Toute la vie, Jérôme Bourgine
Un combat contre la maladie plein d’émotions qui m’a beaucoup touchée.

les déchainés

 

 

Les déchaînés, Flo Jallier
Une famille marquée par son histoire dont les différentes vies m’ont passionnée.

 

 

Place à Tibo Bérard, directeur de la collection eXprim’ aux éditions Sarbacane.

Bonjour Tibo, peux-tu nous raconter comment est née la collection eXprim’ ?

J’étais journaliste avant d’être éditeur. Je travaillais pour un magazine littéraire qui s’appelait Topo et dont la ligne se voulait à la fois populaire et pointue. Ce magazine avait la particularité de traiter de tous les genres de livres sans les hiérarchiser. Quand il s’est arrêté, j’ai pris contact avec des éditeurs pour travailler autour des jeunes et de la lecture. Le directeur de Sarbacane avait déjà en tête de lancer une collection de romans pour ouvrir l’activité de la maison, alors concentrée sur l’album, à ce secteur. Après discussion, il m’a proposé de revenir avec un projet. Je voulais une collection assez punk, qui déborde, qui soit dans l’énergie, plutôt dans le « trop » que dans le « pas assez ». J’avais envie aussi de faire venir de nouveaux auteurs, des scènes urbaines notamment. J’ai appelé une boîte de prod’ de hip-hop qui m’a mis en contact avec un slameur, Insa Sané. Il avait écrit le manuscrit de Sarcelles-Dakar et ne savait pas vers qui s’orienter pour l’éditer. Ça a été la première rencontre de la collection.

D’où vient le nom de la collection : eXprim’ ?

Il y a plusieurs idées derrière ça. La première concerne l’aspect outrancier, jaillissant de nos livres. Plutôt que de se situer dans la littérature intimiste, retranchée ou cérébrale, on investit une littérature qui déborde et se veut viscérale, rapide, pleine de vie. La « prime » en fin de mot, c’était pour donner un petit côté urbain et moderne. Le X représente une zone libre, sans interdit. Cela rejoint aussi le fait qu’à la création d’eXprim’, nous ne pensions pas concevoir du « roman pour ados » mais porter des romans modernes, déjantés, reliés à la musique et au cinéma… qui par ricochet toucheraient les jeunes « en priorité ». Une autre approche de la jeunesse, donc.

Comment la collection a-t-elle évolué depuis sa création ?

J’identifie trois grands « moments » dans cette collection qui a 6 ans et environ 60 titres publiés – presque uniquement des auteurs de premiers romans que l’on a suivis et accompagnés ensuite.

Les deux premières années, on s’est beaucoup employés à « marteler » notre discours, avec des romans très percutants et urbains, ce qui nous a donné une identité très forte avec une ligne éditoriale très marquée.  En revanche, j’ai peut–être eu tendance à trop « conceptualiser » notre offre – ma formation journalistique me pousse souvent à penser les choses par catégories, voire étiquettes : Antoine Dole, notre plume punk ; Insa Sané, notre conteur hip hop… alors que les auteurs ont eu aussi envie de se diversifier, de voir leurs univers s’épanouir sur différentes facettes, avec le temps.

Ensuite, après les publications de quelques romans plutôt noirs, on a été un peu enfermés dans l’image de « la collection subversive » par une partie de la critique. On a dû défendre et argumenter notre désir de proposer un espace de création libre, via la collection, auprès de professionnels qui se posaient surtout la question de ce qu’on peut faire lire ou non aux adolescents… alors qu’on ne souhaitait pas censurer puisqu’on n’a pas de limite d’âge, pas de public cible. Et que par ailleurs, je reste persuadé qu’un jeune de 14, 15 ans peut tout lire.

Après cette période – la seconde donc, une phase de questionnements et de doute autour de la collection –, on a abouti à… une évolution assez formidable. C’est le fruit des retours intéressants de nombreux libraires et bibliothécaires, d’une réflexion menée sur le long terme et à bâtons rompus avec l’équipe, avec les auteurs… Peu à peu, on a souhaité ouvrir l’axe de la collection, en remettant plus encore le plaisir de lecture au cœur des romans, là où parfois, le désir de travailler de façon obsessionnelle autour du style et de l’innovation formelle avait pu nuire un peu aux histoires. J’ai voulu revenir au goût du conte « vaste », charnel, universel, celui qui emporte le lecteur et ne le lâche plus. On s’est ainsi ouverts à des genres différents – tel le fantastique, via la publication de la série La mort, j’adore ! d’Alexis  Brocas, ou encore le roman d’émotion, avec Gadji ! de Lucie Land ou La Ballade de Sean Hopper de Martine Pouchain. Tout cela a participé d’une volonté de tenter une approche un peu plus universelle du roman, plus ouverte, plus récréative aussi. Et ça a payé.  En conservant une impertinence qui n’appartient qu’à nous, on est parvenus à publier des romans à la fois forts et accessibles – dans le bon sens du terme –, comme La drôle de vie de Bibow Bradley d’Axl Cendres, Tu seras partout chez toi d’Insa Sané, Bras de fer de Jérôme Bourgine, Frangine de Marion Brunet… La rentrée 2012 a constitué une vraie étape pour nous, également d’un point de vue commercial, le début d’un essor qui ne se dément pas depuis bientôt un an.

Qui écrit pour la collection eXprim’ ?

Les premières années ont été consacrées à la découverte d’auteurs, que j’ai ensuite accompagnés. Ce sont ceux que j’appelle avec affection « les anciens » ou « la dream-team », des plumes très fortes, des auteurs inventifs et puissants, et surtout désireux de se renouveler sans cesse : Axl Cendres, Insa Sané, Lucie Land, Rolland Auda, Karim Madani, Martine Pouchain (qui avait déjà une belle carrière d’auteure « consacrée), Jérôme Bourgine, Flo Jallier, Antoine Dole, David Tavityan… Dans un second temps, une foule de projets passionnants me sont parvenus spontanément, ce qui a ouvert une nouvelle vague d’auteurs avec Marion Brunet, Philippe Arnaud, Thomas Carreras, Vincent Mondiot ou, à paraître à la rentrée, Loïc Le Pallec et Benoît Minville…

Dans chaque livre, avant le début de l’histoire, il y a une play-list choisie par l’auteur. D’où vient cette idée originale ?

C’est une des premières idées de la collection. Je voulais placer EXPRIM’ sous le signe de la musique, pour signifier au lecteur qu’il entrait dans une écriture musicale, poétique, travaillée, rythmique, sonore. C’est l’idée de la modernité, avec le livre comme porte ouverte sur le monde. C’est enfin né d’une réflexion sur les modes de lecture contemporains, chez les gens de notre génération et des nouvelles générations, qui lisent en musique, voyagent d’un univers artistique à l’autre, croisent les références et les hybrident.

Pour nous donner envie d’arriver à la rentrée, peux-tu nous donner un aperçu des romans qui paraîtront ?

Je publie trois romans – et je les adore tous ! – pour la rentrée. Le premier est No man’s land de Loic Le Pallec, un premier roman. C’est un récit de SF où des robots se réveillent doués d’émotions sur une Terre post-apocalyptique. Ils découvrent leurs nouvelles facultés sans les comprendre tout de suite. C’est un roman qui questionne sur l’humanité, l’identité, la prise de conscience, la naissance et la signification des émotions, mais tout cela de façon ludique, fun et très vivante.

Il y aura également un nouvel opus de Martine Pouchain : Zelda la rouge. Martine a travaillé cette fois avec des personnages féminins, ce qui est plutôt nouveau pour elle, et surtout elle fait une incursion remarquable dans la comédie. C’est l’histoire de deux sœurs ; l’une est en fauteuil roulant depuis qu’un chauffard l’a renversée tandis que l’autre, son aînée, l’a élevée comme une mère et ne rêve que de retrouver le chauffard pour la venger. Ça démarre comme une tragédie  – un hommage à Lorenzaccio de Musset, via la réflexion sur le choix entre amour et vengeance – mais il y a de nombreux accents de comédie, des personnages burlesques…

Autre coup de cœur, Je suis sa fille de Benoît Minville. C’est un auteur que j’avais rencontré sur son blog (il est libraire), en lisant un article qu’il avait consacré à La drôle de vie de Bibow Bradley. J’avais trouvé l’article vif, pertinent… mais surtout très bien écrit. Je l’ai donc contacté, il m’a confirmé qu’il écrivait, fait lire son manuscrit… et je suis tombé en amour. Profondément ! C’est l’histoire de Joannie, une jeune fille tout à fait banale, plutôt studieuse, élevée par son père avec qui elle a une relation très forte. Ce dernier travaille dans une grande entreprise et, du jour au lendemain, se fait broyer par le système. Alors sa fille se révolte. Elle ne supporte plus ce système et décide de l’arrêter ; elle a 16 ans, ne voit qu’une solution : tuer le patron. Elle part alors avec son meilleur ami sur les routes de France, direction Nice, où le big Boss a une villa. Cela donne un road-movie engagé, souvent hilarant, souvent bouleversant, et pour tout dire extrêmement humain, qui explore des thématiques très fortes telles que la crise, le besoin de révolte des jeunes, la société de consommation, la perte de sens dans notre époque hyper–industrialisée… À vrai dire, on ne peut pas finir ce livre sans pousser un grand cri de rage et d’espoir mêlés. C’est une réussite.

Merci Tibo pour ton intervention, as-tu envie d’ajouter quelque chose ?

On n’a pas parlé de la promotion des livres que l’on organise, toi et nous ! J’aimerais bien parler un peu des blogueurs, parce qu’ils forment une nouvelle donne passionnante dans le jeu du livre – en particulier au secteur Jeunes Adultes, qui me semble être un espace précurseur. À Sarbacane, depuis disons trois ans, on a accentué beaucoup le travail avec les blogueurs, qui s’affirment de plus en plus en tant que prescripteurs de poids. On a même divisé de moitié nos envois à la presse « traditionnelle » pour se concentrer sur eux… et il faut dire que ce travail avec les blogueurs est assez génial. D’une part il y a un vrai impact de vente suite à un article sur un blog, les réseaux de blogueurs faisant revivre les traditionnels clubs de lecture dans l’espace virtuel. Et d’autre part, les auteurs adorent ça, parce que c’est un retour de lecture immédiat, direct, sans compromis. Dans le foisonnement des blogs, certains articles sont très réussis et puis, même quand ils le sont moins et que c’est simplement du coup de cœur ou du coup de gueule, cela reste intéressant car on voit une « vraie personne » exprimer un point de vue, un retour net. On a commencé cette expérience un peu par hasard avec quelques blogueurs et on voit que maintenant ça se professionnalise.

On parle de la collection eXprim’ et de ses romans sur nos blogs :

Nathan a interviewé Tibo Bérard ICI.

Les déchaînés, Flo Jallier : Alice, Sophie, Céline
Frangine, Marion Brunet : Pépita, Sophie
Le monde de Charlie, Stephen Chbosky : Bouma, Sophie, Nathan
L’enfant nucléaire, Daph Nobody : Nathan, Sophie
Traverser la nuit, Martine Pouchain : Nathan, Sophie
Tu seras partout chez toi, Insa Sané : Nathan
La drôle de vie de Bibow Bradley, Axl Cendres : Nathan
50 cents, Thomas Carreras : Nathan
Daddy est mort… retour à Sarcelles, Insa Sané : Sophie
Lorraine Super-Bolide, David Tavityan : Sophie
La ballade de Sean Hopper, Martine Pouchain : Sophie
Comment j’ai raté ma vie de super-héros, David Tavityan : Sophie
Mes idées folles, Axl Cendres : Sophie
Web dreamer, Anne Mulpas : Sophie
Echecs et but !, Axl Cendres : Sophie
2 jours pour faire des thunes, Hamid Jemaï : Sophie
La mort, j’adore !, Alexis Brocas : Sophie (tome 1, 2 et 3)
Adulte à présent, Edgar Sekloka : Sophie
Le dévastateur, Rolland Auda : Sophie
K-Cendres, Antoine Dole : Sophie
Toute la vie, Jérôme Bourgine : Sophie
Bras de fer, Jérôme Bourgine : Sophie, Nathan
La peau d’un autre, Philippe Arnaud, Sophie

Une carte postale de Belgique de Frank Andriat, Monsieur Bonheur !

Qui dit Belgique dit moules, frites, chocolat, et cie.

Mais dans notre petit pays, on compte également de nombreux auteurs jeunesse de talent.  Comme j’ai carte blanche, l’occasion est trop belle et je ne résiste pas à la tentation de vous présenter l’un d’eux, que j’affectionne tout particulièrement.  C’est parti…

“Les petits bonheurs simples du quotidien n’intéressent personne et ce sont pourtant eux qui construisent nos vies.”

Bonjour Frank Andriat ! Cet été, sur notre blog collectif « A l’ombre du grand arbre », tous les lundis et les jeudis, nous postons des cartes postales… littéraires à destination de nos lecteurs. La mienne vous est réservée. Je vous laisse le choix de l’illustration du dos. Quelle vue de Belgique aimeriez-vous partager avec nous ? Pour quelle raison ?

photo : site de la Maison du Tourisme de Gaume : http://www.soleildegaume.be/

Bonjour, Céline. Je vous remercie pour votre attention. Une vue de Belgique qui me fait songer aux vacances ? Une vue de Gaume, évidemment. Quand je ne suis pas à Schaerbeek (1), je file vers les collines douces de la pointe sud de notre petit pays. Les paysages m’apaisent et j’y trouve bien des idées pour mes livres. Je viens d’ailleurs de participer, avec Jean-Luc Geoffroy et Claude Raucy, à un calendrier perpétuel qui chante les beautés de la région…

A propos de moyens de communication, votre titre Je voudr@is que tu… qui traite des dangers d’Internet laisse à penser que vous restez un adepte des bons vieux moyens de communication version papier et que vous privilégiez les rencontres réelles plutôt que virtuelles… Est-ce exact ?

JE VOUDR@IS QUE TU…, Grasset, Paris, 2011.

J’utilise Internet quand il le faut pour faire des recherches et pour mon courrier électronique, mais je conserve une tendresse pour la communication papier qui est tellement plus personnelle. Je ne suis pas sur facebook ou sur un autre réseau social et, c’est vrai, rien ne me plaît autant que de voir mes amis, de discuter avec eux autour d’un verre et d’un sourire.

Je voudr@is que tu… est un parfait exemple de titre dans le vent. Avec Tabou, un titre sorti en 2003 qui traite de l’homosexualité et du suicide, vous faisiez figure de pionnier. Dans La remplaçante, vous évoquez les difficultés relationnelles entre l’enseignant et ses élèves, dans le Journal de Jamila, celles d’une jeune fille issue de l’immigration qui tente de concilier deux mondes inconciliables, etc. Récemment, vous avez obtenu un prix des lycéens pour votre recueil de nouvelles, Rose afghane. Est-ce le fait de côtoyer des jeunes dans le cadre de votre profession d’enseignant qui vous amène à parler de sujets qui intéressent au plus près les adolescents ?

J’adore mon boulot de prof et je trouve tellement triste et choquant qu’il soit de plus en plus phagocyté par les pédagogues qui le rendent incompréhensible et qui le transforment en une pseudoscience plutôt qu’en un art où l’humain a l’avantage sur les techniques… Mes élèves et moi avons de merveilleux contacts et c’est vrai, ce qui les passionne, m’intéresse. Lorsque j’écris pour les ados, grâce à mon métier d’enseignant, je trouve des idées que je n’aurais pas autrement. Chaque livre est complètement imaginaire, mais chaque histoire part d’une question posée, d’une émotion vécue.

MONSIEUR BONHEUR, Memor, Bruxelles, 2003.
Réédition chez Mijade, Namur, 2007.

Sur votre site, vous évoquez le fait que vos deux casquettes, celle d’écrivain et celle d’enseignant, vous sont toutes deux indispensables. Les connexions entre ces deux facettes de votre vie semblent d’ailleurs très nombreuses. A ce propos, il y a une question qui me taraude depuis longtemps ! Un peu à la manière d’Hitchcock qui apparait dans ces films, Monsieur Bonheur, ce professeur de français récurrent dans vos livres, pourrait-il être vous ?

Si je pouvais tous les jours être aussi sympa que mon personnage, Monsieur Bonheur, je serais heureux ! Il est en quelque sorte le prof idéal, celui que j’aimerais être en chaque circonstance, mais ce n’est évidemment pas le cas ! Cependant, pour tout vous avouer, l’idée du livre vient de mes élèves (une fois de plus) qui, entre eux, me surnommaient ainsi. Il paraît que j’ai souvent le sourire et que je râle peu.

JOLIE LIBRAIRE DANS LA LUMIÈRE, Desclée De Brouwer, Paris, 2012.
Editions de La Loupe, Guérande, 2012. (Edition en grands caractères)
Sélection au Prix des Lycéens de la Ville de Gujan-Mestras 2013.

Le romancier de Jolie libraire dans la lumière évoque la peur de parler du bonheur dans les livres. Ce n’est visiblement pas votre cas puisque, dans vos titres, vous n’avez de cesse de faire évoluer vos personnages et de les amener à être heureux dans leur vie. Pourquoi ce choix ?

J’aime parler de la lumière, de la tendresse, de l’amour et du bonheur parce que je crois qu’on n’en parle pas assez. Voyez les infos à la télé, lisez les journaux. Lorsqu’un malheur arrive, la presse est aux abois, mais les petits bonheurs simples du quotidien n’intéressent personne et ce sont pourtant eux qui construisent nos vies. Un de mes auteurs préférés est Christian Bobin ; au fil de ses livres, il m’a appris à regarder le monde en beau et j’ai envie de partager cela avec mes lecteurs.

Dans l’un de vos derniers titres, le premier tome de la série policière Les Aventures de Bob Tarlouze, vous nous rappelez qu’il ne faut pas juger sur les apparences… Cette thématique d’ouverture à l’autre, peu importe ses différences, vous tient-elle particulièrement à cœur ? Pourquoi ?

Cette thématique est un  des fils conducteurs de mes livres. Oui, elle me tient à cœur et je dois sans doute cela à Schaerbeek, ma commune multiculturelle, qui m’apprend, chaque jour, à côtoyer les différences. Schaerbeek a vécu des années noires quand un bourgmestre flirtait avec l’extrême-droite. Je ne peux pas admettre cela et, à l’époque, j’ai écrit le Journal de Jamila.

JOURNAL DE JAMILA, Le Cri, Bruxelles, 1986.
Réédition en 1992.
Nouvelle édition chez Labor, Bruxelles, Collection Espace Nord Zone J, 2000.
Mijade, Namur, 2008.

Celles et ceux qui sont différents sont souvent fragilisés dans une société où tout doit être de plus en plus lisse : mon cœur me porte sans cesse vers les plus faibles.

Comme votre jolie libraire, éprouvez-vous une tendresse particulière pour les gens qui lisent ?

Oui, j’aime beaucoup les gens qui lisent, car ils s’offrent des pauses dans leur vie. Lire, c’est s’ouvrir au monde et prendre le temps de le faire. Lire un livre, c’est aussi pouvoir le déposer et rêver. C’est un luxe que beaucoup de nos contemporains ne s’offrent plus. Lire, c’est voyager, prendre de la distance et réfléchir. Vraiment autre chose que de s’abrutir devant une série insipide ou devant un jeu vidéo.

Vous avez édité de nombreux titres avec vos élèves. Vous-même avez été encouragé à écrire par l’un de vos professeurs, lui-même écrivain. En tant que professeur de français, quels sont vos trucs et astuces pour amener les jeunes à la lecture et à l’écriture ?

Ce qui est merveilleux dans le métier d’enseignant, c’est que nous devons sans arrêt nous remettre en question. Chaque classe est différente et j’essaie de « sentir » les élèves avec qui je vais faire un bout de chemin avant de leur proposer un projet d’écriture. Ce sont souvent les hasards de la vie qui nous font des cadeaux. Quant à des trucs, il n’y en a pas vraiment. Je connais quelques titres qui fonctionnent bien et, en partant de ceux-ci et en fonction du groupe avec lequel je travaille, j’essaie d’aller plus loin. Il faut demeurer humble, savoir qu’il y aura des ratés et quelques succès. L’amour et le plaisir de la lecture et de l’écriture ne sont pas une affaire de techniques pendues à un arbre de compétences. C’est avant tout une affaire de cœur, de justesse. Je parle à mes élèves de mon bonheur de lire, de ce que je découvre comme liberté dans la lecture et je leur dis aussi ma passion d’inventer des histoires.

Quels auteurs leur proposez-vous, dans les classiques comme dans la littérature jeunesse contemporaine ?

J’ai en général des 4è. Ils lisent Maupassant, Hugo, Camus pour citer quelques classiques et des extraits d’œuvres de Balzac, de Zola, de Stendhal, de Rousseau, de Ionesco, de Proust… En littérature jeunesse, Jean Molla, Nicolas Keszei fonctionnent très bien, mais j’essaie chaque année de partager mes coups de cœur avec eux : l’an dernier, nous avons découvert une jeune auteure afghane, Chabname Zariâb. Cette année, j’ai envie de leur faire découvrir un roman terrible, mais génial : Max de Sarah Cohen-Scali.

Et vous, quelles étaient vos lectures d’enfant, d’ado ?

Il n’y avait pas grand-chose en littérature jeunesse à l’époque. Je lisais les aventures de Bob Morane avec gourmandise, des contes fantastiques (Jean Ray, Thomas Owen, Jean Muno) et des classiques, bien entendu : Malraux, Balzac, Hugo. Et, ensuite, je me suis nourri pendant des années de littérature belge : j’animais une revue à l’athénée Fernand Blum et cela m’a permis de rencontrer de nombreux écrivains.

Nos lecteurs sont peut-être en train de préparer leurs bagages. Parmi vos titres, lesquels leur proposeriez-vous d’emporter ?

Je choisis la facilité en vous proposant trois de mes derniers livres : Bart chez les Flamands (Renaissance du Livre) pour son côté belge et déjanté qui fera sourire les adultes, Les aventures de Bob Tarlouze (Ker éditions) pour son humour décalé (il devrait amuser ados et adultes)

ARRÊTE TON BARATIN, LES AVENTURES DE BOB TARLOUZE, TOME 1, Ker éditions, Rosières, 2013.

et Rose afghane (Mijade) parce qu’écrire sur l’Afghanistan et particulièrement sur les jeunes filles de ce pays a été une expérience très émouvante. Ce livre est une aventure humaine faite d’amitié et de rencontres, avec Hadja Lahbib et Chekeba Hachemi notamment.

ROSE AFGHANE, Mijade, Namur, 2012.
Prix des Lycéens de Villeneuve-sur-Lot 2013.
Les droits d’auteur de ce livre sont versés à l’association AFGHANISTAN LIBRE de Chékéba Hachemi : www.afghanistan-libre.org

Et vous, Frank Andriat, quel(s) livre(s) emporterez-vous cet été ? A moins que vous ne profitiez de ces congés pour écrire votre prochain roman ! Si c’est le cas, peut-on avoir la primeur du thème ?

Je vous ai déjà parlé de Max que je vais relire pour préparer un cours à son sujet. Lors d’un salon du livre en France, j’ai rencontré un auteur argentin, Eduardo Berti. Une écriture tout en délicatesse. Ses romans sont édités en français chez Actes Sud. Les deux derniers romans d’Eva Kavian publiés chez Mijade aussi. J’ai beaucoup de retard dans mes lectures… parce que j’écris trop ! Je m’occupe pour le moment de la correction des épreuves d’un livre où je dis tout le mal que je pense des multiples réformes et des pédagogues qui détruisent notre beau métier de prof. Le livre s’intitule Les profs au feu et l’école au milieu et il sort fin août à la Renaissance du Livre. En octobre, Mijade publie une nouvelle version de La forêt plénitude. Et je travaille à un roman sur le thème des jeunes qui sont partis combattre en Syrie. Un sujet délicat qui me touche beaucoup, car deux de mes élèves se sont retrouvés parmi eux.

Déjà une idée de titre ?

Les titres vont et viennent au fil de l’écriture, mais, oui, j’ai une idée et la voici : «Je t’enverrai des fleurs de Damas».  Je ne vous en dis pas plus, car je ne sais pas encore comment se termine le roman !

Il ne nous reste plus qu’à patienter…  Dans vos bagages d’été, les deux derniers titres d’Eva Kavian, une auteure que nous aimons beaucoup également  A l’ombre du grand arbre…   Peut-on dire que cette auteure est votre pendant féminin en matière de littérature jeunesse made in Belgique ?  Y a-t-il d’autres auteurs belges que vous conseilleriez à nos jeunes lecteurs ?

Eva écrit très bien et ses livres sont émouvants, humains et vraiment bien construits.  Je ne sais pas si l’on peut affirmer qu’elle est mon pendant féminin, car nos univers sont très différents, même si c’est l’humain qui guide nos plumes.  Je lis tous les romans jeunesse publiés chez Mijade et j’aime les auteurs (souvent belges) que cette maison merveilleuse me permet de découvrir. Nicolas Keszei est un ami et j’aime ce qu’il écrit.  Claude Raucy a aussi écrit de beaux romans destinés aux ados. Comme Patrick Delperdange et tant d’autres !

Encore merci pour votre disponibilité, votre confiance et toutes ces idées de lecture !  Je vous souhaite un bel été…  peut-être à l’ombre d’un grand arbre de Gaume…

Pour en savoir plus sur cet auteur plein de sensibilité, consultez son site officiel.
Des avis sur quelques-uns de ses titres, à lire sur Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait LIVREsse :

Quelques auteurs/titres cités par Frank Andriat que nous avons lus :

Pour en savoir plus sur les auteurs et les illustrateurs en Wallonie et à Bruxelles : http://www.litteraturedejeunesse.be/

(1) commune de Bruxelles-capitale

Carte postale éditée par Les fourmis rouges

logo-fourmisMa carte postale, format carrée, est blanche.
Avec juste un ENORME gros rond rouge en plein centre sur lequel on a, comme des petites empreintes de pas, écrit ce nom : Les fourmis rouges.
Depuis le mois d’avril, Valérie Cussaguet et Brune Bottero, un couple de petites fourmis bosseuses, ont agrandi la grande fourmilière du monde éditorial en créant leur propre maison d’édition.
Se frayant un bout de chemin au cœur des galeries souterraines, en très peu de temps elles fourmillent d’idées, et rien ne résiste à leur acharnement et à leur engagement. Mais attention, une fourmi rouge, parfois ça ironise, ça appelle à la réflexion et ça pique !
Ah, je vois que je titille votre curiosité, que vous avez des fourmis dans les jambes, alors, lisez leur carte postale estivale !
Valérie Cussaguet a bien voulu répondre à mes questions.
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En ces temps qui courent, c’est courageux de se lancer dans l’aventure d’une nouvelle maison d’édition ?
Non ?
Pourquoi me demandez-vous ça…?  ( petit sourire en coin )
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Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Une passion pour le livre depuis mon premier contact avec La chèvre et les biquets (album du Père Castor), du droit à l’université de Nanterre, une formation en édition à l’université de Villetaneuse, chargée de promotion durant trois années chez Gallimard Jeunesse puis trois années chez Bayard Éditions, et éditrice des albums pendant treize ans aux éditions Thierry Magnier.
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D’où vient ce drôle de nom ?
Les fourmis parce que c’est un animal accessible qui passionne fourmisrouges
les enfants ET les adultes.
Parce qu’une fourmi seule n’est pas grand chose mais qu’à plusieurs elles soulèvent des montagnes et que cela correspond assez à ma vision d’une maison d’édition et de ce qu’on appelle la chaîne des métiers du livre. 
Et rouges parce que ça pique un peu…
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Pourriez-vous me donner 4 mots qui traduiraient votre ligne éditoriale ?
Exigence, cohérence, éclectisme et liberté.
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Comment concevez-vous la création d’un album ?
Comme une mise en commun de compétences diverses au service d’un même objectif : réaliser l’album le plus beau et le plus intelligent qui soit, et réussir à le vendre au plus grand nombre.

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Pas toujours facile d’allier texte et illustration, cela demande-t-il le double de travail ?
Ce n’est pas le double de travail. C’est précisément LE travail de l’album : réfléchir au rapport texte/image. 
Sauf évidemment quand il n’y a pas de texte.
C’est là qu’on a alors le double de travail…
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D’ailleurs, Les fourmis rouges seront elles toujours spécialisées dans l’album ?
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Les fourmis publieront les livres qui leur plaisent, sans rien s’interdire, quand elles estimeront être en mesure de le faire parfaitement bien.   
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Comment avez-vous fait le choix des 4 premiers titres parus dans votre catalogue ?
Une histoire de complicité intellectuelle et amicale entre les créateurs et l’éditrice. 
Et le choix de publier des livres qui racontent avec légèreté et humour certaines manières de voir le monde.
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Pour chacun d’entre eux, pouvez vous nous dire le premier mot qui vous vient à l’esprit :
        * La nuit dans mon lit de Julien Roux
 
Graphisme.
 
        * Ephémère de Frédéric Marais
 
Humour. 
 
        * Il était mille fois de Ludovic Flamant
 
Emotion. 
 
                  * La vie des gens de François Morel
 
Générosité. 
 
 
 
 
 
 
Après quelques mois d’existence pouvez-vous déjà nous dire quelques mots sur l’accueil de vos albums par le grand public ? par les professionnels ?
L’accueil des libraires a été très chaleureux. Ce qui est évidemment crucial pour nous et nous a portées. 
Et, même si j’ose espérer que la qualité des ouvrages n’y était pas pour rien, il nous a semblé que cet enthousiasme avait d’autres causes. Comme si l’idée de la création d’une maison d’édition en ces temps de morosité ambiante était une bouffée d’air frais pour tous…
Les auteurs et illustrateurs nous suivent joyeusement.  
Quant à l’accueil du grand public, c’est un peu tôt pour en parler, mais il semblerait qu’il soit plutôt positif.
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Quelques mots sur les prochains titres qui seront publiés ?
Une collection de tout-carton très graphique pour les tout-petits (avec Chamo, Yassine, Vincent Mathy et Jochen Gerner),
– un album d’Élisa Géhin pour ranger le monde,
– un grand album de Delphine Perret pour mieux connaître les crocodiles,
– un tout petit album de Delphine Jacquot pour suivre le tour du monde déjanté d’une taupe et d’un héron,
– un livre souple de Lili Scratchy pour apprendre à vivre avec un Popdouwizz à la maison,
-un album de Frédéric Marais pour savoir pourquoi il y a un Inukshuk géant sur la lune…
fourmisrouges
 Merci à Valérie et à Brune,
et longue vie à leur colonie de fourmis.
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Envie d’aller un peu plus loin ?
Rendez-vous sur leur site : http://editionslesfourmisrouges.com/
 
Mais aussi chez mes copines d’A l’ombre du grand arbre, au pied duquel se baladent quelques fourmis :
Il était Mille Fois est chroniqué chez Kik
Ephémère est chroniqué chez Carole
maofrgz
 
“Une armée de fourmis peut triompher d’un serpent venimeux. »
Proverbe Chinois
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Bons baisers de Gaspard !

carole@3-étoiles

carole@3-étoiles

Quelle joie de recevoir cette carte postale ! Joie doublée en découvrant le nom de l’expéditeur : Gaspard Corbin ! Vous savez cet ado hyper drôle et attachant dont on suit les aventures et les tourments depuis 3 ans déjà… Pour ceux qui seraient passés à côté, séance de rattrapage ici.  Au dos quelques mots énigmatiques ” Ici, la majorité des habitants vouent un culte à la Dynastie des Tongs. Quand on écrit, on écrit toujours à quelqu’un. Mais il ne vous répond jamais. ” Un brin curieuse, j’ai décidé d’avoir un entretien avec son papa, Stéphane Daniel, histoire d’en savoir davantage…

Comment s’inscrit cette trilogie dans votre travail d’auteur ? Pouvez-vous nous raconter la naissance de Gaspard ?

Une forme de “pilote” de Gaspard est paru dans un recueil de chez Rageot intitulé “Parlez-moi d’amour” sous la forme d’une nouvelle, “Piensa en mi”. Lorsqu’on m’a proposé de participer à ce projet, pour la première fois de ma vie, j’ai choisi de lâcher la bride à mon écriture, de me laisser porter par son courant naturel, de ne pas exclusivement la mettre au service d’une histoire mais d’en faire le coeur de mon projet. J’ai adoré la mener à bien, et elle a été plutôt bien reçue. Dans la foulée, j’ai donc créé mon personnage de Gaspard, et avec lui j’ai eu le sentiment de toucher du doigt ce que je peux faire de plus vrai. Les premiers retours ont été ceux de quelques amis auteurs dont l’enthousiasme généreux m’a conforté dans cette idée que ce que je pouvais donner de mieux à l’écriture, et ce qu’elle pouvait le mieux me rendre, tenait dans le filet de ces lignes-là. J’ai donné une suite à ses aventures bourguignonnes pour le plaisir de retrouver cet univers avec lequel je me sens en accord profond. Quant au personnage, je tenais à ce qu’il soit ordinaire, juste pour montrer à quel point chacun est unique. Gaspard est très loin de celui que j’étais à son âge, car il a cette caractéristique qui m’a beaucoup manqué, celle de tout oser, mais je crois partager encore aujourd’hui son mode de communication favori, cette ironie dont j’espère qu’elle apparaît bien dénuée de cruauté.

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L’Amour tient une place essentielle, y compris dans les titres, pour quelle(s) raison(s) ?

L’amour est en effet le motif central de cette suite de romans parce qu’il est à mon sens l’élément central d’une vie d’adolescent. Que le mot “Amour” lui-même soit récurrent dans les titres vise à faire comprendre qu’un lien unit les livres entre eux. Il n’est nulle-part indiqué sur la couverture qu’il s’agit d’une sorte de série, ou de suite, et il est important qu’un élément le fasse comprendre.

Quel est pour vous le lecteur idéal de ces romans ? Réellement des ados ?

La question du lectorat idéal est très délicate. Je dois admettre le fait suivant : mes plus fervents lecteurs sont des adultes. Sans doute faut-il avoir derrière soi quelques heures de lecture pour saisir la totalité des échos que renvoient certaines phrases du personnage. Mais les adolescents sont les premiers invités au banquet. Encore faut-il qu’ils sachent que ces livres existent.23

Dans le tome 3, la musique se fait entendre… Est-ce que “la vie sans musique est une erreur ” ?

Oui, la musique tient une place centrale dans ma vie. Elle en accompagne chaque moment. J’en écoute tout le temps, même en écrivant.

Gaspard pratique l’auto-dérision, l’ironie, il a une sacrée répartie ! L’humour est-il un moyen de communication adéquat pour un anti-héros attachant ?

Ce n’est pas à moi de décréter que l’humour est ou n’est pas le meilleur moyen d’y parvenir. J’en viens naturellement à l’employer pour des tas de raisons. C’est dans la vie la meilleure défense contre la timidité, et c’est dans un livre un des moyens pour éviter l’ennui. Les livres qui font rire ne sont pas légion, en partie parce que l’utilisation du drame semble toujours littérairement plus noble. Ce Gaspard qui rit des autres mais n’a pas peur d’être ridicule me plaît. Et qu’il en devienne attachant me comble de joie. D’autant que l’humour n’exclut pas qu’on utilise le reste de la palette des émotions. Tout se résume à ceci : peut-on reprocher à un Aspro d’être effervescent ?

Quelles sont vos références en littérature jeunesse ?

Je suis depuis longtemps un grand lecteur de Littérature Jeunesse. Nombreux sont ceux que j’admire, et nombreux, parmi ceux que j’admire, sont des amis. Je ne vais pas en dresser la liste. Je retiendrai les 2 qui me bouleversent à chaque fois : Jean-Claude Mourlevat et Louis Sachar. Je pourrais les relire indéfiniment.

Avez-vous des projets en cours ? Un tome 4 ?3

Des projets, j’en ai plus que de temps pour les mener à terme, mais j’ai commencé le tome 4 de Gaspard. Pour l’instant, rien d’autre.

Et enfin, quel serait votre statut facebook à la suite de cet entretien ?

Mon statut final… “Je n’en démordrai pas. Ceux qui ne me connaissent pas ne seront pas invités à mon anniversaire !”

Un immense MERCI à Stéphane Daniel pour sa disponibilité, son temps et sa plume ! Vous pouvez trouver Gaspard et ses statuts hilarants là.

Quant à vous, que vous soyez sur un transat, sur la plage, en montagne, à la campagne, en ville, dans un hamac, chez vous, en terrasse, ou à l’ombre d’un grand arbre, prenez le temps de vous détendre, de lire, de plonger, de rire et de découvrir Gaspard ! Je vous garantis un réchauffement des zygomatiques immédiat !

Martin Page nous répond…

martin page avril 2013Martin Page a étudié successivement l’anthropologie, le droit, la psychologie, la linguistique, la philosophie, la sociologie et l’histoire de l’art, avant de se lancer dans l’écriture. Auteur reconnu, Martin Page a su s’imposer dans le monde de la littérature contemporaine avec des romans pour adultes et aussi pour la jeunesse.

Il a accepté de nous parler de son roman “Plus tard je serai moi” (Le Rouergue, Doado, 2013)  et de son travail d’écrivain en particulier, pour éclairer notre lecture commune, publiée hier.

9782812604911FS

-D’où vous est venue cette idée de roman, en particulier le titre ?

Comme beaucoup, enfant, adolescent, j’ai vécu ces situations où il me semblait que j’étais plus adulte que mes parents. Je voulais parler de ce renversement des rôles qui est très courant. Je pense aussi qu’il m’importait de mettre en scène une jeune fille qui vivrait la période adolescente, en dehors des clichés habituels.  Je ne crois pas à la fameuse crise d’adolescence. Je crois en revanche à une crise des parents et de la société plus généralement, qui pèse sur les épaules des enfants qui grandissent, et qui donc par contrecoup peuvent manifester des angoisses et des douleurs, et y réagir.

Le titre n’est pas de moi. C’est mon amie qui l’a trouvé (j’en profite : elle sort son premier livre jeunesse à l’École des Loisirs cet automne, dans la collection Mouche : Apprendre à ronronner).

-Comment s’inscrit ce roman dans votre travail ?  

C’est un nouveau roman. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis en scène une héroïne et j’aime beaucoup ça. Je suis irrité et fatigué par les personnages féminins souvent proposés. Tout comme je suis navré par les femmes, et les hommes, de la vie réelle qui sont trop pleinement dans leurs assignations habituelles. J’aime les femmes indépendantes et féministes, je créé donc des personnages féminins qui ont ce type de personnalité. Il ne s’agit pas d’être démonstratif, mais par petites touches de composer des personnages dont l’éthique et le caractère vont à l’encontre d’un état d’esprit dominant coercitif à l’égard des femmes et des hommes.

-Quel est pour vous le lecteur idéal de ce livre ? Réellement des ados ?

Ce livre, comme mes autres livres, s’adresse à tout le monde (même un livre pour les petits comme Conversation avec un gâteau au chocolat, est lu par les adultes -et certains de mes livres adultes sont lus par des adolescents). J’ai des retours d’adolescents qui l’ont beaucoup aimé. Des adultes aussi. Evidemment, j’ai des retours d’adultes qui trouvent que ce livre s’adresse aux adultes. Je pense que ceux-ci ont oublié ce que c’est que d’être un adolescent. Les questions que l’on se pose.

-Pourquoi cet intérêt pour la relation parent / enfant ? Et cette rupture forte de la communication, surtout ?

Cela me paraît naturel  : je suis l’enfant de mes parents, et puis je veux des enfants, et donc être parent. Par ailleurs, je viens d’une famille qui a vécu des choses difficiles. Ces questions sont importantes pour moi. Parler, s’entendre, créer un espace relationnel où la communication est possible, ce n’est pas l’évidence. C’est un travail, une construction, qui nécessite une remise en cause, ou tout du moins une capacité d’évolution. Et je trouve que beaucoup de parents ne cherchent pas à parler à leurs enfants adolescents, ni à les écouter. Parce qu’ils ont peur pour eux, parce qu’ils projettent leurs désirs non réalisés, parce qu’ils ont vécu leur jeunesse à une autre époque et qu’ils ont tendance à réfléchir par rapport à leurs références. Je crois aussi que beaucoup de parents ont du mal avec la fonction même de parents, et on peut les comprendre. On y est mal préparé. Ça devrait faire l’objet de cours. On devrait en parler au collège, au lycée.

Mais ce que je dis du difficile dialogue parent-enfant est aussi valable pour le difficile dialogue dans le couple ou entre amis. Tout ça se construit et se pense. Ce n’est pas évident. Nous avons une familiarité trompeuse : enfants, parents, amis, amoureux, nous parlons la même langue. Et pourtant nous ne nous comprenons pas, nous ne nous écoutons pas. Prendre conscience que notre langue maternelle est une langue unique, individuelle, et étrangère aux autres (comme celle des autres nous est étrangère) est un pas décisif vers une entente possible. Une belle communication.

-Ce livre à destination de jeunes lecteurs est-il une façon de leur faire passer un message ?

Un message ? Je ne sais pas. J’espère surtout que les lecteurs vont éprouver du plaisir. C’est mon premier objectif. La littérature, l’art en général, est pour moi une des grandes sources de plaisir de l’existence. Et je suis très mécontent quand certains arrivent à transformer la littérature en punition et à la rendre douloureuse (j’ai des souvenirs peu agréables de profs de français qui opéraient ainsi). Certains plaisirs ont le pouvoir de nous donner à penser. Ensuite j’ai une histoire personnelle, et on n’échappe pas à soi-même, donc mes livres sont pleins de ce que je suis, de mes expériences, de mes réactions et pensées concernant ces expériences. Mon exemple, mis en scène, transformé, repensé, constitue sans doute en lui-même une sorte de message, en tout cas d’éthique.

De façon plus directe, je pense que le roman est un genre merveilleux qu’on peut nourrir de philosophie, d’éléments intimes, d’éthique, d’imagination, aussi oui il y a des choses auxquelles je crois et que je veux faire passer. Par exemple, mes personnages sont souvent obstinés et savent éviter les conflits, ils sont rusés et savent transformer leurs douleurs en énergie. Un roman est, pour moi, un allié, un objet de résistance intime, un outil pour apprendre et continuer à grandir.

-La pression parentale est-il un sujet d’actualité selon vous ?

Non, c’est commun à toutes les époques. Dans ce livre, je voulais parler aussi de la pression sociale sur les parents, qui sont très démunis pour y résister.

-Vous utilisez souvent l’humour, le second degré, … dans vos livres. Pourquoi ?

Parce que j’ai un rapport tragique à l’existence, que je lutte tout le temps contre le désespoir et la dépression. L’humour, pour reprendre Deleuze, est l’arme des minoritaires, c’est une manière de survivre à ce qui nous arrive. L’humour pour moi est indissociable de la création. Les grands artistes se servent de l’humour (Shakespeare, Cervantes).

-Dans vos romans jeunesse, les «héros» sont souvent des enfants «à part», pourquoi ?

Dans mes livres pour les adultes, les héros sont aussi des personnages “à part”.  Sans doute parce que ce sont les seuls êtres qui m’intéressent vraiment. Mais vous savez, il suffit de s’intéresser un peu à n’importe qui, et très vite on voit des failles même chez ceux qui semblent les plus intégrés.

-Vous écrivez aussi pour les adultes. Est-il plus facile ou plus difficile d’écrire en littérature jeunesse ? Avez-vous une préférence ?

Si on a l’ambition de bien faire les choses, alors, dans tous les cas, on est confronté au travail et aux difficultés. Mais c’est une bonne nouvelle que ce soit difficile, car elle est fertile. De belles choses naissent. Mes romans jeunesse sont plus courts, et leur construction plus simple, donc ils me demandent moins de temps. Mais j’y mets la même passion et la même rigueur que pour mes livres adultes.

-Quelles sont vos références littéraires en jeunesse ?

Roald Dahl. Italo Calvino : deux écrivains qui ont écrit pour la jeunesse et les adultes. Qui ont mêlé gravité et légèreté, imagination et intimité. Il faut ajouter Maurice Sendak, Ruth Krauss et Crockett Johnson, Tomi Ungerer, Edward Gorey, Christophe Honoré, Marie-Aude Murail. Il y a tellement de bons auteurs et dessinateurs.

-Avez-vous des projets en cours ?

Oui. J’ai terminé un essai sur l’écriture (pour adultes). Il devrait sortir en janvier prochain aux éditions de l’Olivier. Et j’ai commencé un nouveau livre sous pseudonyme. J’ai aussi amorcé le début d’un roman ado. Mais je m’y mettrai plus tard. Je n’arrive pas à écrire deux livres en même temps. A côté de ça je dessine et j’écris de petits livres “faits maison” inclassables et impubliables ailleurs pour adultes (je vais bientôt ouvrir un site internet pour les présenter, pour l’instant ça passe par mon site personnel). Et puis, la NRF m’a commandé une nouvelle pour son prochain numéro et je dois écrire un texte pour un festival littéraire en Finlande. Je suis bien occupé, et c’est très agréable.

Nous espérons que vous en savez davantage maintenant sur cet auteur et
nous  remercions très sincèrement Martin Page pour sa disponibilité et toutes ces réponses très éclairantes .

Pour en savoir plus :

-Le blog de l’auteur

-Sa bibliographie : en jeunesse et ses romans pour adultes