Lecture Commune : Rouge de Mathieu Pierloot

La collection Petite Poche chez Thierry Magnier regorge de titres de qualité, qui, en quelques pages, nous transportent dans des univers bien dessinés.

Rouge de Mathieu Pierloot m’a fait forte impression par la qualité de son écriture et l’ambiance qui s’en détachait. J’ai donc forcément eu envie d’en discuter avec les membres du Grand Arbre.

Retour sur notre échange :

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Bouma : Rouge. Un titre énigmatique pour une courte lecture. A quoi vous attendiez vous ?

Colette : Le titre évoque pour moi beaucoup de choses, j’adore le rouge : le rouge aux joues, le rouge à lèvres des baisers les plus fous, le rouge du soleil qui se couche sur la mer. Et puis le rouge c’est surtout l’amour.
Le mot “rouge” est extrêmement riche de connotations poétiques et vivantes. J’aime ce mot. Il me réchauffe. Je n’ai pas tout de suite pensé au petit chaperon rouge car je ne m’attendais pas du tout à une réécriture d’un conte dans la désormais chérie collection “petite poche”. Et puis les premières pages ne nous laissent pas tout de suite comprendre que l’on va rentrer dans un jeu de références intertextuelles… Comme toujours dans cette collection la subtilité prime…

Sophie : Rouge, pour moi, faisait référence à la colère. Je ne sais pas pourquoi mais c’était à une histoire sur ce sujet à laquelle je m’attendais.

Bouma : Avez-vous tout de suite pensé au célèbre Petit Chaperon Rouge ?

Sophie : Pas du tout. C’est d’ailleurs plutôt la Belle et la Bête qui m’est venu en premier à cause des objets qui parlent.

Colette : Même après relecture je ne trouve pas la référence au petit chaperon rouge si évidente… elle y est en filigrane c’est sûr mais Rouge n’est pas cette petite fille choyée par sa mère et sa grand mère qui lui cousent des habits uniques et lui préparent des pâtisseries maison. Loin de là. Rouge est une orpheline, une rescapée, un fantôme.

Bouma : D’accord avec toi Colette, la filiation avec le conte de Perrault n’est pas si évidente mais la relation entre le rouge et le loup est intrinsèquement lié à ce classique pour moi. Mais au fait, quel est votre personnage préféré ?

Sophie : Le loup, enfin on ne le présente jamais clairement comme ça, mais c’est lui que j’ai trouvé le plus intéressant

Colette : Mon personnage préféré c’est Seymour sans aucun doute. Parce qu’il aime la poésie. Et qu’il panse les blessures avec.

Bouma : Vous avez retenu le même personnage mais pas de la même manière à ce que je vois. L’une y a surtout vu l’animal quand l’autre y a vu la personne. Moi c’est finalement la petite fille qui m’a le plus intriguée, le plus questionnée même si on ne sait finalement pas grand chose d’elle. En tout cas, il y a une réelle richesse dans la narration et la profondeur des caractères.

Aviez-vous déjà lu cet auteur ? Que retenez-vous de son écriture ?

Sophie : Non je ne l’avais jamais lu. Ce que je garde en tête de son écriture, c’est surtout une ambiance. Quelque chose d’un peu énigmatique, mystérieux, poétique aussi.

Colette : Jamais lu non plus et j’ai vraiment aimé ce récit étrange, à la lisière du conte philosophique, de la poésie, du rêve…

Bouma : Au final, vous parlez beaucoup de poésie dans vos réponses. Comment la décririez-vous, si c’est possible ? D’où vient-elle selon vous ?

Colette : La poésie de ce texte pour moi est intiment liée au personnage de Seymour, à sa délicatesse, à sa particularité, à l’infinie douceur avec laquelle il prend soin de Rouge…

Sophie : Avec un peu de recul, sans rouvrir le livre, je dirais que ce qu’il me reste de poétique, c’est l’ambiance : quelque chose de mystérieux, d’étonnant et de beau en même temps.

Bouma : Dernière question : Recommanderiez-vous ce texte ? Et à qui ?

Colette : Au plus grand nombre et à mes élèves surtout ! Mes 6e adorent cette collection. Et la 4e de couverture de celui ci les a beaucoup intrigués.

Sophie : Oui je le conseillerais sans doute à des enfants à partir de 9-10 ans. Je me vois bien le lire en accueil de classe avec des CM pour écouter tout ce qu’ils pourraient capter de ce texte.

Bouma : D’accord avec vous, un texte pour les plus grands car il y a un paratexte plus complexe que dans d’autres titres de la collection.

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Nous espérons que cette lecture commune vous aura donné l’envie de découvrir ce court roman, fort et mystérieux, dans lequel chacun peut faire une lecture différente.

Le Top 5 de Bouma

Difficile exercice que de garder 5 livres parmi la foule de parutions et de coups de cœur lus au fil des ans car chacun a provoqué une émotion de lecture qui lui est propre.

Aussi n’ai-je pas trop tergiversé et ai gardé les 5 premiers qui me sont venus en mémoire quand j’ai réfléchi à ces 5 “pépites” de la littérature de jeunesse.

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1.

Quand j’ai renoué avec la littérature de jeunesse, une fois devenue presque adulte,  je suis tombée en admiration devant une écriture, une histoire fantastique qui mettait ses personnages à rude épreuve, un livre qui pouvait me faire rire et pleurer, et qui, malgré les années passées, le peut encore.

Le Combat d’hiver de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse
Prix Sorcières 2008 du roman adolescent

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2.

Quand j’ai eu des enfants, j’ai eu envie de leur faire partager le travail d’une illustratrice que j’aime beaucoup : Ilya Green. Et nous sommes tous tombés sous le charme de Bulle et Bob, un frère et une sœur aussi espiègles que complices qui, dans leur première aventure, se régalent des petits délices du sable et de la mer. Ajoutez aux illustrations, les magnifiques mélodies de Natalie Tual et vous comprendrez aisément notre engouement familial.

Bulle et Bob à la plage de Natalie Tual et Ilya Green, Didier Jeunesse

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3.

Quand j’ai commencé à travailler dans les bibliothèques, je suis retournée à mes premiers amours littéraires donc à la fantasy. Et j’ai eu la merveilleuse chance de découvrir l’univers créé par le regretté Pierre Bottero. Adapté désormais en bande-dessinée, donnant une nouvelle vie aux personnages si emblématiques que sont Ewilan, Salim, Ellana ou Edwin, la Quête d’Ewilan a marqué plusieurs générations de lecteurs.

La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero, Rageot
La Quête d’Ewilan, T.1 D’un monde à l’autre de Lylian et Baldetti, Glénat

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4.

Quand j’ai eu la joie de voir réapparaître ce magnifique livre qui a bercé mon enfance, offert par ma mère, grâce aux éditions Être puis à Thierry Magnier, qui ont tour à tour racheté le catalogue des éditions du Sourire qui mord. Il y est de ses souvenirs que l’on contemple et cet album fait pour moi parti de ceux-là. C’est une ode à la rêverie, à l’imagination et à l’enfance…

Un Jour de lessive de Christian Bruel et Anne Bozellec, Thierry Magnier

De mes souvenirs d’enfance, je rajoute également Les Filles d’Agnès Rosenstiehl aux Editions des Femmes, qui m’a appris que l’on pouvait tout faire que l’on naisse homme ou femme.

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5.

Quand j’ai commencé mon poste actuel, j’étais en plein déménagement, avec un petit bout de quelques mois et un conjoint avec un travail très prenant. Pourtant un livre a su capter mon attention au point de me suivre dans tous mes déplacements : Hunger Games. Avec cette trilogie Suzanne Collins a fait faire un nouveau bond à l’édition jeunesse, . après les phénomènes Harry Potter et Twilight, et a permis l’émergence d’un nouveau genre : la dystopie.

Hunger Games de Suzanne Collins, Pocket Jeunesse

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J’aurais, bien sûr, encore beaucoup d’autres livres dont j’aimerais vous parler, mais ce sera pour un autre billet. Je laisse la place la semaine prochaine à Pépita et ses incontournables.

Une Preuve d’amour de Valentine Goby

Lorsque j’ai lu ce roman, j’ai été frappée une fois de plus par la délicatesse et la justesse de l’écriture de Valentine Goby. Aussi ai-je entrainé deux arbronautes, Pépita et Colette, à partager cette lecture (et j’espère qu’il en sera de même pour vous).

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Une preuve d’amour de Valentine Goby
Thierry Magnier, 2017 (2013 pour la première édition)

 

Bouma : Avant d’avoir lu ce roman, quels thèmes pensiez-vous y trouver en vous basant sur la couverture et le titre ?

Pépita: Tout de suite à une histoire d’adoption ou de migrants. Comme quoi, la couverture est explicite !

Colette : J’avoue qu’au seuil de ce texte, j’ai pensé lire une aventure en terre africaine, une aventure dans laquelle les héros devraient faire des sacrifices par amour..

Bouma : Pour moi il s’agissait plutôt de voyage avec cette jeune fille qui regarde au loin et la carte qui dessine les cheveux du visage central.
Et que raconte l’histoire finalement ?

Pépita : Le lecteur est transporté dans une classe, en cours de français, avec le texte des Misérables de Victor Hugo qui est étudié. Le professeur essaie de faire accoucher ces esprits une réflexion sur un personnage en particulier, celui de Fantine qui abandonne Causette. Mauvaise mère ou non ? Le débat est lancé, la discussion est vive… Abdou se lève d’un coup et quitte la classe. Il n’y a que Sonia qui perçoit le malaise du jeune homme et elle décide de l’aider.

Colette : Cette histoire est celle d’un amour naissant, un amour qui se tisse autour d’un mystère que le lecteur devra déchiffrer sur les pas du personnage principal, un amour courageux…

Bouma : Quel personnage vous a le plus touché et pourquoi ?

Pépita: et bien, je ne sais pas ! Bien sûr on s’attache d’emblée à Abdou et Sonia, c’est inévitable ! J’ai particulièrement apprécié les adultes dans cette histoire : le prof de français mais surtout le père de Sonia.

Colette : sans hésiter mon personnage préféré est celui du père de Sonia : quel  adulte bienveillant, respectueux, attentif, impliqué ! J’ai toujours eu une tendresse particulière pour ces papas qui s’occupent seuls de leurs enfants ! Pas de misérabilisme dans cette parentalité solitaire, mais des preuves d’amour en veux-tu en voilà !

Bouma : Je rebondis sur ta formulation Colette, non pas UNE mais DES preuves d’amour selon toi. D’amour maternel avec la mère d’Abdou, d’amour paternel avec le père de Sonia, d’accord. Mais n’y a-t-il pas aussi quelques preuves d’amour de la part de ces personnages adolescents ?
PS. Moi c’est le personnage d’Abdou qui m’a touché par sa sensibilité et sa relation au monde. Il dégage une présence même à travers les pages d’un livre.

Que pensez-vous des références à Victor Hugo ? Cela peut-il faire écho même chez des lecteurs qui ne l’ont pas lu ?

Pépita :J’ai trouvé ce procédé particulièrement intelligent, comme quoi les grandes œuvres traversent les siècles sans une ride ! Effectivement, soit on ne l’a pas lu mais je ne pense pas que cela gêne la compréhension de l’histoire (qui est très bien posée par rapport au contexte et à la référence) ou au plus, cela peut donner envie de lire ces pages. J’ai aimé aussi l’attitude de l’enseignant qui ne lâche rien, qui veut mener ces ados dans les derniers retranchements de leur réflexion. J’aurais du coup aimé le connaitre un peu plus aussi. Comme quoi les grandes œuvres ont toujours une résonance et que chacun peut s’identifier aux personnages à l’aune de sa propre vie. C’est aussi un roman sur la force de la littérature.

Colette : Absolument car oui j’ai honte  mais je n’ai jamais lu Les Misérables et j’ai parfaitement saisi à quel point cette référence était précieuse pour délier les nœuds en boule dans le cœur d’Abdou et Sonia. C’est un des miracles de la littérature : son précieux pouvoir cathartique ! Et puis je ne peux qu’apprécier un roman qui commence par une lecture analytique en cours de Français.

Bouma : Aviez-vous déjà lu d’autres romans de Valentine Goby ? Comment décririez-vous sa plume ?

Colette : J’avais lu Kinderzimmer offert par notre Carole lors de mon premier swap de Noël à vos côtés mes arbronautes et j’avais été bouleversée… Pour de nombreuses raisons, parce que c’est un roman essentiel sur la femme, son corps, la maternité quand tout vous prive de cette féminité, de ce corps, de cette maternité puisque l’histoire se déroule en grande partie à Ravensbrück… Je n’ai pas retrouvé le même style dans Une Preuve d’amour. Je ne saurais trop expliquer pourquoi. Parce que les choses n’y sont pas aussi complexes sans doute, parce que tout va très vite dans Une Preuve d’amour, le rythme de la narration est beaucoup plus basé sur le déroulé des évènements (comme souvent dans la littérature ado, me semble-t-il) que sur l’exploration des abysses de l’esprit humain !

Pépita : Je n’ai rien lu d’autre d’elle en jeunesse. Celui que tu cites Colette me tente depuis longtemps mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire. Par contre, je l’ai lue en littérature adulte et j’ai notamment été embarquée par Un paquebot dans les arbres chez Actes sud. C’est une auteure qui a le don des personnages je trouve. Elle leur donne, malgré les situations qu’ils vivent souvent difficiles, une sorte d’élan de vie qui bouscule.

Bouma : Moi j’avais déjà lu Le Voyage immobile dans la collection d’Une seule voix chez Actes Sud Junior. Un texte très court encore plus que celui-ci, sur le handicap et la différence, qui avait su me toucher.
Pour Une preuve d’amour, certes les évènements conduisent la marche mais je trouve que la plume de Goby sait questionner le lecteur, l’interroger sur sa place dans le monde et dans la société.

 

Au final, Valentine Goby livre un roman plein de sens où littérature et réalité se font échos dans la quête de sens et la recherche identitaire.

Pour aller plus loin, retrouvez nos avis sur ce roman :

Colette

Pépita

Bouma

 

Prix A l’ombre du Grand Arbre – dernière ligne droite

Depuis le mois de janvier, nous vous avons révélé les livres en lice pour

le Prix A l’ombre du Grand Arbre selon diverses catégories.

.Si ce n’est pas déjà fait,

il vous reste jusqu’au 30 avril pour faire votre choix parmi les sélections :

.Nous avons mis un soin tout particulier pour ces sélections qui, vous vous en doutez, ont donné lieu pour certaines à des débats ou à des doutes…

Vu la période, vous avez l’habitude de voter !
Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire…

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Et courant mai, des surprises sur le blog vous attendent pour fêter ses 5 ans !

Ce qui pour une aventure collective ET virtuelle est un sacré challenge,

vous en conviendrez !

Aventure dont nous ne sommes pas peu fières…

Au féminin…

D’ailleurs, A l’Ombre du Grand Arbre recrute : si vous souhaitez nous rejoindre,

merci d’écrire à : contact@alombredugrandarbre.com

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Et pour finir une photo de notre bel érable qui a 3 ans :

©Méli-Mélo de livres

Nouvelle bannière pour le Grand Arbre #Concours d’illustrations

A l’Ombre du Grand Arbre va bientôt fêter ces 5 ans d’existence, le 9 mai pour être plus précis !!!

Et nous avons envie de proposer une nouvelle identité visuelle à ce blog collectif.
Rappelons en effet que nous sommes 10 blogueuses à l’ombre du grand arbre, que nous venons toutes avec des sensibilités et des personnalités différentes, mais que nous nous rejoignons toutes dans la promotion de la littérature de jeunesse auprès de tous les publics.

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Nous proposons donc un concours d’illustration ouvert à tous (amateurs et professionnels) dont le but est de :

créer une nouvelle bannière à ce blog
(de laquelle découlera un logo pour les réseaux sociaux)

l’image devra contenir :

  • un ou plusieurs arbres ou tout du moins un environnement nature
  • des livres
  • le nom du blog
  • le copyright de l’illustrateur (même si vous nous en laissez la libre utilisation, votre illustration ne sera pas libre de droits)

elle devra être réalisée au format JPEG dans les dimensions 960×345 pixels

et envoyée à l’adresse concours@alombredugrandarbre.com

avant le 17 avril 2017.

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Toutes les illustrations participantes seront publiées au fur et à mesure sur la page Facebook du blog.

Une pré-sélection de 3 visuels sera réalisée par le collectif A l’Ombre du Grand Arbre, puis un vote ouvert au grand public départagera les 3 finalistes.

Le/la gagnant(e) sera dévoilée le 9 mai 2017, jour anniversaire du blog !

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Nous profitons de ce changement visuel pour remercier Soufie dont le talent nous a accompagné durant les 5 premières années de vie de ce blog.

A vos crayons !