Celle qui sentait venir l’orage

A l’ombre du grand arbre, les récits d’Yves Grevet ne nous ont jamais laissé indifférents. Cet auteur sait inventer avec habileté et finesse des mondes qui nous surprennent, nous bousculent et nous questionnent. Dans son roman paru en mai 2015 si poétiquement intitulé Celle qui sentait venir l’orage, l’auteur quitte la dystopie où il a excellé avec Méto ou encore Nox pour se consacrer à un récit réaliste qui plonge dans le passé : il y met en scène une adolescente, tout juste orpheline, qui se soumet, sans le savoir, aux expériences d’un scientifique féru de morphopsychologie censée servir la criminologie. Mais Frida, notre jeune héroïne, comme tous les personnages d’adolescent d’Yves Grevet, est une battante et résistera à ses oppresseurs afin de découvrir la vérité.

Pépita, Bouma, Kik et moi-même, Colette, nous nous sommes arrêtées quelques instants sur ce roman déroutant et tellement… vivant !

celle orageCelle qui sentait venir l’orage : voilà un titre bien mystérieux. Qu’ont évoqué pour vous ces mots, au seuil du roman, avant même de vous plonger dans le récit ?

Pépita : Oui beaucoup de mystère et un bien joli titre ! Il a évoqué pour moi d’emblée une angoisse sourde, difficile à cerner comme une sorte de nébuleuse néfaste qui vous tourne autour mais également des sens en alerte face à ce danger diffus.

Bouma : Connaissant déjà l’écriture d’Yves Grevet, le titre m’a tout de suite fait penser à un récit fantastique… Celle qui sentait venir l’orage… on peut le prendre au sens figuré (l’angoisse comme le souligne Pépita) ou le sens propre (le climat) et c’est vers ce sens que je penche plus naturellement.

Kik : Connaissant Yves Grevet pour ses écrits de dystopie je pensais me retrouver face à un être amélioré, prédicateur de la météo … Je n’avais pas vu juste …!

Celle qui sentait venir l’orage c’est Frida : comment la décririez vous cette jeune fille pas comme les autres ?

Pépita : Frida m’a semblé un peu froide au départ mais il faut dire que vu les circonstances vécues, elle n’avait pas trop le choix que de faire profil bas. Puis au fur et à mesure de l’histoire je l’ai trouvée d’une force extraordinaire et d’une volonté à toute épreuve pour faire éclater la vérité. Elle s’est transformée dans cet objectif, elle est plus réfléchie et déterminée, sait convaincre les autres, bref, une vraie étoffe d’héroïne ! Je l’ai trouvée très attachante et elle s’est révélée être un vrai modèle de détermination malgré l’adversité.

Bouma : Je l’ai trouvé unique, avec en elle ce mélange d’immense solitude, d’incertitude chronique et malgré tout d’espoir en l’avenir. Pour le côté physique, j’ai eu beaucoup de mal à me l’imaginer car l’image qu’elle renvoyait dépendait beaucoup d’un personnage à l’autre.

Nous avons tenté de décrire Frida, maintenant que diriez-vous de l’aventure qu’elle va vivre au fil des pages ?

Pépita : Je ne m’attendais pas à ce type d’aventure où se mêle évènement historique, enquête et de nombreux rebondissements à travers ses rencontres. Beaucoup de suspense et une découverte de l’Italie à une certaine époque.

Kik : Connaissant l’auteur Yves Grevet pour ses écrits dystopiques je ne m’attendais pas à ce roman sur fond historique. Après un moment de surprise, je me suis laissée embarquer vers le passé avec plaisir.

Bouma : Frida va vivre une véritable aventure entre quête identitaire et quête de vérité le tout étant très étroitement lié à sa famille et à leur mode de vie.

Que diriez vous justement de la famille mystérieuse de Frida? Quel personnage vous a le plus intrigué ?

Pépita : Le père sans aucune hésitation. j’ai bien failli croire à un moment ce qu’on racontait sur lui ! Et puis, non, je me suis dit que ce serait trop facile. Il est assez énigmatique ce père : un mélange de crainte et de fascination pour ma part.

Bouma : J’ai particulièrement aimé Gianluca, le libraire ancien journaliste en mal d’aventure. Sa détermination et ses connaissances sur le monde politique apporte un nouveau souffle à l’histoire

Moi aussi j’ai particulièrement aimé cet homme engagé qui va avoir tant d’importance dans la quête de Frida. La nouveauté dans ce roman par rapport aux derniers récits d’Yves Grevet, vous l’avez souligné, c’est le choix de l’arrière-plan historique et surtout scientifique : que pensez-vous de cette théorie de la morphopsychologie au service de la criminologie ?

Pépita : Telle qu’elle est présentée dans le roman, c’est plutôt une science détournée à mauvais escient. On pourrait la rapprocher du délit de faciès d’aujourd’hui. Surtout si cette science est instrumentalisée par des hommes peu scrupuleux, plus soucieux de leur carrière que de l’humain. J’ai trouvé que c’est un point très intéressant du roman que de faire connaitre cette science, et surtout les prolongements historiques désastreux qu’elle a eu. Un sujet philosophique en somme : science et conscience…

Bouma : Le fait est que les sciences, les découvertes qui y sont liées ne sont pas toujours sans conséquence. Les recherches scientifiques sont un moyen pour l’homme d’arriver à ses fins, elles sont un instrument de l’humanité et peuvent par la même produire le meilleur comme le pire. Dans ce sens, la morphopsychologie (qui en plus n’est pas une réelle science) ne fait qu’exacerber la pensée commune comme quoi certaines personnes seraient plus criminelles que d’autres par leur ascendance génétique. Et cela fait froid dans le dos quand on pense que certains y ont cru.

Yves Grevet ne s’inscrit-il pas ainsi, dans un étonnant renversement de la chronologie, dans la lignée de ces auteurs ou réalisateurs qui ont pensé la prévention des crimes par des moyens scientifiques comme Philippe K. Dick dans Minority Report (adapté au cinéma par Steven Spielberg) ou encore Andrew Niccol dans Bienvenue à Gattaca, même si là il s’agit de manipulation génétique pour obtenir le meilleur de l’humanité ? Est-ce que ce texte a fait résonner d’autres oeuvres en vous ?

Bouma : Il y a de nombreux ouvrages qui traitent des progrès de la science et de son éthique. La science-fiction en a même fait son domaine de prédilection. Je citerais plusieurs titres : Rana et le dauphin de Jeanne A. Debats chez Syros (pour les 8-10 ans) et BZRK de Michael Grant chez Gallimard (à partir de 13 ans), traient tous les deux de l’utilisation des nano-technologies et de leurs dérives ; Roby ne pleure jamais d’Eric Simard chez Syros (8-10 ans) et Partials de Dan Wells abordent le sujet de la robotique et de la frontière avec l’humanité ; enfin Yves Grevet lui-même avait déjà abordé les soucis des débordements de la science dans un texte plus court Des ados parfaits.

Au final, même s’il s’inscrit dans le passé, ce roman offre une réflexion valable à travers toutes les époques -et la nôtre en particulier – sur le rôle de la science dans la définition de ce qui est humain : quelle humanité représente donc Frida pour vous ?

Pépita : Celle du non-renoncement, celle de la non-manipulation, celle du droit des plus petits face aux puissants, donc celle de la Vérité, voire de la Démocratie

Bouma : Celle qui est libre et qui fait tout pour le rester malgré l’image d’elle-même qu’on veut lui imposer.

Et si vous souhaitez connaître plus précisément l’avis de Pépita c’est par

et celui de Bouma est ici !

Bonne lecture !

 

 

Les imagiers sonores

Aujourd’hui, place aux bébés lecteurs !

Nous vous parlons d’une collection qui fait débat A l’ombre du grand arbre : Mes Petits imagiers sonores publiés chez Gallimard Jeunesse. Cette collection propose aux bébés de petits imagiers cartonnés à travers lesquels ils découvrent instruments de musique, animaux du monde entier, jouets, comptines et autres berceuses à la fois par le biais des illustrations mais surtout, belle invention, par le biais des sons. L’enfant en effet trouvera à chaque page une petite puce sur laquelle appuyer pour découvrir tout un univers de sonorités.

instruements du monde

Mais sur cette collection les avis divergent,entre coup de coeur et coup de griffes ! Découvrez pourquoi !

Pépita :

Au risque de jeter un pavé dans la mare, mon avis est assez tranché car en bibliothèque cette collection est une « catastrophe », car ces livres ne sont pas assez solides et en plus pas moyen de trouver les piles. J’ajouterais que leur qualité est très inégale : les sons sur le Papa et maman par exemple sont assez horribles.

papa mamanEt globalement comme initiation aux sons il y a mieux…. Mais on me les réclame en permanence ! Je ne pense pas les racheter ….désolée. Presque 10€ pour une durée de vie de 6 mois et sans piles dans le commerce : ben non !

Colette :

Oui je confirme que pour les bibliothèques ce n’est pas l’idéal, on ne les emprunte plus car il y a souvent des sons qui ne fonctionnent pas. Je suis désolée d’apprendre que l’on ne trouve pas les piles dans le commerce, je suis lectrice novice de ces petits livres objets, en tous cas une chose est sûre : mon Petit-Pilote-de-Berceau les adore ! Ceux sur les instruments sont très chouettes, mais le préféré de mon bébé lecteur c’est celui sur la ferme ! Quelle joie de le voir rigoler en écoutant meuglement et bêlement !

la ferme

Pépita :

Je les teste page par page à chaque fois en ce qui me concerne quand ils reviennent et je suis obligée de les enlever un par un du fonds. D’autant que je n’ai pas trouvé les piles. Et puis en collectivité, c’est le parcours du combattant : avoir un compte dans le magasin en question, aller voir le prix, faire le bon de commande, attendre le retour du bon (souvent long), retourner au magasin et oups ! entre-temps plus le produit ! Et il faut recommencer…Et en plus pas données ces piles, j’ai fait des recherches. ça ne vaut même pas le coup de les remplacer sur 10 livres… Du coup, je ne les ai plus en bibliothèque, je suis obligée de faire des choix…  au détriment des petits lecteurs, je sais, mais j’explique toujours.

Kik :

L’avis de Pépita est très intéressant.  J’ai remarqué la disparité de la qualité des enregistrements . J’aime beaucoup ceux sur les instruments de musique, mais un avis plus mitigé pour ceux avec des comptines.

Colette :

Quoiqu’il en soit, c’est une collection qui plaît aux bébés et je trouve important d’en parler car les bébés lecteurs sont en effet rarement à l’honneur (et même sur ALOGDA) alors que c’est dès la naissance que le goût de lire, d’analyser, de comprendre doit avoir le droit de germer ! Et au lieu d’en faire un vœu pieux, notre débat peut être l’occasion de démontrer à quel point le tout petit est très vite acteur de sa lecture, car malgré les défaillances techniques soulignées par Pépita, ces imagiers sonores ont le mérite de pouvoir être vraiment LUS par le bébé lecteur. En effet comme il le fera plus tard pour suivre les lettres, les mots, les lignes sur la page, le bébé peut suivre avec son doigt le son qui fait sens, qui donne vie à l’image et au texte que l’adulte qui l’accompagne ne manquera pas de lui lire. L’enfant y découvre des sons qui pourraient lui rester longtemps inconnus (Les oiseaux exotiques) ou encore se remémore ceux qu’il a pu entendre dans son environnement proche (les animaux de la ferme par exemple). Il fait le lien entre le son et l’image, il apprend à lire. Et en plus il s’amuse car il imite, il répète, il appuie sans se lasser sur le son qui l’a le plus interpellé. Et il « apprend à faire seul » (pour citer Maria Montessori) : ces imagiers là sont de petits tremplins vers l’autonomie et vers le langage. Faisons lire les bébés ! Vive les bébés lecteurs !

mes-petits-imagiers-sonores-les-oiseaux-exotiques

Pépita :
Quel enthousiasme ! Je suis d’accord avec toi Colette sur le principe (tu prêches une convaincue !) mais quand même, j’insiste, il y a mieux comme initiation aux sons et puis quelle frustration quand ça ne marche plus !!! C’est du livre jouet pour moi, assez commercial en plus… Les imagiers CD de Gallimard jeunesse sont bien meilleurs, certes, on n’appuie pas sur la petite pastille (et franchement, vous la trouvez toujours vous dans la page ???) mais la qualité sonore est de loin bien meilleure. Mais je comprends tout à fait que ce type de petits livres puissent séduire, je les ai bien achetés !
Et au fait Kik, c’est quoi ton avis à toi sur ses imagiers ? Pourquoi voulais-tu en parler ? J’imagine que toi aussi tu es convaincue de ce qu’ils apportent aux tout-petits ?
Kik : 
J’ai découvert ces imagiers par le biais de deux mamans, qui avaient des enfants en bas âge (1-3 ans). Elles m’ont présenté cette collection, comme un incontournable pour leur enfant. Toutes les deux avaient des titres concernant les instruments de musique. C’est cette facette que j’apprécie particulièrement : la découverte sonore des instruments de musique. ( Le ukulélé hawaïen, je l’adore ! )
Les enregistrements sont de qualité à mon avis sur ces titres. Les couleurs des illustrations et le choix des animaux pour les personnages me plaisent également.
Après je ne dis pas que cette collection est parfaite, et une des mamans avait même évoqué la tonne de scotch utilisée pour réparer le livre préféré de son fils.
Ni l’une ni l’autre ne m’ont parlé de ce souci de pile. Que font tes lecteurs avec ces livres Pépita !!???
Pépita :
Je me le demande ce qu’ils en font ! Tu sais, je remarque que tous les enfants ne sont pas forcément accompagnés dans leurs lectures, on les laisse seuls bien souvent, le livre devient un jouet, et ces imagiers sont entre les deux (livre et jouet). Les enfants en raffolent, je sais ! Après, il y a le principe de réalité de la gestion d’un fonds en bibliothèque, je gère de l’argent public, et je ne peux pas passer mon temps à acheter des livres qui ont une durée de vie limitée. Je suis bien ennuyée d’ailleurs, des nouveaux titres viennent de sortir, des parents vont les demander et je fais quoi ? Je vais en racheter mais par choix de titres pertinents pour mon fonds et en petite quantité.Et tu as raison de souligner aussi la qualité inégale des sons que j’ai constatée aussi.
Colette :
Hier soir, à l’heure des histoires, devinez ce que mon Petit-Pilote-de-Berceau est allé chercher dans sa petite bibliothèque ? Son imagier sonore sur La ferme !!! En fait ces imagiers font vraiment lire les bébés et ça, vraiment, cela n’a pas de prix ! J’ai pu le constater pendant les vacances avec un autre petit bout d’un an qui a le volume 2 sur les instruments : c’est un livre qu’elle manipule en toute autonomie et qui la fait beaucoup rire. Même si ces imagiers sont plus « populaires » que d’autres livres sonores, ils ont vraiment le mérite de rendre accessible le monde des sons à nos plus petits lecteurs et cela quelque soit le rapport de leur famille aux livres ! Et j’aime aussi beaucoup la collection initiée par Zebulo Editions qui suit le même principe que la collection de Gallimard mais pour découvrir tout le patrimoine musical d’une île chère à mon cœur : La Réunion. L’enfant y découvre au fil des pages les instruments des genres musicaux de l’île (le maloya et le séga notamment) et à la fin les instruments sont mis en scène dans une image qui illustre un moment musical et on peut écouter une berceuse pour laquelle tous les instruments sont utilisés. J’aime beaucoup la qualité des sons et de la voix.
maloya
Mais Pépita, tu as parlé de collections que tu trouves plus adaptées pour faire découvrir les sons aux bébés lecteurs : à quoi penses-tu ?
Pépita :
J’aime beaucoup les imagiers chez Gallimard jeunesse aussi (livre avec un CD). Des gros cartonnés, des belles illustrations, des thématiques en lien avec le quotidien du tout-petit y compris jusque la maternelle. Et là il faut l’intervention d’un adulte, ne serait-ce que pour glisser le CD dans le lecteur
Mon préféré c’est l’imagier sonore : j’aime car on n’enferme pas dans une thématique dans cet imagier, 32 sons du quotidien de très bonne qualité, beaucoup de jeu induit aussi dans la découverte. J’ai testé, ça marche !
imagiergrand1
Et puis du côté du numérique, il y a aussi : Le jeu du livre des bruits. Dont il existe aussi le livre cartonné et un jeu.
 imagier des bruits
Colette :
Que de livres à expérimenter de ses deux petites oreilles ! Et puis pour jouer avec les sonorités, rien de mieux que la voix de papa ou maman et nombreux sont les livres qui nous invitent à jouer avec les onomatopées et les sons du quotidien.
A la maison, on a « lu » pendant longtemps L’imagier des bruits illustré par Bruno Heitz et c’était un vrai plaisir de jouer ainsi avec les mots, les cris d’animaux et les bruitages ! Le Pop up des bruits chez Nathan est aussi un vrai régal pour le tout petit !
Alors continuons d’explorer la musicalité de la langue et du monde sous toutes les formes possibles et ce dès le plus jeune âge !

Lecture d’enfant #21: La rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat

Bon alors pour le choix du livre, j’avoue,  je n’ai pas demandé son avis à mon Grand-Pilote-de-Balançoire, c’était pour moi une évidence, nous venions de nous lancer dans une nouvelle aventure littéraire : chaque soir de septembre, nous lisions un chapitre de ce roman qui m’avait bouleversée au tout début de ma carrière de professeure de lettres au collège, nous lisions un chapitre du magnifique roman de Jean-Claude Mourlevat, mystérieusement intitulé La Rivière à l’envers. C’était une aventure complètement nouvelle car jusqu’à présent nous ne lisions que des albums ensemble, jamais de romans.

La Rivière à l’envers est donc le premier roman de mon apprenti lecteur !

rivière envers

– Alors alors par où commencer … ? Est-ce que tu peux nous dire ce qui est le plus important dans cette histoire pour toi ?

– Le plus important c’est que Tomek, le héros de l’histoire, trouve la rivière à l’envers !

– Et quel a été ton personnage préféré dans ce roman ?

– C’est Tomek parce que c’est le héros et qu’il a réussi à trouver la rivière Qjar. Et c’est toujours comme ça, je préfère toujours le héros de l’histoire.

– Pourrais-tu me le décrire, ce fameux Tomek- héros de l’histoire ?

– Il est rose (j’adore cette expression de mon fils !), avec des yeux verts et des cheveux noirs. Il a 12 ou 13 ans.

– Et quelle aventure de notre jeune héros as-tu préféré ?

– Quand Tomek a réussi à trouver la réponse à l’énigme de la fille sur la balançoire pour partir de l’île inexistante, oui mon aventure préférée ce sont les « paupières ». (ronronnement de plaisir dans la voix de mon Grand-Pilote)

– Parle moi d’Hannah tout de même, elle aussi est super importante…

– Oui, c’est aussi une héroïne, elle ne ressemble à aucune fille que je connaisse, elle est très forte, elle est vraiment courageuse comme on le découvre dans le 2e livre (il veut dire le tome 2 « Hannah »)

– Il y a des endroits vraiment merveilleux dans ce roman, notamment le village des Parfumeurs où Tomek et Hannah vont passer un certain temps. Si tu avais le même talent que les Parfurmeurs quel parfum aimerais-tu inventer ?

– Le parfum de la vie éternelle …

– Ah… et à quoi le reconnaîtrais-tu ?

– Je le reconnaitrais parce que dès qu’on le sent, on sent son présent, grâce à ce parfum on voit toujours son présent (j’avoue que cette réponse m’a paru particulièrement énigmatique mais elle avait un certain charme alors je l’ai gardée)

– Et si comme Tomek et Hannah tu étais retrouvé endormi par les Parfumeurs, quels seraient les mots qui te réveilleraient ?

– La voiture tut tut tut !

– Ah…

sourire coquin de mon Grand-Pilote !

– C’était la première fois que nous lisions un roman ensemble, est-ce que tu pourrais me dire quels sont les points négatifs et les points positifs par rapport aux albums ?

– Alors les points négatifs c’est qu’il n’y a pas d’images et du coup on ne voit pas les personnages, ça me gêne, c’est moins joli.

– Et les points positifs ?

– C’est que c’est très long, comme ça il nous faut plus de temps que pour lire un album. Lire un chapitre par soir c’était bien parce que c’est un plaisir qui dure plus longtemps (Bon ok, c’est moi qui ai rajouté le mot « plaisir » approuvé par mon Grand-Pilote !)

– Au final, est-ce que tu conseillerais cette histoire à d’autres enfants ?

– Je conseillerai cette histoire car elle est très bien, on peut inventer tout un décor, un univers. C’est comme si tout était possible.

– Et est-ce que tu trouves que ce livre est bien écrit, que l’auteur a choisi des mots particulièrement beaux pour nous raconter les aventures de Tomek et Hannah ?

– oui… ? (regard interrogateur)  Elle est finie ton interview ?

Bon,  là, je l’ai perdu ! J’ai voulu le faire réfléchir sur la notion de « style » (déformation professionnelle), je lui ai relu le début de La Rivière à l’envers et un autre début de roman pour enfant beaucoup plus mièvre mais il n’a pas du tout vu où je voulais en venir, je crois que pour l’instant ce qui compte avant tout pour lui c’est l’AVENTURE !

Alors nous l’avons prolongée en plongeant à corps perdu dans le deuxième tome de La Rivière à l’envers, celui où c’est Hannah qui raconte de son point de vue sa quête de l’eau de la rivière Qjar. Et ce fut le même plaisir, le même partage, et des émotions toujours plus intenses.

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Alors avec mon Grand-Pilote nous n’avons qu’un mot à dire :

LISEZ de la littérature jeunesse à vos enfants, c’est PAL-PI-TANT !

 

Carte postale créole

Mes chers copinautes-jardiniers attentionnés du Grand Arbre,

je vous écris d’une toute petite île de l’Océan Indien, l’île où mon papa est né il y a 61 ans jour pour jour, je vous écris de la Réunion. Enfin je n’y suis pas tout à fait encore, mais en Octobre j’y embarque pour la première fois mes deux petits pilotes qui découvriront alors toute leur famille paternelle. Ce n’est donc pas à un voyage réel que je vous invite, ni à un voyage imaginaire, mais à un voyage fantasmé, à préparer, à rêver, à inventer !

Alors pour préparer ce beau voyage, pour nourrir nos attentes, quoi de mieux que des … livres !!!

J’ai fouillé dans ma bibliothèque et voilà ce que j’y ai trouvé.

Tout d’abord, nous lirons attentivement le bel album Voyage à la Réunion d’Anne-Laure Witschiger publié aux éditions du Seuil en 2004.

reunion

A travers des illustrations très colorées, aux styles variés, dont la mise en page rappelle sans nul doute l’esthétique du carnet de voyage, le lecteur découvre des paysages verdoyants, des montagnes majestueuses, des traditions ancestrales, des fruits étranges au nom qui chatouille l’oreille – goyavier, sapote, bibasse, jaque, etc- et surtout un peuple riche de tous ses métissages.

Et c’est à la question du métissage des religions que je vous inviterai à réfléchir tout particulièrement à travers l’album de Fabienne Jonca illustré par Hélène Moreau :

La Réunion des religions.

reunion religionsOn y découvre huit grandes religions qui se côtoient en toute harmonie sur notre chère île : l’hindouisme, le bouddhisme, la religion populaire chinoise, le judaïsme, le catholicisme, l’orthodoxie, le protestantisme et l’islam. A la suite de Bassam, personnage principal de ce livre invité par ses amis à de nombreuses fêtes religieuses,  nous découvrons comment la tolérance religieuse naît d’une connaissance joyeuse et sans préjugés de la foi des autres.

La Réunion, c’est aussi un endroit où la musique est reine avec ses instruments traditionnels comme le Kayamb, le tambour malbar ou le rouler. Entre séga et maloya, notre voyage nous invite à la danse ! Alors pour les petites oreilles, je conseille              l’ album-CD très exhaustif Ti chemin grand chemin- Ti somin gran somin de Marie-José Hubert Delisle, Didier K Bidy, Dany Peppuy ramené par papilou et mamilou de l’un de leurs voyages. On y entendra berceuses, jeux de doigts, rondes et chansons pour les petits et les grands enfants. L’occasion non seulement d’entendre la langue si chantante de notre île mais aussi de découvrir une maison d’édition régionaliste : Océan éditions.

ti cheminMais c’est sur la dernière étagère de ma bibliothèque, celle consacrée aux livres d’art que je découvre le livre que j’aime à partager comme un fruit bien mûr quand il s’agit de parler de notre chère île. A partir du projet « un artiste une île » lancé par la Galerie Vincent, a été publié un livre de photographies en noir et blanc de l’artiste Sabine Weiss que je chéris depuis longtemps et qui sait si bien photographier les enfants. Ce livre, Sabine Weiss à l’île de la Réunion, nous invite à 1000 et 1 cartes postales à partager !

Alors mes chers copinautes,

je vous souhaite des vacances joyeuses, colorées, métissées, tolérantes et lumineuses.

Mi pense à zot,

N’ar vu,

La Collectionneuse de Papillons Henotesia narcissus borbonica

Nos coups de coeur du mois d’Octobre !

A l’ombre du grand arbre aux feuilles qui rougissent sous le beau ciel d’Octobre, à l’endroit même où traînent les pieds pour arrêter la balançoire, là où la poussière se mêle aux derniers rayons qui filtrent à travers les branches, nous avons trouvé quelques trésors à partager !

Alice s’est rapprochée d’Appolinaire à travers les pages d’ Une arme dans la tête de Claire Mazard.

Une arme dans la tête, Claire Mazard, Flammarion, 2014.

Une arme dans la tête, Claire Mazard, Flammarion, 2014.

 

Se relever et affronter la vérité est long et difficile dans la tête d’Appolinaire, jeune enfant soldat.

 

 

 

 

 

 

 

Céline du tiroir a apprivoisé un étrange animal au fil des mots de La Retraite de Nénette de Claire Lebourg :

La retraite de Nénette, Claire Lebourg. Claire Lebourg, 2014

La retraite de Nénette, Claire Lebourg.
Claire Lebourg, 2014

Pour ce pelage doré comme les feuilles d’automne, pour les si belles lignes de l’architecture parisienne, pour cette bouille à croquer d’Orang-Outan un peu fatiguée, pour cette histoire tendre et drôle malgré son fond de tristesse, et pour ce superbe livre écrit, illustré et édité par une jeune dame de grand talent. Coup de coeur !

 

 

 

 

 

 

Quant à Sophie c’est un couple d’amoureux qu’elle a croisé dans ses lectures automnales :

Eleanor & Park, Rainbow Rowell, Pocket Jeunesse, 2014.

Eleanor & Park, Rainbow Rowell, Pocket Jeunesse, 2014.

Un énorme coup de coeur pour ce roman qui m’a captivée de la première à la dernière page, que j’ai lu dans un souffle en vibrant avec les personnages. Une belle histoire d’amour qui n’en fait jamais trop et qui déborde de sincérité et d’humanité. J’aime !

 

 

 

 

 

 

 

Dans le ciel par dessus les frondaisons rougeoyantes,  Solectrice a vu tourbillonner un grand oiseau noir :

 

Béatrice Fontanel, Antoine Guilloppé, Sarabacane, 2007.

Grand Corbeau, Béatrice Fontanel, Antoine Guilloppé, Sarabacane, 2007.

Une tache noire dans un paysage blanc.
L’oiseau est pourtant charmant.
Des touches de couleur
qui donnent envie de voir ailleurs.
Broyant du noir,
le corbeau en plus rien ne croit (croa).
Sur son chemin, un poète,
d’un mot, lui rend la vie plus chouette !

Au bout du sentier couvert de feuilles mortes, du côté de chez Céline, entre les rayons de soleil, un océan de larmes se découvre.

Un océan de larmes, Seo Hyeon, La Pastèque, septembre 2014

Un océan de larmes, Seo Hyeon, La Pastèque, septembre 2014

Avec peu de textes mais des images qui fourmillent de détails amusants voire complètement délirants, l’auteure – une jeune coréenne qui « aime créer des albums pleins d’esprit » – nous fait partager ce gros chagrin d’enfant. Un déluge qui emporte tout sur son passage, lave et essore, sèche les larmes et rend le sourire !

 

 

Sur les chemins qui parcourent la campagne, entre les châtaignes et les champignons, c’est un petit garçon et une petite fille que Pépita a croisés :

Le garçon au chien parlant / La fille qui parle à la mer     Claudine Galéa, Rouergue, 2014.

Le garçon au chien parlant / La fille qui parle à la mer
Claudine Galéa, Rouergue, 2014.

Un titre sélectionné pour le Prix Tam Tam J’aime lire 2015. Une histoire qui m’est allée droit au cœur, une rencontre au bord de la mer entre une petite fille et un jeune garçon sur fond de drame social. Une auteure qui sait si bien aborder la force de l’enfance.

Dans la collection de Colette, cette fois ce n’est pas un papillon qui s’est posé sur la branche mais une chauve-souris qu’un petit garçon intrépide, têtu et drôle a décidé de domestiquer :

Vincent Cuvellier, Ronan Badel et aux éditions Gallimard pour Emile veut une chauve-souris.

Emile veut une chauve-souris, Vincent Cuvellier, Ronan Badel, éditions Gallimard pour

Bouma, nous invite au voyage :

Découvrez un nouvel univers. Partez à l’aventure. Explorez des terres inconnus. Savourez une plume jeune et fraîche. Et cela ne fait que commencer…

Souvenirs perdus, T.1, Samantha Bailly, Syros, 2014?

Souvenirs perdus, T.1, Samantha Bailly, Syros, 2014?

Pour Kik, au détour d’un chemin, c’est à un diabolique dentiste qu’elle a été confrontée :

Ils le terrifient. Il a décidé de ne plus jamais allé chez le dentiste, mais vu l’état de ses dents, il ne va plus avoir le choix … surtout quand une assistante sociale vient mettre le nez dans sa vie.

Diabolique dentiste, David Williams, Albin Michel, 2014.

Diabolique dentiste, David Williams, Albin Michel, 2014.

 

Nathan, sous l’arbre, a déniché un étrange ouvrage : Le livre de Perle.

Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle, Gallimard, à paraître.

Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle, Gallimard, à paraître.

 

 Après 3 ans d’attente, Timothée de Fombelle revient enfin avec un nouveau grand roman. Quand je l’ai enfin eu entre les mains, et qu’une intense émotion m’a traversé, la question restait: sera-t-il à la hauteur de mes attentes ?
Traçant le chemin de la création littéraire et tissant ensemble les histoires entrecroisées de multiples personnages, Timothée de Fombelle donne vie aux contes, à la transmission d’histoires et signe un chef d’œuvre de la littérature jeunesse.

Et vous pouvez le gagner sur son blog consacré à l’auteur !

 

 

Quant à Carole, elle a suivi les pas dans le sable d’une adolescente en colère sur une plage du Portugal :

Cheval océan, Stéphane Servant, Actes Sud Junior, 2014.

Cheval océan, Stéphane Servant, Actes Sud Junior, 2014.

Bonnes lectures à tous, n’hésitez pas à vous laisser bercer au rythme de

nos coups de coeur !