Lecture commune : Nos chemins.

Et si aujourd’hui, en rentrant du boulot, vous fonciez dans la médiathèque la plus proche de chez vous, vous empruntiez l’album Nos chemins d’Irène Bonacina publié chez Albin Michel, vous rentriez chez vous avant l’heure du couvre-feu, vous vous installiez sous un plaid, une couverture, une couette bien douillette et partagiez cette lecture avec les enfants autour de vous. Et si après, vous profitiez de la chaleur des seules personnes avec qui il vous est permis d’avoir un contact physique pour discuter. Discuter de la direction à prendre. Comme nous l’avons fait avec Linda.

Nos chemins, Irène Bonacina,
Albin Michel, 2019.

Colette.Si le chemin est un lieu archétypal de la littérature, lieu de transition par excellence, lieu de tous les possibles, en général on l’envisage au singulier. Et là, dès le titre de l’album, le voici au pluriel. Que s’est-il passé dans ta tête quand tu as découvert ce titre associé à cet étrange duo d’ours blancs marchant dans cette magnifique nuit constellée d’étoiles arc-en-ciel ?

Ladythat.- J’ai été plus interpellée par l’illustration que par le titre. Ces deux ours m’ont semblé emprunter des chemins différents (rapports aux nombreuses couleurs qui se déploient à leurs pieds), éclairés par une lampe à huile et les étoiles de la nuit. Le titre pose cependant la question de ces chemins pluriels : sont-ils identiques à l’ourse adulte et son petit? Ou doit-on imaginer qu’ils vont chacun emprunter un chemin différent ?

Colette.– Tu soulignes d’entrée de jeu les nombreuses couleurs sous les pieds des deux ours, auxquelles s’ajoutent les nombreuses couleurs des étoiles au dessus de leurs têtes : je ne sais pas si tu es comme moi et que tu feuillettes d’abord les albums avant de t’y plonger, mais un des aspects qui m’a tout de suite ravie dans cet album, c’est la technique de l’illustratrice, Irène Bonacina, une technique qui permet à la lumière de jaillir littéralement du livre. Est-ce que tu veux bien décrire cette technique et partager l’impression que cela a créé en toi ?

Ladythat.– Je ne feuillette pas forcément un album avant de le lire, j’aime m’y plonger directement et laisser mes émotions venir comme elles se présentent. Et ici c’est clairement la luminosité des illustrations qui m’a attrapé et ébloui tout au long de ma lecture. Quand je parle d’illustrations ce n’est d’ailleurs pas le terme approprié car Irène Bonacina a choisi une technique de collages rétroéclairés par une boîte à lumière. L’association des dessins des ours et de cette superposition de papiers déchirés, collés et peints, est dynamisée par la lumière qui crée un jeu d’ombres et lumières particulièrement saisissant. J’ai d’ailleurs trouvé que la progression du gris vers les couleurs donne vraiment le rythme du cheminement de Petite Ourse. Qu’en penses-tu?

Colette.- Je viens de relire l’album à partir de ta remarque et tu as vraiment raison, on peut lire l’histoire de Petite Ourse à travers le cheminement et la progression des couleurs ! Du gris du début de la marche vers le jaune incroyablement chaleureux de la rencontre avec Oumi pour aller jusqu’au rouge brûlant de la solitude et terminer avec l’arc-en-ciel des retrouvailles finales ! Quelle prouesse esthétique ! Merci de me l’avoir fait remarquer et appécier ! J’ai commencé à dévoiler l’intrigue de cet album à travers le déploiement des couleurs, mais toi, comment le résumerais-tu ?

Ladythat. – Je dirais qu’il s’agit d’un récit initiatique au cours duquel Petite Ourse traverse des épreuves et fait l’expérience du deuil et de la solitude avant de se relever grâce à une rencontre, une amitié qui laisse place à l’espoir d’un avenir radieux. Un avenir qui sera riche des expériences passées et de la mise en commun de deux héritages différents. Je me trompe peut-être mais c’est “l’éveil de la lanterne” avec son double reflet qui me donne cette impression de passé/futur imbriqué au cœur de la lanterne – une symbolique du foyer ? – renforcé par l’invitation de Petite Ourse à Oumi de partager ses souvenirs.En parcourant à nouveau l’album j’en viens à me demander si les oiseaux qui viennent se mélanger aux couleurs arc-en-ciel ne sont pas la matérialisation des souvenirs de Oumi.

Colette.- C’est une très belle interprétation en tout cas, ces oiseaux-souvenirs qui se mêlent aux couleurs arc-en-ciel de la lanterne transmise par Mamie Babka à Petite-Ourse. Ce qui est aussi très original, me semble-t-il dans cet album c’est la perception de l’espace : c’est comme si on était plongé dans un espace immense, naturel, minéral où s’explorent le vide, l’eau, la lumière, dans une sorte de retour à un monde primordial, élémentaire. Un monde qui pourrait aussi être un monde intérieur. On oscille pendant toute la lecture entre dépaysement et retour aux origines, non ?

Ladythat. – Oui! Absolument. On ressent un sentiment d’immensité tout en cherchant quelque chose de plus exiguë, à l’image de l’amour entre Petite Ourse et Mamie Babka qui est énorme dans le ressenti, et plus intime puisqu’il n’appartient qu’à elles deux. Aussi, lorsque Petite Ourse se retrouve seule, elle se retrouve face à l’immensité du monde et des possibles tout en recherchant la chaleur d’un sentiment d’amitié ou d’amour à partager avec quelqu’un de spécial.

Colette.- Que penses-tu de la citation de Lhasa en exergue de l’album :
« Je poserai mon pied
Sur la route vivante
Et je serai portée d’ici
Jusqu’au cœur du monde »
En quoi cette citation résonne-t-elle pour toi avec cet album si particulier ?

Ladythat.- Il me semble qu’au même titre que l’histoire de Petite Ourse ou du titre de l’album, cette citation de Lhasa parle du voyage qu’est la vie.

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Et si, sous votre plaid, votre couverture, votre couette bien douillette, vous souhaitez prolonger ce moment hors du temps, à réfléchir à la bonne direction, la vôtre, on vous propose de vous plongez dans les méandres de la voix envoûtante de Lhasa.

Lecture Commune : C’est MON arbre ! d’Olivier Tallec

Il y a parfois des lectures qui nous passent entre les mains sans que l’on s’y arrête vraiment. Et puis, qui, parce qu’on en parle avec d’autres, ouvrent le débat et de nouvelles clés de compréhension.

Pour Bouma, C’est mon arbre était une déception, aussi a-t-elle eu envie d’en discuter avec Isabelle et Liraloin, deux copinautes qui au contraire avaient été séduites par cet album. Voilà le résultat de leurs échanges.

C’est mon arbre, Olivier Tallec, l’école des loisirs, 2019

Bouma : Que vous inspire le titre de cet album et la frimousse de cet écureuil ?

Isabelle : Cette couverture a tout de suite fait de l’œil à toute la famille : les belles couleurs automnales, l’ironie du titre qui annonce le sujet de la propriété qui est quand même ultra-brûlant chez les enfants (mais pas que…). Et le dessin irrésistible : regardez moi ce petit propriétaire en puissance manier avec amour sa tondeuse à gazon !

Liraloin : Attention propriété privée : l’arbre est gravé non pas par deux amoureux mais par un seul très amoureux de son arbre visiblement. Tellement fou de sa propriété qu’il en prend bien soin, passage de tondeuse. Et cet œil, un brin apeuré que quelqu’une lui pique, méfiant aussi.

Bouma : Moi aussi c’est cet œil grand ouvert qui a attiré mon attention. Mais j’y ai plus vu de la surprise. Comme si on prenait ce personnage en flagrant délit ! De quoi ? Reste donc à ouvrir le livre et le découvrir.

Liraloin : Pris en flagrant délit d’égoïsme total !

Bouma : Si vous deviez définir l’histoire en trois mots quels seraient-ils ?

Isabelle : Pour moi, ce serait : Propriété, Frontière, Doute.

Liraloin : Peur – Propriété – Surprise

Bouma : C’est intéressant de voir que vous ne mettez pas exactement les mêmes mots et pas forcément dans le même ordre. Moi je rajouterai Individualisme et Solitude pour compléter. Et je remarque qu’aucune de nous n’a mis l’humour dans sa liste.

Dès les premières pages, on comprend vite de quoi retourne l’histoire avec les déterminants de possession en majuscule. Quelle lecture faites-vous de ce choix de typologie ? Était-ce nécessaire selon vous ?

Liraloin : Les lettres capitales accentuent la nomination de quelque chose en l’occurrence ici : l’arbre à lui tout seul. En plus, en première de couverture, cette typo attire bien le regard du lecteur.

Isabelle : Oui, les pronoms possessifs en majuscule viennent appuyer la façon un brin excessive avec laquelle notre écureuil affirme sa propriété. Ces pommes de pin, cet arbre auxquels il tient tant – ce sont les siens ! Ils sont à lui, et seulement à lui. Un peu parano sur les bords, le petit rongeur semble inquiet que des intrus n’aient pas saisi qu’ici, c’est chez lui ! J’ai bien aimé ce côté outrancier, alimenté par les majuscules. En lecture à voix haute, elles donnent envie d’insister, de mimer, de grimacer, pour le plus grand plaisir des enfants (en tout cas chez moi). Mais si tu poses la question, c’est peut-être que tu trouves que c’était superflu ?

Bouma : Effectivement, comme la couverture fait déjà mention de ce mot en majuscule, je n’en ressentais pas le besoin dans le reste du livre. C’est une indication de lecture, ça je l’ai bien compris, mais elle m’a heurtée ! Le texte et l’image font suffisamment sens sans en rajouter.

Isabelle, tu parles d’un côté “outrancier” de l’histoire. Est-ce que justement vous ne trouvez pas que l’auteur en fait trop ? Et si non, quelle lecture faites vous de cet instinct de propriété ?

Liraloin : Non je ne trouve pas que l’auteur en fasse trop, je ne vois qu’un clin d’œil, certes exagéré, aux amoureux gravant leurs prénoms pour la vie : cet arbre est à nous ! C’est la même chose. Nous sommes vraiment dans l’exagération lorsqu’on est amoureux et comme ici amoureux d’un arbre. L’écureuil est un petit animal qui fait des réserves et donc se choisit un arbre comme petite maison. Pour moi c’est simple : je suis amoureux de mon arbre et le stock planqué est à moaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

Isabelle : Oui, c’est l’instinct de propriété poussé à l’extrême. Je n’ai pas trouvé que l’auteur en faisait trop. Cette problématique est ultra-importante pour les enfants (pas seulement…) : difficile d’apprendre à partager ! Ce que j’aime bien, c’est que l’écureuil vit à fond quelque chose que petits et grand apprennent qu’ils ne peuvent pas s’autoriser. De ce point de vue, les premières pages peuvent avoir quelque chose de réjouissant, sans doute de nature à faire vibrer une fibre chez ceux qui aiment avoir leurs affaires et leur espace à eux. Mais les excès de paranoïa du petit rongeur font que tôt ou tard, il devient impossible de ne pas en rire et lever les yeux au ciel. J’ai vu que ces deux lectures n’avaient pas eu le même poids chez mes deux enfants : l’un (je ne vous dirai pas lequel…) n’a pas boudé son plaisir en découvrant les excès de l’écureuil alors que l’autre l’a presque immédiatement trouvé insupportable. Après, c’est sans doute un point de vue d’adulte, mais on peut aussi faire une lecture plus politique de ce besoin maladif de démarcation.

Bouma : Je serais donc plutôt comme ton deuxième fils, la quête de cet écureuil ne m’ayant pas du tout touchée, voire m’ayant énervée. Et peut-être effectivement mon point de vue d’adulte a-t-il faussé ma lecture en y trouvant “cet instinct de propriété et de rejet” que l’on peut retrouver actuellement dans certaines parties du monde. Les murs de séparation n’étant malheureusement pas que de la fiction actuellement.

Quand je lis vos réponses, vous faites toutes deux références à la difficulté de partager chez les jeunes enfants. A quel âge le recommanderiez-vous car moi je le lirai plutôt à des enfants qui ont déjà dépassé ce stade ?

Liraloin : Oui je suis d’accord avec toi, je le recommande à partir de 5 ans, pas avant.

Isabelle : J’aurais envie de lire cet album à des enfants y compris plus jeunes. Comme je le disais plus tôt, le comportement de l’écureuil peut avoir quelque chose de réjouissant pour celui ou celle qui serait dans l’affirmation de sa propriété ! La suite invite à réfléchir… L’album a beaucoup plu à mes enfants qui sont plus grands et ont fait des parallèles avec la société (notamment le mur de Trump).

Bouma : Je me rends compte que nous sommes restées centrées sur l’histoire sans mentionner le graphisme, pourtant Olivier Tallec est d’abord connu en tant qu’illustrateur. Comment définiriez vous son style ? Qu’est-ce qui vous a séduit ?

Liraloin : Son style est bien, je dirais qu’il a bien évolué. Je l’ai connu à travers ses illustrations pour la série des Imagiers chez Gallimard, au début des années 2000. Depuis, je trouve que ses personnages ont changé de “bouille” et sont devenus plus expressifs. Surtout, depuis quelques temps il développe de plus en plus la thématique “humour” avec sa série des Qui, Quoi, Qui.

Isabelle : Comme Frédérique, j’apprécie beaucoup l’expressivité du trait d’Olivier Tallec : ces grands yeux écarquillés, cette queue hérissée d’enthousiasme, de surprise ou d’indignation, cette mise en scène un peu dramatique… Il y a là une ironie malicieuse qui fait écho au texte dont nous avons déjà parlé, on est parfois à la limite de la caricature. Cet album-ci m’a aussi séduite par sa palette de couleurs automnales qui dégage une grande gaieté.

Bouma : Moi je suis toujours émerveillée par son travail sur les couleurs. J’apprécie tout particulièrement ses albums où il y a de grands aplats comme sa réinterprétation de Michka par exemple. Il maîtrise la peinture à merveille.

Et pour conclure, si vous aviez un autre titre de l’auteur à recommander, quel serait-il ?

Isabelle : Il y en a beaucoup ! Spontanément, je pense à J’en rêvais depuis longtemps qui parle avec beaucoup de tendresse et d’humour de la relation entre petit humain et animal domestique. J’y avais déjà aimé le style graphique dont nous venons de parler et le ton un peu ironique dont le double-niveau se révèle au fil de la lecture.

Liraloin : Jérôme par cœur car les illustrations d’Olivier Tallec subliment le texte si subtil et sensible de Thomas Scotto.

Bouma : Et pour moi ce sera Moi devant dont il a illustré le texte de Nadine Brun-Cosme et qui a été sélectionné par le Prix des Incorruptibles il y a quelques années.

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Un extrait à découvrir par ici. N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions de lecture sur cet album qui semble ne laisser personne indifférent !

Prix A L’Ombre Du Grand Arbre 2020 – Brindilles et Petites feuilles

C’est reparti pour une nouvelle année !

Vous connaissez le principe ? Ou peut-être pas ?
C’est donc l’occasion de vous rappeler comment fonctionne les Prix ALODGA.

Il s’agit d’une sélection de livres de jeunesse réalisée par les Arbronautes avec pour seul critère l’année d’édition (ici 2019). Le collectif se voit proposer un certain nombre de titres par ses membres, qui vont, par sous-commission, réduire la liste à 3 ou 4 titres par catégorie.

Ensuite, c’est au public de décider quel sera le gagnant du Prix en votant pour son titre préféré.

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Prix Brindilles (Albums Petite Enfance)

Quel est votre album préféré parmi les Brindilles ?

  • Une sieste à l'ombre de Legendre et Spiers (43%, 13 Votes)
  • C'est qui chat ? de Van Zeveren (30%, 9 Votes)
  • Chut ! il ne faut pas réveiller les petits lapins qui dorment de Jackowski (27%, 8 Votes)

Total Voters: 30

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Prix Petites Feuilles (Albums pour les plus grands)

Quel est votre album préféré parmi les Petites Feuilles ?

  • Petit Renard de Vendel et Tolman (62%, 16 Votes)
  • Sur mon île de Myung-Ae Lee (38%, 10 Votes)
  • La nuit où j'ai grandi de Rius et Robert (0%, 0 Votes)

Total Voters: 26

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Merci pour votre participation.

On se retrouve le mois prochain pour deux nouvelles catégories.

Claude Ponti, un classique ?

Pour inaugurer notre premier rendez-vous avec les “classiques de la littérature jeunesse”, un premier nom est venu à l’esprit d’Ada : Claude Ponti. Tout d’abord parce qu’il écrit maintenant depuis plus de 30 ans pour la jeunesse et que ses œuvres semblent passer l’épreuve du temps et puis parce que dans ses albums, le sens tourbillonne comme la langue et les images qu’il crée pour nous inviter à y penser.

“Mon auteur préféré”, école des loisirs.

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Dans la vitrine de sa collection d’histoires précieuses, Ada a mis au premier plan le fabuleux album intitulé L’arbre sans fin.

Voilà pourquoi, en 10 raisons !

  1. Parce qu’il y est question d’une quête initiatique, celle d’Hipollène, petite créature zoomorphisée comme seul sait en inventer Claude Ponti et que cette quête est pleine d’épreuves à relever.
  2. Parce que cet album est un voyage, obscur et lumineux à la fois, mais en même temps un précieux retour aux sources.
  3. Parce que le merveilleux y est foisonnant que ce soit à travers les personnages, l’arbre (presque) sans fin, l’époque indéfinie, les monstres, les passages vers des univers souterrains ou aériens, les métamorphoses de l’héroïne et son courage exemplaire.
  4. Parce que le thème de la transmission de mère en fille, de grand-mère en petite fille y est merveilleusement orchestré.
  5. Parce que l’inventivité de l’auteur dans la manière de nommer ses personnages est d’une créativité jubilatoire, en témoigne la page 23 où Hipollène arrive devant la plus ancienne racine de l’arbre sans fin, “la Mère-Vieille-du-Monde” où elle écoute “la brume de musique qui lui chante la chanson de l’arbre. Avec la voix de toutes ses Grand-mères.” On peut alors entendre cette litanie poétique : “Aubière-l’aventureuse, la première a planté la maison. Ensuite il y eut : Florée-Zon-Déramée-La-Grande-Enfanteuse, Pousse-Touffue-L’Embrouillée-Des-Narines, Brindillonête-L’Apamarante…”
  6. Parce que la vie y est un arbre, un arbre sans fin dont on découvre les frontières en le parcourant.
  7. Parce que la lectrice, le lecteur y apprend à se construire de quoi affronter ses peurs, même les plus lointaines, les plus enracinées.
  8. Parce que la mort y est sublimée avec une poésie infinie dès les premières pages : “Grand-mère est portée dans son berceau de voyage sur la branche d’été, jusqu’au bord de la nuit. Son nom de vie était : Orée-d’Otone-La-Tisseuse-De-Contes.”
  9. Parce que ce texte ressemble à s’y méprendre à un texte fondateur, Odyssée intemporelle à hauteur d’enfant.
  10. Parce que c’est un album qui nourrit l’enfant en chacun de nous en montrant, sans le dire, ce que c’est que grandir, se choisir un nom, devenir soi-même, sans renier son héritage, en s’élançant vers son avenir.

Pour Pépita, maman de famille nombreuse, c’est ce titre qui lui vient immédiatement à l’esprit : Le catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer.

Résultat de recherche d'images pour "le catalogue de parents ponti""Catalogue de 10 raisons !

  1. Parce que c’est un grand format et que j’aime les grands livres pour mieux s’y plonger ! Et ce titre, il est génial !
  2. Parce qu’il n’y a pas de raison : pourquoi les enfants n’auraient-ils pas le droit de vouloir changer de parents ? (parce que oui, ça arrive aux parents d’être parfois effleuré par l’idée-mais seulement effleuré !- de changer d’enfants….mais chut ! C’est un secret…).
  3. Parce que Claude Ponti n’a pas son pareil pour aborder avec humour et ses jeux linguistiques uniques des sujets si importants.
  4. Parce que tout se tient dans cet album : c’est vraiment un catalogue de parents avec service après-vente, bon de commande,  et tout et tout ! Claude Ponti pense à tout.
  5. Parce que sous l’humour, Claude Ponti tend à la fois aux parents et aux enfants un miroir de leurs propres travers, en laissant aux enfants la priorité du regard et ça, c’est drôlement fort !
  6. Parce que le processus d’identification ainsi mis en marche permet de prendre du recul et de mieux savourer au final ses propres parents, qu’on échangerait finalement pour rien au monde !
  7. Parce que cet album renforce les liens d’amour parents/enfants et vice versa, parce que hein, les parents, faudrait aussi faire des efforts de temps en temps ! Pas toujours que les enfants !
  8. Parce que rire en famille, il n’y a rien de meilleur !
  9. Parce que cet album peut permettre de se dire des choses qu’on aurait peut-être pas osé se dire : C’est quoi un bon parent ? Comment tu perçois les tiens ? Tu voudrais en changer toi ? Pourquoi ?
  10. Parce que, parce que, parce que, il est chouette tout simplement ! 🙂

 

Pour Solectrice et les Lutines, c’est Blaise et le château d’Anne Hiversère qui s’impose.

10 raisons pour vous convaincre !

  1. Parce que c’est tellement chouette d’ouvrir ce livre géant et de se glisser tout entier dedans !
  2. Parce qu’on peut compter les poussins tout en admirant les décors accueillants.
  3. Parce c’est un album coloré, qui foisonne de personnages. Quel bonheur de chercher à chaque page Blaise le poussin masqué.
  4. Parce qu’il regorge de trouvailles graphiques et lexicales pour donner de l’élan à notre imaginaire. On savoure ces mots tirés du chapeau de Ponti. Comme on aime éclapatouiller la farine, splitouiller la pâte avant de la rataplatisser ou tarislouper les crèmes ! On s’autorise toutes les folies avec ces poussins facétieux.
  5. Chaque jour nous apporte des surprises de taille… Allez donc voir à la page 16 !
  6. Parce qu’entre la forêt de champignons au chocolat, le sucre des cimes, la fabuleuse cueillette des fruits et la Tatouille, cet illustré à de quoi satisfaire notre gourmandise !
  7. Parce qu’on se régale les yeux en découvrant l’immense gâteau : on salive devant les 10 étages de ce phénoménal château (biscuit, crème, chocolat, croquant, mousse, biscuit, etc.).
  8. Parce qu’on fait partie de la fête : des préparatifs jusqu’à la dégustation toute en onomatopées. “C’est tellement irrésistibilicieusement incroyabilicieux” !
  9. Parce qu’on s’amuse follement à chercher les personnages invités par Blaise aux pages 38-39, autant de références littéraires et cinématographiques qui parlent à toutes les générations. On peut aussi les retrouver en partant des noms listés sur les pages intérieures de la couverture.
  10. Parce que Ponti nous invite dans un univers intemporel, cocasse et vivant. Et parce qu’il ne laisse rien au hasard, jusqu’au code-barres qu’il intègre dans ses illustrations de couverture quand on referme le livre mais qu’on n’a pas vraiment envie de le quitter.

 

Sur leur île au trésor, Isabelle et ses garçons ont eu envie de vous parler d’un album grand comme un univers, qui nous fait entrer dans la vallée où vivent les étranges et sympathiques créatures que sont les Touims…

10 raisons parmi d’autres de sauter à pieds joints dans la vallée !

  1. Pour l’objet-livre, son grand format qui sublime des illustrations foisonnantes et fascinantes, et toutes les petites surprises qui se nichent un peu partout (jusqu’au code barre) et que les enfants n’ont pas leur pareil pour repérer.
  2. Pour la mignonnerie irrésistible de ses petits protagonistes, adorables boules de poil pleines de vie, de créativité et de bonne humeur.
  3. Parce que les aventures des Touims nous font du bien et nous font grandir, à la manière des histoires universelles qui nous parlent de la vie – ses joies, ses peurs, ses colères, ses moments de contemplation et d’agitation, ses secrets et ses surprises. La fantaisie n’est-elle pas le meilleur moyen d’appréhender tout cela ?
  4. Pour l’immense plaisir de laisser l’imagination sans borne de Claude Ponti repousser les frontières de notre horizon, avec notamment mille inventions réjouissantes, de la Balanquette, géniale combinaison de balançoire et de banquette, aux épatantes embarcations que sont les arbres Abato…
  5. Parce que Claude Ponti est le maître des jeux sur les sonorités des mots et des noms (notre palme spéciale, après avoir longuement débattu, à Olie-Boulie, petit frère du narrateur). Cette histoire pourrait n’avoir aucun sens, elle resterait jubilatoire pour cette drôle de musique qui résonne comme une comptine et ravit les enfants.
  6. Parce que c’est une vraie monographie du monde des Touims et que l’alliage de la fantaisie et d’une présentation quasi-scientifique, avec force schémas et cartes à la clé, est tout simplement réjouissante.
  7. Parce que cette lecture nous donne l’envie de savourer la vie qui fourmille dans la nature, de nous laisser bercer par le rythme rassurant et inexorable des saisons qui passent…
  8. Pour la gaieté entraînante des Touims dont l’entrain à inventer mille jeux est communicatif – avec une mention spéciale pour leur technique de construction de bonhommes de neige !
  9. Pour l’invitation à rêver sans limite, qu’il s’agisse de la double-page où le petit narrateur contemple le large à la façon du célèbre tableau de Caspar David Friedrich, ou de la joie ressentie à l’idée de voler en se laissant emporter par un grand vent ou de débarquer sur l’île molle, entièrement comestible…
  10. Pour la page finale qui nous prend de court en renversant radicalement la perspective.

Dans le Petit Bout de Bib(liothèque) de Bouma, ce sont de joyeux poussins que l’on retrouve. Personnage emblématique de l’œuvre de Claude Ponti, on retrouve le poussin dans bien des ouvrages mais Tromboline et Foulbazar sont vraiment à part.

10 petits bouts d’explication

  1. le petit format à l’italienne est parfait pour les petites mains ;
  2. Tromboline et Foulbazar sont deux poussins espiègles, joueurs et inventifs (et on aimerait bien être comme eux) ;
  3. avec peu d’éléments pour chaque histoire, Claude Ponti imagine pourtant un univers qui regorge de trouvailles tant dans le vocabulaire que dans le dessin ;
  4. Le Château fort ou bien encore L’avion entrainent les petits lecteurs dans des constructions follement imaginables ;
  5. Les Masques ou Le chien et le chat recommandent vivement d’apprendre à se déguiser pour devenir un autre ou se retrouver soi-même ;
  6. les personnages évoluent au fur et à mesure de leurs aventures. ils ne murissent pas vraiment mais leurs traits oui ;
  7. on retrouve forcément tous les jeux de mots chers à Ponti (le nom de ses héros le trahit) ;
  8. loin d’être sages comme des images, Tromboline et Foulbazar sont un exutoire pour tous les enfants qui aimeraient parfois faire des bêtises (des grosses surtout, parce que les petites sont plus faciles à entreprendre) ;
  9. parce qu’avec une quinzaine d’aventures aujourd’hui (la première datant de 1993), on peut les découvrir à foison ;
  10. parce qu’il y a forcément un peu de poussin en vous (comme en chacun d’entre nous).

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Et vous ? Quel est l’album de Claude Ponti qui vous a plus marqué(e) et pourquoi ? Si vous ne le connaissiez pas encore, nous espérons vous avoir donné envie de le découvrir !

Lecture commune : Petit Renard

Il est des albums qui font d’emblée l’unanimité tant ils touchent au sublime.

PETIT RENARD d’Edward van de Vendel, illustré par Marije Tolman, publié par Albin Michel jeunesse, est incontestablement de ceux-là.

Évidemment, sous le Grand arbre, quand il est question de beau, on a de suite envie d’en discuter et de partager !

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Pépita : Petit renard : à l’ouverture de cet album, quelle a été votre première réaction ?

Isabelle : Avant même de l’ouvrir, je suis immédiatement tombée sous le charme de la couverture qui donne le ton – entre orange vif et nuances de gris, entre photo et dessins, entre contemplation mélancolique et fantaisie. En commençant à feuilleter, j’ai été à la fois soufflée par la beauté des illustrations et très intriguée par l’absence de texte, me demandant où ce petit renard nous entraîne.

HashtagCéline : Comme Isabelle, j’ai été immédiatement séduite. Les illustrations mêlant photos et dessins sont originales et j’y ai été d’emblée très sensible. C’est rare qu’un album me fasse ressentir autant d’émotions sans même que je l’ai lu. Rien qu’en le feuilletant, je l’ai trouvé riche et j’ai senti ce rythme si particulier. J’ai tout de suite su que ce livre serait un coup de cœur. Un vrai coup de foudre pour ce petit renard orange.

Colette : J’ai tout de suite été séduite par le soin apporté à la matérialité de cet album : reliure en tissu, couverture en carton bien épais, cahiers cousus, impression soignée. Ce livre est un bel objet sensoriel ! En l’ouvrant, on découvre d’étranges ramures orangées, puis sur la page de garde, un couple d’amis improbables, un petit garçon vêtu de rouge à la chevelure rousse et un renard au pelage flamboyant. S’ensuivent de magnifiques double-pages où de vastes paysages naturels s’épanouissent – et là le véritable charme opère : entre photographies monochromes et créatures animales dessinées, se livre toute l’originalité du travail d’illustration de Marije Tolman.

Pépita : Tout comme vous, dès que je l’ai eu dans les mains, je me suis dit : pépite ! Et quand je l’ai ouvert, j’ai été littéralement soufflée par ces 17 pages (oui 17 pages !) sans texte mais racontant déjà une histoire, mêlant dessins et photographies, avec un sens des détails si fin que le lecteur est transporté dans ces paysages, qu’il regarde avec les yeux de ce petit renard qui batifole dans cette nature magnifique de bord de mer.

Quel est l’élément déclencheur de l’apparition du texte ?

HashtagCéline : Ce sont les deux papillons violets qui surgissent et qui attirent irrésistiblement notre petit animal… “Pourquoi? Parce qu’ils sont violets.” Deux papillons violets qui nous mettent rétrospectivement la puce à l’oreille sur l’étrangeté de l’aventure que l’on s’apprête à lire et à vivre.Résultat de recherche d'images pour "petit renard albin michel jeunesse"

Pépita : Deux petits papillons violet qui vont faire faire un sacré vol plané à notre petit renard ! L’album entre là dans une autre dimension. Comment l’avez-vous ressentie ? Je dis bien ressentie et non interprétée…

Colette : Un rêve commence alors parce que notre petit renard est assommé par la chute incroyable qu’il vient de faire…

Isabelle : Oui, à ce moment-là, le vagabondage insouciant du renard bifurque dans quelque chose de complètement différent. On voit les deux papillons s’éloigner en voletant alors que le renardeau, qui semble plus petit que jamais dans le vaste paysage, demeure figé dans une position immobile dont on ne sait pas bien si on doit en rire ou s’en effrayer. Quel est ce rêve étrange qui débute ? Personnellement, j’ai été tendue en le voyant se dérouler sous mes yeux, partagée entre l’envie de me laisser attendrir par la mignonnerie des scènes qui se succèdent et une inquiétude sourde : petit renard finira-t-il par se réveiller ?

Pépita : J’ai ressenti la même chose, une peur en fait de ce qui aller arriver, un trouble aussi difficile à cerner.

Isabelle : Je me demande si ce ressenti est une réaction d’adulte. En lisant l’album à voix haute à mes garçons, j’ai eu l’impression qu’ils se laissaient complètement porter par cette déambulation, qu’ils se laissaient aller de façon insouciante à savourer les instants si drôles et mignons qui défilent dans le rêve du Petit Renard. Ils n’associent pas du tout le fait de voir sa vie défiler devant ses yeux avec la possibilité de la mort. Je serais curieuse d’entendre les réactions d’autres enfants !

HashtagCéline : Honnêtement, le premier ressenti a été la surprise qui pour moi transparaît de l’air du petit renard. Et puis l’amusement de le voir partir à leur poursuite. Au premier abord, je me suis plutôt attendrie et réjouie de cette course et j’ai même un peu ri de cette chute. Il y a de l’humour dans ce texte. Et ce “POUF” qui est plutôt inattendu. Alors, oui, voilà comment je l’ai reçu au départ. Évidemment, après l’avoir lu, je ne voyais plus ce moment de la même façon…

Pépita : On assiste alors aux souvenirs de Petit renard. Ses découvertes, ses joies, ses peurs… Avez-vous été sensible à l’articulation texte/ image dans la mise en récit de ce rêve ?

Colette : On en oublie qu’il s’agit d’un rêve au fur et à mesure des pages, car on retrouve les très belles et délicates doubles pages du début de l’album, sans texte, du temps où notre petit renard était bien conscient. Il y a un petit côté album naturaliste dans certaines pages, avec les vignettes aux bords arrondis qui illustrent les multiples découvertes sensorielles de Petit renard.

Isabelle : C’est quelque chose auquel j’ai effectivement été très sensible. Les illustrations portent le texte, les deux sont complémentaires, s’imbriquent… au point que le texte finisse parfois par s’effacer complètement. Cette séquence nous donne ainsi véritablement le sentiment d’entrer dans la tête de petit renard, débordant d’impressions qui semblent parfois flotter dans le vide (ce qui comptait, c’était la chaleur lumineuse de la fourrure maternelle !), une part très importante donnée à la représentations des expériences sensorielles – la vitesse d’une course, les odeurs et les saveurs du terrier – et une perspective toujours subjective, parfois attentive à l’immensité du monde, parfois concentrée par un détail qui frémit sous une feuille. Le texte sonne comme une comptine et m’a fait penser à la manière de parler qu’ont les enfants qui découvrent avec délice le plaisir de faire sonner et rouler certains mots. Images et mots résonnent ensemble comme rarement !

HashtagCéline : J’ai vraiment aimé toutes les surprises que me réservait chaque page avec des mises en page différentes, du texte ou l’absence de texte, des pleines pages ou des petites vignettes… Cela contribue grandement à pénétrer dans le “songe” du petit renard. Un rêve est souvent ainsi, décousu, sautant du coq à l’âne, nous promenant à droite et à gauche sans qu’on puisse suivre une progression précise. Ici, pourtant il y en a une. Ce qui me fait penser que ce rêve n’en est peut-être pas un…

Pépita : Puis l’album introduit un autre personnage : un jeune garçon à la chevelure aussi rousse que le pelage du renard et dans des planches là aussi sans texte, comme au début. Qu’avez-vous imaginé alors ?

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Colette : Une histoire d’adoption, une histoire d’amitié, référence rougeoyante à ce récit si précieux qu’est Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Il y a un parallèle entre les deux personnages, le petit humain et le petit animal dans la manière dont ils occupent l’espace des doubles-pages, les jeux sur la plage, puis au milieu des oiseaux. C’est ce que j’ai préféré dans cet album, tous ces liens implicites entre ces deux petits êtres, libres et sauvages. Silencieusement. À chacune de ces doubles-pages c’est comme si la peau de mon visage était balayée par les embruns des bords de l’Atlantique, un vent glacé démêlant les nœuds dans mes cheveux.

Isabelle : Ah ! Je suis contente qu’on en parle car ces liens implicites m’ont laissée un peu perplexe. Comme vous le dites, petit renard et petit garçon roux se ressemblent comme des alter ego. S’agit-il de deux petits êtres que le hasard fait se rencontrer ? Ou l’un est-il le fruit de l’imagination de l’autre, une sorte de projection de lui-même dans un monde imaginaire intensément incarné ?

HashtagCéline : Je me suis posée beaucoup de questions, émettant plusieurs hypothèses sur ce petit garçon. Leurs déambulations dans les pages sans texte, leur ressemblance… Certains indices m’ont fait m’interroger sur la possibilité qu’ils ne soient qu’un seul et même être. Mais après réflexion, je pense que ce garçon est un ami, rencontré sur le chemin de la vie bien rempli et qui fait partie des moments marquants vécus du petit animal.

Pépita : J’ai ressenti à cette lecture une dimension poétique mais aussi spirituelle. Est-ce votre cas ?

Isabelle : Le souffle poétique est évident, dans le rythme du texte, la restitution brute d’expériences sensuelles et émotionnelles, sous une forme presque condensée comme seule la poésie le permet ! L’album a également une dimension spirituelle au sens où l’essentiel du propos naît de la force évocatrice de la pensée et de l’imagination du jeune protagoniste. Mais concerne aussi ce qui peut nous évoquer le vertige de frôler la mort. Et l’ivresse de survivre et de grandir. Est-ce ce à quoi tu faisais référence, Pépita, quand tu parlais de dimension spirituelle ?

HashtagCéline : Mais complètement ! Pour moi, la question de la mort ou non de ce petit renard se pose tout au long de l’album, arrivant avec ces deux papillons violets. Alors si ce n’est pas juste un rêve… que vit petit renard ?

Pépita : Pour vous répondre, j’ai eu d’emblée une lecture spirituelle au sens large : vie et mort, rêve comme métaphore du danger omniprésent dans la vie de l’animal sauvage qui n’est pas sans rappeler la fragilité de toute vie, puissance évocatrice de l’esprit quand il prend le dessus sur le corps, va-et-vient entre le renard et le petit garçon qui sont introduits dans l’histoire de la même façon et que seul petit renard semble voir et pas sa famille. Comme un ange gardien ? Qui l’a déjà sauvé une fois d’un bocal qui aurait pu lui être fatal. Cet album est une ode à la nature aussi, omniprésente. Sans doute que je projette une part de l’adulte que je suis, pétrie de références. C’est un album qui me touche au-delà des mots, une tristesse et une joie mêlées.

Qu’avez-vous pensé de cette fin dans laquelle petit humain et petit renard ne font qu’un ? Le texte n’est pas si facile à saisir non ? L’image est plus explicite.

Colette : J’avoue que la fin de l’album m’a paru très énigmatique du point de vue du texte. Je crois que j’aurais presque préféré un album sans texte pour suivre les déambulations oniriques de Petit renard à travers ces étranges images composites, sans être parasitée par un sens qui m’est resté obscur. Mais j’ai hâte de savoir comment vous l’avez comprise, vous, cette fin !

Isabelle : Il me semble que l’on reste dans l’ambiguïté dont nous parlions toute à l’heure à propos du statut de ce petit garçon. La fin pourrait correspondre au dénouement de l’aventure de Petit renard, grâce au réconfort apporté par l’enfant. Elle pourrait également marquer la fin de la rêverie du Petit renard… ou du petit garçon. Le texte ne lève pas cette ambiguïté en utilisant le pronom “il” sans que l’on sache s’il correspond à l’humain ou à l’animal. Cela ne m’a pas dérangée, j’aime les histoires qui se prêtent à des lectures différentes ! Mais peut-être la fin vous a-t-elle paru moins ouverte, quelle en a été votre lecture ?

HahstagCéline : La fin m’a également beaucoup perturbée. (Décidément !) Pour moi, toutes les interprétations sont possibles. Je pense que chaque lecteur la ressentira de façon différente. La mienne? Je la garde pour moi. Mais elle prend une teinte plus triste et sûrement induite par ma vision d’adulte.

Pépita : oui, la fin n’est pas si facile : elle a une certaine ambiguïté. Mais faut-il la lever ? Pas certaine.

Et si nous abordions un aspect très important de cet album : les illustrations. Pour ma part, elles m’ont subjuguées par leur beauté, leur lumière et le sens du détail. On a l’impression de faire partie du paysage. De toucher les animaux. Ces 17 pages sans texte du début sont sublimes.

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Isabelle : Oui ! De la dentelle ! Il y a de quoi être fasciné par ces grandes photographies aux couleurs passées, qui donnent quelque chose de mélancolique, associées à des dessins crayonnés vibrants de vie et de malice. Comme tu le dis, il y a mille détails qui donnent envie de lire et de relire l’album, comme les parallèles subtils nous parlions plus tôt entre le renard et le garçon dans l’agencement des images. Je trouve aussi que Marije Tolman parvient magistralement à donner une forme aux rêveries et à l’imagination…

HashtagCéline : Cet album se regarde autant qu’il se lit. Il y a une chaleur, une douceur, une poésie et une originalité que j’ai rarement rencontrées. Marije Tolman a vraiment trouvé le bon équilibre et osé avec succès, le mélange dessin et photo qui donne vraiment une tonalité particulière à l’univers de ce livre. C’est juste parfait.

Pépita : Si vous deviez définir cet album en un seul mot, quel serait-il ?

Colette : En un seul mot ? Non deux ! Libres et sauvages !
Isabelle : Enfance !
Céline : Je pense que j’en donnerais deux aussi : vie et mort ! Parce que les deux sont liés et parce que c’est ce que j’y ai vu.
Pépita : Si je devais le définir en un mot, ce serait LUMIÈRE.

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Ne passez pas à côté de cet album ! Nous, on a envie de l’offrir à tour de bras !

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